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Théologie 1 - Livres historiques 3
LIVRES HISTORIQUES 3
- LIVRES DE SAMUEL
CHAPITRE IV
LIVRES DE SAMUEL
Dans la Bible hébraïque, les livres de Samuel ne formaient qu'un seul ouvrage, ainsi nommé du fait que la tradition en attribuait la composition au prophète Samuel.La division en deuxlivresremonte à la traduction grecque qui a également relié aux deux livres de Samuel les deux livres des Rois, donnant à l'ensemble le titre de "quatre livres des Règnes", appelés "quatre livres des Rois" par la Vulgate. Il en résulte pour tout commençant une source de confusions, du fait que les auteurs qui les ont commentés ont adopté l'une ou l'autre des appellations. Pour n'en citer qu'un, le Pape Grégoire le Grand dont il va être question à ce chapitre a commenté le "Premier livre de Samuel" sous le titre "Premier livre des Rois"(l'InIRegum).
Les deux livres de Samuel (1Sam.,1-31 et 2Sam.,1-24) couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David (vers -970); à cette date, malgré l'importance des résultats politiques obtenus, l'unité nationale n'est pas encore solidement établie. La vieillesse de David, son testament et sa mort, de même que la désignation de Salomon avec l'annonce de son sacre, constituent l'introduction du "Premier livre des Rois".
"Ces livres portent un message religieux: ils énoncent les conditions et les difficultés d'un royaume de Dieu sur la terre. L'idéal n'a été approché que sous David, sachant que cette réussite a été précédée de l'échec de Saül et qu'elle sera suivie par toutes les infidélités de la monarchie appelant la condamnation de Dieu et la ruine de la nation. A partir de la prophétie de Natân (2Sam.,7)[i], l'espérance messianique s'alimentera aux promesses faites à la maison de David. Le Nouveau Testament s'y réfèrera trois fois: (Ac.,2,30:2Co.,6,18;He.,1,5)[ii]. Jésus est descendant de David et le nom de "fils de David" que le peuple lui donne est une reconnaissance de ses titres messianiques. Les Pères de l'Eglise ont établi un parallèle entre la vie de David et celle de Jésus, le Christ élu pour le salut de tous, roi du peuple spirituel de Dieu et cependant persécuté par les siens".
Ier LIVRE DE SAMUEL
Samuel grandit, Yahvé était avec lui et il ne laissa tomber à terre aucune de sesparoles.Tout Israël sut,depuisDanjusqu' à Bersabée, que Samuel était accrédité comme prophète de Yahvé (1 Sam.,3,19.20).
Paragraphes d'appui:
ISAMUEL.
1. Les enfances de Samuel.
Le pélerinage de Silo:(1Sam.,1,1-8).
La prière d'Anne:(1Sam;,1,9-18).
Naissance et consécration de Samuel:(1Sam.,1,19-28).
Cantique d'Anne:(1Sam.,2,1-11).
Les fils d'Eli:(1Sam.,2,12-17).
Samuel à Silo:(1Sam.,2,18-21).
Encore les fils d'Eli:(1Sam.,2,22-26).
Annonce du châtiment:(1Sam.,2,27-36).
L'appel de Dieu à Samuel:(1Sam.,3,1-21).
2.L'Arche chez les Philistins.
Défaite des Israélites et capture de l'Arche:(1Sam.,4,1-11).
Après l'expansion des Philistins, la défaite d'Apheq subie par les Israélites se situe vers -1050.
Mort d'Eli:(1Sam.4,12-18).
Mort de la femme de Pinhas:(1Sam.,4,19-22).
Déboires des Philistins avec l'Arche:(1Sam.,5,1-12).
Renvoi de l'Arche:(1Sam.,6,1-12).
L'Arche à Bet-Shémesh:(1Sam;,6,13-19).
L'Arche à Qiyat-Yéarim:(1Sam.,6,20.21et7,1).
Samuel juge et libérateur:(1Sam.,7,2-17).
IISAMUEL ET SAUL.
1.Institution de la royauté.
L'existence même d'Israël étant menacée par les Philistins, le rassemble- ment des tribus sous l'autorité d'un roi s'avère indispensable. Saül, le premier roi débute comme un continuateur des Juges, mais sa reconnais- sance par toutes les tribus lui confère une autorité générale et permanente.
Le peuple demande un roi:(1Sam.,8,1-9).
Les inconvénients de la royauté:(1Sam.,8,10-22).
Saül et les ânesses de son père:(1Sam.,9,1-10).
Saül rencontre Samuel:(1Sam.,9,11-26).
Le sacre de Saül:(1Sam.,9,27;10,1-8).
Retour de Saül:(1Sam.,10,9-16).
Saül est désigné comme roi par le sort:(1Sam.,10,17-27).
Victoire contre les Ammonites:(1Sam.,11,1-11).
Saül est proclamé roi:(1Sam.,11,12-15).
Samuel se retire devant Saül:(1Sam.,12,1-25).
2.Débuts du règne de Saül.
La royauté établie, la guerre de libération commence et les Philistins sont bientôt rejetés chez eux.
Soulèvement contre les Philistins:(1Sam.,13,1-7).
Rupture entre Samuel et Saül:(1Sam.,13,8-15).
Préparatifs de combat:(1Sam,13,16-23).
Jonathan attaque le poste:(1Sam.,14,1-14).
Bataille générale:(1Sam.,14,15-23).
Une interdiction de Saül violée par Jonathan:(1Sam.,14,24-30).
Faute rituelle du peuple:(1Sam.,14,31-35).
Jonathanreconnucoupableestsauvé parlepeuple:(1Sam.,14,38-46).
Résumé du règne de Saül:(1Sam.,14,47-52).
Guerre contre les Amalécites:(1Sam.,15,1-9).
Saül est rejeté par Yahvé:(1Sam.,15,10-23).
Saül implore en vain son pardon:(1Sam.,15,24-31).
Mort d'Agag et départ de Samuel:(1Sam.,15,32-35).
IIISAUL ET DAVID.
1.David à la cour.
Onction de David:(1 Sam.,16,1-13).
David entre au service de Saül:(1Sam.,16,14-23).
Les combats contre les Philistins se feront désormais en bordure du territoire israélite: vallée du Térébinthe pour S.17, Gelboé pour S.28 et S.31.
Goliath défie l'armée israélite:(1Sam.,17,1-11).
Arrivée de David au camp:(1Sam.,17,12-31).
David s'offre pour relever le défi:(1Sam.,17,32-39).
Le combat singulier:(1Sam.,17,40-54).
David vainqueur est présenté à Saül:(1Sam.,17,55-58et18,1-5).
Eveil de la jalousie de Saül:(1Sam.,18,6-16).
Mariage de David:(1Sam.,18,17-30).
Jonathan intercède pour David:(1Sam.,19,1-7).
2.Fuite de David.
Attentat de Saül contre David:(1Sam.,19,8-10).
David sauvé par Mikal:(1Sam.,19,11-17).
Saül et David chez Samuel:(1Sam.,19,18-24).
Jonathan favorise le départ de David:(1Sam.,20,1-42).
L'arrêt à Nob:(1Sam.,21,2-10).
David chez Akish:(1Sam.,21,11-16).
3.David chef de bande.
David recommence sa vie errante:(1Sam.,22,1-5).
Massacre des prêtres de Nob:(1Sam.,22,6-23).
David à Qéïla:(1Sam.,23,1-14).
David à Horsha. Visite de Jonathan:(1Sam.,23,15-18).
David échappe de justesse à Saül:(1Sam.,23,19-28).
David épargne Saül:(1Sam.,24,1-23).
Mort de Samuel. Histoire de Nabal et d'Abigayil:(1Sam.,25,1-44).
David épargne Saül:(1Sam.,26,1-25).
4.David chez les Philistins.
David se réfugie à Gat:(1Sam.,27,1-4).
David vassal d'Akish:(1Sam.,27,5-12).
Les Philistins partent en guerre contre Israël:(1Sam.,28,1.2).
Saül et la sorcière d'En-Dor:(1Sam.,28,3-25).
David est congédié par les chefs philistins:(1Sam.,29,1-11).
Campagne contre les Amalécites:(1Sam.,30,1-31).
Bataille de Gelboé; ce dernier combat tourne au désastre et Saül y trouve la mort (1Sam.,31,1-13).
EXEGESE PATRISTIQUE.
ORIGENE.
Homélies sur Samuel.
Parmi les homélies d'Origène qui sont parvenues jusqu'à nous, deux d'entre elles concernent le Premier livre de Samuel. La première a trait au Cantique d'Anne(1Sam.,1,1-28 et 2,1-11), la seconde à la nécromancienne d'En-Dor(1Sam.,28,3-19).
Ces homélies ont été données vers 240 à Jérusalem et confirment, par leur texte même, la présence de l'évêque Alexandre, prélat qui entoura Origène de ses bienfaits[iii]. La première, de caractère essentiellement exégétique, sera relatée ici dans sa quasi intégralité compte-tenu de l'importance du texte biblique la concer- nant, puisqu'elle a servi de modèle au Magnificat de Marie.
La seconde, de caractère didactique, retrace un épisode biblique "qui a toujours intrigué les Juifs et les Chrétiens".Les questions soulevées par l'identité de la personne impliquée dans la réapparition (Samuel ou Satan?) débouchent en fait sur une autre problématique plus fondamentale concernant la destinée des âmes après la mort. Pour cette homélie nous nous limiterons à l'exposition de la question débattue et à la réponse donnée par Origène.
Homélie sur Anne.
Nous avons accès à cette homélie grâce à la traduction latine de Rufin réalisée en 411, très peu avant sa mort, et qui a fait l'objet d'une édition critique par W.A.Baehrens[iv]. Marie-Thérèse Nautin a utilisé cette dernière pour la traduction française qu'elle nous a livrée depuis peu[v]. Soucieuse de rendre compte de la fidélité du texte de Rufin, elle a constaté que "le texte biblique utilisé pour l'homélie sur Anne se révélait souvent plus fidèle à l'hébreu que la Septante et la Vetus latina". Elle a vu en cela que Rufin avait suivi d'assez près le texte d'Origène qui, comme on l'a appris se servait effectivement de versions grecques de la Bible autres que celles de la Septante et faites directement sur l'hébreu.
1.Préambule.
L'homélie sur Anne débute par un préambule quiest "une introduction beaucoup plus longue que d'habitude, parce qu'elle sert de prologue à toute la série de prédications qu'Origène va donner à Jérusalem"et lui permet,du même coup,de rendre un ferventhommage à l'évêque Alexandre qui les préside. Il s'appuie sur une parole du Cantique de Moïse qui lui paraît convenir tout à fait à la situation:<Amène-les et plante-les sur la montagne de ton héritage>(Ex.,15,17); cette "montagne" sainte n'est autre que Jérusalem, où il a été "amené" par un concours de circonstances dans lequel il voit la main de Dieu, et amené pour prêcher, c'est-à-dire "planter".
Après ces préliminaires, l'homélie en vient au texte à commenter qui, du fait que le lecteur se soit arrêté après le Cantique d'Anne, repose sur les chapitres1 et 2 du premier Livre de Samuel. Origène en donne tout d'abord le bref résumé qui suit.
2.Résumé de la péricope lue.
L'histoire qui nous a été lue du premier Livre des Rois[vi] paraît si difficile que sans la grâce d'une force divine on ne peut en donner l'explication. Il y est raconté ceci:"Il y avait un seul homme de ArmathemSipha,delamontagned'Ephraïm,etsonnom étaitElcana" (a), et après avoir énuméré toute sa généalogie, le texte dit:"Il avait deux femmes: le nom de l'une était Anne et le nom de la seconde Phennana. Il naquit à Phennana des fils, et Anne n'avait pas de fils. Cet homme montait de sa ville à jours fixes pour adorer et immoler au Dieu des Puissances à Silo. Là se trouvaient Héli et ses deux fils, Ophni et Phinées, prêtres du Seigneur. Vint un jour où Elcana immolait; il donna à sa femme Phennana et à tous ses fils et filles de nombreuses parts,maisil ne donna à Anne qu'une seule part, car elle n'avait pas de fils parce que Dieu l'avait rendue stérile"(b). Ensuite l'Ecriture rapporte qu'Anne fut attristée(c) de ce que,à la différence de Phennana quiavaitreçu de nombreusesparts (d) avec ses fils, elle-même n'avait reçu qu'une seule part(e); que, transpercée de douleurs, elle entra dans le Temple de Dieu, pleura et pria(f) en silence sans qu'on entende sa voix(g), et que le prêtre Héli croyant qu'elle était ivre(h) lui fit des reproches, mais elle, répondant avec humilité, rassura le prêtre et pria le Seigneur pour concevoir un fils en promettant de consacrer à Dieul'enfantqu'elle mettrait au monde, quel qu'il fût (i). Et, comme à la suite de sa promesse elle avait reçu un fils(j), il est rapporté que, lorsqu'il fut sevré, elle l'offrit à Dieu(k), car elle ne pouvait pas l'offrir au Seigneur avant de l'avoir sevré. Elle l'offre donc dans une prière remarquable par ses sous-entendus prophétiques(l).
(a)1Sam.,11;(b)1Sam.,1,2-5);(c)1Sam.,1,7.8;(d)1Sam.,1,4;(e)1Sam.,1,5;(f)1 Sam.,1,10;(g)1Sam.,13,14;(h)1Sam.,1,14;(i)1Sam.,1,11;(j)1Sam.,1,20;(k)1 Sam.,1,20-28;(l)1Sam.,2,1-11.
3.Elcana et ses deux femmes.
Nous avons résumé autant que nous avons pule contenu de la lecture; voyons maintenant ce qui en ressort même à travers ce bref exposé. Peut-être un auditeur qui vient depuis peu écouter notre Loi[vii] nous dira-t-il: La religion chrétienne fait profession de chasteté au point que nous devrions, si possible, éviter tout contact avec une femme, car l'Apôtre dit:"Il est bon pour un homme de ne pas toucher la femme"(a); or le juste Elcana dont tu parles, qui nous est donné en exemple par l'Ecriture, est dépeint comme ayant eu deux femmes en même temps, dont la première, nommée Anne, n'avait pas de fils, tandis que de Phennana il est dit à la fois qu'elle a eu beaucoup de fils et qu'elle a reçu beaucoup de parts; la première, parce qu'elle était seule, a reçu une seule part, et elle se plaint de sa stérilité: devons-nous donc, nous aussi, nous attrister de n'avoir pas d'enfants, et nos vierges doivent-elles s'attrister de vivre sans enfants? J'ai dit cela pour parler comme ceux qui, n'étant pas encore pleinement instruits de ce qui est raconté dans les Ecritures anciennes, y rencontrent d'ordinaire pas mal d'obstacles; mais, je vous le demande à vous, puisque nous essayons de découvrir le sens des choses si difficiles et d'exposer aux oreilles de l'Eglise ce qui a été couvert d'un voile -car, comme dit l'Apôtre, il y a un voile posé sur le texte sacré de l'Ancien Testament(b)-, suppliez Dieu par des prières qu'il nous fasse la grâce, après que nous nous serons tournés vers lui, d'ôter une fois encore le voile(c) de la lecture(b) que nous avons en mains et de nous rendre ce qui s'y trouve caché plus facilement accessible, pour que nous puissions contempler à visage découvert le reflet de la gloire du Seigneur(d) dans ce qui vient d'être lu.
(a)1Cor.,7,1;(b)2Cor.,3,14;(c)2Cor.,3,16;(d)2Cor.,3,18.
4."Il y avait un seul homme, de Armathem de la montagne d'Ephraïm"(a).
Ilne m'échappe pas,pour commencer[viii],quequelques exemplaires ont: Il y avait un homme, mais les exemplaires qui se sont avérés à l'expérience les plus corrects portent:"Il y avait un seul homme", en quoi les Hébreux eux-mêmes, qui nous contredisent ailleurs, s'accordent avec nous[ix].
