Du point de vue philosophique, le legs qui nous a été confié comporte, à partir de lEGO, deux séquences philosophiques formant système, la première, celle de Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, propre à lego, la seconde, celle dHusserl, Lévinas, Ricur, Marion, propre à lalter ego. Chacune delles renferme une méthode daccès à la connaissance de la vérité qui préconise un « retour sur soi », le « doute cartésien » propre à Descartes pour la première, la « méditation cartésienne » propre à Husserl pour la seconde.
Le « doute » pour Descartes prend sa source dans « lego cogito », la « méditation » pour Husserl prolonge lego cogito par ce quil vise son cogitatum. Le schéma recteur de ses interprétations et descriptions est donc triplement articulé à ego cogito cogitatum. « Toute la problématique transcendantale tourne autour de ce moi, de mon moi[[1]](#ftn1), de l« ego » avec ce qui est dabord posé à sa place comme allant de soi, à savoir mon âme, puis à nouveau, elle porte sur le rapport sur ce Je et de ma vie de conscience avec le monde dont jai conscience et dont je reconnais lêtre vrai dans mes propres produits de connaissance [[2]](#ftn2) ».
Selon Paul Ricur, « tous les historiens de la philosophie, même ceux qui ont une prévention contre le »système, pratiquent ce genre de compréhension. Par exemple la séquence : Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, est classique dans lhistoire de la philosophie française ; chez les Allemands, on a une séquence : Kant, Fichte, Schelling, Hegel. Comprendre ici, cest comprendre par le mouvement densemble, par la totalité. Tel est le premier modèle de compréhension en histoire de la philosophie et son pôle-limite : le système
Lego chez Kant : lego transcendantal comme condition de possibilité de lexpérience. Un tel Je est dans la terminologie kantienne, transcendant, supérieur aux choses, et transcendantal, supérieur et indépendant de lexpérience ; il faut donc bien le distinguer du Je empirique, cest-à-dire du Je que lon rencontre dans lexpérience.
ce que lexpérience ordinaire doit à autrui, afin de discerner ce qui, dans cette expérience réduite à la sphère du propre, requiert la position dautrui comme position aussi incontestable (apodictique) que la sienne. Ce mouvement de pensée est tout à fait comparable « au doute métaphysique » de Descartes, sauf quil ne sappuie pas sur lhypothèse daucun malin génie.
Il serait néanmoins inexact de considérer cette méditation comme une « démonstration » de « lexistence dautrui ». Il sagit bien plutôt dun effort ultime entrepris par le philosophe pour achever la détermination de la structure du domaine transcendantal en montrant que, au cur de son champ phénoménologiquement réduit (et donc monadique) vivent les actes, les synthèses et les modes dapparition constitutifs de lêtre autrui.
« Il nous faut bien nous rendre compte, dit Husserl, du sens de lintentionnalité explicite et implicite, où sur le fond de notre moi transcendantal, saffirme et se manifeste lalter ego.
Quen est-il alors des autres ego qui ne sont pourtant pas de simples représentations ni de simples objets représentés en moi les unités synthétiques dune vérification possible en moi , mais précisément et selon le sens même du terme, des autres ?
Husserl voit également que la multiplicité des autres sappréhende réciproquement comme « autres » ; ensuite, quil peut appréhender chacun des « autres » non seulement comme « autre » mais comme se rapportant à tous ceux qui sont « autres » pour lui et donc, en même temps, immédiatement à lui-même. Il est également clair que les hommes ne peuvent être appréhendés que comme trouvant (en réalité ou en puissance) dautres hommes autour deux ».
Le philosophe qui, au XXe siècle, a formulé la conception la plus « novatrice » de lalter ego est peut-être Lévinas, célèbre pour avoir affirmé que la philosophie première était léthique. Il cherche à montrer que tant chez Husserl que chez Heidegger, lautre est conçu de manière purement théorique et quen ce sens, sa dimension morale (et donc véritablement philosophique) est manquée. Il faut renverser le cogito cartésien en affirmant que le fondement de la philosophie ne se trouve pas en celui-ci mais en lautre homme qui fait appel à ma responsabilité. Autrui, cest dabord son visage (avant toute situation sociale, caractère, etc.). Le visage, ce nest pas dabord un composé dyeux, bouche, nez, etc. mais ce qui me transporte au-delà de lui-même, dans un infini que je ne peux trouver en moi-même. Lévinas ajoute que le visage de lautre est invocation et quil exige une aide, une réponse. Le visage est ce qui témoigne de la fragilité de lhomme ; il mappelle, me commande, moblige à être responsable de lui. Pour Lévinas, limpératif éthique repose sur le visage. On comprend que cette conception est à lopposé de celle de Sartre qui pensait que les regards saffrontaient dans une lutte pour réduire lautre à létat dobjet. Lévinas quant à lui indique, quouvrant sur linfini, le visage est ce qui peut seul mélever à la condition de sujet.
l'égalité et de la réciprocité qui reconnaît la vulnérabilité. Le souci de lexercice de la liberté de lautre repose sur la reconnaissance entre lui et moi, dune similitude : le « tu » que je vise à la deuxième personne est aussi un « je » pour lui-même, capable de faire des choix et de prendre des initiatives dans lesquelles son pouvoir être satteste et cherche à se réaliser. Lautre est donc, éminemment chez Ricur lalter ego : semblable dans sa capacité à se désigner lui-même à la première personne, mais différent de moi dans son individualité. Avec la reconnaissance de cette similitude entre moi et lautre va de pair celle de légalité de nos libertés ; en reconnaissant autrui comme mon alter ego, je reconnais aussi que son désir dêtre vaut autant que le mien. Cette reconnaissance qui est aussi à la racine de la notion de justice, est parfaitement réciproque : comme je suis également pour lautre qui me fait face, un « tu » capable de dire « je », ma liberté vaut également la sienne. « La justice correspond à ceci : que ta liberté vaille autant que la mienne ». La similitude et légalité entre les protagonistes de la relation impliquent en fait la réversibilité de la reconnaissance. Dans son approche de lautre, Ricur reste de son propre aveu, profondément husserlien : la deuxième personne est lanalogonde la première. On dira quautrui est constitué à partir du sens de lego ; je transfère à autrui lidée que jai de moi-même comme dun être dont la liberté veut saccomplir. Ricur attribue en fait un sens éthique à la démarche husserlienne puisquil transforme la formule de transfert analogiqueen cette pratique constituant une reconnaissance de la liberté de lautre. Pour le philosophe, en effet, le problème de la
Le doute est une mise en question non pas de lobjet mais de lopinion relative à lobjet
Cest pourquoi le doute fondera un « je pense » (cogito), et, à proprement parler une métaphysique du sujet. Quand il traite du doute, Descartes rappelle toujours la multiplicité des opinions reçues. Il y a des opinions multiples, acquises, qui sopposent dans lesprit de tout homme. Et, de même, lhomme se trompe souvent. Il y a là une sorte de fait. Voulant sortir de cette incertitude de fait, le doute retrouve deux grands projets, qui étaient déjà, en 1628, ceux des Règles pour la direction de lesprit. Le premier de ces projets est de fonder une science certaine. Il convient seulement de rappeler que dans la règle 2 de ce document, Descartes déclarait : « Par cette règle, nous rejetons toutes les connaissances qui ne sont que probables, et nous décidons quil ne faut donner notre assentiment quà celles qui sont parfaitement connues et dont on ne peut douter. » Tel est le désir de Descartes de sortir dune science médiévale, où tout était en discussion et simplement probable, et de remplacer cette science par une science du certain, conçue sur le modèle des mathématiques. Par conséquent le doute va rejeter tout ce qui nest pas certain, jusquà ce que soit découvert un point de départ absolument certain. Rien nest plus connu que ce thème : le doute prépare la certitude.
Le second projet de Descartes, en 1628, était relatif au thème de lunité : il voulait unifier sa pensée. Beaucoup de gens, en effet, laissent voisiner en eux des opinions multiples et nombreuses, sans paraître souffrir outre mesure quelles sopposent entre elles. A cela, Descartes oppose toujours le thème de lordre, et de lordre comme unique. On le voit souvent illustrer ce thème en disant que si lon veut reconstruire une ville, il faut d abord jeter à bas toutes les vieilles maisons qui se sont assemblées sans plan véritable, en petites ruelles. Cest seulement quand on les aura jetées bas quon pourra faire une ville selon un plan véritablement rationnel et satisfaisant. Or le doute donne lieu à une opération de ce genre.
En effet, ce que Descartes appelle « révoquer en doute », ce nest pas à proprement parler douter, cest plus exactement nier, tenir pour faux. Il ne sagit donc pas là du doute sceptique, celui de la suspension de jugement quincarne le « Que sais-je ? », de Montaigne. Un tel doute qui laisse lesprit en suspens est, au contraire, celui que Descartes rejette. Rien nest plus éloigné par conséquent du doute cartésien, et même, dune façon générale, rien nest plus éloigné de la pensée de Descartes que la notion selon laquelle lassentiment de lesprit doit avoir des degrés. Pour nous, il y a toujours une gamme de degrés dans lassentiment, allant du certain au douteux en passant par le probable. Chez Descartes, au contraire, on ne doit retenir que deux cas : dune part laffirmé comme certain, dautre part le nié. De même quobjectivement parlant il ne saurait y avoir de milieu entre le vrai et le faux, il ne doit pas y avoir de milieu entre le certain et le nié. Bref, le probable est éliminé.
Dans le Discours de la méthode, Descartes nous dit : « A cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer quil ny avait aucune chose qui fût telle quils nous la font imaginer». «Je voulus supposer ». Les Méditations emploieront un semblable langage. Descartes dira : « Jemploie tous mes soins à me tromper moi-même » « Ce dessein est pénible et laborieux. »
Les Principes déclareront enfin que nous ne nous délivrerons jamais de lerreur « si nous nentreprenons de douter, une fois dans notre vie ».
Aucune expérience ne nous suggère que la conscience connaît par voie de représentation. Cette notion a été inventée pour arbitrer le conflit entre la vision scientifique (et explicative) du monde et la vision spontanée de ce monde, et pour trancher par avance ce conflit au profit de la science en décrétant que notre vue naturelle et spontanée des choses est radicalement entachée de subjectivisme, quelle nest quune représentation subjective. Il faut dire au contraire, que la conscience est toujours la visée intentionnelle dun objet. Limage quon doit lui appliquer, pour la comprendre nest pas celle du récipient ou du contenant dun contenu, mais celle dun phare qui illumine. À ce propos, deux thèses apparaissent dès le début de la réflexion husserlienne.
Il y a autant de manières de viser intentionnellement lobjet quil y a de manières, pour lobjet, dêtre donné ou dapparaître. La description de ces différents modes, tant sur le plan noétique (la visée) que sur le plan noématique (le type dapparaître) est une des tâches de la phénoménologie.
Remarquons en outre sans quil soit loisible de sy arrêter, que la conception phénoménologique de la perception et du perçu ne prend pas modèle sur la conception psychologique de ces mêmes notions [où le possible est plus souvent pensé que perçu] et que, de surcroît, elle cherche à dépasser définitivement le dualisme sensibilitéintelligence dont la perception fut de tout temps prisonnière. De là découle une dernière consigne méthodologique : celle du positivisme véritable. Le positivisme classique, obnubilé par une théorie faussement réductionnelle de la science, entend prétendre que notre saisie du réel ne comporte aucun élément a priori et quelle nest valable que dans la mesure où elle porte sur des « données sensibles », cette dernière expression étant prise dans son sens le plus étroitement restrictif. Or, si la phénoménologie reconnaît dans le voir (et donc dans lintuition) linstance ultime et décisive de toute connaissance, elle se refuse à limiter ce voir aux opérations de lil pour létendre à toute activité spirituelle.
