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Sciences politiques - La société libre vue de l'extérieur (statiquement)



LA SOCIÉTÉ LIBRE VUE DE L’EXTÉRIEUR
(STATIQUEMENT)
 
Recension du livre de Henri Hude intitulé « La Force de la liberté[1]» dans lequel le «Régime mixte » est considéré comme le meilleur pourvoyeur du bien commun. 
 
A/ STRUCTURE ET DÉVELOPPEMENT DE LA SOCIÉTÉ LIBRE
 
Considérée de l’extérieur, la SOCIÉTÉ LIBRE développée se présente comme un corps politique, bien entendu composé de « membres pensants » (= d’individus humains aussi « effectivement pensants » que possible) et comptant quatre organes politiques vitaux aux quels on donnera les noms de RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIE, ÉTAT, POUVOIR. La SOCIÉTÉ LIBRE développée fonctionne bien quand ces quatre organes y existent ensemble et sont coordonnés.
En les définissant ainsi, nous ne faisons de chacun d’eux, ni des incarnations de l’Absolu, ni des religions de l’Individu. Nous sommes en droit de douter méthodiquement de ce que l’idéologie nous dit de chacun d’eux.
 
Composition du « corps social »
 
Les trois premiers organes RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIE, ÉTAT, y sont des organes de POUVOIR. En d’autres termes, chacun de ces mots désigne, dans le même corps d’une cité libre, une coordination particulière d’individus exerçant un certain POUVOIR sur la société dans son ensemble.
Ces quatre organisations restent toujours distinctes bien qu’elles puissent :
         s’associer,
        se recouper,
        ou s’inclure partiellement.
RÉPUBLIQUE et DÉMOCRATIE sont à définir d’abord en relation avec des classes sociales et avec les intérêts de ces dernières, relativement à un bien commun qui est toujours à définir et à préserver dans un accord des classes, grâce à l’ÉTAT :
 
Par rapport au POUVOIR :
        La RÉPUBLIQUE réelle est le POUVOIR de certaines élites.
       La DÉMOCRATIE réelle est le POUVOIR des classes moyennes surtout dans leurs éléments les plus dynamiques, et, plus indirectement celui des couches populaires.
        l’ÉTAT réel est le POUVOIR d’un arbitre élargi et servi par une fonction publique qui peut avoir, ou non, le caractère d’une aristocratie au sens premier (aristoi, les meilleurs).
 
Que faut-il appeler RÉPUBLIQUE ?
 
A minima, c’est une classe et un pouvoir essentiel. Ce peut être une aristocratie (pouvoir des meilleurs) ou une OLIGARCHIE(pouvoir d’un petit nombre de privilégiés).
        Une ARISTOCRATIE (bourgeoise comme à Venise anciennement ou comme aux États-Unis – bourgeoisie industrielle – jusque vers 1960) qui observe une certaine justice ou modération, donne au peuple travail, prospérité, conscience d’avoir une belle patrie et la fierté d’en faire partie.
        Une OLIGARCHIE (comme en France) où la classe dirigeante homogène se réduit presque à la classe bureaucratique, devenue dominante, non seulement dans l’État, mais dans les partis, la banque et les entreprises multinationales. Ce qu’on appelle « RÉPUBLIQUE » est le pouvoir oligarchique de la classe bureaucratique d’un État sans POUVOIR. C’est une forme originale de RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE. Les États-Unis sont aussi devenus une « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ».
Quant à la classe républicaine française, elle protège son pouvoir en participant au niveau européen et mondial à la politique oliguarquico-impériale et idéologique postmoderne.
Il existe encore dans le peuple français un concept, authentique, mystique, de la République et de ses Valeurs. Dans cette conception, la RÉPUBLIQUE (comme la DÉMOCRATIE) est moins une théorie politique qu’un idéal philosophique de salut de l’Homme dans la Cité, une mystique de la Raison, ou de la Nature, ou de la Liberté. Dans un contexte postmoderne de« RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE », cette RÉPUBLIQUE-mystique est surtout un thème théorique. Mais c’est une grande question qui se fond dans L’avenir de l’humanisme.
 
Que faut-il appeler « RÉGIME MIXTE » ?
 
Historiquement, dans toute société d’une certaine importance, les quatre organes politiques de base se développent l’un après l’autre (POUVOIR, ÉTAT, RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIE) à l’intérieur du processus de croissance économique, démographique et culturelle inséparable d’une culture de liberté ordonnée. Elle atteint plus ou moins vite un degré de croissance suffisant pour réaliser effectivement la constitution politiqued’une SOCIÉTÉ LIBRE développée ; SOCIÉTÉ LIBRE (au sens d’une société non corrompue) dont la constitution permet de coordonner les intérêts de classe et de préserver le bien commun.
Une société libre possède donc assez vite un RÉGIME MIXTE. L’analyse ici proposée par Henri Hude se rattache, selon lui, avec souplesse, à la théorie politique classique, et à ses classifications des régimes politiques[2].   
 
Que faut-il appeler POUVOIR ?
 
