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Suivi des progrès aux USA - Suivi USA décembre 2011





SUIVI USA DÉCEMBRE 2011
 
À quoi pourra-t-on mesurer les progrès internes que les USA sont à même de réaliser dans la prochaine décennie ? 
 
BASE SEPTEMBRE 2011
 
(a)   À la réforme financière
 
Elle ne se limite pas à la réforme des règles du jeu et les ratios qui s’appliquent à l’ensemble de la profession. Ces nouvelles règles de régulation approfondie des acteurs de la finance et de prévention des risques systémiques constituent un cadre à l’intérieur duquel les responsables bancaires et financiers doivent réapprendre à pratiquer leur métier de base. Il consiste à financer avec discernement la vieille et la nouvelle économie, plutôt que d’encourager la docilité illimitée des spéculateurs. L’idée fait son chemin, mais à pas comptés, tant les intérêts personnels sont encore prévalents et le poids du passé prégnant. En effet, la caste financière américaine, quelques milliers d’individus, conserve un poids exorbitant sur la gestion de l’économie du pays, notamment à travers la banque de l’ombre, non réglementée, qui draine d’immenses fonds spéculatifs.
 
(b)   À la croissance économique
 
Certes l’économie redémarre et elle continue à créer des emplois, mais le progrès se mesurera d’abord dans la durée au fait que l’Amérique redonnera la priorité aux investissements d’avenir générateurs de création de richesse : l’éducation, la recherche, le capital-risque et les infrastructures…[Dans le domaine de la recherche, les États-Unis possèdent encore des atouts incontestables. En 2011, sur les 12 Nobel attribués, 6 sont revenus à des chercheurs américains, autant que pour le reste du monde]. En tout état de cause, les retombées des nouveaux investissements d’infrastructure et de technologie prendront des années à se matérialiser. Compte tenu des hommes en cause, les États-Unis devront sans doute modérer leurs dépenses militaires ainsi que leurs engagements sociaux de retraite et de santé, et réapprendre à faire de l’investissement dans les nouvelles technologies et dans les banques de proximité pour financer les PME américaines.
Pour y parvenir ils devront basculer d’un déficit intérieur et extérieur sans retenue et d’une financiarisation à outrance de leur économie vers un financement du développement des activités et services traditionnels et de pointe, intégrant de multiples innovations. Ils ont commencé à le faire, notamment dans le domaine médical, des télécommunications et de la biologie. De telles politiques de longue haleine vont de pair avec la conquête de nouveaux marchés à l’étranger. Dans cette perspective, la crise de 2008 est un catalyseur précieux. La mutation pourrait avoir lieu au cours des deux prochaines décennies. Les changements de mentalité ont débuté. On commence à parler de la création d’une banque des infrastructures. Mais on est encore loin du compte, ce qui explique l’atonie récente de l’économie américaine. Souvenons-nous qu’il n’y a pas de bonne finance sans bonne industrie. Or les États-Unis ont besoin d’avoir accès à des liquidités suffisamment abondantes et bon marché, pour être en mesure de financer la prochaine étape de leur redéploiement industriel.
 
(c)    À la politique internationale
 
En outre, le progrès deviendra perceptible à travers le monde si la puissance américaine se retire des conflits du passé, y compris ceux qui s’éternisent aujourd’hui, sans pour autant laisser derrière elle des situations chaotiques de guerres civiles ou régionales. Il est tout de même extraordinaire de s’enliser dans une guerre en Afghanistan tandis que les guérillas de la drogue ont fait 20 000 morts à quelques portées de fusil de la Californie, sans que les États-Unis aient pu guérir ce cancer sont ils sont en partie la cause. L’imposition de la force demain continuera à comporter la maîtrise des armements de supériorité, mais elle exige dès à présent la capture précoce, universelle, efficace de l’information exacte qui permette l’action chirurgicale partout et en tout temps. Ce n’est pas seulement l’Amérique qui est menacée, c’est le fluide mondial qui est susceptible d’être pollué. Là encore les États-Unis ont, avec très peu d’autres nations, une avance extraordinaire, non plus comme gendarme du monde, mais comme agent hygiénique en chef.
Pour ce faire, il leur faudra désormais investir massivement dans leurs services diplomatiques qu’ils pourront financer grâce à une décrue sélective de leurs dépenses militaires.
 
(d)   À l’évolution du Moyen-Orient
 
L’Amérique est à un tournant au Moyen-Orient : elle peut décrocher et focaliser sa présence militaire sur quelques pays notamment pétroliers ou employer sa force, sa diplomatie et son prestige avec discernement et discrétion comme dans le cas de l’Égypte pour inspirer une autre politique. Son retrait brutal entraînerait la montée en puissance de deux anciens empires sous leur forme moderne : la Turquie et l’Iran. Le risque de bras de fer et de bouleversements contagieux dans l’ensemble de la région sont significatifs et concernent au premier rang Israël. L’Amérique le sait et entend agir de façon responsable. L’autre politique qui pourrait aller de pair avec une présence militaire plus restreinte et sélective, s’inspirerait de Lord Beveridge. Il écrivait en 1947, en exergue de son livre sur la Sécurité Sociale : « La pauvreté extrême engendre la violence extrême ». Dans cet esprit, l’Amérique pourrait prendre l’initiative d’apporter son soutien et donc d’aider à légitimer un plan de reconstruction et de développement pour les populations les plus pauvres et les plus nombreuses du Moyen-Orient. Le leadership économique et financier en reviendrait aux pays de la région qui s’engageraient à suivre cette voie. L’Europe, les États-Unis et certains pays d’Asie apporteraient un savoir-faire industriel et un appui méthodologique. La violence pourrait décroître. L’espoir renaîtrait chez les jeunes au chômage. Une lente marche vers la démocratie pourrait s’amorcer.
 
