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Points dhistoire revisités - La révolution en partage (1)
LA RÉVOLUTION EN PARTAGE (1) À la faveur de livres anciens et de productions historiques récentes, la philosophe et historienne MONA OZOUF a, livre après livre, revisité la Révolution française. Elle sait par avance toutes les outrances que celle-ci recèle : « Dans la Révolution française, comme dans lengagement militant, déclare-t-elle dans la Préface de son dernier livre[1], lallégresse des premiers jours se mue en peur, puis en épouvante ; dans lune comme dans lautre, on sévertue à camoufler cet écart vertigineux. Tantôt on invoque la citadelle assiégée et les formidables ennemis qui rendent nécessaire le recours à la terreur. Tantôt on use libéralement de loxymore : pour faire advenir la société réconciliée, le bonheur et la paix enfin établis sur la terre, et les cuisinières dirigeant lÉtat, force est bien, disent les bons apôtres, de recourir au despotisme de la liberté. Dont ils jurent, aujourdhui comme alors, quil sera temporaire, mais nous savons désormais combien ce temporaire volontiers séternise ». À lensemble des papiers qui touchent à la Révolution française et qui ont été rédigés pour le Nouvel Observateur, elle a adjoint « un texte écrit pour lHistoire sur les massacres de Septembre », maillon nécessaire à ses yeux. I. LE WHOS WHO DE LÂGE DES LUMIÈRES ET DE LA RÉVOLUTION Si, comme on va le voir, le XVIIIe a inventé les « grands hommes », le Grand Siècle, en revanche navait guère cru en eux : « fantômes évanouis, avait dit Nicole, qui, dans la dure lumière janséniste, ne voyait rien sélever de la nature humaine ». Tous, de Descartes, à Bossuet en passant par Pascal, « nous ont conjugué légalité des hommes dans lindigence, voire dans labjection ». « Un siècle de plus, et on entend Robespierre, tout à la griserie d'organiser un culte national, s'écrier : Homme, qui que tu sois, tu peux encore concevoir de grandes idées de toi-même ! Voici venu le temps de consacrer un temple aux grands hommes et de fixer les articles de leur dévotion. C'est qu'on a changé d'univers, troqué une sacralité pour l'autre, remplacé la religion chrétienne par la religion laïque, vouée à la gloire de l'humain. À cette recomposition de la grandeur humaine sur la table rase de l'homme déchu, les Lumières ont longuement travaillé ». Le dire, âge des Lumières, désigne laspect le plus caractéristique de la culture européenne du XVIIIe siècle. On le rencontre dans les principales langues de lEurope :enallemandAufklârung,en anglais un peu plus tard Enlightement , en italien Illuminismo, en espagnol Siglo de las Luces, etc. La division de lhistoire de France en périodes ne peut correspondre à des spécifications rigoureuses ; on ne peut, en effet, soutenir que lâge de la Révolution débute en 1789, mais plutôt dès 1776, si lon tient compte de la révolution américaine. Quant au concept des « Lumières », il sapplique essentiellement à une réalité dordre idéologique : il sagit dun mouvement de pensée, traduit dans des textes imprimés, qui sefforce dinstaurer un nouvel ordre de rapport entre les hommes. LEurope de la raison éclairée devient la grande espérance dune communauté de valeurs entre les hommes de bonne volonté. LES ARTISANS DES LUMIÈRES VOLTAIRE (1684-1778) ![]() Cest lécrivain qui incarne le mieux le mouvement de pensée des Lumières. Daprès lui,au début du chapître II de son « Siècle de Louis XIV » écrit à Potsdam en 1751 alors quil semploie à corriger les vers de Frédéric II , « il y avait déjà longtemps quon pouvait regarder lEurope chrétienne, à la Russie près, comme une espèce de grande république partagée en plusieurs États, les uns monarchiques, les autres mixtes
mais tous ayant les mêmes principes de droit publique et de politique, inconnus dans les autres parties du monde. Cest par ces principes que les nations européennes ne font point esclaves leurs prisonniers, quelles respectent les ambassadeurs de leurs ennemis, quelles conviennent ensemble de la prééminence et de quelques droits de certains principes, comme de lempereur, des rois et des autres moindres potentats, et quelles saccordent surtout de la sage politique de tenir entre elles, autant quelles peuvent, une balance égale de pouvoir, employant sans cesse les négociations et entretenant sans cesse les unes chez les autres , des ambassadeurs. » ROUSSEAU (1712-1778) ET VOLTAIRE ![]() Devenu indésirable après son séjour de trois ans à Potsdam, VOLTAIRE, en 1755, achète une propriété « Les Délices » près de Genève dont laccueil lui semble dabord engageant. Mais son goût excessif pout le théâtre, le Poème sur le désastre de Lisbonne (1756) lui aliène ROUSSEAU ; il choque les protestants en réservant un chapitre de son Essai sur les murs (1756) à Michel Servet brûlé par Calvin, et les catholiques par son irrévérencieuse Pucelle, ainsi que par une satire, le Pauvre Diable (1758) contre Fréron, porte-parole du parti dévôt. Assombri par lexpérience qui lui inspire, contre loptimisme, son roman de Candide (1759), il cherche une retraite sûre dans le pays de Gex, à Ferney. Il y séjournera dix-huit ans où, en souverain de lesprit, il y recevra lélite européenne. Côté ROUSSEAU, lépoque est marquée par Les Confessions (1765-1770), qui est l'une de ses uvres les plus riches et les plus complexes : certainement l'uvre de sa vie, puisqu'il décide de rétablir la vérité sur lui-même en retraçant sa propre histoire. Rousseau se pose de nombreuses questions sur lui-même. Il s'interroge aussi sur ses prises de position et ses conceptions philosophiques, souvent contestées. Il propose notamment une conception du bonheur, vivement critiquée par VOLTAIRE. Il s'oppose à ce dernier en souhaitant un retour à l'Eden perdu et à l'Âged'or. Il prône la nature,comme havre de paix propice à l'épanouissement de l'homme. Lui-même se réfugie aux Charmettes, où il goutte les plaisirs de la nature et de la campagne contre les turpitudes de la vie et les affres de la vie d'écrivain. Un bonheur parfait, qu'il idéalise et qu'il souhaite fixer par l'écriture. Selon Mona Ozouf, dans son article du 23 mars 1984, pour trouver des modèles de grandeur humaine, le XVIIIe siècle, a ouvert un autre répertoire que celui des siècles précédents : « intellectuel plus que dynamique, pacifique plus quhéroïque, domestique plus que politique : celui où se pressent les bons législateurs, les bons orateurs, les bons négociants, les bons pères, les philosophes bienfaisants. Figures dune force tranquille dont Montesquieu, Voltaire et Diderot plus encore feront grand usage. Comme dhabitude, il y a un râleur, toujours le même. ROUSSEAU, dans son coin, proteste contre cette rapetissante fadeur : les héros de Plutarque passeraient pour des monstres, des « exagérations de lhistoire », sils reparaissaient dans un siècle aussi tiède. Il ignore quil montera lui-même au Panthéon dans un déluge de larmes sentimentales, sous les rameaux de peuplier, bercé par les devises qui égrènent au long du cortège les douces vertus quotidiennes de Jean-Jacques. Car, pour paraître grand, lhomme du XVIIIème siècle n'a nul besoin de surplomb. Sil doit étonner, ce nest pas par sa stature mais par les rôles quil cumule et les mérites quil capitalise. Lorsque David imagine un père de famille qui commenterait pour son enfant le Marat assassiné, il réunit toutes les images que lon se fait de la grandeur : le père de famille, pédagogue privé et grand homme pour son fils, désigne, avec une impérieuse tendresse un père de substitution, pédagogue public et grand homme pour lhumanité. On ne sacre plus ici que les éducateurs de leur siècle. Verslessignes de leur présence terrestre, vers les Charmettes, vers Ferney, vers Montbard [2], se sont mis à cheminer en foule les pèlerins du nouveau culte. Admise à Ferney auprès de Voltaire, la jeune Mme Suard se croit « en présence d'un dieu, mais d'un dieu longtemps chéri, adoré, à qui il m'était enfin donné de pouvoir montrer toute ma reconnaissance et mon respect », et ajoute, pour que tout soit clair : « Jamais les transports de sainte Thérèse n'ont pu surpasser ceux que ma fait éprouver la vue de ce grand homme. » Moins innocente, plus taquinée par l'esprit de contradiction, Mme de Genlis, sur la route de Ferney, repasse les sentiments quil conviendrait déprouver: «Il était dusage, surtout pour les jeunes femmes, de sémouvoir, de pâlir, de sattendrir et même