La strate la plus profonde d’une SOCIÉTÉ LIBRE, c’est celle du POUVOIR. Le POUVOIR n’est pas une idée, mais tout simplement un chef juste et fort, un individu détenant un pouvoir personnel. Dans une société civilisée, ce chef se conduit (par hypothèse) de manière à mériter confiance et à instaurer la confiance. C’est autour du POUVOIR, garant de la Loi de paix, que s’agrège une communauté civilisée, et que se scelle le pacte social d’une cité libre. L’ÉTAT n’est pas lui, mais il n’est pas sans lui, car sans lui, il devient ou bien une impuissance, ou bien un enjeu de luttes entre factions, ou bien un outil de domination au service d’intérêts égoïstes. Tout cela peut se réaliser concrètement de bien des manières.
 
Que faut-il appeler ÉTAT ?
 
La seconde strate d’une SOCIÉTÉ LIBRE, c’est celle de l’ÉTAT. L’ensemble des personnes qui assistent le POUVOIR et qui forment la classe bureaucratique[3], sont l'ÉTAT, au sens réel et concret du mot. Elles assistent moins le POUVOIRen raison d’une fidélité à sa personne que d’une loyauté à sa fonction. Si le POUVOIR n’existait plus au centre de l’ÉTAT, comme la reine dans la ruche, l’ÉTAT ne serait plus qu’une machine, aussi pesante qu’impuissante. Ou bien la classe bureaucratique deviendrait la république, voire l’oligarchie. L’esprit et l’essentiel comptent plus que les formes, qui sans eux sont des mythes et des rites[4].
 
Fausser les définitions précédentes conduit à ignorer la constitution libre – le « régime mixte »[5]
 
Dans la RÉPUBLIQUE selon Rousseau, le Peuple lui-même dans son ensemble pourra et devra être le POUVOIR suprême ou Souverain (le POUVOIR, l’ÉTAT), et tous, étant égaux, feront partie de l’élite (le Peuple sera donc la RÉPUBLIQUE[6]) et cette élite, sans représentants[7], dirigera le Peuple qui légifèrera ainsi lui-même absolument (ce qui fait de la République une sorte de DÉMOCRATIE absolue). Les quatre organes sont donc identifiés en un seul. Ce n’est pas là une politique mais un idéal spirituel qui doit donc être évalué en tant que tel. Si cette mystique finit en politique, cette politique-là consistera dans le pouvoir d’une élite composée d’idéologues réputés vertueux[8], ou de bureaucrates réputés rationnels, ou de politiciens réputés républicains. Il y a des chances pour que cela finisse mal. Aucun pays n’a intérêt à être gouverné par une classe d’idéologues.
Il n’est cependant pas exclu qu’un peuple puisse prendre plaisir à se faire mystifier. Les idéologies et mythologies politiques ont pour effet de faciliter l’instauration de la « république sans démocratie » – c’est-à-dire le gouvernement du pays où l’intérêt des citoyens est négligé au profit de l’idéologie, ou bien des intérêts particuliers de la classe dirigeante que l’idéologie pousse au pouvoir.
 
Que faut-il appeler DÉMOCRATIE ?
 
(De Démos : peuple, kratein : gouverner). Quand un ÉTATou une RÉPUBLIQUE, progressivement la masse du peuple, à commencer par les classes moyennes, ou quand cette masse impose sa présence ; quand elle influence la RÉPUBLIQUE, participe à l’action de l’ÉTAT et à la vie politique de la Cité – alors naît une DÉMOCRATIE. Cela ne signifie pas que la RÉPUBLIQUE (réelle) doive disparaître, mais que se forme dans le corps de la société libre un nouvel organe de pouvoir appelé pouvoir démocratique. Si ce nouvel organe peut combiner son action avec celle des précédents, en un mot, s’il devient fonctionnel, il peut intervenir d’une manière assez efficiente et harmonieuse, à l’intérieur du RÉGIME MIXTE.
Un organe de pouvoir n’est pas démocratique du fait s’il soit simplement élu et exprime l’opinion publique instantanée. Il n’y a démocratie effective dans le régime :
       que s’il y a un régime capable de faire une politique conforme aux intérêts des classes moyennes et populaires.
        que s’il existe aussi un POUVOIR. Car l’oligarchie ne peut être réduite à tolérer un régime mixte que par une alliance entre le Démos et un vrai POUVOIR. C’est là la vérité des pensées capétiennes et gaullistes. Cette alliance, en dehors de telle ou telle forme de régime mixte faisant sa juste place à la RÉPUBLIQUE présente l’aspect d’une entreprise tyrannique[9].  
 
Les failles d’une RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE
 
Dans une « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE », les fictions juridiques, la propagande médiatique, les représentations mythologiques, et les concepts idéologiques ont pour effet de brouiller les idées de la RÉPUBLIQUE et de la DÉMOCRATIE, et de troubler la perception du RÉGIME MIXTE. Elles empêchent son fonctionnement au bénéfice des oligarques, bureaucrates et idéologues.
Alliées entre elles, ces diverses classes écrasent la classe moyenne (notamment les petits patrons), assise sociale de la DÉMOCRATIE, divisent le peuple et manipulent le prolétariat. Ainsi s’efface la DÉMOCRATIE effective, c’est-à-dire que l’organe réputé démocratique à l’intérieur du RÉGIME MIXTE, perd ainsi tout pouvoir et toute fonction.
Ainsi s’instaure, sous la dénomination de DÉMOCRATIE, ce qui, pour une analyse classique se nomme oligarchie. Sans doute les formes de la DÉMOCRATIE ne sont-elles pas abolies, mais elles subsistent de plus en plus comme des formes vides, tout comme, sous l’empereur Auguste les formes de la RÉPUBLIQUE romaine perduraient[10]
Souvent, l’oligarchie est une république resserrée, (étriquée), où les entreprises multinationales ont pris le pas sur les nationales, et les financières sur les industrielles.
 
