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Parcours Autres perspectives Mises à jour du site 03/07//2016 ajout : 16/06//2016 ajout : 01/06//2016 ajout : 15/05//2016 ajout : 01/05//2016 ajout : 10/04//2016 ajout : 02/04//2016 ajout : 24/03//2016 ajout : 05/03/2016 nouvelle perspective : 09/02/2016 ajout : 09/02/2016 ajout : 24/01//2015 ajout : 03/01/2016 ajout : 26/12//2015 ajout : Phénoménologie 05/12//2015 ajout : Liens Wikipédia Visites | Parcours axiologique - Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne [1]Le problème des croyances concernant les valeurs et les fins qui doivent diriger la conduite de lhomme, est le plus sérieux que la vie moderne connaisse. Cest celui auquel doit saffronter toute philosophie qui nest pas coupée de cette vie. Lattention accordée au fait que la science a renoncé, dans le cadre de la procédure expérimentale quelle préconise, à la séparation entre le connaître et lagir trouve sa source dans cet autre fait : nous pouvons désormais accéder, dans un domaine limité, spécialisé et technique, à la possibilité et à la garantie, pour ce qui est de la théorie, deffectuer lintégration requise dans le champ plus vaste de lexpérience humaine collective. On en appelle à la philosophie pour être la théorie de la pratique, par lentremise didées suffisamment déterminées pour être opératoires dans le cadre dune Une philosophie sattaquant à ce problème est demblée confrontée à une difficulté qui tient à ce que les croyances concernant les Dans la mesure où la philosophie technique reflète cette situation, on y relève lexistence de deux genres de Avec le développement des intérêts séculiers, les valeurs temporelles se sont néanmoins fortement multipliées ; elles requièrent de plus en plus dattention et dénergie. Le sens des valeurs transcendantes sest affaibli ; au lieu dimprégner toutes choses de la vie, ces dernières se cantonnent de plus en plus à des temps et à des actes particuliers. Lautorité de lÉglise a une capacité moindre à énoncer et imposer la volonté et les fins divines. Par là, Dewey nentend pas affirmer que jamais on ne tenta de remplacer lancienne théorie concernant lautorité des valeurs immuables et transcendantes par des conceptions plus conformes aux pratiques de la vie quotidienne. Bien au contraire. La théorie utilitariste, pour prendre un exemple, a exercé en ce sens une grande influence. Lécole idéaliste est la seule parmi les philosophies contemporaines, à lexception dune forme de néo-réalisme, à faire grand cas dune réalité ne faisant quune avec les valeurs morales et religieuses ultimes. Mais cette école est celle qui se préoccupe le plus de préserver la vie « spirituelle ». Est tout aussi significatif le fait que les théories empiriques persistent à défendre que la pensée et le jugement sont concernés par des valeurs dont on fait lexpérience indépendamment deux. Pour ces théories, en effet, les satisfactions émotionnelles occupent la même place que celle que les sensations occupent