de se trouver mal en apercevant M. de Voltaire cétait l'étiquette de la présentation à Ferney. » Elle a beau faire, elle ne parvient pas vraiment à se ranimer en faveur du fameux vieillard ». C'est aussi que le grand homme, maintenant quil ne porte plus cette marque extraordinaire qui désignait jadis le roi, le saint et le héros, ne simpose pas à la vénération. Seule lopinion, cet « autre monde de lhomme religieux » selon Diderot, confère désormais limmortalité. Mais lopinion est changeante, mortels les donneurs dimmortalité. Et on doit vivre linégalité de ladmiration et du respect au sein d'une égalité démocratique qui, devant le grand homme, a le mauvais esprit de vous souffler: pourquoi pas moi ? Quand, de surcroît, tout cela se passe dans un pays divisé et convulsif comme la France, où les idoles daujourdhui détrônent celles dhier, où on déménage à la hâte les portraits et les statues,commentaccorderaugrand homme la foi du charbonnier ? Marat, précisément, protestant à lavance contre son entrée au Panthéon, ricanait : rien de plus grotesque qu« une assemblée d'hommes bas-rampants, vils et ineptes, se constituant juges dimmortalité. Comment ont-ils la bêtise de croire que la génération présente et les races futures souscriront à leurs arrêts ? ». De fait, aux grands hommes tels que les imaginait le XVIIIème siècle et dont nos manuels scolaires firent voyager le culte jusquà nous, notre époque na été ni reconnaissante, ni clémente : elle a ridiculisé les bons pédagogues, soupçonné du pire les bons pères et fui comme la peste les bons législateurs. Le paradoxe, pourtant, est que la figure du grand homme continue dalimenter nos rêves collectifs et de faire déferler sur nous la marée des biographies. Mais en elles, comme au XVIIIème siècle déjà, nous cherchons moins le dépaysement que la reconnaissance, moins la distance que la, proximité, moins létonnement que la complicité. Les grands hommes nous intéressent, non parce quils sont grands, bien quhommes, mais parce quils sont hommes, bien que grands. Culte narcissique, par conséquent, dont on peut dire ce quen disait Stendhal : « Nous avons fait des infidélités à cette religion, mais dans toutes les grandes circonstances, ainsi que la religion catholique, elle a repris son empire dans nos curs. » Le21décembre2006,lhistorienne complétait son tableau en évoquant lentrée de Voltaire, puis de Rousseau au Panthéon, et le rôle tenu par chacun deux au cours de la période prérévolutionnaire. Ne peut lui échapper le rapprochement de ces deux personnalités qui a été fait plaisamment dans le refrain de Gavroche[3], ce fils de parents indignes quHugo nous a dépeint dans ses « Misérables »[4] : « Le 11 juillet 1791, dans un Paris que la fuite du roi (en juin 1791) a mis en émoi, un long cortège, parti de la Bastille, sinue jusquau Panthéon. Étendu sur un char antique traîné par quatre chevaux blancs, suivi d'une foule hétéroclite vainqueurs de la Bastille avec leurs piques, vestales en robes candides, soldats romains, forts de la halle chargés, sous leurs aubes blanches, de figurer les poètes de l'Antiquité , Voltaire entre dans sa bonne ville dans léclat du vrai sacre de lépoque, celui de lécrivain (le roi sacré à Reims, lui, se cache dans lombre des Tuileries). Penchée au-dessus du corps renversé sur le sarcophage « dans lattitude du sommeil », la statue de limmortalité tend sa couronne détoiles. Celui que Paris célèbre, applaudi, quand le cortège passe quai des Théatins, par les demoiselles Calas en personne, c'est linfatigable combattant de la Justice et de la Liberté. Trois ans plus tard, le 11 octobre 1794, c'est au tour de ROUSSEAU, lui aussi porté en gloire au Panthéon. Même trajet, même foule. Mais les organisateurs, cette fois, ont misé sur le décor végétal et les images du bonheur domestique. On a couvert les chars dexubérants rameaux, sous lesquels saffairent des botanistes, tandis que des mères de famille allaitent leurs enfants aux accents du Devin de village. Ce n'est plus « le vieil athlète » qu'on couronne, mais lhomme qui a libéré les enfants du maillot, rendu les mères à leurs devoirs, le chantre des vertus conjugales, lami de la Nature, le sage pédagogue d'un peuple humble et vertueux. Elle paraît éclatante, la leçon de ces fêtes jumelles. En les imaginant, la Révolution honore ses dettes et désigne ses ancêtres Voltaire-et-Rousseau, c'est-à-dire les Lumières. « Quand les deux hommes ont passé, écrit Michelet, la Révolution est faite dans la haute région des esprits. » Ils se sont méprisés, querellés, haïs ? Qu'importe. Il suffit de rendre à chacun son dû. À Voltaire les réformes qua inspirées la liberté, à Rousseau celles que réclamait légalité. Au premier les droits formels, au second les droits réels. Le premier fait vibrer le sentiment de luniversalité, le second, la fibre de la patrie. Et tandis que lun fascine les intelligences masculines, lautre emporte les curs féminins. Une heureuse répartition des tâches donc qui plaide au final pour lunité bénéfique de la Révolution. Voltaire, répétait-on, avait annoncé à ses petits-neveux « quils « verraient un beau tapage ». Rousseau, lui, avait écrit : « Nous approchons du siècle des révolutions.» Ces propos, pour paraître prophétiques, allaient être inlassablement repris : on tenait les précurseurs, on tenait donc les responsables, héros ou criminels. À gauche, on célébrait ceux qui avaient osé porter, au nom de la liberté, la hache dans la forêt des abus. À droite, on maudissait ceux qui, en faisant de la société non un ordre naturel mais le pur produit de la convention, avaient ouvert limmense crise dautorité de la Révolution. Ici comme là, on prêtait aux idées le pouvoir de mener, voire de refaire le monde cétait donc la faute à Voltaire, la faute à Rousseau. Peu dhistoriens reprendraient aujourd'hui le refrain de Gavroche[5]. Nul ne saviserait plus de déduire lévénement révolutionnaire de Voltaire, de Rousseau, ou dun quelconque de ces hommes de lettres qui, selon Tocqueville, faute de pouvoir participer à la vie politique réelle, sétaient complu à la chimère dune politique abstraite et littéraire ». Nous savons désormais que ces précurseurs supposés étaient loin de parler d'une seule voix; que leurs écrits étaient impossibles à ramener à la cohérence dun système ; que le triomphe de la raison, célébré à lenvi, avait, comme l'a magnifiquement montré Jean Starobinski [6], son envers ténébreux. Au-delà du cercle quéclairait le faisceau des Lumières, magnétiseurs, voyants, spirites, interprètes de rêves, zélateurs de rites étranges, sectes mystiques prospéraient dans lombre : tout un fourmillement irrationnel, révélateur de léchec des Lumières à combler les besoins obscurs des hommes. Lordre politique des Lumières s'est vite montré incapable de fournir aux citoyens le secours spirituel dune croyance commune. Reste quil sagissait d'un ordre et voilà qui déconsidère un peu plus lidée d'un enchaînement causal qui mènerait victorieusement de Lumières en Révolution. Car, si les philosophes avaient bien rêvé de réformes, cétait pour protéger, non pour bouleverser lordre social existant. Ils nappelaient pas à la révolution et navaient pas même imaginé le cataclysme quelle représenterait. Ils conjuguaient lespérance d'une société meilleure avec le conservatisme social. Quant aux acteurs du grand drame, ils avaient beau sabriter sous dillustres patronages et parsemer leurs écrits de citations pieuses, ils nen tenaient pas moins leur uvre propre pour radicalement inédite. « Il nous est permis de croire, sécrie victorieusement Mirabeau, que nous recommençons l'histoire des hommes. » Avec pareille conviction en tête, on était enclin à penser que le grandiose événement révolutionnaire « avait rapetissé bien des hommes de l«Ancien Régime ». Ainsi sexplique le dédain que les révolutionnaires ont vite montré aux écrivains des Lumières il faut toutefois en excepter Rousseau , soupçonnés davoir formé une secte courtisane et frivole qui, tranche Robespierre, « resta toujours au-dessous des droits du peuple ». Et le même denfoncer le clou : « La théorie du gouvernement révolutionnaire est aussi neuve que la révolution qui la amenée. Il ne faut pas la chercher dans les livres des écrivains politiques, qui nont point prévu la Révolution. » Par ailleurs, même sils avaient fait chez les philosophes ample moisson didées, les hommes de la Révolution devaient les mettre en uvre sur une scène