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Glossématique - Liberté
lire ce texte au format pdf LIBERTÉ LÉVINAS TOTALITÉ ET INFINI La liberté mise en question La justification du fait consiste à lui enlever le caractère de fait, daccompli, de passé et, par là, dirrévocable qui, comme tel, met obstacle à notre spontanéité. Mais dire que, obstacle à notre spontanéité, le fait est injuste, cest supposer que la spontanéité ne se met pas en question, que lexercice libre nest pas soumis aux normes, mais est la norme. Et cependant, le souci dintelligibilité se distingue foncièrement dune attitude qui engendre une action sans égard pour lobstacle. Il signifie, au contraire, un certain respect de lobjet. Pour que lobstacle devienne un fait qui demande une justification théorique ou une raison, il a fallu que la spontanéité de laction qui le surmonte soit inhibée, cest-à-dire mise elle-même en question. Cest alors que nous passons dune activité sans égard pour rien à une considération du fait. La fameuse suspension de lacte qui rendrait la théorie possible, tient à une réserve de la liberté qui ne se livre pas à ses élans, à ses mouvements primesautiers et garde les distances. La théorie où surgit la vérité, est lattitude dun être qui se méfie de soi. Le savoir ne devient savoir dun fait que si, en même temps, il est critique, sil se met en question, remonte au-delà de son origine (mouvement contre nature, qui consiste à quérir plus haut que son origine et qui atteste ou décrit une liberté créée). Cette critique de soi peut se comprendre, soit comme une découverte de sa faiblesse, soit comme une découverte de son indignité : cest-à-dire soit comme une conscience de léchec, soit comme une conscience de la culpabilité. Dans le dernier cas, justifier la liberté, ce nest pas la prouver, mais la rendre juste. On peut distinguer dans la pensée européenne la prédominance dune tradition qui subordonne lindignité à léchec, la générosité morale elle-même, aux nécessités de la pensée objective. La spontanéité de la liberté ne se met pas en question. Sa limitation seule serait tragique et ferait scandale. La liberté ne se met en question que dans la mesure où elle se trouve, en quelque façon, imposée à elle-même : si javais pu librement choisir mon existence, tout serait justifié. Léchec de ma spontanéité encore dépourvue de raison, réveille la raison et la théorie ; il y aurait eu une douleur qui serait mère de la sagesse. De léchec seulement viendrait la nécessité de mettre un frein à la violence et dintroduire de lordre dans les relations humaines. La théorie politique tire la justice de la valeur indiscutée de la spontanéité dont il sagit dassurer, par la connaissance du monde, le plus complet exercice en accordant ma liberté avec la liberté des autres. Cette position nadmet pas seulement la valeur indiscutable de la spontanéité, mais aussi la possibilité pour un être raisonnable de se situer dans la totalité. La critique de la spontanéité engendrée par léchec qui met en question la place centrale quoccupe le moi dans le monde, suppose donc un pouvoir de réflexion sur son propre échec et sur la totalité, un déracinement du moi arraché à soi et vivant dans luniversel. Elle ne fonde ni la théorie, ni la vérité, elle les présuppose : elle part de la connaissance du monde, naît déjà dune connaissance, de la connaissance de léchec. La conscience de léchec est déjà théorétique. Par contre la critique de la spontanéité engendrée par la conscience de lindignité morale, précède la vérité, précède la considération du tout et ne suppose pas la sublimation du moi dans luniversel. La conscience de lindignité nest pas, à son tour, une vérité, nest pas une considération du fait. La conscience première de mon immoralité, nest pas ma subordination au fait, mais à Autrui, à lInfini. Lidée de totalité et lidée de linfini diffèrent précisément par cela : la première est purement théorétique, lautre est morale. La liberté pouvant avoir honte delle-même fonde la vérité (et ainsi la vérité ne se déduit pas de la vérité). Autrui nest pas initialement fait, nest pas obstacle, ne me menace pas de mort. Il est désiré dans ma honte. Pour découvrir la facticité injustifiée du pouvoir et de la liberté, il faut non pas la considérer comme objet, ni considérer Autrui comme objet, il faut se mesurer