(e)   À une nouvelle alliance avec l’Europe
 
Cette évolution trouvera résonance si l’Amérique réussit à construire un nouveau projet commun avec l’Europe, fondé sur leur complémentarité et leurs valeurs partagées. Le déni de reconnaissance à l’égard de l’Europe n’est pas une politique qui maximalise les chances d’une renaissance économique et géopolitique des États-Unis notamment dans les rapports de force avec la Chine. Les États-Unis commencent-ils à le comprendre ? Une telle reconnaissance nécessiterait de tisser de nouveaux liens humains de confiance entre de nombreux responsables des deux rives de l’Atlantique, sans doute à travers une redéfinition des missions, des méthodes de travail, voire des outils de collaboration. Cela deviendrait indispensable le jour où la Chine renâclerait devant la poursuite de l’unilatéralisme monétaire américain et l’implicite suzeraineté qu’il implique, ou dans l’hypothèse de nouvelles difficultés au Moyen-Orient qui pourraient exiger de mobiliser à bon escient ses alliés d’antan.
 
(f)     À la participation active dans la mise en place d’une nouvelle gouvernance à l’échelle mondiale
 
Comment favoriser à l’avenir la poursuite d’une progression générale des échanges et des niveaux de vie à un moment où le principal interlocuteur des États-Unis est devenu le « reste du monde » ?
Il est clair que les problèmes de gouvernance qui se posent sont d’une rare complexité. Ils interréagissent entre eux et les facteurs internes à chaque pays, régionaux et internationaux s’enchevêtrent. La création d’un centre mondial de la gouvernance que les États-Unis pourraient impulser permettrait de réaliser peu à peu des avancées importantes pour toutes les parties concernées. Les régions développées [s’y trouveraient associées, notamment la Chine, le Japon, l’Inde et l’Europe. Tel est, semble-t-il, le rôle envisagé pour le G20 – à présidence annuellement tournante –, et décliné selon plusieurs thèmes : G20 agricole, G20 économie et finance, B(usiness)20, L(abour)20, etc.].  
 
 
(a)   À la réforme financière
 
CONFESSIOHNS D’UN BANQUIER REPENTI
(ArticledeNICHOLAS D.CHRISTOF–New-York Times du 9 décembre 2011) [16]
 
