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Sociologie - Ancrage

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ANCRAGE[1]

 

Tu peux danser en plein cyclone Mais seulement si tu te tiens en son œil

Chaque jour qui passe, on nous demande de danser au centre du cyclone mis en branle par les accélérations du Marché, de la Nature et de la loi de Moore, c’est-à-dire « le doublement de la puissance des ordinateurs tous les deux ans pendant un demi-siècle[2] ». Des politiques proposent de construire un mur géant pour nous en protéger. C’est perdu d’avance. Il n’y a qu’un seul moyen de prospérer aujourd’hui, c’est de créer son propre œil du cyclone. Celui-ci avance en même temps que la tempête. Il en tire son énergie, créant un sanctuaire de stabilité à l’intérieur. Il est à la fois dynamique et stable – ce à quoi nous devons aspirer. Nous n’échapperons pas à ces accélérations. Nous devons les utiliser pour apprendre plus vite, concevoir plus intelligemment et collaborer plus intensément, ce qui nous permettra de nous ancrer et de nous propulser avec assurance.
« La collaboration avance à la vitesse de la confiance », explique Chris Thompson, qui travaille avec les villes pour la Fondation pour notre Avenir économique . Dans La Confiance et la Puissance , le politologue Francis Fukuyama analyse les raisons pour lesquelles les sociétés et les États les plus florissants affichent des niveaux de confiance élevés. Il note que « la capacité d’action qui naît de l’établissement de relations de confiance dans une société humaine peut s’incarner dans tous les groupes sociaux, du plus petit, la famille, jusqu’au plus large, la nation ». Là où prévaut la confiance, explique-t-il, les groupes et les sociétés avancent et s’adaptent rapidement grâce à de nombreux contrats informels. « Les individus qui ne se font pas confiance ne coopèrent que sous un système de règles et de règlements formels, qui doivent être négociés, acceptés, contestés et appliqués, le cas échéant, par la contrainte. »
Voilà pourquoi, selon Dov Seidman, la confiance « est le seul produit dopant légal ». Mais elle ne se décrète pas. Elle ne peut naître que d’une collectivité de personnes liées par un contrat social. « La confiance provient de l’interaction politique des individus, pour leur bénéfice mutuel, à travers les institutions, ajoute Michael Sandel, philosophe politique de l’université de Harvard. Les communautés saines développent un civisme qui accroît la confiance. »
Le ministre de la Santé Vivek Murthy m’a fourni la meilleure illustration de l’impact émotionnel de la confiance sur les individus ou les collectivités en la comparant à l’oxygène insufflé dans le corps par le cœur :

Le cœur pompe en deux cycles — la systole, lorsqu’il se contracte et la diastole, lorsqu’il se dilate. On pense souvent que la contraction est la phase la plus importante, parce qu’elle pousse le sang dans le corps. En fait, c’est lors de la diastole que les artères coronaires irriguent le cœur et lui fournissent l’oxygène vital. Sans diastole il n’y a pas de systole – sans dilatation, pas de contraction.

Dans les relations humaines, la confiance crée la diastole. Ce n’est que lorsque les gens relâchent leur cœur et leur esprit qu’ils s’ouvrent aux autres.

Heureusement, l’Amérique actuelle jouit de nombreuses collectivités dynamiques. Ce sont elles qui nous sauvent au moment où notre politique nationale devient de plus en plus toxique, incapable de produire les technologies sociales nécessaires pour être en phase avec les accélérations du Marché et de la loi de Moore. Elles ont cessé d’attendre que Washington se reprenne en main. Beaucoup d’entre elles établissent des partenariats locaux entre le public et le privé - commerces, enseignants, philanthropes et gouvernements - afin de mettre en place les outils dont les enfants et les citoyens auront besoin pour danser en plein cyclone.
Heureusement, parce qu’elles seront la pierre angulaire du XXIe siècle.