dans lempirisme traditionnel. : ce sont là deux formules pour désigner un même fait. Dans la mesure où la science a exclu les valeurs du nombre de ses objets, ces théories empiriques font tout leur possible pour souligner leur caractère purement subjectif. Une théorie psychologique du désir et de linclination est supposée couvrir lensemble du terrain couvert par cette valeur. En elle, le sentiment immédiat est le pendant de la sensation immédiate.théorie des valeurs Dewey ne saurait reprocher à cette théorie empirique de faire des liens entre la théorie des valeurs et les expériences concrètes du désir et de la satisfaction. Lidée quune telle relation existe lui semble la seule manière déchapper tant à léloignement fantomatique que marque la théorie rationaliste quà la place excessive accordée à la théorie institutionnelle des valeurs transcendantales. Il lui reproche, en revanche, de ramener la valeur aux objets dune satisfaction antérieure, sans se préoccuper de la méthode qui les a fait naître. Selon cette théorie, de telles satisfactions, tenues pour être dordre causal parce que non réglées par des opérations intelligentes, sont des valeurs en elles-mêmes et par elles-mêmes. Or il convient dappliquer la pensée opérationnelle au Il ne sagissait pas détablir, en tant que valeurs, des satisfactions qui se produisent de toute façon, mais de , mais des valeurs, qui deviennent des valeurs lorsquils sont réélaborés sous une forme autre, sous linfluence dun comportement intelligent. Le problème fondamental que pose la théorie empirique des biens problématiquestient au fait quelle reformule simplement lhabitude qui a cours socialement et consiste à tenir les satisfactions telles que lon en fait lexpérience effectivement en tant que valeurs en elles-mêmes et par elles-mêmes. Elle laisse complètement de côté la question de la régulation de ces satisfactions. Ce problème nengage rien de moins que la reconstruction dirigée des institutions économiques, politiques et religieuses.valeurs Lidée que lon puisse, en tournant le dos aux qualités immédiatement perçues des choses, formuler des conceptions valides des objets et autoriser un usage de ces dernières qui donne lieu à une expérience de ces choses qui soit plus sûre et plus signifiante a pu sembler paradoxale. Mais la méthode aboutissait au dévoilement des connexions ou des interactions dont dépendent les objets perçus, considérés en tant quévénements. Lanalogie formelle suggère que nous envisagions notre expérience directe et originelle des choses dont nous jouissons et que nous apprécions uniquement en tant que possibilités de quand nous découvrons les relations dont sa présence dépend. Une telle définition causale et opérationnelle ne donne quune conception de la valeur et non une valeur elle-même. valeurLusage de la conception dans laction donne cependant lieu à un objet qui possède une valeur sûre et signifiante (cest le principe signifiant). Date de création : Réactions à cet article |

