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Parcours braguien - La culture selon Rémy Brague


LA CULTURE SELON RÉMI BRAGUE
 
 
L’idée de culture en tant que telle
La Modernité se fait fort de nous mener depuis la barbarie inculte qui est supposée l’avoir précédée jusqu’à la culture. Il nous faut donc réfléchir à cette notion.
L'idée de culture en tant que telle, d'une culture qui ne serait que culture et rien d'autre, est une invention du christianisme, et plus précisément de saint Paul.
Commençons par ce que dit, en bref, Rémi Brague[1] sur la culture. La culture est essentiellement normative. Elle englobe tous les domaines de l'activité humaine dans lesquels on peut distinguer une bonne manière de procéder d'une mauvaise. Ce qui est considéré comme « bon » et « mauvais » vaut pour une culture donnée, et pas toujours pour une autre. Car ce qui permet de les distinguer, ce sont justement les différentes réponses qu'elles fournissent à certaines questions fondamentales, qui sont pour l'essen­tiel les mêmes partout, car elles tiennent à la nature même de l'homme comment communiquer avec les autres ? Qui ai-je le droit d'épouser ? Comment dois-je éduquer mes enfants et respecter mes parents ? Qu'ai-je le droit de manger, et comment faut-il le préparer ? Qu'est-ce qui mérite d'être admiré, respecté, imité ? Quels sont, en détournant de son contexte la belle formule du polito­logue américain Charles E. Merriam[2], les credenda, les miranda et les agenda, les choses qu'il faut croire, celles qu'il convient d'admirer, et celles qu'il faut faire ? Le champ de la culture est ainsi très large ; il va du plus sublime au plus humble, de la morale à la cuisine en passant par les règles de politesse, le beau style, le droit.
En revanche, la culture ne comporte rien de ce qui est purement savoir, description de la réalité. Cela vaut pour les sciences de la nature, mais aussi pour la connaissance historique. Le savoir, qu'il porte sur la nature ou sur l'homme, n'a en soi aucune valeur culturelle. Rémi Brague ne privilégie donc en rien, parmi les « deux cultures » dont parlait C.P Snow[3], le « littéraire » par rapport au « scientifique ». Car il refuse cette même valeur culturelle à l'érudition historique, littéraire ou artistique. À moins qu'elle ne prétende fournir des modèles à imiter, comme l'héroïsme des grands hommes ou le beau style des grands écrivains. Auquel cas elle cesse d'ailleurs d'être simplement factuelle pour prendre une valeur normative.
 
Le coup de rabot de Paul
Il nous faut maintenant procéder à ce qui, à première vue, semblera un détour et réfléchir sur la révolution opérée par saint Paul.
Celle-ci ne consista pas à rejeter le « joug de la Loi » de Moïse. Ce que Paul rejeta réellement fut l'idée selon laquelle Dieu formule des règles de conduite. Paul conserva l'idée d'un système de règles, et même celle de l'origine divine de celles-ci. Seulement, il plaça cette idée à un autre niveau. Les normes ne sont pas dictées par Dieu par l'intermédiaire d'un prophète. Elles sont inscrites dans le « cœur » de l'homme, ce qu'il traduit, du sémitique au grec, par « conscience » (syneidèsis) (Romains, II, 15). Ainsi,les normes ne relèveraient pas du domaine de l'histoire, mais de celui de la « nature », telle qu'elle est comprise comme créée par Dieu. Paul nomme d'ailleurs la nature comme principe d'action des païens qui, tout ignorants qu'ils soient de la Loi de Moïse, se conduisent pourtant « décemment » (Romains, II, 14-15)[4].
Il fallait que Rémi Brague rappelle ce qui devrait être des évidences, car la révolution paulinienne fut comprise à contresens, du vivant même de Paul, comme une pure et simple prétention à s'exempter de la Loi (anomie). C'est probablement Paul lui-même qui a frappé la formule « tout est permis » (panta exestin), et il a. dû l'expliquer en ajoutant une précision « toutes les choses me sont permises, mais toutes ne sont pas expédientes (sumpherei) ; tout est permis, mais tout n'est pas constructif (oikodomei) » (I Corinthiens, X, 23 ; voir VI, 12). Le « tout est permis » de Paul ne signifie donc pas que la limite entre le bien et le mal serait abolie, comme, c'est le cas du fameux « tout est permis » (oce nomodeuo) qui constitue un véritable leitmotiv dans les discussions entre les frères Karamazov (Dostoïevski). En fait, la limite qui sépare le bien et le mal entre lesquels il faut choisir ne perd rien de sa gravité, car elle n'est autre que celle qui sépare la vie de la mort. Le verset du Deutéronome qui présente le choix entre le bien et le mal comme un choix entre la vie et la mort (XXX, 19) n'a rien perdu de son actualité.