L’aventure de St. Louis Park

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Je connais bien le sujet pour avoir vu de près la construction d’une collectivité saine, brique par brique, rue par rue, voisin par voisin: celle dans laquelle j’ai grandi, St. Louis Park[3] dans le Minnesota, une banlieue de Minneapolis, qui a été mon foyer du milieu des années cinquante au début des années soixante-dix.
Ce n’est pas la nostalgie qui me fait conclure ce livre par un retour aux origines, mais deux raisons simples. D’abord, comme je l’ai expliqué au début, une bonne chronique mêle des valeurs, la manière dont on conçoit le fonctionnement de la Machine et ce qu’on connaît de ses conséquences sur les gens et la culture, et vice-versa. Eh bien, c’est cette collectivité qui m’a inculqué mes valeurs et mon penchant pour une politique en faveur de l’intégration, du pluralisme, s’inspirant du meilleur de la Nature: une combinaison de centre gauche et de centre droit, en somme. Ensuite, parce que ces valeurs me paraissent plus que jamais pertinentes aux États-Unis comme dans le monde en général. À une époque de tensions raciales exacerbées et de débats politiques qui déchirent le tissu social de notre pays, j’ai voulu comprendre ce qui faisait de cette petite banlieue une communauté aussi dynamique, qui nous avait, moi et tant d’autres, ancrés et propulsés à la fois. J’ai eu envie de vérifier si la tapisserie intégrationniste que j’avais vue tisser il y a un demi-siècle était un rêve ou une réalité. Je voulais enfin me rendre compte si ces moteurs civiques fonctionnaient encore (avec une population bien plus diverse) et si ces leçons pouvaient être partagées et adaptées.
En bref: oui, c’était une réalité. Oui, ces moteurs fonctionnent toujours. Oui, les défis sont plus grands aujourd’hui. Et oui, la fin de l’histoire n’est pas écrite, mais elle importe plus que jamais. Laissez-moi vous expliquer...
Bien avant de rencontrer Ayele Bojia dans le parking de Bethesda, j’étais conscient d’avoir teinté mes chroniques de valeurs hétérodoxes. Je suis un capitaliste écologiste socialement progressiste, profondément patriote, enclin au pluralisme, orienté terrain, modéré fiscalement, avec un penchant pour le libre-échange et une obsession pour l’innovation. Je pense que l’Amérique, quand elle est au mieux de sa forme – ce qui n’est pas toujours le cas – peut offrir à ses citoyens une vie correcte, en sécurité, leur offrir liberté et opportunités, et quelle peut également être un garant de stabilité et un modèle de liberté et de justice pour le monde entier. J’ai forgé cette vision du monde non pas à la lecture des philosophes, mais petit à petit, dans le quartier, les écoles publiques et le terreau de la collectivité où j’ai passé mes dix-neuf premières années.
J’ai grandi à une époque et en un lieu où être de classe moyenne était une « destination », un endroit où l’on pouvait arriver et rester. Dans les années cinquante, mon père et ma mère sont montés dans un ascenseur, ont appuyé sur le bouton « CM » et sont sortis à l’étage des classes moyennes. Ils y sont restés toute leur vie. À cette époque, en ce lieu, la politique fonctionnait : les deux partis majoritaires, les entreprises, les institutions échafaudaient des compromis et allaient de l’avant.
À cette époque, en ce lieu, mes parents ont acheté leur première maison grâce à la G.I. Bill[4]  (ma mère avait servi dans la Navy pendant la Seconde Guerre mondiale). Mon père, mort en 1973, n’a jamais gagné plus de vingt mille dollars par an, ce qui ne nous a pas empêchés pas d’appartenir au club de golf local. Mes amis habitaient des maisons de style et de taille identique à la nôtre, allaient dans les mêmes écoles publiques et conduisaient le même genre de voiture; et si l’un était plus riche que l’autre, cela ne semblait pas avoir d’importance.
À cette époque, en ce lieu, le mot « public » suscitait le respect. Il était synonyme d’innovation, qu’on parle d’écoles, de parcs, de débats ou de partenariats public-privé. Le rêve américain (mes parents ont fait mieux que leurs parents et je ferai mieux encore) semblait aussi certain que le printemps suit l’hiver et l’été suit le printemps.
Enfin, à cette époque, en ce lieu, les Juifs formaient la « minorité » la plus importante mais s’intégraient peu à peu et étaient intégrés par la société et la culture dominante, blanche et non juive ; cette intégration n’a été ni facile, ni plaisante, mais elle s’est faite.
Où se trouvait ce lieu de rêve ?
C’était St. Louis Park, en banlieue de Minneapolis, dans l’État du Minnesota des années cinquante à soixante-dix (je suis né le 20 juillet 1953). J’y ai acquis des valeurs et un optimisme qui ne m’ont jamais quitté, même si trente ans de reportages au Moyen-Orient ont failli en avoir raison. Je n’ai pas la naïveté de penser que tout finit toujours par s’arranger. Plutôt la conviction que les choses peuvent effectivement s’arranger si les gens sont prêts au compromis et admettent le pluralisme.
Cela peut paraître ringard, mais le Minnesota nice, cette gentillesse proverbiale des habitants de l’État, existe bel et bien. La preuve ? Cette exclamation d’une amie, furieuse qu’un chauffard lui ait coupé la route: «J’étais tellement en colère que j’ai failli klaxonner. »
St. Louis Park est l’histoire d’une collectivité dynamique et pluraliste qui s’est construite relation par relation, école par école à partir de briques qui ne devaient pas forcément s’imbriquer. C’est un microcosme de « miracles ordinaires » montrant l’Amérique sous son meilleur jour. Nous aurons de plus en plus besoin de ces communautés miraculeuses aux habitants connectés, respectés, protégés, ancrés et galvanisés.
C’est pour cette raison que le reporter chroniqueur que je suis devenu est toujours à la recherche du Minnesota: en quête de méthodes pour recréer cet esprit d’intégration et d’idéalisme dont j’ai été imprégné pendant mon enfance. Depuis que je l’ai quitté en 1973, je n’ai fait que tenter de retrouver mon chez- moi…
Le saint des saints de la communauté juive de St. Louis Park n’était ni la synagogue ni le centre communautaire juif, mais le Lincoln Delicatessen, « le Del », concurrent du Delicatessen de mon oncle et de ma tante. Ma mère travaillait comme comptable au Lincoln Del pour payer les études de ma sœur Jane à Bryn Mawr College. Del. était aussi un lieu de brassage ; on y venait de loin pour acheter ses bagels.
La mort brutale de mon père a privé ma mère des ressources pour payer mes études universitaires. À l’initiative de Morrie, Jake Garber (le patron de mon père), mon oncle, ma tante, tous ont mis la main à la poche. Je n’avais pas demandé d’aide ; celui-ci était venu me voir un jour : « Tu n’en as pas les moyens. Je me charge de tout. » J’en ai retiré une grande leçon d’entraide. Ne jamais dire à une personne dans l’embarras : « Appelle-moi si tu as besoin d’aide. » Si vous voulez aider, faites-le.
Notre école hébraïque était sérieuse, même si nous ne l’étions pas. Du CE2 à la 5e, du lundi au jeudi, nous quittions l’école publique vers 15 heures pour nous y rendre en bus. La vitalité de l’établissement a fini par attirer de plus en plus de Juifs du Nord de Minneapolis. Dans les années soixante, environ 20 % des résidents et des élèves des écoles publiques de St. Louis Park étaient juifs, ce qui a fait dire à Al Franken au New Yorker en 2009 : « Pas tout à fait un shtetl mais, au regard des normes du Minnesota, il y avait beaucoup de Juifs ».

