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Suivi des progrès aux USA - Suivi USA novembre 2011



SUIVI USA NOVEMBRE 2011
 
 
À quoi pourra-t-on mesurer les progrès internes que les USA sont à même de réaliser dans la prochaine décennie ? 
 
BASE SEPTEMBRE 2011

(a) À la réforme financière

Elle ne se limite pas à la réforme des règles du jeu et les ratios qui s’appliquent à l’ensemble de la profession. Ces nouvelles règles de régulation approfondie des acteurs de la finance et de prévention des risques systémiques constituent un cadre à l’intérieur duquel les responsables bancaires et financiers doivent réapprendre à pratiquer leur métier de base. Il consiste à financer avec discernement la vieille et la nouvelle économie, plutôt que d’encourager la docilité illimitée des spéculateurs. L’idée fait son chemin, mais à pas comptés, tant les intérêts personnels sont encore prévalents et le poids du passé prégnant. En effet, la caste financière américaine, quelques milliers d’individus, conserve un poids exorbitant sur la gestion de l’économie du pays, notamment à travers la banque de l’ombre, non réglementée, qui draine d’immenses fonds spéculatifs.
 
(b)À la croissance économique
 
Certes l’économie redémarre et elle continue à créer des emplois, mais le progrès se mesurera d’abord dans la durée au fait que l’Amérique redonnera la priorité aux investissements d’avenir générateurs de création de richesse : l’éducation, la recherche, le capital-risque et les infrastructures…[Dans le domaine de la recherche, les États-Unis possèdent encore des atouts incontestables. En 2011, sur les 12 Nobel attribués, 6 sont revenus à des chercheurs américains, autant que pour le reste du monde]. En tout état de cause, les retombées des nouveaux investissements d’infrastructure et de technologie prendront des années à se matérialiser. Compte tenu des hommes en cause, les États-Unis devront sans doute modérer leurs dépenses militaires ainsi que leurs engagements sociaux de retraite et de santé, et réapprendre à faire de l’investissement dans les nouvelles technologies et dans les banques de proximité pour financer les PME américaines.
Pour y parvenir ils devront basculer d’un déficit intérieur et extérieur sans retenue et d’une financiarisation à outrance de leur économie vers un financement du développement des activités et services traditionnels et de pointe, intégrant de multiples innovations. Ils ont commencé à le faire, notamment dans le domaine médical, des télécommunications et de la biologie. De telles politiques de longue haleine vont de pair avec la conquête de nouveaux marchés à l’étranger. Dans cette perspective, la crise de 2008 est un catalyseur précieux. La mutation pourrait avoir lieu au cours des deux prochaines décennies. Les changements de mentalité ont débuté. On commence à parler de la création d’une banque des infrastructures. Mais on est encore loin du compte, ce qui explique l’atonie récente de l’économie américaine. Souvenons-nous qu’il n’y a pas de bonne finance sans bonne industrie. Or les États-Unis ont besoin d’avoir accès à des liquidités suffisamment abondantes et bon marché, pour être en mesure de financer la prochaine étape de leur redéploiement industriel.
 
(c) À la politique internationale
 
En outre, le progrès deviendra perceptible à travers le monde si la puissance américaine se retire des conflits du passé, y compris ceux qui s’éternisent aujourd’hui, sans pour autant laisser derrière elle des situations chaotiques de guerres civiles ou régionales. Il est tout de même extraordinaire de s’enliser dans une guerre en Afghanistan tandis que les guérillas de la drogue ont fait 20 000 morts à quelques portées de fusil de la Californie, sans que les États-Unis aient pu guérir ce cancer sont ils sont en partie la cause. L’imposition de la force demain continuera à comporter la maîtrise des armements de supériorité, mais elle exige dès à présent la capture précoce, universelle, efficace de l’information exacte qui permette l’action chirurgicale partout et en tout temps. Ce n’est pas seulement l’Amérique qui est menacée, c’est le fluide mondial qui est susceptible d’être pollué. Là encore les États-Unis ont, avec très peu d’autres nations, une avance extraordinaire, non plus comme gendarme du monde, mais comme agent hygiénique en chef.
Pour ce faire, il leur faudra désormais investir massivement dans leurs services diplomatiques qu’ils pourront financer grâce à une décrue sélective de leurs dépenses militaires.
 
(d)À l’évolution du Moyen-Orient
 
L’Amérique est à un tournant au Moyen-Orient : elle peut décrocher et focaliser sa présence militaire sur quelques pays notamment pétroliers ou employer sa force, sa diplomatie et son prestige avec discernement et discrétion comme dans le cas de l’Égypte pour inspirer une autre politique. Son retrait brutal entraînerait la montée en puissance de deux anciens empires sous leur forme moderne : la Turquie et l’Iran. Le risque de bras de fer et de bouleversements contagieux dans l’ensemble de la région sont significatifs et concernent au premier rang Israël. L’Amérique le sait et entend agir de façon responsable. L’autre politique qui pourrait aller de pair avec une présence militaire plus restreinte et sélective, s’inspirerait de Lord Beveridge. Il écrivait en 1947, en exergue de son livre sur la Sécurité Sociale : « La pauvreté extrême engendre la violence extrême ». Dans cet esprit, l’Amérique pourrait prendre l’initiative d’apporter son soutien et donc d’aider à légitimer un plan de reconstruction et de développement pour les populations les plus pauvres et les plus nombreuses du Moyen-Orient. Le leadership économique et financier en reviendrait aux pays de la région qui s’engageraient à suivre cette voie. L’Europe, les États-Unis et certains pays d’Asie apporteraient un savoir-faire industriel et un appui méthodologique. La violence pourrait décroître. L’espoir renaîtrait chez les jeunes au chômage. Une lente marche vers la démocratie pourrait s’amorcer.
 
(e) À une nouvelle alliance avec l’Europe
 
Cette évolution trouvera résonance si l’Amérique réussit à construire un nouveau projet commun avec l’Europe, fondé sur leur complémentarité et leurs valeurs partagées. Le déni de reconnaissance à l’égard de l’Europe n’est pas une politique qui maximalise les chances d’une renaissance économique et géopolitique des États-Unis notamment dans les rapports de force avec la Chine. Les États-Unis commencent-ils à le comprendre ? Une telle reconnaissance nécessiterait de tisser de nouveaux liens humains de confiance entre de nombreux responsables des deux rives de l’Atlantique, sans doute à travers une redéfinition des missions, des méthodes de travail, voire des outils de collaboration. Cela deviendrait indispensable le jour où la Chine renâclerait devant la poursuite de l’unilatéralisme monétaire américain et l’implicite suzeraineté qu’il implique, ou dans l’hypothèse de nouvelles difficultés au Moyen-Orient qui pourraient exiger de mobiliser à bon escient ses alliés d’antan.
 