infiniment plus confuse que celle des lettres, au beau milieu dune mêlée où les ambitions, les intérêts, les passions, langoisse, la panique même comptaient bien plus que les concepts. Nul ne parvenait durablement à contrôler le cours tumultueux des événements et la violence des hommes. Il fallait chaque jour se cogner aux mauvaises volontés et aux volontés mauvaises, voir se creuser un gouffre entre les actes et les principes. De cet écart vertigineux, la Terreur est l'exemple canonique. La Révolution soupçonne, surveille, censure, châtie, emprisonne, exécute, inscrit sur ses bannières un méchant oxymore : « le despotisme de la liberté ». Née des protestations contre les attentats de lAncien Régime à la liberté, elle se poursuit dans la suppression des droits de lhomme au nom de la raison dEtat. Entamée dans la joyeuse lumière de la parole libérée, elle senfonce dans la nuit du silence et de la peur. Lumières et Révolution : on doit donc renoncer à interpréter la conjonction de coordination comme un rapport dengendrement; aucune chaîne causale ne mène directement des unes à lautre. Mais faut-il pour autant distendre tout à fait le lien, jadis si fermement noué, entre la diffusion des Lumières et la commotion révolutionnaire ? La réponse est non, car le mouvement des Lumières comme la Révolution portent ensemble témoignage de ce quil advient aux hommes quand ils reprennent en main ce qui avait si longtemps paru appartenir à Dieu. On peut les voir comme deux séquences différentes dun mouvement séculaire dont le fond est le désenchantement du monde. Ce sont les aiguilles dune même horloge, qui marque désormais les heures d'une société neuve, émancipée de la tradition comme de la révélation, et glorieuse de son autonomie. On comprend mieux alors ce que les hommes des assemblées révolutionnaires allaient demander au répertoire des Lumières. Avant tout, une image exaltée de lemploi quils avaient à tenir, celui du législateur pédagogue. Le plus obscur, le plus chétif des députés était convaincu quà condition de consulter sa raison et dexercer sa volonté il pourrait à tout malheur humain fournir sa solution politique. Doù la confiance qu'ils accordaient tous aux capacités illimitées dune éducation politique bien comprise, capable à leurs yeux de forger de toutes pièces un peuple vertueux et républicain, puis dassurer sa félicité. Cette foi est ce qui, au-delà de leurs combats fratricides, les unit tous. Aussi les voit-on, une fois clos lépisode terroriste, y revenir comme au bercail, convaincus, avec Mme de Staël, que si la Révolution a connu un parcours aussi chaotique, cest pour avoir eu, non trop de Lumières, mais pas assez. « La Révolution est arrivée en France avant les Lumières qui devaient proclamer la République. » La faute nest ni à Voltaire ni à Rousseau, mais à un tempo mal maîtrisé. Contre cette religion pédagogique, puisée par la Révolution dans le corbillon des Lumières, la traversée du XXe siècle paraît nous avoir définitivement vaccinés. Auschwitz, Hiroshima lui opposent leur tragique évidence. Les espoirs mis dans un écolage rationnel et généralisé ? La croyance à lorganisation rationnelle du bonheur humain ? La marche irrésistible au progrès ? Des niaiseries, pensons-nous aujourd'hui, ou, pis, des impostures. Mais en dépit des démentis cruels que l'Histoire a fait pleuvoir sur ces attentes elles constituent toujours notre horizon. Fils ingrats ou fils reconnaissants tant qu'on voudra, mais nous restons des fils. Tant que nous naurons pas su imaginer autre chose, on peut parier que, même informulé, honteux de lui-même et humilié sous les sarcasmes, c'est lhéritage commun des Lumières et de la Révolution qui continuera à gouverner le cours de nos pensées. » Voltaire et Rousseau sont décédés la même année (1778) à un moins dintervalle : Voltaire, le premier (le 30 mai), Rousseau le 2 juillet. CONDORCET (1743-1794) ![]() Par la diversité de ses recherches mathématiques (calcul intégral, analyse), économiques, philosophiques , qui portent toute la marque des orientations intellectuelles de lépoque des Lumières, Nicolas Caritat, marquis de Condorcet occupe, dans lhistoire des idées, une place remarquable. Âgé de 16 ans, il soutint devant dAlembert une thèse danalyse mathématique et publia un Essai sur le calcul intégral en 1765. Ses travaux scientifiques lui ont valu dentrer à lAcadémie des sciences à lâge de 26 ans. Lié à dAlembert, à Voltaire et surtout à Turgot avec lequel il échangea une importante correspondance et qui le fit nommer inspecteur général des monnaies, il collabora à lEncyclopédie et publia des textes déconomie politique. Il édita et annota les uvres complètes de Voltaire et sattacha à définir les droits de lhomme. Il entra à lAcadémie française en 1782. En 1789, il était reconnu comme lhéritier des penseurs du XVIIIe siècle et le chef du « parti philosophique ». À lAssemblée législative où il siégeait parmi les élus parisiens, il présenta un remarquable plan dorganisation de lInstruction publique qui resta sans suite. À la Convention où il siégea comme député de lAisne, il ne vota pas la mort du roi, et le projet de Constitution quil avait élaboré fut finalement repoussé. Ami des Girondins sans être inféodé à leur parti, il fut décrété daccusation en juillet 1793, put se dérober pendant huit mois aux recherches, mais il fut découvert puis arrêté à Clamart ; il sempoisonna dans la prison de Bourg-lÉgalité (Bourg-la-Reine). Le 4 mars1988, Mona Ozouf qui vient de prendre connaissance du livre dElisabeth et Robert Badinter[7], livre son papier au Nouvel Observateur sous le titre « Un intellectuel en Révolution ». Elle nous livre un récit détaillé de sa traversée de la Révolution. Le livre d'Élisabeth et Robert Badinter est un aveu d'existence. Il a aussi le mérite de débarbouiller limage du « doux Condorcet ». Les vertus de leur héros ne leur dissimulent pas son caractère abrupt, parfois teigneux, et sa difficulté à pardonner les offenses. Il noubliera jamais l'injure faite à l'enfant triste quil avait été par ses éducateurs jésuites, inlassables pédagogues de la peur. Son agressivité poursuivra sans relâche les prêtres, les magistrats, Necker, Buffon, avec la tranchante assurance de recueillir à tout coup les acclamations du gang philosophique. Le parrain, c'était le frétillant « vieux malade de Ferney », dont la Pléiade vient de publier le douzième volume de lettres i 000 pages sur papier bible pour trente mois de correspondance, on a beau le savoir, on est toujours épaté [8]. L'idée voltairienne que la liberté de pensée décide de tout avait conquis Condorcet pour toujours. La première médecine qu'il suggère, lorsque l'ami D'Alembert déprime, c'est une cure dintelligence à Ferney. Voltaire de son côté, quand le prend l'humeur noire « davoir vu naître et périr lâge d'or que Monsieur Turgot nous préparait », adresse sa plainte à Condorcet: «Où est le temps où vous rallumiez mon feu avec Monsieur DAlembert ? » Pour qui s'intéresse à l'immense question de la filiation de la Révolution aux Lumières, le marquis de Condorcet est un personnage inespéré. Il était lemblème du triomphe des Lumières, mathématicien célèbre en Europe, secrétaire de lAcadémie des sciences depuis 1773 et son élection en 1782 avait consacré lOPA des philosophes sur l'Académie française. Lui qui avait fait le pont entre deux générations dencyclopédistes le fera aussi avec les temps nouveaux, seul des grands philosophes dont on na pas à se demander ce qu'il aurait fait en Révolution. Et son engagement promettait dêtre d'autant plus démonstratif quil soutenait vrai credo de sa vie qu'on peut donner aux sciences sociales et politiques la même certitude quaux sciences expérimentales. Hélas ! « Je n'étais point dans la confidence », dira-t-il le 20 août 1792, après la prise des Tuileries. Cet aveu pourrait servir de résumé ironique à sa traversée de la Révolution, toujours en retard dune péripétie. Il avait commencé par manquer l'ouverture : adversaire des États généraux par haine des parlements, il ny fut pas élu. On le retrouve à la Législative, le 20 avril 1792, pour lire son grand rapport sur lInstruction publique : pas de chance, c'est le jour de la déclaration de guerre [à lAutriche]. Puis, le 9 août, pour adjurer le peuple de respecter les lois constitutionnelles : raté de nouveau, le lendemain lui infligera un sanglant démenti. Cascade d'échecs encore à la Convention: le plus