Lintérêt primordial de la phénoménologie ne se porte vers aucune chose particulière. Il sattache :
Le phénoménologue sefforce den dégager lessence. Il élaborera ainsi une série dontologies régionale, matérielle ou formelle
Il nest aucunement requis quun objet éidétique (une essence) pour susciter lattention du phénoménologue, comporte des activités réelles de cette essence. « Lobjet-en-général » ou « tout-objet-quelconque » sont des essences qui nont aucun répondant concret ; elles nen sont pas moins un thème nécessaire et important de la recherche phénoménolgique.
Loracle de Delphes « Connais-toi toi-même » (Nosce te ipsum) acquiert alors une signification nouvelle. La science positive devient science en perdant le monde. Il faut donc commencer par perdre le monde avec lènoxh[[6]](#_ftn6) pour le reconquérir dans lautoréflexion universelle. Ne vas pas au-dehors. Ne te disperse pas à l'extérieur, dit Augustin, Rentre en toi-même. » (« Noli foras ire, in te redi, in interiore homine habitat veritas ».)
[[2]](#_ftnref2) La propriété fondamentale des modes de la conscience où je vis entant que je transcendantal , cest ce quon appelle lintentionnalité, cest-à-dire à chaque fois le fait davoir conscience de quelque chose. À ce quid de la conscience ressortissent aussi les modes dêtre tels quapparemment existant, existant de manière bonne, existant doté dune valeur, etc.
[[5]](#_ftnref5) Extraits de larticle signé A. de Waelhens, professeur de philosophie à lUniversité de Louvain, Encyclopædia Universalis, vol. 12, p. 943.
Accueil Liens Stats Téléchargements
- Accueil
- Liens
- Stats
- Téléchargements
| Parcours Parcours lévinassien - Présentation - Au-delà du sens commun - Besoin d'évasion - Civilisation européenne - Contextualité et universalité - Heidegger vu par Lévinas - Itinéraire lévinassien - L'ordre humain - La création ex-nihilo - La créature théomorphe - La foi et l'islam - La société hitlérienne - Le verset et l'au-delà du verset - Lectures talmudiques - Lévinas admirateur de Rosenzweig - Méditations cartésiennes - Totalité et Infini - Un duo sur l'Art - Une philosophie de la liberté - une même interrogation éthique - Présence de Lévinas - Attestation de soi - Intelligibilité du visage - Visage et Raison - Visage - attestation de soi - La guerre vue par Lévinas Parcours axiologique - Présentation - Eléments pour une éthique - Eminents penseurs de la liberté - L'édifice moral de Kant - La liberté selon l'espérance - La valeur sans frontière - Une éthique sociétale - Vie animale, vie humaine - La mondialisation et son orientation - Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne Parcours cartésien - Présentaion - Le doute cartésien - Le cogito cartésien - Les trois réalités cartésiennes - Sur les pas de Descartes (1) - Sur les pas de Descartes (2) - Notes philosophiques de Charles Péguy (IV) - Texte propre à la méthode de Descartes - Le modèle de Bohm et la prescience de Descartes Parcours hellénique - Présentation - Sophia - Le scepticisme critique - La filière grecque de la logique - Synthèses platoniciennes - La philosophie hellénistique (I) - La philosophie hellénistique (II) - La Mathématique onto-logique - Lexique mots grecs - Cogito socratique - Nihilisme et Socratisme - Le néoplatonisme : Plotin - Platon, un philosophe engagé - La caverne de Platon revisitée par Heidegger - Du bien Parcours ricordien - Présentation - Fonder l'herméneutique - Conscient et inconscient - La symbolique du mal - Culpabilité, éthique et religion - Culture, psychanalyse, éthique - La paternité : du fantasme au symbole - L'action sans agent - L'agent de l'action - Philosophie du proche - Horizon d'attente et espace d'expérience - La Phénoménologie de la promesse - La tradition - Transcendantaux du temps - Du même à l'autre et de l'autre au même - Du Cogito à l'herméneutique de soi - De l'intention à l'attestation du soi - La Personne - Fondement philosophique de l'écologie - La disponibilité : entre éthique et ontologie - Structuralisme et herméneutique - Rhétorique, poétique, herméneutique - Dieu et lEtre (I) - Dieu et lEtre (II) - Dieu et lEtre (III) - Les deux pôles de l'existence Parcours spinoziste - Présentation - La vérité - La connaissance rationnelle - La méthode spinoziste - La substance et les attributs - La théorie des modes - Notre connaissance de Dieu - Ce qu'est l'homme - Nature humaine et liberté - Etre et savoir - Projet spinoziste - Théorie des affections - Spinozisme et cartésianisme Parcours habermassien - Présentation - Ses deux oeuvres maîtresses - Genèse du concept d'agir communicationnel - Ethique de la discussion - Théorie de lidéologie dHabermas - Kantisme et christianisme - Religion et sphère publique - Science et technique comme idéologie - Etude critique de Marx - Entre foi et savoir (1) - Entre foi et savoir (2) - La sphère publique - Transformation des structures sociales de la sphère publique - Evolution des fonctions politiques de la sphère publique - Concept dopinion publique - Autorefléxion des sciences de la nature Parcours deleuzien - Opposer la répétition à la généralité - Notes philosophiques de Charles Péguy (I) - Notes philosophiques de Charles Péguy (II) - Notes philosophiques de Charles Péguy (III) - Lunivocité de lEtre Parcours bergsonien - Notes philosophiques de Charles Péguy (V) - La « double frénésie » selon Bergson - Philosophie bergsonienne du banal - Bergson et James - Bergson puis Bachelard (1) - Bergson puis Bachelard (2) - Bergson puis Bachelard (3) - Bergson puis Bachelard (4) Parcours augustinien - Saint Augustin en trois uvres majeures Parcours braguien - Présentation - La culture selon Rémy Brague - La vérité dans ses différents contextes - Eduquer pour la liberté - La tradition - Dialogue interreligieux - La romanité de l'Europe (1) - La romanité de l'Europe (2) - La romanité de l'Europe (3) - Nos bases intellectuelles et cultuelles - Sagesse du monde (1) - Sagesse du monde (2) - Sagesse du monde (3) - Sagesse du monde (4) - Sagesse du monde (5) - Sagesse du monde (6) - Sagesse du monde (7) - Quatre modèles de l'excellence humaine - Règne de l'homme (1) - Règne de l'homme (2) - L'Islam tel que précisé par Rémi Brague - Les tiraillements subis par l'homme en son propre - Qui fait l'Homme - L'ordre d'être Glossématique - Présentation - Projet philosophique de Lévinas - Connaissance - Ethique(L') - Etre(L') - Humain(L') - Infini(L') - Justice - Liberté - Raison - Transcendance - Vérité - Volonté - Magiques ! ces glossèmes Synthèses - Temps modernes - Le maximum dans le minimum - L'après mai-68 - Sphères de lexistence - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 1 - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 2 - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 3 - Les deux pôles de la vie de l'homme et du monde - Lintériorité - Lhomme-promesse - Lépanouissement - Dieu et la double idolâtrie - Entre idole et icône - Du site eucharistique de la théologie - Failles de notre système scolaire - Intempestiva sapientia - Pensée américaine (1) - Pensée américaine (2) - Interprétation philosophique des théories d'Einstein - Noumène et microphysique - Philosphes ayant inspiré Einstein - Le monde quantique - Gouvernance de notre réalité - L'espace en partage - De la particule à l'information I - De la particule à l'information II - De la particule à l'information III - Histoire de l'éléctricité et du magnétisme - Peinture et philosophie - Le message quantique - L'intrication quantique (expérience GHZ) - L'intrication quantique (Théorie) - L'intrication (Applications technologiques) - Une brève sur le monde quantique(1) - Une brève sur le monde quantique(2) - Le paradigme ternaire [Corps-Esprit-Ame] - L'ennéagramme de la personne - Le Judéo-Christianisme Ouvrages publiés - Présentation Suivi des progrès aux USA - Suivi USA octobre 2011 - Suivi USA novembre 2011 - Suivi USA décembre 2011 - Suivi USA janvier 2012 - Suivi USA février 2012 Parcours psychophysique - Présentation - Vivre dans la vérité - Le désir et le bien - Au-delà de l'attention et de la vigilance - La pensée et la perception - La tradition et la vérité - La vision libératrice - Intelligence de l'amour - Abrégé de psychophysique L'art et la science - Braque en découvreur - Le Georges Braque de Carl Einstein - Le doute de Cézanne I - Le doute de Cézanne 2 - L'art en synchronie avec la science - L'ordre caché de l'art 1 - L'ordre caché de l'art 2 - L'ordre caché de l'art 3 - La vision du monde chez l'enfant - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 1 - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 2 - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 3 Parcours nietzschéen - Présentation - Topologie de l'éternel retour - Structures cachées - L'homme à l'intelligibilité des choses Philosophies médiévales - Présentation - De l'Europe médiévale à nos jours - Les non-dits sur le moyen âge (1) - Les non-dits sur le moyen âge (2) - Les non-dits sur le moyen âge (3) - Index des philosophes du moyen âge - Averroès et le discours décisif - La défense d'Averroès Autres perspectives Archéologie - Voies romaines et colonnes milliaires Economie - Developpement durable - Deux capitalismes du monde occidental - Economie de marché - Gouvernance du marché - L'innovation transformée en emplois - Volcker ou Vickers Sciences politiques - Survivance du trotskisme - Le régime parlementaire - Sujets de la réforme(1) - Sujets de la réforme(2) - Sujets de la réforme(3) - Cent révoltes ne feront jamais la révolution - La banalisation politique - Persistance du marxisme - Idéologie et terreur - Symboles Nationaux 1 - Symboles Nationaux 2 - Ecologie et Politique(1) - Ecologie et Politique(2) - Standards de la révolution - Le libéralisme - Quatre indicateurs concernant la révolte - Parler didentité nationale - Le modèle des associations de Tocqueville - Repenser la démocratie (1) - Repenser la démocratie (2) - Repenser la démocratie (3) - La Démocratie américaine - Vers un nouveau secteur financier américain - Politique étrangère américaine - La dimension militaire aux USA - Théocratie ou démocratie - Politiquement correct - TVA, injuste ou géniale ? - Trois lois nous gouvernent - La société libre vue de l'extérieur (statiquement) - La société libre vue de l'extérieur (dynamiquement) - La culture de la liberté - Fondement des Droits de l'Homme - La liberté dans la civilisation européenne - Le matérialisme historique originé à Vico - La promotion de l'égalité... - Les chemins de l'identité - L'idée de génération Sociologie - L'égalité à marche forcée - Laïcité(1) - Laïcité(2) - L'intersexualité diversement appréciée - L'idéologie comme... - L'utopie telle qu'en elle-même - Systèmes de l'ordre social - Catégories de Weber - Le symbole et les images - Le bien fondé des idéaltypes de Weber - Lindividu social - Le sujet personne menacé - Le lien social (1) - Le lien social (2) - Le lien social (3) - Le lien social (4) - Le bouc émissaire - Le Fondamentalisme - Le tennis un + pour la démocratie - Sport mental : une méthode heuristique - Penser la postmodernité (1) - Penser la postmodernité (2) - Penser la postmodernité (3) - Le vivre-ensemble - Le penser passionné - L'inutile comme catégorie - Crise de