(f)   À la participation active dans la mise en place d’une nouvelle gouvernance à l’échelle mondiale
 
Comment favoriser à l’avenir la poursuite d’une progression générale des échanges et des niveaux de vie à un moment où le principal interlocuteur des États-Unis est devenu le « reste du monde » ?
Il est clair que les problèmes de gouvernance qui se posent sont d’une rare complexité. Ils interréagissent entre eux et les facteurs internes à chaque pays, régionaux et internationaux s’enchevêtrent. La création d’un centre mondial de la gouvernance que les États-Unis pourraient impulser permettrait de réaliser peu à peu des avancées importantes pour toutes les parties concernées. Les régions développées [s’y trouveraient associées, notamment la Chine, le Japon, l’Inde et l’Europe. Tel est, semble-t-il, le rôle envisagé pour le G20 – à présidence annuellement tournante –, et décliné selon plusieurs thèmes : G20 agricole, G20 économie et finance, B(usiness)20, L(abour)20, etc.].  
 
 
(a)À la réforme financière
 
QUAND LE CAPITALISME PERD L’ÉQUILIBRE
(Article de THOMAS L. FRIEDMAN – New-York Times du 4 novembre 2011) [7]
 
Le décès de Mouammar Kadhafi est tombé à pic pour Citigroup. Cette mort a détourné l'attention d'un article, passé presque inaperçu, qui aurait écorné son image : il explique pourquoi de nombreux Américains moyens soutiennent "Occupy Wall Street". On y lit que Citigroup a payé une amende de 285 millions de dollars (208 millions d'euros) parce que Citibank a vendu à des clients confiants des créan­ces hypothécaires toxiques – sachant qu'elles risquaient de perdre toute leur valeur – pendant qu'elle négociait ces mêmes actifs à découvert, pariant des millions de dollars sur leur chute.
C'est le comble de l'immoralité. Comme le précisait la plainte de la SEC, le gendar­me américain de la Bourse, Citigroup a exercé "une influence significative" sur ses clients à hauteur de 500 millions – sur un total d'un milliard de dollars d'actifs dans l'affaire – et a délibérément opté pour des obligations CDO, composées de prêts hypothécaires à très haut risque. "Quelques mois après leur création, elles ne valaient pratiquement plus rien, indi­que The Wall Street Journal. Une quinzai­ne de fonds spéculatifs, des gestionnaires de portefeuille et d'autres entreprises qui ont investi dans l'affaire ont donc perdu des centaines de millions, tandis que Citi­group empochait 160 millions en honorai­res et transactions financières."
La nouvelle équipe de direction, appa­remment plus sérieuse, a classé le dossier sans admettre ou nier une faute quelcon­que. James Stewart, qui suit les milieux d'affaires pour le New York Times, note que comparés aux manœuvres de Ci­tigroup "les traders de Goldman Sachs ressemblent à des enfants de chœur. L'an dernier, dans le cadre d'un procès pour une fraude de 550 millions de dollars, la SEC a accusé Goldman Sachs d'avoir servi d'intermédiaire dans une opéra­tion similaire, permettant à John Paulson, gestionnaire de fonds spéculatifs, de recommander des prêts hypothécaires, avant de prendre position contre eux sans en parler aux autres parties. Citigroup n'a pas eu recours à un personnage comme Paulson, préférant jouer elle-même ce rôle lucratif".
C'est pour cela que les groupes anti­Wall Street font des émules et trouvent des soutiens partout dans le monde. J'ai été frappé, place Tahrir au Caire, par le caractère apolitique des manifestations. Il était clair que les Égyptiens étaient ani­més avant tout par une quête de "justice". Beaucoup d'entre eux étaient convaincus qu'ils vivaient dans une société profondément injuste où le clan Moubarak et ses compères capitalistes avaient pipé les dés. L'Égypte illustre ce qui arrive quand un pays adopte l'économie de marché sans développer de véritables institutions ni s'appuyer sur la primauté du droit.
Mais qu'en est-il des États-Unis ? Le secteur financier représente une telle masse d'argent qu'il a corrompu les ins­titutions à travers des dons politiques. Comme l'a déclaré sans ambages Ri­chard Durbin, un sénateur démocrate de l'Illinois, dans une interview en 2009, bien qu'elles soient à l'origine de cette crise, ces mêmes entreprises financières "res­tent le plus puissant lobby de Washington. La ville leur appartient".
Le Congrès américain est aujourd'hui un lieu de corruption légalisée. Grâce aux informations de Opensecrets.org, un groupe de défense des consommateurs a calculé que le secteur des services fi­nanciers, immobilier compris, a dépensé, entre 1990 et 2010, 2,3 milliards de dollars en contributions aux campagnes fédéra­les, soit plus que l'ensemble des secteurs de la santé, de l'énergie, de la défense, de l'agriculture et des transports. Pourquoi le comité de la Chambre sur les services financiers comprend-il 61 membres ? Pour que de nombreux parlementaires monnayent leurs voix à Wall Street.
L'Amérique n'a plus les moyens de cette politique. Elle doit privilégier quatre ré­formes dont la mise en œuvre ne néces­site pas de nouveaux bureaucrates.
1) Les banques qui sont réputées trop importantes pour qu'on les laisse couler sont trop grandes et doivent être divisées en plusieurs unités. Le pays ne peut pas risquer un autre renflouement à coups de milliards.
2) Si des dépôts d'une banque sont assurés au niveau fédéral par les contribuables américains, les clients ne peuvent pas faire d'opérations pour leur compte propre avec ces dépôts, un point c'est tout.
3) Les instruments dérivés doi­vent être négociés sur des marchés trans­parents où l'on pourra voir si un autre AIG accumule des risques énormes.
4) Enfin, une idée issue de la blogosphère : les parlementaires américains devraient, comme les pilotes de course, arborer sur leurs vêtements les logos de tous les établissements financiers, compagnies d'as­surance et sociétés immobilières qui leur donnent de l'argent. Le public doit savoir.
Le capitalisme et l'économie de marché, sont les meilleurs moteurs pour générer de la croissance et réduire la pauvreté –  s'ils sont équilibrés par une vraie transpa­rence, de la réglementation et une super­vision efficace. Ces dix dernières années, l'Amérique a perdu cet équilibre. Si elle ne le retrouve pas – et de nombreux intérêts financiers freinent des quatre fers – une autre crise surviendra. Alors, l'exigence de justice pourrait mal tourner. Petit conseil aux banquiers : continuez d'être fougueux comme des taureaux, mais ces­sez de vous comporter comme des porcs.
 