La pérennité du POUVOIR et de la RÉPUBLIQUE grâce aux institutions démocratiques
 
POUVOIR et RÉPUBLIQUEcontinuent d’exister de deux façons :
        Selon l’esprit d’un RÉGIME MIXTE, les pouvoirs publics démocratiques laissent exister des pouvoirs privés et des coalitions de pouvoirs privés, qui ont presque un statut public. Ils les consultent et tiennent compte de leurs avis. On institue parfois des conseils où les divers intérêts dialoguent et cherchent un compromis.
        Selon la culture d’une SOCIÉTÉ LIBRE, ceux qui exercent le pouvoir dans des institutions démocratiques, ne doivent pas oublier que les organes démocratiques, même s’ils sont juridiquement les seuls organes politiques, doivent continuer d’être organes de la RÉPUBLIQUE et même du POUVOIR.
 
Le véritable chef démocratique
 
Le chef d’une DÉMOCRATIE durable, s’il est un véritable homme d’ÉTAT, se conçoit comme la tête d’un RÉGIME MIXTE. Il est à la fois :
         le souverain dont un peuple a toujours besoin pour sa sécurité, son pacte social et son unité ;
        le président d’une république sans laquelle un peuple n’aurait aucune dynamique ;
        le défenseur d’un peuple qui doit pouvoir s’identifier à lui et garder part au bien commun ;
        enfin, certes, le chef d’un parti, mais étranger au sectarisme et qui, dans le fond de son esprit ne se sent lié qu’au bien du tout.
Pour lui, les autres partis, sont des partenaires et des forces complémentaires utiles au bien commun[11]. Il comprend l’utilité d’une pluralité de partis, mais ne rêve[12] pas que ces machines puissent jamais avoir beaucoup d’âme et beaucoup d’esprit. Il lui suffit de savoir les manier.
Telle est la mentalité des hommes d’ÉTAT, développée par la culture classique[13], qui libère des idéologies et préserve le RÉGIME MIXTE.
Toutes affirmations qui doivent être tempérées par un coefficient (variable) d’inévitable imperfection, inhérent à toutes choses humaines.
 
 
B/ PRÉCISIONS SUR LA SOCIÉTÉ LIBRE
Définition
 
« Nous entendons par SOCIÉTÉ LIBRE développée un régime mixte, c’est-à-dire un mélange raisonnable d’OLIGARCHIE et de DÉMOCRATIE[14] :
        laissant aux élites initiative et liberté,
        assurant aux classes populaires protection et sécurité, solidarité, participation et promotion des meilleurs.
Un tel mélange constitue un régime équitable, qui est solide, s’il est en outre dirigé par un organe exécutif juste et efficace, un ÉTAT, culminant dans une tête dotée des prérogatives nécessaires. Cet ÉTAT fait régner le DROIT, le DROIT étant une force qui se maîtrise elle-même, tout en garantissant le respect de la loi naturelle[15]. Ce RÉGIME MIXTE qui peut prendre un grand nombre de formes concrètes, est le seul durable, pour des raisons que la tradition philosophique a bien identifiées[16], les autres régimes font trop violence, respectivement, ou à l’égalité (OLIGARCHIE pure), ou à la liberté des élites (DÉMOCRATIE pure), ou à l’autorité (excès de collégialité, défaut d’unité exécutive, ou au contraire tendance au despotisme).
 
Observations constructives
 
        1.Une SOCIÉTÉ LIBRE n’est pas une création arbitraire, ou fortuite. Elle est le résultat d’une croissance et d’une évolution naturelles, si, en outre, certaines conditions culturelles sont données.
La société prospère et croît. Plus riche, mieux instruite, plus liée, plus confiante – si laculture et la politique n’y font pas obstacle –, elle tend alors vers des formes de gouvernement plus tempérées et plus participatives.
 
        2. Les conditions culturelles qui accélèrent ce mouvement ne sont pas elles non plus arbitraires, mais limitées par des exigences de fonctionnalité.
Et c’est parce que le peuple se dote durablement d’une culture fonctionnelle de liberté qu’il peut devenir un peuple libre et le rester.
 
        3. La valeur d’une SOCIÉTÉ LIBRE ne tient pas à une décision arbitraire.
– Cette valeur s’impose d’abord pragmatiquement. Les gens ayant acquis progressivement plus de moyens d’action, aspirent naturellement à l’exercice de leur pouvoir et souvent cela n’a rien de plus que raisonnable. À moins de violence, il est impossible de les condamner à y renoncer.
.–Cette valeur s’impose aussi moralement. Elle reçoit en effet une justification rigoureuse puisque la loi morale est une loi de paix authentique. Or, la paix requiert d’accompagner cette évolution aussi naturellement que la croissance d’un adolescent. Et ainsi la marche d’une société civilisée vers la SOCIÉTÉ LIBRE est conforme à la loi morale qui est en outre la première loi politique.
Toutefois, ceci n’est vrai que si l’on parle d’une SOCIÉTÉ LIBRE qui se définit par rapport à la liberté juste que la tradition philosophique nomme pratique. La liberté qu’elle nomme pathologique, – c’est-à-dire la faculté de suivre un désir sans loi et d’être injuste (parasite, prédateur, tyran, etc.) – ne peut servir de principe ni à une SOCIÉTÉ LIBRE, ni même à une société civilisée. La loi naturelle est ce qui fait la différence entre le pratique et le pathologique.
 