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Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne Lire cet article au format PDF LES VALEURS ET LES FINS DIRECTRICES DE LA VIE MODERNE[1] Le problème des croyances concernant les valeurs et les fins qui doivent diriger la conduite de l’homme, est le plus sérieux que la vie moderne connaisse. C’est celui auquel doit s’affronter toute philosophie qui n’est pas coupée de cette vie. L’attention accordée au fait que la science a renoncé, dans le cadre de la procédure expérimentale qu’elle préconise, à la séparation entre le connaître et l’agir trouve sa source dans cet autre fait : nous pouvons désormais accéder, dans un domaine limité, spécialisé et technique, à la possibilité et à la garantie, pour ce qui est de la théorie, d’effectuer l’intégration requise dans le champ plus vaste de l’expérience humaine collective. On en appelle à la philosophie pour être la théorie de la pratique, par l’entremise d’idées suffisamment déterminées pour être opératoires dans le cadre d’une démarche expérimentale qui puisse donner à cette intégration une prise plus sûre dans l’expérience effective. Le problème central se situe au niveau de la relation qui existe entre les croyances concernant la nature des choses que l’on doit à la science naturelle et les croyances concernant les valeurs – mot qui désigne ici tout ce qui possède une autorité telle que l’on estime devoir s’y référer pour conduire sa vie. Une philosophie s’attaquant à ce problème est d’emblée confrontée à une difficulté qui tient à ce que les croyances concernant les valeurs sont, à peu de choses près, dans l’état qui était celui des croyances relatives à la nature avant la révolution scientifique. Soit l’on considère que l’expérience n’est pas en mesure de permettre le développement de ses propres critères régulateurs et on en appelle alors – dans l’idée d’assurer la régulation de la croyance et de l’action – à ce que les philosophes appellent « valeurs étemelles » ; soit l’on accepte les satisfactions (enjoyments) dont on fait effectivement l’expérience, sans considération de la méthode ou de l’opération qui les a rendues possibles. L’écart le plus complet entre la méthode rationaliste et une méthode empirique reçoit son sens ultime et le plus profondément humain dans les façons dont elles conduisent à penser le bien et le mal et dont on agit en fonction d’eux et pour eux. Dans la mesure où la philosophie technique reflète cette situation, on y relève l’existence de deux genres de théorie des valeurs. Les deux genres de théorie des valeurs D’un côté, on conçoit les biens et les maux, tels qu’on en fait concrètement l’expérience dans tous les domaines de la vie, comme caractéristiques d’un ordre inférieur de l’Être – intrinsèquement inférieur. Et l’on estime que, précisément parce qu’ils relèvent de l’expérience humaine, il convient d’apprécier leur valeur en fonction de critères et d’idéaux tirés de la réalité ultime. Leurs défauts et leur insuffisance sont considérés à cette aune. Il faut corriger et contrôler les expériences de la vie humaine en leur appliquant les méthodes de conduite que dicte le respect des exigences de l’Être suprême. Cette formulation philosophique est une traduction des croyances des hommes en général lorsque l’influence de la religion institutionnelle s’exerce sur eux. Elle tire de ce lien son effectivité et sa force. De même que les conceptions rationnelles sont venues se surajouter aux phénomènes observés et temporels, les valeurs étemelles sont venues se greffer sur les biens dont on fait l’expérience. Dans un cas comme dans l’autre, on suppose que l’alternative est source de confusion et d’anarchie. Les philosophes partent du principe que l’on connaît ces valeurs étemelles grâce à la raison ; la plupart des gens estiment, pour leur part, qu’elles font l’objet d’une révélation divine. Avec le développement des intérêts séculiers, les valeurs temporelles se sont néanmoins fortement multipliées ; elles requièrent de plus en plus d’attention et d’énergie. Le sens des valeurs transcendantes s’est affaibli ; au lieu d’imprégner toutes choses de la vie, ces dernières se cantonnent de plus en plus à des temps et à des actes particuliers. L’autorité de l’Église a une capacité moindre à énoncer et imposer la volonté et les fins divines. De l’autre, quoi que disent et professent les hommes, ils ont toujours tendance, lorsqu’ils sont confrontés à des maux effectifs, à recourir à des moyens naturels et empiriques pour y remédier[2]. Il n’en demeure pas moins que perdure, sur un plan formel, l’ancienne doctrine qui affirme le caractère intrinsèquement déréglé et indigne des biens et critères attachés à l’expérience ordinaire. Cette divergence entre ce que font les hommes et ce qu’ils professent nominalement est étroitement liée aux confusions et