     (b)À la croissance économique
 
DES LEADERS SANS ENVERGURE
(Article de ROBERT KUTTNER, co-directeur de The American Prospect, – New-York Times du 4 novembre 2011) [8]
 
BOSTON – Le système américain traverse une crise de confiance sans précédent ou presque : 89 % des personnes ayant répondu à un récent sondage New York Times/CBS ont déclaré ne pas faire confiance au gouvernement pour trouver la solution, et 85 % s'attendent à une stagnation, voire pire, de l'écono­mie. La crise risque de durer, à cause de l'incapacité des partis à s'accorder sur une solution.
Le président Obama semble incapa­ble de rallier les citoyens pour qu'ils exigent un vaste programme de re­lance, et les Républicains sont bien décidés à lui mettre des bâtons dans les roues. Cette impasse politique va probablement accentuer la désaffec­tion du peuple américain à l'égard des autorités, augmenter l'angoisse susci­tée par une économie au point mort et réduire encore l'influence et le prestige des États-Unis dans le monde.
La pire crise économique depuis la Grande Dépression met en lumière l'une des défaillances du système américain. Avec ses mécanismes de freins et de contrepoids, la Constitu­tion y prend délibérément parti contre le militantisme. Mais, au cours du XXe siècle, les pouvoirs publics sont parve­nus à aplanir les divergences et à faire face à des urgences comme la Grande Dépression, la Seconde Guerre mon­diale et la guerre froide. Démocrates et Républicains ont surmonté leurs cliva­ges parce que leurs dirigeants avaient conscience des enjeux.
L'histoire américaine ne compte que quelques échecs comparables à l'im­passe actuelle. La question de l'abo­lition de l'esclavage reste en suspens pendant plus d'un demi-siècle avant d'être résolue, dans les années 1860, par la guerre de Sécession, le conflit le plus meurtrier qu'a connu le pays, avec au moins 618 000 victimes.
Un autre grand bras de fer politique occupe les trois décennies suivantes. Les agriculteurs sont lourdement pénalisés par la chute des prix, le système bancaire instable et les monopoles des chemins de fer surtaxant le transport des produits agricoles sur les marchés. La croissance des activités manufactu­rières à grande échelle s'accompagne de conditions de travail misérables que Washington ne sait pas pallier.
Le schéma d'alors – partis corrom­pus et présidents inefficaces se succé­dant tour à tour au pouvoir – pourrait bien se reproduire dans les décennies à venir, avec l'alternance des échecs ré­publicains et démocrates. À l'époque, le mécontentement s'amplifie jusqu'à ce que la pression populaire se combine aux réformes initiées par Theodore Roosevelt et Woodrow Wilson au début du XXe siècle. Pourtant, en 1919, Wilson se heurte au refus du Sénat de ratifier le traité de Versailles et le pays entre dans une phase isolationniste aux consé­quences terribles pour l'Europe.
La génération de l'après Seconde Guerre mondiale grandit cependant avec le souvenir de personnalités capa­bles de surmonter les obstacles, comme s'il n'y avait rien de plus normal. Fran­klin Roosevelt adopte des politiques qui sortent le pays de la Grande Dépression et conduit les Alliés à la victoire en 1945. Des présidents successifs, à commen­cer par Harry Truman, sont à même de contenir la menace communiste, sans déclencher une troisième guerre mon­diale, jusqu'à ce que le régime soviéti­que s'effondre de lui-même. Et Lyndon Johnson, malgré son échec au Vietnam, honore la promesse de droits civiques pour les Afro-américains.
C'est ce genre de dirigeants que le monde s'attend avoir à la tête de l'Amé­rique. Et en 2008, au moment critique de l'effondrement financier, nombre d'en­tre nous espéraient qu'Obama s'inscri­ve dans cette lignée. Malheureusement, il ne parvient pas à dépasser les querel­les politiciennes, et la foi en sa capacité à provoquer le changement, qui l'avait porté au pouvoir, s'est évanouie.
Dans un tel climat, le malaise social n'induit pas de réformes. La protesta­tion se fragmente au contraire pour se concrétiser par de vagues mouve­ments comme le Tea Party à droite et "Occupy Wall Street" à gauche – l’ex­pression d'une angoisse plus qu'un programme cohérent.
A la politique américaine de l'im­passe fait écho la fragmentation du système constitutionnel européen. Les présidents de l'Union parviennent à gagner du temps, mais non à remédier aux causes sous-jacentes de l'instabi­lité financière : un système bancaire devenu trop vaste et trop complexe, encore capable de créer des pyramides de dettes susceptibles de s'écrouler en cas de mauvais choix des investisseurs. Oublions la fantaisie libertaire : si cette crise prouve quelque chose, c'est bien que l'économie de marché ne peut pas se passer de gouvernance. Les pouvoirs publics doivent regagner la confiance des citoyens. S'ils échouent, ils laisse­ront la place aux extrémistes.
Nous avons assisté à quelques lueurs de vrai leadership lors qu'Angela Mer­kel s'est montrée prête à risquer sa car­rière politique pour prévenir l'effondre­ment de l'euro. Mais il en faudra plus, des deux côtés de l'Atlantique, pour que la démocratie honore sa promesse et vienne à bout de cette crise terrible, plutôt que de la laisser dégénérer en ca­tastrophe économique et politique.
 