        4. Le concept classique de corruption d’uneSOCIÉTÉ LIBRE se définit ainsi :
quand uneSOCIÉTÉ LIBRE définit sa culture et ses institutions à partir de l’idée de la liberté pathologique, alors s’enclenche le processus de régression.
La liberté est dite pathologique lorsque l’individu a peur de la liberté pratique, laquelle suppose la raison et la loi, et qu’il définit sa liberté par une indépendance par rapport à cette dernière.
L’individu justifie alors sa conduite de deux façons différentes :
a)      par l’inexistence prétendue de règles objectives dont on pourrait être certain ;
b)      par le rejet de la contrainte sociale qui pourrait résulter de l’existence des règles vraies, si celle-ci devait être reconnue.
Une culture incorporant la définition pathologique de la liberté est non fonctionnelle, car constitue une régression vers l’état de nature. Pour l’essentiel, elle contredit l’idée même d’une « loi de paix ».
Une idéologie a pour fonction de permettre à une société en corruption de croire qu’elle est en progrès, et qu’elle pourrait éviter de régresser vers la loi de nature ; elle masque des ambitions d’individus ou de groupes.
 
        5. La SOCIÉTÉ LIBRE ne saurait être stationnaire, mais en croissance durable.
Tant que la culture reste fonctionnelle (tant que la liberté reste définie comme pratique, par le devoir et la loi naturelle, sous un POUVOIR légitime), la SOCIÉTÉ LIBRE reste progressive et en croissance. Réciproquement elle reste libre aussi longtemps qu’elle reste en croissance, mais pas au-delà.
La liberté pathologique met fin à la liberté pratique en annulant par la corruption les avantages que comportent les institutions libres.
 
        6. Une strate supérieure de la SOCIÉTÉ LIBRE (par exemple la DÉMOCRATIE) ne peut se constituer dans l’Histoire que sur le fondement de strates déjà existantes.
Et elle ne peut subsister durablement que si les strates précédentes continuent à subsister en-dessous d’elle. Inversement, si l’on bloque la constitution des strates nouvelles, les strates précédentes elles-mêmes se décomposent et l’on tend à faire retour à la société non libre, voire non civilisée (« état de nature »).
 
        7. L’apparition de strates supplémentaires dans la SOCIÉTÉ LIBRE s’effectue naturellement selon le processus de croissance, sous condition d’une culture fonctionnelle.
En effet, la croissance économique conduit à l’institutionnalisation de l’ÉTAT, à la participation des élites économiques (= RÉPUBLIQUE) et à l’installation d’une représentation démocratique, à travers le développement des classes moyennes.
 
         8. En règle générale, il ne peut donc exister de DÉMOCRATIE sans RÉPUBLIQUE, ni de RÉPUBLIQUE sans ÉTAT, ni d’ÉTAT sans POUVOIR, pas plus qu’il ne peut exister de POUVOIR sans confiance, donc sans pacte social, autour de la loi naturelle (loi de paix) et de la force destinée à la garantir. Il en est ainsi pace que RÉPUBLIQUE, DÉMOCRATIE, ÉTAT, POUVOIRne sont pas des idées a priori mais des exigences de la Raison[17]. Ces termes désignent modestement des organes vitaux, permettant l’existence politique d’uneSOCIÉTÉ LIBRE. La logique vivante à laquelle ils appartiennent peut être cependant formulée en principes rationnels. À mesure que le peuple se développe, ses organes de pouvoir ont besoin, pour demeurer efficients, de formaliser leur action.
 
        9. Les crises politiques de la SOCIÉTÉ LIBRE s’interprètent comme des disproportions entre ces organes, au cours du processus de croissance. Il en existe plusieurs espèces dont les plus simples sont représentées dans le tableau suivant.
 
 
.
 
 
 
République
Démocratie
Etat
Pouvoir
 1. République
 
X
sans
OLIGARCHIE
sans↑ ANARCHIE
sans↑ ANARCHIE
 2. Démocratie
 
sans↑ COMMUNISME
X
sans
ANARCHIE
sans↑ ANARCHIE
 3. Etat
 
sans↑ AUTORITARISME
sans↑ AUTORITARISME
X
sans↑ ANARCHIE
 4. Pouvoir
 
sans
DICTATURE
sans
DICTATURE
sans
DICTATURE
X
 
        10. Comment s’expliquer les crises politiques ?
Elles se produisent de trois façons différentes 
 – A/ Les crises autoritaires : on veut faire preuve d’autorité en voulant arrêter le développement de nouveaux organes, soit par désir de conserver un pouvoir plus absolu, soit par peur de la désorganisation via la corruption, risque permanent lié à la liberté.
 
