Parcours Autres perspectives Mises à jour du site 03/07//2016 ajout : 16/06//2016 ajout : 01/06//2016 ajout : 15/05//2016 ajout : 01/05//2016 ajout : 10/04//2016 ajout : 02/04//2016 ajout : 24/03//2016 ajout : 05/03/2016 nouvelle perspective : 09/02/2016 ajout : 09/02/2016 ajout : 24/01//2015 ajout : 03/01/2016 ajout : 26/12//2015 ajout : Phénoménologie 05/12//2015 ajout : Liens Wikipédia Visites | Edification morale par les fables - Un enseignement dans la droite ligne socratique UN ENSEIGNEMENT DANS LA DROITE LIGNE SOCRATIQUERÉFÉRENCE FAITE À SOCRATEDans sa préface à lédition de 1668, La Fontaine a délibérément placé ses dans la lignée des enseignements socratiques. FABLESVoici ce que lon peut en retenir : « Après tout, je nai entrepris la chose que sur lexemple, je ne veux pas dire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur celui des modernes. Cest de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de poésie que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables quon attribue à Esope virent le jour que Socrate trouva à propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte ( Phédon : 60 d-61 c) est si agréable que je ne puis mempêcher den faire un des ornements de cette préface. Il dit que Socrate étant condamné au denier supplice, lon remit lexécution de larrêt à cause de certaines fêtes. Le disciple de Socrate, Cébès, lalla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux lavaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil quil devait sappliquer à la « musique » (tous travaux présidés par les Muses) avant quil mourût. Il navait pas entendu dabord ce que ce songe signifiait ; car, comme la musique ne rend pas lhomme meilleur, à quoi bon sy attacher ?Il fallut quil y ait du mystère là-dessous, dautant plus que les dieux ne se lassaient point de lui adresser la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien quen songeant aux choses que le ciel pouvait exiger de lui, il sétait avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport que possible était-ce de la dernière quil sagissait. Il ny a point de bonne poésie sans harmonie : mais il ny en a point non plus sans fiction ; et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait trouvé un moyen terme ( tempérament) : cétait de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles dEsope. Il employa donc de les mettre en vers les derniers moments de sa vie.Socrate nest pas le seul qui ait considéré comme surs la poésie et nos fables. [Le fabuliste latin du siècle dAuguste], Phèdre, a témoigné quil était de ce sentiment ; et, par lexcellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Avianus Flavius, fabuliste latin du IIe ou du IIIe siècle après J.C., dit Aviénus, a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis : nous en avons des exemples non seulement chez les étrangers mais chez nous Cela ne ma point détourné de mon entreprise ; au contraire, je me suis flatté de lespérance que si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de lavoir ouverte... Des fables, jai choisi véritablement les meilleures, cest-à-dire celles qui mont semblé telles : mais, outre que je puis mêtre trompé dans mon choix, il ne sera pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que jai choisies ; et si ce tour est moins long, il sera sans doute plus approuvé » PRÉSENTATION SYNTHÈTIQUE DES FABLES SÉLECTIONNÉESÀ partir du logiciel qui a été élaboré et de lapplication qui en a été faite à toutes les fables de La Fontaine on est donc parvenu à obtenir un catalogue de recommandations « prudentielles » pour nous bien comporter dans lexistence. Reste à fournir au lecteur le texte des fables qui correspondent à ces différentes recommandations. PREMIER RECUEIL. Adaptabilité-souplesse : action de sadapter aux circonstances et aux personnesLe chêne et le roseau Le chêne un jour dit au roseau : « Vous avez bien sujet daccuser la nature ; Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ; Le moindre vent qui daventure Fait rider la face de leau Vous oblige à baisser la tête ; Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content darrêter les rayons du soleil, Brave leffort de la tempête. Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr. Encor si vous naissiez à labri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous nauriez pas tant à souffrir, Je vous défendrais de lorage : Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. Votre compassion lui répondit larbuste, Part dun bon naturel ; mais quittez ce souci : Les vents me sont moins quà vous redoutables ; Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusquici Contre leurs coups redoutables Résisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots, Du bout de lhorizon accourt avec furie Le plus terrible des enfants Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs. Larbre tient bon, le roseau plie. Le vent redouble ses efforts Et fait si bien quil déracine Celui de qui la tête au ciel était voisine Et dont les pieds touchaient à lempire des morts. Enseignement : Le plus fort nest pas toujours le plus résistant ! La perte dun être cher est marque indélébile, en ce que chaque être est sans équivalentLa jeune veuveLa perte d'un époux ne va point sans soupirs : On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole : Le Temps ramène les plaisirs. Entre la veuve d'une année Et la veuve d'une journée La différence est grande : on ne croirait jamais Que ce fût la même personne. L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits : Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ; C'est toujours même note et pareil entretien. On dit qu'on est inconsolable : On le dit; mais il n'en est rien, Comme on verra par cette fable, Ou plutôt par la vérité. L'époux d'une jeune beauté Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme Lui criait : « Attends-moi, je te suis ; et mon âme, Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. » Le mari fit seul le voyage. La belle avait un père, homme prudent et sage; Il laissa le torrent couler. A la fin, pour la consoler : « Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes : Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes? Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts. Je ne dis pas que tout à l'heure Une condition meilleure Change en des noces ces transports ; Mais après certain temps, souffrez qu'on vous propose Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt. Ah ! dit-elle aussitôt, Un cloître est l'époux qu'il me faut. » Le père lui laissa digérer sa disgrâce. Un mois de la sorte se passe ; L'autre mois on l'emploie àchanger tous les jours Quelque chose àl'habit, au linge, à la coiffure : Le deuil enfin sert de parure, En attendant d'autres atours. Toute la bande des Amours Revient au colombier : les jeux, les ris, la danse Ont aussi leur tour àla fin ; On se plonge soir et matin Dans la fontaine de Jouvence. Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ; Mais comme il ne parlait de rien ànotre belle : « Où donc est le jeune mari Que vous m'avez promis? » dit-elle. Enseignement :La perte dun être cher est marque indélébile, en ce que chaque être est sans équivalent ! Ce qui mérite dêtre cruLe geai paré des plumes du paonUn Paon muait : un Geai prit son plumage ; Puis après se l'accommoda; Puis parmi d'autres Paons tout fier se panada, Croyant être un beau personnage. Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué, Berné, sifflé, moqué, joué, Et par Messieurs les Paons plumé d'étrange sorte. Même vers ses pareils s'étant réfugié, Il fut par eux mis à la porte. II est assez de geais à deux pieds comme lui Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui, Et que l'on nomme plagiaires.Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui : Ce ne sont pas là mes affaires.Enseignement : Le plagiaire est deux fois décrié, par les siens et par le plagié En raison de ce qui convient en général Lours et les deux compagnons Deux Compagnons, pressés d'argent,A leur voisin fourreur vendirentLa peau d'un Ours encor vivant, Mais qu'ils tueraient bientôt ; du moins à ce qu'ils dirent. C'était le roi des Ours au compte de ces gens. Le marchand à sa peau devait faire fortune, Elle garantirait des froids les plus cuisants : On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut prisait moins ses moutons qu'eux leur ours : Leur, à leur compte, et non à celui de la bête. S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours, Ils conviennent de prix, et se mettent en quête,Trouvent l'Ours qui s'avance et vient vers eux au trot. Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas, il fallut le résoudre. D'intérêts contre l'Ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux Compagnons grimpe au faîte d'un arbre ;L'autre, plus froid que n'est un marbre, Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent, Ayant quelque part ouï direQue l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau : Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie; Et de peur de supercherie,Le tourne, le retourne, approche son museau,Flaire aux passages de l'haleine. « C'est, dit-il, un cadavre ; ôtons-nous, car il sent. » A ces mots, l'Ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend, Court à son Compagnon, lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. « Eh bien, ajouta-t-il, la peau de l'animal ? Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ? Car il s'approchait de bien près,Te retournant avec sa serre. Il m'a dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre. » Enseignement : Le marché conclu sur une éventualité est un marché de dupes concrètement dénoncé ! Surveillance prudente exercée sur ses paroles pour éviter des erreurs ou des dommagesLe jardinier et son seigneurUn amateur de jardinage, Demi-bourgeois, demi-manant, Possédait en certain village Un jardin assez propre, et le clos attenant. II avait de plant vif fermé cette étendue. Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue, De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet, Peu de jasmin d'Espagne et force serpolet. Cette félicité par un lièvre troublée Fit qu'au Seigneur du bourg notre homme se plaignit. « Ce maudit animal vient prendre sa goulée Soir et matin, dit-il, et des pièges se rit; Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit : Il est sorcier, je crois. Sorcier ? je l'en défie; Repartit le Seigneur : fût-il diable, Miraut, En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt. Je vous en déferai, bonhomme, sur ma vie. Et quand? Et dès demain, sans tarder plus longtemps. » La partie ainsi faite, il vient avec ses gens. « Çà, déjeunons, dit-il : vos poulets sont-ils tendres? La fille du logis, qu'on vous voie, approchez : Quand la marierons-nous, quand aurons-nous des gendres? Bon homme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez, Qu'il faut fouiller à l'escarcelle. » Disant ces mots, il fait connaissance avec elle, Auprès de lui la fait asseoir, Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir ; Toutes sottises dont la belle Se défend avec grand respect : Tant qu'au père à la fin cela devient suspect. Cependant on fricasse, on se rue en cuisine. « De quand sont vos jambons? ils ont fort bonne mine. Monsieur, ils sont à vous. Vraiment, dit le Seigneur, Je les reçois, et de bon cur. » II déjeune très bien; aussi fait sa famille, Chiens, chevaux, et valets, tous gens bien endentés : Il commande chez l'hôte, y prend des libertés, Boit son vin, caresse sa fille. L'embarras des chasseurs succède au déjeuné. Chacun s'anime et se prépare : Les trompes et les cors font un tel tintamarre Que le bonhomme est étonné. Le pis fut que l'on mit en piteux équipage Le pauvre potager : adieu planches, carreaux ; Adieu chicorée et porreaux, Adieu de quoi mettre au potage. Le lièvre était gîté dessous un maître chou. On le quête, on le lance, il s'enfuit par un trou, Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie Que l'on fit à la pauvre haie Par ordre du Seigneur ; car il eût été mal Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval. Le bonhomme disait : « Ce sont là jeux de prince. » Mais on le laissait dire : et les chiens et les gens Firent plus de dégâts en une heure de temps Que n'en auraient fait en cent ans Tous les lièvres de la province. Petits princes, videz vos débats entre vous : De recourir aux rois vous seriez de grands fous. II ne les faut jamais engager dans vos guerres, Ni les faire entrer sur vos terres. Enseignement : Recourir à haute autorité pour un petit dommage, conduit à grands dégâts faits par ses équipages Pour tenir compte de sa propre réalitéLa grenouille qui veut se faire aussi grosse que le buf Une Grenouille vit un Buf Qui lui sembla de belle taille. Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un uf, Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur, Disant : « Regardez bien, ma sur; Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ? Nenni. M'y voici donc ? Point du tout. M'y voilà ? Vous n'en approchez point. » La chétive pécore [ animal] S'enfla si bien qu'elle creva. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages. Enseignement : Lhomme sans cesse accablé du désir dimiter (mimèsis) En raison de ce qui est difficile à atteindre (action pénible et soutenue)Le laboureur et ses enfantsTravaillez, prenez de la peine : C'est le fonds qui manque le moins. Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses Enfants, leur parla sans témoins. « Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage Que nous ont laissé nos parents : Un trésor est caché dedans. Je ne sais pas l'endroit; mais un peu de courage Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout. Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût Creusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle placeOù la main ne passe et repasse. » Le Père mort, les Fils vous retournent le champ, Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'anII en rapporta davantage.D'argent, point de caché. Mais le Père fut sageDe leur montrer, avant sa mort,Que le travail est un trésor.Enseignement : Le trésor na rien à voir avec la mansuétude mais avec la poursuite dun effort Orienter son action pour éviter les déconvenuesLa poule aux ufs dor L'avarice perd tout en voulant tout gagner. Je ne veux, pour le témoigner,Que celui dont la Poule, à ce que dit la fable, Pondait tous les jours un uf d'or. II crut que dans son corps elle avait un trésor : Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les ufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien. Belle leçon pour les gens chiches !Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus Qui du soir au matin sont pauvres devenus, Pour vouloir trop tôt être riches ! Enseignement : Si chaque jour la Fortune vous sourit, ne cherchez pas à quérir lorigine, elle pourrait brutalement vous manquer. Orienter son action vers ce qui a une capacité de rendementLenfant et le maître décoleDans ce récit je prétends faire voir D'un certain sot la remontrance vaine. Un jeune enfant dans l'eau se laissa choir En badinant sur les bords de la Seine. Le ciel permit qu'un saule se trouva, Dont le branchage, après Dieu, le sauva. S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule, Par cet endroit passe un maître d'école; L'enfant lui crie : « Au secours! je péris! » Le magister, se tournant à ses cris, D'un ton fort grave à contretemps s'avise De le tancer : « Ah ! le petit babouin ! Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise! Et puis prenez de tels fripons le soin ! Que les parents sont malheureux, qu'il faille Toujours veiller à semblable canaille! Qu'ils ont de maux! et que je plains leur sort! » Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord. Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. Tout babillard, tout censeur, tout pédant, Se peut connaître au discours que j'avance. Chacun des trois fait un peuple fort grand : Le Créateur en a béni l'engeance. En toute affaire ils ne font que songer Au moyen d'exercer leur langue. Hé! mon ami, tire-moi de danger ; Tu feras, après, ta harangue. Enseignement : Action vaut beaucoup mieux que parole étendue ! Orienter son action en conformité avec le droit naturel Le cheval et lâne En ce monde il se faut l'un l'autre secourir : Si ton voisin vient à mourir, C'est sur toi que le fardeau tombe.Un Âne accompagnait un Cheval peu courtois,Celui-ci ne portant que son simple harnois, Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe. Il pria le cheval de l'aider quelque peu; Autrement il mourrait devant qu'être à la ville.« La prière, dit-il, n'en est pas incivile : Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. »Le cheval refusa, fît une pétarade ; Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut qu'il avait tort. Du baudet en cette aventure On lui fit porter la voitureEt la peau par-dessus encor.Enseignement : Lindifférence, à prix fort, peut se répercuter En raison de ce qui touche à la bienveillance envers ses semblablesLe lion devenu vieuxLe Lion, terreur des forêts, Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse, Fut enfin attaqué par ses propres sujets, Devenus forts par sa faiblesse. Le Cheval s'approchant lui donne un coup de pied; Le Loup, un coup de dent ; le Buf, un coup de corne. Le malheureux Lion, languissant, triste et morne, Peut à peine rugir, par l'âge estropié. Il attend son destin sans faire aucunes plaintes ; Quand voyant l'Âne même à son antre accourir : « Ah! c'est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ; Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes. » Enseignement : La déchéance a ses limites ! Ce qui convient à la faiblesse humaine, en labsence de tout orgueilLe lion et le ratIl faut, autant quon peut, obliger tout le monde : On a souvent besoin dun plus petit que soi. De cette vérité deux fables feront foi, Tant la chose en preuves abonde. Entre les pattes dun Lion Un Rat sortit de terre assez à létourdie, Le roi des animaux, en cette occasion, Montra ce quil était et lui donna la vie. Ce bienfait ne fut pas perdu. Quelquun aurait-il jamais cru Quun Lion dun Rat eût affaire ? Cependant il advint quau sortir des forêts Ce lion fut pris dans des rets, Dont ses rugissements ne le purent défaire. Sire Rat accourut et fit tant par ses dents Quune maille rongée emporta tout louvrage. Patience et longueur de temps Font plus que force ni que rage. Enseignement : On a souvent besoin dun plus petit que soi ! Pour éviter le parti prisLa besaceJupiter dit un jour : « Que tout, ce qui respire S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur : Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, Il peut le déclarer sans peur ; Je mettrai remède à la chose. Venez, Singe; parlez le premier, et pour cause. Voyez ces animaux, faites comparaison De leurs beautés avec les vôtres. Êtes-vous satisfait? Moi, dit-il, pourquoi non? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché ; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. » L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre. Tant s'en faut : de sa forme il se loua très fort, Glosa sur l'Éléphant, dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ; Que c'était une masse informe et sans beauté. L'Éléphant étant écouté, Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles : Il jugea qu'à son appétit Dame Baleine était trop grosse. Dame Fourmi trouva le Ciron trop petit, Se croyant, pour elle, un colosse. Jupin les renvoya, s'étant censurés tous, Du reste contents d'eux. Mais parmi les plus fous Notre espèce excella : car tout ce que nous sommes, Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes : On se voit d'un autre il qu'on ne voit son prochain. Le fabricateur souverain Nous créa besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : Il fit pour nos défauts la poche de derrière, Et celle de devant pour les défauts d'autrui. Enseignement : Une paille en notre il, une poutre en celui du voisin ! En raison de ce qui touche à honneurLe renard et le boucCapitaine Renard allait de compagnie Avec son ami Bouc des plus haut encornés ; Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez; L'autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits :Là, chacun d'eux se désaltère. Après qu'abondamment tous deux en eurent pris, Le Renard dit au Bouc : « Que ferons-nous, compère? Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ; Mets-les contre le mur : le long de ton échine Je grimperai premièrement ; Puis sur tes cornes m'élevant, A l'aide de cette machine, De ce lieu-ci je sortirai, Après quoi je t'en tirerai. Par ma barbe, dit l'autre, il est bon; et je loue Les gens bien sensés comme toi. Je n'aurais jamais, quant à moi, Trouvé ce secret, je l'avoue. » Le Renard sort du puits, laisse son compagnon Et vous lui fait un beau sermon Pour l'exhorter à patience. « Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellence Autant de jugement que de barbe au menton, Tu n'aurais pas, à la légère, Descendu dans ce puits. Or adieu; j'en suis hors ; Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ; Car, pour moi, j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. » En toute chose il faut considérer la fin. Enseignement : La ruse à ce point est grandement dommageable ! Pour se prémunir des mauvaises intentions de quelquun Le corbeau et le renardMaître corbeau, sur son arbre perché Tenait en son bec un fromage. Maître renard, par lodeur alléché, Lui tint à peu près ce langage : « Hé bonjour, Monsieur du Corbeau, Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau ! Vous êtes le phénix (le champion) des hôtes (habitants) de ces bois. »A ces mots, le corbeau ne se sent plus de joie ; Il ouvre un large bec, et laisse tomber sa proie. Le renard sen saisit, et dit : « Mon bon Monsieur, « Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui lécoute. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.» Le Corbeau, honteux et confus, Jura, mais un peu tard quon ne ly prendrait plus. Enseignement : Des cajoleurs, il faut sans cesse prendre garde ! Pour éviter de se fier aux apparences Lâne portant des reliques Un Baudet chargé de reliques S'imagina qu'on l'adorait : Dans ce penser il se carrait, Recevant comme siens l'encens et les cantiques. Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :« Maître Baudet, ôtez-vous de l'esprit Une vanité si folle. Ce n'est pas vous, c'est l'idoleA qui cet honneur se rend, Et que la gloire en est due. »D'un magistrat ignorantC'est la robe qu'on salue. Enseignement : Les gens ne peuvent être jugés sur la mine ! En vue dobtenir une perception aiguisée (nez fin, flair)Phébus et Borée Borée et le Soleil virent un Voyageur Qui s'était muni par bonheurContre le mauvais temps. On entrait dans l'automne, Quand la précaution aux voyageurs est bonne : II pleut ; le Soleil luit; et l'écharpe d'IrisRend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire : Les Latins les nommaient douteux, pour cette affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu : Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte. « Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n'a pas prévuQue je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne : il faudra, si je veux, Que le manteau s'en aille au diable.L'ébattement [divertissement] pourrait nous en être agréable : Vous plaît-il de l'avoir ? Eh bien! gageons nous deux,Dit Phébus, sans tant de paroles,A qui plus tôt aura dégarni les épaulesDu Cavalier que nous voyons.Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons. » Il n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gageSe gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon,Fait un vacarme de démon, Siffle, souffle, tempête et brise en son passageMaint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau :Le tout au sujet d'un manteau. Le Cavalier eut soin d'empêcher que l'orageNe se pût engouffrer dedans ;Cela le préserva. Le Vent perdit son temps ;Plus il se tourmentait, plus l'autre tenait ferme :Il eut beau faire agir le collet et les plis.Sitôt qu'il fut au bout du terme Qu'à la gageure on avait mis, Le Soleil dissipe la nue,Récrée et puis pénètre enfin le Cavalier,Sous son balandras [gros manteau] fait qu'il sue, Le contraint de s'en dépouiller :Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance.Plus fait douceur que violence.Enseignement : Puissance insidieuse est plus à redouter que visible violence Orienter son action pour éviter le dénuement La cigale et la fourmiLa cigale ayant chanté Tout lété Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue. Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusquà la saison nouvelle. « Je vous paierai, lui dit-elle, Avant loût, foi danimal, Intérêt et principal. » La fourmi nest pas prêteuse : Cest là son moindre défaut. « Que faisiez-vous au temps chaud ? Dit-elle à son emprunteuse. Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. Vous chantiez ? Jen suis fort aise : Eh bien ! dansez maintenant ». Enseignement : Prévoir pour pourvoir ! Orienter son action en raison de ce qui touche à la morale sociale Le renard ayant la queue coupée Un vieux Renard, mais des plus fins, Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, Sentant son renard d'une lieue, Fut enfin au piège attrapé. Par grand hasard en étant échappé, Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queue ; S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux, Pour avoir des pareils (comme il était habile), Un jour que les renards tenaient conseil entre eux : « Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile, Et qui va balayant tous les sentiers fangeux? Que nous sert cette queue? Il faut qu'on se la coupe :Si l'on me croit, chacun s'y résoudra. Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe; Mais tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra. »A ces mots il se fit une telle huée, Que le pauvre écourté ne put être entendu. Prétendre ôter la queue eût été temps perdu : La mode en fut continuée. Enseignement : Vouloir pour ses semblables le méfait qui vous tient, relève de lentrisme, ou pire encore, de la mutilation ! Orienter son action pour tenir compte de la réalité en généralLe loup et lagneauLa raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous lallons montrer tout àl'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure ; Un Loup survient àjeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ? Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant Plus de vingt pas au-dessous d'Elle; Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis l'an passé. Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens ; Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers et vos chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge. » Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès. Enseignement : Lautorité contestée sera toujours à redouter ! Pour se conformer à ce qui est droit, rigoureux (intellectuellement ou moralement)Le villageois et le serpentÉsope conte qu'un Manant,Charitable autant que peu sage,Un jour d'hiver se promenantA l'en tour de son héritage, Aperçut un Serpent sur la neige étendu, Transi, gelé, perclus, immobile rendu,N'ayant pas à vivre un quart d'heure. Le villageois le prend, l'emporte en sa demeure, Et, sans considérer quel sera le loyerD'une action de ce mérite,Il l'étend le long du foyer,Le réchauffe, le ressuscite. L'animal engourdi sent à peine le chaud, Que l'âme lui revient avecque la colère. II lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt; Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.« Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire !Tu mourras ! » A ces mots, plein d'un juste courroux, II vous prend sa cognée, il vous tranche la bête; Il fait trois serpents de deux coups, Un tronçon, la queue et la tête.L'insecte [animal qui vit après avoir été coupé], sautillant, cherche à se réunir ; Mais il ne put y parvenir.II est bon d'être charitable :Mais envers qui ? c'est là le point.Quant aux ingrats, il n'en est point Qui ne meure enfin misérable.Enseignement : Il nest pas rare quun malvenu contre son bienfaiteur se retourne ! Manifestation dun calme supérieur joint aux connaissancesLalouette et ses petits avec le maître des champsNe t'attends qu'à toi seul; c'est un commun proverbe. Voici comme Ésope le mit En crédit :Les alouettes font leur nid Dans les blés, quand ils sont en herbe,C'est-à-dire environ le temps Que tout aime et que tout pullule dans le monde,Monstres marins au fond de l'onde, Tigres dans les forêts, alouettes aux champs. Une pourtant de ces dernièresAvait laissé passer la moitié d'un printemps Sans goûter le plaisir des amours printanières. A toute force enfin elle se résolut D'imiter la nature et d'être mère encore. Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put. Les blés d'alentour mûrs avant que la nitéeSe trouvât assez forte encorPour voler et prendre l'essor, De mille soins divers l'Alouette agitée S'en va chercher pâture, avertit ses enfants D'être toujours au guet et faire sentinelle.« Si le possesseur de ces champs Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle,Écoutez bien : selon ce qu'il dira Chacun de nous décampera. » Sitôt que l'Alouette eut quitté sa famille, Le possesseur du champ vient avecque son fils. « Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis Les prier que chacun, apportant sa faucille, Nous vienne aider demain dès la pointe du jour. » Notre Alouette de retour Trouve en alarme sa couvée. L'un commence : « Il a dit que, l'aurore levée, L'on fît venir demain ses amis pour l'aider. S'il n'a dit que cela, repartit l'Alouette, Rien ne nous presse encor de changer de retraite ; Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter. Cependant soyez gais ; voilà de quoi manger. » Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère. L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout. L'Alouette à l'essor, le maître s'en vient faireSa ronde ainsi qu'à l'ordinaire. « Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout. Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose Sur de tels paresseux, à servir ainsi lents.Mon fils, allez chez nos parents Les prier de la même chose. » L'épouvante est au nid plus forte que jamais. « Il a dit ses parents, mère ! c'est à cette heure... Non, mes enfants ; dormez en paix : Ne bougeons de notre demeure. »L'Alouette eut raison ; car personne ne vint.Pour la troisième fois, le maître se souvint De visiter ses blés. « Notre erreur est extrême,Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous.Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.Retenez bien cela, mon fils. Et savez-vous Ce quil faut faire ? Il faut quavec notre familleNous prenions dès demain chacun une faucille :Cest là notre plus court, et nous achèverons Notre moisson quand nous pourrons. »Dès lors que ce dessein fut su de l'Alouette :« C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants ! » Et les petits, en même temps,Voletants, se culebutants, Délogèrent tous sans trompette. Enseignement : La mère pour les siens agit en connaissance de cause ! Pour éviter de commettre des erreurs, des impairs dommageablesLe loup et le chienUn Loup n'avait que les os et la peau, Tant les chiens faisaient bonne garde. Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau, Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. L'attaquer, le mettre en quartiers, Sire Loup l'eût fait volontiers ; Mais il fallait livrer bataille ; Et le mâtin était de taille A se défendre hardiment. Le Loup donc l'aborde humblement, Entre en propos, et lui fait compliment Sur son embonpoint, qu'il admire. « Il ne tiendra qu'à vous, beau sire, D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien. Quittez les bois, vous ferez bien : Vos pareils y sont misérables, Cancres, hères et pauvres diables Dont la condition est de mourir de faim. Car, quoi? rien d'assuré, point de franche lippée, Tout à la pointe de l'épée. Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin. » Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ? Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens Portants bâtons et mendiants ; Flatter ceux du logis, à son maître complaire : Moyennant quoi votre salaire Sera force reliefs de toutes les façons, Os de poulets, os de pigeons ; Sans parler de mainte caresse. » Le Loup déjà se forge une félicitéQui le fait pleurer de tendresse. Chemin faisant, il vit le cou du Chien pelé. « Qu'est-ce là ? lui dit-il. Rien. Quoi ? Rien ? Peu de chose. Mais encor ? Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause. Attaché ! dit le Loup : vous ne courez donc pas Où vous voulez ? Pas toujours : mais qu'importe ? Il importe si bien que de tous vos repas Je ne veux en aucune sorte, Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. Enseignement : La liberté est sans prix ! Selon ce qui touche à la véritéLe loup devenu bergerUn Loup, qui commençait d'avoir petite part Aux brebis de son voisinage, Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renard Et faire un nouveau personnage. II s'habille en berger, endosse un hoqueton [ casaque courte, sans manches], Fait sa houlette d'un bâton, Sans oublier la cornemuse. Pour pousser jusqu'au bout la ruse, Il aurait volontiers écrit sur son chapeau : « C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. » Sa personne étant ainsi faite, Et ses pieds de devant posés sur sa houlette, Guillot le sycophante [ le trompeur] approche doucement. Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette, Dormait alors profondément ; Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette. La plupart des brebis dormaient pareillement. L'hypocrite les laissa faire; Et pour pouvoir mener vers son fort [ son repaire] les brebis, II voulut ajouter la parole aux habits, Chose qu'il croyait nécessaire. Mais cela gâta son affaire : Il ne put du pasteur contrefaire la voix. Le ton dont il parla fit retentir les bois Et découvrit tout le mystère. Chacun se réveille à ce son, Les brebis, le chien, le garçon. Le pauvre Loup, dans cet esclandre Empêché par son hoqueton, Ne put ni fuir ni se défendre. Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre. Quiconque est loup agisse en loup ; C'est le plus certain de beaucoup. Enseignement : Lhomme en sa vraie nature ne se peut travestir ! Pour tout ce qui relève de la modérationContre ceux qui ont le goût trop difficileQuand j'aurais en naissant reçu de Calliope Les dons qu'à ses amants cette Muse a promis, Je les consacrerais aux mensonges d'Ésope : Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.Mais je ne me crois pas si chéri du ParnasseQue de savoir orner toutes ces fictions. On peut donner du lustre à leurs inventions : On le peut, je l'essaie ; un plus savant le fasse. Cependant jusqu'ici d'un langage nouveauJ'ai fait parler le Loup et répondre l'Agneau. J'ai passé plus avant ; les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes. Qui ne prendrait ceci pour un enchantement? « Vraiment, me diront nos critiques Vous parlez magnifiquementDe cinq ou six contes d'enfant. Censeurs, en voulez-vous qui soient plus authentiquesEt d'un style plus haut? En voici. Les Troyens,Après dix ans de guerre autour de leurs murailles, Avaient lassé les Grecs, qui, par mille moyens, Par mille assauts, par cent batailles, N'avaient pu mettre à bout cette fière cité, Quand un cheval de bois, par Minerve inventé, D'un rare et nouvel artifice,Dans ses énormes flancs reçut le sage Ulysse, Le vaillant Diomède, Ajax l'impétueux,Que ce colosse monstrueux Avec leurs escadrons devait porter dans Troie, Livrant à leur fureur ses dieux mêmes en proie : Stratagème inouï, qui des fabricateursPaya la constance et la peine... C'est assez, me dira quelqu'un de nos auteurs : La période est longue, il faut reprendre haleine ;Et puis, votre cheval de bois, Vos héros avec leurs phalanges,Ce sont des contes plus étranges Qu'un renard qui cajole un corbeau sur sa voix.De plus, il vous sied mal d'écrire en si haut style. » Eh bien! baissons d'un ton. La jalouse AmarylleSongeait à son Alcippe et croyait de ses soinsN'avoir que ses moutons et son chien pour témoins. Tircis, qui l'aperçut, se glisse entre des saules ; Il entend la bergère adressant ces parolesAu doux Zéphyr, et le priant De les porter à son amant...« Je vous arrête à cette rime,Dira mon censeur à l'instant;Je ne la tiens pas légitime,Ni d'une assez grande vertu : Remettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte. »Maudit censeur ! te tairas-tu?Ne saurais-je achever mon conte?C'est un dessein très dangereuxQue d'entreprendre de te plaire.Les délicats sont malheureux :Rien ne saurait les satisfaire.Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre : Ma foi! vous n'aurez pas le nôtre. »Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.Je me sers de la véritéPour montrer, par expérience,Qu'un sou, quand il est assuré, Vaut mieux que cinq en espérance ;Qu'il se faut contenter de sa condition ; Qu'aux conseils de la mer et de l'ambitionNous devons fermer les oreilles. Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront. La mer promet monts et merveilles :Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront.Enseignement : Malheur aux délicats toujours trop demandeurs ! Pour éviter des erreurs, dommages ou malheurs grâce à une attention soutenueLe lion et le moucheron« Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre! » C'est en ces mots que le Lion Parlait un jour au Moucheron. L'autre lui déclara la guerre. « Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roi Me fasse peur ni me soucie? Un buf est plus puissant que toi ; Je le mène à ma fantaisie. » A peine il achevait ces mots Que, lui-même, il sonna la charge, Fut le trompette et le héros. Dans l'abord il se met au large ; Puis prend son temps, fond sur le cou Du lion, qu'il rend presque fou. Le quadrupède écume, et son il étincelle ; Il rugit; on se cache, on tremble à l'environ : Et cette alarme universelle Est l'ouvrage d'un moucheron. Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle, Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau, Tantôt entre au fond du naseau. La rage alors se trouve à son faîte montée. L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheureux Lion se déchire lui-même, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême Le fatigue, l'abat : le voilà sur les dents. L'insecte du combat se retire avec gloire : Comme il sonna la charge, il sonne la victoire, Va partout l'annoncer, et rencontre en chemin L'embuscade d'une araignée ; Il y rencontre aussi sa fin. Quelle chose par là nous peut être enseignée? J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis Les plus à craindre sont souvent les plus petits ; L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire Qui périt pour la moindre affaire. Enseignement : Après sêtre fait justice, la perte vint dun autre que lon nattendait plus !II/ SECOND RECUEIL Surveillance prudente exercée sur ses paroles pour éviter des erreurs ou des dommagesLes femmes et le secretRien ne pèse tant qu'un secret :Le porter loin est difficile aux dames ;Et je sais même sur ce faitBon nombre d'hommes qui sont femmes.Pour éprouver la sienne un mari s'écria, La nuit, étant près d'elle : « O Dieux ! qu'est-ce cela?Je n'en puis plus! on me déchire! Quoi? j'accouche d'un uf! D'un uf? Oui, le voilà,Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire : On m'appellerait poule; enfin n'en parlez pas. » La femme, neuve sur ce cas, Ainsi que sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire. Mais ce serment s'évanouit Avec les ombres de la nuit.L'épouse, indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour fut à peine levé;Et de courir chez sa voisine. « Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre : Mon mari vient de pondre un uf gros comme quatre.Au nom de Dieu, gardez-vous bien D'aller publier ce mystère. Vous moquez-vous? dit l'autre : ah! vous ne savez guère Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. »La femme du pondeur s'en retourne chez elle. L'autre grille déjà de conter la nouvelle; Elle va la répandre en plus de dix endroits;Au lieu d'un uf, elle en dit trois. Ce n'est pas encor tout; car une autre commère En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait : Précaution peu nécessaire, Car ce n'était plus un secret. Comme le nombre d'ufs, grâce à la renommée, De bouche en bouche allait croissant,Avant la fin de la journée Ils se montaient à plus d'un cent.Enseignement : Le secret senrichit à merveille, mais tant par femme il se répand quil en devient inquiétant ! Pour tenir compte de sa propre réalité Le rat et lhuîtreUn Rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle,Des lares (dieux domestiques, puis le foyer lui-même) paternels un jour se trouva sou,Il laisse là le champ, le grain et la javelle,Va courir le pays, abandonne son trou. Sitôt qu'il fut hors de la case :« Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !Voilà les Apennins, et voici le Caucase. »La moindre taupinée était mont à ses yeux.Au bout de quelques jours, le voyageur arrive En un certain canton où Téthys (déesse de la mer puis la mer elle-même) sur la riveAvait laissé mainte huître; et notre Rat d'abordCrut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.« Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire :Il n'osait voyager, craintif au dernier point. Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire;J'ai passé les déserts, mais nous n'y bûmes point. »D'un certain magisterle Rat tenait ces choses, Et les disait à travers champs,N'étant point de ces rats qui, les livres rongeants, Se font savants jusques aux dents. Parmi tant d'huîtres toutes closes Une s'était ouverte; et, bâillant au soleil,Par un doux zéphir réjouie, Humait l'air, respirait, était épanouie,Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, nompareil.D'aussi loin que le Rat voit cette Huître qui bâille : « Qu'aperçois-je? dit-il; c'est quelque victuaille Et, si je ne me trompe à la couleur du mets, Je dois faire aujourd'hui bonne chère, ou jamais. »Là-dessus, maître Rat, plein de belle espérance, Approche de l'écaillé, allonge un peu le cou, Se sent pris comme aux lacs (nud coulant); car l'Huître tout d'un coup Se referme : et voilà ce que fait l'ignorance.Cette fable contient plus d'un enseignement : Nous y voyons premièrementQue ceux qui n'ont du monde aucune expérience Sont, aux moindres objets, frappés d'étonnement; Et puis nous y pouvons apprendre Que tel est pris qui croyait prendre.Enseignement : Pour les chercheurs de victuailles, les pièges sont nombreux surtout si la connaissance leur a jusqualors échappé ! Orienter son action pour éviter les déconvenuesLa laitière et le pot au lait Perrette, sur sa tête ayant un Pot au laitBien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville. Légère et court vêtue, elle allait à grands pas, Ayant mis, ce jour-là, pour être plus agile,Cotillon simple et souliers plats. Notre laitière ainsi trousséeComptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employait l'argent; Achetait un cent d'ufs, faisait triple couvée : La chose allait à bien par son soin diligent.« Il m'est, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison;Le renard sera bien habile S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son; Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d'un il marriSa fortune ainsi répandue,Va s'excuser à son mari,En grand danger d'être battue.Le récit en farce en fut fait;On l'appela le Pot au lait. Quel esprit ne bat la campagne ?Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole (héros conquérant de Rabelais), Pyrrhus (roi dEpire), la Laitière, enfin tous,Autant les sages que les fous.Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes;Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes.Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi;Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi (roi de Perse) ; On m'élit roi, mon peuple m'aime;Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis gros Jean comme devant (auparavant). Enseignement : Sa tâche nétant pas menée à bien, bâtir châteaux en Espagne, cest espérer en vain ! Orienter son action vers ce qui a une capacité de rendementLe songe dun habitant du Mogol Jadis certain Mogol vit en songe un VizirAux champs Élysiens (séjour des bienheureux) possesseur d'un plaisirAussi pur qu'infini tant en prix qu'en durée :Le même songeur vit en une autre contrée Un Ermite entouré de feux,Qui touchait de pitié même les malheureux.Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire :Minos en ces deux morts semblait s'être mépris.Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris. Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère, Il se fit expliquer l'affaire.L'interprète lui dit : « Ne vous étonnez point;Votre songe a du sens ; et, si j'ai sur ce point Acquis tant soit peu d'habitude, C'est un avis des Dieux. Pendant l'humain séjour,Ce vizir quelquefois cherchait la solitude;Cet Ermite aux Vizirs allait faire sa cour. »Si j'osais ajouter au mot de l'interprète, J'inspirerais ici l'amour de la retraite :Elle offre à ses amants des biens sans embarras, Biens purs, présents du Ciel, qui naissent sous les pas. Solitude, où je trouve une douceur secrète, Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais?Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles?Quand pourront les neuf Surs (les Muses), loin des cours et des villes, M'occuper tout entier et m'apprendre des cieux Les divers mouvements inconnus à nos yeux, Les noms et les vertus de ces clartés errantesPar qui sont nos destins et nos murs différentes ! Que si je ne suis né pour de si grands projets, Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets ! Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie ! La Parque à filets d'or n'ourdira (ne disposera) point ma vie,Je ne dormirai point sous de riches lambris : Mais voit-on que le somme en perde de son prix? En est-il moins profond et moins plein de délices? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices. Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,J'aurai vécu sans soins et mourrai sans remords. Enseignement : La béatitude nexiste pas quen songe si, du monde,onrenonceàses conventions superflues ! Orienter son action en conformité avec le droit naturel Les souris et le chat-huant Il ne faut jamais dire aux gens : « Ecoutez un bon mot, oyez une merveille. »Savez-vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille ? Voici pourtant un cas qui peut être excepté : Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable Il a l'air et les traits, encor que véritable.On abattit un pin pour son antiquité,Vieux palais d'un Hibou, triste et sombre retraite De l'oiseau qu'Atropos (lune des Parques) prend pour son interprète.Dans son tronc caverneux, et miné par le temps, Logeaient, entre autres habitants,Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse.L'oiseau les nourrissait parmi des tas de blé, Et de son bec avait leur troupeau mutilé;Cet oiseau raisonnait : il faut qu'on le confesse.En son temps, aux Souris, le compagnon chassa.Les premières qu'il prit du logis échappées,Pour y remédier, le drôle estropiaTout ce qu'il prit ensuite; et leurs jambes coupées Firent qu'il les mangeait à sa commodité,Aujourd'hui l'une, et demain l'autre. Tout manger à la fois, l'impossibilité S'y trouvait, joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre : Elle allait jusqu'à leur porter Vivres et grains pour subsister. Puis, qu'un Cartésien s'obstine A traiter ce hibou de montre et de machine ! Quel ressort lui pouvait donnerLe conseil de tronquer un peuple mis en mue ? Si ce n'est pas là raisonner, La raison m'est chose inconnue. Voyez que d'arguments il fit : « Quand ce peuple est pris, il s'enfuit;Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe. Tout, il est impossible. Et puis, pour le besoin N'en dois-je pas garder? Donc il faut avoir soin De le nourrir sans qu'il échappe. Mais comment? Otons-lui les pieds. » Or trouvez-moi Chose par les humains à sa fin mieux conduite. Quel autre art de penser Aristote et sa suite Enseignent-ils, par votre foi ? Ceci n'est point une fable ; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée. J'ai peut-être porté trop loin la prévoyance de ce hibou ; car je ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès de raisonnement tel que celui-ci; mais ces exagérations sont permises à la poésie, surtout dans la manière d'écrire dont je me sers. Enseignement : On se trompe dincongruité en abattant loccupé faute davoir pris le soin de faire évoluer loccupant ! En raison de ce qui touche à la bienveillance envers ses semblablesLes animaux malades de la peste Un mal qui répand la terreur,Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom), Capable d'enrichir en un jour l'Achéron (fleuve des enfers, puis les enfers eux-mêmes),Faisait aux Animaux la guerre. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :On n'en voyait point d'occupés A chercher le soutien d'une mourante vie; Nul mets n'excitait leur envie;Ni loups ni renards n'épiaientLa douce et l'innocente proie;Les tourterelles se fuyaient :Plus d'amour, partant plus de joie. Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,Je crois que le Ciel a permisPour nos péchés cette infortune.Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux ; Peut-être il obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents,On fait de pareils dévouements. Ne nous flattonsdonc point; voyons sans indulgence L'état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J'ai dévoré force moutons. Que m'avaient-ils fait? Nulle offense; Même il m'est arrivé quelquefois de mangerLe berger.Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : Car on doit souhaiter, selon toute justice,Que le plus coupable périsse. Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse.Eh bien ! manger moutons, canaillesotte espèce, Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur; Et quant au berger, l'on peut dire Qu'il était digne de tous maux.Étant de ces gens-là qui sur les animauxSe font un chimérique empire. » Ainsi dit le Renard; et flatteurs d'applaudir. On n'osa trop approfondir Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances, Les moins pardonnables offenses. Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,Au dire de chacun, étaient de petits saints. L'Ane vint à son tour, et dit : « J'ai souvenanceQu'en un pré de moines passant,La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense, Quelque diable aussi me poussant,Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.Je n'en avais nul droit puisqu'il faut parler net. »A ces mots, on cria haro sur le Baudet.Un Loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangueQu'il fallait dévouer (immoler) ce maudit animal,Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n'était capableD'expier son forfait : on le lui fit bien voir.Selon que vous serez puissant ou misérable,Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Enseignement : Destinés à tous périr, du plus puissant au plus décrié, les obligés, de leur délit savent se défausser, pour quà la fin, sur le dernier, la culpabilité repose ! FAIRE PREUVE DHUMILITÉCe qui convient à la faiblesse humaine, en labsence de tout orgueilLe coche et la moucheDans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé,Six forts chevaux tiraient un Coche.Femmes, moine, vieillards, tout était descendu ; L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une Mouche survient, et des chevaux s'approche, Prétend les animer par son bourdonnement, Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment Qu'elle fait aller la machine, S'assied sur le timon, sur le nez du cocher. Aussitôt que le char chemine, Et qu'elle voit les gens marcher, Elle s'en attribue uniquement la gloire, Va, vient, fait l'empressée : il semble que ce soit Un sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens et hâter la victoire.La Mouche, en ce commun besoin, Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin; Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire. Le moine disait son bréviaire :Il prenait bien son temps ! Une femme chantait : C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait! Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles, Et fait cent sottises pareilles. Après bien du travail, le Coche arrive au haut : « Respirons maintenant ! dit la Mouche aussitôt :J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.Çà, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine. » Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S'introduisent dans les affaires :Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés. Enseignement : Quand chacun vaque à remplir sa tâche, la vantardise nest pas de mise ! Pour éviter le parti prisLa cour du lion Sa Majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le Ciel l'avait fait maître. Il manda donc par députés Ses vassaux de toute nature,Envoyant de tous les côtésUne circulaire écriture Avec son sceau. L'écrit portait Qu'un mois durant le Roi tiendrait Cour plénière, dont l'ouverture Devait être un fort grand festin,Suivi des tours de Fagotin (singe savant). Par ce trait de magnificence Le Prince à ses sujets étalait sa puissance. En son Louvre il les invita. Quel Louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord aux nez des gens. L'Ours boucha sa narine : Il se fût bien passé de faire cette mine; Sa grimace déplut : le Monarque irrité L'envoya chez Pluton (dieu des enfers) faire le dégoûté. Le Singe approuva fort cette sévérité, Et flatteur excessif, il loua la colèreEt la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur :Il n'était ambre, il n'était fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor punie : Ce Monseigneur du Lion-là Fut parent de Caligula (empereur romain persécuteur). Le Renard étant proche : « Or çà, lui dit le Sire, Que sens-tu? dis-le-moi : parle sans déguiser. » L'autre aussitôt de s'excuser,Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire Sans odorat. Bref, il s'en tire. Ceci vous sert d'enseignement : Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire, Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère, Et tâchez quelquefois de répondre en Normand. Enseignement : Dans la sphère du pouvoir, le langage insipide est plus prisé que les accents trop appuyés des gens sincères et des flatteurs itou ! En raison de ce qui touche à honneurLes obsèques de la lionne La femme du Lion mourut; Aussitôt chacun accourut Pour s'acquitter envers le Prince De certains compliments de consolation, Qui sont surcroît d'affliction.Il fit avertir sa ProvinceQue les obsèques se feraient Un tel jour, en tel lieu; ses Prévôts (officiers de cérémonie) y seraientPour régler la cérémonie, Et pour placer la compagnie.Jugez si chacun s'y trouva.Le Prince aux cris s'abandonna,Et tout son antre en résonna :Les Lions n'ont point d'autre temple. On entendit, à son exemple,Rugir en leur patois Messieurs les Courtisans. Je définis la cour un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au Prince, ou, s'ils ne peuvent l'être, Tâchent au moins de le paraître :Peuple caméléon, peuple singe du maître ; On dirait qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.Pour revenir à notre affaire, Le Cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire? Cette mort le vengeait : la Reine avait jadisÉtranglé sa femme et son fils. Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,Et soutint qu'il l'avait vu rire. La colère du Roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du roi Lion ; Mais ce Cerf n'avait pas accoutumé de lire. Le Monarque lui dit : « Chétif hôte des bois,Tu ris, tu ne suis pas ses gémissantes voix. Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes Nos sacrés ongles : venez, Loups, Vengez la Reine; immolez tous Ce traître à ses augustes mânes. » Le Cerf reprit alors : « Sire, le temps de pleursEst passé; la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, couchée entre des fleurs, Tout près d'ici m'est apparue; Et je l'ai d'abord reconnue. « Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi, « Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes. « Aux Champs Élysiens j'ai goûté mille charmes, « Conversant avec ceux qui sont saints comme moi. « Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi : « J'y prends plaisir. » A peine on eut ouï la chose, Qu'on se mit à crier : « Miracle! Apothéose ! » Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni. Amusez les Rois par des songes, Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges : Quelque indignation dont leur cur soit rempli, Ils goberont l'appât; vous serez leur ami. Enseignement : À irrémissible dérobade, la vie vous sera sauve, si honorable est votre excuse ! Pour se prémunir des mauvaises intentions de quelquun Lhuitre et les plaideurs Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrentUne Huître, que le flot y venait d'apporter :Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;A l'égard de la dent il fallut contester. L'un se baissait déjà pour amasser la proie;L'autre le pousse, et dit : « Il est bon de savoir Qui de nous en aura la joie.Celui qui le premier a pu l'apercevoirEn sera le gobeur; l'autre le verra faire. Si par là l'on juge l'affaire,Reprit son compagnon, j'ai l'il bon, Dieu merci. Je ne l'ai pas mauvais aussi,Dit l'autre; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Eh bien! vous l'avez vue; et moi je l'ai sentie. » Pendant tout ce bel incident,Perrin Dandin (personnage de Rabelais) arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'Huître, et la gruge (brise avec les dents),Nos deux Messieurs le regardant. Ce repas fait, il dit, d'un ton de président : « Tenez, la cour vous donne à chacun une écailleSans dépens (sans frais) ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille. » Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles, Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles.Enseignement : Le différent qui nait dune même convoitise risque de faire chou blanc si le juge y a prise ! En vue dobtenir une perception aiguisée (nez fin, flair)Les deux aventuriers et le talisman Aucun chemin de rieurs ne conduit à la gloire.Je n'en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux :Ce dieu n'a guère de rivaux; J'en vois peu dans la Fable, encor moins dans l'Histoire. En voici pourtant un, que de vieux talismans (inscriptions au pouvoir magique) Firent chercher fortune au pays des romans.Il voyageait de compagnie. Son camarade et lui trouvèrent un poteauAyant au haut cet écriteau : « Seigneur aventurier, s'il te prend quelque envie « De voir ce que n'a vu nul chevalier errant,« Tu n'as qu'à passer ce torrent; « Puis, prenant dans tes bras un éléphant de pierre« Que tu verras couché par terre, « Le porter, d'une haleine, au sommet de ce mont « Qui menace les cieux de son superbe front. » L'un des deux chevaliers saigna du nez « Si l'onde Est rapide autant que profonde, Dit-il, et supposé qu'on la puisse passer, Pourquoi de l'éléphant aller s'embarrasser ?Quelle ridicule entreprise !Le sage l'aura fait par tel art et de guiseQu'on le pourra porter peut-être quatre pas : Mais jusqu'au haut du mont! d'une haleine! il n'est pasAu pouvoir d'un mortel; à moins que la figureNe soit d'un éléphant nain, pygmée, avorton, Propre à mettre au bout d'un bâton :Auquel cas, où l'honneur d'une telle aventure?On nous veut attraper dedans cette écriture; Ce sera quelque énigme à tromper un enfant :C'est pourquoi je vous laisse avec votre éléphant. »Le raisonneur parti, l'aventureux se lance, Les yeux clos, à travers cette eau. Ni profondeur ni violence Ne purent l'arrêter; et, selon l'écriteau,Il vit son éléphant couché sur l'autre rive.Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive,Rencontre une esplanade, et puis une cité.Un cri par l'éléphant est aussitôt jeté : Le peuple aussitôt sort en armes.Tout autre aventurier, au bruit de ces alarmes,Aurait fui : celui-ci, loin de tourner le dos,Veut vendre au moins sa vie et mourir en héros.Il fut tout étonné d'ouïr cette cohorte Le proclamer monarque au lieu de son roi mort.Il ne se fit prier que de la bonne sorte,Encore que le fardeau fût, dit-il, un peu fort.Sixte en disait autant quand on le fit saint-père :(Serait-ce bien une misèreQue d'être pape ou d'être roi?)On reconnut bientôt son peu de bonne foi. Fortune aveugle suit aveugle hardiesse. Le sage quelquefois fait bien d'exécuter Avant que de donner le temps à la sagesse D'envisager le fait, et sans la consulter. Enseignement : Le talisman a des vertus que la sagesse ignore ! Orienter son action en raison de ce qui touche à la morale sociale Le rat qui sest retiré du monde Les Levantins en leur légendeDisent qu'un certain Rat, las des soins d'ici-bas,Dans un fromage de HollandeSe retira loin du tracas. La solitude était profonde,S'étendant partout à la ronde. Notre ermite nouveau subsistait là dedans.Il fit tant, de pieds et de dents, Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ? Il devint gros et gras : Dieu prodigue ses biensA ceux qui font vu d'être siens.Un jour, au dévot personnage,Des députés du peuple rat S'en vinrent demander quelque aumône légère :Ils allaient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat;Ratopolis (ville des rats) était bloquée : On les avait contraints de partir sans argent, Attendu l'état indigentDe la république attaquée. Ils demandaient fort peu, certains que le secoursSerait prêt dans quatre ou cinq jours.« Mes amis, dit le Solitaire,Les choses d'ici-bas ne me regardent plus :En quoi peut un pauvre reclus Vous assister? que peut-il faireQue de prier le Ciel qu'il vous aide en ceci ?J'espère qu'il aura de vous quelque souci. » Ayant parlé de cette sorte,Le nouveau saint ferma sa porte.Qui désigné-je, à votre avis, Par ce Rat si peu secourable? Un moine ? Non, mais un dervis (moine mahométan): Je suppose qu'un moine est toujours charitable. Enseignement : Sil a bien profité de sa condition de solitaire, il se montre odieuxtout particulièrement, sil en fait état pour se conduire indûment ! Orienter son action pour tenir compte de la réalité en généralLe gland et la citrouille Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant,Dans les citrouilles je la treuve.Un Villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue : « A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela? Il a bien mal placé cette citrouille-là !Hé parbleu! je l'aurais pendueA l'un des chênes que voilà ;C'eût été justement l'affaire :Tel fruit, tel arbre, pour bien faire. C'est dommage, Garo (personnage pédant), que tu n'es point entré Au conseil de Celui que prêche ton curé : Tout en eût été mieux; car pourquoi, par exemple, Le Gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,Ne pend-il pas en cet endroit?Dieu s'est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à GaroQue l'on a fait un quiproquo. » Cette réflexion embarrassant notre homme : « On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit. » Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un Gland tombe : le nez du dormeur en pâtit. Il s'éveille; et, portant la main sur son visage, II trouve encor le Gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage. « Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,Et que ce Gland eût été gourde (courge) ? Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut raison;J'en vois bien à présent la cause. »En louant Dieu de toute chose,Garo retourne à la maison.Enseignement : Le pire nous saute aux yeux par un fait coutumier, quon doit à lentremise de deux êtres appariés ! Orienter son action pour éviter de commettre des erreurs, des impairs dommageablesLours et lamateur des jardinsCertain Ours montagnard, Ours à demi léché, Confiné par le Sort dans un bois solitaire, Nouveau Bellérophon (solitaire, haï des dieux) vivait seul et caché. Il fût devenu fou : la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler et meilleur de se taire; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.Nul animal n'avait affaireDans les lieux que l'Ours habitait : Si bien que tout ours qu'il était,Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,Non loin de là certain VieillardS'ennuyait aussi de sa part.II aimait les jardins, était prêtre de Flore (déesse des fleurs); Il l'était de Pomone (déesse des fruits) encore. Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrais parmiQuelque doux et discret ami : Les jardins parlent peu, si ce n'est dans mon livre. De façon que, lassé de vivreAvec des gens muets, notre homme, un beau matin, Va chercher compagnie, et se met en campagne. L'Ours, porté d'un même dessein, Venait de quitter sa montagne. Tous deux, par un cas surprenant,Se rencontrent en un tournant. L'Homme eut peur; mais comment esquiver ? et que faire ? Se tirer en Gascon d'une semblable affaire Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur. L'Ours, très mauvais complimenteur,Lui dit : « Viens-t'en me voir. » L'autre reprit : « Seigneur, Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire;Mais j'offre ce que j'ai. » L'Ours l'accepte; et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver ; Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble;Et, bien qu'on soit, à ce qu'il semble, Beaucoup mieux seul qu'avec des sots,Comme l'Ours en un jour ne disait pas deux mots,L'Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.L'Ours allait à la chasse, apportait du gibier, Faisait son principal métier D'être bon émoucheur, écartait du visageDe son ami dormant ce parasite ailéQue nous avons mouche appelé.Un jour que le Vieillard dormait d'un profond somme,Sur le bout de son nez une allant se placer, Mit l'Ours au désespoir; il eut beau la chasser.« Je t'attraperai bien, dit-il; et voici comme. »Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheurVous empoigne un pavé, le lance avec roideur,Casse la tête à l'Homme en écrasant la mouche, Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur,Roide mort étendu sur la place il le couche.Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi.Enseignement : Les impromptus dune amitié trop fraîchement survenue ! Selon ce qui touche à la véritéLe juge arbitre, lhospitalier et le solitaireTrois Saints, également jaloux de leur salut, Portés d'un même esprit, tendaient à même but. Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses :Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos concurrents Crurent pouvoir choisir des sentiers différents. L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses Qu'en apanage on voit aux procès attachés, S'offrit de les juger sans récompense aucune, Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.Depuis qu'il est des lois, l'homme, pour ses péchés, Se condamne à plaider la moitié de sa vie : La moitié ? les trois quarts, et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu'il viendrait à bout De guérir cette folle et détestable envie.Le second de nos Saints choisit les hôpitaux. Je le loue; et le soin de soulager les maux Est une charité que je préfère aux autres. Les malades d'alors, étant tels que les nôtres, Donnaient de l'exercice au pauvre Hospitalier ;Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse : « Il a pour tels et tels un soin particulier,Ce sont ses amis ; il nous laisse. » Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit l'appointeur (larbitre) de débats :Aucun n'était content; la sentence arbitrale A nul des deux ne convenait : Jamais le juge ne tenait A leur gré la balance égale.De semblables discours rebutaient l'appointeur : II court aux hôpitaux, va voir leur directeur :Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure, Affligés, et contraints de quitter ces emplois, Vont confier leur peine au silence des bois. Là, sous d'âpres rochers, près d'une source pure, Lieu respecté des vents, ignoré du soleil,Ils trouvent l'autre Saint, lui demandent conseil. « Il faut, dit leur ami, le1 prendre de soi-même.Qui mieux que vous sait vos besoins? Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu'impose à tout mortel la Majesté suprême. Vous êtes-vous connus dans le monde habité ? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême. Troublez l'eau : vous y voyez-vous? Agitez celle-ci. Comment nous verrions-nous? La vase est un épais nuage Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer. Mes frères, dit le Saint, laissez-la reposer, Vous verrez alors votre image. Pour vous mieux contempler demeurez au désert. » Ainsi parla le Solitaire. Il fut cru; l'on suivit ce conseil salutaire. Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert. Puisqu'on plaide, et qu'on meurt, et qu'on devient malade, II faut des médecins, il faut des avocats.Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas :Les honneurs et le gain, tout me le persuade.Cependant on s'oublie en ces communs besoins.O vous dont le public emporte tous les soins, Magistrats, princes et ministres,Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.Si quelque bon moment à ces pensers vous donne, Quelque flatteur vous interrompt. Cette leçon sera la fin de ces ouvrages. Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir! Je la présente aux rois, je la propose aux sages : Par où saurais-je mieux finir?Enseignement : La retraite a ce merveilleux bénéfice quelle permet dabriter la conscience, sans risque de loubli ! Pour tout ce qui relève de la modérationLe héronUn jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où, Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.Il côtoyait une rivière. L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours; Ma commère la Carpe y faisait mille toursAvec le Brochet son compère. Le Héron en eût fait aisément son profit : Tous approchaient du bord; l'oiseau n'avait qu'à prendre.Mais il crut mieux faire d'attendre Qu'il eût un peu plus d'appétit :Il vivait de régime et mangeait à ses heures. Après quelques moments, l'appétit vint : l'Oiseau,S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieux,Et montrait un goût dédaigneux,Comme le Rat du bon Horace. « Moi, des tanches ! dit-il, moi, Héron, que je fasse Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on? » La tanche rebutée il trouva du goujon.« Du goujon! c'est bien là le dîner d'un Héron ! J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise ! »Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon Qu'il ne vit plus aucun poisson. La faim le prit : il fut tout heureux et tout aiseDe rencontrer un limaçon.Ne soyons pas si difficiles : Les plus accommodants, ce sont les plus habiles; On hasarde de perdre en voulant trop gagner. Gardez-vous de rien dédaigner,Surtout quand vous avez à peu près votre compte [...]Enseignement : Pour un mieux-être hypothétique, refuser une offre qui, par palier décline, conduit à triste mine ! Pour éviter des erreurs, dommages ou malheurs grâce à une attention soutenueLa tortue et les deux canards Une Tortue était, à la tête légère, Qui lasse de son trou, voulut voir le pays. Volontiers on fait cas d'une terre étrangère; Volontiers gens boiteux haïssent le logis. Deux Canards, à qui la commèreCommuniqua ce beau dessein, Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire.« Voyez-vous ce large chemin? Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique : Vous verrez mainte république,Maint royaume, maint peuple; et vous profiterez Des différentes murs que vous remarquerez. Ulysse en fit autant. » On ne s'attendait guèreDe voir Ulysse en cette affaire. La Tortue écouta la proposition.Marché fait, les Oiseaux forgent une machinePour transporter la pèlerine. Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton. « Serrez bien, dirent-ils, gardez de lâcher prise. » Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout. La Tortue enlevée, on s'étonne partoutDe voir aller en cette guiseL'animal lent et sa maison, Justement au milieu de l'un et l'autre oison.« Miracle ! criait-on : venez voir dans les nuesPasser la reine des tortues. La reine! vraiment oui : je la suis en effet ; Ne vous en moquez point. » Elle eût beaucoup mieux fait De passer son chemin sans dire aucune chose; Car lâchant le bâton en desserrant les dents, Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants. Son indiscrétion de sa perte fut cause.Imprudence, babil, et sotte vanité, Et vaine curiosité, Ont ensemble étroit parentage.Ce sont enfants tous d'un lignage. Enseignement : Par de vains mirages, lêtre crédule hors de sa condition entraîné, ne court quà sa perte !Date de création : Réactions à cet article |
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Un enseignement dans la droite ligne socratique lire ce texte au format pdfUN ENSEIGNEMENT DANS LA DROITE LIGNE SOCRATIQUE RÉFÉRENCE FAITE À SOCRATE Dans sa préface à lédition de 1668, La Fontaine a délibérément placé ses FABLES dans la lignée des enseignements socratiques. Voici ce que lon peut en retenir :« Après tout, je nai entrepris la chose que sur lexemple, je ne veux pas dire des anciens, qui ne tire point à conséquence pour moi, mais sur celui des modernes. Cest de tout temps, et chez tous les peuples qui font profession de poésie que le Parnasse a jugé ceci de son apanage. A peine les fables quon attribue à Esope virent le jour que Socrate trouva à propos de les habiller des livrées des Muses. Ce que Platon en rapporte (Phédon : 60 d-61 c) est si agréable que je ne puis mempêcher den faire un des ornements de cette préface. Il dit que Socrate étant condamné au denier supplice, lon remit lexécution de larrêt à cause de certaines fêtes. Le disciple de Socrate, Cébès, lalla voir le jour de sa mort. Socrate lui dit que les dieux lavaient averti plusieurs fois, pendant son sommeil quil devait sappliquer à la « musique » (tous travaux présidés par les Muses) avant quil mourût. Il navait pas entendu dabord ce que ce songe signifiait ; car, comme la musique ne rend pas lhomme meilleur, à quoi bon sy attacher ?Il fallut quil y ait du mystère là-dessous, dautant plus que les dieux ne se lassaient point de lui adresser la même inspiration. Elle lui était encore venue une de ces fêtes. Si bien quen songeant aux choses que le ciel pouvait exiger de lui, il sétait avisé que la musique et la poésie ont tant de rapport que possible était-ce de la dernière quil sagissait. Il ny a point de bonne poésie sans harmonie : mais il ny en a point non plus sans fiction ; et Socrate ne savait que dire la vérité. Enfin il avait trouvé un moyen terme (tempérament) : cétait de choisir des fables qui continssent quelque chose de véritable, telles que sont celles dEsope. Il employa donc de les mettre en vers les derniers moments de sa vie.Socrate nest pas le seul qui ait considéré comme surs la poésie et nos fables. [Le fabuliste latin du siècle dAuguste], Phèdre, a témoigné quil était de ce sentiment ; et, par lexcellence de son ouvrage, nous pouvons juger de celui du prince des philosophes. Après Phèdre, Avianus Flavius, fabuliste latin du IIe ou du IIIe siècle après J.C., dit Aviénus, a traité le même sujet. Enfin les modernes les ont suivis : nous en avons des exemples non seulement chez les étrangers mais chez nous Cela ne ma point détourné de mon entreprise ; au contraire, je me suis flatté de lespérance que si je ne courais dans cette carrière avec succès, on me donnerait au moins la gloire de lavoir ouverte... Des fables, jai choisi véritablement les meilleures, cest-à-dire celles qui mont semblé telles : mais, outre que je puis mêtre trompé dans mon choix, il ne sera pas bien difficile de donner un autre tour à celles-là même que jai choisies ; et si ce tour est moins long, il sera sans doute plus approuvé » PRÉSENTATION SYNTHÈTIQUE DES FABLES SÉLECTIONNÉES À partir du logiciel qui a été élaboré et de lapplication qui en a été faite à toutes les fables de La Fontaine on est donc parvenu à obtenir un catalogue de recommandations « prudentielles » pour nous bien comporter dans lexistence. Reste à fournir au lecteur le texte des fables qui correspondent à ces différentes recommandations. PREMIER RECUEIL. PagesTitres des fablesComportements recommandés 51Le chêne et le roseauAdaptabilité143La jeune veuveAttachement94Le geai paré des plumes du paonAuthenticité125Lours et les deux compagnonsBienséance89Le jardinier et son seigneurCirconspection 35La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le buf Clairvoyance123La poule aux ufs dorDiscernement121Le laboureur et ses enfantsCourage50Lenfant et le maître décoleEfficience141 Le cheval et lâneÉquité82Le lion devenu vieuxHumanité63Le lion et le ratHumilité38La besaceImpartialité75Le renard et le boucLoyauté34 Le corbeau et le renardMéfiance124Lâne portant des reliquesObjectivité129Phébus et BoréePerspicacité31La cigale et la fourmiPrévoyance113Le renard ayant la queue coupéeProbité44Le loup et lagneauRéalisme138Le villageois et le serpentRectitude104Lalouette et ses petits avec le maître dun champSagesse36Le loup et le chienSélectivité70Le loup devenu bergerSincérité53Contre ceux qui ont le goût difficile Tempérance61Le lion et le moucheronVigilance FAIRE PREUVE DADAPTABILITÉ Adaptabilité-souplesse : action de sadapter aux circonstances et aux personnes Le chêne et le roseau Le chêne un jour dit au roseau :« Vous avez bien sujet daccuser la nature ;Un roitelet pour vous est un pesant fardeau ;Le moindre vent qui daventureFait rider la face de leauVous oblige à baisser la tête ; Cependant que mon front, au Caucase pareil,Non content darrêter les rayons du soleil,Brave leffort de la tempête.Tout vous est aquilon, tout me semble zéphyr.Encor si vous naissiez à labri du feuillage Dont je couvre le voisinage,Vous nauriez pas tant à souffrir,Je vous défendrais de lorage : Mais vous naissez le plus souventSur les humides bords des royaumes du vent.La nature envers vous me semble bien injuste. Votre compassion lui répondit larbuste,Part dun bon naturel ; mais quittez ce souci :Les vents me sont moins quà vous redoutables ; Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusquiciContre leurs coups redoutablesRésisté sans courber le dos ; Mais attendons la fin. » Comme il disait ces mots,Du bout de lhorizon accourt avec furieLe plus terrible des enfantsQue le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs.Larbre tient bon, le roseau plie.Le vent redouble ses effortsEt fait si bien quil déracineCelui de qui la tête au ciel était voisineEt dont les pieds touchaient à lempire des morts. Enseignement : Le plus fort nest pas toujours le plus résistant ! FAIRE PREUVE DATTACHEMENT La perte dun être cher est marque indélébile, en ce que chaque être est sans équivalent La jeune veuve La perte d'un époux ne va point sans soupirs : On fait beaucoup de bruit, et puis on se console. Sur les ailes du Temps la tristesse s'envole : Le Temps ramène les plaisirs.Entre la veuve d'une annéeEt la veuve d'une journée La différence est grande : on ne croirait jamaisQue ce fût la même personne. L'une fait fuir les gens, et l'autre a mille attraits : Aux soupirs vrais ou faux celle-là s'abandonne ; C'est toujours même note et pareil entretien. On dit qu'on est inconsolable : On le dit; mais il n'en est rien, Comme on verra par cette fable, Ou plutôt par la vérité. L'époux d'une jeune beauté Partait pour l'autre monde. A ses côtés sa femme Lui criait : « Attends-moi, je te suis ; et mon âme, Aussi bien que la tienne, est prête à s'envoler. » Le mari fit seul le voyage.La belle avait un père, homme prudent et sage;Il laissa le torrent couler.A la fin, pour la consoler : « Ma fille, lui dit-il, c'est trop verser de larmes : Qu'a besoin le défunt que vous noyiez vos charmes?Puisqu'il est des vivants, ne songez plus aux morts. Je ne dis pas que tout à l'heureUne condition meilleure Change en des noces ces transports ; Mais après certain temps, souffrez qu'on vous propose Un époux beau, bien fait, jeune, et tout autre chose Que le défunt. Ah ! dit-elle aussitôt, Un cloître est l'époux qu'il me faut. » Le père lui laissa digérer sa disgrâce. Un mois de la sorte se passe ;L'autre mois on l'emploie àchanger tous les jours Quelque chose àl'habit, au linge, à la coiffure : Le deuil enfin sert de parure, En attendant d'autres atours. Toute la bande des AmoursRevient au colombier : les jeux, les ris, la danse Ont aussi leur tour àla fin ; On se plonge soir et matin Dans la fontaine de Jouvence. Le père ne craint plus ce défunt tant chéri ; Mais comme il ne parlait de rien ànotre belle : « Où donc est le jeune mari Que vous m'avez promis? » dit-elle. Enseignement :La perte dun être cher est marque indélébile, en ce que chaque être est sans équivalent ! FAIRE PREUVE DAUTHENTICITÉ Ce qui mérite dêtre cru Le geai paré des plumes du paon Un Paon muait : un Geai prit son plumage ; Puis après se l'accommoda; Puis parmi d'autres Paons tout fier se panada, Croyant être un beau personnage. Quelqu'un le reconnut : il se vit bafoué, Berné, sifflé, moqué, joué, Et par Messieurs les Paons plumé d'étrange sorte. Même vers ses pareils s'étant réfugié, Il fut par eux mis à la porte. II est assez de geais à deux pieds comme lui Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui, Et que l'on nomme plagiaires.Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui : Ce ne sont pas là mes affaires. Enseignement : Le plagiaire est deux fois décrié, par les siens et par le plagié FAIRE PREUVE DE BIENSÉANCE En raison de ce qui convient en général Lours et les deux compagnons Deux Compagnons, pressés d'argent,A leur voisin fourreur vendirentLa peau d'un Ours encor vivant, Mais qu'ils tueraient bientôt ; du moins à ce qu'ils dirent. C'était le roi des Ours au compte de ces gens. Le marchand à sa peau devait faire fortune, Elle garantirait des froids les plus cuisants : On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu'une. Dindenaut prisait moins ses moutons qu'eux leur ours : Leur, à leur compte, et non à celui de la bête. S'offrant de la livrer au plus tard dans deux jours, Ils conviennent de prix, et se mettent en quête,Trouvent l'Ours qui s'avance et vient vers eux au trot. Voilà mes gens frappés comme d'un coup de foudre. Le marché ne tint pas, il fallut le résoudre. D'intérêts contre l'Ours, on n'en dit pas un mot. L'un des deux Compagnons grimpe au faîte d'un arbre ;L'autre, plus froid que n'est un marbre, Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent, Ayant quelque part ouï direQue l'ours s'acharne peu souvent Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire. Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau : Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie; Et de peur de supercherie,Le tourne, le retourne, approche son museau,Flaire aux passages de l'haleine. « C'est, dit-il, un cadavre ; ôtons-nous, car il sent. » A ces mots, l'Ours s'en va dans la forêt prochaine. L'un de nos deux marchands de son arbre descend, Court à son Compagnon, lui dit que c'est merveille Qu'il n'ait eu seulement que la peur pour tout mal. « Eh bien, ajouta-t-il, la peau de l'animal ? Mais que t'a-t-il dit à l'oreille ? Car il s'approchait de bien près,Te retournant avec sa serre. Il m'a dit qu'il ne faut jamais Vendre la peau de l'ours qu'on ne l'ait mis par terre. » Enseignement : Le marché conclu sur une éventualité est un marché de dupes concrètement dénoncé ! FAIRE PREUVE DE CIRCONSPECTION Surveillance prudente exercée sur ses paroles pour éviter des erreurs ou des dommages Le jardinier et son seigneur Un amateur de jardinage,Demi-bourgeois, demi-manant,Possédait en certain village Un jardin assez propre, et le clos attenant. II avait de plant vif fermé cette étendue. Là croissait à plaisir l'oseille et la laitue, De quoi faire à Margot pour sa fête un bouquet, Peu de jasmin d'Espagne et force serpolet. Cette félicité par un lièvre troublée Fit qu'au Seigneur du bourg notre homme se plaignit.« Ce maudit animal vient prendre sa gouléeSoir et matin, dit-il, et des pièges se rit; Les pierres, les bâtons y perdent leur crédit : Il est sorcier, je crois. Sorcier ? je l'en défie; Repartit le Seigneur : fût-il diable, Miraut, En dépit de ses tours, l'attrapera bientôt. Je vous en déferai, bonhomme, sur ma vie. Et quand? Et dès demain, sans tarder plus longtemps. » La partie ainsi faite, il vient avec ses gens.