Donc, "il y avait un seul homme". Vois si ce n'est pas à la louange du juste qu'il est dit:"Il y avait un seul homme". Nous qui sommes encore pécheurs,nous ne pouvons pas acquérir ce titre delouange, parce que chacun de nous n'est pas un seul mais multiple.Regarde en effet le visage de cet homme tantôt irrité, tantôt abattu, peu après joyeux, de nouveau troublé et ensuite radouci, à un certain moment préoccupé des choses divines et des actes qui conduisent à la vie éternelle, et l'instant d'après se lançant dans des entre- prises de cupidité oudevanité mondaine:tu vois comment cethomme qui croit être un n'est pas un, mais semble avoir en lui autant de personnes que de comportements, car, selon les Ecritures elles-mêmes, "l'insensé change comme la lune"(b). Le fait est que la lune, tout en semblant être une par sa substance immuable, est néanmoins toujours autre qu'elle-même, toujours diverse, d'où il résulte à l'évidence pour elle aussi que, tout en étant une, elle est multiple.De même nous qui sommes encore insensés et imparfaits, nous ne pouvons pas être dits un, parce que nous changeons toujours d'avis et que nous sommes toujours divers dans nos désirs comme dans nos pensées; mais quand il s'agit des justes, non seulement on dit de chacun d'eux qu'il est un, mais encore il convient de dire de tous ensemble qu'ils sont un. Et comment ne pas dire que tous sont un quand l'Ecriture les dépeint comme ayant un seul cœur et une seule âme(c)? Ils s'exercent tous à une seule sagesse(d), ils ont les mêmes sentiments, les mêmes pensées (e), ils vénèrent un seul Dieu, confessent un seul Seigneur, Jésus-Christ(f), sont remplis d'un seul Esprit de Dieu(g). Aussi dit-on à juste titre d'eux tous qu'ils sont, non seulement une seule chose, mais un seul, comme l'Apôtre l'a indiqué lui-même en ces termes: "Tous courent mais un seul reçoit la palme"(h). Tu vois à l'évidence que tous les justes n'en forment plus qu'un seul, qui reçoit la palme. De fait, le juste qui est tel imite vraiment un seul Dieu, car, à mon avis, c'est ce que dit aussi le prophète:"Ecoute Israël: le Seigneur ton Dieu est un seul Dieu"(i). Ce n'est pas seulement par le nombre que Dieu est déclaré un, puisqu'on doit croire qu'il est au-dessus de tout nombre, mais il faut plutôt comprendre qu'il est dit un pour la raison qu'il ne devient jamais autre que lui-même, c'est-à-dire que jamais il ne se modifie, jamais il ne change en autre chose, comme David en témoigne en disant de lui:"Tu es le même et tes années ne changeront jamais"(j). On a encore dans le même sens cette parole:"Je suis le Seigneur votre Dieu et je ne change pas"(k). Immuable est donc Dieu, et s'il est dit un, c'est qu'il ne change pas. Ainsi donc le juste, imitateur de Dieu(l), fait à son image(m), est appelé lui-même un quand il arrive à la perfection, parce que lui aussi, quand il est établi au sommet de la vertu, ilne change pas mais demeuretoujours un;car aussi longtempsque quelqu'un est dans le vice, il est partagé entre des choses multi- ples, dispersé entre des choses diverses, et, du fait qu'il est aux prises avec plusieurs espèces de vices, il ne peut pas être dit un.
Aussi, puisqu'en vertu de cette admirable unité le juste est un, bien plus puisque plusieurs justes sont un, le saint Apôtre exhorte-t-il toute l'Eglise en ces termes:"Ayez tous le même langage et qu'il n'y ait pas entre vous de division, mais soyez tous parfaits dans le même esprit et le même avis"(n). C'est aussi pourquoi dans les Actes des Apôtres il est dit que "les croyants étaient un seul cœur et une seule âme"(o). Et si nous voulons faire une observation encore plus pénétrante,nous pouvons même trouver une autre unité:si par exemple je mortifie mes membres au point quela chair n'ait plus de désirs contraires à l'esprit ni l'esprit de désirs contraires à la chair"(p), s'il n'y a plus dans mes membres une autre loi qui s'insurge contre la loi de mon esprit et me rende captif de la loi du péché(q), si tout ce qui est en moi est parfait dans un seul et même sentiment et mû par un seul et même avis (r), alors je serai moi aussi un seul homme.
(a)1Sam.,1,1;(b)Sir.,27,11;(c)Act.,4,32;(d)Ps.,36,30;(e)1Cor.,1,10; (f)1Cor.,8,6; (g)1Cor.,12,9.13;(h)1Cor.,9,24;(i)Deut.,6,4;(j)Ps.,101,28;(k)Mal.,3,6;(l)Ephés., 5,1;(m)Gn.,1,27;(n)1Cor.,1,10;(o)Act.,4,34;(p)Gal.,5,17;(q)Rom.,7,23;(r)1Cor.,1,10.
5.Cet homme louable, mari de deux femmes, était donc un seul.
Voyons avanttoute chose d'oùilvient:"De la montagne d'Ephraïm" (a). Ainsi le juste ne vient pas des vallées, ni des plaines, ni d'aucun lieu bas, et pas même des collines, il vient de la monta- gne. Et de quelle montagne ? D'Ephraïm qui signifie "fructification"[x]. Il vient donc de la montagne qui produit des fruits et son pays est porteur de fruits. Vois aussi quel éloge l'Ecriture fait des montagnes:"Dieu, dit-elle, est le Dieu des montagnes et non des vallées"(b).
En outre le nom de ce juste est Elcana(c) qui signifie "possession de Dieu". Il est certain que celui dont il est dit qu'il est un seul homme est "possession de Dieu" et non possession des démons. Celui en effet que possèdent les démons n'est pas un seul homme mais plusieurs, comme les démons eux-mêmes l'ont dit de celui qu'ils possédaient quand ils ont répondu:"Son nom est légion"(d). Mais Elcana est un seul, lui qui est "possession de Dieu", lui qui a pourpatriela montagned'Ephraïm,la montagne qui"porte du fruit".
Cet homme si louable eut donc"deux femmes:le nom de l'uneétait Anne, le nom de l'autre Phennana"(e). Il avait aussi des fils de sa seconde femme, Phennana; la première, qui était aussi la plus noble, était stérile. Tu trouveras encore des choses semblables dans la Genèse[xi], car les paroles de l'Ecriture ont des rapports étroits entre elles; tu y trouveras qu'Abraham a eu une première femme plus noble, Sara(f), et une seconde l'égyptienne Agar, de basse naissance, et qu'Abraham, avant de devenir père par son épouse noble l'est devenu par celle de basse naissance, mais qu' ensuite il l'est devenu aussi par son épouse noble. De même ici, Elcana, qui est "possession de Dieu", devient d'abord père par sa seconde épouse, parce que Dieu avait fermé le sein d'Anne(g) comme il avait d'abord fermé le sein de Sara. Mais après plusieurs enfantements de Phennana, le sein d'Anne s'est ouvert grâce à ses prières et supplications, et elle est devenue à son tour mère d'un fils, qu'elle a offert à Dieu. Voyons donc ce que ces choses renferment de mystère: Phennana signifie "Conversion" et Anne "Grâce". Chacun de nous qui veut devenir "possession de Dieu" doit donc s'unir à ces deux épouses et célébrer des noces avec elles. Qu'il s'unisse d'abord à la première qui est plus noble et de meilleure extraction: la "Grâce"; car c'est elle qui nous est unie la première par la foi comme l'Apôtre le dit: "Vous avez été sauvés par grâce, par le moyen de la foi"(h); qu'il s'unisse ensuite à la seconde, Phennana, c'est-à-dire à la "Conversion", parce qu'après la grâce de la croyance ont lieu la correction des mœurs et la conversion de la vie[xii]. Mais bien que ce soit là l'ordre des mariages, autre est l'ordre de la procréation; la première en effet qui nous enfante des fils est Phennana, parce que les premiers fruits que nous portons viennent de la "Conversion" et les premiers germes de justice que nous procréons viennent de nos actions et de nos oeuvres. Car la première tâche de la justice est de se détourner des péchés, parce que, si nous ne commençons pas par nous convertir et par nous détourner du mal, nous ne pourrons pas devenir pères par Anne, ni engendrer des fils par "Grâce".
Voyons donc maintenant les différences entre l'une et l'autre. Phennana a des fils, mais qui n'approchent pas de Dieu. Le fait est que les fils de "Conversion" ne sont pas tels qu'ils puissent être près de Dieu et fixés sur lui, néanmoins ils ne sont pas sans valeur ni complètement étrangersauxchoses deDieu.Ils reçoiventen effet des parts des sacrifices divins et se nourrissent des offrandes faites à Dieu. Chacun de nous se convertit donc d'abord, s'éloigne du péché et par "Conversion" il engendre des oeuvres de justice, puis Anne, éveillée en nous par le zèle et le désir du bien, répand des prières devant Dieu pour engendrer elle aussi des fils. Quels sont donc les fils engendrés par celle qui est "Grâce", Anne? Ceux qui se tiennent près de Dieu[xiii]. Car "Grâce et vérité sont venues par Jésus-Christ"(i).
Le fils de"Grâce"estdonc celui quise consacre à Dieu et au Verbe de Dieu. Veux-tu donc que je te montre aussi dans les Evangiles un cas plus clair d'une idée semblable, qui dans la Loi était esquissée par des épouses, mais qui dans les Evangiles est écrite plus amplement par des sœurs. Vois Marthe et Marie: l'une, Marthe, s'inquiète et s'agite pour de multiples tâches(j), elle accomplit les oeuvres de "Conversion" et par elles engendre en quelque sorte des fils de "Conversion"; Marie, au contraire, aux pieds du Verbe de Dieu est dite avoir choisi la meilleure part(k) et l'on comprend par là qu'elle procrée en quelque sorte des enfants de "Grâce". Ainsi donc, maintenant encore, Anne engendre un fils. Quel fils? Samuel(l), qui se tient près de Dieu et dont il est dit dans le Psaume:"Moïse et Aaron font partie de ses prêtres et Samuel de ceux quiinvoquent son nom"(m).Jérémie ditaussi:"Même si Moïse et Samuel se tenaient en ma présence, je ne leur pardonnerais pas"(n). Si donc le fils de "Gräce" a tant de valeur, hâtons-nous d'épouser Anne nous aussi, mais attendons que nous naissent d'abord des fils de "Conversion"; cherchons d'abord à plaire par de bonnes oeuvres et ensuite nous procréerons un fils de "Grâce" et par le don de l'Esprit(o). Et quel est ce fils ? L'Ecriture le dit:"Samuel", qui signifie "Ici est Dieu". Tu vois quels fils engendre "Grâce" ! C'est en effet ce qui est écrit de ceux qui ont obtenu la grâce de l'Esprit, car l'Apôtre dit:"Si tous prophétisent et qu'il entre dans votre assemblée un infidèle ou un non-initié, il est examiné par tous, jugé par tous, les secrets de son cœur seront mis à nu. Alors tombant la face contre terre, il adorera Dieu en proclamant que Dieu est vraiment parmivous"(p).Voilà donc ce quesignifie Samuel:"Ici est Dieu". Là en effet où il y a l'Esprit de "Grâce", là on dit qu'il y a Dieu même. Mais un tel fils ne peut naître pour nous que s'il est précédé des fils de Phennana,car siles oeuvresde "Conversion" ne précèdent pas, nous ne mériterons pas la "Grâce" de l'Esprit et nous ne pouvons pas engendrer d'elle ce qui est un don de l'Esprit(q).
(a)1Sam.,1,1;(b)3Rois,21,23;(c)1Sam.,1,1;(d)Mc.,5,9;(e)1Sam.,1,2;(f)Gn.,16,1-2; (g)1Sam.,1,5;(h)Ephés.,2,8;(i)Jn.,1,17;(j)Lc.,10,41;(k)Lc.,10,42;(l)1Sam.,1,2s; (m) Ps.,98,6;(n)Jér.,15,1;(o)Act.,2,38;(p)1Cor.,14,24-25;(q)Act.,2,38+10,45).
6.Le prêtre Héli et ses fils.
Mais voyons aussi en quel lieu Elcana se rendait avec ses épouses; "Il allait immoler au Seigneur à Silo. Là se trouvaient Héli et ses deux fils, Ophni et Phinées, prêtres du Seigneur"(a). Silo est le nom du lieu où l'on offrait des sacrifices au Seigneur avant que le temple ne fût construit à Jérusalem. Dans ce lieu appelé Silo on offrait donc des offrandes pour les péchés et là se faisait la purification des péchés. Or Silo signifie "arrachement" ou "déchaussement", c'est-à-dire l'action de dénouer ses chaussures. L'un et l'autre sens est bien adapté. C'est à bon droit en effet que le lieu où l'on se purifie des péchés est appelé "arrachement", puisque là on arrache un cœur de pierre et on insère un cœur de chair(b), ou encore "déchaussement", car avant d'arriver au lieu saint, nous sommes tous chaussés, mais quand nous y parvenons, nous recevons l'ordre de nous déchausser comme il est dit à Moïse:"Dénoue le lacet de ta chaussure, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte"(c). Et comment croire qu'il n'y aurait pas dans ces mots quelque mystère caché, mais que ce serait pour maudire les chaussures matérielles de Moïse que Dieu lui donnait cet ordre? Ne devons-nous pas plutôt penser que Moïse, quand il est sorti de la terre d'Egypte, avait des chaussures de peau morte et était comme enserré dans quelque chose de mortel, et qu'ensuite, quand il a commencé à faire des progrès dans la vertu, à gravir la montagne de Dieu(d) et à être le ministre de mystères immortels[xiv]. Dieu lui dit de rejeter les symboles de la mortalité indiqués par les chaussures de peau[xv]. Je pense que la raison pour laquelle le Sauveur a prescrit aussi à ses disciples de ne pas avoir de chaussures(e) aux pieds, c'est pour que les pieds[xvi] de ceux qui couraient(f) annoncer la vie éternelle(g) soient dépourvus de tout signe de mortalité, puisqu'ils marchaient dans le Chemin qui dit: "Je suis le chemin, la vérité, la vie"(h). Personne en effet ne marche dans le chemin de la vie avec un signe de mort.
Tel est donc le lieu, Silo, où il y a aussi Héli, homme moins louable, car, à cause du péché, il est mort en tombant en arrière(i). Et ne croyons pas qu'il soit le seul à mourir en tombant en arrière. Maintenant encore, si quelqu'un tombe en arrière, si quelqu'un retourne en arrière(j) en quittant la foi et la vérité, il est inévitable qu'il s'écroule et meure sur-le-champ. Le Deutéronome lance aussi cette menace contre les pécheurs:"Et l'opisthotonos incurable"(k). Opisthotonos[xvii] désigne une maladie du dos et de la partie en dessous, et ce n'est certes pas sans raison qu'entre tant de maladies qui existent chez les hommes, ce soit cette maladie-là qui est attribuée au pécheur. Dans la Genèse aussi, il est dit de la femme de Loth qui s'était retournée en arrière(l) qu'elle a transgressé le précepte divin par lequel il lui avait été commandé de ne pas regarder en arrière et de ne s'arrêter nulle part(m), et à cause de cela elle est devenue une statue de sel. Notre Seigneur et Sauveur dit aussi dans l'Evangile:"Qui met la main à la charrue et regarde en arrière n'est pas apte au royaume de Dieu"(n); de plus, après beau- coup d'autres enseignements, il ajoute ceci:"Souvenez-vous de la femme de Loth"(o).Le mieux est donc d'oublier ce qui a précédé(p), d'oublier le passé, pour n'être pas victime de la maladie opisthotonos incurable, ne pas tomber en arrière comme Héli et mourir.
(a)1Sam.,1,3;(b)Ez.,11,19;(c)Ex.,3,5;(d)Ex.,4,27;(e)Matth.,10,10; (f) Ephés., 6,15+1Cor.,9,24;(g)1Jn.,1,2;(h)Jn.,14,6;(i)1Sam.,4,18;(j)Lc.,17,31;(k)Deut.,32,24;(l)Gn.,19,26;(m)Gn.,19,17;(n)Lc.,9,62;(o)Lc.,17,32;(p)Phil.,3,13.
7.Or,"là se trouvaient deux fils d'Héli"(a).
Héli se traduit par "Arabe" ou "étranger". Est étranger en effet à Dieu celui qui n'exerce pas la correction, qui ne châtie pas son fils quand il pèche, qui ne le reprend pas pour l'amender, qui est indulgent aux vices, qui ne punit pas les fautes comme le dit l'Apôtre: "Si vous êtes exempts de la correction à laquelle tout le monde a eu part, c'est que vous êtes des bâtards et non des fils"(b).........
(a)1Sam.,1,3;(b)Hébr.,12,8.
8.Le Cantique d'Anne: les circonstances.
Mais il est temps de dire maintenant quelques mots de la prière qu'Anne répand en offrant à Dieu Samuel après l'avoir sevré(a). Nous disons d'abord à son propos que l'enfant qui est offert à Dieu n'a pas pu être offert avant d'être sevré, ce qui montre que personne ne peut être consacré à Dieu s'il se nourrit encore de lait, s'il est un enfant par les sens et s'il est ignorant de la doctrine de justice(b). Il ne peut dispenser les mystères confiés aux prêtres s'il ne renonce pas aux choses de l'enfance et qui ne monte pas plus haut que ceux à qui l'Apôtre dit:"Je vous ai donné du lait à boire, non de la nourriture, car vous ne pouviez pas encore la supporter"(c). Du reste, si l'on s'en tient à la lettre, vaut-il la peine qu'un enfant qui vient d'être sevré soit offert à Dieu, là où sa mère ne sera pas,où il n'y aura pas de nourrice pour le choyer ni aucune des aidesnécessaires pourélever un enfant?Maisvois quela parole de l'Ecriture a été formulée de manière à enseigner figurativement que tout homme qui commence à se convertir à la foi se nourrit de lait et non d'une nourriture solide, comme il est dit ailleurs:"Vous êtes devenus des gens qui ont besoin de laitetnon d'unenourriture solide, car quiconque se nourrit de lait est étranger à la doctrine de justice, parce qu'il est un enfant; les parfaits, eux, ont la nourriture solide, ayant par leur capacité à la recevoir les sens exercés au discernement du bien et du mal"(d)............................................
Vois-tu si tu ne trouves pas ailleurs dans les Ecritures saintes mention d'un enfant qui est sevré. Quant à moi, pour autant que ma mémoire me suggère quelque chose à l'instant, je me souviens d'Isaac dont il est écrit qu'Abraham fit un grand festin le jour où son fils Isaac fut sevré(e). Chez nos contemporains, les parents ont l'habitude de fêter le jour de l'anniversaire de leurs enfants; Abraham, lui, ne célèbre pas le jour anniversaire de la naissance de son fils Isaac, mais il célèbre une fête, se livre à la joie et offre un festin le jour où il sèvre son fils et le met à des nourritures fortes et solides(f), comme si Isaac disait par là:"Quand je suis devenu homme, j'ai quitté ce qui était de l'enfant"(g).