St. Juif Park

C’est ainsi qu’a démarré accidentellement et à petite échelle une expérience fantastique du pluralisme américain.
Comme si les Pères Fondateurs s’étaient réunis de nouveau pour s’amuser : « Mêlons des Juifs de troisième génération aux cheveux foncés, tout juste libérés des quartiers pauvres et dopés par l’après-guerre (appelons-les Goldberg, Coen et Friedman) avec des protestants et des catholiques blonds d’origine suédoise, norvégienne, finlandaise et allemande, des Swenson, Anderson et autres Bjornson. Faisons ça du jour au lendemain dans une toute petite ville du Minnesota pour voir ce que ça donne ! » Pas étonnant que la ville ait été surnommée St. Juif Park.
A Serions Man, film des frères Coen donne une illustration hilarante de ces clashs et synthèses culturelles : « Doux Jésus ! », s’exclame le vieil homme qui voit lui échapper les rouleaux trop lourds de la Torah.
Le pluralisme, l’unité par la diversité, grande tradition américaine, ne se construit pas tout seul ni facilement. Le véritable pluralisme se construit sur la tolérance à l’autre, sur son respect, et sa confiance. Comme dans toutes les rencontres culturelles aux États-Unis au cours des siècles, St. Louis Park a connu la fascination et le rejet de « l’autre », attirance et répulsion, de magnifiques moments de compréhension et de douloureux moments d’incompréhension, des coups de foudre et des ruptures, des mariages mixtes, des divorces et des remariages. Des préjugés apparaissaient et se dissipaient tous les jours. On sortait ensemble, on s’offensait, on se tolérait, on se moquait et on s’étreignait. On travaillait ensemble sur les journaux et sur l’album du lycée, dans les équipes sportives et les conseils d’élèves et, même si on priait différents dieux dans différents lieux de culte, différents jours de la semaine, à force de tâtonnements on a construit - non sans quelques dégâts émotionnels en cours de route – une collectivité.
Les Afro-Américains ont mis beaucoup plus de temps pour obtenir leur quartier. Susan Linnee, devenue rédactrice en chef pour l’Afrique de l’Est, l’Afrique de l’Ouest et l’Espagne à l’Associated Press, m’a rapporté à ce propos un incident qui remontait à l’été 1962 :

Les maisons de Toledo Avenue n’étaient pas toutes alignées le long du trottoir. Certaines étaient en renfoncement, d’autres avaient été construites bien avant les trottoirs. Mais comme tout St. Louis Park à cette époque, c’était un quartier très blanc. Les Sperling, nos voisins, étaient les premiers Juifs à s’installer. Les propriétaires du coin avaient fait campagne pour empêcher la vente de la maison à des Juifs. Elle appartenait à des membres de la Science chrétienne qui se fichaient royalement de connaître les acheteurs. Ma mère a mis à la porte la voisine qui lui demandait de signer la pétition avec ces paroles : « Enfin, le quartier va devenir intéressant. »

Susan est entrée à l’université du Minnesota en 1960. Elle y a rencontré un étudiant africain originaire de St. Paul. Il « portait un trench-coat et un chapeau qui le faisaient ressembler à un personnage de film noir français ». Un jour d’été 1962, ses parents s’étant absentés, elle a invité cet Africain exotique et quelques amis dans sa maison de St. Louis Park.
Voyant des Noirs s’introduire dans la maison, un voisin a prévenu la police.
Quelques jours plus tard, mon père est entré dans ma chambre, plutôt mal à l’aise et hésitant. C’était un Suédois de la vieille école :