conflits de la pensée moderne. Par là, Dewey n’entend pas affirmer que jamais on ne tenta de remplacer l’ancienne théorie concernant l’autorité des valeurs immuables et transcendantes par des conceptions plus conformes aux pratiques de la vie quotidienne. Bien au contraire. La théorie utilitariste, pour prendre un exemple, a exercé en ce sens une grande influence. L’école idéaliste est la seule parmi les philosophies contemporaines, à l’exception d’une forme de néo-réalisme, à faire grand cas d’une réalité ne faisant qu’une avec les valeurs morales et religieuses ultimes. Mais cette école est celle qui se préoccupe le plus de préserver la vie « spirituelle ». Est tout aussi significatif le fait que les théories empiriques persistent à défendre que la pensée et le jugement sont concernés par des valeurs dont on fait l’expérience indépendamment d’eux. Pour ces théories, en effet, les satisfactions émotionnelles occupent la même place que celle que les sensations occupent dans l’empirisme traditionnel. Ce que l’on apprécie et ce dont on jouit constituent les valeurs ; apprécier quelque chose et être une valeur : ce sont là deux formules pour désigner un même fait. Dans la mesure où la science a exclu les valeurs du nombre de ses objets, ces théories empiriques font tout leur possible pour souligner leur caractère purement subjectif. Une théorie psychologique du désir et de l’inclination est supposée couvrir l’ensemble du terrain couvert par cette théorie des valeurs. En elle, le sentiment immédiat est le pendant de la sensation immédiate. Dewey ne saurait reprocher à cette théorie empirique de faire des liens entre la théorie des valeurs et les expériences concrètes du désir et de la satisfaction. L’idée qu’une telle relation existe lui semble la seule manière d’échapper tant à l’éloignement fantomatique que marque la théorie rationaliste qu’à la place excessive accordée à la théorie institutionnelle des valeurs transcendantales. Il lui reproche, en revanche, de ramener la valeur aux objets d’une satisfaction antérieure, sans se préoccuper de la méthode qui les a fait naître. Selon cette théorie, de telles satisfactions, tenues pour être d’ordre causal parce que non réglées par des opérations intelligentes, sont des valeurs en elles-mêmes et par elles-mêmes. Or il convient d’appliquer la pensée opérationnelle au jugement de valeur, comme elle l’a été à la conception des objets physiques. Il ne s’agissait pas d’établir, en tant que valeurs, des satisfactions qui se produisent de toute façon, mais de définir les valeurs en fonction des satisfactions qui se présentent comme les conséquences de l’action intelligente. Sans l’intervention de la pensée, les satisfactions sont, non pas des valeurs, mais des biens problématiques, qui deviennent des valeurs lorsqu’ils sont réélaborés sous une forme autre, sous l’influence d’un comportement intelligent. Le problème fondamental que pose la théorie empirique des valeurs tient au fait qu’elle reformule simplement l’habitude qui a cours socialement et consiste à tenir les satisfactions telles que l’on en fait l’expérience effectivement en tant que valeurs en elles-mêmes et par elles-mêmes. Elle laisse complètement de côté la question de la régulation de ces satisfactions. Ce problème n’engage rien de moins que la reconstruction dirigée des institutions économiques, politiques et religieuses. L’idée que l’on puisse, en tournant le dos aux qualités immédiatement perçues des choses, formuler des conceptions valides des objets et autoriser un usage de ces dernières qui donne lieu à une expérience de ces choses qui soit plus sûre et plus signifiante a pu sembler paradoxale. Mais la méthode aboutissait au dévoilement des connexions ou des interactions dont dépendent les objets perçus, considérés en tant qu’événements. L’analogie formelle suggère que nous envisagions notre expérience directe et originelle des choses dont nous jouissons et que nous apprécions uniquement en tant que possibilités de valeurs à accomplir. Le fait de jouir de cette chose devient une valeur quand nous découvrons les relations dont sa présence dépend. Une telle définition causale et opérationnelle ne donne qu’une conception de la valeur et non une valeur elle-même. L’usage de la conception dans l’action donne cependant lieu à un objet qui possède une valeur sûre et signifiante (c’est le principe signifiant). [1] In « La quête de certitude » de John Dewey ; nrf Gallimard, novembre 2014, pp. 271-275.. [2] Voir la phytosynthèse au sujet de la fièvre. Date de création : 24/01/2016 @ 14:26 Dernière modification : 24/01/2016 @ 14:31 Catégorie : Parcours axiologique Page lue 484 fois Réactions à cet article Personne n'a encore laissé de commentaire.Soyez donc le premier !
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LES VALEURS ET LES FINS DIRECTRICES DE LA VIE MODERNE[1]

