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Sciences politiques - Vers un nouveau secteur financier américain
VERS UN NOUVEAU SECTEUR FINANCIER AMÉRICAIN Extraits de « Où va lAmérique dObama ?[1] » (92) Un retour de léthique dans la finance Un texte voté qui tarde à sappliquer. Commençons par la finance. Les États-Unis voudront-ils enfin rééquilibrer leur pratique quotidienne en faveur de léthique, ce qui implique de nombreuses limitations apportées à la maximisation des gains personnels ? Les réformes envisagées en matière de régulation découlent du plan Volker renforcé (textes approuvés par le Congrès américain durant lété 2010). Il sagit pour lessentiel de disjoindre à nouveau les activités de banque commerciale de celles de banque daffaire, dinterdire aux banques les activités spéculatives pour compte propre ainsi que les prêts aux sociétés de capital investissement ou aux fonds spéculatifs, et de mieux protéger le consommateur. Quatre types de mesures sont prescrites par les textes : Une double limite sera instaurée : les banques commerciales ne pourront investir plus de 3% du total de leurs fonds propres dans des fonds spéculatifs et leur participation individuelle dans un fonds ne pourrait pas dépasser 3% des capitaux de ce fonds. En outre, des mesures seront prises pour mieux protéger les droits des petits porteurs, et pour contrôler et forcer les banques de conserver une partie des actifs titrisés, de manière à les responsabiliser. Enfin les marchés organisés devront être privilégiés par rapport aux marchés de gré à gré. Dernier point : la question des fonds propres des banques. Sur une période de plusieurs années, ils devront passer de 4% à 7% du total du bilan. Ces dispositions approuvées par le Congrès américain il ya plus dun an laissaient cependant une certaine latitude dinterprétation. Les dirigeants financiers, en osmose avec de nombreux dirigeants politiques se sont montrés réticents à promouvoir une mise en uvre rigoureuse de ces dispositions, qui pourrait par trop altérer la rentabilité du secteur financier. Ils nont pas ressenti limpérieuse nécessité de moraliser lactivité financière de cette façon. Au quotidien, le rôle de gardien de léthique a été pour une large part dévolu aux firmes davocats qui conseillent les dirigeants et qui leur indiquent jusquoù ils peuvent aller sans risquer denfreindre la loi. Lintérêt à long terme du client, serait-ce au détriment dun gain à court terme qui affecte le bonus de fin dannée, est devenu une notion dévalorisée, ce que symbolise parfaitement la renaissance du système bancaire de lombre. La rectification du déclin des murs exigera du temps, la mobilisation éclairée de lopinion publique, et une volonté politique sans faille à la tête de lÉtat et au sommet des hiérarchies privées. Où gisent les difficultés ? Lune dentre elles, malheureusement, tient au fait quune telle mutation nest pas dans lair du temps aux États-Unis. Les dirigeants et leurs pratiques actuelles bénéficient encore dun soutien actif auprès de lopinion publique. Cela peut paraître surprenant au vu des pertes encourues [notamment des valeurs boursières] et des rémunérations très élevées des responsables bancaires et donc des inégalités dune ampleur sans précédent, mais la « course à légalité » [telle quelle est pratiquée en Europe sous la poussée « socialiste »] nest pas encore une catégorie répertoriée dans le mental des Américains. Une autre provient du fait que lopinion américaine éprouve une défiance croissante à légard de toute nouvelle intervention gouvernementale. Alors quen 1964, 74% des Américains faisaient confiance à leur gouvernement, selon des sondages récents du New-York-Times, ce chiffre est tombé à 19%. Depuis 45 ans, beaucoup de facteurs sont entrés en ligne de compte pour affaiblir lautorité morale du politique à tous les niveaux, quil sagisse du Watergate, du Vietnam ou des conflits militaires récents. Plus généralement encore, une réalité existentielle demeure incontestable : toute mesure qui aurait pour conséquence un accroissement du rôle de lÉtat, et même une