la transmission (1) - Crise de la transmission (2) - L'affrontement au tennis Poésie - René Char et Braque - René Char et Picasso - Réné Char et de La Tour - Réné Char et de Staël - Lessence du poétique - Le référent dans la production littéraire - Bachelard, précurseur dans le traitement automatique de l'information Théologie 1 - Exégèse patristique de l'ancien testament - Présentation - Livres du pentateuque 1 - Livres du pentateuque 2 - Livres du pentateuque 3 - Livres historiques 1 - Livres historiques 2 - Livres historiques 3 - Livres historiques 4 - Livres historiques 5 Théologie 2 - Le nouveau testament - Présentation - Nouvelle Alliance - Christologie 1 - Christologie 2 - Christologie 3 - Ecclésiologie - Christologie 4 - Christologie 5 - Christologie 6 - Mariologie 1 - Mariologie 2 - Epilogue Théologie 3 - Présentation - Le thomisme et l'onto-théo-logie - Dieu sans l'Être - Réflexions d'anthropologie théologique - Le souffle divin en trois croyances Psychanalyse générale - Avec Gaston Bachelard - Les mots ordonnés de la Biogée - Bachelard - l'invitation au poème - Bachelard précurseur Points dhistoire revisités - Introduction - 14-18, le conflit et ses épiphénomènes - La transmission du savoir antique - La colonisation : intrication du mal et du bien - La France et l'islame - Le Jésus de l'histoire - La révolution en partage (1) - La révolution en partage (2) Edification morale par les fables - Philosophie et morale - Désignation selon les fables des comportements recommandés (1) - Désignation selon les fables des comportements recommandés (2) - Un enseignement dans la droite ligne socratique Histoire - Points de vues sur l'histoire et sa transmission - Critiques du projet de réformes du CSP - L'occident chrétien (1) - L'occident chrétien (2) - La réforme clunisienne - Notions développées par Louis Manaranche - Plaidoyer pour notre enracinement judeo-chrétien - En prélude à "La grande aventure de l'humanité" - Les premières religions de dévotion - La dernière en date des religions de dévotion - Histoire de la civilisation occidentale (1) - Histoire de la civilisation occidentale (2) - L'histoire et ses interprétations - Le règne humain (Écoumène) - La cité humaine Phénoménologie Synthèse programmatique - Les enseignements des "Conférences de Paris" - Sommaire des leçons du professeur Edmund Husserl - Conclusions de Husserl sur ses "méditations cartésiennes" - Le phénomène érotique - Sympathie et respect - Husserl et le sens de l'histoire - Synthèse didactique - Le sentiment - L'intersubjectivité, thème fétiche pour Husserl et Habermas - La constitution du monde spirituel - Le pragmatisme et ses représentants Philosophie et science - Le quantique en son postulat et en son ontologie - La science contemporaine selon Roland Omnès - Les idées rectrices de la physique formelle - La physique comme discipline de la connaissance - Penser le monde en partant du quantique - Expérimenter le monde - Glossaire - La composition atomique du corps humain - Le message hologrammique de David Bohm - Le message ontonomique de Lama Darjeeling Rinpoché - Le fondement informationnel de la physique formelle Mises à jour du site 03/07//2016 ajout : Parcours Hellénique - Du bien 16/06//2016 ajout : Philosophie et science - Le fondement informationnel de la physique formelle 01/06//2016 ajout : Philosophie et science - Le message ontonomique de Lama Darjeeling Rinpoché 15/05//2016 ajout : Philosophie et science - Le message hologrammique de David Bohm 01/05//2016 ajout : Philosophie et science - La composition atomique du corps humain texte modifié : - Le Judéo-Christianisme 10/04//2016 ajout : Philosophie et science - Glossaire 02/04//2016 ajout : Philosophie et science - Penser le monde en partant du quantique - La physique comme discipline de la connaissance - Expérimenter le monde 24/03//2016 ajout : Philosophie et science - La science contemporaine selon Roland Omnès - Les idées rectrices de la physique formelle 05/03/2016 nouvelle perspective : Philosophie et science - Le quantique en son postulat et en son ontologie 09/02/2016 ajout : Synthèses - Le Judéo-Christianisme 09/02/2016 ajout : Sociologie - L'affrontement au tennis 24/01//2015 ajout : Parcours axiologique - Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne Phénoménologie - Le pragmatisme et ses représentants 03/01/2016 ajout : Phénoménologie - La constitution du monde spirituel 26/12//2015 ajout : Parcours Braguien - Les tiraillements subis par l'homme en son propre - Qui fait l'Homme - L'ordre d'être Phénoménologie - L'intersubjectivité, thème fétiche pour Husserl et Habermas 05/12//2015 ajout : Parcours braguien - L'Islam tel que précisé par Rémi Brague Phénoménologie - Le sentiment Liens Wikipédia Bachelard Une nouvelle appréhension des quatre élémentsExistence de Dieu Argument icônique Argument christique Autres arguments(argument onto-théologique dHeidegger)Identité nationale France (Parler didentité nationale) Visites visiteurs visiteurs en ligne | Phénoménologie - Synthèse programmatique Lire ce texte au format PDF SYNTHÈSE PROGRAMMATIQUE QUAVONS-NOUS À TRANSMETTRE ? Du point de vue philosophique, le legs qui nous a été confié comporte, à partir de lEGO, deux séquences philosophiques formant système, la première, celle de Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, propre à lego, la seconde, celle dHusserl, Lévinas, Ricur, Marion, propre à lalter ego. Chacune delles renferme une méthode daccès à la connaissance de la vérité qui préconise un « retour sur soi », le « doute cartésien » propre à Descartes pour la première, la « méditation cartésienne » propre à Husserl pour la seconde. Le « doute » pour Descartes prend sa source dans « lego cogito », la « méditation » pour Husserl prolonge lego cogito par ce quil vise son cogitatum. Le schéma recteur de ses interprétations et descriptions est donc triplement articulé à ego cogito cogitatum. « Toute la problématique transcendantale tourne autour de ce moi, de mon moi[1], de l« ego » avec ce qui est dabord posé à sa place comme allant de soi, à savoir mon âme, puis à nouveau, elle porte sur le rapport sur ce Je et de ma vie de conscience avec le monde dont jai conscience et dont je reconnais lêtre vrai dans mes propres produits de connaissance [2] ». Tel est le schéma général quil nous faut maintenant détailler. A. DEUX SÉQUENCES PHILOSOPHIQUES FORMANT SYSTÈME Selon Paul Ricur, « tous les historiens de la philosophie, même ceux qui ont une prévention contre le »système, pratiquent ce genre de compréhension. Par exemple la séquence : Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, est classique dans lhistoire de la philosophie française ; chez les Allemands, on a une séquence : Kant, Fichte, Schelling, Hegel. Comprendre ici, cest comprendre par le mouvement densemble, par la totalité. Tel est le premier modèle de compréhension en histoire de la philosophie et son pôle-limite : le système I/ LA SÉQUENCE : DESCARTES, SPINOZA, LEIBNIZ, KANT, COMME SYSTÈME DE LEGO Lego chez Descartes : lego cogito est le premier principe indubitable, point de départ de toute connaissance. Lego chez Spinoza : lego acquiescement intérieur est la joie qui naît pour l'homme de la contemplation de soi-même et de sa puissance d'agir. Or, la véritable puissance d'agir de l'homme ou sa vertu, c'est la raison elle-même que l'homme contemple clairement et distinctement ; d'où il suit que l'acquiescement intérieur naît de la raison. De plus, quand il se contemple soi-même, l'homme ne perçoit d'une façon claire et distincte, c'est-à-dire adéquate, rien autre chose que ce qui suit de sa puissance d'agir, en d'autres termes, de sa puissance de comprendre : et par conséquent, le plus haut degré de l'acquiescement intérieur ne peut naître que de cette seule contemplation. Lego chez Leibniz : lego monadique provient de sa saisie avec toutes ses appartenances. Lego chez Kant : lego transcendantal comme condition de possibilité de lexpérience. Un tel Je est dans la terminologie kantienne, transcendant, supérieur aux choses, et transcendantal, supérieur et indépendant de lexpérience ; il faut donc bien le distinguer du Je empirique, cest-à-dire du Je que lon rencontre dans lexpérience. II/ LA SÉQUENCE HUSSERL, LÉVINAS, RICUR, MARION, COMME SYSTÈME DE LALTER EGO HUSSERL Comme linaugure la cinquième Méditation cartésienne de Husserl, lego méditant commence par suspendre [au moyen de lépoché[3]], donc par rendre problématique tout ce que lexpérience ordinaire doit à autrui, afin de discerner ce qui, dans cette expérience réduite à la sphère du propre, requiert la position dautrui comme position aussi incontestable (apodictique) que la sienne. Ce mouvement de pensée est tout à fait comparable « au doute métaphysique » de Descartes, sauf quil ne sappuie pas sur lhypothèse daucun malin génie. Souvre ainsi la voie qui est de constituer le sens autrui « dans » (in) et « à partir » (aus) du sens moi. Il serait néanmoins inexact de considérer cette méditation comme une « démonstration » de « lexistence dautrui ». Il sagit bien plutôt dun effort ultime entrepris par le philosophe pour achever la détermination de la structure du domaine transcendantal en montrant que, au cur de son champ phénoménologiquement réduit (et donc monadique) vivent les actes, les synthèses et les modes dapparition constitutifs de lêtre autrui. « Il nous faut bien nous rendre compte, dit Husserl, du sens de lintentionnalité explicite et implicite, où sur le fond de notre moi transcendantal, saffirme et se manifeste lalter ego. Il nous faut voir comment, dans quelles intentionnalités, dans quelles synthèses, dans quelles motivations le sens de lalter ego se forme en moi » Quen est-il alors des autres ego qui ne sont pourtant pas de simples représentations ni de simples objets représentés en moi les unités synthétiques dune vérification possible en moi , mais précisément et selon le sens même du terme, des autres ? Husserl voit également que la multiplicité des autres sappréhende réciproquement comme « autres » ; ensuite, quil peut appréhender chacun des « autres » non seulement comme « autre » mais comme se rapportant à tous ceux qui sont « autres » pour lui et donc, en même temps, immédiatement à lui-même. Il est également clair que les hommes ne peuvent être appréhendés que comme trouvant (en réalité ou en puissance) dautres hommes autour deux ». LÉVINAS Le philosophe qui, au XXe siècle, a formulé la conception la plus « novatrice » de lalter ego est peut-être Lévinas, célèbre pour avoir affirmé que la philosophie première était léthique. Il cherche à montrer que tant chez Husserl que chez Heidegger, lautre est conçu de manière purement théorique et quen ce sens, sa dimension morale (et donc véritablement philosophique) est manquée. Il faut renverser le cogito cartésien en affirmant que le fondement de la philosophie ne se trouve pas en celui-ci mais en lautre homme qui fait appel à ma responsabilité. Autrui, cest dabord son visage (avant toute situation sociale, caractère, etc.). Le visage, ce nest pas dabord un composé dyeux, bouche, nez, etc. mais ce qui me transporte au-delà de lui-même, dans un infini que je ne peux trouver en moi-même. Lévinas ajoute que le visage