« Çà, déjeunons, dit-il : vos poulets sont-ils tendres? La fille du logis, qu'on vous voie, approchez : Quand la marierons-nous, quand aurons-nous des gendres? Bon homme, c'est ce coup qu'il faut, vous m'entendez, Qu'il faut fouiller à l'escarcelle. » Disant ces mots, il fait connaissance avec elle, Auprès de lui la fait asseoir, Prend une main, un bras, lève un coin du mouchoir ; Toutes sottises dont la belle Se défend avec grand respect : Tant qu'au père à la fin cela devient suspect. Cependant on fricasse, on se rue en cuisine. « De quand sont vos jambons? ils ont fort bonne mine. Monsieur, ils sont à vous. Vraiment, dit le Seigneur,Je les reçois, et de bon cur. » II déjeune très bien; aussi fait sa famille,Chiens, chevaux, et valets, tous gens bien endentés : Il commande chez l'hôte, y prend des libertés,Boit son vin, caresse sa fille. L'embarras des chasseurs succède au déjeuné. Chacun s'anime et se prépare :Les trompes et les cors font un tel tintamarreQue le bonhomme est étonné. Le pis fut que l'on mit en piteux équipage Le pauvre potager : adieu planches, carreaux ; Adieu chicorée et porreaux,Adieu de quoi mettre au potage. Le lièvre était gîté dessous un maître chou. On le quête, on le lance, il s'enfuit par un trou, Non pas trou, mais trouée, horrible et large plaie Que l'on fit à la pauvre haiePar ordre du Seigneur ; car il eût été mal Qu'on n'eût pu du jardin sortir tout à cheval. Le bonhomme disait : « Ce sont là jeux de prince. » Mais on le laissait dire : et les chiens et les gens Firent plus de dégâts en une heure de temps Que n'en auraient fait en cent ans Tous les lièvres de la province.Petits princes, videz vos débats entre vous : De recourir aux rois vous seriez de grands fous. II ne les faut jamais engager dans vos guerres, Ni les faire entrer sur vos terres. Enseignement : Recourir à haute autorité pour un petit dommage, conduit à grands dégâts faits par ses équipages FAIRE PREUVE DE CLAIRVOYANCE Pour tenir compte de sa propre réalité La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le buf Une Grenouille vit un BufQui lui sembla de belle taille. Elle, qui n'était pas grosse en tout comme un uf, Envieuse, s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur,Disant : « Regardez bien, ma sur;Est-ce assez ? dites-moi ; n'y suis-je point encore ? Nenni. M'y voici donc ? Point du tout. M'y voilà ? Vous n'en approchez point. » La chétive pécore [animal] S'enfla si bien qu'elle creva.Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages : Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs, Tout petit prince a des ambassadeurs, Tout marquis veut avoir des pages. Enseignement : Lhomme sans cesse accablé du désir dimiter (mimèsis) FAIRE PREUVE DE COURAGE En raison de ce qui est difficile à atteindre (action pénible et soutenue) Le laboureur et ses enfants Travaillez, prenez de la peine : C'est le fonds qui manque le moins.Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine, Fit venir ses Enfants, leur parla sans témoins.« Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage Que nous ont laissé nos parents : Un trésor est caché dedans. Je ne sais pas l'endroit; mais un peu de courage Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout. Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oûtCreusez, fouillez, bêchez, ne laissez nulle placeOù la main ne passe et repasse. » Le Père mort, les Fils vous retournent le champ, Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'anII en rapporta davantage.D'argent, point de caché. Mais le Père fut sageDe leur montrer, avant sa mort,Que le travail est un trésor. Enseignement : Le trésor na rien à voir avec la mansuétude mais avec la poursuite dun effort FAIRE PREUVE DE DISCERNEMENT Orienter son action pour éviter les déconvenues La poule aux ufs dor L'avarice perd tout en voulant tout gagner. Je ne veux, pour le témoigner,Que celui dont la Poule, à ce que dit la fable, Pondait tous les jours un uf d'or. II crut que dans son corps elle avait un trésor : Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les ufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien. Belle leçon pour les gens chiches !Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus Qui du soir au matin sont pauvres devenus, Pour vouloir trop tôt être riches ! Enseignement : Si chaque jour la Fortune vous sourit, ne cherchez pas à quérir lorigine, elle pourrait brutalement vous manquer. FAIRE PREUVE DEFFICIENCE Orienter son action vers ce qui a une capacité de rendement Lenfant et le maître décole Dans ce récit je prétends faire voirD'un certain sot la remontrance vaine.Un jeune enfant dans l'eau se laissa choirEn badinant sur les bords de la Seine. Le ciel permit qu'un saule se trouva,Dont le branchage, après Dieu, le sauva.S'étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,Par cet endroit passe un maître d'école;L'enfant lui crie : « Au secours! je péris! » Le magister, se tournant à ses cris,D'un ton fort grave à contretemps s'aviseDe le tancer : « Ah ! le petit babouin !Voyez, dit-il, où l'a mis sa sottise!Et puis prenez de tels fripons le soin ! Que les parents sont malheureux, qu'il failleToujours veiller à semblable canaille!Qu'ils ont de maux! et que je plains leur sort! » Ayant tout dit, il mit l'enfant à bord. Je blâme ici plus de gens qu'on ne pense. Tout babillard, tout censeur, tout pédant,Se peut connaître au discours que j'avance.Chacun des trois fait un peuple fort grand :Le Créateur en a béni l'engeance.En toute affaire ils ne font que songer Au moyen d'exercer leur langue.Hé! mon ami, tire-moi de danger ; Tu feras, après, ta harangue. Enseignement : Action vaut beaucoup mieux que parole étendue ! FAIRE PREUVE DÉQUITÉ Orienter son action en conformité avec le droit naturel Le cheval et lâne En ce monde il se faut l'un l'autre secourir : Si ton voisin vient à mourir, C'est sur toi que le fardeau tombe.Un Âne accompagnait un Cheval peu courtois,Celui-ci ne portant que son simple harnois, Et le pauvre baudet si chargé qu'il succombe. Il pria le cheval de l'aider quelque peu; Autrement il mourrait devant qu'être à la ville.« La prière, dit-il, n'en est pas incivile : Moitié de ce fardeau ne vous sera que jeu. »Le cheval refusa, fît une pétarade ; Tant qu'il vit sous le faix mourir son camarade, Et reconnut qu'il avait tort. Du baudet en cette aventure On lui fit porter la voitureEt la peau par-dessus encor. Enseignement : Lindifférence, à prix fort, peut se répercuter FAIRE PREUVE DHUMANITÉ En raison de ce qui touche à la bienveillance envers ses semblables Le lion devenu vieux Le Lion, terreur des forêts, Chargé d'ans et pleurant son antique prouesse, Fut enfin attaqué par ses propres sujets,Devenus forts par sa faiblesse.Le Cheval s'approchant lui donne un coup de pied;Le Loup, un coup de dent ; le Buf, un coup de corne.Le malheureux Lion, languissant, triste et morne,Peut à peine rugir, par l'âge estropié.Il attend son destin sans faire aucunes plaintes ; Quand voyant l'Âne même à son antre accourir :« Ah! c'est trop, lui dit-il ; je voulais bien mourir ;Mais c'est mourir deux fois que souffrir tes atteintes. » Enseignement : La déchéance a ses limites ! FAIRE PREUVE DHUMILITÉ Ce qui convient à la faiblesse humaine, en labsence de tout orgueil Le lion et le rat Il faut, autant quon peut, obliger tout le monde :On a souvent besoin dun plus petit que soi.De cette vérité deux fables feront foi, Tant la chose en preuves abonde. Entre les pattes dun LionUn Rat sortit de terre assez à létourdie,Le roi des animaux, en cette occasion,Montra ce quil était et lui donna la vie.Ce bienfait ne fut pas perdu.Quelquun aurait-il jamais cruQuun Lion dun Rat eût affaire ?Cependant il advint quau sortir des forêtsCe lion fut pris dans des rets,Dont ses rugissements ne le purent défaire.Sire Rat accourut et fit tant par ses dentsQuune maille rongée emporta tout louvrage. Patience et longueur de tempsFont plus que force ni que rage. Enseignement : On a souvent besoin dun plus petit que soi ! FAIRE PREUVE DIMPARTIALITÉ Pour éviter le parti pris La besace Jupiter dit un jour : « Que tout, ce qui respireS'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur :Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, Il peut le déclarer sans peur ; Je mettrai remède à la chose.Venez, Singe; parlez le premier, et pour cause. Voyez ces animaux, faites comparaisonDe leurs beautés avec les vôtres. Êtes-vous satisfait? Moi, dit-il, pourquoi non? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché : Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché ; Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. » L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre. Tant s'en faut : de sa forme il se loua très fort, Glosa sur l'Éléphant, dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ; Que c'était une masse informe et sans beauté. L'Éléphant étant écouté, Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles : Il jugea qu'à son appétitDame Baleine était trop grosse. Dame Fourmi trouva le Ciron trop petit, Se croyant, pour elle, un colosse. Jupin les renvoya, s'étant censurés tous, Du reste contents d'eux. Mais parmi les plus fous Notre espèce excella : car tout ce que nous sommes, Lynx envers nos pareils, et taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes : On se voit d'un autre il qu'on ne voit son prochain. Le fabricateur souverainNous créa besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui : Il fit pour nos défauts la poche de derrière,Et celle de devant pour les défauts d'autrui. Enseignement : Une paille en notre il, une poutre en celui du voisin ! FAIRE PREUVE DE LOYAUTÉ En raison de ce qui touche à honneur Le renard et le bouc Capitaine Renard allait de compagnie Avec son ami Bouc des plus haut encornés ; Celui-ci ne voyait pas plus loin que son nez; L'autre était passé maître en fait de tromperie. La soif les obligea de descendre en un puits :Là, chacun d'eux se désaltère. Après qu'abondamment tous deux en eurent pris, Le Renard dit au Bouc : « Que ferons-nous, compère? Ce n'est pas tout de boire, il faut sortir d'ici. Lève tes pieds en haut, et tes cornes aussi ; Mets-les contre le mur : le long de ton échineJe grimperai premièrement ;Puis sur tes cornes m'élevant,A l'aide de cette machine,De ce lieu-ci je sortirai,Après quoi je t'en tirerai. Par ma barbe, dit l'autre, il est bon; et je loue Les gens bien sensés comme toi. Je n'aurais jamais, quant à moi, Trouvé ce secret, je l'avoue. »Le Renard sort du puits, laisse son compagnon Et vous lui fait un beau sermon Pour l'exhorter à patience. « Si le ciel t'eût, dit-il, donné par excellenceAutant de jugement que de barbe au menton, Tu n'aurais pas, à la légère, Descendu dans ce puits. Or adieu; j'en suis hors ; Tâche de t'en tirer, et fais tous tes efforts ;Car, pour moi, j'ai certaine affaire Qui ne me permet pas d'arrêter en chemin. »En toute chose il faut considérer la fin. Enseignement : La ruse à ce point est grandement dommageable ! FAIRE PREUVE DE MÉFIANCE Pour se prémunir des mauvaises intentions de quelquun Le corbeau et le renard Maître corbeau, sur son arbre perchéTenait en son bec un fromage. Maître renard, par lodeur alléché, Lui tint à peu près ce langage :« Hé bonjour, Monsieur du Corbeau,Que vous êtes joli ! Que vous me semblez beau !Vous êtes le phénix (le champion) des hôtes (habitants) de ces bois. »A ces mots, le corbeau ne se sent plus de joie ;Il ouvre un large bec, et laisse tomber sa proie.Le renard sen saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,« Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui lécoute.Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.»Le Corbeau, honteux et confus,Jura, mais un peu tard quon ne ly prendrait plus. Enseignement : Des cajoleurs, il faut sans cesse prendre garde ! FAIRE PREUVE DOBJECTIVITÉ Pour éviter de se fier aux apparences Lâne portant des reliques Un Baudet chargé de reliques S'imagina qu'on l'adorait : Dans ce penser il se carrait, Recevant comme siens l'encens et les cantiques. Quelqu'un vit l'erreur, et lui dit :« Maître Baudet, ôtez-vous de l'esprit Une vanité si folle. Ce n'est pas vous, c'est l'idoleA qui cet honneur se rend, Et que la gloire en est due. »D'un magistrat ignorantC'est la robe qu'on salue. Enseignement : Les gens ne peuvent être jugés sur la mine ! FAIRE PREUVE DE PERSPICACITÉ En vue dobtenir une perception aiguisée (nez fin, flair) Phébus et Borée Borée et le Soleil virent un Voyageur Qui s'était muni par bonheurContre le mauvais temps. On entrait dans l'automne, Quand la précaution aux voyageurs est bonne : II pleut ; le Soleil luit; et l'écharpe d'IrisRend ceux qui sortent avertis Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire : Les Latins les nommaient douteux, pour cette affaire. Notre homme s'était donc à la pluie attendu : Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte. « Celui-ci, dit le Vent, prétend avoir pourvu A tous les accidents ; mais il n'a pas prévuQue je saurai souffler de sorte Qu'il n'est bouton qui tienne : il faudra, si je veux, Que le manteau s'en aille au diable.L'ébattement [divertissement] pourrait nous en être agréable : Vous plaît-il de l'avoir ? Eh bien! gageons nous deux,Dit Phébus, sans tant de paroles,A qui plus tôt aura dégarni les épaulesDu Cavalier que nous voyons.Commencez : je vous laisse obscurcir mes rayons. » Il n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gageSe gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon,Fait un vacarme de démon, Siffle, souffle, tempête et brise en son passageMaint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau :Le tout au sujet d'un manteau. Le Cavalier eut soin d'empêcher que l'orageNe se pût engouffrer dedans ;Cela le préserva. Le Vent perdit son temps ;Plus il se tourmentait, plus l'autre tenait ferme :Il eut beau faire agir le collet et les plis.Sitôt qu'il fut au bout du terme Qu'à la gageure on avait mis, Le Soleil dissipe la nue,Récrée et puis pénètre enfin le Cavalier,Sous son balandras [gros manteau] fait qu'il sue, Le contraint de s'en dépouiller :Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance.Plus fait douceur que violence. Enseignement : Puissance insidieuse est plus à redouter que visible violence FAIRE PREUVE DE PRÉVOYANCE Orienter son action pour éviter le dénuement La cigale et la fourmi La cigale ayant chantéTout létéSe trouva fort dépourvueQuand la bise fut venue.Elle alla crier famine Chez la fourmi sa voisine, La priant de lui prêterQuelque grain pour subsisterJusquà la saison nouvelle.« Je vous paierai, lui dit-elle,Avant loût, foi danimal,Intérêt et principal. » La fourmi nest pas prêteuse :Cest là son moindre défaut.« Que faisiez-vous au temps chaud ?Dit-elle à son emprunteuse. Nuit et jour à tout venantJe chantais, ne vous déplaise. Vous chantiez ? Jen suis fort aise :Eh bien ! dansez maintenant ». Enseignement : Prévoir pour pourvoir ! FAIRE PREUVE DE PROBITÉ Orienter son action en raison de ce qui touche à la morale sociale Le renard ayant la queue coupée Un vieux Renard, mais des plus fins, Grand croqueur de poulets, grand preneur de lapins, Sentant son renard d'une lieue, Fut enfin au piège attrapé. Par grand hasard en étant échappé, Non pas franc, car pour gage il y laissa sa queue ; S'étant, dis-je, sauvé sans queue, et tout honteux, Pour avoir des pareils (comme il était habile), Un jour que les renards tenaient conseil entre eux : « Que faisons-nous, dit-il, de ce poids inutile, Et qui va balayant tous les sentiers fangeux? Que nous sert cette queue? Il faut qu'on se la coupe :Si l'on me croit, chacun s'y résoudra. Votre avis est fort bon, dit quelqu'un de la troupe; Mais tournez-vous, de grâce, et l'on vous répondra. »A ces mots il se fit une telle huée, Que le pauvre écourté ne put être entendu. Prétendre ôter la queue eût été temps perdu : La mode en fut continuée. Enseignement : Vouloir pour ses semblables le méfait qui vous tient, relève de lentrisme, ou pire encore, de la mutilation ! FAIRE PREUVE DE RÉALISME Orienter son action pour tenir compte de la réalité en général Le loup et lagneau La raison du plus fort est toujours la meilleure : Nous lallons montrer tout àl'heure.Un Agneau se désaltéraitDans le courant d'une onde pure ; Un Loup survient àjeun, qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. « Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?Dit cet animal plein de rage : Tu seras châtié de ta témérité. Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté Ne se mette pas en colère ; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courantPlus de vingt pas au-dessous d'Elle;Et que par conséquent, en aucune façon,Je ne puis troubler sa boisson. Tu la troubles, reprit cette bête cruelle ; Et je sais que de moi tu médis l'an passé. Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens ; Car vous ne m'épargnez guère,Vous, vos bergers et vos chiens.On me l'a dit : il faut que je me venge. » Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès. Enseignement : Lautorité contestée sera toujours à redouter ! FAIRE PREUVE DE RECTITUDE Pour se conformer à ce qui est droit, rigoureux (intellectuellement ou moralement) Le villageois et le serpent Ésope conte qu'un Manant,Charitable autant que peu sage,Un jour d'hiver se promenantA l'en tour de son héritage, Aperçut un Serpent sur la neige étendu, Transi, gelé, perclus, immobile rendu,N'ayant pas à vivre un quart d'heure. Le villageois le prend, l'emporte en sa demeure, Et, sans considérer quel sera le loyerD'une action de ce mérite,Il l'étend le long du foyer,Le réchauffe, le ressuscite. L'animal engourdi sent à peine le chaud, Que l'âme lui revient avecque la colère. II lève un peu la tête, et puis siffle aussitôt; Puis fait un long repli, puis tâche à faire un saut Contre son bienfaiteur, son sauveur et son père.« Ingrat, dit le Manant, voilà donc mon salaire !Tu mourras ! » A ces mots, plein d'un juste courroux, II vous prend sa cognée, il vous tranche la bête; Il fait trois serpents de deux coups, Un tronçon, la queue et la tête.L'insecte [animal qui vit après avoir été coupé], sautillant, cherche à se réunir ; Mais il ne put y parvenir.II est bon d'être charitable :Mais envers qui ? c'est là le point.Quant aux ingrats, il n'en est point Qui ne meure enfin misérable. Enseignement : Il nest pas rare quun malvenu contre son bienfaiteur se retourne ! FAIRE PREUVE DE SAGESSE Manifestation dun calme supérieur joint aux connaissances Lalouette et ses petits avec le maître des champs Ne t'attends qu'à toi seul; c'est un commun proverbe. Voici comme Ésope le mit En crédit :Les alouettes font leur nid Dans les blés, quand ils sont en herbe,C'est-à-dire environ le temps Que tout aime et que tout pullule dans le monde,Monstres marins au fond de l'onde, Tigres dans les forêts, alouettes aux champs. Une pourtant de ces dernièresAvait laissé passer la moitié d'un printemps Sans goûter le plaisir des amours printanières. A toute force enfin elle se résolut D'imiter la nature et d'être mère encore. Elle bâtit un nid, pond, couve et fait éclore A la hâte : le tout alla du mieux qu'il put. Les blés d'alentour mûrs avant que la nitéeSe trouvât assez forte encorPour voler et prendre l'essor, De mille soins divers l'Alouette agitée S'en va chercher pâture, avertit ses enfants D'être toujours au guet et faire sentinelle.« Si le possesseur de ces champs Vient avecque son fils, comme il viendra, dit-elle,Écoutez bien : selon ce qu'il dira Chacun de nous décampera. » Sitôt que l'Alouette eut quitté sa famille, Le possesseur du champ vient avecque son fils. « Ces blés sont mûrs, dit-il : allez chez nos amis Les prier que chacun, apportant sa faucille, Nous vienne aider demain dès la pointe du jour. » Notre Alouette de retour Trouve en alarme sa couvée. L'un commence : « Il a dit que, l'aurore levée, L'on fît venir demain ses amis pour l'aider. S'il n'a dit que cela, repartit l'Alouette, Rien ne nous presse encor de changer de retraite ; Mais c'est demain qu'il faut tout de bon écouter. Cependant soyez gais ; voilà de quoi manger. » Eux repus, tout s'endort, les petits et la mère. L'aube du jour arrive, et d'amis point du tout. L'Alouette à l'essor, le maître s'en vient faireSa ronde ainsi qu'à l'ordinaire. « Ces blés ne devraient pas, dit-il, être debout. Nos amis ont grand tort, et tort qui se repose Sur de tels paresseux, à servir ainsi lents.Mon fils, allez chez nos parents Les prier de la même chose. » L'épouvante est au nid plus forte que jamais. « Il a dit ses parents, mère ! c'est à cette heure... Non, mes enfants ; dormez en paix : Ne bougeons de notre demeure. »L'Alouette eut raison ; car personne ne vint.Pour la troisième fois, le maître se souvint De visiter ses blés. « Notre erreur est extrême,Dit-il, de nous attendre à d'autres gens que nous.Il n'est meilleur ami ni parent que soi-même.Retenez bien cela, mon fils. Et savez-vous Ce quil faut faire ? Il faut quavec notre familleNous prenions dès demain chacun une faucille :Cest là notre plus court, et nous achèverons Notre moisson quand nous pourrons. »Dès lors que ce dessein fut su de l'Alouette :« C'est ce coup qu'il est bon de partir, mes enfants ! » Et les petits, en même temps,Voletants, se culebutants, Délogèrent tous sans trompette. Enseignement : La mère pour les siens agit en connaissance de cause ! FAIRE PREUVE DE SÉLECTIVITÉ Pour éviter de commettre des erreurs, des impairs dommageables Le loup et le chien Un Loup n'avait que les os et la peau, Tant les chiens faisaient bonne garde. Ce Loup rencontre un Dogue aussi puissant que beau,Gras, poli, qui s'était fourvoyé par mégarde. L'attaquer, le mettre en quartiers,Sire Loup l'eût fait volontiers ; Mais il fallait livrer bataille ; Et le mâtin était de taille A se défendre hardiment. Le Loup donc l'aborde humblement,Entre en propos, et lui fait compliment Sur son embonpoint, qu'il admire. « Il ne tiendra qu'à vous, beau sire, D'être aussi gras que moi, lui repartit le Chien. Quittez les bois, vous ferez bien :Vos pareils y sont misérables, Cancres, hères et pauvres diables Dont la condition est de mourir de faim. Car, quoi? rien d'assuré, point de franche lippée,Tout à la pointe de l'épée.Suivez-moi, vous aurez un bien meilleur destin. »Le Loup reprit : « Que me faudra-t-il faire ? Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens Portants bâtons et mendiants ; Flatter ceux du logis, à son maître complaire : Moyennant quoi votre salaire Sera force reliefs de toutes les façons, Os de poulets, os de pigeons ; Sans parler de mainte caresse. » Le Loup déjà se forge une félicitéQui le fait pleurer de tendresse. Chemin faisant, il vit le cou du Chien pelé.« Qu'est-ce là ? lui dit-il. Rien. Quoi ? Rien ? Peu de chose. Mais encor ? Le collier dont je suis attaché De ce que vous voyez est peut-être la cause. Attaché ! dit le Loup : vous ne courez donc pasOù vous voulez ? Pas toujours : mais qu'importe ? Il importe si bien que de tous vos repasJe ne veux en aucune sorte,Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor. » Cela dit, maître Loup s'enfuit, et court encor. Enseignement : La liberté est sans prix ! FAIRE PREUVE DE SINCÉRITÉ Selon ce qui touche à la vérité Le loup devenu berger Un Loup, qui commençait d'avoir petite part Aux brebis de son voisinage,Crut qu'il fallait s'aider de la peau du renardEt faire un nouveau personnage. II s'habille en berger, endosse un hoqueton [casaque courte, sans manches], Fait sa houlette d'un bâton,Sans oublier la cornemuse. Pour pousser jusqu'au bout la ruse, Il aurait volontiers écrit sur son chapeau : « C'est moi qui suis Guillot, berger de ce troupeau. » Sa personne étant ainsi faite, Et ses pieds de devant posés sur sa houlette, Guillot le sycophante [le trompeur] approche doucement. Guillot, le vrai Guillot, étendu sur l'herbette, Dormait alors profondément ;Son chien dormait aussi, comme aussi sa musette.La plupart des brebis dormaient pareillement.L'hypocrite les laissa faire; Et pour pouvoir mener vers son fort [son repaire] les brebis, II voulut ajouter la parole aux habits, Chose qu'il croyait nécessaire. Mais cela gâta son affaire : Il ne put du pasteur contrefaire la voix. Le ton dont il parla fit retentir les bois Et découvrit tout le mystère.Chacun se réveille à ce son, Les brebis, le chien, le garçon. Le pauvre Loup, dans cet esclandreEmpêché par son hoqueton, Ne put ni fuir ni se défendre. Toujours par quelque endroit fourbes se laissent prendre. Quiconque est loup agisse en loup ; C'est le plus certain de beaucoup. Enseignement : Lhomme en sa vraie nature ne se peut travestir ! FAIRE PREUVE DE TEMPÉRANCE Pour tout ce qui relève de la modération Contre ceux qui ont le goût trop difficile Quand j'aurais en naissant reçu de Calliope Les dons qu'à ses amants cette Muse a promis, Je les consacrerais aux mensonges d'Ésope : Le mensonge et les vers de tout temps sont amis.Mais je ne me crois pas si chéri du ParnasseQue de savoir orner toutes ces fictions. On peut donner du lustre à leurs inventions : On le peut, je l'essaie ; un plus savant le fasse. Cependant jusqu'ici d'un langage nouveauJ'ai fait parler le Loup et répondre l'Agneau. J'ai passé plus avant ; les arbres et les plantes Sont devenus chez moi créatures parlantes. Qui ne prendrait ceci pour un enchantement? « Vraiment, me diront nos critiques Vous parlez magnifiquementDe cinq ou six contes d'enfant. Censeurs, en voulez-vous qui soient plus authentiquesEt d'un style plus haut? En voici. Les Troyens,Après dix ans de guerre autour de leurs murailles, Avaient lassé les Grecs, qui, par mille moyens, Par mille assauts, par cent batailles, N'avaient pu mettre à bout cette fière cité, Quand un cheval de bois, par Minerve inventé, D'un rare et nouvel artifice,Dans ses énormes flancs reçut le sage Ulysse, Le vaillant Diomède, Ajax l'impétueux,Que ce colosse monstrueux Avec leurs escadrons devait porter dans Troie, Livrant à leur fureur ses dieux mêmes en proie : Stratagème inouï, qui des fabricateursPaya la constance et la peine... C'est assez, me dira quelqu'un de nos auteurs : La période est longue, il faut reprendre haleine ;Et puis, votre cheval de bois, Vos héros avec leurs phalanges,Ce sont des contes plus étranges Qu'un renard qui cajole un corbeau sur sa voix.De plus, il vous sied mal d'écrire en si haut style. » Eh bien! baissons d'un ton. La jalouse AmarylleSongeait à son Alcippe et croyait de ses soinsN'avoir que ses moutons et son chien pour témoins. Tircis, qui l'aperçut, se glisse entre des saules ; Il entend la bergère adressant ces parolesAu doux Zéphyr, et le priant De les porter à son amant...« Je vous arrête à cette rime,Dira mon censeur à l'instant;Je ne la tiens pas légitime,Ni d'une assez grande vertu : Remettez, pour le mieux, ces deux vers à la fonte. »Maudit censeur ! te tairas-tu?Ne saurais-je achever mon conte?C'est un dessein très dangereuxQue d'entreprendre de te plaire.Les délicats sont malheureux :Rien ne saurait les satisfaire.Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre : Ma foi! vous n'aurez pas le nôtre. »Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.Je me sers de la véritéPour montrer, par expérience,Qu'un sou, quand il est assuré, Vaut mieux que cinq en espérance ;Qu'il se faut contenter de sa condition ; Qu'aux conseils de la mer et de l'ambitionNous devons fermer les oreilles. Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront. La mer promet monts et merveilles :Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront. Enseignement : Malheur aux délicats toujours trop demandeurs ! FAIRE PREUVE DE VIGILANCE Pour éviter des erreurs, dommages ou malheurs grâce à une attention soutenue Le lion et le moucheron « Va-t'en, chétif insecte, excrément de la terre! »C'est en ces mots que le LionParlait un jour au Moucheron.L'autre lui déclara la guerre. « Penses-tu, lui dit-il, que ton titre de roiMe fasse peur ni me soucie?Un buf est plus puissant que toi ;Je le mène à ma fantaisie. »A peine il achevait ces mots Que, lui-même, il sonna la charge,Fut le trompette et le héros.Dans l'abord il se met au large ;Puis prend son temps, fond sur le couDu lion, qu'il rend presque fou. Le quadrupède écume, et son il étincelle ; Il rugit; on se cache, on tremble à l'environ :Et cette alarme universelleEst l'ouvrage d'un moucheron. Un avorton de mouche en cent lieux le harcelle, Tantôt pique l'échine, et tantôt le museau,Tantôt entre au fond du naseau. La rage alors se trouve à son faîte montée. L'invisible ennemi triomphe, et rit de voir Qu'il n'est griffe ni dent en la bête irritée Qui de la mettre en sang ne fasse son devoir. Le malheureux Lion se déchire lui-même, Fait résonner sa queue à l'entour de ses flancs, Bat l'air, qui n'en peut mais ; et sa fureur extrême Le fatigue, l'abat : le voilà sur les dents.L'insecte du combat se retire avec gloire : Comme il sonna la charge, il sonne la victoire, Va partout l'annoncer, et rencontre en cheminL'embuscade d'une araignée ;Il y rencontre aussi sa fin. Quelle chose par là nous peut être enseignée? J'en vois deux, dont l'une est qu'entre nos ennemis Les plus à craindre sont souvent les plus petits ; L'autre, qu'aux grands périls tel a pu se soustraire Qui périt pour la moindre affaire. Enseignement : Après sêtre fait justice, la perte vint dun autre que lon nattendait plus ! II/ SECOND RECUEIL PagesTitres des fablesRecommandations 46Les femmes et le secret Circonspection48Le rat et lhuître Clairvoyance30La laitière et le pot au lait Discernement101Le songe dun habitant du MogolEfficience109Les souris et le chat-huantEquité18Les animaux malades de la pesteHumanité28Le coche et la mouche Humilité26La cour du lionImpartialité55Les obsèques de la lionneLoyauté68Lhuître et les plaideursMéfiance89Lesdeuxaventuriers et le talismanPerspicacité23Le rat qui sest retiré du mondeProbité66Le gland et la citrouilleRéalisme50Lours et lamateur des jardins Sélectivité119Le juge arbitre, lhospitalier et le solitaire Sincérité25Le héronTempérance84La tortue et les deux canardsVigilance FAIRE PREUVE DE CIRCONSPECTION Surveillance prudente exercée sur ses paroles pour éviter des erreurs ou des dommages Les femmes et le secret Rien ne pèse tant qu'un secret :Le porter loin est difficile aux dames ;Et je sais même sur ce faitBon nombre d'hommes qui sont femmes.Pour éprouver la sienne un mari s'écria, La nuit, étant près d'elle : « O Dieux ! qu'est-ce cela?Je n'en puis plus! on me déchire! Quoi? j'accouche d'un uf! D'un uf? Oui, le voilà,Frais et nouveau pondu. Gardez bien de le dire : On m'appellerait poule; enfin n'en parlez pas. » La femme, neuve sur ce cas, Ainsi que sur mainte autre affaire, Crut la chose, et promit ses grands dieux de se taire. Mais ce serment s'évanouit Avec les ombres de la nuit.L'épouse, indiscrète et peu fine, Sort du lit quand le jour fut à peine levé;Et de courir chez sa voisine. « Ma commère, dit-elle, un cas est arrivé; N'en dites rien surtout, car vous me feriez battre : Mon mari vient de pondre un uf gros comme quatre.Au nom de Dieu, gardez-vous bien D'aller publier ce mystère. Vous moquez-vous? dit l'autre : ah! vous ne savez guère Quelle je suis. Allez, ne craignez rien. »La femme du pondeur s'en retourne chez elle. L'autre grille déjà de conter la nouvelle; Elle va la répandre en plus de dix endroits;Au lieu d'un uf, elle en dit trois. Ce n'est pas encor tout; car une autre commère En dit quatre, et raconte à l'oreille le fait : Précaution peu nécessaire, Car ce n'était plus un secret. Comme le nombre d'ufs, grâce à la renommée, De bouche en bouche allait croissant,Avant la fin de la journée Ils se montaient à plus d'un cent. Enseignement : Le secret senrichit à merveille, mais tant par femme il se répand quil en devient inquiétant ! FAIRE PREUVE DE CLAIRVOYANCE Pour tenir compte de sa propre réalité Le rat et lhuître Un Rat, hôte d'un champ, rat de peu de cervelle,Des lares (dieux domestiques, puis le foyer lui-même) paternels un jour se trouva sou,Il laisse là le champ, le grain et la javelle,Va courir le pays, abandonne son trou. Sitôt qu'il fut hors de la case :« Que le monde, dit-il, est grand et spacieux !Voilà les Apennins, et voici le Caucase. »La moindre taupinée était mont à ses yeux.Au bout de quelques jours, le voyageur arrive En un certain canton où Téthys (déesse de la mer puis la mer elle-même) sur la riveAvait laissé mainte huître; et notre Rat d'abordCrut voir, en les voyant, des vaisseaux de haut bord.« Certes, dit-il, mon père était un pauvre sire :Il n'osait voyager, craintif au dernier point. Pour moi, j'ai déjà vu le maritime empire;J'ai passé les déserts, mais nous n'y bûmes point. »D'un certain magisterle Rat tenait ces choses, Et les disait à travers champs,N'étant point de ces rats qui, les livres rongeants, Se font savants jusques aux dents. Parmi tant d'huîtres toutes closes Une s'était ouverte; et, bâillant au soleil,Par un doux zéphir réjouie, Humait l'air, respirait, était épanouie,Blanche, grasse, et d'un goût, à la voir, nompareil.D'aussi loin que le Rat voit cette Huître qui bâille : « Qu'aperçois-je? dit-il; c'est quelque victuaille Et, si je ne me trompe à la couleur du mets, Je dois faire aujourd'hui bonne chère, ou jamais. »Là-dessus, maître Rat, plein de belle espérance, Approche de l'écaillé, allonge un peu le cou, Se sent pris comme aux lacs (nud coulant); car l'Huître tout d'un coup Se referme : et voilà ce que fait l'ignorance.Cette fable contient plus d'un enseignement : Nous y voyons premièrementQue ceux qui n'ont du monde aucune expérience Sont, aux moindres objets, frappés d'étonnement; Et puis nous y pouvons apprendre Que tel est pris qui croyait prendre. Enseignement : Pour les chercheurs de victuailles, les pièges sont nombreux surtout si la connaissance leur a jusqualors échappé ! FAIRE PREUVE DE DISCERNEMENT Orienter son action pour éviter les déconvenues La laitière et le pot au lait Perrette, sur sa tête ayant un Pot au laitBien posé sur un coussinet, Prétendait arriver sans encombre à la ville. Légère et court vêtue, elle allait à grands pas, Ayant mis, ce jour-là, pour être plus agile,Cotillon simple et souliers plats. Notre laitière ainsi trousséeComptait déjà dans sa pensée Tout le prix de son lait, en employait l'argent; Achetait un cent d'ufs, faisait triple couvée : La chose allait à bien par son soin diligent.« Il m'est, disait-elle, facile D'élever des poulets autour de ma maison;Le renard sera bien habile S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon. Le porc à s'engraisser coûtera peu de son; Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable : J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon. Et qui m'empêchera de mettre en notre étable, Vu le prix dont il est, une vache et son veau, Que je verrai sauter au milieu du troupeau ? » Perrette là-dessus saute aussi, transportée : Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée. La dame de ces biens, quittant d'un il marriSa fortune ainsi répandue,Va s'excuser à son mari,En grand danger d'être battue.Le récit en farce en fut fait;On l'appela le Pot au lait. Quel esprit ne bat la campagne ?Qui ne fait châteaux en Espagne ? Picrochole (héros conquérant de Rabelais), Pyrrhus (roi dEpire), la Laitière, enfin tous,Autant les sages que les fous.Chacun songe en veillant, il n'est rien de plus doux : Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes;Tout le bien du monde est à nous, Tous les honneurs, toutes les femmes.Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi;Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi (roi de Perse) ; On m'élit roi, mon peuple m'aime;Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même, Je suis gros Jean comme devant (auparavant). Enseignement : Sa tâche nétant pas menée à bien, bâtir châteaux en Espagne, cest espérer en vain ! FAIRE PREUVE DEFFICIENCE Orienter son action vers ce qui a une capacité de rendement Le songe dun habitant du Mogol Jadis certain Mogol vit en songe un VizirAux champs Élysiens (séjour des bienheureux) possesseur d'un plaisirAussi pur qu'infini tant en prix qu'en durée :Le même songeur vit en une autre contrée Un Ermite entouré de feux,Qui touchait de pitié même les malheureux.Le cas parut étrange, et contre l'ordinaire :Minos en ces deux morts semblait s'être mépris.Le dormeur s'éveilla, tant il en fut surpris. Dans ce songe pourtant soupçonnant du mystère, Il se fit expliquer l'affaire.L'interprète lui dit : « Ne vous étonnez point;Votre songe a du sens ; et, si j'ai sur ce point Acquis tant soit peu d'habitude, C'est un avis des Dieux. Pendant l'humain séjour,Ce vizir quelquefois cherchait la solitude;Cet Ermite aux Vizirs allait faire sa cour. »Si j'osais ajouter au mot de l'interprète, J'inspirerais ici l'amour de la retraite :Elle offre à ses amants des biens sans embarras, Biens purs, présents du Ciel, qui naissent sous les pas. Solitude, où je trouve une douceur secrète, Lieux que j'aimai toujours, ne pourrai-je jamais, Loin du monde et du bruit, goûter l'ombre et le frais?Oh! qui m'arrêtera sous vos sombres asiles?Quand pourront les neuf Surs (les Muses), loin des cours et des villes, M'occuper tout entier et m'apprendre des cieux Les divers mouvements inconnus à nos yeux, Les noms et les vertus de ces clartés errantesPar qui sont nos destins et nos murs différentes ! Que si je ne suis né pour de si grands projets, Du moins que les ruisseaux m'offrent de doux objets ! Que je peigne en mes vers quelque rive fleurie ! La Parque à filets d'or n'ourdira (ne disposera) point ma vie,Je ne dormirai point sous de riches lambris : Mais voit-on que le somme en perde de son prix? En est-il moins profond et moins plein de délices? Je lui voue au désert de nouveaux sacrifices. Quand le moment viendra d'aller trouver les morts,J'aurai vécu sans soins et mourrai sans remords. Enseignement : La béatitude nexiste pas quen songe si, du monde,onrenonceàses conventions superflues ! FAIRE PREUVE DÉQUITÉ Orienter son action en conformité avec le droit naturel Les souris et le chat-huant Il ne faut jamais dire aux gens : « Ecoutez un bon mot, oyez une merveille. »Savez-vous si les écoutants En feront une estime à la vôtre pareille ? Voici pourtant un cas qui peut être excepté : Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable Il a l'air et les traits, encor que véritable.On abattit un pin pour son antiquité,Vieux palais d'un Hibou, triste et sombre retraite De l'oiseau qu'Atropos (lune des Parques) prend pour son interprète.Dans son tronc caverneux, et miné par le temps, Logeaient, entre autres habitants,Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse.L'oiseau les nourrissait parmi des tas de blé, Et de son bec avait leur troupeau mutilé;Cet oiseau raisonnait : il faut qu'on le confesse.En son temps, aux Souris, le compagnon chassa.Les premières qu'il prit du logis échappées,Pour y remédier, le drôle estropiaTout ce qu'il prit ensuite; et leurs jambes coupées Firent qu'il les mangeait à sa commodité,Aujourd'hui l'une, et demain l'autre. Tout manger à la fois, l'impossibilité S'y trouvait, joint aussi le soin de sa santé. Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre : Elle allait jusqu'à leur porter Vivres et grains pour subsister. Puis, qu'un Cartésien s'obstine A traiter ce hibou de montre et de machine ! Quel ressort lui pouvait donnerLe conseil de tronquer un peuple mis en mue ? Si ce n'est pas là raisonner, La raison m'est chose inconnue. Voyez que d'arguments il fit : « Quand ce peuple est pris, il s'enfuit;Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe. Tout, il est impossible. Et puis, pour le besoin N'en dois-je pas garder? Donc il faut avoir soin De le nourrir sans qu'il échappe. Mais comment? Otons-lui les pieds. » Or trouvez-moi Chose par les humains à sa fin mieux conduite. Quel autre art de penser Aristote et sa suite Enseignent-ils, par votre foi ? Ceci n'est point une fable ; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée. J'ai peut-être porté trop loin la prévoyance de ce hibou ; car je ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès de raisonnement tel que celui-ci; mais ces exagérations sont permises à la poésie, surtout dans la manière d'écrire dont je me sers. Enseignement : On se trompe dincongruité en abattant loccupé faute davoir pris le soin de faire évoluer loccupant ! FAIRE PREUVE DHUMANITÉ En raison de ce qui touche à la bienveillance envers ses semblables Les animaux malades de la peste Un mal qui répand la terreur,Mal que le Ciel en sa fureur Inventa pour punir les crimes de la terre, La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom), Capable d'enrichir en un jour l'Achéron (fleuve des enfers, puis les enfers eux-mêmes),Faisait aux Animaux la guerre. Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :On n'en voyait point d'occupés A chercher le soutien d'une mourante vie; Nul mets n'excitait leur envie;Ni loups ni renards n'épiaientLa douce et l'innocente proie;Les tourterelles se fuyaient :Plus d'amour, partant plus de joie. Le Lion tint conseil, et dit : « Mes chers amis,Je crois que le Ciel a permisPour nos péchés cette infortune.Que le plus coupable de nous Se sacrifie aux traits du céleste courroux ; Peut-être il obtiendra la guérison commune. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents,On fait de pareils dévouements. Ne nous flattonsdonc point; voyons sans indulgence L'état de notre conscience. Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons, J'ai dévoré force moutons. Que m'avaient-ils fait? Nulle offense; Même il m'est arrivé quelquefois de mangerLe berger.Je me dévouerai donc, s'il le faut : mais je pense Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi : Car on doit souhaiter, selon toute justice,Que le plus coupable périsse. Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon roi ; Vos scrupules font voir trop de délicatesse.Eh bien ! manger moutons, canaillesotte espèce, Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes, Seigneur, En les croquant, beaucoup d'honneur; Et quant au berger, l'on peut dire Qu'il était digne de tous maux.Étant de ces gens-là qui sur les animauxSe font un chimérique empire. » Ainsi dit le Renard; et flatteurs d'applaudir. On n'osa trop approfondir Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances, Les moins pardonnables offenses. Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,Au dire de chacun, étaient de petits saints. L'Ane vint à son tour, et dit : « J'ai souvenanceQu'en un pré de moines passant,La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et, je pense, Quelque diable aussi me poussant,Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.Je n'en avais nul droit puisqu'il faut parler net. »A ces mots, on cria haro sur le Baudet.Un Loup, quelque peu clerc, prouva par sa harangueQu'il fallait dévouer (immoler) ce maudit animal,Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.Sa peccadille fut jugée un cas pendable. Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable ! Rien que la mort n'était capableD'expier son forfait : on le lui fit bien voir.Selon que vous serez puissant ou misérable,Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. Enseignement : Destinés à tous périr, du plus puissant au plus décrié, les obligés, de leur délit savent se défausser, pour quà la fin, sur le dernier, la culpabilité repose ! FAIRE PREUVE DHUMILITÉ Ce qui convient à la faiblesse humaine, en labsence de tout orgueil Le coche et la mouche Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé, Et de tous les côtés au soleil exposé,Six forts chevaux tiraient un Coche.Femmes, moine, vieillards, tout était descendu ; L'attelage suait, soufflait, était rendu. Une Mouche survient, et des chevaux s'approche, Prétend les animer par son bourdonnement, Pique l'un, pique l'autre, et pense à tout moment Qu'elle fait aller la machine, S'assied sur le timon, sur le nez du cocher. Aussitôt que le char chemine, Et qu'elle voit les gens marcher, Elle s'en attribue uniquement la gloire, Va, vient, fait l'empressée : il semble que ce soit Un sergent de bataille allant en chaque endroit Faire avancer ses gens et hâter la victoire.La Mouche, en ce commun besoin, Se plaint qu'elle agit seule, et qu'elle a tout le soin; Qu'aucun n'aide aux chevaux à se tirer d'affaire. Le moine disait son bréviaire :Il prenait bien son temps ! Une femme chantait : C'était bien de chansons qu'alors il s'agissait! Dame Mouche s'en va chanter à leurs oreilles, Et fait cent sottises pareilles. Après bien du travail, le Coche arrive au haut : « Respirons maintenant ! dit la Mouche aussitôt :J'ai tant fait que nos gens sont enfin dans la plaine.Çà, Messieurs les Chevaux, payez-moi de ma peine. » Ainsi certaines gens, faisant les empressés, S'introduisent dans les affaires :Ils font partout les nécessaires, Et, partout importuns, devraient être chassés. Enseignement : Quand chacun vaque à remplir sa tâche, la vantardise nest pas de mise ! FAIRE PREUVE DIMPARTIALITÉ Pour éviter le parti pris La cour du lion Sa Majesté lionne un jour voulut connaître De quelles nations le Ciel l'avait fait maître. Il manda donc par députés Ses vassaux de toute nature,Envoyant de tous les côtésUne circulaire écriture Avec son sceau. L'écrit portait Qu'un mois durant le Roi tiendrait Cour plénière, dont l'ouverture Devait être un fort grand festin,Suivi des tours de Fagotin (singe savant). Par ce trait de magnificence Le Prince à ses sujets étalait sa puissance. En son Louvre il les invita. Quel Louvre! un vrai charnier, dont l'odeur se porta D'abord aux nez des gens. L'Ours boucha sa narine : Il se fût bien passé de faire cette mine; Sa grimace déplut : le Monarque irrité L'envoya chez Pluton (dieu des enfers) faire le dégoûté. Le Singe approuva fort cette sévérité, Et flatteur excessif, il loua la colèreEt la griffe du Prince, et l'antre, et cette odeur :Il n'était ambre, il n'était fleur Qui ne fût ail au prix. Sa sotte flatterie Eut un mauvais succès, et fut encor punie : Ce Monseigneur du Lion-là Fut parent de Caligula (empereur romain persécuteur). Le Renard étant proche : « Or çà, lui dit le Sire, Que sens-tu? dis-le-moi : parle sans déguiser. » L'autre aussitôt de s'excuser,Alléguant un grand rhume : il ne pouvait que dire Sans odorat. Bref, il s'en tire. Ceci vous sert d'enseignement : Ne soyez à la cour, si vous voulez y plaire, Ni fade adulateur, ni parleur trop sincère, Et tâchez quelquefois de répondre en Normand. Enseignement : Dans la sphère du pouvoir, le langage insipide est plus prisé que les accents trop appuyés des gens sincères et des flatteurs itou ! FAIRE PREUVE DE LOYAUTÉ En raison de ce qui touche à honneur Les obsèques de la lionne La femme du Lion mourut; Aussitôt chacun accourut Pour s'acquitter envers le Prince De certains compliments de consolation, Qui sont surcroît d'affliction.Il fit avertir sa ProvinceQue les obsèques se feraient Un tel jour, en tel lieu; ses Prévôts (officiers de cérémonie) y seraientPour régler la cérémonie, Et pour placer la compagnie.Jugez si chacun s'y trouva.Le Prince aux cris s'abandonna,Et tout son antre en résonna :Les Lions n'ont point d'autre temple. On entendit, à son exemple,Rugir en leur patois Messieurs les Courtisans. Je définis la cour un pays où les gens, Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents, Sont ce qu'il plaît au Prince, ou, s'ils ne peuvent l'être, Tâchent au moins de le paraître :Peuple caméléon, peuple singe du maître ; On dirait qu'un esprit anime mille corps : C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.Pour revenir à notre affaire, Le Cerf ne pleura point. Comment eût-il pu faire? Cette mort le vengeait : la Reine avait jadisÉtranglé sa femme et son fils. Bref, il ne pleura point. Un flatteur l'alla dire,Et soutint qu'il l'avait vu rire. La colère du Roi, comme dit Salomon, Est terrible, et surtout celle du roi Lion ; Mais ce Cerf n'avait pas accoutumé de lire. Le Monarque lui dit : « Chétif hôte des bois,Tu ris, tu ne suis pas ses gémissantes voix. Nous n'appliquerons point sur tes membres profanes Nos sacrés ongles : venez, Loups, Vengez la Reine; immolez tous Ce traître à ses augustes mânes. » Le Cerf reprit alors : « Sire, le temps de pleursEst passé; la douleur est ici superflue. Votre digne moitié, couchée entre des fleurs, Tout près d'ici m'est apparue; Et je l'ai d'abord reconnue. « Ami, m'a-t-elle dit, garde que ce convoi, « Quand je vais chez les Dieux, ne t'oblige à des larmes. « Aux Champs Élysiens j'ai goûté mille charmes, « Conversant avec ceux qui sont saints comme moi. « Laisse agir quelque temps le désespoir du Roi : « J'y prends plaisir. » A peine on eut ouï la chose, Qu'on se mit à crier : « Miracle! Apothéose ! » Le Cerf eut un présent, bien loin d'être puni. Amusez les Rois par des songes, Flattez-les, payez-les d'agréables mensonges : Quelque indignation dont leur cur soit rempli, Ils goberont l'appât; vous serez leur ami. Enseignement : À irrémissible dérobade, la vie vous sera sauve, si honorable est votre excuse ! FAIRE PREUVE DE MÉFIANCE Pour se prémunir des mauvaises intentions de quelquun Lhuitre et les plaideurs Un jour deux Pèlerins sur le sable rencontrentUne Huître, que le flot y venait d'apporter :Ils l'avalent des yeux, du doigt ils se la montrent;A l'égard de la dent il fallut contester. L'un se baissait déjà pour amasser la proie;L'autre le pousse, et dit : « Il est bon de savoir Qui de nous en aura la joie.Celui qui le premier a pu l'apercevoirEn sera le gobeur; l'autre le verra faire. Si par là l'on juge l'affaire,Reprit son compagnon, j'ai l'il bon, Dieu merci. Je ne l'ai pas mauvais aussi,Dit l'autre; et je l'ai vue avant vous, sur ma vie. Eh bien! vous l'avez vue; et moi je l'ai sentie. » Pendant tout ce bel incident,Perrin Dandin (personnage de Rabelais) arrive : ils le prennent pour juge. Perrin, fort gravement, ouvre l'Huître, et la gruge (brise avec les dents),Nos deux Messieurs le regardant. Ce repas fait, il dit, d'un ton de président : « Tenez, la cour vous donne à chacun une écailleSans dépens (sans frais) ; et qu'en paix chacun chez soi s'en aille. » Mettez ce qu'il en coûte à plaider aujourd'hui; Comptez ce qu'il en reste à beaucoup de familles, Vous verrez que Perrin tire l'argent à lui, Et ne laisse aux plaideurs que le sac et les quilles. Enseignement : Le différent qui nait dune même convoitise risque de faire chou blanc si le juge y a prise ! FAIRE PREUVE DE PERSPICACITÉ En vue dobtenir une perception aiguisée (nez fin, flair) Les deux aventuriers et le talisman Aucun chemin de rieurs ne conduit à la gloire.Je n'en veux pour témoin qu'Hercule et ses travaux :Ce dieu n'a guère de rivaux; J'en vois peu dans la Fable, encor moins dans l'Histoire. En voici pourtant un, que de vieux talismans (inscriptions au pouvoir magique) Firent chercher fortune au pays des romans.Il voyageait de compagnie. Son camarade et lui trouvèrent un poteauAyant au haut cet écriteau : « Seigneur aventurier, s'il te prend quelque envie « De voir ce que n'a vu nul chevalier errant,« Tu n'as qu'à passer ce torrent; « Puis, prenant dans tes bras un éléphant de pierre« Que tu verras couché par terre, « Le porter, d'une haleine, au sommet de ce mont « Qui menace les cieux de son superbe front. » L'un des deux chevaliers saigna du nez « Si l'onde Est rapide autant que profonde, Dit-il, et supposé qu'on la puisse passer, Pourquoi de l'éléphant aller s'embarrasser ?Quelle ridicule entreprise !Le sage l'aura fait par tel art et de guiseQu'on le pourra porter peut-être quatre pas : Mais jusqu'au haut du mont! d'une haleine! il n'est pasAu pouvoir d'un mortel; à moins que la figureNe soit d'un éléphant nain, pygmée, avorton, Propre à mettre au bout d'un bâton :Auquel cas, où l'honneur d'une telle aventure?On nous veut attraper dedans cette écriture; Ce sera quelque énigme à tromper un enfant :C'est pourquoi je vous laisse avec votre éléphant. »Le raisonneur parti, l'aventureux se lance, Les yeux clos, à travers cette eau. Ni profondeur ni violence Ne purent l'arrêter; et, selon l'écriteau,Il vit son éléphant couché sur l'autre rive.Il le prend, il l'emporte, au haut du mont arrive,Rencontre une esplanade, et puis une cité.Un cri par l'éléphant est aussitôt jeté : Le peuple aussitôt sort en armes.Tout autre aventurier, au bruit de ces alarmes,Aurait fui : celui-ci, loin de tourner le dos,Veut vendre au moins sa vie et mourir en héros.Il fut tout étonné d'ouïr cette cohorte Le proclamer monarque au lieu de son roi mort.Il ne se fit prier que de la bonne sorte,Encore que le fardeau fût, dit-il, un peu fort.Sixte en disait autant quand on le fit saint-père :(Serait-ce bien une misèreQue d'être pape ou d'être roi?)On reconnut bientôt son peu de bonne foi. Fortune aveugle suit aveugle hardiesse. Le sage quelquefois fait bien d'exécuter Avant que de donner le temps à la sagesse D'envisager le fait, et sans la consulter. Enseignement : Le talisman a des vertus que la sagesse ignore ! FAIRE PREUVE DE PROBITÉ Orienter son action en raison de ce qui touche à la morale sociale Le rat qui sest retiré du monde Les Levantins en leur légendeDisent qu'un certain Rat, las des soins d'ici-bas,Dans un fromage de HollandeSe retira loin du tracas. La solitude était profonde,S'étendant partout à la ronde. Notre ermite nouveau subsistait là dedans.Il fit tant, de pieds et de dents, Qu'en peu de jours il eut au fond de l'ermitage Le vivre et le couvert : que faut-il davantage ? Il devint gros et gras : Dieu prodigue ses biensA ceux qui font vu d'être siens.Un jour, au dévot personnage,Des députés du peuple rat S'en vinrent demander quelque aumône légère :Ils allaient en terre étrangère Chercher quelque secours contre le peuple chat;Ratopolis (ville des rats) était bloquée : On les avait contraints de partir sans argent, Attendu l'état indigentDe la république attaquée. Ils demandaient fort peu, certains que le secoursSerait prêt dans quatre ou cinq jours.« Mes amis, dit le Solitaire,Les choses d'ici-bas ne me regardent plus :En quoi peut un pauvre reclus Vous assister? que peut-il faireQue de prier le Ciel qu'il vous aide en ceci ?J'espère qu'il aura de vous quelque souci. » Ayant parlé de cette sorte,Le nouveau saint ferma sa porte.Qui désigné-je, à votre avis, Par ce Rat si peu secourable? Un moine ? Non, mais un dervis (moine mahométan): Je suppose qu'un moine est toujours charitable. Enseignement : Sil a bien profité de sa condition de solitaire, il se montre odieuxtout particulièrement, sil en fait état pour se conduire indûment ! FAIRE PREUVE DE RÉALISME Orienter son action pour tenir compte de la réalité en général Le gland et la citrouille Dieu fait bien ce qu'il fait. Sans en chercher la preuve En tout cet univers, et l'aller parcourant,Dans les citrouilles je la treuve.Un Villageois, considérant Combien ce fruit est gros et sa tige menue : « A quoi songeait, dit-il, l'auteur de tout cela? Il a bien mal placé cette citrouille-là !Hé parbleu! je l'aurais pendueA l'un des chênes que voilà ;C'eût été justement l'affaire :Tel fruit, tel arbre, pour bien faire. C'est dommage, Garo (personnage pédant), que tu n'es point entré Au conseil de Celui que prêche ton curé : Tout en eût été mieux; car pourquoi, par exemple, Le Gland, qui n'est pas gros comme mon petit doigt,Ne pend-il pas en cet endroit?Dieu s'est mépris : plus je contemple Ces fruits ainsi placés, plus il semble à GaroQue l'on a fait un quiproquo. » Cette réflexion embarrassant notre homme : « On ne dort point, dit-il, quand on a tant d'esprit. » Sous un chêne aussitôt il va prendre son somme. Un Gland tombe : le nez du dormeur en pâtit. Il s'éveille; et, portant la main sur son visage, II trouve encor le Gland pris au poil du menton. Son nez meurtri le force à changer de langage. « Oh ! oh ! dit-il, je saigne ! et que serait-ce donc S'il fût tombé de l'arbre une masse plus lourde,Et que ce Gland eût été gourde (courge) ? Dieu ne l'a pas voulu : sans doute il eut raison;J'en vois bien à présent la cause. »En louant Dieu de toute chose,Garo retourne à la maison. Enseignement : Le pire nous saute aux yeux par un fait coutumier, quon doit à lentremise de deux êtres appariés ! FAIRE PREUVE DE SÉLECTIVITÉ Orienter son action pour éviter de commettre des erreurs, des impairs dommageables Lours et lamateur des jardins Certain Ours montagnard, Ours à demi léché, Confiné par le Sort dans un bois solitaire, Nouveau Bellérophon (solitaire, haï des dieux) vivait seul et caché. Il fût devenu fou : la raison d'ordinaire N'habite pas longtemps chez les gens séquestrés. Il est bon de parler et meilleur de se taire; Mais tous deux sont mauvais alors qu'ils sont outrés.Nul animal n'avait affaireDans les lieux que l'Ours habitait : Si bien que tout ours qu'il était,Il vint à s'ennuyer de cette triste vie. Pendant qu'il se livrait à la mélancolie,Non loin de là certain VieillardS'ennuyait aussi de sa part.II aimait les jardins, était prêtre de Flore (déesse des fleurs); Il l'était de Pomone (déesse des fruits) encore. Ces deux emplois sont beaux; mais je voudrais parmiQuelque doux et discret ami : Les jardins parlent peu, si ce n'est dans mon livre. De façon que, lassé de vivreAvec des gens muets, notre homme, un beau matin, Va chercher compagnie, et se met en campagne. L'Ours, porté d'un même dessein, Venait de quitter sa montagne. Tous deux, par un cas surprenant,Se rencontrent en un tournant. L'Homme eut peur; mais comment esquiver ? et que faire ? Se tirer en Gascon d'une semblable affaire Est le mieux : il sut donc dissimuler sa peur. L'Ours, très mauvais complimenteur,Lui dit : « Viens-t'en me voir. » L'autre reprit : « Seigneur, Vous voyez mon logis ; si vous me vouliez faire Tant d'honneur que d'y prendre un champêtre repas, J'ai des fruits, j'ai du lait : ce n'est peut-être pas De Nosseigneurs les Ours le manger ordinaire;Mais j'offre ce que j'ai. » L'Ours l'accepte; et d'aller. Les voilà bons amis avant que d'arriver ; Arrivés, les voilà se trouvant bien ensemble;Et, bien qu'on soit, à ce qu'il semble, Beaucoup mieux seul qu'avec des sots,Comme l'Ours en un jour ne disait pas deux mots,L'Homme pouvait sans bruit vaquer à son ouvrage.L'Ours allait à la chasse, apportait du gibier, Faisait son principal métier D'être bon émoucheur, écartait du visageDe son ami dormant ce parasite ailéQue nous avons mouche appelé.Un jour que le Vieillard dormait d'un profond somme,Sur le bout de son nez une allant se placer, Mit l'Ours au désespoir; il eut beau la chasser.« Je t'attraperai bien, dit-il; et voici comme. »Aussitôt fait que dit : le fidèle émoucheurVous empoigne un pavé, le lance avec roideur,Casse la tête à l'Homme en écrasant la mouche, Et, non moins bon archer que mauvais raisonneur,Roide mort étendu sur la place il le couche.Rien n'est si dangereux qu'un ignorant ami; Mieux vaudrait un sage ennemi. Enseignement : Les impromptus dune amitié trop fraîchement survenue ! FAIRE PREUVE DE SINCÉRITÉ Selon ce qui touche à la vérité Le juge arbitre, lhospitalier et le solitaire Trois Saints, également jaloux de leur salut, Portés d'un même esprit, tendaient à même but. Ils s'y prirent tous trois par des routes diverses :Tous chemins vont à Rome ; ainsi nos concurrents Crurent pouvoir choisir des sentiers différents. L'un, touché des soucis, des longueurs, des traverses Qu'en apanage on voit aux procès attachés, S'offrit de les juger sans récompense aucune, Peu soigneux d'établir ici-bas sa fortune.Depuis qu'il est des lois, l'homme, pour ses péchés, Se condamne à plaider la moitié de sa vie : La moitié ? les trois quarts, et bien souvent le tout. Le conciliateur crut qu'il viendrait à bout De guérir cette folle et détestable envie.Le second de nos Saints choisit les hôpitaux. Je le loue; et le soin de soulager les maux Est une charité que je préfère aux autres. Les malades d'alors, étant tels que les nôtres, Donnaient de l'exercice au pauvre Hospitalier ;Chagrins, impatients, et se plaignant sans cesse : « Il a pour tels et tels un soin particulier,Ce sont ses amis ; il nous laisse. » Ces plaintes n'étaient rien au prix de l'embarras Où se trouva réduit l'appointeur (larbitre) de débats :Aucun n'était content; la sentence arbitrale A nul des deux ne convenait : Jamais le juge ne tenait A leur gré la balance égale.De semblables discours rebutaient l'appointeur : II court aux hôpitaux, va voir leur directeur :Tous deux ne recueillant que plainte et que murmure, Affligés, et contraints de quitter ces emplois, Vont confier leur peine au silence des bois. Là, sous d'âpres rochers, près d'une source pure, Lieu respecté des vents, ignoré du soleil,Ils trouvent l'autre Saint, lui demandent conseil. « Il faut, dit leur ami, le1 prendre de soi-même.Qui mieux que vous sait vos besoins? Apprendre à se connaître est le premier des soins Qu'impose à tout mortel la Majesté suprême. Vous êtes-vous connus dans le monde habité ? L'on ne le peut qu'aux lieux pleins de tranquillité : Chercher ailleurs ce bien est une erreur extrême. Troublez l'eau : vous y voyez-vous? Agitez celle-ci. Comment nous verrions-nous? La vase est un épais nuage Qu'aux effets du cristal nous venons d'opposer. Mes frères, dit le Saint, laissez-la reposer, Vous verrez alors votre image. Pour vous mieux contempler demeurez au désert. » Ainsi parla le Solitaire. Il fut cru; l'on suivit ce conseil salutaire. Ce n'est pas qu'un emploi ne doive être souffert. Puisqu'on plaide, et qu'on meurt, et qu'on devient malade, II faut des médecins, il faut des avocats.Ces secours, grâce à Dieu, ne nous manqueront pas :Les honneurs et le gain, tout me le persuade.Cependant on s'oublie en ces communs besoins.O vous dont le public emporte tous les soins, Magistrats, princes et ministres,Vous que doivent troubler mille accidents sinistres,Que le malheur abat, que le bonheur corrompt,Vous ne vous voyez point, vous ne voyez personne.Si quelque bon moment à ces pensers vous donne, Quelque flatteur vous interrompt. Cette leçon sera la fin de ces ouvrages. Puisse-t-elle être utile aux siècles à venir! Je la présente aux rois, je la propose aux sages : Par où saurais-je mieux finir? Enseignement : La retraite a ce merveilleux bénéfice quelle permet dabriter la conscience, sans risque de loubli ! FAIRE PREUVE DE TEMPÉRANCE Pour tout ce qui relève de la modération Le héron Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où, Le Héron au long bec emmanché d'un long cou.Il côtoyait une rivière. L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux jours; Ma commère la Carpe y faisait mille toursAvec le Brochet son compère. Le Héron en eût fait aisément son profit : Tous approchaient du bord; l'oiseau n'avait qu'à prendre.Mais il crut mieux faire d'attendre Qu'il eût un peu plus d'appétit :Il vivait de régime et mangeait à ses heures. Après quelques moments, l'appétit vint : l'Oiseau,S'approchant du bord, vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.Le mets ne lui plut pas; il s'attendait à mieux,Et montrait un goût dédaigneux,Comme le Rat du bon Horace. « Moi, des tanches ! dit-il, moi, Héron, que je fasse Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on? » La tanche rebutée il trouva du goujon.« Du goujon! c'est bien là le dîner d'un Héron ! J'ouvrirais pour si peu le bec ! aux Dieux ne plaise ! »Il l'ouvrit pour bien moins : tout alla de façon Qu'il ne vit plus aucun poisson. La faim le prit : il fut tout heureux et tout aiseDe rencontrer un limaçon.Ne soyons pas si difficiles : Les plus accommodants, ce sont les plus habiles; On hasarde de perdre en voulant trop gagner. Gardez-vous de rien dédaigner,Surtout quand vous avez à peu près votre compte [...] Enseignement : Pour un mieux-être hypothétique, refuser une offre qui, par palier décline, conduit à triste mine ! FAIRE PREUVE DE VIGILANCE Pour éviter des erreurs, dommages ou malheurs grâce à une attention soutenue La tortue et les deux canards Une Tortue était, à la tête légère, Qui lasse de son trou, voulut voir le pays. Volontiers on fait cas d'une terre étrangère; Volontiers gens boiteux haïssent le logis. Deux Canards, à qui la commèreCommuniqua ce beau dessein, Lui dirent qu'ils avaient de quoi la satisfaire.« Voyez-vous ce large chemin? Nous vous voiturerons, par l'air, en Amérique : Vous verrez mainte république,Maint royaume, maint peuple; et vous profiterez Des différentes murs que vous remarquerez. Ulysse en fit autant. » On ne s'attendait guèreDe voir Ulysse en cette affaire. La Tortue écouta la proposition.Marché fait, les Oiseaux forgent une machinePour transporter la pèlerine. Dans la gueule, en travers, on lui passe un bâton. « Serrez bien, dirent-ils, gardez de lâcher prise. » Puis chaque Canard prend ce bâton par un bout. La Tortue enlevée, on s'étonne partoutDe voir aller en cette guiseL'animal lent et sa maison, Justement au milieu de l'un et l'autre oison.« Miracle ! criait-on : venez voir dans les nuesPasser la reine des tortues. La reine! vraiment oui : je la suis en effet ; Ne vous en moquez point. » Elle eût beaucoup mieux fait De passer son chemin sans dire aucune chose; Car lâchant le bâton en desserrant les dents, Elle tombe, elle crève aux pieds des regardants. Son indiscrétion de sa perte fut cause.Imprudence, babil, et sotte vanité, Et vaine curiosité, Ont ensemble étroit parentage.Ce sont enfants tous d'un lignage. Enseignement : Par de vains mirages, lêtre crédule hors de sa condition entraîné, ne court quà sa perte ! Date de création : 19/11/2012 @ 12:11 Dernière modification : 27/11/2012 @ 10:05 Catégorie : Edification morale par les fables Page lue 2860 fois Réactions à cet article Personne n'a encore laissé de commentaire.Soyez donc le premier ! | |