à linfini, cest-à-dire le désirer. Il faut avoir lidée de linfini, lidée du parfait, comme dirait Descartes, pour connaître sa propre imperfection. Lidée du parfait nest pas idée mais désir. Cest laccueil dAutrui, le commencement de la conscience morale, qui met en question ma liberté. Cette façon de se mesurer à la perfection de linfini, nest donc pas une considération théorétique. Elle saccomplit comme honte où la liberté se découvre meurtrière dans son exercice même. Elle saccomplit dans la honte où la liberté, en même temps quelle se découvre dans la conscience de la honte, se cache dans la honte même. La honte na pas la structure de la conscience et de la clarté, mais est orientée à lenvers. Son sujet mest extérieur. Le discours et le Désir où Autrui se présente comme interlocuteur, comme celui sur qui je ne peux pas pouvoir, que je ne peux pas tuer, conditionnent cette honte où, en tant que moi, je ne suis pas innocente spontanéité mais usurpateur et meurtrier. Par contre linfini, lAutre en tant quAutre, nest pas adéquat à une idée théorique dun autre moi-même, déjà pour cette simple raison quil provoque ma honte et quil se présente, comme me dominant. Son existence est le fait premier, le synonyme de sa perfection même. Et si lautre peut minvestir et investir ma liberté par elle-même arbitraire, cest que moi-même je peux en fin de compte, me sentir comme lAutre de lAutre. Mais cela ne sobtient quà travers des structures fort complexes. La conscience morale accueille autrui. Cest la révélation dune résistance à mes pouvoirs, qui ne les met pas, comme force plus grande, en échec, mais qui met en question le droit naïf de mes pouvoirs, ma glorieuse spontanéité de vivant. La morale commence lorsque la liberté, au lieu de se justifier par elle-même, se sent arbitraire et violente. La recherche de lintelligible, mais aussi la manifestation de lessence critique du savoir, la remontée dun être en-deçà de sa condition commence du même coup. Linvestiture de la liberté ou la critique Lexistence en réalité, nest pas condamnée à la liberté, mais est investie comme liberté. La liberté nest pas nue. Philosopher, cest remonter en-deçà de la liberté, découvrir linvestiture qui libère la liberté de larbitraire. Le savoir comme critique, comme remontée en-deçà de la liberté ne peut surgir que dans un être qui a une origine en-deçà de son origine qui est créé. La critique ou la philosophie est lessence du savoir. Mais le propre du savoir nest pas dans sa possibilité daller vers un objet, mouvement par lequel il sapparente aux autres actes. Son privilège consiste à pouvoir se mettre en question, à pénétrer en-deçà de sa propre condition. (
) Que signifie cette mise en question ? Elle ne peut pas se réduire à la répétition, au sujet de la connaissance, dans son ensemble, des questions qui se posent pour la compréhension des choses visées par lacte naïf de la connaissance.(
) La question critique posée en théorie de la connaissance reviendrait à demander, par exemple, de quel principe certain découle la connaissance ou quelle en est la cause . La régression à linfini serait ici, certes, inévitable et cest à cette course stérile que se réduirait la remontée en-deçà de sa condition, le pouvoir de poser le problème du fondement. Identifier le problème du fondement avec une connaissance objective de la connaissance , cest davance considérer que la liberté ne peut se fonder que sur elle-même ; la liberté la détermination de lAutre par le Même étant le mouvement même de la représentation et de son évidence. Identifier le problème du fondement avec la connaissance de la connaissance, cest oublier larbitraire de la liberté quil sagit précisément de fonder. Le savoir dont lessence est critique, ne peut se réduire à la connaissance objective. Il conduit vers Autrui. Accueillir Autrui, cest mettre ma liberté en question.(