Si vous voulez comprendre pourquoi le mouvement "Occupy" a pris tant d'ampleur, écoutez ce qu'en dit un an­cien financier comme James Thecks­ton. Il reconnaît que lui et ses collègues sont les principaux responsables de la crise du logement.
En tant que vice-président régional de Chase Home Finance dans le sud de la Floride, il a accordé des emprunts immobiliers à la pelle. En 2007, son équipe a accordé deux milliards de dollars de ces prêts, dit-il, parfois, des crédits "sans documentation".
"Sur la demande, nul besoin de pré­ciser votre emploi, le montant de vos revenus et de votre patrimoine, expli­que-t-il. Vous obteniez quand même satisfaction. On aurait accordé un prêt à une vieille SDF, si elle n'était pas si­gnalée comme insolvable."
Pour lui, les emprunteurs ont pris des décisions farfelues et ont exagéré leurs ressources, mais les banquiers sont les vrais coupables — et tout a été exacerbé par la pression de leur hiérarchie.
"Quelqu'un qui gagnait 20 000 dollars achetait une maison 500 000 dollars, en pensant pouvoir la revendre rapide­ment à profit, raconte-t-il. C'était din­gue, mais les banques ont mis au point des dispositifs financiers pour ce genre de crédits." Surtout, quand les prêts hy­pothécaires ont été titrisés et vendus à des investisseurs, les banquiers expéri­mentés ont fermé les yeux. "Les pontes des sociétés savaient, mais pensaient que nous allions gagner des milliards, donc pourquoi s'en faire ? Le gouverne­ment nous sortira:du pétrin. Les prêts douteux seront loin d'ici, avec un peu de chance ils seront à l'étranger."
Un souvenir particulier dérange James Theckston. Selon lui, certains chargés de clientèle ont touché une commission sept fois plus élevée pour les "subprimes" que pour les prêts classiques. Ils cherchaient des em­prunteurs moins avertis – des primo­' accédants, moins éduqués, ou ne par­lant pas bien l'anglais – et les incitaient à opter pour des prêts douteux.
Une majorité de ces emprunteurs étaient afro-américains ou latinos, dit- il, et ils ont fini par payer des intérêts plus élevés, ce qui accroissait le risque qu'ils perdent leur maison. Les cadres semblent conscients de cette disparité raciale, indique-t-il, et ont fébrilement essayé de la dissimuler.
À la fin 2008, lorsque le marché s'est effondré, James Theckston et la plu­part de ses collègues ont été licenciés. Il dit ne ressentir aucune animosité envers Chase, mais pense qu'il est pro­fondément injuste que les banques en difficulté aient été renflouées alors que les propriétaires étaient expulsés.
Quand j'ai appelé JPMorgan Chase pour connaître leur version, la banque n'a pas nié avoir accordé des crédits à tour de bras. Ses porte-parole ont re­connu qu'elle avait commis d'énormes erreurs et ont signalé qu'elle ne pra­tique plus les prêts subprime ou sans pièces justificatives. Ils indiquent aussi qu'elle a offert aux propriétaires des possibilités d'assouplissement de leurs emprunts immobiliers, quatre fois plus souvent qu'elle n'a saisi de maisons.
Malgré tout, selon le site web immo­bilier Zillow, aux États-Unis, 28 % de ces prêts ont été contractés pour une somme désormais bien supérieure à la valeur du bien. Ce chiffre a crû de 23 % en un an. Cette différence étouffe l'éco­nomie, une reprise généralisée étant difficile si l'immobilier et le BTP ne sortent pas la tête de l'eau.
Cela a été mis en relief quand le ma­gazine Bloomberg Markets a publié des révélations basées sur les dossiers de prêt qu'il a soutirés à la Réserve fédé­rale dans le cadre d'un procès. La Fed a sorti une somme faramineuse pour sauver les banques – 7 800 milliards de dollars, soit plus de 25 000 dollars par Américain. L'article estime que les établissements financiers ont gagné jusqu'à 13 milliards de dollars en pro­fits en prêtant cette même somme aux entreprises et aux particuliers à des taux plus élevés.
La démarche de la Fed n'est pas scandaleuse, et constitue sans doute un succès. Elle a fait tout ce qui était en son pouvoir pour éviter une catastrophe financière – et a réussi. L'argent a été remboursé. Pourtant, le scandale, c'es t l'injustice de ce que l'on a mis au jour par la suite. Le gouvernement fédéral a sauvé des banquiers grassement payés des effets de leur témérité. Il a protégé les actionnaires des banques et les créanciers. Mais la plupart du temps s'est détourné des Américains les plus vulnérables et les moins avisés. Rien que l'an dernier, les banques ont saisi plus d'un million de logements.
Bien sûr, certains dispositifs d'aide aux emprunteurs en difficulté existent, mais ils sont en nombre insuffisant. Nous n'avons pas encore pris les mesures simples qui permettraient à un administrateur de faillite de modifier les termes d'un prêt immobilier sur une résidence principale. La législation qui le prévoyait n'a pas abouti.
Ma fille et moi sommes en train de lire ensemble Les raisins de la colère, et les injustices de la crise de 1929 semblent très familières aujourd'hui. C'est pour­quoi le mouvement "Occupy" a pris tant d'ampleur : Lorsque le gouvernement fait des pieds et des mains pour sau­ver les banquiers irresponsables, aux dépens des propriétaires, ce n'est pas seulement un mauvais choix économi­que. C'est également une injustice.
 
À WALL STREET, LES TRADERS EUX-MÊMES SONT INDIGNÉS
(ArticledeJESSE EISINGER–New-York Times du 17 décembre 2011) [17]
 