 – B/ Les crises libertaires : on s’illusionne à vouloir rendre la société plus libre en prétendant se passer de l’un des organes de pouvoir déjà existants, au lieu d’envisager d’en changer le statut qui préserverait sa fonction ; on agit ainsi, ou par amour pervers de la corruption, ou par utopie, ou par idéologie.
 – C/ Les crises mixtes (ploutocratiques par exemple) : Ainsi, en Occident, au XXIe siècle, et notamment dans l’Union européenne (UE), où deux choses sont combinées : 1° le blocage autoritaire de la représentation démocratique effective, en enlevant aux pouvoirs nationaux la plupart de leurs instruments de pouvoir ; 2° la régression anarchique et l’illusion idéologique d’avoir supprimé le POUVOIR – en installant de fait, sous la dénomination de DÉMOCRATIE une «RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE et sans POUVOIR», et une administration impuissante, le tout n’ayant pour logiciel que l’idéologie libérale postmoderne.
Avant l’UE en France, la crise de l’Ancien Régime qui aboutit à la Révolution de 1789, était une crise mixte, combinant le refus d’un ÉTAT de faire place à une RÉPUBLIQUE et l’illusion de cette future RÉPUBLIQUE de supprimer au moins le POUVOIR.   .
 
        11. Comment la démocratisation peut devenir une technique de domination.
Dans l’évaluation d’une situation concrète, la prudence politique devra tenir compte de cette historicité évolutive des organes de POUVOIR, de leur apparition successive accompagnant la croissance de la SOCIÉTÉ LIBRE. On nuirait à la liberté en voulant la faire pousser trop vite, et encore plus en confondant la corruption et le progrès.
En matière de DÉMOCRATIE comme de religion, il faut se méfier des messianismes armés, ou qui ont des intérêts trop évidents.
 
        12. Le terme de DÉMOCRATIE permet d’éviter l’expression appropriée de «RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE».
La raison pour laquelle les peuples croient si volontiers aujourd’hui à des théories du complot, c’est qu’ils sont le jouet constant des manipulations du vocabulaire. Des républiques autoritaires et régressives dont les politiques financières et commerciales font divorcer le travail et le capital, continuent à s’appeler démocraties pour duper le peuple. Les oligarques eux-mêmes se croient démocrates.
Ce qu’on appelle encore l’ÉTAT n’est proprement qu’une machine sans POUVOIR, entre les mains d’une OLIGARCHIE qui sert ses intérêts en abandonnant ceux du Peuple, son droit au travail, notamment. L’idéologie permet d’appeler liberté ce déploiement arbitraire de l’égoïsme, individuel et de classe.
Pragmatiquement, la seule définition honnête de la DÉMOCRATIE, c’est « un régime où les affaires d’un pays sont gérées dans l’intérêt des classes moyennes et populaires »
L’OLIGARCHIE, par définition et à la différence de la DÉMOCRATIE (intérêt national), a un intérêt d’abord international. L’internationalisme oligarchique est ainsi, souvent, une tentative pour contrer et pour contourner un socialisme national. Un socialisme internationaliste admettant l’économie de marchés de type oligarchique est une contradiction dans les termes.
 
        13. Perspectives d’évolution de la RÉPUBLIQUE postmoderne sans DÉMOCRATIE.
Sur quel régime peut déboucher la crise de la société occidentale dominée par l’individualisme postmoderne ? La réponse se trouve dans le livre de Marx sur le coup d’État du 2 décembre 1851[18], qui mit fin à la Deuxième République française.
Par les modes de vie et les technologies qui vont avec, les peuples occidentaux du XXIe siècle – aliénés par l’idéologie libertaire postmoderne et son Léviathan médiatique –, ne sont pas sans quelque analogie avec la paysannerie du XIXe ?
Apeuré par le chaos d’un nouvel état de nature, un peuple postmoderne, lui non plus, ne pourra peut-être imaginer d’autre retour à l’état civil, que par un pouvoir personnel protecteur résultant d’un pacte social hobbésien[19] passé à l’occasion d’un coup de force mettant à bas l’OLIGARCHIE.
La question se pose alors de savoir quel sera le nouveau pouvoir et que fera-t-il ? Se limitera-t-il à un contrôle social morne et totalitaire ? Se lancera-t-il dans une sorte de fascisme anarchisant ? Restaurera-t-il de fond en comble la SOCIÉTÉ LIBRE ? Cela dépendra aussi beaucoup de la société elle-même et de son aptitude à rompre avec la liberté pathologique, pour retrouver et réinventer, hors idéologie, sa culture fonctionnelle de liberté.
 
        14. En conclusion, les trois grandes pathologies de laSOCIÉTÉ LIBRE développée, désignées par leurs noms les plus appropriés :
– a) La« DÉMOCRATIE sans RÉPUBLIQUE ». Elle se produit quand la DÉMOCRATIE dévore la RÉPUBLIQUE, pendant que l’ÉTAT démagogue, étouffant le marché, finit par affamer le peuple.
– b) La « RÉPUBLIQUEsans DÉMOCRATIE ». Là, inversement, la RÉPUBLIQUE   dévore la DÉMOCRATIE, et ce sont l’OLIGARCHIE et l’EMPIRE : car un régime trop oligarchique ne peut résister au-dedans à la pression démocratique, sans trouver au dehors une soupape dans une forme ou une autre de pillage d’ennemis désignés , ou de taxation de tributaires, et donc se lancer dans de perpétuelles aventures militaires et conquérantes[20]. Le commerce équitable est pacifique, il est vrai, mais l’esprit du commerce oligarchique (pétrole, armes, céréales, matières premières, finance, etc. ne se distingues en rien d’une guerre de pillage.    
– c)La « DICTATURE sans RÉPUBLIQUE ni DÉMOCRATIE ». Les guerres d’un EMPIRE qui fuit toujours en avant, et l’ANARCHIE résultant de la confusion des peuples et de l’affaiblissement des États, poussent ou exposent la RÉPUBLIQUE oligarchique à subir elle-même la dictature de l’exécutif. Celui-ci développera un monstrueux appareil sécuritaire. Il sera aussi tenté de s’appuyer.sur une plèbe désespérée. Mais pour se maintenir, il renforcera la corruption du peuple, qui en mine la force, en dissout le jugement et la culture.
 