) Autrui nest pas transcendant parce quil serait libre comme moi. Sa liberté, au contraire, est une supériorité qui vient de sa transcendance même. En quoi consiste cette inversion de la critique ? Le sujet est « pour soi » il se représente et se connaît aussi longtemps quil est. Mais en se connaissant ou en se représentant, il se possède, se domine, étend son identité à ce qui vient, en lui-même réfuter cette identité. Cet impérialisme du Même est toute lessence de la liberté. Le « pour soi » comme mode de lexistence, indique un arrachement à soi aussi radical quun vouloir naïf de vivre. Mais si la liberté me situe effrontément en face du non-moi, en moi et hors de moi, si elle consiste à le nier ou à le posséder, devant Autrui elle recule. Le rapport avec Autrui ne se mue pas, comme la connaissance, en jouissance et possession, en liberté. Autrui simpose comme une exigence qui domine cette liberté et, dès lors, comme plus originelle que tout ce qui se passe en moi. Autrui dont la présence exceptionnelle sinscrit dans limpossibilité éthique où je suis de le tuer, indique la fin des pouvoirs. Si je ne peux plus pouvoir sur lui, cest quil déborde absolument toute idée que je peux avoir de lui. Pour se justifier, le moi peut, certes, sengager dans une autre voie, chercher à se saisir dans une totalité. Telle nous semble être la justification de la liberté à laquelle aspire la philosophie qui, de Spinoza à Hegel, identifie volonté et raison, qui, contre Descartes, enlève à la vérité son caractère duvre libre, pour la situer là où lopposition du moi et du non-moi sévanouit, au sein dune raison impersonnelle. La liberté ne se trouve pas maintenue, mais se ramène au reflet dun ordre universel, lequel se soutient et se justifie tout seul, comme le Dieu de largument ontologique. Ce privilège de lordre universel de se soutenir et de se justifier, qui se situe au-delà de luvre encore subjective de la volonté cartésienne, constitue la dignité divine de cet ordre. Le savoir serait la voie où la liberté dénoncerait sa propre contingence, où elle sévanouirait dans la totalité. Cette voie dissimule en réalité lantique triomphe du Même sur lAutre.(
) Pour la tradition philosophique de lOccident, toute relation entre le Même et lAutre, quand elle nest plus laffirmation de la suprématie du Même, se ramène à une relation impersonnelle dans un ordre universel. La philosophie elle-même sidentifie avec la substitution didées aux personnes, du thème à linterlocuteur, de lintériorité du rapport logique à lextériorité de linterprétation. Les étants se ramènent au Neutre de lidée de lêtre, du concept. Cest pour échapper à larbitraire de la liberté, à sa disparition dans le Neutre, que nous avons abordé le moi comme athée et créé libre, mais capable de remonter en-deçà de sa condition devant Autrui qui ne se livre pas à la « thématisation » ou à la « conceptualisation » dAutrui.(
) Dans la recherche de la vérité, uvre éminemment individuelle, qui toujours se ramenait, comme a vu Descartes, à la liberté de lindividu lathéisme saffirmait comme athéisme. Mais son pouvoir critique le ramène en-deçà de sa liberté. Lunité de la liberté spontanée oeuvrant droit devant elle et de la critique où la liberté est capable de se mettre en cause et, ainsi, de se précéder sappelle créature. La merveille de la création ne consiste pas seulement à être création ex nihilo, mais aboutir à un être capable de recevoir une révélation, dapprendre quil est créé et à se mettre en question. Le miracle de la création consiste à créer un être moral. Et cela suppose précisément, lathéisme, mais à la fois, par-delà lathéisme, la honte pour larbitraire de la liberté qui le constitue. Nous nous opposons donc radicalement aussi à Heidegger qui subordonne à lontologie le rapport avec Autrui, au lieu de voir dans la justice et linjustice un accès original à Autrui, par-delà toute ontologie. Lexistence dAutrui nous concerne dans la collectivité, non pas par sa participation à lêtre qui nous est familier à tous, dores et déjà, non pas par son pouvoir et par sa liberté que nous aurions à subjuguer et à utiliser pour nous, non pas par la différence de ses attributs que nous aurions à surmonter dans le processus de la connaissance, [voir même] dans un élan de sympathie en nous confondant avec lui comme si son existence était une gêne. Autrui ne nous affecte pas comme celui quil faut surmonter, englober, dominer, mais en tant quautre, indépendant de nous : derrière toute relation que nous puissions entretenir avec lui, ressurgissant absolu. [Totalité et Infini, pp.83-89] RICOEUR LE VOLONTAIRE ET LINVOLONTAIRE[1] Délivrance de la liberté La nécessité objective est le masque de raison dune fatalité qui nest plus seulement dentendement mais de société et de passion ; cest principalement