« Euh... Est-ce que tu as... euh... reçu des euh... visiteurs noirs récemment ?
—        Pourquoi tu me poses cette question ?
—        Euh... eh bien... quelqu’un a appelé la police pour signaler que des Noirs étaient entrés chez nous pendant notre absence, et la police m’a prévenu.
—        Quoi ? Qui ? Qui t’a appelé ?
—        Euh... mmm... Ils ne m’ont pas dit...
—        OK. Il y avait Fred, Kofi, David, etc., etc.
—        Attends, qui est ce Kofi ?
—        C’est un Ghanéen, il vient d’Afrique...
—        D’Afrique ? Il est noir, alors ?
—        On dirait bien... »
Plus tard, ma mère m’a lancé : « Invitons-les tous à dîner ! »
Et c’est ainsi qu’un soir de 1962, un étudiant du nom de Kofi Annan et ses amis sont revenus à St. Louis Park dans une Studebaker couleur soupe de tomate. Oui, Kofi Annan en personne, celui qui deviendrait diplomate puis le 17e secrétaire général des Nations unies. Mais qui à ce moment-là terminait ses études d’économie à Macalester grâce à une bourse de la Fondation Ford.
Cinquante-quatre ans plus tard, j’ai demandé à Kofi Annan s’il se souvenait de l’incident en question. Il se rappelait le moindre détail.

Espaces publics

La qualité des écoles publiques de St. Louis Park et la fierté que nous en tirions reflétaient un respect général pour les espaces et les institutions publics. Ces espaces étaient le fruit et le moteur de la confiance, du pluralisme et du capital social. Ils rassemblaient les gens de différents milieux économiques, religieux et ethniques. Quasiment tout mon entourage fréquentait l’école publique. À l’époque, je croyais même qu’on envoyait seulement les enfants à problèmes dans le privé, à titre de punition. Que l’école privée puisse être meilleure et justifier qu’on paye autant pour y entrer nous était inconcevable.
Nous ne le mesurions pas à l’époque, mais l’école publique était excellente.
A mon arrivée à St. Louis Park High en septembre 1968, je me suis inscrit au cours d’initiation au journalisme de Hattie M. Steinberg. On parle souvent des enseignants qui ont changé nos vies. Hattie a changé la mienne. Je n’ai jamais depuis eu besoin ni voulu prendre d’autres cours de journalisme. Je n’étais pas très bon. Elle était excellente. Pour elle, le secret de la réussite tenait à l’application correcte de principes de base. Elle nous les martelait : il y avait la manière d’attaquer un article ou de retranscrire une citation mais, plus important encore, la nécessité de se comporter de façon professionnelle et de toujours produire un travail de qualité. Un jour nous avons voté pour savoir s’il fallait ou non conserver une grossièreté prononcée par un dirigeant publicitaire que j’avais interviewé pour notre journal du lycée. Hattie a voté oui. Le cadre a failli perdre son travail. C’était sa façon de nous enseigner la responsabilité.
Hattie était l’enseignante la plus dure que j’aie jamais eue. Ceux qui avaient suivi son cours se battaient pour entrer au journal qu’elle encadrait, The Echo. Comme je n’étais pas à la hauteur de ses critères d’écriture, elle m’a chargé de vendre les espaces publicitaires aux pizzerias du coin. Un jour, elle m’a quand même laissé écrire un article. Un général israélien, héros de la guerre des Six Jours, donnait une conférence à l’université du Minnesota. J’en ai rendu compte et l’ai interviewé brièvement. Il s’appelait Ariel Sharon. Je ne me doutais pas que nos vies se croiseraient quinze ans plus tard à Beyrouth.

Le Minnesota des classes moyennes

Les espaces publics sont nés à la faveur d’une économie nationale et locale en croissance qui a accompagné l’émergence des classes moyennes et une génération d’hommes politiques progressistes assez unique en son genre, les deux phénomènes se renforçant mutuellement. Avec le recul, je me rends compte à quel point ceux d’entre nous qui ont grandi au sein des classes moyennes entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et le début des années soixante-dix ont vécu, comme le dit l’historien de Stanford, David Kennedy : « l’état d’ébriété collective le plus fou de l’histoire des États-Unis ; le pays s’étourdissait de fierté et de perspectives radieuses. L’éventail des revenus était resserré, la richesse partagée, c’était une époque de grande égalité et de forte croissance ».
Dans son rapport de 2015, le Conseil économique de la Maison Blanche a qualifié cette période d’« ère de la croissance partagée » car :

Entre 1948 et 1973, les trois facteurs de la croissance (gains de productivité, distribution et participation) ont simultanément profité aux classes moyennes, dont le revenu moyen a progressé de 2,8 % par an durant la période. La part des richesses allant aux 1 % les plus fortunés s’est réduite d’un tiers, tandis que celle des autres 90 % augmentait légèrement, par conséquent les inégalités de revenus ont chuté. L’augmentation des revenus des ménages a également été alimentée par la participation croissante des femmes au marché du travail.