Je me suis entretenu récemment avec un homme qui gère sa propre entreprise de trading. Furieux de la concurrence de Goldman Sachs, il s'est exclamé, résigné et exaspéré : "Dire qu'on les a renfloués et qu'ils peuvent emprunter gratis ! C'est écœurant".Cet homme au cœur des affaires, qui réalise des opérations au quoti­dien, est dégouté par les injustices et la corruption de Wall Street. Pour lui, rien n'a bougé depuis la crise de 2008.
Et il ne se passe pas une semaine sans que je parle à un gestionnaire de fonds spéculatif, un analyste ou un ban­quier, tous indignés. On dirait que Wall Street est "occupé" – de l'intérieur.
Les initiés et les acteurs extérieurs formulent les mêmes reproches : l'in­dustrie de la finance s'est écartée de sa fonction d'intermédiaire entre les sociétés désireuses de lever du capital et les consommateurs. Elle est devenue une machine à s'enrichir, profitant des clients et creusant les inégalités. Et quand les crises surviennent – ce qui arrive fatalement – les banques pren­nent l'économie en otage, exigeant un renflouement.
Les critiques viennent le plus souvent de la périphérie, de gestionnaires de fonds spéculatifs par exemple, ou des établissements de recherche indépen­dants. Retraités ou cadres subalternes. Mike Mayo est analyste bancaire auprès de CLSA, société de courtage dans laquelle le Crédit Agricole détient une participation majoritaire. Auteur du livre Exile on Wall Street, il y ra­conte sans fard le traitement qui lui a été réservé après sa dénonciation des dérives du secteur. Il est particulière­ment indigné par les rémunérations des cadres dirigeants. Une rétribution excessive "envoie un signal indiquant de mettre ia main sur tout ce qu'il est possible de prendre", dit-il. "Et pour les acteurs extérieurs, c'est aussi le signe que le système est truqué. J'aimerais vraiment que les protestataires n'aient pas d'arguments valables, mais mal­heureusement, ils ont raison."
J'ai demandé ce qui pêche à Richard Kramer, autrefois analyste technique chez Goldman Sachs. Consterné par la façon dont Goldman dirigeait les affaires, il a démissionné pour créer sa propre entreprise, Arete Research. Pour lui, c'est inhérent au modèle éco­nomique. "Il y a eu des amendes et des malversations répétées, dans toutes le banques d'investissement, sans exception, mais cela ne semble guère avoir d'incidence sur leur comportement, dit-il encore. "Je suis donc forcé d'en conclure qu'il s'agit cl une stratégie, d'une analyse du rapport coût/bénéfices. Quelques amendes et frais de justice, ce n'est pas cher payer en regard des profits réalisés."
Lors d'une récente émission de la chaîne Bloomberg, Laurence Pink, directeur de BlackRock, le géant de la gestion d'investissements, et Bill Gross, légendaire investisseur obligataire, ont manifesté de la sympathie pour le mouvement "Occupy Wall Street". Au cours des dernières décennies, "l'argent et la finance ont été dominants, au détriment du travail et des commerces des petites villes, Main Street. Alors comment ne pas compatir avec les indignés de Wall Street ?" se demande Bill Gross. "Ne pas ressentir de compassion pour les petits commerçants face aux gros financiers, c'est avoir des œillères ." Que ces sentiments émanent désormais régulièrement de familiers de Wall Street constitue un progrès.
Ce qui manque dans cette crise et ses contrecoups, c'est une autorité, une figure du secteur qui prendrait fait et cause pour les réformes essentielles. Si peu de voix s'élèvent, c'est peut- être que, comme nous tous, elles n'ont pas de solutions pratiques à proposer. Personne ne sait par où commencer. Mais cela pourrait changer l'année prochaine. Les choses vont se gâter pour Wall Street. À l'horizon pointent des diminutions de primes et des plans de licenciement. L'Europe semble au bord d'un nouveau gouffre. Et peut-être de ce naufrage sortira-t-il un grand dirigeant.
 
LA TAXE « ROBIN DES BOIS » GAGNE DU TERRAIN
(ArticledeSTEPHEN GREENHOUSE et GRAHAM BOWLEY–New-York Times du 17 décembre 2011) [18]
 
On l'appelle la taxe Robin des Bois – un prélèvement infime sur les échanges financiers qui prendrait de l'argent aux banques pour le donner aux pauvres. Et comme le héros légendairede la forêt de Sherwood, elle commence à capter l'imagination du grand public.
Poussée par la colère du peuple à l'encontre des banquiers ainsi que par le besoin de revenus supplémentaires des gouvernements, l'idée d'une taxe sur les transactions financières (TTF) a séduit un large éventail de supporters influents, dont Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, les milliardaires philanth­ropes Bill Gates et George Soros, l'an­cien vice-président américain Al Gore, le chantre de la défense des consom­mateurs Ralph Nader, l'archevêque de Canterbury et le pape Benoît XVI.
"Nous convenons tous qu'une taxe sur les transactions financières prou­verait que nous avons compris que les marchés financiers doivent contribuer à la reprise de l'économie, a déclaré Angela Merkel à son Parlement.
Mario Monti, le nouveau premier mi­nistre italien, a annoncé son intention d'imposer une taxe sur certaines tran­sactions. Il approuve l'idée d'une TTF sur l'ensemble du continent.
"Une certaine dynamique sous-tend tout cela, estime Simon Tilford, écono­miste en chef du Centre for European Reform à Londres. « S'ils continuent sur leur lancée, ils mettront probablement la mesure en place ».
La taxe Robin des Bois est aussi deve­nue une cause commune pour les syndi­cats, les ONG et le mouvement "Occupy Wall Street". Tous la considèrent com­me un moyen de récupérer de l'argent venant des 1 % les plus fortunés pour aider les 99 % restants. Le mois dernier, des milliers de manifestants, dont des centaines portant le costume du célèbre archer, ont envahi le sud de la France pour exhorter les chefs d'État du G20 à aider davantage les pauvres, y compris en adoptant la taxe en question.
Bill Gates a rencontré les dirigeants des 20 nations. Parmi ses propositions pour aider les défavorisésdumondeen­tiersetrouvaitunetaxe modeste sur les transactions d'instruments financiers. Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont approuvé l'initiative. Mais David Cameron, le premier ministre britannique, a déclaré que la Grande-Bretagne ne l'accepterait que si elle était adoptée au niveau mondial. Les Anglais craignent que les investisseurs ne délaissent la City de Londres pour les marchés non taxés. Le gouvernement Obama avance que cette mesure pourrait avoir des ef­fets négatifs non seulement sur les ban­ques mais aussi sur les fonds de pension et les investisseurs privés.
Pourtant, le soutien grandit pour cette idée, largement tombée aux oubliettes depuis les années 1970, lorsque James Tobin, économiste et futur prix Nobel, a proposé une initiative similaire. "Cette taxe est une bonne idée parce que les banques sont l'endroit où se trouve l'ar­gent. C'est pour cette raison que Jesse James les dévalisait, remarque Rose Ann DeMoro, directrice générale d'un syndicat d'infirmières à Oakland, en Californie. Ce que cette mesure a de remarquable, c'est la vitesse avec laquelle les gens comprennent son principe."
Le 16 novembre, le Sénat français adoptait un projet de loi en faveur d'une TTF. La Commission européenne a fait part de son désir de mettre en place d'ici à 2014 une taxe de 10 dollars (7 euros) par tranche de 10 000 dollars de tran­sactions dans toute l'Union européen­ne. Elle devrait, selon ses estimations, rapporter 57 milliards d'euros par an. Le mois dernier, deux démocrates, Peter DeFazio, député de l'Oregon, et Tom Harkin, sénateur de l'Iowa, ont pro posé une taxe de 3 dollars par tranche de 10 000 dollars de transactions, dont ils estiment qu'elle pourrait rapporter 350 milliards de billets verts sur 10 ans.
Mais pour ses détracteurs, la taxe augmenterait considérablement le coût des échanges. George Osborne, chance­lier de l'Échiquier britannique, a décrit ce projet comme un "suicide économi­que" pour l'Europe. Lors d'une crise, a-t-il dit, l'UE "devrait suggérer de nou­velles idées pour faire repartir la crois­sance, non pas pour l'affaiblir".
Les partisans d'une TTF observent que la Grande-Bretagne impose déjà une taxe de 50 dollars par tranche de 10 000 dollars d'actions échangées, tan­dis que Hong Kong et Singapour, dont les marchés financiers connaissent une croissance rapide, n'exigent que 10 à 20 dollars par tranche de 10 000 dollars.
Entre 1914 et 1966, les États-Unis avaient mis en place une taxe sur les transactions boursières. Pour Bill Nighy, l'acteur britannique qui apparaît dans plusieurs vidéos soutenant cette initiative, c'est une belle idée. "Elle fournirait assez d'argent pour résoudre les problèmes à l'inté­rieur et à l'extérieur du pays, sans nuire aux gens ordinaires."
 