C/ NOTION DE CULTURE FONCTIONNELLE
 
Jusqu’ici, la SOCIÉTÉ LIBRE a été considérée de l’extérieur avec ses organes de pouvoir, sa constitution politique. Nous allons maintenant jeter un bref regard sur ce qui la configure, c’est-à-dire sur sa culture.
 
Les divers sens du mot culture
 
Une culture peut être définie du pont de vue fonctionnel :
        du côté du corps social : elleen est comme un organe immatériel permettant la décision commune, le choix social, remplissant ainsi une fonction indispensable à son unité d’action et à sa vie.
        du côté des membres qui, eux aussi ont à décider si elle est
– ou bien un ensemble de principes de décision,
– ou bien l’action de perfectionner cet ensemble,
– ou bien le résultat de ce perfectionnement (la qualité personnelle en laquelle
consiste ce résultat).
 
La culture et la personne
 
Vue du côté des membres de la société, la « culture » est une sagesse reçue qui devient une sagesse accomplie, par l’acquisition rationnelle et critique (réfléchie) de ce qui a été reçu. La culture accomplie des décideurs est une sagesse pratique. En très bref, elle résulte d’une action continue visant à perfectionner leur conscience de la philia (amitié, cohésion). Celle-ci, fondamentalement permet la synthèse de leurs idées en une pensée, ainsi que la synthèse entre leur pensée et leur action.
C’est sans doute là le sens le plus personnel du mot culture. La pensée de la loi naturelle dans la philia n’est donc pas une simple pensée particulière, ni seulement une morale, mais une façon pour nous d’appréhender l’ordre et le sens de la totalité, tout en nous y insérant de manière responsable.
Cette conscience naît en l’individu au sein d’une tradition (d’une culture reçue) et d’un dialogue avec des égaux. Ceci commence par la famille. Schématiquement la mère apporte l’amour et l’unité, le père apporte la loi et la distinction, l’union entre les deux confère force à l’amour et bonté à la loi. Le couple dans son être est la vraie matrice éducatrice de la culture morale d’une société libre.
Il s’agit donc de « cultiver la culture » dans la personne – de dépasser l’idée de la contingence, ou de l’arbitraire des formes culturelles, et en même temps de découvrir le propre « je » comme pouvoir d’interrogation radicale.
La personne qui se cultive va interroger ces «  apports », en y réagissant diversement. Dans le meilleur des cas, elle va découvrit en cette culture plus que des « opinions » – une interprétation particulière et plus ou moins originale et vraie de l’ordre universel, de son dynamisme et de la loi naturelle.
Cette loi est pour l’Homme la structure même de l’unité sociale, la définition de l’espèce, la condition de la paix et de la survie, l’orientation du dynamisme de l’être individuel, le principe de sa liberté pratique. C’est aussi le vrai fondement des sciences de l’Homme.    
 
La culture et le corps social
 
Comprise du côté du corps social, la culture est d’abord la pensée commune permettant la décision commune et l’action commune.
Une société est « un corps fait de membres pensants » ; elle existe et subsiste par l’effet de décisions individuelles et collectives. Celles-ci ne peuvent résulter que de l’application ordinaire et cohérente de principes d’action formant culture commune. Cet organe vital immatériel est nécessaire à la vie sociale ; il ne peut pas prendre n’importe quelle forme arbitraire, puisqu’il doit rester fonctionnel et en particulier respecter la loi naturelle. À cette condition, la culture, activée dans des jugements personnels, joue chez l’homme un rôle aussi vital que les instincts sociaux chez les animaux.
 
La philia et le respect comme noyau de la culture fonctionnelle
 
La philia est réellement, pour un corps social libre et civilisé, l’analogue de la force gravitationnelle dans le cosmos.
Une société libre a besoin d’une culture commune, mais adaptée à son caractère propre. C’est pour cette raison qu’elle a besoin d’une culture de liberté. Définie de l’intérieur, la SOCIÉTÉ LIBRE est celle où existe une culture commune de liberté
 
Comme seule est fonctionnelle une liberté pratique (commune à tout être humain), laculture fonctionnelle d’une société libre est nécessairement une interprétation tolérable de la loi naturelle
 
C’est elle en effet qui limite l’arbitraire sans arbitraire et qui conditionne la paix authentique (sans violence, ni ruse). Une culture est dite fonctionnelle.si elle remplit sa fonction sociale et donc naturelle, qui est de permettre l’action commune et la paix authentique dans la société. Or, la guerre cesse si tous respectent ensemble des principes actifs objectifs limitant l’arbitraire, motivant la conscience et permettant la paix. Ces principes pratiques, qui ne peuvent pas être réduits à de simples procédures, composent la loi naturelle, ainsi justement nommée pour indiquer à la fois l’universalité de ces principes, leur indépendance à l’égard de l’arbitraire individuel ou collectif, et leur relation à la vie même de l’animal raisonnable social (l’Homme).
L’homme sent qu’il est fait pour faire corps en paix avec les autres, en société, avec honneur, en liberté, dans la justice et la philia. Tel est son devoir et son bien, devoir qui n’est pas facultatif ou hypothétique. Il ouvre sur un absolu. Telle est sa loi naturelle, inséparable de la conscience qu’il a de son être, de son désir profond et de son pouvoir de sagesse.
 