La formule de Paul veut dire bien plutôt que cette limite n'est pas adéquatement exprimée par l'opposition du permis et de l'interdit, surtout si l'on comprend ceux-ci comme ce qui plaît ou déplaît à Dieu. La vraie alternative est plutôt entre ce qui nous mène à la vie et ce qui nous mène à la mort. Dire que Dieu commande ou interdit certaines actions est une façon de parler qui convient à des enfants (voir Galates, III, 24-25). Ainsi, quand nous parlons à des enfants qui n'ont aucune idée de l'électricité et mettent une tige de fer de leur Mécano dans une prise, nous pouvons couper au plus court et leur dire « C'est défendu ! » Ce que nous voulons vraiment dire, c'est que c'est dangereux. Certaines conduites sont permises parce qu'elles sont intrinsèquement bonnes, vivifiantes ; d'autres sont défendues parce qu'elles sont intrinsèquement mauvaises, mortifères.
L'idée fondamentale est que Dieu ne se met pas à notre place, ne remplace pas notre jugement sur la droite manière de procéder, mais nous donne les moyens de le faire. Son enseignement nous éclaire, et au besoin nous rappelle quelques règles de base, mais Dieu ne nous dicte jamais ce qu'il faut faire.
Ce qui resta après le coup de rabot de Paul était le kit de survie minimal de l'humanité. Le contenu de ce nécessaire figurait déjà dans les sept commandements qui, selon les Sages du Talmud, furent donnés à Noé à la sortie de l'arche et dans les dix commandements donnés à Moïse[5]. On pourrait ajouter qu'il ne s'agit de rien d'autre que du Tao éternel sans lequel l'humanité ne pourrait tout simplement pas vivre une vie authentiquement humaine, ou peut-être ne pourrait pas vivre tout court[6] .
 
Le remplissement
Il est clair que ces règles élémentaires de correction ne suffisent pas pour répondre aux questions multiples qui se posent dans la vie humaine en ses dimensions personnelles et sociales. C'est pourquoi la Torah est loin de se réduire au Décalogue, mais comporte six cent treize commandements. C'est aussi pour quoi le judaïsme a développé en allant dans le détail une « démarche à suivre », si l'on peut traduire ainsi l'hébreu halakhah. L'insuffisance du kit minimal est déjà évidente en ce qui concerne les systèmes juridiques et l'organisation politique. Elle est encore plus flagrante si nous pensons aux différentes façons dont la vie humaine peut fleurir dans les différents domaines de la haute culture, qui englobe la création artistique, le culte rendu à Dieu, le soin et le contrôle du corps, le raffinement des mœurs.
Sur tous ces points, Paul ne dit à peu près rien, si l'on excepte certains principes de base, par exemple sur la nécessité d'un gouvernement politique envers lequel l'obéissance est un devoir (Romains, XIII, 1). Quant aux autres éléments de la culture, Paul avait probablement une teinture de la littérature et de la philosophie populaire grecques. Il est capable de citer des poètes comme Aratos, Épiménide et Ménandre. Mais ses écrits ne trahissent guère d'intérêt pour ces questions. Néanmoins, la révolution, religieuse qu'il introduisit a parmi ses conséquences les plus durables une attitude nouvelle envers la culture, que dis-je, la naissance de l'idée même de culture.
Pourquoi ? Précisément parce que le christianisme de Paul manquait d'un contenu normatif défini. Parce qu'il était vide, il produisit un gigantesque reflux qui découvrit tout le champ des normes. Il lui fallait donc se remplir d'un contenu qu'il ne pouvait qu'emprunter au-dehors. Le christianisme fut obligé d'absorber ce qui était déjà disponible sur le marché des civilisations. Et c'est ce qu'il fit, d'abord avec la civilisation romaine, c'est-à-dire le système romain du droit et d'administration, avec en outre ce que le monde romain avait déjà emprunté à la civilisation grecque dans les domaines scientifique, littéraire et philosophique. Cette absorption fut sinueuse et complexe. La culture « païenne » ne fut pas avalée d'un trait ; elle fut mâchée, soumise à bien des diastases, rejetée en partie.