de lautre est invocation et quil exige une aide, une réponse. Le visage est ce qui témoigne de la fragilité de lhomme ; il mappelle, me commande, moblige à être responsable de lui. Pour Lévinas, limpératif éthique repose sur le visage. On comprend que cette conception est à lopposé de celle de Sartre qui pensait que les regards saffrontaient dans une lutte pour réduire lautre à létat dobjet. Lévinas quant à lui indique, quouvrant sur linfini, le visage est ce qui peut seul mélever à la condition de sujet. RICUR Ce contemporain de Lévinas, et dont les vues sont proches des siennes, décline une éthique de l'égalité et de la réciprocité qui reconnaît la vulnérabilité. Le souci de lexercice de la liberté de lautre repose sur la reconnaissance entre lui et moi, dune similitude : le « tu » que je vise à la deuxième personne est aussi un « je » pour lui-même, capable de faire des choix et de prendre des initiatives dans lesquelles son pouvoir être satteste et cherche à se réaliser. Lautre est donc, éminemment chez Ricur lalter ego : semblable dans sa capacité à se désigner lui-même à la première personne, mais différent de moi dans son individualité. Avec la reconnaissance de cette similitude entre moi et lautre va de pair celle de légalité de nos libertés ; en reconnaissant autrui comme mon alter ego, je reconnais aussi que son désir dêtre vaut autant que le mien. Cette reconnaissance qui est aussi à la racine de la notion de justice, est parfaitement réciproque : comme je suis également pour lautre qui me fait face, un « tu » capable de dire « je », ma liberté vaut également la sienne. « La justice correspond à ceci : que ta liberté vaille autant que la mienne ». La similitude et légalité entre les protagonistes de la relation impliquent en fait la réversibilité de la reconnaissance. Dans son approche de lautre, Ricur reste de son propre aveu, profondément husserlien : la deuxième personne est lanalogonde la première. On dira quautrui est constitué à partir du sens de lego ; je transfère à autrui lidée que jai de moi-même comme dun être dont la liberté veut saccomplir. Ricur attribue en fait un sens éthique à la démarche husserlienne puisquil transforme la formule de transfert analogiqueen cette pratique constituant une reconnaissance de la liberté de lautre. Pour le philosophe, en effet, le problème de la reconnaissance de la liberté à la deuxième personne est le phénomène central de léthique[4]. MARION Dans le prolongement d'Emmanuel Lévinas, Jean-Luc Marion entend montrer que la question de l'être, qui définit de part en part la métaphysique, n'est pas fondamentale, et qu'elle doit être dépassée à la fois par une question éthique redéfinie comme amour, et par la transcendance théologique (cf. Dieu sans l'être). C'est sur ces bases qu'il développe une phénoménologie de l'amour, dans Le Phénomène érotique (2003). Dans ce dernier ouvrage, il souhaite penser à nouveaux frais la question de l'émergence de la subjectivité: contrairement à Descartes, il affirme que ce n'est pas dans le repli de la conscience qu'elle peut se poser comme existante. Ainsi c'est lalter ego, par son amour et l'intentionnalité de son acte d'amour, qui est seul capable d'armer la certitude de soi face à l'assaut de la vanité contre laquelle, selon Marion, l'ego certain de lui-même ne tient pas. Marion approche la phénoménologie à partir du thème de la donation et du don (Réduction et donation, Étant donné, De surcroît) et en redéfinissant la phénoménalité à partir du concept de « phénomène saturé ». Alors que Husserl n'avait envisagé le phénomène que dans les cas d'une pénurie d'intuition incapable de valider l'intention de sens et de l'adéquation entre intention et signification permettant de produire l'évidence, Marion envisage le cas d'un surcroît irréductible d'intuition sur la signification, c'est-à-dire de la saturation du concept, qui lui permet d'inverser le sens même de la phénoménologie par le concept d'anamorphose, où la subjectivité constituante se laisse dicter les conditions d'apparition du phénomène. B. LE DOUTE CHEZ DESCARTES Le doute est une mise en question non pas de lobjet mais de lopinion relative à lobjet Cest pourquoi le doute fondera un « je pense » (cogito), et, à proprement parler une métaphysique du sujet. Quand il traite du doute, Descartes rappelle toujours la multiplicité des opinions reçues. Il y a des opinions multiples, acquises, qui sopposent dans lesprit de tout homme. Et, de même, lhomme se trompe souvent. Il y a là une sorte de fait. Voulant sortir de cette incertitude de fait, le doute retrouve deux grands projets, qui étaient déjà, en 1628, ceux des Règles pour la direction de lesprit. Le premier de ces projets est de fonder une science certaine. Il convient seulement de rappeler que dans la règle 2 de ce document, Descartes déclarait : « Par cette règle, nous rejetons toutes les connaissances qui ne sont que probables, et nous décidons quil ne faut donner notre assentiment quà celles qui sont parfaitement connues et dont on ne peut douter. » Tel est le désir de Descartes de sortir dune science médiévale, où tout était en discussion et simplement probable, et de remplacer cette science par une science du certain, conçue sur le modèle des mathématiques. Par conséquent le doute va rejeter tout ce qui nest pas certain, jusquà ce que soit découvert un point de départ absolument certain. Rien nest plus connu que ce thème : le doute prépare la certitude. Le second projet de Descartes, en 1628, était relatif au thème de lunité : il voulait unifier sa pensée. Beaucoup de gens, en effet, laissent voisiner en eux des opinions multiples et nombreuses, sans paraître souffrir outre mesure quelles sopposent entre elles. A cela, Descartes oppose toujours le thème de lordre, et de lordre comme unique. On le voit souvent illustrer ce thème en disant que si lon veut reconstruire une ville, il faut d abord jeter à bas toutes les vieilles maisons qui se sont assemblées sans plan véritable, en petites ruelles. Cest seulement quand on les aura jetées bas quon pourra faire une ville selon un plan véritablement rationnel et satisfaisant. Or le doute donne lieu à une opération de ce genre. En effet, ce que Descartes appelle « révoquer en doute », ce nest pas à proprement parler douter, cest plus exactement nier, tenir pour faux. Il ne sagit donc pas là du doute sceptique, celui de la suspension de jugement quincarne le « Que sais-je ? », de Montaigne. Un tel doute qui laisse lesprit en suspens est, au contraire, celui que Descartes rejette. Rien nest plus éloigné par conséquent du doute cartésien, et même, dune façon générale, rien nest plus éloigné de la pensée de Descartes que la notion selon laquelle lassentiment de lesprit doit avoir des degrés. Pour nous, il y a toujours une gamme de degrés dans lassentiment, allant du certain au douteux en passant par le probable. Chez Descartes, au contraire, on ne doit retenir que deux cas : dune part laffirmé comme certain, dautre part le nié. De même quobjectivement parlant il ne saurait y avoir de milieu entre le vrai et le faux, il ne doit pas y avoir de milieu entre le certain et le nié. Bref, le probable est éliminé. Le doute est une entreprise volontaire Dans le Discours de la méthode, Descartes nous dit : « A cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer quil ny avait aucune chose qui fût telle quils nous la font imaginer». «Je voulus supposer ». Les Méditations emploieront un semblable langage. Descartes dira : « Jemploie tous mes soins à me tromper moi-même » « Ce dessein est pénible et laborieux. » Les Principes déclareront enfin que nous ne nous délivrerons jamais de lerreur « si nous nentreprenons de douter, une fois dans notre vie ». Toujours donc Descartes parle de son doute comme dune entreprise volontaire, et, par là, située dans le temps, subordonnée à une décision prise à un moment donné, fruit dune liberté qui, comme le dit encore la première partie des Principes, est « telle que, toutes les fois quil nous plaît nous pouvons nous abstenir » de croire. Et cest comme volontaire que le doute, à la fin de Méditation première, donne lieu à la fameuse hypothèse du malin génie. Cette hypothèse du malin génie est une pure hypothèse méthodologique, qui permet à Descartes de tendre sa volonté contre une autre volonté, supposée à la fois plus forte que la sienne et essentiellement mauvaise, désireuse de nous induire en erreur. Cest également comme volontaire que le doute sinsère, dans la suite des pensées de Descartes, à la place où Descartes veut le mettre, cest-à-dire à la base même, au fondement même de toute démarche métaphysique. C. LA MÉDITATION CHEZ HUSSERL[5] COMME AUTORÉFLEXION UNIVERSELLE Aucune expérience ne nous suggère que la conscience connaît par voie de représentation. Cette notion a été inventée pour arbitrer le conflit entre la vision scientifique (et explicative) du monde et la vision spontanée de ce monde, et pour trancher par avance ce conflit au profit de la science en décrétant que notre vue naturelle et spontanée des choses est radicalement entachée de subjectivisme, quelle nest quune représentation subjective. Il faut dire au contraire, que la conscience est toujours la visée intentionnelle dun objet. Limage quon doit lui appliquer, pour la comprendre nest pas celle du récipient ou du contenant dun contenu, mais celle dun phare qui illumine. À ce propos, deux thèses apparaissent dès le début de la réflexion husserlienne. 1ère thèse Il y a autant de manières de viser intentionnellement lobjet quil y a de manières, pour lobjet, dêtre donné ou dapparaître. La description de ces différents modes, tant sur le plan noétique (la visée) que sur le plan noématique (le type dapparaître) est une des tâches de la phénoménologie. 