Je suis devenu adulte pile à ce moment-là. D’où mon optimisme invétéré et ma croyance viscérale que cette prospérité largement partagée doit pouvoir se renouveler.
Ce cercle ascensionnel vertueux m’a donné, comme à mes concitoyens, un irréductible sentiment de confiance. « On pouvait parier sur nous-mêmes », dit le sénateur Al Franken. Lui est devenu comédien avant de s’engager en politique. Moi, j’ai commencé l’arabe à la fac. À l’époque, ce n’était pas chose courante chez les jeunes Juifs. Ça m’a valu quelques quolibets. Les amis de mes parents se demandaient comment j’allais trouver du travail. Pas très encourageant. Mais je n’ai pas eu à m’inquiéter de l’utilité de ces études et personne ne m’a jamais asséné que je ne m’en sortirais pas sans diplôme technoscientifique.
Et tandis que le pays connaissait les affres du Watergate, d’une inflation galopante et de la guerre du Vietnam, le Minnesota se distinguait suffisamment pour que le Time du 13 août 1973 lui consacre sa Une. Je me souviens très bien de cette cover. Mon père venait de mourir, j’allais partir à l’université Brandeis et quitter le Minnesota pour toujours. Mais le Minnesota ne me quitterait pas. Où que j’aie vécu par la suite, Boston, Londres, Oxford, Beyrouth, Jérusalem ou Washington, j’ai toujours répondu quand on me le demandait : « Je vis ici, mais je viens du Minnesota. »

Retour au point de départ

Je dois avoir un truc avec les employés de parking.
Un matin de janvier 2016, j’ai reconduit ma voiture de location à l’aéroport de Minneapolis par un froid de canard. Il n’y avait qu’un employé à la réception, un certain Qassim Mohamed, 42 ans, accro à l’actu, qui m’avait déjà entrepris sur la politique. Ne l’ayant pas revu depuis un moment, je ne me souvenais plus d’où il venait. « De Somalie... mais on se sent chez nous ici maintenant. » Avec un grand sourire : « Pas la même température pourtant. »
Quel endroit fabuleux que le Minnesota, me dis-je un peu plus tard. Je m’y sens encore chez moi quarante après en être parti, de même qu’un réfugié somalien dix ans après son arrivée.
Cela m’a rappelé une conversation que j’avais eue avec l’ancien vice-président Walter Mondale l’été précédent, à propos des valeurs de St. Louis Park qui semblaient avoir traversé le temps intactes. À 87 ans, la démarche ralentie mais l’esprit toujours aussi vif, il m’avait confié ceci : « Tu sais, ça s’entretient... Il y a une sorte de continuité. Humphrey  n’est plus, mais ce qu’il a semé vit encore, deux générations après lui. »
Il avait raison. Je le ressentais également. Je n’étais pas le seul d’ailleurs. Dix-sept des cinq cents plus grandes entreprises du pays y ont installé leur siège, et les « Villes jumelles  » figurent parmi les dix premières où il fait bon vivre et élever ses enfants, dans cinq des sept principaux classements du pays. Sachant que l’endroit est une toundra glacée cinq mois par an, quelque chose doit bien séduire les gens.
« Ça s’entretient », dit Walter Mondale. C’était quoi, ce « ça », ce « quelque chose » qui perdure au Minnesota ? Il me fallait savoir et faire partager ce qui avait rendu et rend encore ma ville si accueillante, qui lui donne cette capacité d’enraciner ses citoyens et de les armer pour l’avenir. Il tient à trois facteurs.

  • D’abord, le Minnesota et St. Louis Park ont toujours eu à leur tête des dirigeants mus par l’ambition de gouverner. Ils se querellent, se paralysent parfois, comme partout ailleurs, ou mettent le bazar après avoir dégagé un vieux singe accroché au pouvoir. Mais au bout du compte, ils parviennent à des compromis qui servent l’intérêt général. Certes, c’est ce qu’on attend d’un législateur. Mais la polarisation venimeuse qui s’est emparée de la vie politique américaine depuis vingt ans a fait oublier cette évidence.
  • Ensuite, la collaboration public-privé se maintient à un niveau remarquablement élevé. Un nombre important d’entreprises, non contentes d’être des employeurs, se considèrent comme des citoyennes liées par l’obligation de contribuer à la résolution des problèmes socio-économiques, et il est attendu de leurs dirigeants qu’ils s’impliquent bénévolement à cet effet dans la vie de la cité. Quelle différence encore avec Washington D.C. où, après 2008, les grandes entreprises ont disparu de la scène et du débat, en partie à cause du blâme moral que se sont infligé les banquiers de Wall Street, en partie parce quelles ont été injustement diabolisées, en partie enfin parce que les multinationales américaines ont tant de salariés et de clients à l’étranger que leur « sentiment de citoyenneté américaine » s’en trouve dilué. Résultat, elles ont largement renoncé à infléchir, comme elles le faisaient autrefois, l’agenda national sur les grands sujets tels que l’éducation, les échanges et l’immigration.
  • Enfin, l’opinion publique du Minnesota et de St. Louis Park attend de ses élus et des dirigeants d’entreprises qu’ils s’engagent, les premiers à nouer des compromis, les seconds à contribuer à la vie de la cité.« Les PDG veulent que les choses avancent. Ils sont très clairs là-dessus. Et que les deux pôles ne soient pas en mode blocage systématique, explique Lawrence Jacobs de la Humphrey School of Public Affairs. On n’est pas des Bisounours, mais l’opposition stérile et le refus de la réalité sont très mal vus. »