Il fallait donc que celui qui est offert à Dieu soit tel qu'il puisse habiter parmi les saints de manière à pouvoir se nourrir des viandes saintes dont il est dit:"Devenez saints pour manger des viandes"(h).
(a)1Sam.,1,22.23;(b)Hébr.,5,13.14;(c)1Cor.,3,2;(d)Hébr.,5,12-14;(e)Gn.,21,8;(f)Hébr.,5,12-14;(g)1Cor.,13,11;(h)Nbre.,11,18.
9.Mais voyons par quelle prière Anne,c'est-à-dire"Grâce",le consacre à Dieu.
Le fait est que nous remarquons tout au début quelque chose de nouveau. Il est dit:"Et Anne pria et dit"(a).Or je ne la vois nulle part ni prier ni parler à Dieu, si ce n'est par ces deux phrases:"Je me suis réjouie dans ton salut"(b) et "Il n'y a personne excepté toi"(c). Mais elle commence ainsi:"Mon cœur a exulté dans le Seigneur"(d); elle n'a pas dit:'Mon cœur a exulté en toi'; si c'était une prière, il aurait été normal de dire:'Mon cœur a exulté en toi'. Et de nouveau au verset suivant, elle dit:"Ma corne s'est élevée en Dieu"(e); elle n'a pas dit 'Ma corne s'est élevée en toi' mais "en Dieu"."Ma bouche s'est grand ouverte contre mes ennemis,je me suis réjouie en ton salut"(e); une seule phrase, comme j'ai dit emploie la seconde personne:"Je me suis réjouie en ton salut", et ensuite Anne ne dit pas:'Car il n'y a de saint que toi', mais:"Il n'y a pas de saint comme le Seigneur"(f). On a encore:"Il n'y a personne d'autre que toi"(f), parole qui suit apparemment les règles de la prière,mais à la fin Anne,s'éloignantbeaucoupdugenredelasupplique,introduitmêmedesrecommandations : "Ne multipliez pas les paroles mauvaises et qu'aucun langage hautain ne sorte de votre bouche, car le Seigneur est puissant par sa science"(g); là on ne la voit plus s'adresser à Dieu. Que dire de cela? Un jour que je lisais dans l'Apôtre la parole:"Priez sans cesse"(h),je me demandais si ce précepte pouvait être accompli. Qui peut en effet ne jamais cesser de prier au point de n'avoir plus le temps de prendre ni nourriture ni boisson puisque pour faire cela il faut interrompre la prière? Dormir ou faire quoi que ce soit d'autre qui est de nécessité pour les hommes, est aussi interdit par ce précepte si on prend la prière dans le sens ordinaire du mot. Voyons donc si, par hasard, tous les actes de celui qui vit habituellement dans le service de Dieu, tous les gestes ou toutes les paroles qu'il fait ou dit selon Dieu ne reviendraient pas à prier. En effet, si l'on entend par prière seulement ce que tout le monde connaît sous ce nom,Annen'apparaîtra pas comme ayantprié dans ce discours etl'on n'apprendra à aucun juste à prier sans cesse selon le commandement de l'Apôtre; mais si tout acte d'un juste qui agit selon Dieu et selon le commande- ment divin est considéré comme une prière[xviii], le juste, par le fait même qu'il fait sans cesse ce qui est juste, priera sans cesse, et il ne cessera jamais de prier, à moins qu'il ne cesse d'être juste, car lorsque nous faisons quelque chose d'injuste ou péchons,il estcertain qu'à ce moment-là nous cessons aussi de prier.
Je pense que c'est aussi l'enseignement que nous donnent les Psaumes par cette parole:"L'élévation de mes mains est un sacrifice du soir"(i). Je ne crois pas en effet que si quelqu'un élève ou étend les mains vers le ciel, selon l'habitude de ceux qui prient, il aura offert pour autant un sacrifice à Dieu. Mais voyons si ce que la parole de Dieu nous indique par ces mots ne serait pas ceci, en entendant par les mains les oeuvres[xix]; il élève ses mains celui dont les actions s'élèvent plus haut que terre et dont le séjour, alors même qu'il marche encore sur terre, est dans le ciel(j); ce sont les actes élevés et sublimes dont la vue porte les hommes à rendre gloire au Père céleste(k) qui sont appelés élévation des mains et sacrifice du soir. Et n'est-ce pas ce qui était enseigné symboliquement dans la Loi : lorsque Moïse élevait les mains, Israël était vainqueur, et lorsqu'il les laissait retomber, c'est Amalec qui était vainqueur(l)? Si tout "cela leur est arrivé en figure et écrit pour nous qui touchons àla fin des temps"(m),nous devons comprendre que, aussi longtemps que le serviteur de Dieu(n) élève ses actes vers Dieu, le peuple de Dieu est vainqueur, mais quand il abaisse ses mains, c'est-à-dire ses actes, le vainqueur est Amalec, l'ennemi de Dieu. Ou quoi?-car je veux m'attarder un peu avec ceux qui veulent que ces paroles ne soient pas à entendrespirituellement mais littéralement-faut-il donc penser que le Dieu tout-puissant regardait les mains de Moïse et que, s'il les voyait élevées, il donnait la victoire à Israël, mais s'il les voyait abaissées, il donnait la victoire aux Amalécites? Une telle interprétation est-elle digne des paroles du Saint-Esprit? Ne faut-il pas plutôt penser qu'il préfigurait par là les mystères à venir? Il est courant d'appliquer ce récit au mystère de la croix et aux mains du Sauveur fixées sur elle, et beaucoup de gens en ont souvent parlé[xx], mais puisque celui qui vit selon l'Evangile(p) a l'ordre de toujours se renouveler(o), que le Nouveau Testament doit toujours être éclairé par des sens nouveaux,que nous avonsl'ordre de chanter au Seigneur un cantique nouveau(q) et que notre homme intérieur est rénové, aux dires de Paul, et pas simplement rénové mais rénové de jour en jour(r), il fallait que nous aussi, pour expliquer à la fois la manière de prier qui permet de prier sans cesse(s), et l'élévation des mains qui est appelée sacrifice du soir(t), nous ne recourrions pas seulement aux considérations usuelleset banales,mais quenous les renouvelions aussi quelque peu.
(a)1Sam.,1,28;(b)1Sam.,2,1;(c)1Sam.,2,2;(d)1Sam.,2,1;(e)1Sam.,2,1; (f)1 Sam., 2,2;(g)1Sam.,2,3;(h)1Thess.,5,17;(i)Ps.,140,2;(j)Phil.,3,20;(k)Matth.,5,16; (l) Ex.,17,11; (m)1Cor.,10,11;(n)Jos.,1,1.2.13;(o)1Cor.,4,16;(p)1Cor.,9,14; (q) Is., 42,10;(r)2Cor.,4,16;(s)1Thess.,5,17;(t)Ps.,140,2.
10.Prier comme Anne.
Voyons donc ce que signifie cette manière de prier d'Anne, car si nous l'apprenons, peut-être pourrons-nous prier aussi comme elle. "Mon cœur, dit-elle, a exulté dans le Seigneur"(a). Il était nécessaire qu'elle ajoute: dans le Seigneur, car il y a une exultation qui n'est pas dans le Seigneur. Il est dit de même:"Réjouissez-vous dans le Seigneur"(b), car on peut se réjouir dans des choses charnelles et non dans le Seigneur. Si je me réjouis de ce que j'ai trouvé un trésor visible, c'est une joie de la chair et elle n'est pas dans le Seigneur;si je me réjouis de ce que les hommes me louent, peut-être même sans que je le mérite, ce n'est pas là se réjouir dans le Seigneur; si je me réjouis dans des choses périssables et caduques, rien de tout cela ne produit une joie digne d'éloges. Si au contraire je me réjouis d'avoir été jugé digne de souffrir l'injustice pour le nom du Seigneur(c), cette joie est dans le Seigneur, parce qu'il a dit à ce propos:"Réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est grande dans les cieux"(d); si je me réjouis d'être l'objet de haines(e) injustes, si je me réjouis d'être combattu à cause de la parole de Dieu(f), si je me réjouis d'être corrigé par des fatigues, des persécutions, des angoisses(g), si je suis heureux de recevoir tout cela, cette joie est dans le Seigneur. C'est pourquoi l'Ecriture nous enseigne à rejeter les joies terrestres, périssables et caduquespourexulter dejoies éternelles dansle Seigneur,demanière à dire avec raison comme Anne: "Mon cœur a exulté dans le Seigneur". Et puisqu'au moment où ces paroles sont dites, un des assistants a été rempli de l'esprit impur et a poussé un cri qui a provoqué un attroupement[xxi], disons-les nous aussi. Car, lorsque Anne disait:"Mon cœur exulte dans le Seigneur", l'esprit adverse n'a pas pu supporter notre exultation dans le Seigneur, mais il veut la changer pour introduire à sa place la tristesse et nous empêcher de dire:"Mon cœur a exulté dans le Seigneur"; mais nous, ne nous laissons pas arrêter, disons au contraire de plus en plus:"Mon cœur a exulté dans le Seigneur, pour la raison même que nous voyons des esprits impurs tourmentés, car des choses comme celles-ci amènent beaucoup de gens à se convertir à Dieu, beaucoup à se corriger, beaucoup à venir à la foi. Dieu ne fait rien sans raison, et il ne permet pas que quelque chose arrive pour rien. Il y a en effet beaucoup de gens qui ne croient pas au Verbe et qui ne reçoivent pas la parole de l'enseignement, mais quand le démon les saisit, alors ils se convertissent, en sorte que "là où le péché a abondé, la grâce surabonde"(h), et là où la puissance mauvaise a opéré,la grâce de Dieu opère ensuite davantage,carlorsque la grâce du Seigneur a chassé l'esprit malin, elle introduit l'Esprit Saint et l'âme qui avait été remplie de l'esprit immonde(i) est remplie désormais de l'Esprit Saint.
Pour tout cela "mon cœur a donc exulté dans le Seigneur et ma corne a été exaltée dans mon Dieu"(j). Les justes ont des cornes dont ils se servent quand ils font ou disent quelque chose, comme quand ils disent:"En toi nous frapperons de la corne nos ennemis" (k), et l'Ecriture dit encore ailleurs:"Les cornes du juste seront exaltées"(l). Il faut donc que nous ayons ces cornes, qui sont données aux justes à partir des extrémités de la croix du Christ[xxii], pour pouvoir grâce à elles détruire et chasser de notre âme les puissances adverses, parce qu'une fois que celles-ci seront terrassées et expulsées, une vigne pourra être plantée en nous, car "une vigne a été faite pour le bien-aimé grâce à une corne sur un coteau fertile"(m).
La corne de cette femme juste, "Grâce"[xxiii], et de tout juste a donc été exaltée dans le Seigneur; "ma bouche a été grand ouverte contre mes ennemis"(n). Il est écrit:"Ouvre grand ta bouche et je la remplirai"(o), et maintenant cette femme juste dit:"Ma bouche a été grand ouverte". Si j'acquiers capacité et force pour la Parole et compétence dans la Sagesse[xxiv],detelle sortequeje puisse confondre par des démonstrations qui ne soient pas restreintes mais grandement développées toute science qui se dresse contre la foi (p) et contre la vérité du Christ, ou que, en réfutant l'incrédulité et l'incroyance des Juifs par la Loi et les Prophètes, je montre que Jésus est le Christ, et qu'ainsi je confonde les ennemis de la vérité en tous les domaines, alors je puis dire à bon droit moi aussi:"Ma bouche a été grand ouverte contre mes ennemis".
(a)1Sam.,2,1;(b)Phil.,4,4;(c)Ac.,9,16;(d)Matt.,5,12;(e)Matt.,24,9;(f)Matt.,13,24; (g)2Cor.,12,10;(h)Rom.,5,20;(i)Mc.,1,23.26.27;(j)1Sam.,2,1;(k)Ps.,43,6;(l)Ps.,74, 11;(m)Is.,5,1;(n)1Sam.,2,1;(o)Ps.,80,11;(p)2Cor.,10,5;(q)1Cor.,2,6;(r)1Sam.,2,1; (s)Ps.,80,11;(t)2Cor.,6,11;(u)Matt.,12,34.
11."Car je me suis réjoui en ton salut"(a): si je me suis réjoui dans le salut de Dieu, alors ma bouche est grand ouverte contre mes ennemis.
"Il n'est de saint comme le Seigneur"(b). S'il était écrit:'Il n'est de saint que le Seigneur', il serait logique que nous renoncions tous à l'espoir de devenir nous-mêmes des saints, mais voici que l'Ecriture fait la distinction nécessaire et dit:"Il n'est de saint comme le Seigneur", c'est-à-dire: même s'il y a beaucoup de saints, aucun n'est saint comme le Seigneur. Beaucoup peuvent donc devenir saints, conformément au commandement de Dieu qui dit:"Soyez saints parce que moi aussi je suis saint"(c), mais quelque progrès qu'on fasse dans la sainteté, quelle que soit la pureté et la sincérité qu'on acquiert, un homme ne peut être saint comme le Seigneur, car c'est lui qui donne la sainteté et l'homme la reçoit, c'est lui qui est la source(d) de la sainteté et l'homme boit à cette source sainte, c'est lui qui est la lumière(d) de sainteté et l'homme regarde cette lumière sainte."Il n'est donc de saint comme le Seigneur, et il n'est que toi"(e).
Qu'est-ce qu'a dit Anne:"Il n'est que toi"? Cela m'échappe. Si elle avait dit:'Il n'est de Dieu que toi' ou 'Il n'est de créateur que toi', ou qu'elle ait ajouté quelque chose de semblable, il n'y aurait eu apparemment rien à chercher, mais maintenant qu'elle dit:"Il n'est que toi", voici, me semble-t-il, ce qui est indiqué à cet endroit: rien parmi les êtres qui existent n'a l'être par nature. Tu es le seule à qui il n'est donné par personne d'être. Nous tous, en effet, c'est-à-dire toute la création, nous n'étions pas avant d'être créés, et ce n'est que par la volonté du Créateur que nous sommes. Et comme il y eût un temps où nous n'étions pas, il n'est pas tout à fait exact de dire de nous que nous sommes, si l'on considère l'époque où nous n'étions pas. Dieu, au contraire, est le seul qui a toujours eu l'être et n'a pas eu de commencement dans l'être. Le fait est que, lorsque Moïse voulut apprendre de Dieu quel était son nom, Dieu le lui enseigna en ces termes:"Je suis l'Etre, c'est là mon nom"(f). S'il y avait quelque autre chose parmi les créatures qui puisse recevoir ce nom et cette désignation, le Seigneur ne dirait jamais que c'est là son nom. Il savait que seul il est, tandis que les créatures ont reçu de lui d'être. L'ombre, en comparaison du corps, n'est pas, et la fumée, en comparaison du feu n'est pas; de la même manière ce qui est dans les cieux et ce qui est sur la terre, les choses visibles et les invisibles(g), par rapport à la nature de Dieu ne sont pas, mais par rapport à sa volonté elles sont ce qu'il a voulu qu'elles soient, lui qui les a faites.
(a)1Sam.,2,1;(b)1Sam.,2,2;(c)Lév.,20,26;(d)Ps.,35,10;(e)1Sam.,2,2; (f) Ex., 3, 14.15;(g)Col.,1,16.
12.Il est donc dit:"Il n'est que toi; il n'est de puissance comme notre Dieu"(a).
C'est semblable à ce qui a été dit plus haut:"Il n'est de saint comme le Seigneur". De même en effet que là il n'était pas dit que personne n'est saint, mais:"Il n'est de saint comme le Seigneur" (b), pour montrer que même s'il y a des saints, personne n'est saint comme le Seigneur, ici pareillement, même si quelqu'un est puissant, "il n'est de puissance comme notre Dieu".
(a)1Sam.,2,2;(b)1Sam.,2,2.
13."Ne multipliez pas les paroles élevées"(a).
Pourquoi n'est-il pas dit:'Ne prononcez pas de paroles élevées'? Il m'est donc permis de dire quelques paroles élevées, mais multiplier les paroles élevées et ardues ne m'est pas permis; c'est ce qui me paraît indiqué par les mots: "Ne multipliez pas les paroles élevées". Que faut-il donc entendre par là? Voyons. Il n'est pas permis à la nature humaine de prononcer beaucoup de paroles élevées ni de comprendre beaucoup de choses élevées, car Salomon dit aussi:"Ne cherche pas les choses plus hautes que toi et ne scrute pas ce qui te dépasse, comprends seulement les commandements qui te sont donnés"(b). De même donc, si notre verset parle de choses élevées, ce n'est pas pour qu'on ne les cherche pas du tout, mais pour qu'on ne multiplie pas les questions sur elles. En considération de la faiblesse humaine, contente-toi, dans les choses élevées et ardues, de chercher ou de dire celles qui donnent la vie à ceux qui les cherchent ou les disent. Quels sont les domaines dans lesquels il m'est nécessaire de dire des paroles élevées? Quand je parle de la Toute-Puissance de Dieu, de son invisibilité et de son éternité, je dis des paroles élevées. Quand je traite de la co-éternité du Fils unique et des autres mystères, je dis des paroles élevées, quand je traite de la grandeur de l'Esprit-Saint, je dis des paroles élevées. C'est dans ces domaines-là seulement qu'il nous est permis de dire des paroles élevées. Après ces Trois-là, je ne dois plus dire aucune parole élevée. Car tout est bas et terre-à-terre en comparaison de la Trinité. "Ne multipliez donc pas les paroles élevées" si ce n'est à propos du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et pour rendre plus clair ce que nous disons là, prenons encore des exemples, si vous le voulez bien. Les païens font intervenir beaucoup de dieux: ils multiplient les paroles élevées. Certains hérétiques, délaissant le Créateur du monde et son Fils, se fabriquent je ne sais quel autre Dieu plus élevé et en font intervenir beaucoup d'autres, soit qu'ils les appellent "éons" ou "dieux"[xxv]; eux aussi multiplient les paroles élevées.