2ème thèse La perception et le percevoir jouissent sur tous les autres modes de viser et dapparaître dun certain primat en ce sens que tous ces modes, quoique foncièrement différents du mode perceptif, sont néanmoins fondés en lui. Remarquons en outre sans quil soit loisible de sy arrêter, que la conception phénoménologique de la perception et du perçu ne prend pas modèle sur la conception psychologique de ces mêmes notions [où le possible est plus souvent pensé que perçu] et que, de surcroît, elle cherche à dépasser définitivement le dualisme sensibilitéintelligence dont la perception fut de tout temps prisonnière. De là découle une dernière consigne méthodologique : celle du positivisme véritable. Le positivisme classique, obnubilé par une théorie faussement réductionnelle de la science, entend prétendre que notre saisie du réel ne comporte aucun élément a priori et quelle nest valable que dans la mesure où elle porte sur des « données sensibles », cette dernière expression étant prise dans son sens le plus étroitement restrictif. Or, si la phénoménologie reconnaît dans le voir (et donc dans lintuition) linstance ultime et décisive de toute connaissance, elle se refuse à limiter ce voir aux opérations de lil pour létendre à toute activité spirituelle. La phénoménologie transcendantale en tant que système méthodologique daccès à la vérité des choses Lintérêt primordial de la phénoménologie ne se porte vers aucune chose particulière. Il sattache : en premier lieu aux modes typiques dêtre-donné ou dapparaître lobjet (lobjet perçu, lobjet imaginaire, lobjet voulu, lobjet dont il est jugé, etc.) en second lieu aux activités typiques de la conscience (percevoir, imaginer, vouloir, juger, etc.). Le phénoménologue sefforce den dégager lessence. Il élaborera ainsi une série dontologies régionale, matérielle ou formelle Par exemple, la région nature étudie lessence commune à toutes les essences qui définissent un mode dapparaître, se manifestant dans la nature (la chose, le vivant, le propre, etc.) ; La région conscience regroupe toutes les essences qui ont en commun dêtre une activité consciente (penser, sentir, imaginer, percevoir, etc.) et déterminer ce qui caractérise toute conscience en tant que telle. La réduction phénoménologique ou transcendantale Elle consiste en un effort pour arriver à la source de la signification du monde vécu à travers un mouvement qui fait qu'on cesse de voir celui-ci d'une manière naturelle et quotidienne pour le voir d'une manière réflexive en tant que phénomène pur ; une telle méthode implique la mise entre parenthèses de tous les jugements concernant l'existence du monde, c'est-à-dire une « époché » (en grec épokhê) qui est, redisons-le, la suppression de tout jugement à propos de celle-ci de sorte qu'on ne la présuppose pas, ni ne la nie, ni ne l'affirme. Le monde perçu selon l'attitude naturelle est celui des choses, des faits, des valeurs, des soucis et des buts pratiques, le monde dans lequel chacun vit, un monde préréflexif qui ne fait l'objet d'aucune réflexion radicale sur sa réalité, et à l'occasion duquel on n'examine ni la possibilité ou les fondements de la connaissance, ni la validité de la perception ; c'est donc un monde où les choses sont senties de manière immédiate. Le monde est continuellement là pour la personne qui vit de façon naturelle. Et, en tant qu'il est vu ainsi, il se situe au niveau ontique des étants (en allemand Seiendes) et des faits. Mais le même monde peut aussi être saisi d'une manière réflexive lorsqu'on l'examine comme un tout et qu'on s'interroge sur les fondements de la connaissance, afin de comprendre à la fois le monde et la conscience aussi bien que les rapports qu'ils entretiennent. Saisi de cette manière, le monde se situe au niveau ontologique de l'être (en allemand Sein) des étants et selon la signification (Sinn) du monde et de la conscience. Modifiant ainsi l'attitude naturelle, la réduction phénoménologique vise à trouver pour la connaissance un fondement indubitable. Le monde, qui est continuellement là dans l'attitude naturelle, est alors mis entre parenthèses. Cette réduction transcendantale me lie au flux de mes purs vécus de conscience et aux unités constituée par leurs actualités et leurs potentialités. Il semble bien évident que de telles unités sont inséparables de mon ego, appartenant aussi à sa concrétion même. Il nest aucunement requis quun objet éidétique (une essence) pour susciter lattention du phénoménologue, comporte des activités réelles de cette essence. « Lobjet-en-général » ou « tout-objet-quelconque » sont des essences qui nont aucun répondant concret ; elles nen sont pas moins un thème nécessaire et important de la recherche phénoménolgique. Ainsi devient effective lidée dune philosophie universelle tout autrement que ne se le figuraient Descartes et son temps, guidés quils étaient par la nouvelle science de la nature , non comme le système universel dune théorie déductive, comme si tout étant se situait dans lunité dun calcul, mais et le sens fondamental de la science en général sen trouve ainsi radicalement modifié comme un système de disciplines phénoménologiques corrélatives dans leur thématique, fondées sur la base plus profonde non de laxiome ego cogito, mais dune autoréflexion universelle. Autrement dit, le chemin nécessaire qui conduit à une connaissance fondée de manière ultime au sens le plus élevé du terme, ou, ce qui revient au même, une connaissance philosophique, cest le chemin propre à une connaissance de soi universelle, dabord monadique, puis intermonadique. Nous pouvons dire aussi : une continuation radicale et universelle des Méditations de Descartes ou, ce qui revient au même, dune connaissance de soi universelle, cest la philosophie même, et elle embrasse toute science véritable et responsable. Loracle de Delphes « Connais-toi toi-même » (Nosce te ipsum) acquiert alors une signification nouvelle. La science positive devient science en perdant le monde. Il faut donc commencer par perdre le monde avec lènoxh[6] pour le reconquérir dans lautoréflexion universelle. Ne vas pas au-dehors. Ne te disperse pas à l'extérieur, dit Augustin, Rentre en toi-même. » (« Noli foras ire, in te redi, in interiore homine habitat veritas ».) Du point de vue des disciplines philosophiques, il semble qu'une science toute particulière, quoique simplement négative (phaenomenologia generalis) doive précéder la métaphysique ; les principes de la sensibilité s'y verront fixer leur validité et leurs bornes, afin qu'ils n'embrouillent pas les jugements portant sur les objets de la raison pure, comme cela s'est presque toujours produit jusqu'alors. [1] Krisis II, § 26 texte écrit par E. Husserl en 1935 et qui est paru intégralement de manière posthume, en 1954, seize ans après sa mort. [2] La propriété fondamentale des modes de la conscience où je vis entant que je transcendantal , cest ce quon appelle lintentionnalité, cest-à-dire à chaque fois le fait davoir conscience de quelque chose. À ce quid de la conscience ressortissent aussi les modes dêtre tels quapparemment existant, existant de manière bonne, existant doté dune valeur, etc. [3] Époché : La réduction phénoménologique ou transcendantale implique la mise entre parenthèses de tous les jugements concernant l'existence du monde, c'est-à-dire une suspension (en grec épokhê) de tout jugement à propos de celle-ci de sorte qu'on ne la présuppose pas, ni ne la nie, ni ne l'affirme. [4] Ricur va jusquà dire que lexistence dautrui est une existence-valeur. [5] Extraits de larticle signé A. de Waelhens, professeur de philosophie à lUniversité de Louvain, Encyclopædia Universalis, vol. 12, p. 943. [6] C'est par la foi qu' Enoch fut enlevé pour qu'il ne vît point la mort, et qu'il ne parut plus parce que Dieu l'avait enlevé; car, avant son enlèvement, il avait reçu le témoignage qu'il était agréable à Dieu. Date de création : 17/10/2015 @ 16:50 Dernière modification : 08/11/2015 @ 20:59 Catégorie : Phénoménologie Page lue 694 fois Réactions à cet article Personne n'a encore laissé de commentaire.Soyez donc le premier ! |
| Personne n'a encore laissé de commentaire.Soyez donc le premier ! |
Parcours lévinassien
- - Présentation
- - Au-delà du sens commun
- - Besoin d'évasion
- - Civilisation européenne
- - Contextualité et universalité
- - Heidegger vu par Lévinas
- - Itinéraire lévinassien
- - L'ordre humain
- - La création ex-nihilo
- - La créature théomorphe
- - La foi et l'islam
- - La société hitlérienne
- - Le verset et l'au-delà du verset
- - Lectures talmudiques
- - Lévinas admirateur de Rosenzweig
- - Méditations cartésiennes
- - Totalité et Infini
- - Un duo sur l'Art
- - Une philosophie de la liberté
- - une même interrogation éthique
- - Présence de Lévinas
- - Attestation de soi
- - Intelligibilité du visage
- - Visage et Raison
- - Visage - attestation de soi
- - La guerre vue par Lévinas
Parcours axiologique
- - Présentation
- - Eléments pour une éthique
- - Eminents penseurs de la liberté
- - L'édifice moral de Kant
- - La liberté selon l'espérance
- - La valeur sans frontière
- - Une éthique sociétale
- - Vie animale, vie humaine
- - La mondialisation et son orientation
- - Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne
Parcours cartésien
- - Présentaion
- - Le doute cartésien
- - Le cogito cartésien
- - Les trois réalités cartésiennes
- - Sur les pas de Descartes (1)
- - Sur les pas de Descartes (2)
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (IV)
- - Texte propre à la méthode de Descartes
- - Le modèle de Bohm et la prescience de Descartes
Parcours hellénique
- - Présentation
- - Sophia
- - Le scepticisme critique
- - La filière grecque de la logique
- - Synthèses platoniciennes
- - La philosophie hellénistique (I)
- - La philosophie hellénistique (II)
- - La Mathématique onto-logique
- - Lexique mots grecs
- - Cogito socratique
- - Nihilisme et Socratisme
- - Le néoplatonisme : Plotin
- - Platon, un philosophe engagé
- - La caverne de Platon revisitée par Heidegger
- - Du bien
Parcours ricordien
- - Présentation
- - Fonder l'herméneutique
- - Conscient et inconscient
- - La symbolique du mal
- - Culpabilité, éthique et religion
- - Culture, psychanalyse, éthique
- - La paternité : du fantasme au symbole
- - L'action sans agent
- - L'agent de l'action
- - Philosophie du proche
- - Horizon d'attente et espace d'expérience
- - La Phénoménologie de la promesse
- - La tradition
- - Transcendantaux du temps
- - Du même à l'autre et de l'autre au même
- - Du Cogito à l'herméneutique de soi
- - De l'intention à l'attestation du soi
- - La Personne
- - Fondement philosophique de l'écologie
- - La disponibilité : entre éthique et ontologie
- - Structuralisme et herméneutique
- - Rhétorique, poétique, herméneutique
- - Dieu et lEtre (I)
- - Dieu et lEtre (II)
- - Dieu et lEtre (III)
- - Les deux pôles de l'existence
Parcours spinoziste
- - Présentation
- - La vérité
- - La connaissance rationnelle
- - La méthode spinoziste
- - La substance et les attributs
- - La théorie des modes
- - Notre connaissance de Dieu
- - Ce qu'est l'homme
- - Nature humaine et liberté
- - Etre et savoir
- - Projet spinoziste
- - Théorie des affections
- - Spinozisme et cartésianisme
Parcours habermassien
- - Présentation
- - Ses deux oeuvres maîtresses
- - Genèse du concept d'agir communicationnel
- - Ethique de la discussion
- - Théorie de lidéologie dHabermas
- - Kantisme et christianisme
- - Religion et sphère publique
- - Science et technique comme idéologie
- - Etude critique de Marx
- - Entre foi et savoir (1)
- - Entre foi et savoir (2)
- - La sphère publique
- - Transformation des structures sociales de la sphère publique
- - Evolution des fonctions politiques de la sphère publique
- - Concept dopinion publique
- - Autorefléxion des sciences de la nature
Parcours deleuzien
- - Opposer la répétition à la généralité
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (I)
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (II)
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (III)
- - Lunivocité de lEtre
Parcours bergsonien
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (V)
- - La « double frénésie » selon Bergson
- - Philosophie bergsonienne du banal
- - Bergson et James
- - Bergson puis Bachelard (1)
- - Bergson puis Bachelard (2)
- - Bergson puis Bachelard (3)
- - Bergson puis Bachelard (4)
Parcours augustinien
- - Saint Augustin en trois uvres majeures
Parcours braguien
- - Présentation
- - La culture selon Rémy Brague
- - La vérité dans ses différents contextes
- - Eduquer pour la liberté
- - La tradition
- - Dialogue interreligieux
- - La romanité de l'Europe (1)
- - La romanité de l'Europe (2)