J’ai quitté le Minnesota et St. Louis Park en 1973 pour aller à la découverte du monde, et découvrir à mon retour quarante ans plus tard que le monde s’y était installé. Le lycée de St. Louis Park compte désormais 58 % de Blancs, 27 % de Noirs, 9 % d’Hispaniques, 5 % d’Asiatiques et 1 % d’indiens autochtones, la population noire se partageant à égalité entre Afro-Américains et Africains. Ces derniers sont en majorité des Somaliens musulmans arrivés au cours des deux dernières décennies qui ont trouvé en St. Louis Park une des localités les plus accueillantes, comme mes parents juifs dans les années cinquante. Chez les Blancs, la majorité sont protestants ou catholiques, 10 % sont juifs. Les musulmans, absents de mon lycée autrefois, sont désormais plus nombreux que les Juifs. On sert des menus halal à la cantine et on croise des filles voilées dans les couloirs.
Le même phénomène démographique s’observe dans les Villes jumelles. Les écoles publiques de Minneapolis comptent 67 % d’élèves de couleur, Hispaniques et Indiens compris, celles de St. Paul 78 %, la plus forte minorité étant les Hmong. Plus les classes rajeunissent, plus ces pourcentages augmentent. La ville prévoit qu’un habitant sur cinq sera de couleur à l’horizon 2040. Cette population diversifiée sera le vivier dans lequel puiseront grandes et petites entreprises.
Cela dit, les Somaliens n’ont pas tous réussi à se sentir aussi bien « chez eux » que mon ami Qassim. Une étude du Congrès en novembre 2015 a révélé que « plus de 250 Américains avaient tenté de rejoindre Daech, dont un quart originaire du Minnesota. Le quartier de Cedar Riverside à Minneapolis abrite la plus grande communauté de Somaliens du pays. La plupart sont des réfugiés arrivés dans les années quatre-vingt-dix ». Le taux de chômage y atteint 21 %, soit trois fois plus que la moyenne de l’État. « Un nombre inquiétant de jeunes Somaliens de cette localité sont partis rejoindre des groupes extrémistes, ajoute l’auteur. Depuis 2007, deux douzaines ont rejoint Al-Shabah en Somalie. »
Si l’intégration est plus difficile qu’autrefois, elle est d’autant plus nécessaire que ce défi attend de nombreuses collectivités locales américaines (et européennes). Nous devenons une population de minorités que le Monde du Désordre va accroître au moment où le niveau des compétences exigées pour les emplois de classe moyenne s’élève et où la formation continue s’impose pour les occuper durablement. Autrement dit, le Minnesota et St. Louis Park ne sont plus des cas marginaux, mais un microcosme du principal défi posé aux États-Unis : saurons-nous encore faire demain e pluribus unum[5]  (de plusieurs, un seul) ?
C’est ce que je suis revenu vérifier. Les paris sont encore ouverts. Je ne fais aucune prédiction, tant l’enjeu est complexe, beaucoup plus que l’intégration de Scandinaves et de Juifs dans les années soixante. Mais j’ai découvert que les personnes de toutes origines et de toutes croyances étaient nombreuses à vouloir que « ça » fonctionne pour les prochaines générations et que le Minnesota nice le soit pour davantage de gens quà mon époque.