Pour Paul, la culture environnante était, comme il le dit en une formule récurrente, « grecque ». Or, Rémi Brague l'affirme : il existe quelque chose comme la culture grecque depuis la révolution paulinienne seulement. Ce qui sans l'ombre d'un doute existait auparavant était la paideia grecque. Il s'agissait d'un style de vie global. Bien entendu, cette paideia incluait ce que nous appelons « culture », par exemple la littérature (Homère) et l'art, et même la culture physique. Elle était inséparablement, pour le dire dans le vocabulaire de Platon, gymnastique et « musique[7] »
L'hellénisme auquel se heurtèrent les Maccabées, dans la Palestine du second siècle avant J.-C., ne se répandait pas tellement par les temples. Il semble d'ailleurs que les dieux rivaux du YHWH d'Israël aient été plutôt les dieux ouest-sémitiques, les « Seigneurs » (b` alim) de Canaan, que les douze de l'Olympe[8] . L'hellénisme se répandait encore moins dans des écoles de philosophie. Le danger était perçu comme venant plutôt des gymnases la nudité liée à la pratique du sport rendait la circoncision ridicule (I Maccabées, I, 14). Mais l'hellénisme était un bloc qui comportait aussi ce que nous appelons la « religion », un culte des dieux qui, pour les Grecs, ne s'en distinguait pas. Cet amalgame n'était pas acceptable pour les juifs, ni non plus pour les chrétiens. On pourrait ainsi poser l'équation « Culture grecque » = paideia – religion.
Nous ne pouvons pas saisir l'essence de la révolution paulinienne en nous contentant de dire qu'elle construisit une synthèse entre le Grec et le Juif et permit à l'élément grec d'entrer dans la synthèse chrétienne. Plus radicalement, elle permit en même temps à l'élément grec de la culture, une fois nettoyé de sa dimension religieuse, de se développer comme tel, c'est-à-dire tout en conservant son altérité par rapport à la synthèse dans laquelle il entrait sans s'y dissoudre.
Ceci autorise Rémi Brague à déclarer que la culture grecque a pu être incluse et non pas digérée[9].
 
Une culture sans le christianisme ?
La civilisation sortie du christianisme peut-elle négliger la relation avec son héritage religieux ? En d'autres termes, une fois bâtie une culture qualifiée de « chrétienne », sinon à cause de son contenu, du moins à cause de son origine, pourrait-on supprimer l'échafaudage religieux qui en a permis l'édification ?
 
Que resterait-il donc sans le christianisme ?
Rémi Brague n’a pas manqué de rappeler l'ambivalence des apports culturels. Là aussi, un seul exemple : le christianisme et, avec lui, tout l'arrière-fond de l'Ancien Testament, ont d'abord été blâmés pour avoir empêché les sciences de progresser (les Lumières radicales et leur interprétation du procès de Galilée). Ils ont ensuite été loués pour les avoir rendues possibles grâce à la désacralisation des puissances naturelles. Il y aurait donc, en dernière instance et à travers toute une série de médiations, encore de la science.
En tout état de cause, il y a beau temps que la science a pris son indépendance de la théologie, et même de la foi. Elle pourrait sans doute continuer sur son erre, indéfiniment, et avec elle la technologie qu'elle rend possible.
Peut-être verrait-on disparaître l'intérêt pour la vérité en tant que telle. Il faut en effet croire, ce qui ne va nullement de soi, que la vérité est bonne, voire belle, pour pouvoir l'aimer. Et cette croyance est, Nietzsche l'a bien vu, la dernière lueur d'un feu allumé par Platon et par le christianisme qui en est, selon le même auteur, la vulgarisation[10] . Un mathématicien de haute volée, Laurent Lafforgue, médaille Fields, l'a récemment rappelé[11] .
Cependant, d'une part, on peut se demander si l'on a vraiment besoin de l'idée de vérité. N'est-elle pas la racine de tous les fanatismes ? Ne pourrait-on la remplacer par la démocratie, ou par une « pensée faible », comme le suggèrent respectivement deux philosophes, l'Américain Richard Rorty et l'Italien Gianni Vattimo ? Et d'autre part, la technologie que la science rend possible continuerait sans doute à constituer le meilleur garant d'une survie de la science, parce qu'elle en est la meilleure publicité. Elle permet en effet l'accroissement des commodités disponibles et un confort toujours plus grand.