(a)1Sam.,2,3;(b)Sir.,3,21.22.
15."Et ils n'ont pas corrigé leurs mauvaises excuses"(a), comme il est dit ailleurs:"N'incline pas mon cœur vers des paroles mauvaises pour inventer des excuses à mes péchés avec les hommes qui commettent l'iniquité"(b), et dans les Proverbes:"Le paresseux invoque des occasions et dit: Il y a un lion dans les rues et des assassins sur les places"(c).
Nous trouvons donc (dans l'Ecriture) qu'il y a des pécheurs de cette sorte, qui accusent tout plutôt qu'eux-mêmes et s'inventent des occasions comme excuses en disant: 'Le diable m'a fait tom- ber, 'une femme m'a séduit', 'cet homme-là m'a donné l'occasion de pécher', alors qu'il faut se rappeler le précepte:"Avoue toi-même tes péchés le premier pour être justifié"(d); ces gens-là en effet ne corrigent pas leurs mauvaises excuses.
Mais il me semble nécessaire, parce qu'ils contiennent un sens admirable, de faire une digression sur ces mots:"Le juste se fait son propre accusateur pour commencer"(e). Donc l'injuste ne se fait pas son propre accusateur mais celui des autres, tout comme le diable est accusateur certes, mais accusateur des frères et non de lui-même. Ici-bas, tous doivent être accusés, mais si je suis un juste, je n'attends pas qu'un autre m'accuse, je me fais mon propre accusateur. Toutefois je voudrais expliquer plus complètement comment le juste peut être son propre accusateur: aussi longtemps que quelqu'un pèche et continue de commettre des fautes, il n'est certainement ni juste, ni son propre accusateur, car il ne met pas en accusation ce qu'il fait; mais quand il se repent de ses fautes, alors il devient juste et se fait l'accusateur non d'un autre mais de lui-même.
(a)1Sam.,2,3;(b) Ps.,140,4;(c)Prov.,22,13;(d)Is.,43,26;(e)Prov.,18,17.
16."L'arc des puissants a perdu sa force"(a).
Les traits du Mauvais, qui sont dits enflammés(b), sont envoyés par l'arc des puissants: les puissants désignent les puissances adverses dont il est dit: "Voici que les pécheurs ont tendu leur arc"(c) et: "Contre lui ils ont préparé des instruments de mort"(d), et encore: "Il a fait ses flèches avec des brandons"(d). Mais main- tenant il est dit que "l'arc des puissants a perdu sa force". Si en effet tu t'es revêtu de l'armure de Dieu(e), si tu t'es protégé du bouclier de la foi(f), couvert du casque du salut(g), de la cuirasse de la charité(h), et ceint du glaive de l'Esprit(i), l'arc des puissants perdra sa force contre toi en face de telles protections. Lance-t-il sur toi quelque trait enflammé, celui-ci reçu par le bouclier de la foi s'éteint aussitôt; en lance-t-il un autre, celui-là aussi est repoussé par la cuirasse de justice(j); en lance-t-il un troisième, il est encore émoussé par le glaive de l'Esprit; peut-être en lance-t-il un quatrième, qui est rejeté pareillement par le casque du salut. Et comme l'homme de Dieu expérimenté sera demeuré invulnérable grâce à tout cela, l'arc des puissants, après que tant de flèches auront manqué complètement leur but, aura perdu sa force.
(a)1Sam.,2,4;(b)Ephés.,6,16;(c)Ps.,10,2;(d)Ps.,7,14;(e)Ephés.,6,11;(f) Ephés. , 6,16;(g)Ephés.,6,17;(h)1Thess.,5,8;(i)Ephés.,6,17;(j)Ephés.,6,14.
17."Et les faibles ont été ceints de force"(a).
Si tu vois comment "Dieu a choisi ce qui est stupide dans le mon- de pour confondre les sages, et ce qui est faible dans le monde pour confondre ce qui est fort"(b), tu comprends comment les faibles ont été ceints de force. Faible était le peuple des Gentils, puisqu'il était étranger à l'alliance(c) de Dieu. Il a reçu la force, quelle force? "Ma force et l'objet de ma louange sont le Seigneur et il est devenu mon salut"(d). La force est donc le Christ Seigneur, dont nous avons été ceints, nous qui étions jadis étrangers à l'alliance et sans Dieu dans le monde(e).
(a)1Sam.,2,1;(b)1Cor.,1,27;(c)Ephés.,2,12;(d)Ps.,117,18;(e)Ephés.,2,12.
18."Rassasiés de pains, ils ont été réduits en esclavage"(a).
L'Ecriture montre que c'estune faute qued'être rassasiés de pains, car Jacob a mangé, bu, et a été rassasié, et il s'est épaissi et a regimbé, lui, le bien-aimé(b).
"Affamés, ils ont abandonné"(c). L'Ecriture dit de ceux qui avaient été rassasiés de pains que,affamés, ils ont abandonné. Une famine en effet est venue, non pas une faim de pain et une soif d'eau, mais une faim d'entendre la parole de Dieu(d).
C'est pourquoi "affamés, ils ont abandonné, jusqu'à ce qu'une femme stérile ait enfanté sept fois, et que celle qui était féconde en enfants ait perdu sa force"(e). En effet "les enfants de la femme délaissée sont plus nombreux que ceux del'épouse"(f).La mère qui était stérile, c'est notre Eglise. C'est elle qui a "enfanté sept fois", l'hebdomade étant le nombre du repos. Et "celle qui était féconde en enfants a perdu sa force". Je voudrais voir comment les Juifs, défenseurs de la lettre, expliquent que celle qui était féconde en enfants a perdu sa force et comment"la stérile a enfanté septfois". Mais rejetons les histoires et faisons attention, nous, que personne des nôtres n'ait en soi une femme stérile qui engendre sept fois ou qu'il ait une femme féconde en enfants qui ait perdu sa force. Féconde en progéniture était ma chair,qui avaitde nombreux fruits de la chair: fornication, impureté, impudicité, idolâtrie, art des philtres, haines, discordes, jalousies, emportements, dissensions (g). Voilà quelle était la nombreuse progéniture de notre chair. Mais quand nous sommes arrivés à croire à la croix du Christ et que nous avons commencé à porter dans notre corps la mort de Jésus (h), à mortifier nos membres terrestres(i) et à les mettre au service de la justice(j) et de la continence, alors la fécondité dans cette progéniture-là, qui était répréhensible, a été rejetée et de cette façon celle qui était féconde en enfants a perdu sa force.
Et voyons comment la stérile enfante sept fois(k). Stérile était en moi mon âme, elle ne portait pas de fruits de justice(l), mais main- tenant que par la foi au Christ elle a mérité de recevoir la grâce de l'Esprit Saint(m) et qu'elle a été remplie de l'Esprit de sagesse et d'intelligence, de l'esprit de conseil et de force, de l'esprit de justice et de miséricorde, et remplie de l'esprit de crainte(n) de Dieu il est sûr que "la stérile a enfanté sept fois et que celle qui était féconde en enfants a perdu sa force".
(a)1Sam.,2,5; (b)Deut.,32,15;(c)1Sam.,2,5;(d)Amos,8,11;(e)1Sam.,2,5;(f)Is., 54 , 1;(g)Gal.,5,19.20;(h)2Cor.,4,10;(i)Col.,3,5;(j)Rom.,6,19;(k)1Sam.,2,5;(l)Jac.,3, 18;(m)Act.,10,45;(n)Is.,11,2.3+1Cor.4,21.
19."Le Seigneur fait mourir et fait vivre"(a).
Qui le Seigneur fait-il mourir et qui fait-il vivre? C'est moi qu'il fait mourir quand il fait que je sois mort au péché(b) et moi qu'il fait vivre quand il me fait vivre pour Dieu. J'étais pécheur et je vivais dans les fautes: il m'a fait mourir aux péchés, il m'a fait mourir à ma vie antérieure etil m'a fait vivre pour que je vive dans la crainte de lui, que je me tienne ferme dans la foi(c) en lui, pour que je ne vive plus pour le péché(d), mais pour Dieu qui m'a ressuscité des morts(e), afin que je marche dans une nouvelle vie(f)en ChristJésus notre Seigneur, à qui sont la gloire et la puissance dans les siècles des siècles. Amen(g).
(a)1Sam.,2,6;(b)Rom.,6,2;(c)1Cor.,16,13;(d)Rom.,6,2;(e)Jn.,12,17;(f)Rom.,6,4; (g)1Pierre,4,11.
Homélie sur la nécromancienne.
Cette homélie qui provient de textes grecs, concerne l'épisode de la sorcière d'En-Dor figurant au chapitre 28 (v.3-19) du premier livre de Samuel. Jusqu'en 1941, elle n'était connue quepar un manuscrit de Munich du Xème s.,leMonacensis graecus331 et par ses diverses copies. Puis la découverte de papyrus chrétiens bien conservés, faite à Toura[xxvi] en 1942, a fourni, bien que partiel, un second témoin.
L'homélie sur la nécromancienne fut publiée pour la première fois par Leo Allatius, à Lyon, en 1629, d'après une copie provenant du manuscrit de Munich, le Vaticanus gr.1073. Celui-ci est également à la base de nombreusescopies qui vont jusqu'à Migne en1862.La première édition qui utilisa le Monacensis fut celle d'Albert Jahn, réalisée à Leipzig en 1886, dans les Texte und Untersuchungen de Gebhardt et Harnack[xxvii].
Les circonstances dans lesquelles cette homélie fut prononcée.
"On avait lu ce jour-là, à l'ambon, les chapitres 25 à 28 du premier livre de Samuel. Quand Origène demanda à l'évêque Alexandre quelle péricope il devait expliquer, l'évêque choisit la dernière. C'était en effet celle qui pouvait intéresser le plus l'évêque et l'auditoire.
La question débattue et la réponse d'Origène.
Il est raconté dans cet épisode que le roi Saül alla consulter une nécromancienne et que celle-ci évoqua un mort célèbre, le prophète Samuel, qui prédit à Saül qu'il allait être tué et que sa royauté passerait à David. Ce récit archaïque a toujours étonné ceux qui l'ont lu pour la première fois. Alors que l'Eglise veut détourner les chrétiens de la divination et de la magie, voici que la Bible elle-même montrepar cette histoire queles morts peuvent être évoqués par la magie et annoncer aux vivants ce qui leur arrivera: ne serait-ce pas encourager les chrétiens à recourir aux pratiques dont on voulait les écarter? Et pour peu qu'on y réfléchisse, cet épisode posait aussi une question surle sort de l'âme aprèsla mort,puisqu' on y voyait un saint prophète obéir à une magicienne possédée du démon: les hommes seront-ils donc tous, bons et méchants, livrés "au pouvoir d'un démon" après la mort?
C'est alors qu'on mit en doute la réalité de l'apparition de Samuel; cette réaction prit corps dans le monde latin chez Tertullien et dans le monde grec chez l'auteur du Martyre de Pionius. Pour ces deux écrivains, ce n'était pas Samuel lui-même qui avait été évoqué par la nécromancienne, mais un démon qui avait pris l'apparence de Samuel. L'opinion de ces deux écrivains s'était sans doute forgée au sein d'une source commune constituée par l'écrit de l'écrivain romain Josipe Sur la nécromancienne, dont le titre figure dans la liste bibliographique gravée sur sa statue. Origène connaissait lui aussi cet ouvrage, et il a saisi l'occasion qui lui était offerte ce jour-là de le réfuter, car il ne fait pas de doute pour lui que, à l'instar de la position de Justin, c'est bien le prophète Samuel qui est venu annoncer la mort de Saül et l'accession de David à la royauté".
Parmiles arguments qu'il développa dans son homélie, nous retiendrons que c'est bien Samuel qui est apparu pour avoir prophétisé la mort de Saül et l'accession de David à la royauté, toutes choses qu'un démon n'aurait pas pu prophétiser. Par ailleurs, la présence momentanée de Samuelen enfer estexpliquée dela façon suivante: il n'est pas le seul qui soit descendu aux enfers, et Origène de citer Jésus, Jean-Baptiste et d'autres prophètes tels que Samuel, au motif qu'il est normal que pour guérir les malades, les médecins aillent où sont les malades. Cette descente aux enfers ne prive en aucun cas les saints de leur sainteté, et il est tout à fait explicable que l'arrivée de Jésus dans ces lieux ait été précédée par des prophètes, comme ce fut le cas sur terre.
Du point de vue doctrinal,en ce qui concerne le sort del'âme après la mort, Origène suivait l'école de Clément d'Alexandrie pour qui, depuis la mort et la résurrection de Jésus, les âmes des justes allaient tout de suite au Paradis, comme Jésus l'avait promis au bon larron (Lc.,23,43), et celles des méchants, elles et elles seules allaient en enfer, l'Hadès où régnaient le diable et ses anges[xxviii].
GREGOIRE LE GRAND.
Commentaire sur le Ier Livre des Rois.
Pour éviter toute confusion,ilconvient de rappeler que ce commentaire sur le Ier Livre des Rois concerne en fait le premier Livre de Samuel, jusqu'à l'onction royale de David (1Sam.,16).
"En lisant le nom de l'auteur, Samuel, il faut comprendre, souligne Grégoire le Grand[xxix], que l'histoire racontée par lui est moins histoire que prophétie. Simple et vraie au sens littéral, elle n'en est pas moins d'une étonnante élévation et d'une profondeur qui lui vient de ses multiples sens cachés".
Alors qu'il occupait le siège papal depuis une dizaine d'années, Grégoire se consacra à cetteoeuvre exégétique avecle même souci qu'il avait eu pour sa recherche sur Job (Moralia in Job), celui de commenterle texte sacré verset parverset[xxx].
"Cette Sainte Ecriture, soulignait-il, oeuvre du Dieu tout-puissant,a cecid'admirable que,mêmequand onl'a expliquée de maintefaçon, il lui reste toujours des replis secrets où elle tient cachés des mystères. Il est très rare qu'une fois expliquée, elle ne garde pas un surplus pour de nouvelles et quotidiennes explications. Ainsi, par un grand dessein providentiel, le Dieu tout-puissant l'a mise au-dessus de toute compréhension, pour parer à la faiblesse changeante des hommes. Afin d'éviter qu'elle ne s'avilisse en devenant trop connue, elle a été faite de telle sorte que, paradoxalement, en la connaissant, on l'ignore. On la lit avec d'autant plus d'agrément que, chaque jour, on y trouve àapprendre. Le plaisir qu'elle procure est plus vif, du fait qu'elle a toujours quelque chose de neuf à offrir".
Dans son avant-propos, le traducteur qui met à notre disposition ce texteassez peuconnu de Grégoire[xxxi]nousinformedesconditions qui ont présidé à son écriture. C'est ainsi que le pape Grégoire entreprit d'expliquer ce livre de la Bible au cours d'entretiens en tête à tête avec un moine, l'abbé Claude de Ravenne, entretiens qui débutèrent vraisemblablement en 597. Ces nombreux exposés orauxconsignéssans doute sous formedenotes,permirent àClaude de rédiger un premier texte à son retour à Ravenne en avril 598. C'est au cours d'un second séjour à Rome effectué à la sollicita- tion de Grégoire, à partir de juillet 599, que Claude lut probable- ment au pape sa rédaction. Peu satisfait de ce travail, le pontife aurait alors entrepris de le revoir, récupérant après la mort de Claude (601), les inédits qu'il avait conservés. La mise au point définitive de ce qu'il appela l'"In I Regum" demanda encore deux années après la réception de ces derniers documents. Cette oeuvre fut sans doute la seule que le pape se donna la peine d'éditer, peu de temps avant sa mort[xxxii].
"Malgré ses richesses qui auraient dû le rendre précieux, ce commentaire est resté fort peu connu. C'est à peine si l'on entrevoit que Bède l'a lu au VIIIème s. Le reste de la longue chaîne des exégètes l'a ignoré, de même que les anthropologistes de l'oeuvre grégorienne.Deux manuscrits seulement en sont parvenus à l'âge de l'imprimerie. Imprimé pour la première fois à Venise(v) en 1537, ilfigure ensuite dansles diverses éditions des oeuvres de Grégoire, depuis celle de Lyon (1540), jusqu'à celle des Mauristes(m)(1705), reproduite par Migne. De tous les éditeurs qui se sont succédés, aucun n'a soufflé motd'une base manuscrite quelconque.Dès lors, il semble que toute cette tradition imprimée repose uniquement sur l'editio princeps, celle de Venise, qui n'indique pas le manuscrit qu'elle reproduit. Sept ans après ses articles de la Revue Bénédictine qui mettaient en lumière la valeur du manuscrit de Cava(C), Verbraken a édité le texte en 1956 d'après cet excellent témoin récemment exhumé. Comme il se doit, la nouvelle édition suit de très près l'unique manuscrit, non sans tenir compte de la première et de la dernière des éditions antérieures, celle de Venise et celle des Mauristes. Trois témoins (C,v,m), c'est-à-dire deux manuscrits (C et le modèle inconnu de v); tel est le matériel utile dont peut et doit se contenter l'éditeur moderne[xxxiii]".