limitation du profit personnel, heurte lAméricain moyen au plus profond de ses convictions. La moindre rentabilité qui en est résulté pour les banques américaines devrait conduire à la restauration de celle-ci par des moyens appropriés au financement du tissu industriel émergent Leffet cumulé pour elles de la nouvelle réglementation dune part, des résidus dactifs toxiques sur leurs bilans de lautre, et enfin du ralentissement économique qui en résulte, a entraîné une forte réduction de la rentabilité des banques ; on sexpliquerait ainsi leur tendance à compenser ce coup de frein par une suractivité spéculative. Mais la meilleure solution [et de loin la meilleure], consisterait à les restructurer, à les réorganiser. Tournées vers les problèmes internes et de restauration de rentabilité, les équipes de direction devraient être plus enclines à recruter et promouvoir des hommes et des femmes de terrain dotés du sens des affaires pour financer le tissu industriel émergent. Il leur faudra repenser leur « businesss model », cest-à-dire les conditions de la réussite des stratégies opérationnelles, et reconstituer des équipes à cette image. Tout cela peut exiger du temps, et un ajustement constant des nouvelles réglementations et procédures. Sa mise en uvre exigera un appui constant du Sénat et à la Chambre des Représentants à un moment où les équilibres politiques entre Démocrates et Républicains ont été modifiés en profondeur. Ajoutons que les Américains sont experts pour contourner ce quils jugent contraire à leur intérêt personnel. Rappelons-nous la Prohibition dans les années 1930. Elle fut à lorigine de fortunes colossales, parmi les plus importantes de lhistoire des États-Unis. Peu de choses arrêtent les chasseurs de profits rapides. Ils sont vite capables dinventer de nouveaux moyens, dexploiter à leur avantage les marchés, à lintérieur dun durcissement des réglementations. Pourquoi sont-ils enclins à le faire ? Parce que, dès lorigine, les Américains considèrent que le rôle du gouvernement est de leur permettre daccéder à la richesse. Ce concept dun gouvernement facilitateur de lenrichissement personnel dune minorité, plutôt que comme protecteur des couches sociales défavorisées, nourrit leur optimisme et leur compétitivité. En fait le citoyen américain privilégie la liberté de mouvement qui lui permet de promouvoir ses intérêts. Tel est le mental profond de ce peuple. Aussi ne faut-il pas exclure que les nouvelles règles soient appliquées de façon inégale. Denouvelles gouvernances en vue dappliquer les nouvelles règlementations ? Quen est-il alors de la volonté de professionnaliser les agences de notation et de réformer la gouvernance des principaux établissements financiers ? Lesagencesdenotation,aprèsleursreversde2008,setrouventen pleine mutation. Léthique et le professionnalisme des agences de notation américaines, telles que Standard and Poors ou Moodys, ont subi de graves revers en 2008. Leur réseau mondial et labsence de concurrence de même niveau les obligent à repenser de fond en comble leurs méthodes et leur choix dhommes. Elles doivent redécouvrir une rigueur et un professionnalisme qui les mettent en mesure dapprécier de façon technique et indépendante les risques intrinsèques des différentes gammes de produits financiers quelles ont pour mission dévaluer. Elles ont commencé à réorganiser leur interface avec leur clientèle financière et à faire entrer dans leurs équipes des spécialistes des marchés. Cette mutation devrait porter ses fruits dans un avenir proche, et permettre de crédibiliser les notes attribuées aux différents acteurs de cette industrie au point quelles envisagent dôter la note de triple A dont bénéficie lémission des titres de lÉtat [cet abaissement à double A a été fait par Standard and Poors, en août 2011]. Les établissements financiers et compagnies dassurance vont-ils faire les mutations nécessaires ? et à quel rythme ? Vont-ils remodeler leur conseil dadministration et leur direction générale dans un sens de compétence et déthique accrues ? Les récents évènements laissent à penser quune