Du Minnesota au monde, et retour

Ce livre est le fruit d’un hasard. D’un hasard inévitable.
Les idées exprimées ici me trottaient dans la tête depuis un moment, mais il a fallu cette rencontre impromptue avec un employé de parking pour que je me décide à les mettre à plat; que je me pose et réfléchisse à d’autres voies pour aider les gens à profiter de cette ère d’accélérations.
Au cours de cet aller-retour entre le Minnesota et le monde, j’ai été frappé de découvrir autant de choses inattendues, sur les plans intime, philosophique et politique.
Ce n’est pas tant un intérêt intellectuel pour les valeurs de ces lieux qui m’a ramené chez moi au Minnesota et à St. Louis Park, que quarante années passées à couvrir le Moyen-Orient et Washington D.C. qui m’ont fait comprendre à quel point ces deux arènes avaient fini par se ressembler, et ressembler si peu aux lieux qui m’avaient façonné.
Je me suis rendu compte qu’au Moyen-Orient, l’idéologie dominante, quel que soit l’interlocuteur (sunnite, chiite, kurde, israélien, arabe, persan, turc ou palestinien), se résumait souvent à un rapport de forces : « Je suis faible, négocions ; je suis fort, pourquoi négocier ? » Les notions de bien commun, de terrain d’entente sur lequel bâtir un compromis, sans même parler de communauté de valeurs à préserver, ne faisaient tout simplement pas partie du lexique. Si bien qu’à mon retour à Washington en 1988, j’ai ressenti un certain enthousiasme à redécouvrir l’Amérique. Pourtant, j’ai constaté qu’au fil des ans la politique américaine ressemblait de plus en plus au Moyen-Orient que j’avais quitté. Comme les sunnites et les chiites, les Arabes et les Persans ou les Israéliens et les Palestiniens, les démocrates et les républicains s’excluent mutuellement et présupposent le pire les uns des autres, jusqu’à refuser les mariages de leurs enfants avec « l’autre camp ».
La tâche qui nous attend est immense. Nous devons accélérer l’innovation dans beaucoup de domaines à la fois, ce qui ne peut se faire qu’en collaborant en confiance et dans la durée.
Je suis donc retourné à mes racines, dans le Minnesota, pour vérifier si ce lieu existait encore : un lieu où, dans mon souvenir du moins, les gens œuvraient au bien commun et où la confiance relevait davantage de la règle que de l’exception. Les choses sont à l’évidence devenues plus compliquées, mais je n’ai pas été déçu du voyage.
J’en ai tiré une grande leçon politique : tout ce que St. Louis Park et le Minnesota mettent actuellement en œuvre pour se rendre plus accueillants est capital non seulement pour leurs habitants mais pour toutes les collectivités américaines.
En témoignent ces quelques chiffres. En 201$, pour la première fois, la majorité des 50 millions d’élèves des écoles publiques américaines étaient issus des minorités afro-américaines, hispaniques et asiatiques. Dans le même temps, le nombre d’élèves bénéficiant de la cantine gratuite ou à tarif réduit a battu tous les records. Un rapport de l’université Georgetown prévoit que d’ici 2020, 65 % des emplois toutes catégories confondues nécessiteront un diplôme de l’enseignement supérieur. En 2013, une étude d’Oxford indiquait que 47 % des emplois américains risquaient d’être remplacés par des robots au cours des deux prochaines décennies.
Ces chiffres disent que chacun devra élever son niveau d’un cran à l’école, et tout au long de son existence. Ils disent qu’on ne peut plus se permettre de laisser pour compte un seul enfant. Que le pluralisme est encore plus important car les États-Unis deviendront majoritairement de couleur au cours du prochain quart de siècle, sans avoir pour autant réglé leurs problèmes raciaux. Les premiers chocs se font déjà ressentir et ne feront que s’aggraver à mesure que de plus en plus de migrants fuiront le Monde du Désordre. Les sociétés qui sauront vraiment « faire de plusieurs, un seul » n’en seront que plus stables et innovantes.
Ces chiffres disent également qu’un nouveau type de leadership s’impose à tous les niveaux. Nationalement et localement, les dirigeants devront promouvoir l’intégration et l’adaptation de leurs populations avec l’énergie et la sagacité requises par l’ampleur des défis et des opportunités de l’ère des accélérations. Pour cela, il leur faudra un leadership confiant dans la capacité des gens à entendre la vérité. À savoir que travailler dur, dans les règles, ne suffit plus pour vivre correctement.
C’est pourquoi ce leadership importe encore plus au niveau personnel. Dans le Minnesota des années soixante, le vent arrière était si puissant qu’il fallait le vouloir pour échouer. C’est fini. Maintenant il faut le vouloir pour réussir, en planifiant sa formation continue et l’amélioration de ses compétences. Autrement dit, se prendre en charge, s’approprier son avenir et se mettre EN MODE START-UP de soi-même.
Il n’est pas encore trop tard pour adopter ce mode de leadership, encore moins aux États-Unis. Mais comme le disait l’écologiste Dana Meadows à propos du changement climatique :  « Nous avons tout juste le temps, en s’y mettant sur le champ. » Sans attendre une seconde de plus, car les marges de tâtonnement ou d’erreur se réduisent à vue d’œil, pour les pays comme pour les individus.
Enfin, sur le plan philosophique, j’ai pu mesurer à quel point les meilleures solutions pour renforcer la résilience n’étaient pas téléchargeables, mais devaient être instillées à l’ancienne, individu par individu. D’où l’importance d’avoir un mentor dans sa jeunesse, puis un coach pour être embauché chez Wall Mart ou le diriger. De prendre en charge sa carrière et sa formation, car les emplois les mieux payés à l’avenir seront « stempathiques » (ils combineront de solides connaissances scientifiques et empathie).
J’aurai appris également que planter des arbres et installer des poulaillers est un des plus simples et des meilleurs remèdes contre la déstabilisation du monde. Que le Printemps tunisien doit son succès au fait d’avoir un peu plus de « société civile » que ses voisins, et pas seulement des mobiles et des amis Facebook. Que la « confiance » entre deux individus est à la base de toute chose. Et que la construction d’une collectivité saine commence par un dîner autour d’une table.
C’est pourquoi le ministre de la Santé ne m’a pas surpris quand il m’a dit que la pire maladie qui rongeait les États-Unis aujourd’hui n’était « ni le cancer, ni les maladies cardiaques, mais l’isolement». Quelle ironie! Nous sommes la génération technologiquement la plus connectée de l’histoire de l’humanité, or jamais autant de gens se sont sentis seuls.
Qu’on ne se méprenne pas. La technologie saura nous protéger, nous rendre plus productifs et cultivés et en meilleure santé. Je suis émerveillé par le potentiel qu’offre l’assistance intelligente pour diminuer la pauvreté, découvrir de nouveaux talents et trouver des solutions à tout. Je suis loin d’être technophobe, mais nous ne tirerons le meilleur de la technologie qu’à la condition de ne pas nous laisser distraire des véritables relations humaines. Relations dont les ressorts ne sont pas téléchargeables : le claquement de paume d’un entraîneur et les félicitations d’un mentor, la bourrade d’un ami, le coup de main d’un voisin et la poignée de main d’un rival, le geste amical et gratuit d’un inconnu, la fragrance d’un jardin plutôt que la froideur d’un mur.
Je conçois qu’en cette époque vertigineuse, les cols-bleus comme les cols blancs des pays développés ou émergents aient le sentiment que les robots sont à deux doigts de leur piquer leur emploi. Je conçois également qu’il est plus facile de visualiser ce qu’on a à y perdre que ce qu’on pourrait y gagner.
Mais au vu du nombre de gens désormais outillés pour inventer, rivaliser, et collaborer, au vu également de la puissance et du faible coût des instruments d’optimisation des échanges sociaux, commerciaux et administratifs, je ne me résous pas à notre incapacité à régler les problèmes de société et de santé publique du monde, et à ce que, secondés par les machines, nous ne sortions pas de cette transition plus résilients, plus productifs et prospères.
Certes, ce n’est pas évident à première vue. Pourtant, les rues de New York n’ont jamais été plus dangereuses qu’à l’époque des premières voitures, quand chevaux et buggies les empruntaient encore. Nous vivons une transition similaire. Si nous parvenons à obtenir le minimum de coopération politique permettant le développement des technologies sociales pour encaisser le choc, à maintenir notre économie ouverte et à améliorer la formation de la population active, je suis convaincu que jamais dans l’histoire de l’humanité, autant de gens n’auront eu à leur portée une vie décente.