Le problème des croyances concernant les valeurs et les fins qui doivent diriger la conduite de l’homme, est le plus sérieux que la vie moderne connaisse. C’est celui auquel doit s’affronter toute philosophie qui n’est pas coupée de cette vie.

L’attention accordée au fait que la science a renoncé, dans le cadre de la procédure expérimentale qu’elle préconise, à la séparation entre le connaître et l’agir trouve sa source dans cet autre fait : nous pouvons désormais accéder, dans un domaine limité, spécialisé et technique, à la possibilité et à la garantie, pour ce qui est de la théorie, d’effectuer l’intégration requise dans le champ plus vaste de l’expérience humaine collective. On en appelle à la philosophie pour être la théorie de la pratique, par l’entremise d’idées suffisamment déterminées pour être opératoires dans le cadre d’une démarche expérimentale qui puisse donner à cette intégration une prise plus sûre dans l’expérience effective. Le problème central se situe au niveau de la relation qui existe

  • entre les croyances concernant la nature des choses que l’on doit à la science naturelle
  • et les croyances concernant les valeurs – mot qui désigne ici tout ce qui possède une autorité telle que l’on estime devoir s’y référer pour conduire sa vie.

Une philosophie s’attaquant à ce problème est d’emblée confrontée à une difficulté qui tient à ce que les croyances concernant les valeurs sont, à peu de choses près, dans l’état qui était celui des croyances relatives à la nature avant la révolution scientifique.

  • Soit l’on considère que l’expérience n’est pas en mesure de permettre le développement de ses propres critères régulateurs et on en appelle alors – dans l’idée d’assurer la régulation de la croyance et de l’action – à ce que les philosophes appellent « valeurs étemelles » ;
  • soit l’on accepte les satisfactions (enjoyments) dont on fait effectivement l’expérience, sans considération de la méthode ou de l’opération qui les a rendues possibles. L’écart le plus complet entre la méthode rationaliste et une méthode empirique reçoit son sens ultime et le plus profondément humain dans les façons dont elles conduisent à penser le bien et le mal et dont on agit en fonction d’eux et pour eux.

Dans la mesure où la philosophie technique reflète cette situation, on y relève l’existence de deux genres de théorie des valeurs.

Les deux genres de théorie des valeurs

  • D’un côté, on conçoit les biens et les maux, tels qu’on en fait concrètement l’expérience dans tous les domaines de la vie, comme caractéristiques d’un ordre inférieur de l’Être – intrinsèquement inférieur. Et l’on estime que, précisément parce qu’ils relèvent de l’expérience humaine, il convient d’apprécier leur valeur en fonction de critères et d’idéaux tirés de la réalité ultime. Leurs défauts et leur insuffisance sont considérés à cette aune. Il faut corriger et contrôler les expériences de la vie humaine en leur appliquant les méthodes de conduite que dicte le respect des exigences de l’Être suprême. Cette formulation philosophique est une traduction des croyances des hommes en général lorsque l’influence de la religion institutionnelle s’exerce sur eux. Elle tire de ce lien son effectivité et sa force. De même que les conceptions rationnelles sont venues se surajouter aux phénomènes observés et temporels, les valeurs étemelles sont venues se greffer sur les biens dont on fait l’expérience. Dans un cas comme dans l’autre, on suppose que l’alternative est source de confusion et d’anarchie. Les philosophes partent du principe que l’on connaît ces valeurs étemelles grâce à la raison ; la plupart des gens estiment, pour leur part, qu’elles font l’objet d’une révélation divine.

Avec le développement des intérêts séculiers, les valeurs temporelles se sont néanmoins fortement multipliées ; elles requièrent de plus en plus d’attention et d’énergie. Le sens des valeurs transcendantes s’est affaibli ; au lieu d’imprégner toutes choses de la vie, ces dernières se cantonnent de plus en plus à des temps et à des actes particuliers. L’autorité de l’Église a une capacité moindre à énoncer et imposer la volonté et les fins divines.

Par là, Dewey n’entend pas affirmer que jamais on ne tenta de remplacer l’ancienne théorie concernant l’autorité des valeurs immuables et transcendantes par des conceptions plus conformes aux pratiques de la vie quotidienne.