DE L’OLIGARCHIE EN AMÉRIQUE
(Article de PAUL KRUGMAN – New-York Times du 11 novembre 2011)[9]
 
Les inégalités font à nouveau la une, grâce à "Occupy Wall Street" mais aussi au bureau du Budget du Congrès américain. Et devinez ce que cela signi­fie : l'heure des spécialistes des écrans de fumée vient de sonner.
Quiconque suit cette question depuis un certain temps sait de quoi je parle. Chaque fois que les écarts croissants entre les revenus risquent de devenir trop visibles, on peut compter sur de preux chevaliers pour tenter de noyer le poisson. Les think-tanks pondent des rapports qui affirment que les iné­galités n'augmentent pas vraiment, ou que c'est sans importance. Des commentateurs tentent de présenter le phénomène d'une façon plus rassurante, prétendant à qui veut l'entendre qu'il ne s'agit pas d'un fossé entre un petit nombre de super-riches et le reste de la population mais de différence en­tre les diplômés et les autres.
Sachezbienque toutes ces affirma­tions tentent seulement de cacher la dure vérité : dans la société américai­ne, l'argent est de plus en plus concen­tré dans les mains de quelques-uns. Et cette concentration des revenus et des richesses menace de faire des États- Unis un pays qui n'a de démocratie que le nom. Un rapport récent du bureau du Budget révèle un pan de cette triste réalité en montrant le fort recul de la part du PIB allant aux Américains à bas ou moyen revenu. L'Amérique continue à se considérer comme un pays de classes moyennes. Mais alors que les 80 % des ménages moins fortu­nés perçoivent maintenant moins de la moitié des revenus du pays, c'est une vision que contredit de plus en plus la réalité.
Comme toujours, les mêmes argu­ments familiers réapparaissent : les données sont imparfaites (faux) ; les riches sont un. groupe en constante évolution (faux), et ainsi de suite. L'ar­gurnent le plus populaire actuellement semble être que, même si l'Amérique n'est pas une nation de classes moyen­nes, elle reste une société de haute bourgeoisie, dans laquelle une large proportion de travailleurs très ins­truits, qui possèdent les compétences nécessaires pour être compétitifs dans le monde moderne, réussit très bien.
C'est une bien belle histoire, beau­coup moins inquiétante que l'image d'une nation dans laquelle un groupe toujours plus restreint de riches accapa­re le pouvoir. Mais ce n'est pas exact.
Oui, les diplômés réussissent mieux, en moyenne, que ceux qui ne sont pas qualifiés et l'écart s'est généralement creusé avec le temps. Mais les Améri­cains très instruits ne sont aucunement protégés de la stagnation des revenus ou de l'insécurité économique crois­sante. La plupart des détenteurs d'un diplôme universitaire ont vu leur sa­laire augmenter dans des proportions anecdotiques (ils stagnent depuis 2000), et même les meilleurs n'ont plus la certitude de trouver un emploi assor­ti d'avantages sociaux intéressants.
Alors, qui décroche le jackpot ? Une très petite minorité de riches. Le rapport du bureau du Budget nous indique que la quasi-totalité de la redistribution des revenus est allée des 80 % les plus modestes aux 1 % les plus aisés. Autrement dit, les manifestants qui se présentent comme représentant les intérêts de 99 % de la population ont foncièrement raison, et les experts qui leur assurent solennellement que c'est une question d'éducation, et non pas de gains d'une petite élite, ont tout faux.
En fait, les manifestants ne visent pas assez haut. Une étude, qui s'est ar­rêtée à 2005, révèle que près des deux tiers de la hausse des revenus de ces fameux 1 % sont en fait allés au 0,1 % des plus fortunés – des Américains qui ont vu leurs gains réels plus que quin­tupler entre 1979 et 2005.
Quisetrouveàcessommets?Desentrepreneurs héroïques qui créent des emplois ? Non, pour la plupart, ce sont des hauts dirigeants de gran­des entreprises. Des études récentes montrent que près de 60 % d'entre eux travaillent dans des sociétés non finan­cières ou dans la finance – Wall Street au sens large. Si on ajoute l'immobilier et certains avocats, on obtient près de trois quarts des 0,1 % privilégiés. Mais pourquoi cette concentration croissante de revenus et de richesses dans si peu de mains importe-t-elle tant ? En partie parce que la montée des inégalités crée une nation où la croissance économique ne bénéficie pas pleinement à la plupart des fa­milles. Et parce qu'une fois que l'on réalise à quel point la fortune des riches a progressé, l'argument selon lequel des impôts plus élevés sur les hauts revenus devraient faire partie de tout accord budgétaire à long terme devient beaucoup plus convaincant. La vraie réponse, cependant, est que la concentration extrême. des revenus est incompatible avec la démocratie réelle. Peut-on sérieusement nier que le système politique est perverti par l'argent, et que cette perversion s'ag­gravera tant que la fortune de quelques privilégiés enflera démesurément ? Certains experts continuent à refu­ser de prendre au sérieux les inquiétu­des causées par la hausse des inégali­tés, prétendant qu'elles sont stupides. Mais la vérité est que la nature profon­de de la société est en jeu.
 
LES PAYS RICHES DOIVENT FAIRE UN CHOIX DE SOCIÉTÉ
(Article de DAVID LEONHARDT – New-York Times du 11 novembre 2011) [10]
 