Sans le christianisme, il y aurait encore de quoi organiser une société viable. Les civilisations traditionnelles faisaient reposer l'ordre social sur des coutumes fondées sur et garanties par un ordre cosmique qu'elles étaient censées imiter. Cette articulation du politique sur le cosmologique a disparu sous l'action de divers facteurs.
En contrepoint, la philosophie politique moderne, depuis Hobbes, a réussi à faire reposer le vivre-ensemble humain sur des bases immanentes. Il suffit en effet de se mettre d'accord sur une sorte de pacte de non-agression mutuel, chacun s'abstenant de faire tort à son voisin afin d'en recevoir en retour l'assurance que celui-ci ne l'attaquera pas. La pensée moderne parvient de la sorte à faire dépendre le lien social de l'intérêt bien compris de chaque individu, lequel cherche avant tout, d'abord sa propre conservation, ensuite son confort. 
En revanche, cette pensée souffre d'un défaut qui semble dirimant à Rémi Brague, elle n'a rien à dire sur la question de la poursuite ou de l'interruption de l'aventure humaine. Pour elle, l'existence de l'homme sur cette terre n'est ni un bien ni un mal. Et elle a raison, car l'homme n'a pas le droit de se prononcer sur sa propre légitimité sans être juge et partie. Pour pouvoir dire quelque chose sur la valeur de celle-ci, il faut se placer d'un point de vue exté­rieur à l'humain et faire intervenir un principe créateur capable d'affirmer que ce qu'il a créé est « très bon » (Genèse, I, 31).
Y aurait-il encore de la culture? Il se peut très bien que l'Université continue sur sa lancée et produise de l'érudition historique, littéraire, artistique. Mais la culture, telle que Rémi Brague l'a définie, est un système de normes, qui visent toutes à assurer la pérennité de l'homme et de l'humain. Elles le font à deux niveaux :
        D'abord au niveau le plus humble, celui du substantif interdire le meurtre, demander que l'on respecte ses parents, c'est aussi permettre la survie de l'homme comme espèce.
        Ensuite, les normes promeuvent ce qui fait que l'homme est humain, au sens valorisant de cet adjectif. Elles varient selon les différentes aires culturelles, celles-ci ne se faisant pas toutes la même idée de ce qui ennoblit l'homme et le rend véritablement humain.
La religion, telle que la comprend le christianisme, n'intervient pas au niveau de la culture en proposant des normes spécifiques. Elle se contente de dire qu'il est bon qu'il y ait de l'humain. Cette « bonté » de l'humain n'est pas d'ordre moral, mais d'ordre métaphysique. Non le bien du « faire », mais le bien de l'Être. Cette « bonté » est le fondement de possibilité de toutes les «bontés » morales, esthétiques, sociales, et autres. Il faut d'abord être convaincu de ce qu'il vaut la peine de poursuivre l'aventure humaine pour chercher les moyens les plus susceptibles d'assurer cette perpétuation.
Rémi Brague a parlé de la religion telle que la comprend le christianisme. Le christianisme ne se contente pas d'affirmer la bonté de l'humain de façon théorique. Il va jusqu'à lui faire confiance dans la pratique, ce qui est plus difficile. Il laisse l'homme inventer, selon les âges et les lieux, selon les climats et les tempéraments, sa façon à lui de monnayer le Décalogue, quitte à l'avertir quand il s'en écarte. En un mot, il laisse la culture être la culture, être toute la culture, mais n’être que  la culture.
Ainsi donc, une culture qui s'écarterait du christianisme pourrait-elle continuer à n'être qu'une culture ? Rémi Brague craint qu'elle ne cherche spontanément à se refonder sur du religieux, quelle que soit la couleur de celui-ci et quel que soit son aloi. Ce qu'on appelle le fondamentalisme est une tentative de ce genre : ce serait la religion qui devrait nous dire si Darwin a raison ou tort, que manger ou comment nous habiller. Alors qu'il existe d'autres instances dont la compétence est autre que la sienne, et qui, dans ces cas, font bien leur travail, comme la biologie, la diététique ou la mode.