(b)   À la croissance économique
 
CES PHILANTHROPES QUI SE MÊLENT DE POLITIQUE
(Article de NICOLAS CONFESSORE – New-York Times du 2 décembre 2011) [15]
 
Ces temps-ci, on n'entend plus que ce mot-là : "technocrate". Sur un ton parfois dédaigneux : les pères de l'euro, nous dit-on, étaient des technocrates qui n'ont pas su prendre en compte les facteurs humains et culturels. Le terme peut aussi être élogieux, quand il s'appli- que aux nouveaux premiers ministres grec et italien, technocrates certes mais capables de hauteur politique pour inter- venir comme il se doit.
Je m'inscris en faux. J'en sais quel- que chose : je joue parfois moi-même au technocrate. Et les personnes dont il s'agit - qui ont forcé l'Europe à adopter une monnaie unique ou qui contraignent cette même Europe et les États-Unis à plus d'austérité - ne sont pas des technocrates. Ce sont des romantiques totalement dépourvus de réalisme.
De fait, ces romantiques-là sont particulièrement ennuyeux, préférant la pompe à la légèreté poétique. Et ce qu'ils réclament au nom de ce romantisme est souvent barbare, obligeant Monsieur Tout-le-monde à d'immenses sacrifices. Mais, dans les faits, cette vision des choses procède davantage d'une appréhension idéaliste de la réalité que d'une froide évaluation de la situation.
Si nous voulons sauver l'économie mondiale, nous devons faire tomber ces dangereux romantiques de leur piédestal.
Commençons par l'euro. Vous croyez que ce projet est le fruit d'une évaluation rigoureuse des coûts et des avantage?- On vous aura mal informé.
La vérité, c'est qu'au regard d'une analyse économique objective, la marche de l'Europe vers une monnaie unique a été, dès le départ, une ambition suspecte. Les économies de l'union étaient trop dissemblables pour fonctionner sans accroc en s'appuyant sur une politique monétaire unique, et trop prédisposées à connaître des "chocs asymétriques", avec certains pays qui s'effondrent quand d'autres prospèrent. Et, à l'inverse des États américains, les Européens n'appartenaient pas à une seule nation, avec un budget fédéral et un marché du travail uni par une langue commune.
Alors pourquoi ces "technocrates" ont- ils tellement poussé à choisir l'euro, rejetant les nombreuses mises en garde des économistes? Cela tient bien entendu en partie à ce rêve d'une Europe unie, que l'élite du continent trouvait tellement séduisant qu'elle n'a retenu aucune objection pratique. Mais c'est en partie aussi parce qu'il s'agissait d'un acte de foi économique, avec l'espoir – motivé par la seule volonté d'y croire – que tout fonctionnerait pour le mieux tant que les nations respecteraient les vertus victoriennes de la stabilité des prix et de la modération budgétaire.
Malheureusement, les promesses n'ont pas été tenues. Mais plutôt que de s'adapter à la réalité, ces soi-disant technocrates ont simplement doublé la mise – prônant par exemple une austérité drastique en Grèce pour lui éviter le dé­faut de paiement, quand un simple calcul montrait que cela ne servirait à rien.
Je voudrais m'attarder sur le cas de la BCE. Cette banque, censée incarner l'institutiôn technocratique par excel­lence, s'est plutôt distinguée par sa fa­culté à se réfugier derrière ses illusions à mesure que la situation empire. L'an dernier, elle a déclaré sa flamme à la fée Confiance, affirmant que les coupes bud­gétaires imposées à une économie dépri­mée contribueraient en fait à relancer la croissance en renforçant la confiance des entreprises et des consommateurs. Assez curieusement, cela ne s'est jamais produit nulle part.
Alors même que l'Europe se débat 'dans la crise, ses dirigeants continuent de s'accrocher à la stabilité des prix comme à une recette miracle. Mario Draghi, le nouveau président de la BCE, vient de déclarer que "la plus grande contribution possible de l'institution pour soutenir une croissance durable, la création d'emplois et la stabilité finan­cière consiste à arrimer les anticipations inflationnistes". C'est une affirmation tout à fait fantaisiste lorsque l'on sait que l'inflation en Europe est plutôt trop faible que trop forte et que ce qui déstabilise les marchés aujourd'hui, c'est la crainte d'un effondrement financier à plus ou moins brève échéance. Cela s'apparente davantage à une profession de foi qu'à une évaluation technocratique.
Soyons clairs : je ne suis pas en train de médire des Européens, d'autant que les États-Unis ne sont pas en reste, avec leurs pseudo-technocrates qui pervertis­sent le débat politique, en faisant bascu­ler les discussions de l'emploi au déficit.
De vrais technocrates auraient cher­ché à savoir si un tel glissement était per­tinent quand les États-Unis ont un taux de chômage de 9 % et continuent d'em­prunter à seulement 2 %. Mais, à l'instar de la BCE, nos pères fouettards du bud­get ont leur théorie sur ce qui importe et ils s'y tiennent, ignorant les faits.
Si je déteste les technocrates ? Pas du tout. Ce sont mes amis. Face à nos dé­boires économiques, nous avons besoin d'expertise technique. Mais le discours est tellement déformé par les idéologues et ceux qui se bercent d'illusions — nos romantiques cruels et ennuyeux — et se font passer pour des technocrates, que le moment est venu de les inviter à plus de modestie.
 