évolution de ce type sera lente à se mettre en place. Ensemble, avec les responsables politiques de tout bord, ils forment une caste soudée par leur enrichissement. En 2009, 20 milliards de dollars furent distribués au titre de 2008, la palme revenant au patron du fonds Renaissance qui engrangea 2,5 milliards de dollars. Des sommes de cette ampleur soudent durablement les solidarités en faveur du maintien de leffervescence spéculative sur les marchés. Elles nincitent pas à développer des gestionnaires de comptes spécialisés dans le crédit aux PME et dans son accompagnement durable. Sur le plan de la gestion interne des établissements, le « vent de la réforme » ne sera sans doute pas décoiffant pour les dirigeants. Plusieurs dentre eux, dont le groupe bancaire Citi, encore nationalisé, souhaitent appliquer les nouvelles recommandations. De nombreux banquiers étudient la manière de circonscrire les risques spéculatifs. Cest ainsi quune grande banque daffaires a mis en place un système sophistiqué de contrôle informatisé qui limite la perte quotidienne à 320 millions de dollars. À lintérieur de cette limite, leur gain journalier sest élevé pendant des mois à 100 millions de dollars. La nouvelle réglementation aurait pu inciter cet établissement à renoncer à son statut de banque [bien lui en a pris de ne pas le faire]. Ce détail illustre les perspectives dun retour à une rentabilité à deux chiffres pour une partie de la finance américaine. Dici un à cinq ans, la sphère financière aura retrouvé ses couleurs. Elle pourra à nouveau lever des capitaux et donc renforcer ses fonds propres, dans lhypothèse où les organismes de tutelle parviendront à imposer leurs ratios prudentiels. Il est probable que les nouvelles équipes sefforceront de gagner sur tous les tableaux : transparence et rigueur accrues en interne, fonds propres renforcés, bénéfices et bonus considérables et en forte augmentation, structure du pouvoir politico-financier au sommet à peine altérée, professionnalisme en voie damélioration et propension à la spéculation toujours ardente, mieux cachée mais avec un fort potentiel de risque systémique. Les États-Unis, en effet, sorientent vers un système bancaire à deux vitesses qui ne les met pas à labri dun faux pas significatif. Dune part, ilse développe une activité bancaire et financière cachée avec des interconnexions complexes entre les participants ils multiplient les hedge funds[2], à laide de capitaux privés. Les nouveaux établissements peuvent continuer à faire preuve dun fort esprit dinnovation et, sauf si lun deux atteint une taille comportant un risque de marché, ils ne sont à ce jour ni contrôlés ni régulés par les autorités financières et bancaires américaines. Dautre part, les États-Unis conservent un système bancaire classique qui est devenu, par suite de la crise de 2008, corseté à lintérieur dun système de réglementations nombreuses et détaillées. Si lon additionne ces deux démarches, on est obligé de constater que les États-Unis nont pas saisi loccasion de la faillite de Lehmann Brothers pour promouvoir une réforme densemble de leur activité financière. Il sensuit que ce dynamisme incontrôlé augmente le risque dun faux pas significatif. Un certain nombre de crédits toxiques demandent à être épurés dans les banques traditionnelles. Sans avoir pu retrouver leur ascendant des années 1980, les banques traditionnelles portent encore sur leurs livres des montants importants de crédits toxiques en cours dépuration. En 2009-2010, les crédits douteux dans limmobilier commercial représentent 176 milliards de dollars. Une plus grande menace pourrait venir des « obligations sécurisées par des hypothèques » (mortgage backed securities ou MBS). Elles sélèvent environ à 6000 milliards de dollars. Or, des firmes davocats américains paraissent avoir décelé, dans la documentation préalable à la soumission de ces titres, des erreurs ou omissions qui pourraient obliger les banques ou autres institutions financières émettrices de ces actifs à rembourser des sommes importantes. Certes, le problème dépasse les