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Sciences politiques - Les contributeurs contemporains à « Vous avez dit conservateur ? » (2)

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LES CONTRIBUTEURS CONTEMPORAINS À
« VOUS AVEZ DIT CONSERVATEUR  » (2)

LE PROGRESSISME COMME DERNIÈRE INFORTUNE DU PROGRÈS[1]

 

Robert NISBET

(1)  Selon le sociologue Robert NISBET, l'idée de Progrès, aujourd'hui, se condense dans plusieurs composantes :

  • la grandeur de la civilisation occidentale,
  •  la valeur de la croissance économique et technologique,
  • la foi dans la raison et dans la connaissance obtenue par la raison,
  • ou encore l'importance et la valeur intrinsèque de la vie terrestre.

L'adaptation et la diffusion ultérieures de l'idée de Progrès ont beaucoup étendu sa signification, par l'intermédiaire d'un triple renversement :
•  En premier lieu, alors que le terme de progrès décrivait une évolution dont le contenu n'était pas défini à l'avance, l'introduction du Progrès a entraîné une association presque systématique entre le terme et un contenu scientifique, technologique et innovant. Ainsi, l'histoire aurait non seulement un sens et une direction, mais celle-ci serait univoque et technologique.
• Ensuite, si initialement la science et la technique étaient des conditions nécessaires de la marche du Progrès, elles en sont devenues les conditions suffisantes. C'est ce qui pourrait expliquer pourquoi, aujourd'hui, dans le domaine de la biologie par exemple, toute innovation technique est accueillie avec satisfaction, quelle qu'elle soit.
• En dernier lieu, le Progrès technique a fini par s'identifier avec le Progrès social, moral et politique, pour des raisons aisément compréhensibles à l'origine, puisque le progrès technique a permis d'améliorer considérablement les conditions de vie des populations.

Rémi BRAGUE

(1) Ainsi, selon Rémi BRAGUE, le Progrès est « l'extrapolation de faits très réels comme l'accroissement de nos connaissances ou de notre maîtrise technologique en l'affirmation gratuite d'une amélioration de la situation politique et morale de l'humanité en son ensemble. »

Jean-Pierre LE GOFF

(1) La foi moderne dans le Progrès s'est trouvée profondément ébranlée par les tragédies du XXe siècle, qu'il s'agisse des guerres ou des totalitarismes. L'Occident, jusque-là si confiant, s'est mis à douter de lui-même, certainement à bon droit, et peine aujourd'hui à croire que le Progrès technique aille toujours de pair avec un Progrès social, moral et politique. Il ne subsiste du Progrès positiviste que l'automatisme qui consiste à accepter toute innovation par principe, tandis que la confiance générale dans l'amélioration continuelle des capacités humaines s'est tarie. Ainsi, pour Jean-Pierre LE GOFF, au XXe siècle, le développement économique, scientifique et technique s'est accompagné d'événements et de changements qui ont mis en question toute une culture humaniste. La Grande Guerre [...] et les totalitarismes qui l'ont suivie n'ont pas seulement mis à mal l'idée d'une marche inéluctable de l'histoire vers toujours plus de progrès – dans laquelle communisme et socialisme s'inscrivaient, chacun à leur manière – , ils ont fait peser un doute profond sur les capacités émancipatrices de notre propre culture [...]. Les conceptions chrétiennes, celles des Lumières, l'idée de progrès issue de la Révolution française et du XIXe siècle sont entrées en crise. C'est tout un creuset anthropologique et culturel, une façon d'être, de se situer par rapport au monde, aux autres, à la collectivité qui se sont érodés et ont été mis en question.