WASHINGTON — Dans la résolution de la crise bud­gétaire, l'Europe, fidèle à elle-même, fait deux pas en avant, puis trois en arrière. De son côté, Washington espère que le nouveau comité bipartisan du Congrès, chargé de s'entendre sur une réduction du déficit budgé­taire, réussira là où tant d'autres ont échoué.
Voilà des mois que ce scénario se répète, la pesanteur bureaucratique succédant aux fins de non-recevoir et réciproquement. Comment ne pas céder à la tentation de taxer d'incompétence les hommes politiques de part et d'autre de l'Atlantique ? Ce serait partiellement fondé.
Mais cela reviendrait à ne voir qu'un aspect du problè­me. En réalité, le monde industrialisé – Europe, Etats-Unis ou encore Japon – est enferré dans un contexte économique délicat, sans qu'aucune solution facile ne permette de remporter rapidement l'adhésion des ci­toyens, si tant est que les politiciens souhaitent la tenter.
La plupart des électeurs de ces pays n'ont pas encore accepté l'idée qu'ils se sont accordé des avantages qu'ils ne peuvent pas se permettre dans les conditions fiscales actuelles. La croissance a été trop longtemps trop molle pour assumer les retraites du papy-boom à venir.
"Les États-Unis et l'Europe vont devoir procéder à de douloureux arbitrages, pour deux raisons : une croissance morose et une population vieillissante", analyse Barry Eichengreen, professeur d'économie à l'université de Californie, à Berkeley. "Les décisions des Européens seront encore plus dures que celles des Américains." Un timide espoir a été permis quand, début novembre, les députés grecs ont fait un immense pas en avant et adopté l'accord européen pour réduire l'endettement du pays. Mais la dynamique d'ensemble reste la même : l'Europe n'a toujours pas de réserves suffisantes pour couvrir ses dettes et va devoir s'attaquer d'urgence au dossier italien. Aux États-Unis, le "super-comité" du Congrès ne semble guère progresser.
Les pays riches sont dans une situation où les deman­des pesant sur leurs ressources grimpent en flèche alors que ces dernières augmentent moins vite que par le passé. En cause, le vieillissement de la population et le ralentissement de la croissance depuis une génération. Un ensemble complexe de facteurs, qui diffèrent selon les pays, freine la croissance - une tendance partout aggravée par une crise financière et une récession mondiales d'une gravité inédite depuis 70 ans.
Ces éléments se conjuguent pour alimenter les frus­trations des Européens et des Américains, qui doivent s'attendre à de nouveaux sacrifices. "Ce sont là des questions morales éminemment délicates, observe Benjamin Friedman, historien de l'économie à Harvard. L'en­jeu, c'est le niveau de soutien que nous offrons à nos retraités."
Aux États-Unis, les discussions se résument essentiellement à deux questions : faut-il laisser grossir l'État à mesure que la population vieillit ? Et doit-on taxer davantage les riches ?
En Europe, où les administrations cen­trales pèsent plus lourd, on envisage d'imposer une cure d'amaigrissement à l'Etat et on se demande si les pays ri­ches du Nord, comme l'Allemagne, doi­vent aider des pays comme la Grèce et l’Italie, moins aisés et qui ont aussi fait preuve d'irresponsabilité budgétaire.
Partout, le débat transcende les thé­matiques partisanes ou les visées élec­torales. L'enjeu est philosophique.
Pour le sénateur du Kentucky, Mitch McConnell, "le pays est dans un tel état que les gens espèrent que le Congrès va faire quelque chose. C'est sur ce quelque chose que nos divergences se cristallisent".
États-Unis et Europe courent le ris­que de se contaminer mutuellement. La stagnation économique récente pourrait rendre électeurs et décideurs peu disposés à prendre des décisions difficiles. Et la paralysie politique détériorerait la situation, en alimentant une nouvelle tempête financière. Dans un article paru dans le dernier numéro de The National Interest, Benjamin Fried­man qualifie cette impasse de "piège de la non-croissance".
À court terme, ce piège prend la forme d'une opposition aux mesures d'urgence, à l'instar de la réticence des Allemands à renflouer les "cigales" méditerranéennes, d'où un risque d'ag­gravation des déficits.
"Le paradoxe des crises financières, déclarait au début du mois Timothy Geithner, le secrétaire au Trésor amé­ricain, c'est que les mesures qui parais­sent justes et équitables sont à l'exact opposé de ce qu'il faut faire pour obtenir un résultat juste et équitable."
A plus long terme, le piège serait que les peuples résistent à une augmenta­tion des impôts et à une diminution des prestations, indispensables pour re­trouver la stabilité financière. Pour être compréhensible, vu la faible progres­sion des revenus, cette réaction n'en est pas moins intenable.
L'Europe doit avancer sur la question de la dette dans les prochaines semai­nes et le comité du Congrès américain rendra son verdict sur le déficit le 23 no­vembre. On pourrait dès lors être tenté de parier sur l'annonce prochaine d'ar­bitrages difficiles. Mais nos décideurs sont bien capables de trouver un moyen pour reporter, à nouveau, ces choix. L'histoire est pleine de ces précédents.
Bien sûr, les hommes politiques prê­tent le flanc à des critiques légitimes. M. McConnell et ses collègues répu­blicains ont bloqué le projet de loi pour l'emploi du président Obama, qui avait obtenu l'aval d'un grand nombre d'ex­perts indépendants. Ils se sont gardés de dire à leurs électeurs la vérité sur les coupes dans les dépenses militaires et les programmes sociaux qu'entraîne­rait inévitablement leur engagement à ne pas créer de nouveaux impôts. Les démocrates ont, eux, promis de ne pas alourdir la charge fiscale des ménages sous le seuil des 250 000 dollars (182 000 euros) — une promesse impossible à tenir sans raboter, plus qu'ils ne veulent l'admettre, les prestations sociales.
Mais les sondages montrent qu'une plus grande pédagogie sur la future équation budgétaire ne procure pas vraiment de gain politique. "Tout le monde pense que ses impôts vont servir à financer les allocations du voisin, ex­plique M. Eichengreen, d'où une résis­tance accrue aux solutions."
 
LA VICTOIRE D’« OCCUPY »
(ArticledeNICHOLAS D.CHRISTOF–New-York Times du 25 novembre 2011) [12]
 