États-Unis. Lensemble du système financier international pourrait être concerné, de proche en proche. Le montant des pertes éventuelles, notamment aux États-Unis, dépend de plusieurs facteurs : Lévolution des prix de limmobilier dans le pays ; Limportance des capitaux investis dans chaque établissement ; Limportance des provisions effectuées. Ainsi, le système bancaire et financier américain na pas fini dapurer les risques et les pertes associées avec la crise de 2008. En tout état de cause, la résolution de ce problème exigera des capitaux propres supplémentaires et un changement de mentalité. La problématique davenir dépend à la fois de lintérieur des États-Unis et de lextérieur. Laffaiblissement relatif de la finance américaine est lié au fait que les liquidités en dollars se sont déplacées en masse vers lAsie et le Moyen-Orient, à lextérieur des banques américaines. Certes, la Fédérale Reserve alimente le système à partir dimportantes opportunités dOpen Market (de création monétaire)). Mais jusquoù peut-elle aller ? LAmérique, compte tenu de lévolution des macro-économies extérieures, réussira-t-elle dans les dix ans à venir, à maintenir la place actuelle du dollar comme monnaie de réserve, face à leuro aujourdhui, au yuan demain ? Les récents évènements face à leuro le laissent penser. Rappelons quà lintérieur de limites que nous ne connaissons pas, lAmérique peut créer de la monnaie à volonté et le fait. Sa prééminence militaire, donc politique, lui assure aussi de pouvoir collecter une fraction importante des capitaux des peuples qui épargnent plus quils ne consomment et qui exportent plus quils nimportent. Voit-on poindre à lhorizon un concurrent sérieux au dollar ? Poser le problème en ces termes, cest sinterroger sur ce quil fait pour créer une monnaie mondiale. En premier lieu, une volonté politique, assise sur une puissance économique. Les États-Unis représentent environ un quart du PIB mondial, comme il y a 35 ans. Ensuite, lacceptabilité de cette monnaie dans le commerce mondial ; ce qui est patent pour le dollar : en 2010, 62% à 65% des échanges mondiaux sont libellés en dollars. Il faut encore que cette volonté politique sinscrive dans la durée. Chacun sait, et notamment la Chine que lampleur des réserves, une croissance industrielle à deux chiffres et des moyens militaires significatifs ne sont pas des conditions suffisantes pour créer une monnaie de réserve régionale. Enfin, il faut aussi bénéficier dun crédit au-dessus de tout soupçon. Ce fut le cas de la Grande-Bretagne jusquà la veille de la Première Guerre mondiale. Cest encore le cas de leuro malgré les turbulences récentes et ce depuis que lUnion Européenne, dans son ensemble, chemine vers une monnaie commune. Certes, les pratiques financières des deux dernières décennies ont jeté un discrédit moral et technique sur loutil financier américain. Est-ce pour autant la fin de son hégémonie financière ou, sil se réforme le point de départ dune hégémonie américaine sans fin ? De façon concrète, le relais pourrait-il être pris par la Chine, alliée au Japon et à certains autres pays de lAsie, si le marché de lEuro se réduisait et que la nécessité dune autre monnaie mondiale vint à simposer ? Lenvironnement monétaire et financier mondial est en voie de transformation depuis vingt-cinq ans. Le dollar reste la monnaie de compte de la majorité des transactions internationales, mais les signes de faiblesse économique se multiplient. Les déficits de lÉtat fédéral saccroissent. Une part très importante de leur richesse nationale est absorbée par des dépenses non productives mais considérables : dépenses militaires et de santé. Le taux de sous-emploi reste élevé. Les déficits commerciaux atteignent des sommets avec des importations qui représentent 15% du PNB en 2009 contre