- - La romanité de l'Europe (3)
- - Nos bases intellectuelles et cultuelles
- - Sagesse du monde (1)
- - Sagesse du monde (2)
- - Sagesse du monde (3)
- - Sagesse du monde (4)
- - Sagesse du monde (5)
- - Sagesse du monde (6)
- - Sagesse du monde (7)
- - Quatre modèles de l'excellence humaine
- - Règne de l'homme (1)
- - Règne de l'homme (2)
- - L'Islam tel que précisé par Rémi Brague
- - Les tiraillements subis par l'homme en son propre
- - Qui fait l'Homme
- - L'ordre d'être
Glossématique
- - Présentation
- - Projet philosophique de Lévinas
- - Connaissance
- - Ethique(L')
- - Etre(L')
- - Humain(L')
- - Infini(L')
- - Justice
- - Liberté
- - Raison
- - Transcendance
- - Vérité
- - Volonté
- - Magiques ! ces glossèmes
Synthèses
- - Temps modernes
- - Le maximum dans le minimum
- - L'après mai-68
- - Sphères de lexistence
- - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 1
- - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 2
- - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 3
- - Les deux pôles de la vie de l'homme et du monde
- - Lintériorité
- - Lhomme-promesse
- - Lépanouissement
- - Dieu et la double idolâtrie
- - Entre idole et icône
- - Du site eucharistique de la théologie
- - Failles de notre système scolaire
- - Intempestiva sapientia
- - Pensée américaine (1)
- - Pensée américaine (2)
- - Interprétation philosophique des théories d'Einstein
- - Noumène et microphysique
- - Philosphes ayant inspiré Einstein
- - Le monde quantique
- - Gouvernance de notre réalité
- - L'espace en partage
- - De la particule à l'information I
- - De la particule à l'information II
- - De la particule à l'information III
- - Histoire de l'éléctricité et du magnétisme
- - Peinture et philosophie
- - Le message quantique
- - L'intrication quantique (expérience GHZ)
- - L'intrication quantique (Théorie)
- - L'intrication (Applications technologiques)
- - Une brève sur le monde quantique(1)
- - Une brève sur le monde quantique(2)
- - Le paradigme ternaire [Corps-Esprit-Ame]
- - L'ennéagramme de la personne
- - Le Judéo-Christianisme
Ouvrages publiés
- - Présentation
Suivi des progrès aux USA
- - Suivi USA octobre 2011
- - Suivi USA novembre 2011
- - Suivi USA décembre 2011
- - Suivi USA janvier 2012
- - Suivi USA février 2012
Parcours psychophysique
- - Présentation
- - Vivre dans la vérité
- - Le désir et le bien
- - Au-delà de l'attention et de la vigilance
- - La pensée et la perception
- - La tradition et la vérité
- - La vision libératrice
- - Intelligence de l'amour
- - Abrégé de psychophysique
L'art et la science
- - Braque en découvreur
- - Le Georges Braque de Carl Einstein
- - Le doute de Cézanne I
- - Le doute de Cézanne 2
- - L'art en synchronie avec la science
- - L'ordre caché de l'art 1
- - L'ordre caché de l'art 2
- - L'ordre caché de l'art 3
- - La vision du monde chez l'enfant
- - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 1
- - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 2
- - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 3
Parcours nietzschéen
- - Présentation
- - Topologie de l'éternel retour
- - Structures cachées
- - L'homme à l'intelligibilité des choses
Philosophies médiévales
- - Présentation
- - De l'Europe médiévale à nos jours
- - Les non-dits sur le moyen âge (1)
- - Les non-dits sur le moyen âge (2)
- - Les non-dits sur le moyen âge (3)
- - Index des philosophes du moyen âge
- - Averroès et le discours décisif
- - La défense d'Averroès
Archéologie
Economie
- - Developpement durable
- - Deux capitalismes du monde occidental
- - Economie de marché
- - Gouvernance du marché
- - L'innovation transformée en emplois
- - Volcker ou Vickers
Sciences politiques
- - Survivance du trotskisme
- - Le régime parlementaire
- - Sujets de la réforme(1)
- - Sujets de la réforme(2)
- - Sujets de la réforme(3)
- - Cent révoltes ne feront jamais la révolution
- - La banalisation politique
- - Persistance du marxisme
- - Idéologie et terreur
- - Symboles Nationaux 1
- - Symboles Nationaux 2
- - Ecologie et Politique(1)
- - Ecologie et Politique(2)
- - Standards de la révolution
- - Le libéralisme
- - Quatre indicateurs concernant la révolte
- - Parler didentité nationale
- - Le modèle des associations de Tocqueville
- - Repenser la démocratie (1)
- - Repenser la démocratie (2)
- - Repenser la démocratie (3)
- - La Démocratie américaine
- - Vers un nouveau secteur financier américain
- - Politique étrangère américaine
- - La dimension militaire aux USA
- - Théocratie ou démocratie
- - Politiquement correct
- - TVA, injuste ou géniale ?
- - Trois lois nous gouvernent
- - La société libre vue de l'extérieur (statiquement)
- - La société libre vue de l'extérieur (dynamiquement)
- - La culture de la liberté
- - Fondement des Droits de l'Homme
- - La liberté dans la civilisation européenne
- - Le matérialisme historique originé à Vico
- - La promotion de l'égalité...
- - Les chemins de l'identité
- - L'idée de génération
Sociologie
- - L'égalité à marche forcée
- - Laïcité(1)
- - Laïcité(2)
- - L'intersexualité diversement appréciée
- - L'idéologie comme...
- - L'utopie telle qu'en elle-même
- - Systèmes de l'ordre social
- - Catégories de Weber
- - Le symbole et les images
- - Le bien fondé des idéaltypes de Weber
- - Lindividu social
- - Le sujet personne menacé
- - Le lien social (1)
- - Le lien social (2)
- - Le lien social (3)
- - Le lien social (4)
- - Le bouc émissaire
- - Le Fondamentalisme
- - Le tennis un + pour la démocratie
- - Sport mental : une méthode heuristique
- - Penser la postmodernité (1)
- - Penser la postmodernité (2)
- - Penser la postmodernité (3)
- - Le vivre-ensemble
- - Le penser passionné
- - L'inutile comme catégorie
- - Crise de la transmission (1)
- - Crise de la transmission (2)
- - L'affrontement au tennis
Poésie
- - René Char et Braque
- - René Char et Picasso
- - Réné Char et de La Tour
- - Réné Char et de Staël
- - Lessence du poétique
- - Le référent dans la production littéraire
- - Bachelard, précurseur dans le traitement automatique de l'information
Théologie 1
- - Exégèse patristique de l'ancien testament - Présentation
- - Livres du pentateuque 1
- - Livres du pentateuque 2
- - Livres du pentateuque 3
- - Livres historiques 1
- - Livres historiques 2
- - Livres historiques 3
- - Livres historiques 4
- - Livres historiques 5
Théologie 2
- - Le nouveau testament - Présentation
- - Nouvelle Alliance
- - Christologie 1
- - Christologie 2
- - Christologie 3
- - Ecclésiologie
- - Christologie 4
- - Christologie 5
- - Christologie 6
- - Mariologie 1
- - Mariologie 2
- - Epilogue
Théologie 3
- - Présentation
- - Le thomisme et l'onto-théo-logie
- - Dieu sans l'Être
- - Réflexions d'anthropologie théologique
- - Le souffle divin en trois croyances
Psychanalyse générale
- - Avec Gaston Bachelard
- - Les mots ordonnés de la Biogée
- - Bachelard - l'invitation au poème
- - Bachelard précurseur
Points dhistoire revisités
- - Introduction
- - 14-18, le conflit et ses épiphénomènes
- - La transmission du savoir antique
- - La colonisation : intrication du mal et du bien
- - La France et l'islame
- - Le Jésus de l'histoire
- - La révolution en partage (1)
- - La révolution en partage (2)
Edification morale par les fables
- - Philosophie et morale
- - Désignation selon les fables des comportements recommandés (1)
- - Désignation selon les fables des comportements recommandés (2)
- - Un enseignement dans la droite ligne socratique
Histoire
- - Points de vues sur l'histoire et sa transmission
- - Critiques du projet de réformes du CSP
- - L'occident chrétien (1)
- - L'occident chrétien (2)
- - La réforme clunisienne
- - Notions développées par Louis Manaranche
- - Plaidoyer pour notre enracinement judeo-chrétien
- - En prélude à "La grande aventure de l'humanité"
- - Les premières religions de dévotion
- - La dernière en date des religions de dévotion
- - Histoire de la civilisation occidentale (1)
- - Histoire de la civilisation occidentale (2)
- - L'histoire et ses interprétations
- - Le règne humain (Écoumène)
- - La cité humaine
Phénoménologie
- Synthèse programmatique
- - Les enseignements des "Conférences de Paris"
- - Sommaire des leçons du professeur Edmund Husserl
- - Conclusions de Husserl sur ses "méditations cartésiennes"
- - Le phénomène érotique
- - Sympathie et respect
- - Husserl et le sens de l'histoire
- - Synthèse didactique
- - Le sentiment
- - L'intersubjectivité, thème fétiche pour Husserl et Habermas
- - La constitution du monde spirituel
- - Le pragmatisme et ses représentants
Philosophie et science
- - Le quantique en son postulat et en son ontologie
- - La science contemporaine selon Roland Omnès
- - Les idées rectrices de la physique formelle
- - La physique comme discipline de la connaissance
- - Penser le monde en partant du quantique
- - Expérimenter le monde
- - Glossaire
- - La composition atomique du corps humain
- - Le message hologrammique de David Bohm
- - Le message ontonomique de Lama Darjeeling Rinpoché
- - Le fondement informationnel de la physique formelle
03/07//2016 ajout :
Parcours Hellénique
- Du bien
16/06//2016 ajout :
Philosophie et science
-Le fondement informationnel de la physique formelle
01/06//2016 ajout :
Philosophie et science
-Le message ontonomique de Lama Darjeeling Rinpoché
15/05//2016 ajout :
Philosophie et science
- Le message hologrammique de David Bohm
01/05//2016 ajout :
Philosophie et science
- La composition atomique du corps humain
texte modifié :
-Le Judéo-Christianisme
10/04//2016 ajout :
Philosophie et science
-Glossaire
02/04//2016 ajout :
Philosophie et science
- Penser le monde en partant du quantique
- La physique comme discipline de la connaissance
- Expérimenter le monde
24/03//2016 ajout :
Philosophie et science
- La science contemporaine selon Roland Omnès
-Les idées rectrices de la physique formelle
05/03/2016 nouvelle perspective :
Philosophie et science
-Le quantique en son postulat et en son ontologie
09/02/2016 ajout :
Synthèses
-Le Judéo-Christianisme
09/02/2016 ajout :
Sociologie
- L'affrontement au tennis
24/01//2015 ajout :
Parcours axiologique
- Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne Phénoménologie
-Le pragmatisme et ses représentants
03/01/2016 ajout :
Phénoménologie
-La constitution du monde spirituel
26/12//2015 ajout :
Parcours Braguien
- Les tiraillements subis par l'homme en son propre
- Qui fait l'Homme
- L'ordre d'être
Phénoménologie
- L'intersubjectivité, thème fétiche pour Husserl et Habermas
05/12//2015 ajout :
Parcours braguien
-L'Islam tel que précisé par Rémi Brague
Phénoménologie
- Le sentiment
visiteurs
visiteurs en ligne
Lire ce texte au format PDF
SYNTHÈSE PROGRAMMATIQUE
QUAVONS-NOUS À TRANSMETTRE ?
Du point de vue philosophique, le legs qui nous a été confié comporte, à partir de lEGO, deux séquences philosophiques formant système, la première, celle de Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, propre à lego, la seconde, celle dHusserl, Lévinas, Ricur, Marion, propre à lalter ego. Chacune delles renferme une méthode daccès à la connaissance de la vérité qui préconise un « retour sur soi », le « doute cartésien » propre à Descartes pour la première, la « méditation cartésienne » propre à Husserl pour la seconde.