On peut se poser la question : le maire de New York, Michael Bloomberg et les responsables de la police, partout dans le pays, sont-ils secrètement du côté du mouvement "Occupy Wall Street" ?
Leurs manifestations auraient pu être étouffées dans l'œuf si un officier de po­lice new-yorkais n'avait pas été filmé aspergeant des jeunes femmes de gaz lacrymogène. Des mesures de police draconiennes dans d'autres villes – un affrontement à Oakland, en Californie, qui a conduit un ex-marine en soins intensifs, et l'aspersion de gaz incapaci­tant d'une femme de 84 ans à Seattle – leur ont apporté le soutien du peuple.
Michael Bloomberg – qui, à d'autres égards, a été un excellent maire – vient de sortir le mouvement de l'impasse dans laquelle il s'était fourvoyé. Il était coincé dans un campement sordide de Manhattan, dans le parc Zuccotti. Là, il contrariait les habitants du quartier, effrayait des partisans potentiels et risquait de devoir affronter des mois de pluie et de neige. Le maire a sauvé les manifestants en les faisant évacuer, ré­solvant ainsi le problème de leur empla­cement et étayant leurs revendications : les plus démunis sont malmenés par les puissants. Grâce à la mairie, les mani­festations ont pris une ampleur inédite.
J'ai regardé l'intervention de la po­lice qui délogeait les manifestants – et plusieurs journalistes accrédités – et elle semblait incroyablement dispro­portionnée. Bien sûr, il est légitime que le maire se soucie de l'hygiène et de la sécurité, mais on est à New York. Vous avez vu la ville ? Tout n'y est pas propre ou sûr, mais généralement des centai­nes de policiers en tenue anti-émeute ne débarquent pas au milieu de la nuit pour résoudre le problème.
Pourtant, la fureur qu'a provoqué l'expulsion des manifestants à New York, Oakland, Portland, Oregon, et d'autres villes n'est pas vraiment ce qui compte ici. "Occupy Wall Street" n'est pas une question d'emplacement, et sa plus grande réussite n'est pas de faire dormir une foule gelée dans un parc. Ce n'est pas non plus d'avoir réussi à occu­per de nombreux autres endroits. C'est d'être parvenu à ce que ses revendica­tions sont désormais à l'ordre du jour. Il a fait prendre conscience au pays des inégalités économiques et cette idée ne peut pas être délogée par la police.
Un journaliste de Politico a montré que, dans une base de données journalis­tique, l'utilisation de l'expression "iné­galités des revenus" a quintuplé depuis le début du mouvement. C'est un grand succès, car c'est une question qui remet en cause les valeurs de notre pays et nos possibilités de croissance – et à laquelle nous, les médias, avons rarement porté l'attention qu'elle mérite.
La statistique qui m'abasourdit est la suivante : selon une étude de l'Economic Policy Institute, 1 % des Américains les plus riches possèdent une fortune plus importante que les 90 % les moins aisés.
Lors d'un nouveau sondage mené par Michael Norton de Harvard Business School et Dan Ariely de l'université Du­ke, on a demandé aux Américains quelle répartition des richesses leur semblait optimale. Partout, la réponse était la mê­me : les 20 % les plus fortunés devraient contrôler environ un tiers de la richesse de la nation, et les 20 % les plus pauvres environ un dixième.
En réalité, les 20 % des Américains les plus aisés détiennent plus de 80 % de la richesse du pays contre 0,1 % pour les 20 % les moins fortunés.
Il serait plus facile d'accepter ce gouf­fre entre les nantis et les démunis si l'intelligence et le travail acharné suffi­saient à le combler. C'est parfois le cas. Mais généralement cette ascension so­ciale semble plus ardue aux États-Unis qu'en Europe.
Les recherches menées par l'Econo­mic Mobility Project, qui examine l'accessibilité au rêve américain, suggèrent qu'il existe moins de mobilité intergénérationnelle aux Etats-Unis que dans la plupart des autres nations industriali­sées. Ce n'est pas seulement à cause de la politique fiscale, sur laquelle les libé­raux insistent. L'investissement dans l'enseignement, lors de la petite enfance par exemple, est peut-être encore plus important quand il s'agit de l'égalité des chances. Pour résoudre les inégalités, nous devons offrir aux enfants pauvres et à ceux de la classe ouvrière de meilleu­res opportunités de réussir à l'école.
Le mouvement "Occupy" a aussi rai­son de dire que l'un des facteurs princi­paux de l'inégalité est le rôle de l'argent dans la politique. Michael Spence, prix Nobel d'économie, s'inquiète aussi de l'augmentation des disparités. Il m'a expliqué quelle évolution s'est produite. Nous sommes passés de "'un proprié­taire, une voix', à 'un homme, une voix', puis à 'une personne, une:voix', et à la tendance actuelle 'un dollar, une voix'".
James Stone, ancien président de la Commodity Futures Trading Commis­sion, a déclaré dans un discours récent que de nombreux parlementaires savent que les banques doivent être plus étroi­tement réglementées, peut-être divisées en entités plus petites. "Pourquoi n'est-­ce pas fait, alors ? a-t-il demandé. Il est évident qu'une partie de la réponse est que les deux partis politiques dépendent largement des contributions du secteur financier pour leur campagne."
La solution à ces inégalités n'est pas tant de planter des tentes ici ou là, mais de prêter une attention constante au coût de ces disparités. Alors qu'une an­née électorale s'annonce, j'espère que le mouvement continuera à se transformer en "Occuper l'ordre du jour".
 
(c)À la politique internationale
 
OBAMA ET LES DEUX FUTURS DE L’ASIE
(Article de YURIKO KOïKE – New-York Times du 18 novembre 2011) [11]
 