5% en 1929. Face à ce constat, face à la croissance des pays émergents et aux records économiques quils battent, quelle évaluation peut-on faire du rapport de force entre les États-Unis dune part, et lensemble des autres acteurs du nouvel ordre monétaire et industriel international ? Le constat est simple : les États-Unis perdent du terrain. Ils nont pas obtenu que lInde ni la Chine réévaluent leur monnaie. Cette dernière, malgré ses 2500 milliards de réserve de change, réussit à maintenir un yuan faible, au bénéfice de son immense secteur manufacturier tourné vers lexportation. Laide à la Grèce, récemment consentie par la Chine est un exemple éclairant de la manière dont les Chinois utilisent larme monétaire pour étendre leur emprise économique : ce sauvetage de léconomie grecque a eu immédiatement pour effet de renforcer lEuro. Or, un dollar et un euro forts servent les intérêts de léconomie chinoise. Face à une stratégie aussi habile, la marge de manuvre des États-Unis endettés est faible, dautant quaucune volonté politique ferme ne sest manifestée au Congrès non plus quau sein de la présente administration. Le contraste est frappant avec les interventions massives et répétées de la Banque de Chine, qui achète du dollar et des actifs jusquici dune main très sûre, et accomplit depuis plusieurs années un parcours économique et monétaire sans faute. Il témoigne dune évolution rapide au détriment du magistère américain et il nest pas exclu que se dessine un jour une zone monétaire sino-japonaise. Parmi les scénarios possibles, il en est un qui mérite dêtre examiné avec attention. Cest celui qui correspond à lémergence dune véritable volonté politique convergente des deux protagonistes. Chine et Japon considéreraient quils possèdent les attributs essentiels de la puissance : le poids démographique, la maîtrise des processus industriels et financiers, de vraies capacités militaires, et, au sein des oligarchies, un sentiment que lempire américain a suffisamment duré et que lexercice du pouvoir dans leur région et au-delà, mérite de surmonter les frottements culturels [qui résultent de leurs antagonismes ancestraux]. Il ne serait pas surprenant que la nouvelle génération des dirigeants chinois et japonais privilégie cette voie, à linstar de ce que firent la France et lAllemagne il y a 60 ans. Quel processus serait alors plausible ? Dans un premier temps, Japonais et Chinois pourraient accélérer leur imbrication dans la recherche appliquée à lindustrialisation des nouvelles technologies et à leur diffusion. Ils multiplieraient à partir de la Chine la création de sociétés qui exportent à travers le monde ; le processus est déjà en marches ; plusieurs centaines de laboratoires et de centres de recherche japonais collaborent sur place avec leurs homologues chinois. Les flux dhommes, de technologies et de capitaux saccélèrent. De nombreux grands groupes japonais ont déjà formé des milliers de contremaîtres et de techniciens à travailler en Asie. Ils savent que le succès industriel fonde le développement dun secteur financier et dun acteur monétaire de premier plan et que, sans cette assise, le tout sétiole. Les problèmes qui se posent au-delà sont dordre géopolitique : À quel moment le Japon a-t-il intérêt à sautonomiser par rapport aux États-Unis ? Le Japon peut-il jouer sur les deux tableaux : rester un allié des États-Unis tout en construisant avec la Chine une sorte de communauté réduite aux acquêts ? Quel sera, enfin, le contenu de la stratégie de conquête ou de consolidation de la Chine ? En tout état de cause, les jeux ne sont pas faits. Chinois et Japonais ne sont pas encore à la veille de pouvoir forcer la main aux Américains en les amenant à renoncer aux faux effets de richesse et à épargner plus. Du côté américain, leur retour éventuel à une discipline financière interne et externe, leur renaissance économique et lexistence dun consensus politique sur les dépenses publiques, limmigration et les nouvelles technologies ne sont pas à écarter ; ce seront des facteurs de poids dans lévolution de la planète financière américaine et mondiale. Ceci est dautant plus envisageable que les Américains ne veulent pas, pour la plupart, se remettre à une influence extérieure qui les amènerait à augmenter leurs impôts, leur épargne et à diminuer leurs dépenses non productives. Ils restent convaincus que, compte tenu de leur