Les conditions d’une culture fonctionnelle
 
Une culture fonctionnelle est une approximation tolérable et une interprétation fonctionnelle de la loi fondamentale. Sa fonction, sa valeur, et son intention sont donc la paix authentique ; sa règle et son contenu sont la loi naturelle, résumé de sagesse et limite de tout arbitraire. En cela réside son universalité.
 
Les paradoxes d’une culture commune de liberté
 
Le problème le plus ardu d’une SOCIÉTÉ LIBRE, c’est qu’elle doit avoir une culture commune ET fonctionnelle ET de liberté. Comment concilier ces trois caractères ?
Il n’est pas aisé d’expliquer :
        en quel sens un citoyen pensant devrait forcément adopter la culture commune de sa société, fût-elle une culture de liberté ;
        quel sens cela a-t-il de faire corps social en tant qu’être pensant, ou en tant qu’esprit libre ?
        à quelle extrémité l’esprit de corps pourrait-il faire abandonner à une personne sa conscience et sa
      raison[21] ?
Et comment faire comprendre que :
        pour être fonctionnelle, surtout dans un monde globalisé, une culture doit comporter suffisamment de vrai et de juste ?
        l’on peut adhérer librement à une tradition, non par routine, mais parce qu’elle est vraie ?
 
Remarques concernant le relativisme culturel
 
Une fausse solution à de vrais problèmes
 
Des idées simplistes telles que :
        celle d’une culture individuelle (« ma culture »),
        celle d’une culture commune qui procéderait par libre agrégation de cultures individuelles, relatives et subjectives,
ne sauraient résoudre la question mais ont pour effet de camoufler les principaux problèmes :
        1° la recherche de la cohérence du cœur avec la vérité objective du Bien est la forme la plus haute d’un projet de liberté et de vie spirituelle. Ce qui compte est la vérité absolue.
        2 si la simple idée de la vérité absolue terrifie comme une promesse de totalitarisme, alors la recherche pragmatique de la paix civile et un moralisme citoyen pourraient éventuellement tenir lieu de morale et de vie spirituelle sauf qu’une structure aussi molle ne peut produire ni un sens élevé du devoir, ni capacité à se développer, individuelle ou collective.
        3° il faut bien affronter l’idée d’une « culture commune et librement personnelle ».
Reçue, en effet, une culture ne peut pas devenir personnelle tant qu’elle ne mérite pas, aux yeux de la personne, de devenir commune et partagée, à cause de sa vérité et de son universalité.
L’inverse est aussi vrai : une culture ne peut pas devenir commune, si elle ne peut pas devenir personnelle, en se faisant recevoir dans la liberté d’un être.
 
La culture, organe immatériel de la paix peut devenir un facteur de guerre, aussi bien entre sociétés et cultures qu’à l’intérieur de sociétés à plusieurs cultures.
 
Ces problèmes de compatibilité sont solubles s’ils sont pris à partir de l’idée de la Vérité
 
Dans une même tension vers l’universel, à travers des inter-interprétations bienveillantes, chacune des cultures peut être une interprétation en partie plausible de la Vérité.
En outre, une amitié peut se nouer dans des collaborations pragmatiques appropriées, menées dans un esprit commun de respect de la loi non faite de main d’homme.
 
De tels problèmes de compatibilité entre les cultures deviennent par contre insolubles, s’ils sont interprétés à partir d’un préjugé relativiste.     
 
En les encourageant à se comprendre comme des particularismes et des subjectivismes collectifs, elle les pousse au contraire à affirmer avec plus de violence que jamais leur valeur et leurs prétentions éventuelles à l’universalité. Bien que l’idéologie relativiste puisse apparaître comme un bon moyen de faire se rapprocher des cultures intolérantes et belliqueuses, elle est malheureusement non fonctionnelle parce qu’elle prétend imposer universellement son arbitraire culturel au nom d’une idée aussi rusée qu’indéfendable de la justice. Elle n’est donc pas une culture fonctionnelle de liberté (pas même comme simple culture politique) et elle ne peut servir à lier sagement un corps.  
 
L’idéologie relativiste fait violence au juste désir humain de vérité universelle, inséparable de la raison.
 
En toute culture, ce désir obtient une certaine réalisation : « Qui manquerait une porte[22] ? »
Une culture va toujours droit à une reconnaissance raisonnable, en tant que vérité universelle plus ou moins accomplie, et non en tant qu’affirmation arbitraire, individuelle ou grégaire. Cette reconnaissance n’exclut pas la critique, et toutes les cultures peuvent essayer de converger dans les hauteurs, si un suffisant souci de vérité universelle garantit leur authenticité rationnelle, donc humaine. 
 