cuisant est celui de son enfant chéri, cette constitution démocratique qui devait réconcilier la volonté populaire avec la raison. Ses amis laccueillent sans chaleur ses ennemis nen feront quune bouchée. Le sous-titre choisi par les Badinter peut laisser croire quil s'agit de la carrière ordinaire que font en politique les intellectuels, raisonnables ingénus tombés sur une planète déraisonnable. En réalité, Condorcet est tout sauf un modéré. Il sabstient de voter la mort du roi « une peine contre mes principes » , mais il nétait ni fâché ni ému de voir traiter Louis en citoyen ordinaire. La haine des privilèges lavait acquis à lexclusion des privilégiés, la haine de la Cour lavait rallié à la guerre. Cédant comme ses amis girondins à un langage exalté dont il appréciait mal la pente, il était un conducteur irresponsable de la foudre révolutionnaire. Tard encore, au beau milieu de l'année 1793, on le verra justifier les mesures dexception contre les hommes « qui cherchent à produire une révolution en sens contraire ». Priver de liberté les ennemis de la liberté, dautres le disent déjà mieux que lui et il est facile dironiser sur la concession ruineuse que fait ici lhomme du droit. En même temps pourtant, Condorcet proteste contre « lhabitude détestable de sabriter derrière la nécessité, lexcuse des tyrans », juredenaccepter quune illégalité provisoire, tient bon sur cette vérité simplette : que les révolutions les meilleures sont les plus courtes. Ce nest pas seulement un bricolage de circonstance. La difficulté, comme le montre Alain Pons dans son intelligente présentation de lEsquisse[9], est aussi dans sa pensée. Condorcet accorde beaucoup à lhistoire, réservoir d'exemples qui illustrent pour lui le progrès de lesprit humain. Mais il se refuse à en croire le déroulement fatal, il sait quil y a des régressions passagères : voilà qui loblige à concilier la présence du mal dans l'histoire avec la possibilité dy mettre fin, à confier donc ses espérances à l'éducation du peuple. Et cest pourquoi sa proscription ne lui arrache ni un cri contre la Révolution ni un regret pour ses propres écrits : le triomphe des méchants est un avatar qui peut emporter mais non ébranler un optimiste raisonné. Élisabeth et Robert Badinter trouvent leurs accents les plus émouvants pour accompagner les derniers jours de leur condamné. Reclus longtemps dans une maison discrète, puis boitillant dans la plaine de Clamart avec son vieil Horace et sa canne de bois dépine, seul devant la porte close de ses amis d'autrefois, gelé, affamé, abandonné, dénoncé, capturé, Condorcet avant de mourir trouve encore la force de recommander les trois amours de sa vie : sa femme, sa fille et son manuscrit sur le calcul intégral. LES RÉVOLUTIONNAIRES ÉPONYMES Ces personnages, que notre histoire a retenus , seront classés ici dans lordre où la RÉVOLUTION les aura disgrâciés (guillotinés, exécutés ou suicidé). Seront placés en dernier ceux quelle aura épargnés. 1. BRISSOT ET SES PARTISANS (BRISSOTINS dits encore GIRONDINS) BRISSOT de Warville, Jacques-Pierre (1754-1793) ![]() Né à Chartres, il fit ses études au collège de Chartres, où il montra une grande ardeur au travail et une fervente piété. Durant sa rhétorique, la fréquentation dun de ses camarades jeta dans son âme des semences de doute, que firent germer des lectures. Il devint peu à peu, au grand désespoir de sa famille, un adepte de Voltaire, de Diderot et, surtout, de Rousseau. La Profession de foi du vicaire savoyard lui parut être un nouvel évangile. Lorsquil lui fallut adopter une profession, il ne lui restait que le barreau. Pour sexercer à la procédure, il entra chez un procureur, mais pour se distraire des fastidieuses minuties de la chicane, il se précipita dans les études les plus variées, scientifiques et littéraires, et y apporta jour et nuit un acharnement passionné, une voracité incomparable. Sa véritable vocation paraît avoir été pour lérudition, en particulier pour la linguistique. Dévoré du besoin de se livrer à quelques travaux utiles, ce polygraphe par nature et par besoin conçut le plan de sa Théorie des lois criminelles (1780), qui le fit connaître, et dont il adressa la préface à Voltaire. Voltaire, au milieu de ses derniers triomphes, ne dédaigna pas de le remercier de cet envoi par une lettre encourageante et flatteuse. Devenu journaliste le Patriote français,son journal républicain, connut un grand succès . et pamphlétaire, il fut enfermé à la Bastille en 1784. On lavait dénoncé comme lauteur des Passe-temps dAntoinette, un pamphlet contre la reine Marie Antoinette, écrit en réalité par le marquis de Pellepore. Sil semble établi, après certains travaux, que Brissot nest pas lauteur de ce libelle contre la reine, par contre, le pamphlet du Diable dans un bénitier semble avoir bénéficié de sa collaboration. Il fallut quatre mois, et les sollicitations puissantes de Félicité de Genlis et du duc dOrléans, pour faire reconnaître son innocence. Il fut par la suite employé dans les bureaux du duc dOrléans (1785). Fondateur de la Société des Amis des Noirs (1788), il se rendit en Amérique afin détudier les moyens de leur émancipation. Élu député de Paris à lAssemblée législative, il fit proclamer légalité des droits pour les hommes de couleur pour abolir la traite des noirs et non lesclavage, même si lidée était en marche. Il combattit sans cesse lanarchie ; il flétrit de toute son indignation les septembriseurs, et séleva avec tant dénergie contre la condamnation à mort du roi, quil regardait comme impolitique, quen entendant son arrêt Louis XVI sécria : « Je croyais que M. Brissot mavait sauvé ! » Brissot cependant, convaincu de linutilité de ses efforts, avait voté la mort, mais avec la condition expresse que le jugement ne serait exécuté quaprès avoir été ratifié par le peuple. Ce vote ne servit quà exaspérer les Montagnards, sans sauver le roi ni même retarder sa mort. Il neut aucune peine à sinstituer parce quil avait voyagé à létranger le spécialiste de la politique extérieure. Élu à lAssemblée législative le 18 septembre 1791, dominant le Comité diplomatique, il sopposa à Robespierre sur la question de la guerre et fut lun des plus acharnés à défendre la déclaration de guerre aux puissances de lEurope, « croisade de la liberté universelle », avec la certitude du succès, car les peuples opprimés se soulèveraient contre les rois. Il y voyait aussi une garantie pour la Révolution. « Nous ne pourrons être tranquilles que lorsque lEurope et toute lEurope, sera en feu ». Député dEure-et-Loir à la Convention, il fut un ces chefs du parti girondin du fait de la présence en son sein de plusieurs députés de Bordeaux. Décrété daccusation au 2 juin 1793, il senfuit ; arrêté à Moulins, il fut ramené à Paris et guillotiné. Principaux ouvrages : Théorie des lois criminelles (1780) ; De la France et des États-Unis (1787) ; À mes commettants (1793). ROLANDJean Marie vicomte de la Platière (1734-1793) ![]() Né à Thizy (Beaujolais) et mort à Bourg-Beaudouin (Eure), Roland est un économiste et homme dÉtat français. Il entreprend de faire carrière dans le commerce et les manufactures et entre bientôt dans le corps des inspecteurs des manufactures. Il est nommé en premier lieu à Amiens où il épouse la jeune Marie Jeanne Philipon dite Manon ou Madame Roland qui a vingt ans de moins que lui. Il est ensuite nomméà Lyon (1784). Partisan des idées nouvelles, il est élu en 1790 au conseil Général de la Commune de la ville, qui lenvoie à Paris lannée suivante, afin de démontrer à lAssemblée létat déplorable du commerce et des manufactures dans la région lyonnaise. Dans la capitale où il séjourne plusieurs mois, il se lie avec les Girondins et notamment Brissot, Buzot, Pétion, fréquente le club des amis de constitution. À la fin de lannée, le couple Roland sinstalle définitivement à Paris. Manon Roland, passionnée elle aussi par la politique reçoit bientôt dans son salon tous les hommes influents. À partir de là le parti girondin se constituera chez les Roland, grâce aux relations de sa femme il entre en mars 1792 dans le « ministère Girondin » où il devient ministre de lintérieur. Son aspect bourgeois ne manque pas de choquer les courtisans et les huissiers du palais. Le 10 juin 1792, le ministre de lintérieur adresse une lettre à Louis XVI rédigée par Manon, dans laquelle il adjure le roi de renoncer à son veto et de sanctionner les décrets. Sa lettre rendue