puissance, ils continueront à avoir accès à des capitaux abondants et bon marché. Leur raisonnement est simple : ils ont gagné la Seconde Guerre mondiale puis la guerre froide. Ils ont contribué massivement au renouveau économique de lEurope (tout spécialement de lAllemagne) et du Japon. La taille de leur PIB et leur puissance militaire leur permettent de gérer leur double déficit sans être assujettis aux mêmes contraintes que le reste du monde, dautant quils sont les émetteurs de la principale monnaie de compte et quils entendent le rester. Dans le même esprit, ils souhaitent promouvoir un secteur financier dérégulé, futur creuset dune industrie financière régénérée. Saura-t-elle répondre à ces objectifs ? En tout état de cause, les mutations prendront du temps. Lhorizon de la renaissance nécessaire est forcément de lordre dune décennie au minimum, la durée dexécution du New Deal de Roosevelt. Léchelonnement en est donné par le temps requis pour changer les mentalités des principaux acteurs et par le calendrier de mise en uvre des accords de Bâle III, qui servent de norme non écrite à la régulation bancaire internationale, et qui viennent dêtre négociés à la lueur terrifiante de la crise récente. Le relèvement de 3,5% à 4,5% des réserves des banques (niveau qui reste bas eu égard aux risques déjà encourus) est échelonné jusquà 2015, après quoi seulement on envisagera de définir de nouvelles règles de liquidité, et ce nest quen 2019 quon imposera aux banques de détenir en outre un fonds de sécurité spécial égal à 2,5% de leurs engagements. Or, il sagit là de mesures dont on a vu lextrême urgence en 2008-2009, lors de la soudaine embolie du système bancaire et financier. Sans doute, force est dadmettre que des réformes de cette ampleur doivent composer avec la durée, et quil est plus pragmatique de faire avancer prudemment les choses dans la bonne direction que dédicter des ajustements radicaux, sauf si la Chine poussait ses pions en ce domaine avec une hardiesse inhabituelle. Et le choix stratégique fait par la Maison Blanche peut savérer payant. Ainsi pour revenir au titre interrogatif de louvrage de Hervé de Carmoy, le choix stratégique de la présidence américaine actuelle est-il de ne pas adopter la posture du leader inspiré mais de préférer faire aboutir rapidement quelques changements de fond. Cest la simple cinétique à long terme qui infléchira par la suite lensemble de la donne. Barack sait que même le président Obama ne peut plus grand chose, mais que lAmérique des Américains, pour peu quils se reprennent avec conviction, redeviendra une puissance financière de premier plan. Le tout est de ly induire par petites touches annonciatrices de mesures plus amples. Cette méthode pourrait savérer dautant plus efficace que certaines agences de notation, à linstar de lagence chinoise Dogang Global Credit Rating, dégradent fortement la cote de la dette américaine et prévoient une crise majeure du dollar dans quelques années. [1] Ouvrage de Hervé de Carmoy, préfacé par Alexandre Adler, paru aux PUF en septembre 2011. Cet auteur a passé trente années à la Chase Manhattan Bank, puis aux postes les plus élevés de la Midland Bank, à Londres, et de la Générale de Belgique à Bruxelles, a fait de la banque dinvestissement comme associé gérant de Rhône-Group. [2] Les hedge funds, contrairement à leur nom qui signifie couverture, sont des fonds d'investissement non cotés à vocation spéculative. Ce sont des fonds spéculatifs recherchant des rentabilités élevées et qui utilisent abondamment les produits dérivés, en particuliers les options. Ils utilisent leffet de levier, cest-à-dire la capacité à engager un volume de capitaux qui soit un multiple plus ou moins grand de la valeur de leurs capitaux propres. Les hedge funds présentent lintérêt doffrir une diversification supplémentaire aux portefeuilles « classiques » car leurs résultats sont en théorie déconnectés des performances des marchés dactions et dobligations. Date de création : 17/10/2011 @ 17:54 Réactions à cet article
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