L'appel de Dieu à Samuel.
Livre troisième du Commentaire.
Sens typique.
Le jeune Samuel servait donc le Seigneur en présence d'Héli. La parole du Seigneur était précieuse en ces jours-là; il n'y avait pas de vision qui perçait (1Sam.,3,1).
1,1. En disant que le jeune Samuel servait le Seigneur d'Héli, pourquoi ajoute-t-on que la parole du Seigneur était précieuse (rare), en ces jours-là?
Comme nous l'avons dit auparavant[xxxiv], Samuel représente les prédicateurs de la Sainte Eglise, et Héli les pères élus de l'Ancienne Alliance.
1,2. Le jeune Samuel servait donc le Seigneur quand le nouvel ordre des docteurs prêchait la foi au Rédempteur.
2,2. Mais ce service qu'il accomplissait pour Dieu, il l'accomplit aussi en présence d'Héli, et c'est bien à propos qu'on le dit car quand les prédicateurs élus de la sainte Eglise établirent par la prédication les bases de la nouvelle foi, ce qu'ils ont affirmé en recourant à la raison, ils l'ont fondé sur l'autorité des pères d'autrefois.
3,1. Alors, nous dit-on, la parole du Seigneur était précieuse. Ce qui est précieux ne peut être acheté à bas prix. Mais le prix qu'on paie pour acheter la parole de Dieu, c'est la peine qu'on prend à accomplir son oeuvre sainte.
4. Et parce que le peuple juif avait déjà perdu la lumière de la connaissance divine, le texte poursuit: En ces jours-là, il n'y avait pas de vision manifeste(1Sam.,3,1). Elle serait manifeste, la vision, s'il avait cru au Rédempteur dont il avait entendu qu'il était venu le visiter.
5,1. C'est de son aveuglement dont il est ensuite question: Il arriva qu'Héli était couché à sa place et ne pouvait rien voir, avant que la lampe de Dieu ne fût éteinte (1Sam.,3,2-3). De fait, la vision n'est pas manifeste aux yeux d'Héli, car le sacerdoce judaïque a été enseveli dans l'aveuglement de son incrédulité. Héli est donc couché à sa place car, bien qu'ayant la lettre de la Loi, il ne trouve pas dans la Loi et dans les prophètes la position debout de qui est dans la lumière, mais la chute de qui est dans l'aveuglement.
5,4. Néanmoins, celui dont on a dit qu'il ne peut pas voir est appelé "lampe de Dieu". De fait le magistère de la Synagogue a été la "lampe de Dieu" quand il resplendissait, en la personne des pères élus, de la lumière de la vraie prédication et de la promesse de la venue du Rédempteur. Cette lampe n'a pas pu voir au temps où Samuel assurait le service car, quand vint le temps de la nouvelle prédication, le magistère de la Synagogue encourut le châtiment du rejet éternel.
6,1. Et notons bien qu'il n'est pas dit:'Elle ne pouvait éclairer', car elle porte encore pour nous la lumière de la sainte Ecriture; seulement ce qu'elle porte elle ne sait pas ce que c'est.
6,2. Avant qu'elle ne fût éteinte, en effet, cela signifie: tant qu'elle éclaire. Et puisque, jusqu'à la fin du monde, la sainte Ecriture ne lui sera pas retirée, s'il ne voit pas avant même qu'elle soit éteinte, il restera dans l'aveuglement jusqu'à la fin du monde.
7,1. Toutefois, puisqu'on nous dit que la lampe indigne ne peut pas voir, on cherche celle qui est digne, afin de voir. Le texte poursuit en effet: Quant à Samuel, il dormait dans le Temple du Seigneur, où se trouvait l'Arche de Dieu. Et le Seigneur appela Samuel(1Sam.,3,3-4).
Assuré de l'aveuglement d'Héli, le Seigneur appela Samuel, parce que le sacerdoce des Juifs étant condamné, il éleva le nouvel ordre des prédicateurs à une plus haute grâce.
7,2. Mais celui qui a fait voir qu'il appelait, a montré aussi d'où il appelait, car c'est dans le temple du Seigneur, là où se trouvait l'arche, que Samuel dormait, nous a-t-on dit. Or le temple de Dieu c'est le lieu que Dieu habite. C'est pourquoi le psalmiste dit: "Le Seigneur dans son temple saint, le Seigneur a son temple dans les cieux"(a). Paul désigne ce lieu quand il dit: "Le temple de Dieu est saint, et ce temple, c'est vous"(b). Ainsi, le temple de Dieu, c'est l'âme de tout élu. Le temple où l'arche est déposée, c'est l'esprit dans lequel sont conservés par la connaissance les mystères de la parole divine.
7,3. Qu'est-ce donc que dormir dans le temple, sinon persévérer dans la vigilance exercée sur soi-même, sans que fléchisse l'attention? Samuel dormait dans le temple de Dieu, car chacun des prédicateurs de la grâce nouvelle, méprisant parfaitement tout ce qui est mondain, se reposa, veillant en l'intime de son âme élue. Et parce qu'il était instruit des mystères de la divine Ecriture, il dormait dans le temple où se trouvait l'arche. Et remarquons qu'il n'est pas dit:'Il dormit', mais:"Il dormait", car cette vigilance de son âme, il ne s'efforça pas de la maintenir temporairement, mais d'y persévérer longuement.
7,4. Ainsi le sommeil de Samuel désigne-t-il le parfait mépris de l'âme du docteur pour le monde. Le prédicateur dort donc dans le temple quand, ayant chassé loin de lui toute sollicitude mondaine, il rentre en lui-même en s'entretenant des réalités spirituelles. Pierre avait choisi le repos de ce sommeil quand il disait:"Il n'est pasbien d'abandonnerla paroledeDieu pourle service destables"(c)
7,5. C'est pourquoi Jéthro, le Madianite, parent de Moïse lui fit à bon droit ce reproche:"Tut'épuises bêtement à cette tâche;écoute donc ce que je te dis, et le Seigneur sera avec toi. Tiens-toi à la disposition du peuple pour les affaires qui relèvent de Dieu, et tu lui rapporteras ce qu'il lui dit"(d).D'où cette parole de Paul pour rappeler les Corinthiens au sommeil du temple:"En fait, c'est déjà un tort pour vous que d'avoir entre vous des procès. Pourquoi ne pas souffrir plutôt l'injustice?"(e). Il avait saisi que ceux qui étaient arrachés à la méditation spirituelle par le souci des procès, ne pouvaient dormir dans le temple de Dieu.
8. On rapporte donc qu'il fut appelé par le Seigneur alors qu'il dormait dans le temple, car ce docteur fut alors élevé à la connaissance des secrets divins, lui dont le cœur se souciait non de demeurer dans ce qui est extérieur, mais dans ce qui est intérieur.
9,1. Suite du texte: Il répondit: Me voici. Puis il courut à Héli et lui dit: Puisque tu m'as appelé. Celui-ci dit: Je ne t'ai pas appelé, mon fils, retourne dormir(1Sam.,3,4-5).
Pourquoi celui qui a entendu le Seigneur l'appeler a-t-il couru au-près d'Héli, sinon pace qu'il s'est cru appelé par Héli? Et puisque nousen sommes dansun commentairetypique,comment en vient-il à penser qu'il s'agit d'Héli, alors que c'est Dieu qui parle à l'enfant qu'il appelle?
9,2. Mais toutes les paroles prononcées par nos pères d'autrefois dans les saintes Ecritures, sont incluses dans la parole d'Héli. Puisqu'ils n'ont pas parlé d'eux-mêmes, Dieu ayant dit par leur entremise ce qu'il voulut, cette voix qu'on entend dans les saintes Ecritures, on sait que c'est la voix de Dieu qui s'exprime par la bouche d'Héli. Or, puisque l'enfant à qui Dieu parlait courut auprès d'Héli, Dieu prit certainement une voix semblable à celle d'Héli.
9,3. Comment se fait-il donc que la voix avec laquelle Dieu parle ne diffère pas de celle d'Héli, sinon parce que c'est Dieu lui-même qui parle aussi par les pères d'autrefois? On sait que la voix d'Héli est celle de Dieu, car tout ce que disent les pères élus par les paroles sacrées, ils ne l'ont pas reçu d'eux-mêmes, mais de Dieu. C'est pourquoi, chez les prophètes, on répète presque à chaque intervention:"Ainsi parle le Seigneur", afin que nous comprenions que ce que la voix fait entendre par l'oracle prophétique n'est pas le fait d'un homme qui parle, mais de Dieu qui commande.
10,1. Cependant, Dieu parle tantôt par les Ecritures, tantôt par inspiration secrète. Il parle par révélation secrète quand, par l'Esprit, il dévoile à l'âme de l'élu ce qu'il doit faire ou enseigner. C'est pourquoi Samuel courut à Héli quand il entendit le Seigneur l'appeler, car l'ordre élu des prédicateurs de la sainte Eglise recherchait dans le texte sacré la valeur de ce qu'il avait appris par révélation divine.
10,2. En effet, la règle d'une connaissance authentique a été énoncée dans les livres de la sainte Ecriture, car les desseins de Dieu y ont été exposés par nos vénérables pères, eux qui avaient l'Esprit Saint. Chaque fois qu'il a été appelé par le Seigneur, et il l'a été souvent, Samuel s'est donc empressé de se rendre auprès d'Héli,car en tout ce qu'il a appris par révélation de l'Esprit, l'ordre des prédicateurs a consulté les dires des pères d'autrefois, afin de ne tenir quelque chose pour révélation du Seigneur que lorsqu'il saurait que cela ne diffère en rien de ce qu'il lisait dans le texte sacré.
10,3. Il s'égare facilement, en effet, celui qui ne sait éprouver par l'éclatante vérité de la sainte Ecriture la valeur de ce qu'il a recueilli dans l'ombre dela contemplation.D'où cet avertissement de l'Apôtre : "Satan se transfigure en ange de lumière"(f).Or, comment reconnaître la fausse lumière, sinon à la clarté de la vraie? Samuel court donc auprès d'Héli chaque fois que le Seigneur l'appelle car, pour ne pas se laisser égarer par le fantasme de la fausse lumière dans leur intime contemplation, les saints docteurs examinent la qualité de leur révélation voilée en la comparant à la claire vérité de la sainte Ecriture.
11,1. A ce propos,il fautse demander comment Héli est en mesure de dire: "Je ne t'ai pas appelé, mon fils".
Cependant, nos pères qui, par la parole sacrée, parlent aux nouveaux prédicateurs, ne les appellent pas, mais ils leur montrent ce qu'est leur révélation intérieure. En effet, appeler l'âme de ses élus, c'est pour Dieu la réveiller par le souffle de sa grâce.
11,2. Les anciens pères, eux, parlent sans doute par la sainte Ecriture; mais ils ne peuvent pourtant pas réveiller le cœur de qui les entend par le souffle de la grâce divine. Puisque, quand on interroge les saintes paroles, elles nous montrent qu'elles ne peuvent procurer le don de la grâce spirituelle, Héli dément figurativement avoir appelé Samuel en prononçant des paroles.
12,1. Mais ce qu'elles ne peuvent donner, elles peuvent montrer comment on doit l'acquérir. C'est pourquoi Samuel s'entend dire par la voix d'Héli:"Retourne dormir". Pourquoi Héli donne-t-il, à l'enfant qui est appelé, l'ordre de retourner dormir, sinon pour montrer aux prédicateurs qu'ils doivent se préparer, par le repos de l'âme, à recevoir le don de la grâce intérieure?
12,2. Et remarquons qu'il est dit:"Retourne". Car Samuel s'en retourne quand le prédicateur élu passe de la méditation de la sainte Parole au secret de la contemplation intérieure. S'en étant donc retourné, il dormit, car il se reposa dans l'effort de la contemplation intérieure.
13,1. Ici il faut également remarquer que Samuel est appelé à trois reprises par le Seigneur, et qu'à trois reprises aussi Héli lui donne l'ordre de dormir. Qu'est-ce que cela signifie, sinon qu'il y a trois degrés de l'amour, comme nous l'avons appris de la Vérité elle- même:"Tu aimeras, dit-elle le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme et de toute ta force"(g)? Mais qu'entendons-nous par notre cœur, sinon le jugement[xxxv]? Et par notre âme, sinon la volonté? Que désigne, d'autre part, notre force, sinon le sentiment de l'amour?
13,2. En outre, que cherchons-nous à obtenir par le jugement, sinon la certitude de la vérité? Et, par le moyen de la volonté, que désirent ceux qui aiment, sinon la volonté de faire le bien? Que cherchent-ils par le moyen du sentiment, sinon la jouissance de la vraie joie? Nous sommes en effet élevés par les degrés de l'amour jusqu'au sommet, quand la vérité est révélée au jugement de notre cœur, que la véritable bonté est accordée à la volonté de notre âme et qu'il est donné au sentiment de notre force d'éprouver, par infusion de la grâce divine, la joie spirituelle et vraie.
14. Samuel est donc appelé trois fois par le Seigneur, car quand l' ordre des prédicateurs de l'Eglise, encore débutante, s'est efforcé de tendre aux réalités d'en haut, il a désiré obtenir la vérité par le raisonnement de son jugement, la bonté par le choix de la volonté et la vraie joie par l'intensité du sentiment. Appelé jusqu'à trois fois, il s'est rendu auprès d'Héli, car il s'est empressé de consulter la sainte Ecriture, par la méditation, au sujet de tous ses désirs. De même, il s'entendit dire à trois reprises par Héli qu'il n'avait pas été appelé, car il a appris, par la méditation, que nos pères nous ont transmis pour notre instruction les saintes paroles qu'ils ont consignées par écrit, sans pouvoir, cependant, nous gratifier des dons spirituels.
15,1. Que signifientdonc cesparoles:"Je ne t'ai pas appelé",sinon: "Ce n'est pas moi qui t'ai donné le désir des dons spirituels"? Car, si la sainte Ecriture ou si quelque écrivain conférait les dons spirituels, tous ceux qui lisent les saintes paroles, tous ceux qui écoutent parler les interprètes de la sainte Ecriture, seraient gratifiés de dons spirituels. Or, en fait, puisque beaucoup lisent chaque jour la sainte Ecriture, écoutent les prédicateurs qui l'interprètent, et qu' après s'être appliqués à la lecture etavoir été exhortés par la prédication,certains demeurent dansla froideurinchangée deleursvices, d'autres brûlent de l'amour des saintes vertus par l'effet de la grâce, il est clair que si l'ordre des vénérables pères nous a montré les dons des vertus en publiant les Ecritures, le Créateur seul nous l'accorde.
15,2. C'est pourquoi Jacques nous en avertit avec bonté:"Tout ce qui est donné de meilleur et tout don parfait vient d'en haut, descendant du Père des lumières"(h). D'où ce que dit Paul:"Celui qui plante n'est rien, ni celui qui arrose, mais celui qui donne la croissance, Dieu"(i). A quoi donc vise cette parole:"Je ne t'ai pas appelé", sinon à nous montrer clairement que le fait que l'âme du fidèle élu s'élève aux désirs des choses d'en haut, provient de la seule infusion de la grâce divine? Ainsi donc, quand le Seigneur appelle Samuel à trois reprises, et que son maître le renvoie dormir à trois reprises, il lui indique la façon d'atteindre les trois degrés de l'amour.
15,3. En effet, puisque nous avons mis le jugement en rapport avec le cœur et que le jugement désire trouver la vérité, un profond sommeil nous est nécessaire, de peur que celui qui aime ne se ré- veille avant d'avoir trouvé la vérité qu'il cherche. Que l'enfant retourne donc et qu'il dorme, afin que celui qui désire trouver la lumière de la vérité prenne garde dans le repos de ne pas se laisser gagner par les ténèbres de l'erreur. Qu'il s'endorme aussi une deuxième fois, afin d'offrir de toute son âme l'hommage de son amour à Dieu tout-puissant, et que les bonnes choses qu'il aime, il les aime avec la pureté de l'innocence, sans que nul voile de méchanceté ne les recouvre. Comme on ne reconnaît pas ce voile sans un discernement d'une grande finesse, l'enfant qui est appelé par le Seigneur reçoit d'Héli l'ordre de s'en retourner et de dormir.
15,4. En effet, s'il néglige de dormir pour atteindre ce degré de l'amour, la force qu'il désire obtenir, il ne l'obtient pas; car même si nous pouvons désormais, grâce à l'inspiration divine, aimer le bien, nous ne discernons pas pleinement le bien que nous voulons, tant que l'âme n'est pas en un profond repos. Samuel est donc renvoyé dormir à trois reprises, car on rappelle au nouvel ordre des prédicateurs qu'il doit aimer de toute sa force.