publique, Roland est renvoyé le 13 juin. Le ministre, plutôt favorable jusqualors à une monarchie constitutionnelle, rejoint le camp des Républicains. Après le 10 août 1792, lassemblée législative lui rend son portefeuille il redevient ministre. En place au moment des massacres de Septembre il se distingue par son inertie, ne prenant que des mesures bien trop tardives. Élu à la Convention, Roland refuse son siège de député, préférant conserver son portefeuille au Ministère. Cependant après louverture de la fameuse armoire de fer, le ministre de lintérieur trie lui-même les documents découverts. Les Montagnards laccuseront davoir ainsi fait disparaître des papiers compromettants pour la Gironde. Son attitude pendant le procès du roi, lorsquil essaie dobtenir lappel au peuple, augmente encore la haine que lui portent les Montagnards. Le 23 janvier 1793, las de toutes ces attaques et aussi fort atteint par les révélations de Manon qui vient de lui avouer son amour pour Buzot, Roland démissionne. Retiré dans sa petite maison de la rue de la Harpe, lancien ministre voudrait quitter Paris, mais lassemblée lui en refuse lautorisation, et Manon ne veut pas séloigner de son cher Buzot. Dès lors, son destin est scellé. Ses violentes attaques contre les Montagnards et la Commune de Paris le font décréter darrestation avec les Girondins, le 2 juin 1793. Il refuse de les suivre alléguant que leurs ordres sont illégaux. Mis hors la loi, Roland parvint à séchapper il quitte Paris et se réfugie à Rouen en Normandie, chez deux vieilles demoiselles qui lhébergent au péril de leur vie. Cest là que le 10 novembre1793, il apprend lexécution de Manon. Après avoir brûlé ses papiers, il prend sa canne-épée, et quitte son refuge, marchant en direction de Paris. Au soir, il sengage dans une allée et se tue de deux coups de sa canne épée contre un arbre avant de sy empaler. On trouve sur lui ce billet : « Qui que tu sois qui me trouves gisant ici, respecte mes restes ; ce sont ceux dun homme qui est mort comme il a vécu, vertueux et honnête. » Les Girondins Les Girondins sont en fait l'amalgame de tendances distinctes en 1792 et 1793, telles que Brissotins, Rolandistes ou Rolandins, l'ensemble formant, après les grandes proscriptions de 1793, les "Girondins" dont quelques-uns furent exécutés en octobre 1793. À la fin de 1791, le parti des Girondins était encore au berceau ; il ne pouvait encore figurer, dans l'Assemblée, que par, Brissot, Vergniaud le meilleur orateur de la Gironde, Isnard, Condorcet, et hors de l'Assemblée, que par Buzot, Clavière, Roland
». Certains Girondins, comme Condorcet, Brissot, Roland, Guadet, Vergniaud, Buzot, étaient des républicains convaincus. Voltairiens, ils désiraient le triomphe de la bourgeoisie éclairée et uvrèrent dans ce sens jusquen août 1792 ; bourgeois, ils sopposèrent ensuite à la vague populaire et furent progressivement évincés des Jacobins : ainsi sexplique la politique dabord révolutionnaire, puis modératrice des Girondins. Les affrontements violents entre Girondins et Montagnards dominèrent les premiers mois de la Convention. À partir de 1793 les Girondins ne pouvaient parler à lunisson, sauf quand leurs adversaires les y contraignaient. La faction Brissotine, chez les Girondins, comme la faction des "Exagérés" chez les Montagnards (environ 90 députés en avril 1793), invisible jusqu'alors, se révélera soudainement. L'artifice du 31 octobre 1793, auquel l'historiographie (dont Lamartine) a cru, a été de réunir sur un même banc, en un savant amalgame, la tendance modérée Girondiste incarnée par Vergniaud, les Brissotins (moins Pétion, Clavières et Lebrun en fuite) et quelques Orléanistes comme le marquis de Sillery, époux de Mme de Genlis. Il a été rapporté que les révélations apportées lors du procès du 31 octobre 1793, convainquirent Vergniaud et les Girondistes de la duplicité de Brissot à qui ils refusèrent de parler jusqu'à la mort.. 2. HÉBERT ET SES PARTISANS HÉBERT Jacques (1757-1794) ![]() Né à Alençon, Hébert fut journaliste et homme politique. Il fonda en 1790, le Père Duchesne qui, après le meurtre de Marat et la disparition de son Ami du peuple, fut le principal organe de la Révolution extrémiste. Ses articles ont contribué à créer dans les milieux sans-culottes le climat propice à de nombreux évènements révolutionnaires : chute de la royauté, massacres de Septembre, chute des Girondins[10]. Tous ceux quil a dénoncés, à de rares exceptions près, ont fini par être envoyés au Tribunal révolutionnaire. Membre influent du club des Cordeliers de 1791, il fit partie de la Commune insurrectionnelle du 10 août et devint substitut du procureur de la Commune de Paris élue en décembre 1792. Il mena une lutte acharnée contre les Girondins. Arrêté sur ordre de la Commission des Douze (mai 1793), il fut libéré le 27 à la suite dune démarche menaçante de la commune auprès de la Convention. Il devint le chef de la faction ultra-révolutionnaire du parti montagnard. Il contribua à la condamnation de la reine Marie-Antoinette par la violence de ses accusations (14-16 octobre 1793). Dépassant Robespierre quil accusait de modérantisme, minant son influence au sein du parti jacobin, il prépara une insurrection, soit pour le renverser, soit pour lui imposer sa politique, lorsquil fut arrêté, condamné à mort et exécuté le 24 mars 1794. MARAT Jean-Paul (1743-1793) ![]() Né à Boudry (principauté de Neuchâtel), Marat est un médecin, physicien, journaliste et homme politique français. Après ses études de médecine à Bordeaux puis à Paris, il se fixe en Grande-Bretagne et adhère à la franc-maçonnerie en 1774. Revenu en France en 1777, il est nommé médecin aux gardes du Comte dArtois, mais perd son emploi en 1783. Ses projets présentés à lAcadémie des sciences ayant fait scandale, il publie dès le 12 septembre 1789 un journal, Le Publiciste parisien, devenu le 16 du même mois LAmi du peuple. Partisan dune liberté illimitée de la presse, ses articles où il dénonça avec violence le complot aristocratique, les faiblesses de la Constitution, la trahison des ministres, lui valurent dêtre emprisonné au cours du mois doctobre 1789. Membre influent des Cordeliers, il attaqua Necker si bien quil dut se réfugier à Londres. À son retour en France, il sen prend à La Fayette quil accuse de complicité avec les ennemis de la Révolution. Après Varennes et la fusillade du Champ de Mars (17 juin 1791), il attaque le roi et demande une dictature. LAmi du Peuple est supprimé et il repart pour lAngleterre jusquen mai 1792. De retour à Paris, il reprend la publication de son journal, approuve le massacre des généraux par leurs soldats et prépare le 10 août sans se manifester. Administrateur adjoint du Comité de surveillance de la Commune (2 septembre 1792) il est lun des principaux responsables des massacres de septembre. Élu député de Paris à la Convention, il est tenu à lécart même par la Montagne. Comme il excite le peuple à la violence et réaffirme la nécessité dun dictateur en temps de crise, il est attaqué devant la Convention par les Girondins de même que Danton et Robespierre ; loffensive échoue le 25 septembre 1792. Lorsquil eut cessé la publication de LAmi du peuple, il commença celle du Journal de la République française le 25. Lors de la crise du printemps 1793, il signe comme président la circulaire des Jacobins appelant les patriotes de province à soutenir Paris contre Dumouriez et les Girondins. Ceux-ci le font décréter daccusation par la Convention (17 avril 1793). Acquitté sous les acclamations par le Tribunal révolutionnaire (24 avril), il réclame dès le 27 mai la suppression de la commission girondine des Douze qui avait été créée le 18 et prend une part décisive à la chute des Girondins (2 juin 1793). Épuisé par la maladie et par la lutte contre tous ses adversaires, il est assassiné par une amie des Girondins, Charlotte Corday, le 12 juillet 1793. Fait martyr de la Révolution, il sera lobjet de la part des « sans-culotte » et des hébertistes lobjet dun véritable culte. Son corps, transféré au Panthéon le 21 septembre 1794, deviendra vite le symbole de tous les excès révolutionnaires ; ses restes seront alors retirés du Panthéon en février 1795, ainsi quil avait été fait de son buste à la Convention un mois plus tôt. RONSIN Charles-Philippe (1751-1794) ![]() Né à Soissons, mort à Paris, Ronsin est un révolutionnaire et un général français. Accueillant favorablement la