(3) Dans leur combat, les progressistes entretiennent un rapport ambigu avec le Progrès au sens de progrès technique. En effet, les infortunes du Progrès ont paradoxalement contribué à la lutte progressiste : comme l'explique Jean-Pierre LE GOFF, dans la seconde moitié du XXe siècle, les sociétés démocratiques ont franchi une nouvelle étape de leur histoire, marquée à la fois par le développement de la production, de la consommation, du loisir et, dans le dernier quart du siècle, par les « désillusions du progrès » et les préoccupations écologiques. Ce tournant s'est accompagné d'une relecture particulièrement critique de notre propre histoire et une érosion de la dynamique des sociétés démocratiques européennes. Une partie des pays européens s'est ainsi déconnectée de l'histoire, le passé étant considéré sans ressource, obsolète, et l'avenir chaotique et indiscernable. Notre héritage culturel et politique passé n'a pas seulement donné lieu à une relecture réflexive et critique dans un souci de vérité, mais il a été l'objet d'un règlement de comptes historique qui l'a rendu responsable de tous les maux de l'humanité. Il s'est ainsi opéré un grand retournement. La remise en cause salutaire de l'ethnocentrisme a basculé vers la perte de confiance en ses propres ressources et la mésestime de soi. Au sein de certains pays européens, particulièrement en France, s'est développée une mauvaise conscience liée à une focalisation sur les pages sombres de notre histoire qui a abouti à une vision pénitentielle qui n'en finit pas.

(4) Les conservateurs et les tenants du Progrès entretiennent une relation complexe. Le conservateur reconnaît l'apport indubitable du progrès technique pour l'amélioration de la condition humaine, et il ne peut nier que ce progrès est partie intégrante de la civilisation occidentale. Mais, comme l'exprime Jean-Pierre LE GOFF, le conservatisme s'oppose à un optimisme naïf, lequel considère que l'histoire marche toujours dans le sens du [Progrès, en amalgamant en un tout progrès des sciences, des techniques et progrès culturel et moral. Le totalitarisme et les barbaries du siècle passé et présent ont, pour le moins, mis à mal un tel optimisme. L'histoire nous apprend que les civilisations naissent, se développent, passent par des périodes de crise et sont mortelles. [...] La démocratie a ses propres ambivalences et son développement n'a rien d'une marche inéluctable [...].

(5) On préférera toujours un réformateur apparemment actif qui n'obtient aucun résultat tangible, voire sème le trouble, à un gestionnaire façon bon père de famille qui se contente de laisser à son successeur une organisation en aussi bon état qu'il l'a trouvée. Que des                « changements » soient parfois nécessaires, c'est évident, mais pourquoi les convoquer comme des prières rituelles, sans d'abord s'interroger sur leur légitimité ? Or pour Jean-Pierre LE GOFF, si le monde et notre héritage culturel ne sont pas immuables, on ne saurait faire valoir comme modèle a contrario un mouvement permanent, indéfini [...], à moins de considérer que notre faculté de penser et de juger est désormais hors de propos. Ce sont précisément ces idées que diffusent les rhéteurs de la postmodernité qui commentent indéfiniment les évolutions et veulent à tout prix apparaître dans le camp d'un « progrès » devenu synonyme de « changement » sans but ni sens. Pour une partie des élites, l'important c'est d'« en être », en faisant du surf sur les évolutions et en essayant de tirer parti d'unetelle situation. Face à cette insignifiance, les questions fon-damentales (« Qu'est-ce qui est vrai ? », « Qu'est-ce qui est juste ? », « Qu'est-ce que je peux en penser ? ») sont devenues des exigences à la fois conservatrices et très actuelles, à l'heure d'une « réactivité » et d'un zapping permanent qui ne permettent plus la distance et brouillent le discernement.

Alain BESANÇON

(2) Pour Alain BESANÇON, le progressisme consiste à prôner le Progrès pour le Progrès, en prétendant que toute avancée et tout changement sont par définition supérieurs à ce qui est. Il consiste par exemple, à affirmer que nous sommes « en retard » par rapport aux Hollandais concernant l'euthanasie, que nous avons longtemps été « en retard » au regard du « mariage pour tous », ou encore pour le vote des femmes.