la vanité et la peur qui menferment ; il me faut répondre à lidée quautrui se fait de moi, si elle est flatteuse ; en cherchant à vivre dans lopinion dautrui, je me fais lesclave de limage quil me renvoie de moi-même ; mais cest surtout la peur qui proprement me condamne à nêtre que ce caractère : « Il ne faut point se hâter de juger les caractères, dit Alain, comme si lon décrète que lun est sot et lautre paresseux. Si vous marquez un galérien, vous lui donnez une sorte de droit sauvage. Au fond de tous les vices, il y a sans doute quelque condamnation à laquelle on croit ; et dans les relations humaines, cela mène fort loin, le jugement appelant sa preuve et la preuve fortifiant le jugement. Jessaie de ne jamais juger tout haut, ni même tout bas, car les regards et les attitudes parlent toujours trop ; et jattends le bien après le mal ; souvent par les mêmes causes ; en cela je ne me trompe pas beaucoup : tout homme est bien riche[2] ». Cest ainsi que par diverses passions concourantes je me forge ce fatum ; cest elles qui accréditent la tentation de lobjectivité qui semble pourtant si éloignée de lesclavage des passions. Mais la réflexion elle-même est déjà une passion quand elle tient lieu de laction : à trop me regarder je marrête de vivre, cest-à-dire de faire et me faire ; je me constitue la proie du révolu et dune nature dévorante de moi-même ; il semble que lirrémédiable ne doive jamais être regardé seul , mais comme contre-partie de ce quil dépend de moi de changer, comme arrière-plan de linvolontaire relatif au volontaire, comme frange de la motivation et des pouvoirs ; cest donc ce pouvoir de décider et de mouvoir quil me faut délivrer de la fascination et non point seulement cette pure volonté de penser. Tout reste à faire, puisque nous ne savons pas encore comment un volontaire absolu peut être enveloppé dans linvolontaire relatif, ni quel usage légitime peut être fait de léthologie. Du moins nous savons que la liberté ne peut pas être logée dans les interstices du déterminisme éthologique, et quil faut partir de cette liberté de décider et de mouvoir pour y découvrir une nature finie étrangement unie à son initiative infinie. Cest ainsi que, nous frayant un chemin entre le déterminisme qui règle lobjet et exclut la liberté et la fatalité subjective qui la fascine, nous accéderons au destin qui nest jamais que lenvers de la liberté. [Le volontaire et linvolontaire, Troisième partie, chapitre II, p. 343] Une liberté seulement humaine Au terme de cette réflexion sur le volontaire et linvolontaire, il peut paraître que le dualisme, que nous avons successivement expulsé de toutes ses positions, sest réfugié dans une dualité plus subtile, mais plus radicale, au centre même du sujet, entre les aspects ou les moments du vouloir. Autre, semble-t-il, est la liberté de choix et de motion ; autre la liberté du consentement et la maîtrise dune liberté qui commande par projet à lévénement et limpose en effet aux choses par leffort qui traverse le corps. A mesure que la réflexion sur le consentement sest développée, cette différence de rythme a paru saccentuer ; on na cessé de séloigner de cette liberté qui inaugure de lêtre, qui va du possible à lêtre, pour rejoindre enfin une liberté qui repasse sur la nécessité, se subordonne à linitiative des choses. Cette liberté, semble-t-il, nose plus, elle consent, elle se rend. Il est bon de sarrêter à ce disparate, avant de le dépasser en direction du paradoxe radical de la liberté humaine. Il ne paraît pas quil soit possible de majorer aux dépens lun de lautre le moment du choix et de leffort ou le moment du consentement. La sagesse elle-même est finalement paradoxale en ce siècle. Un appel à laudace et au risque, une éthique de la responsabilité et de lengagement, ont leur limite dans une médiation apaisée sur les incoercibles exigences de notre condition corporelle et terrestre. Mais en retour une méditation sur linfrangible nécessité a sa limite dans un sursum de la liberté, dans une reprise de responsabilité par laquelle je mécrie : ce corps qui me porte et me trahira, je le meus. Ce monde qui me situe et mengendre selon la chair, je le change ; par le choix, jinaugure de lêtre en moi et hors de moi.(