Révolution, il devient capitaine de la garde bourgeoise du district de Saint-Roch en 1789 et fait représenter plusieurs pièces patriotiques dans les théâtres de la capitale entre 1790 et 1792. En avril 1792, il sinstalle dans la section du Théâtre-Français, où il fréquente le club des Cordeliers. En août et en septembre, le Conseil exécutif lui confie trois missions. En novembre, le ministre de la guerre Pache le nomme commissaire-ordonnateur en Belgique auprès de l'armée de Dumouriez. À ce poste, il dénonce les exactions des fournisseurs aux armées, protégés par le général. Le 23 avril 1793, il est nommé adjoint du ministre de la guerre Bouchotte. En mai, il part en Vendée, pour assurer la fourniture aux armées ; il y joue un rôle important, à côté des envoyés en mission de la Convention nationale. Grâce à ses appuis parmi les Cordeliers et au ministère, il passe, du 1er au 5 juillet, du grade de capitaine à celui de général de brigade à l'armée des côtes de La Rochelle. En septembre 1793, il devient général en chef de l'armée révolutionnaire de Paris. Violent et dun tempérament emporté, il se révèle cependant un bon administrateur, honnête et intelligent, dans ses différentes fonctions. Son ascension fulgurante et son caractère lui vaut toutefois de nombreux ennemis. Le 27 frimaire, il est arrêté à la demande de Fabre d'Églantine, avant dêtre libéré un mois et demi après, le 14 pluviôse, avec Vincent, grâce à une campagne des Cordeliers en sa faveur. Adversaire du modérantisme, il défend devant les Cordeliers l'appel à linsurrection des hébertistes, le 12 ventôse. Toutefois, cinq jours après, il revient sur ses propos et défend un programme d'union des républicains. Toutefois, ses maladresses favorisent la thèse d'un complot militaire, visant à remplacer le gouvernement révolutionnaire par une dictature militaire, avec laide de larmée révolutionnaire, défendue par Fouquier-Tinville, qui le présente comme un « nouveau Cromwell ». Arrêté le 23 ventôse, il est guillotiné avec les hébertistes le 4 germinalan II (24 mars 1794). Trois jours après sa mort, l'armée révolutionnaire est licenciée. Les Hébertistes Très puissants, ils étaient les maîtres de la Commune avec Chaumette, procureur-syndic. Ils dominaient aussi le club des Cordeliers, la plupart des sociétés populaires et par-là les sections parisiennes. Ils tenaient le ministère de la Guerre avec le ministre Bouchotte et le secrétaire général Vincent ; on comptait encore parmi eux limprimeur Mormoro et Ronsin, commandant de larmée révolutionnaire. Ils eurent deux représentants au Comité de salut public, Collot dHerbois et Billot-Varennes. 3. DANTON ET SES PARTISANS DANTON (1759-1794) ![]() Né à Arcis-sur-Aube, il est avocat et homme politiquefrançais. Il est une des figures emblématiques de la Révolution française tout comme Mirabeau avec qui il partage un prodigieux talent oratoire et un tempérament impétueux, avide de jouissances (les ennemis de la Révolution l'appellent le Mirabeau du ruisseau). En 1789, Danton habite le district des Cordeliers (devenu en mai 1790 la section du Théâtre-Français) dans le quartier du Luxembourg, quartier de libraires, de journalistes et dimprimeurs. Il demeure au n° 1 dun passage bordé de boutiques reliant la rue Saint-André-des-Arts à la rue de l'École-de-Médecine, qui connait son heure de gloire sous la Révolution : Marat y a son imprimerie au n°8, Camille Desmoulins y séjourne, la guillotine est expérimentée sur des moutons en 1790, dans la cour du n° 9. Appartenant à la moyenne bourgeoisie, titulaire dun office, il participe aux élections du tiers état aux États Généraux de 1789 et s'enrôle dans la garde bourgeoise de son district. Il acquiert sa renommée dans les assemblées de son quartier : assemblée de district dont il est élu et réélu président, puis assemblée de section quil domine comme il domine le club des Cordeliers, créé en avril 1790 dans lancien couvent des Cordeliers avant de sinscrire au club des Jacobins. Car Danton est, selon Mme Roland qui le hait, un personnage théâtral, figure « repoussante et atroce, avec un air de grande jovialité ». Orateur dinstinct, ses harangues improvisées (il nécrit jamais ses discours) enflamment ses auditeurs. Les contemporains disent que ses formes athlétiques effrayaient, que sa figure devenait féroce à la tribune. La voix aussi était terrible. « Cette voix de Stentor, dit Levasseur, retentissait au milieu de lAssemblée, comme le canon d'alarme qui appelle les soldats sur la brèche ». Lhistorien Georges Lefebvre en trace le portrait suivant : « Il était nonchalant et paresseux ; cétait un colosse débordant de vie, mais dont le souci profond et spontané était de jouir de lexistence, sans se mettre en peine de lui assigner une fin idéologique ou morale, en se tenant le plus près possible de la nature, sans souci du lendemain surtout (
) Avec son goût très vif, mais sain, pour les plaisirs de la vie, le cur sur la main, et la dépense facile, insouciant et indulgent, dune verve intarissable et primesautière, qui népargnait pas les propos salés, Danton plaisait naturellement à beaucoup de gens. (
) Aimant lexistence, il était optimiste ; débordant de sève, il respirait ordinairement lénergie ; ainsi devait-il simposer aisément comme un chef : cétait un entraineur dhommes. » Sa renommée grandit vite. Le district quil préside sillustre aussi dans la lutte contre Bailly, le maire de Paris et contre La Fayette. Il sinsurge en janvier 90 pour soustraire Marat aux poursuites judiciaires. Si Danton ne participe pas directement aux grandes « journées » révolutionnaires, il les arrange, les prépare. Début octobre, il rédige laffiche des Cordeliers qui appelle les Parisiens aux armes. Le 16 juillet 1791 dans laprès-midi, la veille de la fusillade du Champ-de-Mars, il va lire la pétition des Jacobins au Champ-de-Mars sur lautel de la patrie. Mais le 17, il est absent lorsque la garde nationale commandée par La Fayette tire sur les pétitionnaires, faisant une cinquantaine de victimes. Une série de mesures répressives contre les chefs des sociétés populaires suit cette journée dramatique, lobligeant à se réfugier à Arcis-sur-Aube, puis en Angleterre. Après lamnistie votée à lAssemblée le 13 septembre 1791, il revient à Paris. Il tente en vain de se faire élire à l'Assemblée législative. En décembre, il est élu second substitut adjoint de Manuel, procureur de la Commune. Dans le débat sur la guerre au club des jacobins commencé au début de décembre 1791, il penche plutôt du côté de Robespierre que de Brissot sans adopter une position antibelliciste aussi vigoureuse que celles de son ami. Mais le 30 décembre 1791 les deux hommes firent front commun avec succès contre une tentative déguisée de Brissot de musellement de lopinion « antibelliciste» au club des jacobins. Ayant été élu président du club le 27 avril 1792, le 10 mai suivant, en réaction à des insultes des Brissotins (Girondins) à l'encontre d'un présumé « despotisme dopinion », de Robespierre, Danton proteste : « M. Robespierre n'a jamais exercé ici que le despotisme de la raison ». Danton incarne la « Patrie en danger » dans les heures tragiques de linvasion daoût 1792 quand il s'efforce de fédérer contre l'ennemi toutes les énergies de la nation : pour vaincre, dit-il, « il nous faut de laudace, encore de laudace, toujours de laudace et la France sera sauvée ! ». Il est un des grands bénéficiaires de cette journée du 10 août qui marque la chute de la monarchie, journée à laquelle il na pas participé personnellement. Face à la Commune insurrectionnelle qui sappuie sur les sections insurgées et qui tient Paris, lAssemblée législative na dautres choix que de suspendre Louis XVI et de lui substituer un Conseil exécutif provisoire de six membres composé des anciens ministres girondins (Roland à lIntérieur, Servan à la Guerre, Clavière aux Finances) avec Monge à la Marine et Lebrun aux Affaires étrangères. Les Girondins, hostiles au Paris révolutionnaire, ont besoin dun homme populaire et engagé avec les insurgés pour faire la liaison avec la Commune insurrectionnelle. Ils font nommer Danton au ministère de la Justice. Danton sinstalle place Vendôme, devenue place des Piques, et fait aussitôt entrer ses amis au ministère : Desmoulins est nommé secrétaire du Sceau, Fabre d'Églantine secrétaire général de la Justice (jusqu'alors un seul fonctionnaire occupait les deux postes). DESMOULINS Camille (1760-1794) ![]() Né à Guise, il fut au Collège Louis-le-Grand, le camarade de Robespierre et sinscrivit en 1785 au barreau de Paris. Dès 1788, il envisage lapproche de la Révolution dans une brochure intitulée la Philosophie du peuple français ; en juin 1789, il compose un violent réquisitoire contre lAncien Régime intitulé la France libre. Le 12 juillet, il appelle aux armes la foule réunie dans le jardin du Palais-Royal et agitée par la nouvelle du renvoi de Necker, arborant (mais fut-il le premier ?) une cocarde verte, couleur de lespérance et de la livrée de Necker, et annonçant que la Cout préparait une « Saint-Barthélemy des patriotes ». Il exerça une action réelle sur lopinion révolutionnaire par ses discours au Club des Cordeliers et surtout par les publications dans lesquelles il donnait carrière à sa verve abondante et à ses idées républicaines : des pamphlets comme le Discours de « la Lanterne » aux Parisiens, son journal, les « Révolutions de France et de Brabant ». Ayant pris une part active à la journée du 10 août, il devint le secrétaire de Danton et fut nommé député de Paris à la Convention. Il continua sa campagne de presse, dabord contre les Girondins, quil attaqua en 1793 dans Fragment de lhistoire secrète de la Révolution ou Histoire des Brissotins, les représentant comme les agents dun complot anglo-prussien, pour diviser la France en trente ou quarante républiques fédératives, puis contre les hébertistes dans le Vieux Cordelier fondé dans cette intention (déc. 1793). Ce journal excita la défiance de Robespierre lorsquil soutint la politique de Danton et des Indulgents et demanda la formation dun comité de clémence. La condamnation du régime de la Terreur par un des révolutionnaires les plus marquants de 1789 eut un grand retentissement. Aussi Camille Desmoulins fut-il enveloppé dans la disgrâce des dantonistes. Arrêté le 31 mars 1794, condamné à mort par le Tribunal révolutionnaire, il fut exécuté le 5 avril suivant. Son épouse, Lucile Desmoulins, fut arrêtée pour avoir protesté dans une lettre indignée adressée à Robespierre ; accusée de complicité, elle fut exécutée le 13 avril. 4. ROBESPIERRE ET SES PARTISANS ROBESPIERRE (1758-1794) ![]() Né à Arras, il est laîné d'une fratrie de cinq enfants, et perd sa mère à l'âge de six ans. Puis son père ayant abandonné ses enfants, et il est pris en charge par son grand-père maternel. Après d'excellentes études au collège d'Arras et au collège Louis-le-Grand de Paris, licencié en droit, il devient avocat et s'inscrit en 1781 au Conseil provincial d'Artois, occupant même un temps la charge de juge au tribunal épiscopal. Personnalité importante au Club des Jacobins sous la législative, il commence à jouer un rôle de premier plan après le 10 août 1792 comme membre de la Commune insurrectionnelle et est l'un des principaux chefs montagnards. Son autorité s'accroît au cours du procès du Roi par la rigueur de son argumentation tandis qu'il demande non pas le déroulement d'un procès en bonne et due forme, mais l'éxécution par la Convention d'un acte de Salut Public. Dès mars-avril 1793, après la trahison de Dumouriez, Robespierre réclame la loi des Suspects (qui sera votée en septembre), parce que le Salut Public l'exige. En ce début de 1793, il a pris résolument parti contre les Girondins (discours du 31 mai). Le 10 juillet 1793, Robespierre entre au Comité du Salut Public. Il y reste jusqu'au 20 juillet 1794. A mesure que se créent et se précisent les institutions révolutionnaires et que le Comité du Salut Public est conduit à centraliser de plus en plus l'action gouvernementale pour un maximum d'efficacité, Robespierre entre davantage en conflit avec les Hébertistes dont la violence suggère l'idée de la provocation étrangère, et avec les Dantonistes dont la politique " indulgente" lui semble suspecte, alors que l'édifice révolutionnaire est encore fragile. Il abat les uns et les autres (début de 1794) puis appuie avec force la fameuse loi du 22 prairial an II (10 juin 1794) qui instaure la Grande Terreur, ôtant aux accusés toute possibilité de défense ou de recours. De cette loi, ses ennemis lui feront porter lentière responsabilité, bien qu'elle ait été présentée par Couthon et n'ait pratiquement pas soulevé d'opposition au Comité du Salut Public. Enfin Robespierre institue une religion civique, qui combat lathéisme, reconnaît limmortalité de lâme et enseigne aux Français la haine de la tyrannie et lamour de la justice. Il est le héros de la fête de lÊtre Suprême qui se déroule partout en France le 8 juin 1794. Il voit dans ce culte, selon les idées de Rousseau, un ensemble de gestes symboliques destinés à créer une communion des idées révolutionnaires. Mais bientôt les désaccords s'étalent au sein du Comité du Salut Public dont le Comité de Sûreté générale supporte mal l'ascendant. Le petit groupe des Robespierristes est critiqué de divers côtés. Robespierre se retire quelques temps de la lutte. Délai capital qui permettra à ses ennemis, Montagnards en premier, de préparer, en faisant appel à la Plaine, la coalition qui le renversera. Incarcéré puis délivré , il est conduit à l'Hôtel de ville où il est arrêté dans la nuit par les troupes aux ordres de la Convention et envoyé le lendemain à l'échafaud avec son frère Augustin, Saint-Just, Lebas, Couthon, Coffinhal, etc. (27-28 juillet 1794) Célèbre par la rigueur de ses principes, il doit à son désintéressement le surnom d« incorruptible ». On a fait de lui un précurseur du socialisme, bien quil se soit toujours montré défenseur absolu du droit de propriété. Son idéal a été celui d'une démocratie vertueuse sans trop d'écarts entre les fortunes et où les conquêtes politiques sont inséparables du mieux-être social. Il est en tout cas certain quon en a fait le personnage le plus représentatif de la Révolution Française. SAINT-JUST, Louis Antoine Léon de, (1767-1794) ![]() Né à Decize (Nièvre), Saint-Just est un homme politique français très remarqué de la Révolution française. Enthousiaste dès lorigine pour le mouvement révolutionnaire, il se mêle à la vie politique locale ; choisi comme colonel de la garde nationale de Blérancourt (arrondissement de Laon), il est écarté, du fait de sa jeunesse, des élections de la Législative (1791). Élu à la Convention (1792), il est déjà connu à Paris par la publication de lEsprit de la Révolution et de la Constitution de la France, à la fin de 1791. Il se révèle demblée comme le plus jeune et lune des meilleurs têtes de la Convention. Considérant le régicide comme « une mesure de salut public » nécessaire à la fondation du nouveau régime (« Les hommes qui vont juger Louis ont une république à fonder »), il intervient le 11 novembre, puis le 27 décembre 1792, pour placer le procès du roi sur le plan politique et vote la mort sans sursis. Lors des travaux constitutionnels, il attaque le projet fédéraliste de Condorcet et préconise un État où la représentation nationale, souveraine, élue au suffrage universel, se subordonnerait lexécutif et commanderait directement une armée réellement démocratisée. Il fait passer certaines de ses vues dans la Constitution de 1793. Élu au premier Comité de salut public (30 mai 1793) et réélu le 10 juillet (Grand Comité), il semploie avec Robespierre à sauver la Révolution menacée de lintérieur et de lextérieur. Il se fait le théoricien et le promoteur du gouvernement révolutionnaire de la Terreur. Pour soutenir lunité nationale, il présente des rapports à la Convention les 13 mars 1793 (contre les hébertistes) le 17 (contre le « régicide dintention », Héraut de Séchelles), le 31 (contre les dantonistes) le 8 juillet contre les fédéralistes girondins insurgés. Saint-Just fait lapologie de la Terreur comptant « sur les vertus pour en limiter les abus » ; sur ses rapports, la Chargé avec Le Bas de missions aux armées, il se révèle alors homme daction, aux décisions fulgurantes, réorganise larmée du Rhin qui reprend Wissembourg et dégage Landau, puis larmée du Nord. Enfin, sa mission aux frontières du Nord et de lEst, du 13 au 29 juin 1794, contribue à la victoire de Fleurus (26 juin) qui lauréole de gloire. Son activité politique et militaire repose sur une pensée sociale généreuse quil applique déjà lors de sa mission en Alsace [impôts de 9 millions sur les riches de Strasbourg (31 octobre 1793) et de 8 millions pour ceux de Nancy]. Peu au fait des réalités économiques de son pays, il rêve avec