16,1. Et puisque nous avons associé la force au sentiment et que le sentiment de l'âme s'accomplit dans la joie spirituelle, Samuel a goûté le grand repos du sommeil et, très solidement instruit des réalités spirituelles par le repos, le nouvel ordre des prédicateurs n'a pas accueilli la joie étrangère qui se présente sous les apparences de la vraie joie. En effet, il en va du progrès dans la contemplation comme des autres vertus: l'âme du contemplatif s'en réjouit souvent à tort. Samuel a donc dormi de nouveau, car si l'ordre des docteurs ne redoublait pas de prudence quand il se livre à la contemplation, il croirait parfois jouir de la vraie joie alors que sa joie est vaine.
16,2. Ainsi a-t-il dormi une première fois car, s'efforçant de procurer à son esprit la connaissance de la vérité, il a rejeté tout ce qui est erroné, grâce à un jugement d'une grande finesse. Il a dormi une deuxième fois car, en apprenant à aimer le Créateur de toute son âme, il a pris soin, par le moyen d'un grand repos, de ne rien mêler de répréhensible aux biens qu'il désirait. Il a encore dormi une troisième fois, de sorte qu'en recevant, dans la contemplation de Dieu, la joie d'en haut, il pût rejeter après mûre délibération la vaine gaieté.
(a)Ps.,10,5;(b)1Cor.,3,17;(c)Ac.,6,2;(d)Ex.,18,18.19;(e)1Cor.,6,7;(f)2Cor.,11,14; (g)Matt.,22,37+Dt.,6,5;(h)Jc.,1,17;(i)1Cor.,3,7.
2ème LIVRE DE SAMUEL
Yahvé t'annonce qu'il te fera une maison et quand tes jours seront accomplis et quetu seras couché avec tespères,j'élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de tes entrailles et j'affirmerai sa royauté. C'est lui qui bâtira une maison pour mon Nom et j'affirmerai pour toujours son trône royal. Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils...
(2 Sam.,7,11-14: prophétie de Natân).
Le second livre de Samuel ne donne qu'en bref les résultats poli- tiques du règne de David: ils furent cependant considérables. Les Philistins furent définitivement repoussés, l'unification du territoire s'acheva parl'absorption des îlots cananéens,etd'abordJérusalem, qui devint la capitale politique et religieuse du royaume. Toute la Transjordanie fut soumise et David étendit son contrôle sur les Araméens dela Syrie méridionale.Cependant,lorsque David mourut vers 970, l'unité nationale n'était pas vraiment réalisée; David était roi d'Israël et de Juda, et ces deux fractions s'opposaient souvent: la révolte d'Absalom a été soutenue par les gens du Nord,le Benjaminite Shéba a voulu soulever le peuple au cri de "A tes tentes Israël". On pressent déjà le schisme.
La prophétie de Natân qui vient d'être rappelée ci-dessus, était intervenue après la prise de Jérusalem et le retour de l'Arche en cette ville. A partir de cette prophétie, l'espérance messianique ne cessera des'alimenter àces promessesfaites à la maison de David.
Paragraphes d'appui:
David apprend la mort de Saül:(2Sam.,1,1-16).
Elégie de David sur Saül et Jonathan:(2Sam.,1,17-27).
IVDAVID.
1. David roi de Juda.
L'unité nationale étant compromise, David est sacré roi à Hébron, mais les tribus du Nord lui opposent Ishbaal, descendant de Saül, réfugié en Transjordanie.
Sacre de David à Hébron:(2Sam.,2,1-4).
Message aux gens de Yabesh:(2Sam.,2,5-7).
Abner impose Ishbaal comme roi d'Israël:(2Sam.,2,8-11).
Guerre entre Juda et Israël. Bataille de Gabaôn:(2Sam.,2,12-32).
Fils de David nés à Hébron:(2Sam.,3,1-5).
Rupture entre Abner et Ishbaal:(2Sam.,3,6-11).
Abner négocie avec David:(2Sam.,3,12-21).
Meurtre d'Abner:(2Sam.,3,22-39).
Meurtre d'Ishbaal:(2Sam.,4,1-12).
2. David roi de Juda et d'Israël.
Le meurtre d'Ishbaal a rendu l'union possible et David est reconnu comme roi par Israël.
Sacre de David comme roi d'Israël:(2Sam.,5,1-15).
Prise de Jérusalem:(2 Sam.,5,6-12).
Fils de David à Jérusalem:(2Sam.,5,13-16).
Victoire sur les Philistins:(2Sam.,5,17-25).
L'arche à Jérusalem:(2Sam.,6,1-23).
Prophétie de Natân:(2Sam.,7,1-17).
Prière de David:(2Sam.,7,18-29).
Les guerres de David:(2Sam.,8,1-14).
L'administration du royaume:(2Sam.,8,15-18).
3. La famille de David et les intrigues pour la succession.
A. Mephibaal.
Bonté de David envers le fils de Jonathan:(2 Sam.,9,11-13).
B. La guerre ammonite. Naissance de Salomon.
Insulte aux ambassadeurs de David:(2Sam.10,1-5).
Première campagne ammonite:(2Sam.,10,6-14).
Victoire sur les Araméens:(2Sam.,10,15-19).
Par cette victoire, David établit son contrôle sur les Araméens de la Syrie méridionale.
Seconde campagne ammonite.Faute de David:(2Sam.,11,1-27).
Reproches de Nataân.Repentir de David:(2Sam.,12,1-15).
Mort de l'enfant de Bethsabée.Naissance de Salomon:
(2Sam.,12,16-25).
Prise de Rabba:(2Sam.,12,26-31).
C. Histoire d'Absalom.
La révolte d'Absalom est soutenue par les gens du Nord.
Amnon outrage sa soeur Tamar:(2Sam.,13,1-22).
Absalom fait assassiner Amnon et prend la fuite:(2Sam.,13,23-37).
Joab négocie le retour d'Absalom:(2Sam.,14,1-24).
Quelques détails sur Absalom:(2Sam.,14,25-27).
Absalom obtient son pardon:(2Sam.,14,28-33).
Les intrigues d'Absalom:(2Sam.,15,1-6).
Révolte d'Absalom:(2Sam.,15,7-12).
Fuite de David:(2Sam.,15,13-23).
Le sort de l'arche:(2Sam.,15,24-29).
David s'assure le concours de Hushaï:(2Sam.,15,30-37).
David et Ciba:(2Sam.,16,1-4).
Shiméï maudit David:(2Sam.,16,5-14).
Hushaî rejoint Absalom:(2 Sam.,16,15-19).
Absalom et les concubines de David:(2Sam.,16,20-23).
Hushaî déjoue les plans d'Ahitophel:(2Sam.,17,1-16).
David, informé, passe le Jourdain:(2Sam.,17,17-23).
Absalom franchit le Jourdain.David à Mahanayim:(2Sam.,17,24-29)
Défaite du parti d'Absalom:(2Sam.,18,1-8).
Mort d'Absalom:(2Sam.,18,9-18).
Les nouvelles sont portées à David:(2Sam.,18,19-32).
Douleur de David:(2Sam.,19,1-9).
On prépare le retour de David:(2Sam.,19,10-15).
Episodes du retour: Shiméï:(2Sam.,19,16-24).
Mephibaal:(2Sam.,19,25-31).
Barzillaï:(2Sam.,19,32-40).
Juda et Israël se disputent le roi:(2Sam.,19,40-44).
Révolte de Shéba:(2Sam.,20,1-3).
Assassinat d'Amasa:(2Sam.,20,4-13).
Fin de la révolte:(2Sam.,20,14-22).
Les grands officiers de David:(2Sam.,20,23-26).
V. SUPPLEMENTS.
La grande famine etl'exécution desenfantsde Saül:(2Sam.,21,1-14)
Exploits contre les Philistins:(2Sam.,21,15-22).
Psaume de David:(2Sam.,22,1-51).
Dernières paroles de David:(2Sam.,23,1-7).
Les preux de David:(2Sam.,23,8-39).
Le dénombrement du peuple:(2Sam.,24,1-9).
La peste et le pardon divin:(2Sam.,24,10-17).
Construction d'un autel:(2Sam.,24,18-25).
EXEGESE PATRISTIQUE
SAINT AMBROISE
Apologie de David.
Dans sa forme extérieure, l'ouvrage[xxxvi] se présente comme une plaidoirie, dans laquelle Ambroise cherche à excuser le double crime d'adultère et de meurtre commis par David lorsqu'il fut séduit par la beauté de Bethsabée (ou Bersabée). Ce plaidoyer comporte deux parties.Tout d'abord Ambroise plaide pour David en faisant ressortir ce qui justifie ou peut excuser son péché (paragraphes 1à40). Puis, David entre en scène avec son Psaume 50 (Miserere), où il confesse sa faute et implore son pardon.
Plaidoyer d'Ambroise pour David.
Dans son premier plaidoyer de type cicéronien, Ambroise implore le pardon des juges pour David (deprecatio), essayant de minimiser sa responsabilité (une seule faute commise face à une multitude de bonnes actions). Non seulement il s'est repenti abondamment de cette chute notoire, mais tout le reste de sa vie a montré que son péché n'avait été qu'un égarement passager. Et d'ailleurs, dans sa faute même, il n'a pas agi par haine ou par cruauté, de même que dans l'exercice du pouvoir, il a toujours été miséricordieux et porté à l'indulgence.
"Ce plaidoyer comporte, notamment au chapitre 15, la formulation d'excuses sérieuses (allegationes) en invoquant l'ignorance ou le hasard ou une nécessité extérieure, c'est la purgatio: le péché de David devait se produire, tout d'abord en raison de la fragilité humaine, mais surtout par la volonté de Dieu qui voulait montrer aux hommes que la perfection des saints est imitable et qu'elle dépend entièrement de la grâce divine. Par-dessus tout, le péché de David avait sa place nécessaire dans l'économie divine, dans laquelle il se situe comme une figure particulière du mystère du salut"[xxxvii]. Deprecatio et purgatio sont les deux formes de la concessio, c'est-à-dire de l'aveu, de la confession, seule attitude possible dans une telle situation.
L'Apologia David, une oeuvre au coeur d'une période troublée.
Ce plaidoyer d'Ambroise en faveur de David serait issu d'une homélie prononcée le jour même où l'on avait lu l'Evangile comprenant la parabole des mines[xxxviii]. On suppose que, selon les habitudes d'Ambroise,elle a été revue,corrigée,complétée,à partir de ses notes préparatoires et de la sténographie prise in situ.
Comme l'a relevé P.Hadot dans son introduction, Ambroise se serait particulièrement appliqué à cette rédaction de l'Apologia David, sans doute à cause de la destination de l'écrit si l'on admet les visées et l'impact de la dédicace à l'empereur Théodose datant du premier semestre 390, dédicace qui constitue sans doute l'ultime élément rédactionnel des textes d'Ambroise qui ont un rapport avec le péché et le repentir de David. Concentrés sur une période relativement courte (de 388 à 390), ces textes encadrent plusieurs évènements historiques. P.Hadot, à partir de cette chronologie et celle des écrits ambrosiens, s'est appliqué à reconstituer les différentes étapes de l'Apologia David. Selon son hypothèse, il y a eu tout d'abordun sermon surlePsaume 50 prononcé devantle peuple chrétien à une date qui ne peut être antérieure à l'automne 388. Il y a eu ensuite une période de rédaction durant laquelle se sont produits les évènements de l'automne 388, c'est-à-dire la défaite de Maxime et l'affaire de Kallinika[xxxix]. C'est peut-être en relation avec ces évènements qu'Ambroise introduit dans l'Apologia le développement consacré aux vertus de David et dans lequel prend place l'évocation de la défaite de Maxime[xl]. Ce commentaire sur le Psaume 50 ainsi rédigé aurait pu être introduit plus tard, dans le recueil intitulé Explanatio psalmorum XII qui réunit plusieurs commentaires écrits à différentes époques. Survient alors,au début de l'année 390,le drame de Thessalonique où Théodose, en représailles à l'assassinat du gouverneur militaire Buthéric, fait massacrer dans le cirque de la ville plusieurs milliers de personnes.
Ambroise, profondément bouleversé par ces exactions, envoie à l'empereur sa lettre 51 pour l'exhorter à la pénitence, lettre qui offreànouveaubien desthèmes communsavecl'Apologia David[xli]. C'est alors que son commentaire duPsaume 50 lui paraîtconstituer une illustration excellente de ce qu'il a voulu dire au nouveau David. A ce moment-là donc, retirant son commentaire de l'Expla- natio Psalmorum XII auquel il était destiné, Ambroise lui aurait donné une forme définitive, en l'adaptant aux dernières circonstances,en y ajoutantnotammentquelques phrases quiinsistent fortement sur la pénitence des rois.
Texte de SAINT AMBROISE.
Le péché de David justifié en tant que figure destinée à notre amendement.
A. Le Christ s'est lui-même fait péché pour notre amendement.
10. Mais peut-être quelqu'un trouverait-il misérable l'excuse que nous proposons, lorsque nous disons que c'est pour notre amendement(a)qu'un si grand prophète a pu commettre une faute.Pour- tant, n'est-ce pas pour nous racheter tous que le Christ a pris sur lui nos maladies(b), lui qui, pour nous s'est fait péché, lui qui ne connaissait pas le péché(c)? Peut-on alors juger inconvenant, croire invraisemblable que, pour le progrès moral des hommes à venir, David soit tombé dans l'opprobre d'une faute unique, alors que le Seigneur lui-même s'est fait opprobre pour nous, comme il le dit lui-même:"Pour moi, je suis un ver de terre, non un homme, l'opprobre des hommes et le rebut du peuple"(Ps.,21,7), et ailleurs,:"Et les opprobres de ceux qui me blâment sont tombés sur moi"(Ps.,69,10)? Il a donc par avance annoncé, dans la vie de ceux qui lui appartiennent, le mystère de l'économie future. Et à vrai dire, ils étaient propres à la condition humaine les péchés qu' ont portés les humbles serviteurs, car ces serviteurs n'étaient pas capables d'être eux-mêmes étrangers au péché. Mais le Seigneur, c'est le fardeau qu'il a pris sur lui, c'est pourquoi il est le seul à ne pas avoir de part au péché(d).
(a)1Cor.,10,11;(b)Is.,53,4;(c)+(d)2Cor.,5,21.
B. Légitimité de l'interprétation figurative de la faute de David: les figures de l'Ancien Testament.
La figure du serpent d'airain.
11. De plus-c'est aussi l'enseignement de l'Apôtre-nous savons que bon nombre d'évènements qui se sont produits dans le passé sont arrivés en figure(a).Car l'Apôtre ayant déclaré que nos pères, dans le désert, après avoir été mordus par les serpents, n'avaient pu être guéris autrement que par le geste de Moïse levant au-dessus d'eux un serpent d'airain dont la vue les guérissait des morsures mortelles(b) et du venin qui s'était glissé en eux d'une manière funeste, l'Apôtre, dis-je, a ajouté:"Tout cela leur arriva en figure en vuede notre amendement"(c).En figure,le serpentd'airain était, en quelque sorte, crucifié vraiment pour le genre humain, attaché à la croix parce qu'était annoncé celui qui devait être celui qui éliminerait les poisons du serpent qu'était le diable; dans la figure c'était un maudit(d), mais dans la vérité, celui qui effacerait les malédictions du monde entier!
Les figures des deux Alliances.
Ailleurs encore, c'est-à-dire dans l'Epître aux Galates, l'Apôtre dit: "Abraham eut deux fils, l'un de la servante et l'autre de la femme libre"(e). Et il ajoute:"Mais le fils de la servante naquit selon les lois de la chair, tandis que le fils de la femme libre naquit en vertu de la promesse; et ces choses ont été dites par allégorie"(f). Le sens de cette allégorie, l'Apôtre l'explique clairement dans la suite, quand il dit que ces deux enfants, celui de l'esclave et celui de la femme libre, sont "les deux Alliances: l'une engendrant pour la servitude, vient du Sinaï", montagne sur laquelle Moïse reçut du Seigneur la Loi, et l'autre vient de Jérusalem, cité libre, qui a engendré des fils libres en Isaac, c'est-à-dire dans la liberté de la grâce et non dans l'esclavage de la lettre(g). Contre les esclaves en effet est prononcé un châtiment, mais aux hommes libres est conférée la grâce. N'est-ce pas aussi pour figurer ce double peuple que Jacob prit deux épouses(h), par lesquelles il donna naissance à deux descendances opposées? Pourquoi lit-on que le patriarche Juda désira s'unir à sa propre bru, après la mort de son fils et pourquoi des jumeaux sont-ils issus de cette union(i)? N'est-ce pas pour qu'existe à l'avance la figure des deux Alliances du Seigneur Jésus-dont l'une fut fondée dans la représentation de sa mort future(j) et l'autre fut établie dans la réalité[xlii] de l'Evangile(k)-, figure représentant à l'avance que deux peuples devaient être engendrés, dont le second par le signe de la croix, ferait brèche dans la clôture et les remparts du premier? C'est ce second peuple qui a montré le premier sa main, mais qui est apparu au jour en second(l)? Ou alors, serait-ce parce que le Seigneur Jésus lui-même, né de la tribu[xliii] de Juda(m), a voulu annoncer à l'avance ses oeuvres, avant de naître pour nous de la Vierge?