Le « doute » pour Descartes prend sa source dans « lego cogito », la « méditation » pour Husserl prolonge lego cogito par ce quil vise son cogitatum. Le schéma recteur de ses interprétations et descriptions est donc triplement articulé à ego cogito cogitatum. « Toute la problématique transcendantale tourne autour de ce moi, de mon moi[1], de l« ego » avec ce qui est dabord posé à sa place comme allant de soi, à savoir mon âme, puis à nouveau, elle porte sur le rapport sur ce Je et de ma vie de conscience avec le monde dont jai conscience et dont je reconnais lêtre vrai dans mes propres produits de connaissance [2] ».
Tel est le schéma général quil nous faut maintenant détailler.
A. DEUX SÉQUENCES PHILOSOPHIQUES FORMANT SYSTÈME
Selon Paul Ricur, « tous les historiens de la philosophie, même ceux qui ont une prévention contre le »système, pratiquent ce genre de compréhension. Par exemple la séquence : Descartes, Spinoza, Leibniz, Kant, est classique dans lhistoire de la philosophie française ; chez les Allemands, on a une séquence : Kant, Fichte, Schelling, Hegel. Comprendre ici, cest comprendre par le mouvement densemble, par la totalité. Tel est le premier modèle de compréhension en histoire de la philosophie et son pôle-limite : le système
I/ LA SÉQUENCE : DESCARTES, SPINOZA, LEIBNIZ, KANT,
COMME SYSTÈME DE LEGO
Lego chez Descartes : lego cogito est le premier principe indubitable, point de départ de toute connaissance.
Lego chez Spinoza : lego acquiescement intérieur est la joie qui naît pour l'homme de la contemplation de soi-même et de sa puissance d'agir. Or, la véritable puissance d'agir de l'homme ou sa vertu, c'est la raison elle-même que l'homme contemple clairement et distinctement ; d'où il suit que l'acquiescement intérieur naît de la raison. De plus, quand il se contemple soi-même, l'homme ne perçoit d'une façon claire et distincte, c'est-à-dire adéquate, rien autre chose que ce qui suit de sa puissance d'agir, en d'autres termes, de sa puissance de comprendre : et par conséquent, le plus haut degré de l'acquiescement intérieur ne peut naître que de cette seule contemplation.
Lego chez Leibniz : lego monadique provient de sa saisie avec toutes ses appartenances.
Lego chez Kant : lego transcendantal comme condition de possibilité de lexpérience. Un tel Je est dans la terminologie kantienne, transcendant, supérieur aux choses, et transcendantal, supérieur et indépendant de lexpérience ; il faut donc bien le distinguer du Je empirique, cest-à-dire du Je que lon rencontre dans lexpérience.
II/ LA SÉQUENCE HUSSERL, LÉVINAS, RICUR, MARION,
COMME SYSTÈME DE LALTER EGO
HUSSERL
Comme linaugure la cinquième Méditation cartésienne de Husserl, lego méditant
commence par suspendre [au moyen de lépoché[3]], donc par rendre problématique tout
ce que lexpérience ordinaire doit à autrui, afin de discerner ce qui, dans cette expérience réduite à la sphère du propre, requiert la position dautrui comme position aussi incontestable (apodictique) que la sienne. Ce mouvement de pensée est tout à fait comparable « au doute métaphysique » de Descartes, sauf quil ne sappuie pas sur lhypothèse daucun malin génie.
Souvre ainsi la voie qui est de constituer le sens autrui « dans » (in) et « à partir » (aus) du sens moi.
Il serait néanmoins inexact de considérer cette méditation comme une « démonstration » de « lexistence dautrui ». Il sagit bien plutôt dun effort ultime entrepris par le philosophe pour achever la détermination de la structure du domaine transcendantal en montrant que, au cur de son champ phénoménologiquement réduit (et donc monadique) vivent les actes, les synthèses et les modes dapparition constitutifs de lêtre autrui.
« Il nous faut bien nous rendre compte, dit Husserl, du sens de lintentionnalité explicite et implicite, où sur le fond de notre moi transcendantal, saffirme et se manifeste lalter ego.
Il nous faut voir comment, dans quelles intentionnalités, dans quelles synthèses, dans quelles motivations le sens de lalter ego se forme en moi »
Quen est-il alors des autres ego qui ne sont pourtant pas de simples représentations ni de simples objets représentés en moi les unités synthétiques dune vérification possible en moi , mais précisément et selon le sens même du terme, des autres ?
Husserl voit également que la multiplicité des autres sappréhende réciproquement comme « autres » ; ensuite, quil peut appréhender chacun des « autres » non seulement comme « autre » mais comme se rapportant à tous ceux qui sont « autres » pour lui et donc, en même temps, immédiatement à lui-même. Il est également clair que les hommes ne peuvent être appréhendés que comme trouvant (en réalité ou en puissance) dautres hommes autour deux ».
LÉVINAS
Le philosophe qui, au XXe siècle, a formulé la conception la plus « novatrice » de lalter ego est peut-être Lévinas, célèbre pour avoir affirmé que la philosophie première était léthique. Il cherche à montrer que tant chez Husserl que chez Heidegger, lautre est conçu de manière purement théorique et quen ce sens, sa dimension morale (et donc véritablement philosophique) est manquée. Il faut renverser le cogito cartésien en affirmant que le fondement de la philosophie ne se trouve pas en celui-ci mais en lautre homme qui fait appel à ma responsabilité. Autrui, cest dabord son visage (avant toute situation sociale, caractère, etc.). Le visage, ce nest pas dabord un composé dyeux, bouche, nez, etc. mais ce qui me transporte au-delà de lui-même, dans un infini que je ne peux trouver en moi-même. Lévinas ajoute que le visage de lautre est invocation et quil exige une aide, une réponse. Le visage est ce qui témoigne de la fragilité de lhomme ; il mappelle, me commande, moblige à être responsable de lui. Pour Lévinas, limpératif éthique repose sur le visage. On comprend que cette conception est à lopposé de celle de Sartre qui pensait que les regards saffrontaient dans une lutte pour réduire lautre à létat dobjet. Lévinas quant à lui indique, quouvrant sur linfini, le visage est ce qui peut seul mélever à la condition de sujet.
RICUR
Ce contemporain de Lévinas, et dont les vues sont proches des siennes, décline une éthique de
l'égalité et de la réciprocité qui reconnaît la vulnérabilité. Le souci de lexercice de la liberté de lautre repose sur la reconnaissance entre lui et moi, dune similitude : le « tu » que je vise à la deuxième personne est aussi un « je » pour lui-même, capable de faire des choix et de prendre des initiatives dans lesquelles son pouvoir être satteste et cherche à se réaliser. Lautre est donc, éminemment chez Ricur lalter ego : semblable dans sa capacité à se désigner lui-même à la première personne, mais différent de moi dans son individualité. Avec la reconnaissance de cette similitude entre moi et lautre va de pair celle de légalité de nos libertés ; en reconnaissant autrui comme mon alter ego, je reconnais aussi que son désir dêtre vaut autant que le mien. Cette reconnaissance qui est aussi à la racine de la notion de justice, est parfaitement réciproque : comme je suis également pour lautre qui me fait face, un « tu » capable de dire « je », ma liberté vaut également la sienne. « La justice correspond à ceci : que ta liberté vaille autant que la mienne ». La similitude et légalité entre les protagonistes de la relation impliquent en fait la réversibilité de la reconnaissance. Dans son approche de lautre, Ricur reste de son propre aveu, profondément husserlien : la deuxième personne est lanalogonde la première. On dira quautrui est constitué à partir du sens de lego ; je transfère à autrui lidée que jai de moi-même comme dun être dont la liberté veut saccomplir. Ricur attribue en fait un sens éthique à la démarche husserlienne puisquil transforme la formule de transfert analogiqueen cette pratique constituant une reconnaissance de la liberté de lautre. Pour le philosophe, en effet, le problème de la
reconnaissance de la liberté à la deuxième personne est le phénomène central de léthique[4].
MARION
Dans le prolongement d'Emmanuel Lévinas, Jean-Luc Marion entend montrer que la question de l'être, qui définit de part en part la métaphysique, n'est pas fondamentale, et qu'elle doit être dépassée à la fois par une question éthique redéfinie comme amour, et par la transcendance théologique (cf. Dieu sans l'être). C'est sur ces bases qu'il développe une phénoménologie de l'amour, dans Le Phénomène érotique (2003). Dans ce dernier ouvrage, il souhaite penser à nouveaux frais la question de l'émergence de la subjectivité: contrairement à Descartes, il affirme que ce n'est pas dans le repli de la conscience qu'elle peut se poser comme existante. Ainsi c'est lalter ego, par son amour et l'intentionnalité de son acte d'amour, qui est seul capable d'armer la certitude de soi face à l'assaut de la vanité contre laquelle, selon Marion, l'ego certain de lui-même ne tient pas.
Marion approche la phénoménologie à partir du thème de la donation et du don (Réduction et donation, Étant donné, De surcroît) et en redéfinissant la phénoménalité à partir du concept de « phénomène saturé ». Alors que Husserl n'avait envisagé le phénomène que dans les cas d'une pénurie d'intuition incapable de valider l'intention de sens et de l'adéquation entre intention et signification permettant de produire l'évidence, Marion envisage le cas d'un surcroît irréductible d'intuition sur la signification, c'est-à-dire de la saturation du concept, qui lui permet d'inverser le sens même de la phénoménologie par le concept d'anamorphose, où la subjectivité constituante se laisse dicter les conditions d'apparition du phénomène.
B. LE DOUTE CHEZ DESCARTES
Le doute est une mise en question non pas de lobjet mais de lopinion relative à lobjet
Cest pourquoi le doute fondera un « je pense » (cogito), et, à proprement parler une métaphysique du sujet. Quand il traite du doute, Descartes rappelle toujours la multiplicité des opinions reçues. Il y a des opinions multiples, acquises, qui sopposent dans lesprit de tout homme. Et, de même, lhomme se trompe souvent. Il y a là une sorte de fait. Voulant sortir de cette incertitude de fait, le doute retrouve deux grands projets, qui étaient déjà, en 1628, ceux des Règles pour la direction de lesprit. Le premier de ces projets est de fonder une science certaine. Il convient seulement de rappeler que dans la règle 2 de ce document, Descartes déclarait : « Par cette règle, nous rejetons toutes les connaissances qui ne sont que probables, et nous décidons quil ne faut donner notre assentiment quà celles qui sont parfaitement connues et dont on ne peut douter. » Tel est le désir de Descartes de sortir dune science médiévale, où tout était en discussion et simplement probable, et de remplacer cette science par une science du certain, conçue sur le modèle des mathématiques. Par conséquent le doute va rejeter tout ce qui nest pas certain, jusquà ce que soit découvert un point de départ absolument certain. Rien nest plus connu que ce thème : le doute prépare la certitude.
Le second projet de Descartes, en 1628, était relatif au thème de lunité : il voulait unifier sa pensée. Beaucoup de gens, en effet, laissent voisiner en eux des opinions multiples et nombreuses, sans paraître souffrir outre mesure quelles sopposent entre elles. A cela, Descartes oppose toujours le thème de lordre, et de lordre comme unique. On le voit souvent illustrer ce thème en disant que si lon veut reconstruire une ville, il faut d abord jeter à bas toutes les vieilles maisons qui se sont assemblées sans plan véritable, en petites ruelles. Cest seulement quand on les aura jetées bas quon pourra faire une ville selon un plan véritablement rationnel et satisfaisant. Or le doute donne lieu à une opération de ce genre.