Robespierre dune démocratie de petits propriétaires, paysans et artisans : cet idéal est en contradiction avec lévolution capitaliste de léconomie, mais il lamène à vouloir satisfaire les aspirations populaires. Parmi les décrets de ventôse confisquant les biens des ennemis de la République (25 février 1794) pour les transférer aux indigents doivent assurer un transfert de propriété qui attache le peuple à la démocratie, tout en abattant laristocratie ; laction de Saint-Just par le terreur tend à la démocratie sociale. Mais échoue après Fleurus, avec la chute de Robespierre (9 thermidor) qui entraîne Saint-Just dans la mort. 5. LES SURVIVANTS LEGENDRE Louis (1752-1797) ![]() Né à Versailles, mort à Paris, Legendre est un révolutionnaire français. Établi comme maître boucher à Paris, son nom se trouve mêlé à toutes les journées de la Révolution. Le 12 juillet1789, il fait partie des parisiens qui promènent par les rues les bustes de Necker et du duc dOrléans. Le lendemain, il entraîne les habitants de son quartier aux Invalides, afin d'y récupérer les armes entreposées, et figure dans les premiers rangs des combattants de la Bastille. Il figure avec Danton et Desmoulins parmi les fondateurs du club des Cordeliers, en 1790. Dès cette époque, il est déjà fameux comme chef populaire et comme l'une des notabilités révolutionnaires du district des Cordeliers. Il protège Marat contre les persécutions de la police, le cachant à plusieurs reprises pour le soustraire aux poursuites. Le 5 octobre, il prend part à la marche sur Versailles, dans les rangs de la garde nationale. En juin 1791, il signe la pétition du Champ de Mars, pour la déchéance du roi, et doit s'enfuir, après cette journée, comme nombre patriotes menacés d'arrestation. Il reparaît à la suite de l'amnistie décrétée lors de la ratification de la constitution, est désigné plusieurs fois comme orateur de sa section pour présenter des pétitions à la barre de l'Assemblée législative, contribue à l'envahissement des Tuileries, le 20 juin1792, et à la journée du 10 août, qui consomme la chute de la royauté. Élu par les électeurs de Paris député à la Convention nationale, il prend place à la Montagne et vote la mort de Louis XVI. Nommé un temps au comité de sûreté générale, il est chargé de plusieurs missions à Lyon. De retour à Paris, après avoir été longtemps partisan d'une conciliation entre montagnards et girondins, il se prononce avec énergie contre les girondins, votant la suspension de leurs chefs le 31 mai. Peu après, il est exclu du club des Cordeliers pour avoir critiqué les mesures terroristes dHébert. Puis, envoyé en mission à Rouen, il agit avec modération contre les royalistes et les fédéralistes. À son retour, avec Danton, il attaque les hébertistes et applaudit à leur proscription, en mars 1794. Le 31 mars1794, Danton, Desmoulins, Lacroix, ainsi que plusieurs de leurs amis, sont également arrêtés. À la Convention, Legendre monte à la tribune pour demander que les prévenus soient entendus à la barre de l'Assemblée. Vivement combattue par Robespierre, sa motion est rejetée, et Legendre abandonne ses amis. Par la suite, il flatte le pouvoir et Robespierre. Le 9 thermidor, il hurle à Robespierre, alors que ce dernier est momentanément incapable de parler : « Cest le sang de Danton qui tétouffe ! ». La phrase a néanmoins été également attribuée à Garnier de l'Aube[1]. À quoi Robespierre aurait répondu : « Ah ça, cest Danton que tu veux venger ? Lâche, pourquoi ne las-tu pas défendu ? » Le lendemain, à la tête d'une force armée, il se rend aux Jacobins, dont il chasse les membres présents et ferme les portes. Le 31 juillet, il fait rapporter la loi de prairial, qui permettait aux comités de faire arrêter les députés sans vote de la Convention. Le lendemain, il fait son retour au comité de sûreté générale. Quand Lecointre dénonce Barère, Collot d'Herbois et Billaud-Varenne, il prend leur défense. Par la suite, cependant, il les attaque lui-même avec violence et s'associe à toutes les mesures des thermidoriens. Il prend ainsi une part active à la répression des insurrections du 12 germinal et du 1er prairial an III. Par la suite, il s'aperçoit des progrès de la contre-révolution. Après la ratification de la constitution de l'an III, il fait son entrée au conseil des Anciens, où il ne joue qu'un rôle effacé mais y demeure jusqu'à sa mort, en 1797. BARÈRE Bertrand (1755-1841) ![]() Né et mort à Tarbes, Barère est un homme politique et juriste français, l'un des orateurs les plus importants de la Révolution. Avocat méridional, élu à la Constituante, puis à la Convention où il est une des têtes politiques de la Plaine (la majorité des députés) avant de se rallier comme elle et jusquau 9 thermidor à Robespierre. Sa production législative est la plus importante de la période : lénoncé de ses motions et de ses rapports occupe plus de douze colonnes du Moniteur, contre huit pour Robespierre et deux pour Danton. Rapporteur attitré du Comité de Salut public (où il détient le record de longévité : dix-sept mois), ses discours lui valent un succès prodigieux à la Convention : il est laède des soldats de lan II avec ses carmagnoles et donne un visage avenant, par sa verve, aux mesures terroristes du gouvernement révolutionnaire, de là son surnom « dAnacréon de la guillotine[11] » que lui donna son collègue à la Convention Charles-Jean-Marie Alquier. Proscrit sous le Directoire, amnistié sous le Consulat et lEmpire, exilé sous la Restauration, rentré en France sous Louis-Philippe, il meurt à 85 ans, conseiller général à Tarbes. Pendant cette dernière période, il sera élu à trois reprises député par les électeurs des Hautes-Pyrénées : 1797, 1815, 1834, ces élections, sauf celle des Cent-Jours, étant à chaque fois annulées par les pouvoirs en place. [1]MONA OZOUF, La cause des livres, Gallimard, septembre 2011. [2]. Rousseau se rendant à Ferney, passa par Montbard (Côte dOr) et sagenouilla sur le seuil du cabinet de travail du grand naturaliste Buffon. (1707-1788). [3] Son article était intitulé « La faute à Voltaire ». [4]Né en 1820, Gavroche est le fils des Thénardier qui ne l'aiment pas, ne veulent pas de lui et c'est pour cela qu'il vit dans la rue (il a l'habitude de dire « Je rentre dans la rue » quand il sort d'une maison). Il ne les voit que de temps à autre, mais il aidera tout de même son père à s'évader de prison. Gavroche connaît ses surs aînées, mais pas ses deux frères cadets qui ont été adoptés en très bas âge suite à une sordide tractation de leurs parents. Après l'arrestation de leur mère adoptive, alors que les deux enfants se retrouvent à la rue, Gavroche les recueille sans savoir que ce sont ses frères. Mais ils s'égarent dans Paris le lendemain et on ne les revoit qu'une seule fois, cherchant à manger. Gavroche meurt le 6 juin 1832,près de la même barricade de la rue de la Chanvrerie, pendant lInsurrection républicaine à Paris en juin 1832, en tentant de récupérer des cartouches non brûlées pour ses camarades insurgés et en chantant une célèbre chanson qu'il na pas le temps d'achever (Tome V. Jean Valjean Livre Premier : La Guerre entre quatre murs Chapitre 15. Gavroche dehors). [5] On est laid à Nanterre, Je ne suis pas notaire, Joie est mon caractère, C'est la faute à Voltaire, C'est la faute à Voltaire, C'est la faute à Voltaire, Je suis petit oiseau Et bête à Palaiseau, Misère est mon trousseau, C'est la faute à Rousseau. C'est la faute à Rousseau C'est la faute à Rousseau . Je suis tombé par terre, Cest la faute à Voltaire, Le nez dans le ruisseau, Cest la faute à Rousseau. [6] Jean Starobinski, L'Invention de la liberté,1700-1789, suivides Emblèmes de la raison,Gallimard, 2006. [7] Élisabeth et Robert Badinter, Condorcet, un intellectuel en politique, Fayard, 1989. [8] Voltaire, Correspondance, t. XII, Janvier 1775-juin 1777, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1988. [9]Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, GF Flammarion, 1988. [10] Le tirage de son journal atteindra 600 000 exemplaires en 1793 grâce aux abonnements du ministère de la Guerre qui le diffuse aux armées. Son programme est de « pourchasser les traîtres ». [11] d'après Jean Tulard, dans Introduction à la biographie de Robert Launey, Barère, lAnacréon de la guillotine, Paris, Tallandier, 1989. Date de création : 16/01/2012 @ 10:00 Réactions à cet article
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