(a)+(c)1Cor.,10,11;(b)Nomb.,21,8-9;(d)Deut.,21,23etGal.,3,13;(e) Gal., 4,22;(f)Gal.,4,23-24;(g)Gal.,4,24-31;(h)Gn.,29,25-28;(i)Gn.,38,6-27;(j) Ex., 24,8;(k)Matt.,26,28etLc.,22,20.(l)Gn.,38,28-30;(m)Matt.,1,3.6.20.
Joseph, figure de l'Incarnation.
12. Que dire de Joseph qui, assailli par ses frères, dépouillé de la robe que lui avait donnée son père, jeté dans une citerne, vendu comme un esclave(a), a représenté clairement la figure de l'incar- nation du Seigneur? Car le fils bien-aimé du Père(b), bien qu'il fût en la forme de Dieu, n'a pas considéré comme un bien à garder jalousement son égalité avec Dieu, mais s'est anéanti lui-même, au point de venir sous l'aspect de l'esclave et de s'humilier jusqu'à la mort de la croix(c), au prix de laquelle, acheté et vendu par ses frères(d), il a racheté le genre humain.
David figure du Christ.
C'est aussi en figure du Seigneur, que David a été choisi parmi ses frères, lui le plus jeune, qu'il a reçu l'onction royale(e), qu'il a, à lui seul, par un combat singulier, délivré tout le peuple des dangers d'une terrible guerre(f), en sorte que les jeunes filles chantaient en s'accompagnant sur le tambourin:"Saül a triomphé de mille guerriers, mais David de dix mille"(g). Que préfigurent ces jouvencelles, sinon les âmesqui chantent ensemble un psaume triomphalau Christ[xliv]? David engendra des fils, l'un incestueux, l'autre parricide(i); c'est qu'un peuple incestueux et parricide devait faire violence à la chair de son propre créateur, clouée au gibet de la croix. Car dans le psaume3,Absalom est nommé dès le titre même(j) etla passion du Seigneur y est prophétisée[xlv].
(a)Gn.,37,23-28;(b)Matt.,3,17et17,5;(c)Phil.,2,6-8;(d)Matt.,26,14.47-50; (e)1Sam.,16,11-13;(f)1Sam.,17,32-54;(g)1Sam.,18,7;(h)2Sam.,3,2.3;(i)2Sam.,3,1-14;(j)Ps.,3,1.
Salomon.
13. Que dirais-je du saint Salomon? Ses dernières actions ne sont pas exemptes de graves égarements(a) et pourtant le peuple juif lui-même croit qu'il est venu à la place du Christ[xlvi]. Mais combien d'hommes, son péché commis dans de graves égarements, n'a-t-il pas ramenés dans le doit chemin? Et ainsi plus la faute a été grave, plus elle a été profitable: on aurait pu croire que Salomon fût plus qu'un homme, s'il avait été exempt de faute humaine. En lui donc, la sagesse fut pour nous reproche de ne pas l'imiter, et la faute exhortation à le faire, puisqu'elle a prouvé qu'il était homme.
(a)3Rois,11,4-8.
C. Le mariage de David et de Bersabée, figure de la vocation des Gentils et de la Rédemption.
14. Qu'est-ce doncalors quinous empêche de croire que Bersabée, elle aussi, unie au saint David (a) ne l'ait été en figure, afin de signifier l'Eglise des nations[xlvii] ? Celle-ci n'avait pas été unie au Christ par cette sorte de mariage légitime qu'eût été la foi, parce qu'elle devait s'introduire comme par une porte détournée pour conquérir sa grâce, en dehors des prescriptions de la Loi; sa nudité, celle d'un cœur pur, et sa simplicité sans voile, grâce au sacrement du bain qui justifie, devaient séduire le cœur du vrai David, du roi éternel et provoquer son amour(b). C'est à bon droit qu'il est venu en se cachant pour tromper cet autre Urie-le mot signifie "ma lumière"-qu'est le prince de ce monde(c) qui se transforme en prince de lumière(d). Il est venu, dis-je, en ce monde et il est venu en se cachant,il est entré comme un homme adultère afin de revendiquer son droit légitime.
(a)2 Sam.,11,27;(b)2Sam.,11,2-5;(c)Jn.,12,31;(d)2Cor.,11,14.
Le péché de David justifié en considération de la fragilité humaine et de son exceptionnel repentir.
A. Le péché de David et son repentir.
15. Nous avons formulé, en détail, des excuses sérieuses, nous semble-t-il, et nous avons démontré que les faits contenus dans notre récit étaient arrivés en figure. Reprenons maintenant ce que nous disions et examinons cette fois la faute de David en la dépouillant en quelque sorte de ses vêtements spirituels. David a péché, ce dont les rois sont coutumiers. Mais il a fait pénitence, il a pleuré, il a gémi, ce dont les rois ne sont pas coutumiers. Il a avoué sa faute(a), il a imploré miséricorde; étendu à terre, il a pleuré sa misère, il a jeûné, il a prié(b), et en racontant sa douleur il a transmis à toute la suite des siècles le témoignage de sa confession. Chose que des particuliers rougissent de faire, un roi n'a pas rougi de faire une confession publique! Des hommes assujettis aux lois ont l'audace de nier leur péché, ne daignent pas demandé ce pardon que recherchait celui qui n'était assujetti à aucune loi humaine. Il a péché: c'est la marque de sa condition; il s'est prosterné, c'est la marque de son amendement. Sa faute, c'est le lot commun;mais sa confession,c'est son mérite distinctif. Ainsi être tombé dans le péché, c'est le propre de la nature, mais avoir lavé sa faute, c'est le propre de la vertu."Qui se glorifie, dit (le sage), d'avoir un cœur pur"(c)? Jusqu'à l'enfant d'un jour qui ne peut être pur, au témoignage de l'Ecriture(d)!
(a)2Sam.,12,13;(b)2Sam.,12,16;(c)Prov.,20,9;(d)Job,14,4.5.
B. Le péché est naturel à l'homme.
Samson
16.Donnez-moi un homme qui ne soit tombé dans aucune faute. Fort entre tous les forts, tel était Samson, lit-on dans l'Ecriture, lui qui étrangla même un lion de ses mains(a); plût au Ciel qu'il eût été capable d'étouffer son amour(b)! Il incendia les moissons des Philistins(c), mais il brûla lui-même du pauvre feu allumé par une seule femme(d).
Jephté.
Jephté rentra,vainqueur des ennemis,mais à l'heure où il ramenait ses étendards triomphants, il fut vaincu par son propre serment, en sorte qu'il crut devoir payer d'un parricide l'amour de sa fille accourant à sa rencontre(e). Et tout d'abord, quel besoin de faire un serment avec autant de légèreté et de faire vœu, pour des choses certaines, de choses incertaines dont il ne pouvait pas connaître l'issue? En second lieu c'est rendre ses serments odieux au Seigneur Dieu, s'il faut admettre qu'on ne puisse les accomplir que par des meurtres sanglants.
(a)Jug.,14,6;(b)Jug.,14,17;(c)Jug.,15,4;(d)Jug.,16,4;(e)Jug.,11,30-39.
Aaron et Marie (Miryam)
17. Je ne pense pas non plus qu'il faille garder le silence au sujet des prêtres: je ne voudrais pas paraître dissimuler nos manquements. Aaron lui-même, le grand prêtre, sous la conduite duquel, avec Moïse, le peuple hébreu traversa à pied la Mer Rouge(a), fut sollicité par le peuple de lui faire des dieux qu'il pût adorer; il demanda de l'or, le fit fondre au feu et l'on en façonna une tête de veau à laquelle on offrit des sacrifices(b). Preuve éclatante que la soif de l'or est cause d'infidélité et que la passion de l'avarice a coutume d'engendrer des sacrilèges(c). Une autre fois, ce prêtre si grand tomba, avec sa sœur Marie,dans une occasion de péché.En effet, alors qu'Aaron et Marie critiquaient leur frère (Moïse) pour avoir épouséunefemme étrangère,brusquement Marie fut couverte des efflorescences de l'infection qui rendit sa chair tachetée(d).
18. En ce passage de l'Ecriture, il y eut la figure d'un mystère clairementindiqué:ce peuple sacerdotaldes anciens Hébreux outragerait par la suite un peuple frère, en ignorant le mystère de cette femme éthiopienne. S'il l'avait en effet connu, il n'aurait pas blâmé ce qui était en accord avec cet antique mystère. C'est pourquoilorsquele Juif déclare impur celui qui,appelé parmi les Gentils, a cru et qu'il veut le retrancher de la Loi, il a une lèpre, dont il ne pourra se délivrer que si l'intelligence spirituelle de la Loi lui est accordée en vue du pardon.
19. David donc,lui aussi parce qu'ilse savait homme et capable de tomber,demanda son pardon et ne désespéra pas dela miséricorde du Seigneur.
(a)Ex.,14,15-31;(b)Ex.,32,1-6;(c)Ephés.,5,5;(d)Nombr.,12,1-10.
Le péché de David justifié en tant que figure du mystère de l'Incarnation.
La parabole de Natân et la parabole des mines[xlviii].
Le riche représente Jésus.
20. Et il n'y a pas de dissonance, semble-t-il, entre la parabole et la figue. Qui est, en effet, le riche, si ce n'est Jésus, notre Seigneur, qui dit de lui-même, comme on l'a lu aujourd'hui[xlix]: "Un homme, qui était riche, partit pour un pays lointain, afin d'y recevoir la royauté et revenir ensuite"(Lc.,19,12.13)? Et il était vraiment riche des richesses de sa majesté et de la plénitude d'une divinité qui lui appartenait en propre(a), lui que les Anges et les Archanges, les Vertus, les Puissances, les Principautés, les Trônes et les Dominations, les Chérubins et les Séraphins(b),servaient dans une inlassable soumission(c).
La brebis: la chair de l'homme, possession du démon.
Et pourtant, tout riche qu'il fût(d), il abandonna quatre-vingt-dix-neuf de ses brebis dans les montagnes, et il se mit à la recherche d'une unique brebis qui, fatiguée, était demeurée en arrière(e). Cette brebis, le prince de ce monde(f), pauvre et démuni en comparaison de ce riche dont nous parlons, la nourrissait comme sa fille, de ses aliments à lui(g). Il était donc naturel qu'elle eût défailli, elle qui n'avait pour subsister que les nourritures du siècle. Elle s'était égarée en Adam, notre brebis attirée par les pièges du serpent(h).
(a)Col.,2,9;(b)Col.,1,16etEphés.,1,21;(c)Matt.,4,11;(d)2Cor.,8,9;(e) Matt.,18,12-14;(f)Jn.,12,31et14,30;(g)2Sam.,12,3;(h)Gen.,3,1-6.
21. Ce n'était pas une méchante brebis, attendu qu'elle était "remplie" du Verbe, en tant qu'elle était la "fille de l'hebdomade[l] mystique" et l'ouvrage du saint créateur. Pourtant, longtemps, elle ne fut pas nourrie de biens précieux, mais de pauvres biens d'un miséreux. Car "elle mangeait, dit l'Ecriture, de son pain, buvait à sa coupe et dormait sur son sein(a)". Elle était loin d'être bonne la nourriture des Ethiopiens(b), funeste était la coupe d'or de Babylone, qui enivrait les nations(c). Le sommeil ne sert de rien pour ceux qui dorment, j'aime mieux veiller. Car "l'égarement a saisi tous les hommes au coeur fol; ils ont dormi leur sommeil et ils n'ont rien trouvé"(d).
La brebis: la chair du Christ immolée et ressuscitée.
Pour satisfaire à l'hospitalité, car il avait reçu un hôte, et servir un repas à celui-ci, c'est cette brebis du pauvre(e) qu'il prit; en effet, s'il avait immolé l'une de ses brebis ou l'un de ses bœufs à lui,elle n'aurait pu être pour nous d'aucun secours. Car si ce n'était pas nous qu'il eût immolés, il n'aurait pas pu nous racheter.
(a)2Sam.,12,3;(b)Ps.,73,14;(c)Jér.,28,7etApoc.,17,4-5;(d)Ps.,75,6;(e)2 Sam.,12,4.
22. Les maladies (a) consécutives à notre faiblesse, il les a donc accueillies en sa chair hospitalière, par un extraordinaire amour; et pour soulager ou plutôt recréer notre fragilité, il a offert sa chair à cette glorieuse passion salvatrice, afin de nous donner la nourriture de la vie éternelle.
Et l'Ecriture a bien raison de nous parler d'agnelle(b), puisque cette chair était le fruit de la Vierge. Et c'est avec raison que ce riche est déclaré"digne de mort"(c)par unjugementprophétique,puisque, à son tour, Caïphe prophétisa quand il dit:"Il convient qu'un seul homme meure pourle peuple"(Jn.,11,50).Or,seul le SeigneurJésus a été déclaré digne d'une mort telle que, grâce à elle, il enlèverait le péché du monde(d). Et il est beau que l'Ecriture ait ajouté:"Il rendra l'agnelle"(e). En effet, il a ressuscité sa propre chair, il a restitué cette chair dans son intégrité virginale. Et il n'est pas inutile non plus que l'Ecriture ait dit:"Il rendra l'agnelle au quadruple"(f). Car quadruple est la résurrection des morts, comme l'enseigne l'Apôtre en disant:"Le corps est semé dans la corruption, il ressuscite dans l'incorruption; il est semé dans l'ignominie, il ressuscite dans la gloire; il est semé dans la faiblesse, il ressuscite dans la force; il est semé comme un corps animal, il ressuscite comme un corps spirituel"(1Cor.,15,42-44). Il est vrai qu'il rendra aussi l'agnelle au quadruple, au sens où déjà un homme peut dire:"Si j'ai frustré quelqu'un, je lui restitue le quadruple"(Lc.,19,8). Et c'est encore bien à propos que l'Ecriture a ajouté ces paroles:"Parce qu'il n'a pas eu pitié"(2Sam.,12,6), car le Christ n'a pas eu pitié de lui-même(h) pour secourir tous les hommes.
(a)Is.,53,4;(b)2Sam.,12,3;(c)2Sam.,12,5;(d)Jn.,1,29;(e),(f)et(g)2Sam.,12,6;(h)Rom.,8,32.
La rémission des péchés révélée à David.
23. Et c'est pourquoi aussi il lui a été dit-par le Seigneur Jésus à son serviteur David-afin qu'il proclame le mystère:"Puisque tu as fait cela dans l'ombre, je le ferai, moi, devant tout Israël, à la face du soleil qui nous éclaire"(2Sam.,12,12). Et tout d'abord, c'est vrai, dans son ignorance du mystère, David fut bouleversé d'indignation(a), mais son cœur n'erra pas. Ensuite, dès qu'il eut connu le grand mystère-car grand est le mystère du Christ et de l'Eglise(b)-, voyant dans l'avenir la rémission de tous les péchés[li], prévoyant l'éclat de la grâce que l'on trouverait par le bain de la régénération et l'infusion de l'Esprit Saint(c), sûr du pardon, il dit: "J'ai péché contre le Seigneur"(d). Il voulait lui aussi partager le sort de ceux qui connaîtraient la rémission de leur faute. Vois-tucommeilapleurésonproprepéché?Quis'étonneraitqu'il lui ait été pardonné?
(a)2Sam.,12,5;(b)Ephés.,5,32;(c)Tite,3,5.6;(d)2Sam.,12,13.


[i] 2Sam.,7:(11)Yahvé t'annonce qu'il te fera une maison.(12)Et quand tes jours seront accomplis et que tu seras couché avec tes pères, j'élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de tes entrailles, et j'affermirai sa royauté.(13)C'est lui qui bâtira une maison pour mon Nom etj'affermirai pourtoujours sontrôneroyal.(14) Je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils...
[ii] Ac.,2:(30)Mais comme il était prophète et savait que Dieu lui avait juré par serment de faire asseoir sur son trône un descendant de son sang,(31)il a vu d'avance et annoncé la résurrection du Christ qui, en effet, n'a pas été abandonné à l'Hadès, et dont la chair n'a pas vu la corruption.
2Co.,6,18: Je serai pour vous un père, et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant.
He.,1,5: Auquel des anges en effet, Dieu a-t-il jamais dit:"Tu es mon Fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Et encore:"Je serai pour lui un père".
[iii] La preuve nous en est fournie au début de l'homélie sur Anne où Origène fait l'éloge de l'évêque de la communauté devant laquelle il prêche et il le nomme: "le pape Alexandre", connu par ailleurs pour être l'évêque de Jérusalem.
C'est en effet auprès d'Alexandre qu'Origène avait cherché refuge une première fois devant l'hostilité de l'évêque Démétrius d'Alexandrie; Alexandre l'avait bien accueilli et lui avait même demandé de prêcher alors qu'il était encore laïc. Origène, cette fois-là rentra à Alexandrie, mais peu après, il quitta définitivement cette ville et fut ordonné prêtre en Palestine par l'évêque Théoctiste de Césarée. Démétrius l'apprenant, envoya une lettre à l'évêque de Rome, Pontien, pour se plaindre des deux évêques palestiniens et l'inviter à rompre avec aux; Pontien répondit à Démétrius en les blâmant. Alexandre et Théoctiste écrivirent alors à Pontien pour se défendre et défendre en même temps Origène.
Eusèbe de Césarée nous a conservé en outre un billet plein d'amitiés qu'Alexandre fit ensuite porter à Origène.