MANIFESTER OU RETROUSSER LES MANCHES
(Article de ANITA PATIL – New-York Times du 2 décembre 2011) [14]
 
Tandis que les protestataires d'Occupy Wall Street, et d'autres, s'insurgent contre la bourse, la cupidité des entreprises et d'autres institutions qu'ils considèrent défavorables aux petites gens, certains tentent une ap­proche différente. Délaissant les manifestations et les affrontements avec la police, ils inventent des alternatives pour se réapproprier l'économie. En optant pour la propriété collective et le mécénat public, ils contour­nent le système. . .
"Quand j'entends des gent critiquer le système sans retrousser leurs manches ni tenter quoi que ce soit, la moutarde me monte au nez", s'insurge Ed Pitts. Cet avocat de Syracuse, dans l'état de New York, a investi dans un commerce acheté par les habitants de Saranac Lake. Le grand magasin de 'avilie avait fermé en 2002, et il manquait de repreneurs. Selon lui, "c'est un capitalisme plus authentique".
Des centaines de résidents ont participé au projet. Les parts, d'une valeur de 100 dollars chacune (74 euros), ont été vendues aux habitants comme un moyen de "prendre notre avenir en main et de nous entraider". En presque cinq ans, les organisateurs ont atteint leur objectif de 500 000 dollars, et le magasina ouvert ses portes en octobre.
Vous avez perdu confiance dans le mar­ché de l'emploi ? Dans le système monétai­re ? Philip Rosedale, 43 ans, a fondé Coffee and Power, un site d'échange de services International où les gens proposent toutes sortes de tâches comme la couture, les courses, ou la réalisation d'un logiciel. Une monnaie virtuelle permet de les acheter, de les vendre ou de les offrir en cadeau.
D'autres entreprises nécessitent un apport plus conséquent et un réseau plus étendu, mais elles prospèrent grâce à un modèle de réussite à l'ancienne : de petite taille, elles offrent un service personna­lisé. Quand la vente en ligne et l'apparition des livres électroniques ont forcé les librai­ries de Nashville à fermer, un vent de pani­que a soufflé sur tous les mordus de lecture de la ville. Ann Patchett, auteur à succès, a réalisé son propre projet. Le mois dernier, après six mois de préparation et avec ses deniers, elle a ouvert Parnassus Books, une librairie indépendante. "Si vous aimez une activité, c'est à vous de la sauvegar­der", explique-t-elle.
En ces temps difficiles, trouver des capitaux est moins évident pour ceux que les banques boudent. Alors les créateurs d'entreprise se tournent vers les sites de financement public, comme Kiva.org ou Kickstarter, qui font appel aux dons pour subventionner des projets artistiques, technologiques ou commerciaux. Dario Antonioni dirige un cabinet de conseil en design à Los Angeles. Kick- starter lui a permis de réunir plus de 36 000 dollars pour le financement d'un siège en bois courbé de sa création. En s'y prenant de cette façon, il a recueilli les réactions "d'internautes du monde en­tier" sans avoir à effectuer une étude de marché coûteuse. "Un business plan n'est pas nécessaire", précise-t-il.
Scott Kester et David Lefkowitz ont eux demandé à 2 000 inconnus d'apporter chacun 500 dollars pour ouvrir Elevens, leur bar restaurant à New York. Les donateurs seront "détenteurs d'un siège" à vie, prioritaires pour les réservations et bénéficieront de réductions.
"On s'est dit, créons un endroit dont les clients seront propriétaires ou du moins en partie, explique Scott Kester. On fait confiance aux gens, et on récolte ce que l'on a semé."
 