Qu'une culture ne soit rien d'autre qu'une culture est au fond un phénomène paradoxal. Le rapport chrétien à la culture est, Rémi Brague l'a rappelé, plutôt une exception qu'une règle, même si, tombés quand nous étions petits dans une marmite de christianisme, il nous apparaît comme une évidence. Rien n'est plus tentant que de chercher à légitimer les normes en convoquant à cet effet la source la plus sublime, et de faire reposer sur l'homme le poids écrasant du divin. C'est aussi de ce poids que nous délivre le christianisme au sacré il substitue le saint. Il remplace le sacré qui demande par le saint qui libère.
Rémi Brague répondra donc à la question initialement posée comme suit : il existe une culture qui a reçu la marque du christianisme. Elle est présente dans le monde occidental et, sous certains de ses aspects, dans le monde entier. Elle vaut la peine d'être promue, dans la mesure où elle contient des principes de civilisation, comme la renonciation à la violence, et la promotion de la justice, qu'elle a elle-même plus ou moins bien observés dans le cours de son histoire, et qui méritent en tout cas d'être encore mieux appliqués.
Faut-il défendre cette culture parce qu'elle serait chrétienne ? Le christianisme, là où il est le plus purement lui-même, à savoir comme religion, avance des arguments qui demandent à être appréciés en tant que tels, sa conception de Dieu, de la création, du rapport de l'humain au divin.
Il est une chose que le christianisme, dans le sillage de l'Ancienne Alliance, est peut-être le seul à pouvoir fournir. Et cette chose, c'est le fondement dernier de la culture. Si celle-ci est la façon dont l'humain parvient à sa floraison, le christianisme sait, avant toute tentative pour cultiver la plante humaine, pourquoi il est bon qu'elle pousse sur la terre.


[1] Professeur de Philosophie à l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne et à la Ludwig –Maximilians Universität de Munich.
[2]Charles E. Merriam, Political Power : Its Composition and Incidence, New York, McGraw & Hill, 1934, p. 4.
[3] Selon Charles P. Snow in The Two Cultures and the Scientific Revolution (1959) : « De fait, il existe un déséquilibre net entre les personnes de formation dite scientifique et celles de formation dite littéraire. Les premières disposent le plus souvent d’une information sur le domaine des secondes que celles-ci ne possèdent généralement pas. De sorte que le scientifique musicien et amateur de belles-lettres aurait les deux cultures, le littéraire n’en ayant de son côté qu’une seule. Mais le problème serait résolu par l’union personnelle de ces deux cultures chez le scientifique d’élite, le « savant » pour ne pas le nommer. »
[4] « Quand des païens, sans avoir de loi, font naturellement ce qu’ordonne la loi, ils se tiennent lieu de loi à eux-mêmes, eux qui n’ont pas de loi. Ils montrent que l’œuvre voulue par la loi est inscrite dans leur cœur ; leur conscience en témoigne également ainsi que leurs jugements intérieurs qui tour à tour, les accusent et les défendent ».
[5]Respectivement Sanhédrin, 56b, et Exode, XX, 2-14.
[6]Voir C.S. Lewis, The Abolition of Man or Reflections on Éducation with Special Reference to the Teaching of English in the Upper Forms of Schools [1943], New York, HarperCollins, 2000, p. 18.
[7] Platon, République, III, 403 c.
[8]Voir Elias J. Bickerman, Der Gort der Makkabder Untersuchungen über Sinn und Ursprung der makkabiiischen "Erhebung, Berlin, Scho­cken, 1937.
[9] Selon Rémi Brague, « deux modèles d’appropriation culturelle ».
[10]Friedrich Nietzsche, Die Fröhliche Wissenschaft, V, §344, KSA, t. 3, p. 577.
[11]Laurent Lafforgue, « Le Christ est la vérité, fondement d'un enseignement catholique », conférence tenue à Poissy à la session annuelle de l'ADDEC, le 19 novembre 2009. Accessible sur la page personnelle de l'auteur ; voir aussi « La recherche fondamentale a-t-elle un sens ? », Revue catholique internationale communio, XXXVIII, 1, n° 225, janvier-février 2013, L'Idée d'Université, p. 27-41.
 






Date de création : 05/04/2014 @ 07:57
Dernière modification : 09/09/2014 @ 08:51
Catégorie : Parcours braguien
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