[iv] L'édition critique par W.A Baehrens figure dans la collection de l'Académie de Berlin (1925). Le texte y est établi d'après onze manuscrits (à ancêtre commun selon Baehrens), dont les deux plus anciens sont ceux de Lyon et de Laon datant du IXème siècle.
[v] Pierre et Marie-Thérèse Nautin,in Homélies sur Samuel, par Origène, Sources Chrétiennes,Paris Cerf 1986,n°328.
"Pour l'édition présente, a souligné M.T.Nautin, nous n'avons pas cru nécessaire de collationner à nouveau les manuscrits qui l'avaient été par Baehrens. Nous avons travaillé sur son apparat critique et nous avons abouti au même texte,(à quelques exceptions près, précisées par elle)".
[vi] Pour nous, premier Livre de Samuel.
[vii] Les nouveaux venus n'étaient admis qu'à entendre l'explication de l'Ancien Testament (note du traducteur).
[viii] Ici commence, en effet, l'explication proprement spirituelle d'Origène.
[ix] La Septante portait "un homme"; les autres traductions, ou tout au moins Aquila, réputé le plus fidèle, avait "un seul homme", traduction littérale de l'hébreu (note du traducteur).
[x] Etymologie empruntéeàla Traduction des noms hébreux:cf.Lagarde,p.164,67; 177, 58, etc. Wutz, p.13,72,114. Elle avait été utilisée par Philon, Leg.,III,93 et le sera encore par Origène.
[xi] "Demande-toi d'abord pourquoil'Ecriture rapporte d'un grandnombre de saintes femmes qu'elles furent stériles,comme Sara, comme Rebecca. Rachel aussi, la pré- férée d'Israël, fut stérile. Stérile aussi, selon l'Ecriture, Anne la mère de Samuel. Et dans les Evangiles aussi on fait mention de la stérilité d'Elisabeth. Pour toutes ces femmes, un seul titre d'honneur est indiqué, celui d'avoir mis au monde, toutes, à la fin de leur stérilité, un enfant saint"(HomGen.12,1).
[xii] Celui qui veut devenir chrétien commence par croire, par l'effet d'une grâce, puis il corrige ses mœurs pendant le catéchuménat.
[xiii] En clair, les fils de Phennana sont les chrétiens ordinaires: ils participent à l'Eucharistie et produisent des oeuvres de justice; ceux d'Anne sont les spirituels qui se tiennent près de Dieu,comme Samuel dans le Temple en consacranttout leur temps à Dieu et à l'Ecriture sainte (note du traducteur).
[xiv] Là, Dieu donna à Moïse des instructions sur le Tabernacle figure des réalités célestes (Ex.,25,40).
[xv] Origène a employé ce symbolisme d'abord pour les "tuniques de peau" de Gn., 3,21, dont Dieu a revêtu Adam et Eve après leur faute en même temps qu'il les a condamnés à mourir. Puis il a étendu le même symbolisme aux sandales, ici et dans le traité Sur la Pâque, parce que les sandales sont faites avec la peau des bêtes mortes.
[xvi] Ce mot permet de voir que le texte biblique sous-jacent est Ephés.,6,15:"Les pieds chaussés pour être prêt à annoncer l'Evangile", dans lequel Origène insère d'autres réminiscences bibliques:"courir" et "annoncer la vie éternelle".
[xvii] Opisthotonos:"tendu en arrière", se disait d'une maladie dans laquelle les membres se raidissaient en arrière.
[xviii] "Si l'on considère les actes de vertu et la pratique des commandements comme une partie de la prière, alors il prie sans cesse celui qui joint la prière aux oeuvres bonnes et les oeuvres bonnes à la prière.La seule façon,en effet,de pouvoir admettre que la parole 'Priez sans cesse' est réalisable, c'est de dire que toute la vie du saint est une seule et grande prière continue, dont fait aussi partie ce qu'on appelle ordinairement prière"(Origène, in De oratione,12,2).
[xix] "Elever ses mains, c'est élever ses oeuvres vers Dieu"; on retrouve dans le même passage de HomEx.,11,4,les autresthèmes quenous avonsici.Le Deoratione ne fait qu'une brève mentiondu geste avec cette recommandation:"avant lesmains, étendre pour ainsi dire son âme" devant Dieu.
[xx] Justin et Tertullien ont expliqué, chacun de leur côté, qu'une croix ressemblait à un mât de bateau avecsavergueetqueles extrémités delavergueétaientappelées des "cornes".
[xxi] Quand Origène expliqua la parole d'Anne:"Mon cœur a exulté le Seigneur", un auditeur eut une crise de nerfs ou d'épilepsie et beaucoup de gens se précipitèrent dans sa direction pour voir ce qui se passait. Avec beaucoup de présence d'esprit, pour ramener le calme, Origène intégra aussitôt l'incident à son discours et en tira un nouvel argument pour le thème qu'il était en train de développer; d'où les paroles relatives à "l'esprit adverse".
[xxii] Le mot "corne" était en effet utilisé pour désigner les bras d'une croix; voir à ce sujet la note 258 qui précède.
[xxiii] La parole "Ma corne a été exaltée dans le Seigneur" est dite en effet par Anne, dont le nom signifie "Grâce".
[xxiv] Ces mots ne signifient pas simplement:"Si j'acquiers capacité et force pour la parole et compétence dans la sagesse..."il faut se rappeler que, pour Origène, Sagesse et Verbe sont les deux notions suprêmes qui définissent le Fils de Dieu, la première en tant qu'il est la pensée intérieure de Dieu, la seconde en tant qu'il se communique aux autres. Chez Origène comme chez tous les écrivains chrétiens anciens, dans un contexte concernant l'Ecriture sainte, le mot logos n'est jamais compris dans un sens purement profane de discours, parole, raisonnement, mais comporte toujours une référence au Verbe subsistant (d'où la majuscule figurant à Sagesse comme à Verbe)-(note du traducteur).
[xxv] Origène pense ici aux gnostiques.
[xxvi] Les extraits trouvés furent publiés pour la première fois en 1946 par Octave Guéraud.
[xxvii] Ces renseignements sur la transmission du texte de l'homélie à travers les âges, montrent assez l'intérêt porté à ces textes anciens; ils ont été puisés dans l'ouvrage de Pierre et Marie-Thérèse Nautin publié par les Sources Chrétiennes, au Cerf, en 1986, n°328, sous le titre Homélies sur Samuel par Origène.
[xxviii] La doctrine de cette école, issue de Josipe, avait été adoptée au début du IIIèmes.par Tertullien. Pour défendre le dogme de la résurrection elle enseignait, qu'après la mort toutes les âmes, celles des bons comme celles des méchants allaient dans l'Hadès souterrain, y attendant la résurrection finale. Toutefois, soucieuse de maintenir l'idée que la vertu est récompensée et le vice puni aussitôt après la mort, les tenants de cette école divisaient l'Hadès en deux parties, l'une pour les bons appelée le "sein d'Abraham", l'autre pour les méchants appelée la Géhenne, lieu profond et obscur jouxtant le lac de feu. A la résurrection finale, les méchants seraient jetés dans le lac de feu tandis que les justes sortiraient de l'Hadès pour rejoindre le Paradis situé dans le ciel.
[xxix] Pour les éléments biographiques se reporter à L'Ancien Testament et les Pères de l'Eglise, T.I,p40.
[xxx] "Nous n'allons pas adopter la pratique des vénérables Pères qui, au lieu de commenter de façon suivie une tranche de cette histoire sacrée, prenaient seule- ment, de-ci de-là, quelques textes pour les expliquer et instruire les fidèles"(Préface du Commentaire).
[xxxi] Adalbert de Vogüe (moine de la Pierre qui Vire) in Commentaire sur le Ier Livre des Rois, par Théodoret de Cyr,Sources Chrétiennes,Paris Cerf 1989354).
[xxxii] "Cette période est aussi à mettre en rapport avec l'évolution de la pensée politique du pape. Comme l'a montré récemment M. Reydellet (1986), c'est en 595 que Grégoire se détache de Byzance et commence à s'intéresser aux royaumes barbares. Inaugurant une nouvelle politique romaine, il noue des relations cordiales avec les souverains mérovingiens (lettres adressées à la reine Brunehaut et au roi Childebert, son fils), avant d'établir des rapports similaires avec Récarède en Espagne, Ethelbert et Berthe en Angleterre.
Alors qu'il exhorte paternellement les rois barbares, les amertumes accumulées en douze années de sujétion à l'Empire romain, lui font saluer comme une délivrance la fin tragique de l'empereur Maurice (602). On ne peut s'empêcher de songer à Samuel oignant David d'une part, réprouvant Saül et mettant à mort Agag de l'autre" (remarques du traducteur).
[xxxiii] ibid., Adalbert de Vogüe.
[xxxiv]I,43,1: Et elle lui donna le nom de Samuel, parce qu'elle l'avait demandé au Seigneur.
Samuel veut dire "son nom est Dieu". Ce que Samuel représente le mieux pour nous, c'est donc l'ordre des prêcheurs appelé du paganisme à la foi. Le texte indique donc clairement la raison pour laquelle le premier-né d'Anne reçoit un si beau nom: "Elle lui donna ce beau nom, parce que cet enfant qui naissait par un don de Dieu, fut grand par la grâce de ses mérites.
II,39,1- Le texte poursuit: Et Héli bénit Elqana et son épouse en disant: Que le Seigneur te rende une postérité de cette femme, en guise d'intérêt pour le prêt que tu as fait au Seigneur.
La personne du prêtre Héli représente aussi les bons docteurs de l'ancien peuple. C'est pourquoi on le voit bénir Elqana et son épouse.En effet,cet ordre des anciens docteurs a vu par avance l'union spirituelle du Christ et de la sainte Eglise, et il a annoncé avec piété que la progéniture de leurs élus serait digne du ciel.
[xxxv] Le cœur constitue pour Grégoire le siège de la liberté; plus fondamentalement, l'être intérieur, ce que l'homme est en vérité devant Dieu. Ainsi, chercher les réalités spirituelles permet de "trouver son cœur". Le péché, en effet, arrache l'homme à lui-même,lui fait quitter son cœur, son intériorité.Quant à mens (l'âme),
qui constitue en l'homme l'élément fort (par opposition à la chair), elle est le siège de la volonté par laquelle l'homme s'attache à Dieu, établit avec lui la communion. Ayant perdu la lumière invisible, elle est l'enjeu du combat spirituel, écartelée entre les réalités spirituelles et terrestres (note du traducteur).
[xxxvi] Apologie de David par P. Hadot (traduction M.Cordier), Sources Chrétiennes n°239, au Cerf, Paris 1977.
[xxxvii] ibid.,pp 9,18,19.
[xxxviii] "Les paragraphes 20-23 le font apparaître clairement. Ambroise rapproche la parabole des mines (Lc.,19,12) lue pendant l'office le jour où il a prononcé son homélie et l'apologue par lequel le prophète Natân a fait comprendre à David l'étendue de sa faute (2Sam.,11,12). Le riche de l'apologue de Natân et le riche de la parabole des mines figurent le Verbe divin. Le pauvre de l'apologue de Natân, c'est-à-dire Urie, le mari de Bersabée n'est autre que Satan. La brebis du pauvre, assimilée à la brebis égarée de l'Evangile, c'est Bersabée, c'est-à-dire la nature humaine déchue,qui appartientau démon comme Bersabée appartenaità Urie.L' homme riche, c'est-à-dire le Verbe, a donc pris la brebis du pauvre, c'est-à-dire qu'il a assumé un corps humain. Il a immolé, puis restitué la brebis, c'est-à-dire qu'il a accompli les mystères de la Passion et de la Résurrection.
Le lecteur doit être dès maintenant averti que cette exégèse typologique présentée aux chapitres 20à23, est assez différente de celle présentée au chapitre 14. Dans celui-ci, Bersabée était la figure de l'Eglise des nations. Mais au 14 comme au 20, David est la figure du Christ et Urie celle de Satan. La conversion de David est liée à la vision prophétique par laquelle il entrevoit que son union avec Bersabée est le type du mystère du Christ et de l'Eglise et que sa pénitence va être une préfiguration de la rémission des péchés et du don de la grâce (chap.23)".
[xxxix] Maxime fut en effet défait par les troupes de Théodose, défaite qui entraîna sa captivité et sa mort (28août388); peu après intervint la destruction de la Synagogue de Kallinikon. Brûlée par le peuple à l'instigation de l'évêque du lieu, Théodose voulait contraindre ce dernier à reconstruire l'édifice à ses frais; Ambroise s'opposa violemment aux intentions de l'empereur.
[xl] Deux lettres de l' évêque de Milan ont trait à ces deux évènements. La lettre 40 est une ferme admonestation adressée à l'empereur. Sa lettre 41, destinée à sa sœur Marcellina, raconte d'une manière très vivante le sermon prononcé devant Théodose pour le faire revenir sur sa décision et le dialogue qui s'ensuivit. Ces deux lettres ont beaucoup de traits communs avec l'Apologia David. Comme celle-ci, elles évoquent les récents combats de Théodose contre l'usurpateur Maxime , elles présentent Théodose comme un nouveau David qui possède les mêmes vertus que son modèle et qui est soutenu par les mêmes secours extraordinaires de la Providence divine. Ambroise, nouveau Natân, rappelle lui aussi à l'empereur toutes les grâces que Dieu lui a accordées pendant son règne et tout spécialement lors de sa victoire sur Maxime. Par ce moyen, il espère, comme Natân l'avait fait pour David, amener Théodose à renoncer à ses exigences.
[xli] Elle invite l'empereur à s'écrier comme le roi coupable:"Peccavi Domino". Elle évoque,comme l'Apologia le désespoir de David voyantl'Ange de Dieufrappant son peuple après le dénombrement ordonné par le roi. Elle rappelle, comme l'Apologia, la douleur de celui-ci après la mort d'Abner. Elle cite aussi ce verset 8,17 des Proverbes:"Celui qui s'accuse est juste". Surtout on retrouve de part et d'autre le même ton général, la même exhortation à la pénitence.
[xlii] Il n'y a pas encore ici d'allusion directe à l'histoire de Zara et Pharès, mais une description des deux Alliances: la première a été fondée dans la Pâque, "type" de la passion du Christ, l'autre a été fondée dans la révélation effective et la réalisation de la Bonne Nouvelle.
[xliii] Allusion à la généalogie du Christ et notamment à la mention de Pharès et Zara dans Matt.,1,3.
[xliv] Préfiguration du chant des baptisés (Ps.,118,18,24-25).
[xlv] Ambroise veut dire ici que les fils de David sont la figure du peuple juif, David étant lui-même la figure du Verbe comme créateur. Ce qui montre bien que les fils de David et notamment Absalom sont la figure du peuple juif persécuteur du Christ, c'est que le psaume 3 dans lequel est prophétisée la passion du Christ, fait mention d'Absalom dans son titre.
[xlvi] Croyance attestée par le Targum Sheni,I,2,5.
[xlvii] Eglise des nations: Eglise, ecclesia, au sens d'assemblée ou de réunion du peuple des nations.
[xlviii] La mine est un poids sémitique de 1/60 de talent soit environ 2 livres. Dans les comptes monétaires, elle équivaut à 100 drachmes ou deniers.
[xlix] La "parabole" c'est le texte évangélique lu aujourd'hui, la "figure", c'est le sens du Psaume 50, thèse de la prédication d'Ambroise.
[l] Allusion à l'étymologie du nom "Bersabée". On pourrait penser que Bersabée représente l'humanité avant la venue du Christ, donc soumise à l'économie de l'Ancienne Alliance, représentée par le chiffre "sept". C'est pourquoi Bersabée serait fille de "l'hebdomade mystique". Mais le parallèle entre ce dire et "ouvrage du saint créateur" pourrait aussi faire penser à l'œuvre de la Création. La semaine mystique correspondrait aux sept jours de la Genèse. Dans la suite de l'exégèse d'Ambroise (paragraphe 22),la brebis devient ensuitel'humanité du Christ. Bersabée représenterait ainsi finalement au paragr. 20 et 22, la nature humaine.
[li] Il s'agit de la vision prophétique du sacrement de baptême.

Date de création : 05/02/2007 @ 18:14
Dernière modification : 12/03/2007 @ 17:58
Catégorie : Théologie 1
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Réactions à cet article


Réaction n°1 

par Bernard_Meunier le 15/06/2016 @ 12:07

Bonjour,Je me réjouis que les Pères de l'Eglise aient une place dans vos parcours et qu'ils aient droit de cité dans un site qui parle d'histoire des idées en général, sans amputation des pans chrétiens de cette histoire, souvent ignorés par une formation un peu trop étroitement laïque. Je vous remercie donc de leur donner la parole.Je dois ajouter, en tant que directeur de la collection "Sources Chrétiennes", que je suis un peu gêné par le fait que vous citiez presque intégralement le numéro 328 de la collection (Origène, Homélies sur Samuel), traduction et notes. Comme vous vous en doutez, ces textes ne sont pas libres de droits et on ne peut les mettre en ligne gratuitement. Tout travail mérite rémunération, même si on le fait dans un esprit désintéressé. Notre institut a besoin des ressources qu'il tire en partie de la vente des volumes par notre éditeur, le Cerf, auquel nous sommes liés par contrat, et si les livres sont mis en ligne gratuitement, nous pourrons fermer boutique, et notre éditeur aussi… Merci donc de veiller à ne mettre en ligne que des extraits et non des textes intégraux. Cordialement,Bernard Meunier

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