Bien au contraire. La théorie utilitariste, pour prendre un exemple, a exercé en ce sens une grande influence. L’école idéaliste est la seule parmi les philosophies contemporaines, à l’exception d’une forme de néo-réalisme, à faire grand cas d’une réalité ne faisant qu’une avec les valeurs morales et religieuses ultimes. Mais cette école est celle qui se préoccupe le plus de préserver la vie « spirituelle ». Est tout aussi significatif le fait que les théories empiriques persistent à défendre que la pensée et le jugement sont concernés par des valeurs dont on fait l’expérience indépendamment d’eux. Pour ces théories, en effet, les satisfactions émotionnelles occupent la même place que celle que les sensations occupent dans l’empirisme traditionnel. Ce que l’on apprécie et ce dont on jouit constituent les valeurs ; apprécier quelque chose et être une valeur : ce sont là deux formules pour désigner un même fait. Dans la mesure où la science a exclu les valeurs du nombre de ses objets, ces théories empiriques font tout leur possible pour souligner leur caractère purement subjectif. Une théorie psychologique du désir et de l’inclination est supposée couvrir l’ensemble du terrain couvert par cette théorie des valeurs. En elle, le sentiment immédiat est le pendant de la sensation immédiate.

Dewey ne saurait reprocher à cette théorie empirique de faire des liens entre la théorie des valeurs et les expériences concrètes du désir et de la satisfaction. L’idée qu’une telle relation existe lui semble la seule manière d’échapper tant à l’éloignement fantomatique que marque la théorie rationaliste qu’à la place excessive accordée à la théorie institutionnelle des valeurs transcendantales. Il lui reproche, en revanche, de ramener la valeur aux objets d’une satisfaction antérieure, sans se préoccuper de la méthode qui les a fait naître. Selon cette théorie, de telles satisfactions, tenues pour être d’ordre causal parce que non réglées par des opérations intelligentes, sont des valeurs en elles-mêmes et par elles-mêmes. Or il convient d’appliquer la pensée opérationnelle au jugement de valeur, comme elle l’a été à la conception des objets physiques.

Il ne s’agissait pas d’établir, en tant que valeurs, des satisfactions qui se produisent de toute façon, mais de définir les valeurs en fonction des satisfactions qui se présentent comme les conséquences de l’action intelligente. Sans l’intervention de la pensée, les satisfactions sont, non pas des valeurs, mais des biens problématiques, qui deviennent des valeurs lorsqu’ils sont réélaborés sous une forme autre, sous l’influence d’un comportement intelligent. Le problème fondamental que pose la théorie empirique des valeurs tient au fait qu’elle reformule simplement l’habitude qui a cours socialement et consiste à tenir les satisfactions telles que l’on en fait l’expérience effectivement en tant que valeurs en elles-mêmes et par elles-mêmes. Elle laisse complètement de côté la question de la régulation de ces satisfactions. Ce problème n’engage rien de moins que la reconstruction dirigée des institutions économiques, politiques et religieuses.

L’idée que l’on puisse, en tournant le dos aux qualités immédiatement perçues des choses, formuler des conceptions valides des objets et autoriser un usage de ces dernières qui donne lieu à une expérience de ces choses qui soit plus sûre et plus signifiante a pu sembler paradoxale. Mais la méthode aboutissait au dévoilement des connexions ou des interactions dont dépendent les objets perçus, considérés en tant qu’événements. L’analogie formelle suggère que nous envisagions notre expérience directe et originelle des choses dont nous jouissons et que nous apprécions uniquement en tant que possibilités de valeurs à accomplir. Le fait de jouir de cette chose devient une valeur quand nous découvrons les relations dont sa présence dépend. Une telle définition causale et opérationnelle ne donne qu’une conception de la valeur et non une valeur elle-même. L’usage de la conception dans l’action donne cependant lieu à un objet qui possède une valeur sûre et signifiante (c’est le principe signifiant).

[1] In « La quête de certitude » de John Dewey ; nrf Gallimard, novembre 2014, pp. 271-275..

[2] Voir la phytosynthèse au sujet de la fièvre.

Date de création : 24/01/2016 @ 14:26
Dernière modification : 24/01/2016 @ 14:31
Catégorie : -2-Parcours axiologique
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