Dimanche dernier, le président américain Barack Obama a accueilli le sommet de la Coopération économi­que Asie-Pacifique à Hawaï, son État natif. La réunion est tombée à point nommé, dans la mesure où plusieurs poudrières sont sur le point
d'exploser sur le continent asiatique.
La mer de Chine méridionale, par exemple, fait aujourd'hui l'objet de revendications concurrentes relatives à ses îles, ses atolls, ses fonds marins, tandis que la Chine affirme l'appartenance de cet ensemble au territoire souverain chinois. Cette année, lors du sommet de l'Asean qui s'est tenu à Bali, il a été convenu que ces litiges territoriaux seraient réglés au moyen de négociations bilatérales.Toutefois, cet accord a été condamné dès ses premières heures face aux revendications de la Chine, qui considère que la mer constitue un intérêt national majeur, au même titre que Taïwan et le Tibet, pour lequel le pays est disposé à prendre les armes.
Les élections présidentielles prévues l'an prochain dans deux des plus fortes démocraties d'Asie – la Corée du Sud et Taïwan – sont également susceptibles de faire monter la température des relations diplomatiques dans les mois prochains. Le risque réside dans les décisions diplomatiques que les Sud-Coréens ou les Taïwanais prendront et qui pourraient offenser les deux dernières dictatures d'Asie.
En Corée du Sud, la candidature très remarquée de Park Geun-hye, première femme aspirant à la présidence de son pays, pourrait servir de prétexte aux actes malveillants de la Corée du Nord. Le régime de Pyongyang cherche à s'assurer que le pouvoir soit transmis à une troisième génération de Kim, représentée par le bien nourri « Jeune Général», Kim Jong-un, et semble considérer les provocations telles que les bombardements d'une île de Corée du Sud, cette année, comme une manière de sécuri­ser cette succession.
Taïwan pourrait également bien élire l'an prochain une femme à la présidence du pays, Tsai Ing-wen, chef du parti d'opposition (Parti démocrate progres­siste). Or le PDP est depuis longtemps le parti taïwanais le plus incisif sur la question de l'obtention de l'indépendance.
En Birmanie, se situe la troisième poudrière asiatique, où une autre femme unique en son genre, honorée par le prix Nobel de la paix, Aung San Suu Kyi, est au cœur des événements. Les élections qui ont eu lieu cette année, et qui ont été considérées par de nombreuses personnes comme une imposture, semblent désormais produire des changements. Le gouvernement du président Thein Sein a non seulement libéré Suu Kyi après deux décennies d'assignation à résidence, mais a également entamé un dialogue avec elle, en libérant des milliers de prisonniers politiques, notamment le moine qui avait dirigé les importantes manifestations de rue de 2007. Il a également entendu les inquié­tudes du peuple birman concernant la lourde influence de la Chine dans le pays et a annulé l'édification d'un barrage colossal de 3,6 milliards de dollars qui était en cours de construction sous la direction de plusieurs entreprises chinoises.
De toute évidence, l'Asie ne pourra résoudre le problème de l'émergence incontrôlée de la Chine qu'en parvenant à surmonter la question philosophique.
Celle-ci concerne la tendance renouvelée de la Chine à se considérer elle-même comme un « empire du Milieu », un État sans égal souverain. Tout au long de son histoire, la Chine a cherché à traiter ses voisins comme des vassaux état d'esprit actuellement reflété dans la manière dont elle a abordé les négocia­tions avec le Vietnam et les Philippines au sujet de la mer de Chine méridionale.
L'émergence d'une Chine sans ancrage, liée par aucune structure régionale ou cadre réglementaire, rend cet état d'esprit parti­culièrement inquiétant. L'absence d'une telle structure de paix a été occultée, dans une certaine mesure, par le rôle dominant de l'Amérique en Asie depuis la guerre du Pacifique. Pourtant, l'émergence de la Chine, accompagnée des autres préoccupa­tions mondiales et domestiques de l'Amérique, amène de nombreux asiatiques à s'interroger sur la durabilité future de ces engagements. La récente affirmation stratégique de la Chine a conduit de nom­breuses démocraties asiatiques à tenter de renforcer leurs relations avec les États- Unis ; notamment la Corée du Sud, qui a signé un accord bilatéral de libre-échange. En contrepartie, les États-Unis ont promis de ne pas réduire les dépenses relatives à la défense en Asie, malgré une réduction considérable des dépenses de défense prévues par les États -Unis.
Ce dont l'Asie a le plus besoin aujourd’hui est un système régional correcte­ment conçu, intégré à des institutions multilatérales dotées de pouvoirs de contrainte. Un « partenariat trans-Paci­fique » entre l'Australie, le Brunei, le Chili, la Malaisie, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour, les États-Unis, et le Vietnam, qui régirait la gestion de la chaîne d'appro­visionnement, des prévisions relatives à la propriété intellectuelle, des investisse­ments, des règles contraignant les entrepri­ses publiques, ainsi que d'autres considéra­tions liées aux échanges commerciaux, pourrait constituer un bon début dans le domaine économique.
Mais beaucoup reste à faire par ailleurs. Le défi de l'Asie est clair : soit la région s'engage dans une structure multilatérale pour la paix, soit elle se retrouvera contrainte par un système d'alliances militaires stratégiques.
(Traduit de l'anglais par Martin Morel) Project Syndicate, 2011 www.project-syndicate.org
 
PÉKIN ACCEPTE DE COOPÉRER AVEC LES USA
(AFP publié le 19/11/2011 à 10:30)
 
La Chine "a hâte de coopérer avec les Etats-Unis dans la région", a déclaré aujourd'hui Liu Zhenmin, ministre adjoint des Affaires étrangères indonésien, peu après un tête-à-tête entre le premier ministre chinois Wen Jiabao et le président américain Barack Obama.
"Les Etats-Unis sont un important acteur en Asie, depuis la seconde guerre mondiale. Nous avons hâte de coopérer avec les Etats-Unis dans la région", a-t-il déclaré à la presse en marge du sommet de l'Asie orientale (EAS), qui se tient sur l'îleindonésiennedeBalisurfondderivalitésino-américaine.
 
     (e)À une nouvelle alliance avec l’Europe
 
INTERVIEW TÉLÉVISÉE OBAMA SARKOZY (4 novembre)
 
«Beau geste» 
 
Interrogé sur ses relations personnelles avec Nicolas Sarkozy, Barack Obama a répondu qu'elles étaient «excellentes». «Nous partageons les mêmes responsabilités et nous menons les mêmes combats», a-t-il dit en vantant l'«énergie et l'esprit d'ouverture» du président français. Il a affirmé le considérer comme «un partenaire essentiel», dont il a souligné le rôle en Libye et en Afghanistan.
Il est rare pour un président, a fortiori pour un chef de la Maison-Blanche, de partager ainsi un temps d'antenne à la télévision. Un beau geste de Barack Obama, qui a ainsi permis à Nicolas Sarkozy d'achever en beauté «son» G20 bouleversé par le psychodrame grec.
Une demande d'interview des chaînes télévisées françaises était pendante depuis longtemps à Washington. Le projet a été formalisé il y a une dizaine de jours. La Maison-Blanche a choisi alors de renoncer à toute autre demande d'entretiens avec la presse écrite avant la venue de Barack Obama à Cannes, entorse à une tradition pourtant bien établie. L'Élysée s'est ensuite raccroché à l'affaire et à un «joker médiatique», le président américain étant toujours formidablement populaire en France.
 
« Entente cordiale »
 
En pleine tourmente économique mondiale, les deux présidents ont voulu serrer les rangs au G20. Mieux, ils se sont mis mutuellement en pointe.
«J'ai un énorme intérêt pour l'Europe», a dit vendredi Barack Obama lors de sa conférence de presse. Face à la gravité de la crise en Europe et à ses possibles conséquences outre-Atlantique, le président américain a dû retrousser ses manches. Jeudi soir, il a participé à la réunion des dirigeants de la zone euro sur la crise grecque. «Il a été tenu informé minute par minute», a dit vendredi soir Nicolas Sarkozy à la télévision.
 