LA SILICON VALLEY FAIT ÉCOLE AILLEURS
(ArticledeSTEVE LOHR–New-York Times du 17 décembre 2011) [19]
 
Aujourd’hui, les technologies propres, la bioingénérie, le diagnostic médical, la santé préventive, les transports et même l'agriculture, tout cela fait travailler les ingénieurs et entrepreneurs de ce microcosme.
"La différence, ici, c'est que nous avons trouvé une méthode quasi scientifique pour réinventer business et industries, plutôt que simplement sortir des produits", explique Randy Komisar, partenaire de Kleiner Perkins Caufield & Byers, grande société de capital-risque, et chargé de cours en entreprenariat à Stanford. "Cette approche est beaucoup plus systématique qu'il y a quelques années", ajoute-t-il.
Dès sa création, le tout nouveau modèle de start-up est fondé sur le schéma hypothèse-expérience-essai sur le marché : une rupture brutale avec l'approche traditionnelle – business plan-objectifs financiers-fabrication du produit fini et démarrage, en croisant les doigts que ça marche !
La formule souvent retenue aujourd'hui est celle de la "lean start-up", à structure légère. Parmi ses adeptes les plus fervents, on trouve Eric Ries et Steven Blank. Le premier, ingénieur et homme d'affaires, à qui l'on doit le terme, est actuellement entrepreneur en résidence à la Harvard Business School. Le second est chef d'entreprise, auteur et chargé de cours à Stanford.
Cetteapprochemetl'accent sur la mise au point rapide de produits "de viabilité minimale", des prototypes low-cost présentés au consommateur pour étudier sa réaction et être ensuite améliorés. Autre caractéristique : la souplesse. On teste les modèles et les idées et on supprime sans pitié ce qui ne marche pas pour passer aux plans B, C, D, etc. Cela s'appelle le "pivoting".
La National Science Foundation d'Arlington, en Virginie, parie sur ce nouveau modèle. Elle vise un meilleur taux de commercialisation pour les recherches universitaires qu'elle finance. En octobre, elle a annoncé une première série de bourses d'études pour ce qu'elle appelle le NSF Innovation Corps. Les 21 trinômes sélectionnés dans tous les États-Unis recevront 50 000 dollars par semestre passé à vérifier la viabilité commerciale de leurs inventions.
Le modèle de la "lean start-up" de la Silicon Valley influence les écoles de commerce. Ce printemps, les matières imposées aux 900 étudiants de première année de la Harvard Business School incluent la création d'entreprise. Des équipes de six recevront 3 000 dollars pour créer une start-up qui devra faire recette à la fin du semestre, explique Thomas Eisenmann, en charge du programme.
La culture de la prise de risque de la Silicon Valley va aujourd'hui bien plus loin que le matériel ou logiciel informatique. Il y a des projets d'entreprises innovantes comme Nest Labs, créé par Tony Fadell, ancien dirigeant chez Apple. Il a débauché plus de 100 ingénieurs dans son ancienne entreprise ainsi que chez Google, Microsoft et autres consorts. Le projet est financé par un groupe de sociétés de capital-risque. Les produits mis au point seront lancés fin octobre : un thermostat revisité, avec capteurs, qui utilise l'apprentissage automatique et le Web pour réaliser des économies d'énergie.
Et il y a des petits Poucets, comme BIue River Technology. La plupart des start-ups déposent le bi­lan. Plus que nulle part ailleurs peut-être, les investisseurs et technologues de la Valley ont tendance à considérer l'échec avec une certaine objectivité scientifique, comme si les revers étaient des outils heu­ristiques conduisant à d'autres recher­ches et par conséquent, à d'autres décou­vertes. "Pendant 70 ans, la Valley s'est constitué une culture qui ne personnalise pas l'échec, remarque M. Komisar. Si l'on n'est ni malhonnête, ni idiot ni paresseux, on voit l'insuccès comme un apprentis­sage : on en tire les enseignements, et on les applique."
 
(d) À l’évolution du Moyen-Orient
 
LES PASSIONS ARABES FREINENT LES RÉVOLUTIONS
(Article de THOMAS L. FRIEDMAN – New-York Times du 2 décembre 2011) [13]
 