) Mais on ne saurait sarrêter à ce contraste qui risquerait de durcir une distinction abstraite et de briser la volonté en plusieurs actes. Cest en vérité chacun des moments de la liberté, décider, mouvoir, consentir qui unit selon un mode intentionnel différent laction et la passion, linitiative et la réceptivité.(
) Le paradoxe nest pas tant entre des moments du vouloir qui ne se distinguent que par une visée différente quentre la triple forme dune initiative et la triple forme dune réceptivité Cest pourquoi on peut bien finalement mélanger les expressions qui conviennent à ces moments différents et dire que le vouloir qui acquiesce à des motifs consent aux raisons de son choix ; inversement le consentement qui réaffirme lexistence non choisie, son étroitesse, ses ténèbres, sa contingence, est comme un choix de moi-même, un choix de la nécessité, tel lamor fati célébré par Nietzsche. Audace et patience ne cessent de séchanger au cur même du vouloir. La liberté nest pas un acte pur, elle est en chacun de ses moments activité et réceptivité ; elle se fait en accueillant ce quelle ne fait pas ; valeurs, pouvoirs et pure nature. En cela notre liberté est seulement humaine et nachève de se comprendre que par rapport à quelques concepts-limites, que nous comprenons eux-mêmes à vide, comme des idées kantiennes, régulatrices et non constitutives, cest-à-dire comme des essences idéales qui déterminent le degré-limite des essences de la conscience (lesquelles, nous lavons vu ont déjà une pureté-limite par rapport à la faute). 1° Lidée de Dieu comme idée kantienne est le degré-limite dune liberté qui nest pas créatrice. La liberté est, si lon peut dire, du côté de Dieu par son indépendance à lobjet, par son caractère simultané dindétermination et de détermination de soi. Mais nous pensons à une liberté qui ne serait plus réceptive à légard de motifs en général (de pouvoirs et dune nature), une liberté qui ne se ferait pas en regardant, en ébranlant une spontanéité, en se pliant à une nécessité, mais qui serait soi par décret. Dirons-nous que cette liberté crée le bien, ou quelle est le bien. Cette distinction capitale à bien des égards apporte peu à notre propos : cette liberté ne serait plus une liberté motivée, au sens humain dune liberté réceptive à des valeurs et finalement dépendante dun corps ; elle ne serait plus une liberté incarnée, elle ne serait plus une liberté contingente. La liberté motivée, incarnée, contingente est donc à limage de labsolu par son indétermination identique à son pouvoir de se déterminer soi-même, mais autre que labsolu par sa réceptivité. Ce premier concept-limite domine une cascade didées-limites subordonnées dont lenchaînement constituerait par lui-même un problème difficile. 2° En effet je comprends en outre à vide une liberté motivée comme celle de lhomme, mais motivée de façon exhaustive, transparente, absolument rationnelle. Nous avons fait plusieurs fois allusion à cet idéal de la liberté parfaitement éclairée ; mon type de temporalité qui tient à ma situation incarnée, me sépare de cette limite ; dans les trois analyses de lindécision, de la durée et du choix nous avons insisté sur cette liaison de la temporalité humaine avec la confusion des motifs issus du corps : premièrement je suis une liberté qui émerge sans cesse de lindécision, parce que les valeurs mapparaissent toujours dans un bien apparent que me montre laffectivité ;laffectivitéauncaractèreproblématiquequi appelle une clarification sans fin ; elle est comparable dans lordre pratique à linadéquation sune perception par touches, par esquisses, par profils ; seul le temps clarifie, avons-nous dit bien souvent. Aussi notre liberté est secondement un art de la durée ; certes, en tant que nous conduisons la durée, cette maîtrise nest pas une imperfection, mais bien une perfection ou une image de perfection ; mais comme la clarification des motifs est à jamais inachevée, que la décision est brusquée par lurgence, que linformation reste toujours bornée, cette liberté de lattention demeure solidaire des limites mêmes de lexistence corporelle ; elle naperçoit que des biens apparents, elle nest capable que dune lecture inadéquate des valeurs. De là, troisièmement, le caractère propre du choix humain : il procède dun risque et non dun décret. Le risque nest une perfection que si lon considère lindépendance de lattention qui sarrête ; mais pour une liberté motivée et non créatrice, le risque nest que la caricature dun libre décret divin et reste par rapport à lui un défaut ; larrêt arbitraire de lattention ressemble finalement moins au libre décret de Dieu quun choix moins audacieux et plus nourri de raisons, où la persuasion du bien se joindrait à la spontanéité du regard ; cette liberté parfaitement motivée serait la plus haute approximation de la liberté divine compatible avec une liberté motivée. 