OBAMA "PRÉOCCUPÉ" PAR L’EUROPE
(AFP publié le 16/11/2011)
 
Le président américain Barack Obama s'est déclaré mercredi "profondément préoccupé" des turbulences dans la zone euro, sur fond de crise des dettes souveraines et de croissance anémique."Je suis profondément préoccupé et j'ai été profondément préoccupé. Je pense que je serai profondément préoccupé demain et lasemaine prochaine", a déclaré le président à Canberra. Les puissances européennes doivent "soutenir le projet européen", a-t-il ajouté, lors d'une conférence de presse. "Jusqu'à ce que nous mettions en place un plan concret et une structure qui envoient un message clair aux marchés, disant que l'Europe soutient fermement l'euro et fera ce qu'elle a à faire, nous allons continuer de voir le genre de turbulences que nous avons connues" jusqu'à présent, a déclaré le président américain.
Il a reconnu que la chancelière allemande Angela Merkelet le président français Nicolas Sarkozyavaient une volonté réelle de sortir l'Europe de la crise, mais a estimé que l'Europe pâtissait d'une structure compliquée. "Actuellement, la communauté européenne au sens large doit soutenir le projet européen", a-t-il dit. "Nous avons une économie mondiale intégrée et ce qui se passe en Europe aura un impact sur nous", a-t-il ajouté.
 
LES ÉTATS-UNIS SOLIDAIRES DE LA GRÈCE
(Publié le 16/11/2011)
 
Le président Barack Obama a affirmé que les Etats-Unis resteraient solidaires de la Grèce "en ces moments difficiles" de crise aiguë de la dette, lors d'un entretien téléphonique mardi avec l'ancien Premier ministre Georges Papandréou, a annoncé la Maison Blanche. "Les liens entre les peuples américain et grec sont solides et profonds, et les Etats-Unis resteront solidaires de la Grèce en ces moments difficiles", a indiqué M. Obama lors de cette conversation.
L'appel de M. Obama, qui vient de quitter Hawaii dans le Pacifique afin de se rendre en Australie où il entame mercredi une visite de deux jours, était destiné, selon la présidence américaine, à remercier M. Papandréou pour "ses nombreuses contributions aux relations" entre les deux pays. M. Papandréou, né et élevé aux Etats-Unis, a démissionné la semaine dernière, emporté par la crise de la dette qui a mis son pays au bord du gouffre et menace la zone euro tout entière.
Le successeur de M. Papandréou, Lucas Papademos, à la tête d'un gouvernement d'union nationale, a prévenu lundi que la Grèce allait traverser une période difficile à court terme pour appliquer le plan européen de sauvetage adopté fin octobre à Bruxelles et rester dans la zone euro.
 
     (f)À la participation active dans la mise en place d’une nouvelle
          gouvernance à l’échelle mondiale
 
COMPTE-RENDUS DES RÉUNIONS DU G20 (4 novembre)
 
« Les grandes puissances se partagent les rôles pour relancer la croissance »
 
Les chefs d’Etat et de gouvernement ne se sont pas contentés d’affirmer qu’à l’avenir ils coordonneraient leurs politiques. Pour soutenir la reprise, chaque pays s’engage à agir selon sa situation. A court terme, les pays dont les finances publiques sont relativement solides (Australie, Brésil, Canada, Chine, Allemagne, Corée, Indonésie) « laisseront jouer leurs stabilisateurs automatiques et prendront des mesures additionnelles pour soutenir la demande interne » si la situation économique se détériorait. Les États-Unis, eux, promettent des investissements publics, des réformes fiscales et des mesures ciblées en faveur de l’emploi. Le Japon prend des dispositions en faveur de sa reconstruction pour environ 4% de son PIB.
«  À moyen terme, pour renforcer les fondements de la croissance mondiale, les pays avancés mais endettés (États-Unis, France,…) mettront en place des stratégies de consolidation budgétaire adaptées pour renforcer leurs finances publiques de manière durable.
Les pays affichant des excédents courants mettront en œuvre des réformes destinées à accroître la demande intérieure, associées à une plus grande flexibilité des taux de change. La Chine progressera dans la convertibilité graduelle du yuan et réduira le rythme d’accumulation de ses réserves (détermination saluée par Barack Obama et portée discrètement au crédit de l’action du président français).       
 
INTERVIEW TÉLÉVISÉE OBAMA SARKOZY (4 novembre)
 
« Les présidents français et américain y ont affiché une totale convergence de vue et une solidarité nouvelle » 
 
 Le chef de l'État français a souligné le rôle que Barack Obama avait joué pour renforcer la réglementation financière, en dépit d'une tradition américaine très libérale. À la satisfaction de Nicolas Sarkozy, son homologue américain a admis le «principe partagé» de faire en sorte que les institutions financières «assument leurs responsabilités».
 
Le chef de la Maison-Blanche a admis le principe d'une taxe sur les transactions financières, à charge pour les pays qui le souhaitent de la mettre en œuvre. Une avancée saluée par Nicolas Sarkozy qui a vu là encore la «bienveillance» américaine sur une mesure phare de la présidence française du G20 ».
[L’idée d’une telle taxe défendue par Paris et Berlin, a été inscrite dans le communiqué final comme instrument possible, mais aucun pays n’est explicitement mentionné comme volontaire pour l’appliquer. Dans son discours, le président Sarkozy a néanmoins mentionné le soutien de la Commission européenne, de l’Espagne en particulier, de même que l’Argentine, l’Afrique du Sud, l’Union africaine, le Brésil et l’Éthiopie. Le chef de l’État espère que ce projet de taxe soutenu par Bruxelles sera adopté en 2012, tout en reconnaissant que l’affectation de cette ressource nouvelle n’est pas encore réglée.]    
Obama a également estimé que les dirigeants du G20 avaient réalisé des progrès qui devraient leur permettre de repartir sur de bonnes bases. «Dit simplement, le monde affronte des défis qui exposent notre reprise économique au risque», a souligné le président américain. «Nous serons un partenaire fort» pour les Européens qui doivent prendre des mesures drastiques pour relancer leur économie, a-t-il ajouté, «mais les dirigeants européens doivent comprendre que ce qu'attendent en définitive les marchés, c'est un signal fort de l'Europe assurant qu'ils soutiennent l'euro».

Date de création : 13/12/2011 @ 13:02
Dernière modification : 13/12/2011 @ 13:26
Catégorie : Suivi des progrès aux USA
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