[1]  Cet extrait est la reprise du 3ème chapitre de « MERCI D’ËTRE EN RETARD » de l’éditorialiste vedette du New York Times, THOMAS L. FRIEDMAN, éd. Saint-Simon, mars 2017, p 315-339..
L’auteur, né au Etats-Unis en1953, est triple lauréat du prestigieux prix Pulitzer.

[2] Pour expliquer la loi de Moore, le PDG d’Intel a recours à une analogie. Il applique  à la Coccinelle de Volkswagen par les performances obtenues sur les microprocesseurs d’Intel depuis 1971. Entre la première génération de puces (la 4004) et la plus récente, leur puissance a été multipliée par 3500, leur consommation d’énergie divisée par 90 000 et leur coût de production par 60 000. Une Coccinelle améliorée au même rythme roulerait aujourd’hui à 180 000 km/h, consommerait un litre au 800 000 km  et coûterait trois centimes à produire.

[3] En 1841, le père Lucien Galtier fut envoyé comme chef spirituel des canadiens catholiques et construisit une chapelle au-dessus du plateau Lambert (Lambert's Landing), qu'il nomma pour son saint favori Saint-Paul. L'établissement prit donc le nom de Saint-Paul.
Le territoire du Minnesota fut établi en 1849 et Saint-Paul devint sa capitale. Le 11 mai 1858, l'État du Minnesota devint le trente-deuxième état des États-Unis. La paroisse de St Louis, roi de France, fut fondée en 1868 par un architecte français, très en vue à cette époque, Emmanuel Louis Masqueray. Bien que son église soit plus petite que la cathédrale St Paul ou la basilique St Mary, situées à Minneapolis et réalisées elles aussi par le même architecte, Masqueray avait une préférence pour cet édifice, qu'il surnommait sa « petite perle ».

DÉMOGRAPHIE
D'après le recensement de 2000, il y avait 44 126 personnes, .La répartition raciale de la ville était de 88,91 % de blancs, 4,37 % d'afro-américains, 0,45 % d'amérindiens, 3,21 % d'asio-américains, 0,06 % de d'hawaïens de souche ou autres océaniens, 1,28 % d'autres races, et 1,72 % de plusieurs races. Les latino ou hispaniques représentent 2,93 % de la population.
La population de Saint Louis Park était à 18,8 % sous l'âge de 18 ans, 46,4 % de 18 à 44 ans 20,2 % de 45 à 64 ans, et 14,7 % de personnes âgées de 65 années ou plus.
Environ 3 % des familles et 5,2 % de la population vivaient au-dessous du seuil de pauvreté, dont 5,2 % des moins de 18 ans et 6,7 % des personnes de 65 ans et plus.

[4] Loi qui a ouvert l’accès à l’enseignement supérieur aux conscrits de Seconde Guerre mondiale.

[5] Devise des Etats-Unis.

 


Date de création : 17/04/2017 @ 14:55
Dernière modification : 17/04/2017 @ 15:11
Catégorie : Sociologie
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