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| 55 | Les obsèques de la lionne | Loyauté |
| 68 | Lhuître et les plaideurs | Méfiance |
| 89 | Lesdeuxaventuriers et le talisman | Perspicacité |
| 23 | Le rat qui sest retiré du monde | Probité |
| 66 | Le gland et la citrouille | Réalisme |
| 50 | Lours et lamateur des jardins | Sélectivité |
| 119 | Le juge arbitre, lhospitalier et le solitaire | Sincérité |
| 25 | Le héron | Tempérance |
| 84 | La tortue et les deux canards | Vigilance |
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- - La foi et l'islam
- - La société hitlérienne
- - Le verset et l'au-delà du verset
- - Lectures talmudiques
- - Lévinas admirateur de Rosenzweig
- - Méditations cartésiennes
- - Totalité et Infini
- - Un duo sur l'Art
- - Une philosophie de la liberté
- - une même interrogation éthique
- - Présence de Lévinas
- - Attestation de soi
- - Intelligibilité du visage
- - Visage et Raison
- - Visage - attestation de soi
- - La guerre vue par Lévinas
Parcours axiologique
- - Présentation
- - Eléments pour une éthique
- - Eminents penseurs de la liberté
- - L'édifice moral de Kant
- - La liberté selon l'espérance
- - La valeur sans frontière
- - Une éthique sociétale
- - Vie animale, vie humaine
- - La mondialisation et son orientation
- - Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne
Parcours cartésien
- - Présentaion
- - Le doute cartésien
- - Le cogito cartésien
- - Les trois réalités cartésiennes
- - Sur les pas de Descartes (1)
- - Sur les pas de Descartes (2)
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (IV)
- - Texte propre à la méthode de Descartes
- - Le modèle de Bohm et la prescience de Descartes
Parcours hellénique
- - Présentation
- - Sophia
- - Le scepticisme critique
- - La filière grecque de la logique
- - Synthèses platoniciennes
- - La philosophie hellénistique (I)
- - La philosophie hellénistique (II)
- - La Mathématique onto-logique
- - Lexique mots grecs
- - Cogito socratique
- - Nihilisme et Socratisme
- - Le néoplatonisme : Plotin
- - Platon, un philosophe engagé
- - La caverne de Platon revisitée par Heidegger
- - Du bien
Parcours ricordien
- - Présentation
- - Fonder l'herméneutique
- - Conscient et inconscient
- - La symbolique du mal
- - Culpabilité, éthique et religion
- - Culture, psychanalyse, éthique
- - La paternité : du fantasme au symbole
- - L'action sans agent
- - L'agent de l'action
- - Philosophie du proche
- - Horizon d'attente et espace d'expérience
- - La Phénoménologie de la promesse
- - La tradition
- - Transcendantaux du temps
- - Du même à l'autre et de l'autre au même
- - Du Cogito à l'herméneutique de soi
- - De l'intention à l'attestation du soi
- - La Personne
- - Fondement philosophique de l'écologie
- - La disponibilité : entre éthique et ontologie
- - Structuralisme et herméneutique
- - Rhétorique, poétique, herméneutique
- - Dieu et lEtre (I)
- - Dieu et lEtre (II)
- - Dieu et lEtre (III)
- - Les deux pôles de l'existence
Parcours spinoziste
- - Présentation
- - La vérité
- - La connaissance rationnelle
- - La méthode spinoziste
- - La substance et les attributs
- - La théorie des modes
- - Notre connaissance de Dieu
- - Ce qu'est l'homme
- - Nature humaine et liberté
- - Etre et savoir
- - Projet spinoziste
- - Théorie des affections
- - Spinozisme et cartésianisme
Parcours habermassien
- - Présentation
- - Ses deux oeuvres maîtresses
- - Genèse du concept d'agir communicationnel
- - Ethique de la discussion
- - Théorie de lidéologie dHabermas
- - Kantisme et christianisme
- - Religion et sphère publique
- - Science et technique comme idéologie
- - Etude critique de Marx
- - Entre foi et savoir (1)
- - Entre foi et savoir (2)
- - La sphère publique
- - Transformation des structures sociales de la sphère publique
- - Evolution des fonctions politiques de la sphère publique
- - Concept dopinion publique
- - Autorefléxion des sciences de la nature
Parcours deleuzien
- - Opposer la répétition à la généralité
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (I)
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (II)
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (III)
- - Lunivocité de lEtre
Parcours bergsonien
- - Notes philosophiques de Charles Péguy (V)
- - La « double frénésie » selon Bergson
- - Philosophie bergsonienne du banal
- - Bergson et James
- - Bergson puis Bachelard (1)
- - Bergson puis Bachelard (2)
- - Bergson puis Bachelard (3)
- - Bergson puis Bachelard (4)
Parcours augustinien
- - Saint Augustin en trois uvres majeures
Parcours braguien
- - Présentation
- - La culture selon Rémy Brague
- - La vérité dans ses différents contextes
- - Eduquer pour la liberté
- - La tradition
- - Dialogue interreligieux
- - La romanité de l'Europe (1)
- - La romanité de l'Europe (2)
- - La romanité de l'Europe (3)
- - Nos bases intellectuelles et cultuelles
- - Sagesse du monde (1)
- - Sagesse du monde (2)
- - Sagesse du monde (3)
- - Sagesse du monde (4)
- - Sagesse du monde (5)
- - Sagesse du monde (6)
- - Sagesse du monde (7)
- - Quatre modèles de l'excellence humaine
- - Règne de l'homme (1)
- - Règne de l'homme (2)
- - L'Islam tel que précisé par Rémi Brague
- - Les tiraillements subis par l'homme en son propre
- - Qui fait l'Homme
- - L'ordre d'être
Glossématique
- - Présentation
- - Projet philosophique de Lévinas
- - Connaissance
- - Ethique(L')
- - Etre(L')
- - Humain(L')
- - Infini(L')
- - Justice
- - Liberté
- - Raison
- - Transcendance
- - Vérité
- - Volonté
- - Magiques ! ces glossèmes
Synthèses
- - Temps modernes
- - Le maximum dans le minimum
- - L'après mai-68
- - Sphères de lexistence
- - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 1
- - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 2
- - Rôle de la philosophie dans l'évolution des sciences 3
- - Les deux pôles de la vie de l'homme et du monde
- - Lintériorité
- - Lhomme-promesse
- - Lépanouissement
- - Dieu et la double idolâtrie
- - Entre idole et icône
- - Du site eucharistique de la théologie
- - Failles de notre système scolaire
- - Intempestiva sapientia
- - Pensée américaine (1)
- - Pensée américaine (2)
- - Interprétation philosophique des théories d'Einstein
- - Noumène et microphysique
- - Philosphes ayant inspiré Einstein
- - Le monde quantique
- - Gouvernance de notre réalité
- - L'espace en partage
- - De la particule à l'information I
- - De la particule à l'information II
- - De la particule à l'information III
- - Histoire de l'éléctricité et du magnétisme
- - Peinture et philosophie
- - Le message quantique
- - L'intrication quantique (expérience GHZ)
- - L'intrication quantique (Théorie)
- - L'intrication (Applications technologiques)
- - Une brève sur le monde quantique(1)
- - Une brève sur le monde quantique(2)
- - Le paradigme ternaire [Corps-Esprit-Ame]
- - L'ennéagramme de la personne
- - Le Judéo-Christianisme
Ouvrages publiés
- - Présentation
Suivi des progrès aux USA
- - Suivi USA octobre 2011
- - Suivi USA novembre 2011
- - Suivi USA décembre 2011
- - Suivi USA janvier 2012
- - Suivi USA février 2012
Parcours psychophysique
- - Présentation
- - Vivre dans la vérité
- - Le désir et le bien
- - Au-delà de l'attention et de la vigilance
- - La pensée et la perception
- - La tradition et la vérité
- - La vision libératrice
- - Intelligence de l'amour
- - Abrégé de psychophysique
L'art et la science
- - Braque en découvreur
- - Le Georges Braque de Carl Einstein
- - Le doute de Cézanne I
- - Le doute de Cézanne 2
- - L'art en synchronie avec la science
- - L'ordre caché de l'art 1
- - L'ordre caché de l'art 2
- - L'ordre caché de l'art 3
- - La vision du monde chez l'enfant
- - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 1
- - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 2
- - Analyse structurale de l'oeuvre créatrice 3
Parcours nietzschéen
- - Présentation
- - Topologie de l'éternel retour
- - Structures cachées
- - L'homme à l'intelligibilité des choses
Philosophies médiévales
- - Présentation
- - De l'Europe médiévale à nos jours
- - Les non-dits sur le moyen âge (1)
- - Les non-dits sur le moyen âge (2)
- - Les non-dits sur le moyen âge (3)
- - Index des philosophes du moyen âge
- - Averroès et le discours décisif
- - La défense d'Averroès
Archéologie
Economie
- - Developpement durable
- - Deux capitalismes du monde occidental
- - Economie de marché
- - Gouvernance du marché
- - L'innovation transformée en emplois
- - Volcker ou Vickers
Sciences politiques
- - Survivance du trotskisme
- - Le régime parlementaire
- - Sujets de la réforme(1)
- - Sujets de la réforme(2)
- - Sujets de la réforme(3)
- - Cent révoltes ne feront jamais la révolution
- - La banalisation politique
- - Persistance du marxisme
- - Idéologie et terreur
- - Symboles Nationaux 1
- - Symboles Nationaux 2
- - Ecologie et Politique(1)
- - Ecologie et Politique(2)
- - Standards de la révolution
- - Le libéralisme
- - Quatre indicateurs concernant la révolte
- - Parler didentité nationale
- - Le modèle des associations de Tocqueville
- - Repenser la démocratie (1)
- - Repenser la démocratie (2)
- - Repenser la démocratie (3)
- - La Démocratie américaine
- - Vers un nouveau secteur financier américain
- - Politique étrangère américaine
- - La dimension militaire aux USA
- - Théocratie ou démocratie
- - Politiquement correct
- - TVA, injuste ou géniale ?
- - Trois lois nous gouvernent
- - La société libre vue de l'extérieur (statiquement)
- - La société libre vue de l'extérieur (dynamiquement)
- - La culture de la liberté
- - Fondement des Droits de l'Homme
- - La liberté dans la civilisation européenne
- - Le matérialisme historique originé à Vico
- - La promotion de l'égalité...
- - Les chemins de l'identité
- - L'idée de génération
Sociologie
- - L'égalité à marche forcée
- - Laïcité(1)
- - Laïcité(2)
- - L'intersexualité diversement appréciée
- - L'idéologie comme...
- - L'utopie telle qu'en elle-même
- - Systèmes de l'ordre social
- - Catégories de Weber
- - Le symbole et les images
- - Le bien fondé des idéaltypes de Weber
- - Lindividu social
- - Le sujet personne menacé
- - Le lien social (1)
- - Le lien social (2)
- - Le lien social (3)
- - Le lien social (4)
- - Le bouc émissaire
- - Le Fondamentalisme
- - Le tennis un + pour la démocratie
- - Sport mental : une méthode heuristique
- - Penser la postmodernité (1)
- - Penser la postmodernité (2)
- - Penser la postmodernité (3)
- - Le vivre-ensemble
- - Le penser passionné
- - L'inutile comme catégorie
- - Crise de la transmission (1)
- - Crise de la transmission (2)
- - L'affrontement au tennis
Poésie
- - René Char et Braque
- - René Char et Picasso
- - Réné Char et de La Tour
- - Réné Char et de Staël
- - Lessence du poétique
- - Le référent dans la production littéraire
- - Bachelard, précurseur dans le traitement automatique de l'information
Théologie 1
- - Exégèse patristique de l'ancien testament - Présentation
- - Livres du pentateuque 1
- - Livres du pentateuque 2
- - Livres du pentateuque 3
- - Livres historiques 1
- - Livres historiques 2
- - Livres historiques 3
- - Livres historiques 4
- - Livres historiques 5
Théologie 2
- - Le nouveau testament - Présentation
- - Nouvelle Alliance
- - Christologie 1
- - Christologie 2
- - Christologie 3
- - Ecclésiologie
- - Christologie 4
- - Christologie 5
- - Christologie 6
- - Mariologie 1
- - Mariologie 2
- - Epilogue
Théologie 3
- - Présentation
- - Le thomisme et l'onto-théo-logie
- - Dieu sans l'Être
- - Réflexions d'anthropologie théologique
- - Le souffle divin en trois croyances
Psychanalyse générale
- - Avec Gaston Bachelard
- - Les mots ordonnés de la Biogée
- - Bachelard - l'invitation au poème
- - Bachelard précurseur
Points dhistoire revisités
- - Introduction
- - 14-18, le conflit et ses épiphénomènes
- - La transmission du savoir antique
- - La colonisation : intrication du mal et du bien
- - La France et l'islame
- - Le Jésus de l'histoire
- - La révolution en partage (1)
- - La révolution en partage (2)
Edification morale par les fables
- - Philosophie et morale
- - Désignation selon les fables des comportements recommandés (1)
- - Désignation selon les fables des comportements recommandés (2)
- Un enseignement dans la droite ligne socratique
Histoire
- - Points de vues sur l'histoire et sa transmission
- - Critiques du projet de réformes du CSP
- - L'occident chrétien (1)
- - L'occident chrétien (2)
- - La réforme clunisienne
- - Notions développées par Louis Manaranche
- - Plaidoyer pour notre enracinement judeo-chrétien
- - En prélude à "La grande aventure de l'humanité"
- - Les premières religions de dévotion
- - La dernière en date des religions de dévotion
- - Histoire de la civilisation occidentale (1)
- - Histoire de la civilisation occidentale (2)
- - L'histoire et ses interprétations
- - Le règne humain (Écoumène)
- - La cité humaine
Phénoménologie
- - Synthèse programmatique
- - Les enseignements des "Conférences de Paris"
- - Sommaire des leçons du professeur Edmund Husserl
- - Conclusions de Husserl sur ses "méditations cartésiennes"
- - Le phénomène érotique
- - Sympathie et respect
- - Husserl et le sens de l'histoire
- - Synthèse didactique
- - Le sentiment
- - L'intersubjectivité, thème fétiche pour Husserl et Habermas
- - La constitution du monde spirituel
- - Le pragmatisme et ses représentants
Philosophie et science
- - Le quantique en son postulat et en son ontologie
- - La science contemporaine selon Roland Omnès
- - Les idées rectrices de la physique formelle
- - La physique comme discipline de la connaissance
- - Penser le monde en partant du quantique
- - Expérimenter le monde
- - Glossaire
- - La composition atomique du corps humain
- - Le message hologrammique de David Bohm
- - Le message ontonomique de Lama Darjeeling Rinpoché
- - Le fondement informationnel de la physique formelle
03/07//2016 ajout :
Parcours Hellénique
- Du bien
16/06//2016 ajout :
Philosophie et science
-Le fondement informationnel de la physique formelle
01/06//2016 ajout :
Philosophie et science
-Le message ontonomique de Lama Darjeeling Rinpoché
15/05//2016 ajout :
Philosophie et science
- Le message hologrammique de David Bohm
01/05//2016 ajout :
Philosophie et science
- La composition atomique du corps humain
texte modifié :
-Le Judéo-Christianisme
10/04//2016 ajout :
Philosophie et science
-Glossaire
02/04//2016 ajout :
Philosophie et science
- Penser le monde en partant du quantique
- La physique comme discipline de la connaissance
- Expérimenter le monde
24/03//2016 ajout :
Philosophie et science
- La science contemporaine selon Roland Omnès
-Les idées rectrices de la physique formelle
05/03/2016 nouvelle perspective :
Philosophie et science
-Le quantique en son postulat et en son ontologie
09/02/2016 ajout :
Synthèses
-Le Judéo-Christianisme
09/02/2016 ajout :
Sociologie
- L'affrontement au tennis
24/01//2015 ajout :
Parcours axiologique
- Les valeurs et les fins directrices de la vie moderne Phénoménologie
-Le pragmatisme et ses représentants
03/01/2016 ajout :
Phénoménologie
-La constitution du monde spirituel
26/12//2015 ajout :
Parcours Braguien
- Les tiraillements subis par l'homme en son propre
- Qui fait l'Homme
- L'ordre d'être
Phénoménologie
- L'intersubjectivité, thème fétiche pour Husserl et Habermas
05/12//2015 ajout :
Parcours braguien
-L'Islam tel que précisé par Rémi Brague
Phénoménologie
- Le sentiment
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| Pages | Titres des fables | Comportements recommandés |
| 51 | Le chêne et le roseau | Adaptabilité |
| 143 | La jeune veuve | Attachement |
| 94 | Le geai paré des plumes du paon | Authenticité |
| 125 | Lours et les deux compagnons | Bienséance |
| 89 | Le jardinier et son seigneur | Circonspection |
| 35 | La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le buf | Clairvoyance |
| 123 | La poule aux ufs dor | Discernement |
| 121 | Le laboureur et ses enfants | Courage |
| 50 | Lenfant et le maître décole | Efficience |
| 141 | Le cheval et lâne | Équité |
| 82 | Le lion devenu vieux | Humanité |
| 63 | Le lion et le rat | Humilité |
| 38 | La besace | Impartialité |
| 75 | Le renard et le bouc | Loyauté |
| 34 | Le corbeau et le renard | Méfiance |
| 124 | Lâne portant des reliques | Objectivité |
| 129 | Phébus et Borée | Perspicacité |
| 31 | La cigale et la fourmi | Prévoyance |
| 113 | Le renard ayant la queue coupée | Probité |
| 44 | Le loup et lagneau | Réalisme |
| 138 | Le villageois et le serpent | Rectitude |
| 104 | Lalouette et ses petits avec le maître dun champ | Sagesse |
| 36 | Le loup et le chien | Sélectivité |
| 70 | Le loup devenu berger | Sincérité |
| 53 | Contre ceux qui ont le goût difficile | Tempérance |
| 61 | Le lion et le moucheron | Vigilance |
FAIRE PREUVE DADAPTABILITÉ
FAIRE PREUVE DATTACHEMENT
FAIRE PREUVE DAUTHENTICITÉ
FAIRE PREUVE DE BIENSÉANCE
FAIRE PREUVE DE CIRCONSPECTION
FAIRE PREUVE DE CLAIRVOYANCE
FAIRE PREUVE DE COURAGE
FAIRE PREUVE DE DISCERNEMENT
FAIRE PREUVE DEFFICIENCE
FAIRE PREUVE DÉQUITÉ
FAIRE PREUVE DHUMANITÉ
FAIRE PREUVE DHUMILITÉ
FAIRE PREUVE DIMPARTIALITÉ
FAIRE PREUVE DE LOYAUTÉ
FAIRE PREUVE DE MÉFIANCE
FAIRE PREUVE DOBJECTIVITÉ
FAIRE PREUVE DE PERSPICACITÉ
FAIRE PREUVE DE PRÉVOYANCE
FAIRE PREUVE DE PROBITÉ
FAIRE PREUVE DE RÉALISME
FAIRE PREUVE DE RECTITUDE
FAIRE PREUVE DE SAGESSE
FAIRE PREUVE DE SÉLECTIVITÉ
FAIRE PREUVE DE SINCÉRITÉ
FAIRE PREUVE DE TEMPÉRANCE
FAIRE PREUVE DE VIGILANCE
| Pages | Titres des fables | Recommandations |
| 46 | Les femmes et le secret | Circonspection |
| 48 | Le rat et lhuître | Clairvoyance |
| 30 | La laitière et le pot au lait | Discernement |
| 101 | Le songe dun habitant du Mogol | Efficience |
| 109 | Les souris et le chat-huant | Equité |
| 18 | Les animaux malades de la peste | Humanité |
| 28 | Le coche et la mouche | Humilité |
| 26 | La cour du lion | Impartialité |
| 55 | Les obsèques de la lionne | Loyauté |
| 68 | Lhuître et les plaideurs | Méfiance |
| 89 | Lesdeuxaventuriers et le talisman | Perspicacité |
| 23 | Le rat qui sest retiré du monde | Probité |
| 66 | Le gland et la citrouille | Réalisme |
| 50 | Lours et lamateur des jardins | Sélectivité |
| 119 | Le juge arbitre, lhospitalier et le solitaire | Sincérité |
| 25 | Le héron | Tempérance |
| 84 | La tortue et les deux canards | Vigilance |
FAIRE PREUVE DE CIRCONSPECTION
FAIRE PREUVE DE CLAIRVOYANCE
FAIRE PREUVE DE DISCERNEMENT
FAIRE PREUVE DEFFICIENCE
FAIRE PREUVE DÉQUITÉ
FAIRE PREUVE DHUMANITÉ
FAIRE PREUVE DIMPARTIALITÉ
FAIRE PREUVE DE LOYAUTÉ
FAIRE PREUVE DE MÉFIANCE
FAIRE PREUVE DE PERSPICACITÉ
FAIRE PREUVE DE PROBITÉ
FAIRE PREUVE DE RÉALISME
FAIRE PREUVE DE SÉLECTIVITÉ
FAIRE PREUVE DE SINCÉRITÉ
FAIRE PREUVE DE TEMPÉRANCE
FAIRE PREUVE DE VIGILANCE
Date de création : 19/11/2012 @ 12:11
Dernière modification : 27/11/2012 @ 10:05
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