Le rôle diplomatique de Georges Mitchell en Irlande du Nord était au cœur de l’ouvrage To Hell With the Future, Let’s Get On With the Past (Au diable l’avenir, occupons-nous du passé) paru en 2001. Espérons que personne n’écrira jamais rien de tel sur le réveil actuel du monde arabe. Mais tout observateur des évènements qui se déroulent là-bas ne peut s’empêcher de s’interroger : le passé va-t-il enterrer l’avenir ou le futur triomphera-t-il du passé ?
Je suis impressionné par la bravoure de ces jeunes gens qui, en Syrie et en Égypte tente de renverser le pouvoir tyrannique de la famille Assad ou de l’armée égyptienne. Qu’ils continuent à descendre dans la rue – en sachant que les forces de sécurité du pouvoir n’hésiteront pas à leur tirer dessus – est révélateur d’une aspiration profonde de cette jeunesse arabe qui veut se défaire des régimes qui l’ont si longtemps bâillonnée et empêchée de se réaliser.
Mais je suis aussi très inquiet : plus la lutte se prolonge dans ces deux pays, plus les chances de voir émerger rapidement un régime stable et favorable à la démocratie s’éloignent. Et plus la Syrie risque de se désintégrer en une guerre civile. On ne saurait trop insister sur le danger d’une telle situation. Quant la Tunisie, l’Égypte et la Lybie ont été ébranlées par la révolution, elles ont implosé. Si la Syrie venait elle aussi à être ébranlée, elle n’imploserait pas. La plupart des États arabes implosent. La Syrie explose.
Pourquoi ? Parce que cette nation qui partage ses frontières avec un patchwork de pays, de sectes et de groupes ethniques, tient en un équilibre précaire. Si la guerre civile éclate, tous les voisins de la Syrie cultiveront de bonnes relations avec les différentes factions locales – sunnites, Alawites, Kurdes, Druzes, chrétiens, pro-iraniens, pro-Hezbollah, pro-Palestiniens, pro-Saoudiens – qui les imiteront et toutes d’efforceront de faire pencher la balance dans leur direction. La Turquie, le Liban, le Hezbollah, l’Iraq, l’Iran, le Hamas, la Jordanie, l’Arabie saoudite ou Israël, tous ont beaucoup à perdre ou à gagner selon l’identité de celui qui règnera à Damas. Tous chercheront à s’allier avec des relais locaux, afin d’infléchir de l’intérieur le cours des évènements. Nous aurons une nouvelle foire d’empoigne, à la libanaise.
La Syrie doit enclencher une transition démocratique pacifique maintenant. L’Égypte aussi. L’agitation qui règne dans ces deux pays n’est pas sans rappeler les luttes pour le pouvoir à tous les niveaux qu’a connues le Moyen-Orient – que j’avais décrite comme le combat entre « la Lexus et l’olivier ».
D’une part existe cette aspiration parfaitement contemporaine, profondément sincère et authentique des Syriens et des Égyptiens pour la liberté et de réels droits civiques.
Les observateurs extérieurs sous-estiment souvent la détermination de cette jeunesse à limiter le pouvoir des militaires, qu’elle juge incompatible avec l’avènement de la démocratie. Les jeunes Égyptiens d’aujourd’hui veulent unir leurs efforts, oublier leurs partis et retourner place Tahrir revendiquer leur liberté. C’est une fracture générationnelle, qui oppose les jeunes aux vieux, les adultes qui appartiennent au système et les jeunes qui en sont exclus, les privilégiés aux défavorisés. Ces jeunes Égyptiens ou Syriens n’ont plus peur de ces hommes qui les dirigent et sont résolus à transformer leur monde. Nous devrions les soutenir.
Mais d’autre part l’histoire pèse si lourd. Les valeurs contemporaines (ma « Lexus ») – démocratie, élections libres, droits des citoyens et modernité – devront l’emporter sur des idées et des passions ancestrales (mon olivier). Sunnites et chiites batailleront pour déterminer quel courant de l’islam doit dominer ; salafistes et modernistes pour savoir s’il faut oui ou non accepter le XXIe siècle. Sans compter que les luttes tribales et régionales qui traversent depuis toujours ces sociétés reprendront de plus belle. Et, pour couronner le tout, les élites solidement établies et les masses s’affronteront. Ces tensions héritées du passé menacent en permanence d’exploser, de réduire à néant toutes velléités de changement et d’ensevelir l’avenir.
Tel est le drame qui se joue aujourd’hui dans le monde arabe – entre une quête profondément sincère de la jeunesse pour plus de liberté et une recherche aussi vieille que le monde d’avantages pour telle secte, faction, classe ou tribu. Dès que vous commencez à croire que les révolutions égyptienne, syrienne et tunisienne vont être récupérées par des forces et des attachements du passé, le lendemain, les aspirations des jeunes pour u monde libre et moderne semblent reprendre le dessus.
Le même scénario s’est déroulé en Iraq mais là, le processus a été suffisamment contrôlé par les Américains pour pouvoir accoucher d’un nouveau contrat social rudimentaire donnant à chacun l’occasion d’enterrer le passé. Mais personne ne sait ce que l’avenir réserve à ce pays.
Ce que nous savons, en revanche, c’est qu’il n’y aura pas de deus ex machina pour présider aux transitions en Égypte, en Syrie, en Tunisie, en Lybie et au Yémen. Ces pays peuvent-ils s’en passer ? Oui, à condition de trouver leur Nelson Mandela – une personnalité civile d’exception – ou de nouer des alliances capables d’honorer le passé et de contenir les éléments les plus explosifs sans pour autant condamner l’avenir.    


Date de création : 09/01/2012 @ 10:32
Dernière modification : 09/01/2012 @ 11:06
Catégorie : Suivi des progrès aux USA
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