[1]ECONOMICA ,février 2013
[2] Montesquieu, Esprit des lois, Livre III. Suggestive notation d’Aristote de quatre régimes politiques, Rhétorique, Livre I, chap. 8.
[3]Hegel, Principes de la philosophie du droit, §287-297.
[4] Ce qui, au reste, n’est pas insignifiant ; cf. Mircea Eliade, Aspects du mythe, Gallimard, 1963, synthèse, p. 156-157.
[5] Le régime doit s’entendre, très concrètement (et vu de l’extérieur), comme l’organe de pouvoir au sein d’un corps social. Mais la théorie classique reconnaît l’existence de régimes mixtes, combinant plusieurs sous-ensembles de pouvoirs en une seule organisation de pouvoirs, formant un unique régime mixte. Les régimes mixtes sont les plus stables, parce que généralement les plus justes.
C’est cette organisation fonctionnelle d’organes de pouvoir qu’on doit appeler constitution. Dans une société libre pleinement développée, il existe donc à la fois et d’une manière bien coordonnée, un POUVOIR, un ÉTAT, une RÉPUBLIQUE et une DÉMOCRATIE. Ces quatre entités forment quatre organes à l’intérieur du corps politique et de son régime. L’attention exclusive à la technique juridique du droit public ne doit jamais effacer, ni occulter, ce sens des réalités politiques. 
[6] Dans la mesure exacte où l’excellence et la propriété peuvent se diffuser, l’aristocratie peut être ouverte et élargie.
[7] Rousseau est hostile à la démocratie représentative, autant qu’eux armées professionnelles : « Sitôt que le service public cesse d’être la principale affaire des citoyens, et qu’ils aiment mieux servir de leur bourse et de leur personne, l’Etat est déjà près de sa ruine (…). A force de paresse et d’argent, ils ont enfin des soldats pour asservir la patrie, et des représentants pour la vendre. » Du contrat social, L. III, ch. 15.
[8] Hegel, « Robespierre a pris la vertu au sérieux » (Leçons de philosophie de l’histoire, p. 342), cité par Janine Chanteur, La paix, un défi contemporain (1989) ; L’Harmattan, p. 112.
[9] « L’OLIGARCHIE (…) est menacée dans son existence par deux graves périls : la révolte des masses et la dictature d’un chef audacieux mettant le mécontentement général au service de sa dictature personnelle. » Robert Michels, Les partis politiques, Essai sur les tendances oligarchiques des démocraties, traduit de l’allemand par S. Jankélévitch, Flammarion, 1971, p. 128.
[10] « Auguste, rusé tyran, les conduisait (les Romains) à la servitude ». Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, ch. 13. 
[11] En particulier, l’homme d’État sait rapporter les trois grandes forces publiques (conservateurs, libéraux, travaillistes – ou socialistes) à la structure de la justice qui compose le Pouvoir et son Etat avec le Marché et la Solidarité.
[12] Ce genre de rêve serait fatal à sa carrière, cf. James Grant, John Adams, The Party of the One, NY 2005.
[13]A contrario, l’élimination de la structure classique démolit le régime mixte et prive la DÉMOCRATIE de cette aristocratie républicaine dont elle a besoin.
[14] Aristote, Politique, Livre IV, ch.9, 1294a30 – 1294b40.
[15] Dans une étude savante, L’invention de la loi naturelle. Des itinéraires grecs, latins, juifs, chrétiens et musulmans, Bayard 2012, Elisabeth Dufourcq soumet a priori la pensée naturelle à la norme de l’idéologie libérale.
[16] Aristote, op.cit., Livre V, ch. 1-8, 1301a20 – 1309a30.
[17] Ilaétéchoisiicidelesreleverdans l’ordre logique dans lequel ils se trouvent énoncés. Exemple : RDC, République démocratique du Congo. etc.
[18] Karl Marx, Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1851-1852), traduit en français par Grégoire Chamayou, Flammarion, 2007.
Marx explique la possibilité de la dictature personnelle de Napoléon III en la rattachant au mode de production de la paysannerie parcellaire. Ses membres, écrit Marx, enfermés dans l’individualisme par leur mode de production, ne pouvaient imaginer pour eux, en période de danger, une représentation politiqueautre qu’un pouvoir personnel auquel chaque individu se rattacherait directement pour sa protection.
[19]Dans son livre  le « Léviathan », Hobbes discute la thèse d'un contrat social (au profit de celui de « pacte social ») et de règles venant d'un souverain. Influencé par la première révolution anglaise, Hobbes développa l'idée selon laquelle, les hommes à l'«état de nature » cherchent uniquement à survivre, à assurer leur propre préservation, par tous les moyens nécessaires, n'obéissant qu'à ce qu'Hobbes appelle leur droit naturel : le fait que chacun ait la liberté totale d'utiliser sa puissance par n'importe quel moyen afin de se préserver lui-même et de préserver sa propre vie.
[20] Montesquieu, Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence, dans Œuvres complètes, Seuil, 1964, ch.VIII, p.451, ch. XI, p. 456, c.2.
[21] « La cohésion animique du peuple, base de la guerre totale », dans Erich Ludendorf, La guerre totale, Berlin (1935), Perrin 2010, p.67-102.
[22] Aristote, Métaphysique, Livre II, 993b.




Date de création : 17/02/2014 @ 09:41
Dernière modification : 17/02/2014 @ 10:16
Catégorie : Sciences politiques
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