En effet, ce que Descartes appelle « révoquer en doute », ce nest pas à proprement parler douter, cest plus exactement nier, tenir pour faux. Il ne sagit donc pas là du doute sceptique, celui de la suspension de jugement quincarne le « Que sais-je ? », de Montaigne. Un tel doute qui laisse lesprit en suspens est, au contraire, celui que Descartes rejette. Rien nest plus éloigné par conséquent du doute cartésien, et même, dune façon générale, rien nest plus éloigné de la pensée de Descartes que la notion selon laquelle lassentiment de lesprit doit avoir des degrés. Pour nous, il y a toujours une gamme de degrés dans lassentiment, allant du certain au douteux en passant par le probable. Chez Descartes, au contraire, on ne doit retenir que deux cas : dune part laffirmé comme certain, dautre part le nié. De même quobjectivement parlant il ne saurait y avoir de milieu entre le vrai et le faux, il ne doit pas y avoir de milieu entre le certain et le nié. Bref, le probable est éliminé.
Le doute est une entreprise volontaire
Dans le Discours de la méthode, Descartes nous dit : « A cause que nos sens nous trompent quelquefois, je voulus supposer quil ny avait aucune chose qui fût telle quils nous la font imaginer». «Je voulus supposer ». Les Méditations emploieront un semblable langage. Descartes dira : « Jemploie tous mes soins à me tromper moi-même » « Ce dessein est pénible et laborieux. »
Les Principes déclareront enfin que nous ne nous délivrerons jamais de lerreur « si nous nentreprenons de douter, une fois dans notre vie ».
Toujours donc Descartes parle de son doute comme dune entreprise volontaire, et, par là, située dans le temps, subordonnée à une décision prise à un moment donné, fruit dune liberté qui, comme le dit encore la première partie des Principes, est « telle que, toutes les fois quil nous plaît nous pouvons nous abstenir » de croire. Et cest comme volontaire que le doute, à la fin de Méditation première, donne lieu à la fameuse hypothèse du malin génie.
Cette hypothèse du malin génie est une pure hypothèse méthodologique, qui permet à Descartes de tendre sa volonté contre une autre volonté, supposée à la fois plus forte que la sienne et essentiellement mauvaise, désireuse de nous induire en erreur. Cest également comme volontaire que le doute sinsère, dans la suite des pensées de Descartes, à la place où Descartes veut le mettre, cest-à-dire à la base même, au fondement même de toute démarche métaphysique.
C. LA MÉDITATION CHEZ HUSSERL[5]
COMME AUTORÉFLEXION UNIVERSELLE
Aucune expérience ne nous suggère que la conscience connaît par voie de représentation. Cette notion a été inventée pour arbitrer le conflit entre la vision scientifique (et explicative) du monde et la vision spontanée de ce monde, et pour trancher par avance ce conflit au profit de la science en décrétant que notre vue naturelle et spontanée des choses est radicalement entachée de subjectivisme, quelle nest quune représentation subjective. Il faut dire au contraire, que la conscience est toujours la visée intentionnelle dun objet. Limage quon doit lui appliquer, pour la comprendre nest pas celle du récipient ou du contenant dun contenu, mais celle dun phare qui illumine. À ce propos, deux thèses apparaissent dès le début de la réflexion husserlienne.
- 1ère thèse
Il y a autant de manières de viser intentionnellement lobjet quil y a de manières, pour lobjet, dêtre donné ou dapparaître. La description de ces différents modes, tant sur le plan noétique (la visée) que sur le plan noématique (le type dapparaître) est une des tâches de la phénoménologie.
- 2ème thèse
La perception et le percevoir jouissent sur tous les autres modes de viser et dapparaître dun certain primat en ce sens que tous ces modes, quoique foncièrement différents du mode perceptif, sont néanmoins fondés en lui.
Remarquons en outre sans quil soit loisible de sy arrêter, que la conception phénoménologique de la perception et du perçu ne prend pas modèle sur la conception psychologique de ces mêmes notions [où le possible est plus souvent pensé que perçu] et que, de surcroît, elle cherche à dépasser définitivement le dualisme sensibilitéintelligence dont la perception fut de tout temps prisonnière. De là découle une dernière consigne méthodologique : celle du positivisme véritable. Le positivisme classique, obnubilé par une théorie faussement réductionnelle de la science, entend prétendre que notre saisie du réel ne comporte aucun élément a priori et quelle nest valable que dans la mesure où elle porte sur des « données sensibles », cette dernière expression étant prise dans son sens le plus étroitement restrictif. Or, si la phénoménologie reconnaît dans le voir (et donc dans lintuition) linstance ultime et décisive de toute connaissance, elle se refuse à limiter ce voir aux opérations de lil pour létendre à toute activité spirituelle.
La phénoménologie transcendantale en tant que système méthodologique daccès à la vérité des choses
Lintérêt primordial de la phénoménologie ne se porte vers aucune chose particulière. Il sattache :
- en premier lieu aux modes typiques dêtre-donné ou dapparaître lobjet (lobjet perçu, lobjet imaginaire, lobjet voulu, lobjet dont il est jugé, etc.)
- en second lieu aux activités typiques de la conscience (percevoir, imaginer, vouloir, juger, etc.).
Le phénoménologue sefforce den dégager lessence. Il élaborera ainsi une série dontologies régionale, matérielle ou formelle
Par exemple,
- la région nature étudie lessence commune à toutes les essences qui définissent un mode dapparaître, se manifestant dans la nature (la chose, le vivant, le propre, etc.) ;
- La région conscience regroupe toutes les essences qui ont en commun dêtre une activité consciente (penser, sentir, imaginer, percevoir, etc.) et déterminer ce qui caractérise toute conscience en tant que telle.
La réduction phénoménologique ou transcendantale
Elle consiste en un effort pour arriver à la source de la signification du monde vécu à travers un mouvement qui fait qu'on cesse de voir celui-ci d'une manière naturelle et quotidienne pour le voir d'une manière réflexive en tant que phénomène pur ; une telle méthode implique la mise entre parenthèses de tous les jugements concernant l'existence du monde, c'est-à-dire une « époché » (en grec épokhê) qui est, redisons-le, la suppression de tout jugement à propos de celle-ci de sorte qu'on ne la présuppose pas, ni ne la nie, ni ne l'affirme.
- Le monde perçu selon l'attitude naturelle est celui des choses, des faits, des valeurs, des soucis et des buts pratiques, le monde dans lequel chacun vit, un monde préréflexif qui ne fait l'objet d'aucune réflexion radicale sur sa réalité, et à l'occasion duquel on n'examine ni la possibilité ou les fondements de la connaissance, ni la validité de la perception ; c'est donc un monde où les choses sont senties de manière immédiate. Le monde est continuellement là pour la personne qui vit de façon naturelle. Et, en tant qu'il est vu ainsi, il se situe au niveau ontique des étants (en allemand Seiendes) et des faits.
- Mais le même monde peut aussi être saisi d'une manière réflexive lorsqu'on l'examine comme un tout et qu'on s'interroge sur les fondements de la connaissance, afin de comprendre à la fois le monde et la conscience aussi bien que les rapports qu'ils entretiennent. Saisi de cette manière, le monde se situe au niveau ontologique de l'être (en allemand Sein) des étants et selon la signification (Sinn) du monde et de la conscience.
Modifiant ainsi l'attitude naturelle, la réduction phénoménologique vise à trouver pour la connaissance un fondement indubitable. Le monde, qui est continuellement là dans l'attitude naturelle, est alors mis entre parenthèses.
Cette réduction transcendantale me lie au flux de mes purs vécus de conscience et aux unités constituée par leurs actualités et leurs potentialités. Il semble bien évident que de telles unités sont inséparables de mon ego, appartenant aussi à sa concrétion même.
Il nest aucunement requis quun objet éidétique (une essence) pour susciter lattention du phénoménologue, comporte des activités réelles de cette essence. « Lobjet-en-général » ou « tout-objet-quelconque » sont des essences qui nont aucun répondant concret ; elles nen sont pas moins un thème nécessaire et important de la recherche phénoménolgique.
Ainsi devient effective lidée dune philosophie universelle tout autrement que ne se le figuraient Descartes et son temps, guidés quils étaient par la nouvelle science de la nature , non comme le système universel dune théorie déductive, comme si tout étant se situait dans lunité dun calcul, mais et le sens fondamental de la science en général sen trouve ainsi radicalement modifié comme un système de disciplines phénoménologiques corrélatives dans leur thématique, fondées sur la base plus profonde non de laxiome ego cogito, mais dune autoréflexion universelle.
Autrement dit, le chemin nécessaire qui conduit à une connaissance fondée de manière ultime au sens le plus élevé du terme, ou, ce qui revient au même, une connaissance philosophique, cest le chemin propre à une connaissance de soi universelle, dabord monadique, puis intermonadique. Nous pouvons dire aussi : une continuation radicale et universelle des Méditations de Descartes ou, ce qui revient au même, dune connaissance de soi universelle, cest la philosophie même, et elle embrasse toute science véritable et responsable.
Loracle de Delphes « Connais-toi toi-même » (Nosce te ipsum) acquiert alors une signification nouvelle. La science positive devient science en perdant le monde. Il faut donc commencer par perdre le monde avec lènoxh[6] pour le reconquérir dans lautoréflexion universelle. Ne vas pas au-dehors. Ne te disperse pas à l'extérieur, dit Augustin, Rentre en toi-même. » (« Noli foras ire, in te redi, in interiore homine habitat veritas ».)
Du point de vue des disciplines philosophiques, il semble qu'une science toute particulière, quoique simplement négative (phaenomenologia generalis) doive précéder la métaphysique ; les principes de la sensibilité s'y verront fixer leur validité et leurs bornes, afin qu'ils n'embrouillent pas les jugements portant sur les objets de la raison pure, comme cela s'est presque toujours produit jusqu'alors.
[1] Krisis II, § 26 texte écrit par E. Husserl en 1935 et qui est paru intégralement de manière posthume, en 1954, seize ans après sa mort.
[2] La propriété fondamentale des modes de la conscience où je vis entant que je transcendantal , cest ce quon appelle lintentionnalité, cest-à-dire à chaque fois le fait davoir conscience de quelque chose. À ce quid de la conscience ressortissent aussi les modes dêtre tels quapparemment existant, existant de manière bonne, existant doté dune valeur, etc.
[3] Époché : La réduction phénoménologique ou transcendantale implique la mise entre parenthèses de tous les jugements concernant l'existence du monde, c'est-à-dire une suspension (en grec épokhê) de tout jugement à propos de celle-ci de sorte qu'on ne la présuppose pas, ni ne la nie, ni ne l'affirme.
[4] Ricur va jusquà dire que lexistence dautrui est une existence-valeur.
[5] Extraits de larticle signé A. de Waelhens, professeur de philosophie à lUniversité de Louvain, Encyclopædia Universalis, vol. 12, p. 943.
[6] C'est par la foi qu' Enoch fut enlevé pour qu'il ne vît point la mort, et qu'il ne parut plus parce que Dieu l'avait enlevé; car, avant son enlèvement, il avait reçu le témoignage qu'il était agréable à Dieu.
Date de création : 17/10/2015 @ 16:50
Dernière modification : 08/11/2015 @ 20:59
Catégorie : -9b-Phénoménologie
Page lue 694 fois
Personne n'a encore laissé de commentaire.Soyez donc le premier !
Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !