Il y a donc un caractère intrinsèquement particulariste dans une société fondée, telle la société hitlérienne, sur cette acceptation ou plutôt cette revendication du corps comme lieu d’adhérence. En Elle doit faire face à l’idée d’expansion, car l’expansion d’une force présente une tout autre structure que la propagation d’une idée. » En fait, elle « apporte en même temps sa forme propre d’universalisation : la guerre, la conquête[[8]](admin.php?lng=fr&pg=art&tri=ch&form=1#ftn8) ». L’année suivante de la prise du pouvoir par Hitler, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale était prévisible pour un regard non d’historien mais de philosophe. Mais peut-être autre chose était-elle encore prévisible : l ‘évolution de l’antisémitisme raciste vers la « solution finale ». C’est en effet en parfaite cohérence avec les analyses de Lévinas que le paragraphe Volksgenosse). Un juif ne peut pas être compatriote[[9]](admin.php?lng=fr&pg=art&tri=ch&form=1#ftn9) ». Etait ainsi créée une catégorie de non-‘compatriotes’ et, conséquemment de non-citoyens. Etait ainsi créée une catégories d’‘autres’, dont il allait falloir ‘purifier’ l’Allemagne puis l’Europe. Mais que cette ‘purification’ dût prendre finalement la forme de l’extermination, cela était peut-être inscrit dans la conception raciste – et, nommément, biologiste – de l’homme dans l’hitlérisme. En effet, avec elle, enchaîné à son corps, l’homme se voit refuser le pouvoir d’échapper à soi-même[[10]](admin.php?lng=fr&pg=art&tri=ch&form=1#ftn10) ». Mais à l’homme qui est déterminé comme ‘autre’ et, comme tel, comme ennemi racial du genre humain, il n’est plus laissé aucune issue pour échapper à la vindicte du regard qui le vise ainsi, pas même la conversion qui avait toujours servi d’échappatoire au cours des siècles d’antisémitisme chrétien. C’est, nécessairement, dans le corps auquel il est rivé et dont il ne saurait par le fait même échapper qu’il est aussi visé. On peut donc se demander si une telle ‘visée’ ne portait pas en germe une extermination au sens exclusivement physique du terme. Cette remarque n’est pas purement rétrospective ; elle fonde sa probabilité sur les réflexions philosophiques de [[11]](admin.php?lng=fr&pg=art&tri=ch&form=1#ftn11). >
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LA SOCIÉTÉ HITLÉRIENNE
CELLE FONDÉE SUR CETTE REVENDICATION DU CORPS
COMME LIEU D’ADHÉRENCE
[Le texte de Jacques Rolland qui suit est une reproduction intégrale de celui qui figure dans « De l’évasion » d’Emmanuel Lévinas
Il nous relate qu’en « De l’évasion », Lévinas avait publié un essai qui se voulait et qui était effectivement philosophique mais qui répondait aux préoccupations historiques les plus pressantes, Quelques réflexions sur la philosophie de l’hitlérisme. Or, cet essai, par bien des aspects annonciateur de
Cependant, une chose est de reconnaître ce tragique sui generis lié à l’existence comme telle du corps – autre chose est de fonder une société sur une détermination de l’homme qui s’en contente ou même le revendique comme la valeur suprême : « L’importance attribuée à ce sentiment du corps, dont l’esprit occidental n’a jamais voulu se contenter, est à la base d’une nouvelle conception de l’homme. Le biologique avec tout ce qu’il comporte de fatalité devient plus qu’un objet de la vie spirituelle, il en devient le cœur. Les mystérieuses voix du sang, les appels de l’hérédité et du passé auxquels le corps sert d’énigmatique véhicule perdent leur nature de problèmes soumis à la solution d’un Moi souverainement libre. Le Moi n’apporte pour les résoudre que les inconnues mêmes de ces problèmes. Il en est constitué. L’essence de l’homme n’est plus dans la liberté, mais dans une espèce d’enchaînement. Être véritablement soi-même, ce n’est pas reprendre son vol au-dessus des contingences, toujours étrangères à la liberté du Moi ; c’est au contraire prendre conscience de l’enchaînement inéluctable, unique à notre corps ; c’est surtout accepter cet enchaînement […] Une société à base consanguine découle immédiatement de cette concrétisation de l’esprit. Et alors, si la race n’existe pas, il faut l’inventer[7] ! »
Il y a donc un caractère intrinsèquement particulariste dans une société fondée, telle la société hitlérienne, sur cette acceptation ou plutôt cette revendication du corps comme lieu d’adhérence. En Elle doit faire face à l’idée d’expansion, car l’expansion d’une force présente une tout autre structure que la propagation d’une idée. » En fait, elle « apporte en même temps sa forme propre d’universalisation : la guerre, la conquête[8] ». L’année suivante de la prise du pouvoir par Hitler, le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale était prévisible pour un regard non d’historien mais de philosophe. Mais peut-être autre chose était-elle encore prévisible : l ‘évolution de l’antisémitisme raciste vers la « solution finale ». C’est en effet en parfaite cohérence avec les analyses de Lévinas que le paragraphe Volksgenosse). Un juif ne peut pas être compatriote[9] ». Etait ainsi créée une catégorie de non-‘compatriotes’ et, conséquemment de non-citoyens. Etait ainsi créée une catégories d’‘autres’, dont il allait falloir ‘purifier’ l’Allemagne puis l’Europe. Mais que cette ‘purification’ dût prendre finalement la forme de l’extermination, cela était peut-être inscrit dans la conception raciste – et, nommément, biologiste – de l’homme dans l’hitlérisme. En effet, avec elle, enchaîné à son corps, l’homme se voit refuser le pouvoir d’échapper à soi-même[10] ». Mais à l’homme qui est déterminé comme ‘autre’ et, comme tel, comme ennemi racial du genre humain, il n’est plus laissé aucune issue pour échapper à la vindicte du regard qui le vise ainsi, pas même la conversion qui avait toujours servi d’échappatoire au cours des siècles d’antisémitisme chrétien. C’est, nécessairement, dans le corps auquel il est rivé et dont il ne saurait par le fait même échapper qu’il est aussi visé. On peut donc se demander si une telle ‘visée’ ne portait pas en germe une extermination au sens exclusivement physique du terme. Cette remarque n’est pas purement rétrospective ; elle fonde sa probabilité sur les réflexions philosophiques de [11]. >
[1] Emmanuel Lévinas, « De l’évasion », réédition Montpellier, Fata Morgana,
[2] Emmanuel Lévinas, « Quelques réflexions sur la philosophie de l’hitlérisme », texte désormais disponible aux éditions Rivages (Paris, « De l’évasion ».
[3]Quelques réflexions…p
[4]Quelques réflexions…p
[5]LeTemps et l’Autre, réédition Montpellier, Fata Morgana,
[6]Quelques réflexions…p
[7]Idem, p
[8]Quelques réflexions…p
[9] On trouve le texte dans Le Bréviaire de la haine de Léon Poliakov, Paris, Calmann-Lévy,
[10]Quelques réflexions…p
[11] Raul Hilberg, La Destruction des Juifs d’Europe, trad. A . Charpentier et M.-F. de Paloméra, Paris, Fayard,