Philippe d'IRIBARNE

(2) La foi dans le changement aboutit aussi à cette situation aberrante où jamais le progressiste n'estime que nous soyons « en retard » par rapport à un pays ou une culture qui maintient des pratiques supposées régressives. Inévitablement, certaines prises de positions progressistes touchent à l'absurdité, comme dans cette anecdote rapportée par Philippe d'IRIBARNE :
au moment de la découverte de l'asepsie par le médecin hongrois Ignâc Fülop Semmelweis, à Vienne, la pensée viennoise étant progressiste, ce dernier a été forcé de quitter son poste, parce que l'on considérait que se laver les mains, comme il le préconisait, avait une connotation religieuse, donc relevait d'une attitude réactionnaire. Au contraire, Semmelweis a rencontré un grand succès en Hongrie, pays plutôt conservateur à l'époque, où cette connotation ne posait guère problème.

(5) Si la droite donne elle aussi la primauté au changement, c'est que, selon Philippe d'IRIBARNE, « le conservatisme prend sens dans des univers symboliques » où, comme on l'a vu, il est associé à l'impur.
Ce n'est peut-être pas la seule raison de la frilosité de la droite à embrasser le conservatisme. Car le conservatisme, dans sa forme actuelle, présente un défaut majeur, celui de ne pas proposer de discours positif, mais de se fonder essentiellement sur la dénonciation des risques que nous encourons à vouloir dépasser notre condition. Un discours conservateur positif est-il possible, qui propose une morale et même une politique ?

David GRAEBER

(3) Les progressistes, après avoir œuvré pour le bien-être de la classe ouvrière, n'ont pas su garder leurs soutiens historiques et ont jeté leur dévolu sur d'autres groupes, de plus en plus minoritaires – l'immigré dans les années 1960, la femme dans les années 1970, les minorités sexuelles aujourd'hui – autant d'emblèmes de la prochaine révolution à mener. Ou plutôt, comme le dit David GRAEBER, qui n'est pas vraiment un conservateur, dans un contexte différent :
Les arguments en faveur de la fin du travail étaient populaires à la fin des années 1970 et au début des années 1980, lorsque les penseurs sociaux réfléchissaient à ce qu'il adviendrait de la traditionnelle lutte populaire menée par la classe ouvrière une fois que la classe ouvrière n'existerait plus. (La réponse : elle se transformerait en politique identitaire [identity politics].

Philippe RAYNAUD

(5) Ce progressisme compulsif peut être autant de droite que de gauche : selon Philippe RAYNAUD, en France, on finit le plus souvent par tomber à gauche. Quand la bourgeoisie ou les classes dirigeantes « changent de braquet », pour utiliser une métaphore sportive un peu vulgaire, cela fonctionne mieux quand ils vont davantage à gauche. [...] C'est plus aisé, et mieux accepté par la société, même si une partie de l'opinion publique ne suit pas. D'un point de vue politique cela pose évidemment des problèmes à la droite : par exemple Giscard est arrivé à l'époque où probablement le sentiment public français était le plus à gauche, donc à un très mauvais moment pour lui. [...] Le dernier grand gouvernement de gauche que la France ait connu était le Gouvernement Chirac du septennat Giscard. En effet, dans toute l'après-guerre, aucun gouvernement n'a réalisé autant de réformes progressistes ! La légalisation de l'avortement, le vote à dix- huit ans, l'augmentation massive des retraites, c'est un grand programme de gauche ! Qu'a fait Mitterrand de plus ? [...] Même si l'expérience Giscard s'est soldée par un échec, on voit bien que pour se maintenir en politique en France, il vaut mieux aller dans le sens de [la nouveauté] avec un peu de solidarité sociale.

 


[1] Extraits de « Vous avez dit conservateur ?» de Laetitia Strauch-Bonart, éd. Du Cerf, mars 2016.

 


Date de création : 17/04/2017 @ 14:58
Dernière modification : 01/05/2017 @ 12:12
Catégorie : Sciences politiques
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