3° Je comprends encore lidée-limite dune liberté incarnée comme celle de lhomme, mais dont le corps serait absolument docile, une liberté gracieuse, dont la spontanéité corporelle conspirerait sans résistance avec linitiative qui la meut. Lathlète, le danseur men donnent parfois limage et la nostalgie. 4° Enfin je comprends à vide une liberté qui serait lenvergure même de lhomme, qui naurait pas la partialité dun caractère, dont les motifs seraient absolument transparents et qui aurait entièrement réduit sa contingence à son initiative. Mais cette dernière « utopie » de la liberté révèle que tout le cycle de ces idées-limites a pour centre lidée dune liberté créatrice. Ces idées-limites nont pas dautre fonction ici que de faire comprendre par contraste la condition dune volonté réciproque dun involontaire (
). Du moins ces idées-limites achèvent de déterminer le statut dune liberté qui est humaine et non pas divine, dune liberté qui ne se pose point absolument parce quelle nest pas la Transcendance. Vouloir nest pas créer. [Le volontaire et linvolontaire, Conclusion, pp. 453 à 456] KANT CRITIQUE DE LA RAISON PURE (Ecrits de 1767-1780) [« Avant de montrer les scènes de discorde et de déchirement quentraîne ce conflit des lois (cette antinomie) de la raison pure[3], nous voulons donner certaines explications susceptibles déclairer et de justifier la méthode dont nous nous servons pour traiter de notre objet. Jappelle toutes les idées transcendantales, en tant quelles concernent labsolue totalité dans la synthèse des phénomènes, des concepts du monde, en partie à cause de cette totalité inconditionnée sur laquelle se fonde le concept du tout du monde qui nest lui-même quune idée, en partie parce quelles tendent simplement à la synthèse des phénomènes et, par conséquent à une synthèse empirique, tandis quau contraire la totalité absolue dans la synthèse des conditions de toutes les choses possibles en général donnera lieu à un idéal de raison pure, lequel est tout différent du concept du monde, bien quil soit en rapport avec lui. Cest pourquoi, de même que les paralogismes de la raison pure donnaient le fondement pour une psychologie dialectique, lantinomie de la raison pure exposera les principes transcendantaux dune prétendue cosmopologie pure (rationnelle), non sans doute pour la trouver valable et se lapproprier, mais comme lindique déjà lexpression de conflit de la raison, afin de la présenter dans son apparence éblouissante, mais fausse, comme une idée qui ne saurait se concilier avec les phénomènes ».] TROISIÈME CONFLIT DES IDÉES TRANSCENDANTALES THÈSE La causalité suivant les lois de la nature nest pas la seule doù puissent être dérivés les phénomènes du monde dans leur ensemble. Il est encore nécessaire dadmettre, pour les expliquer, une causalité par liberté. Preuve Si lon admet quil ny a pas dautre causalité que celle qui est conforme aux lois de la nature, tout ce qui arrive présuppose un état antérieur auquel il succède inévitablement suivant une règle. Or létat antérieur doit être lui-même quelque chose qui est arrivé (qui a pris naissance dans le temps puisquil nétait pas auparavant), puisque sil avait toujours été, sa conséquence naurait pas non plus commencé dêtre, mais elle aurait aussi toujours été. La causalité de la cause par laquelle quelque chose arrive est donc toujours elle-même quelque chose darrivé, qui présuppose à son tour, suivant la loi de la nature, un état antérieur et la causalité de cet état, et celui-ci un autre état plus ancien, et ainsi de suite. Si donc tout arrive suivant les seules lois de la nature, alors il ny a toujours quun commencement subalterne, mais jamais un premier commencement ; et, par conséquent, en général, il ny a jamais aucune intégralité de la série du côté des causes qui descendent les unes des autres. Or, la loi de la nature consiste précisément en ce que rien narrive sans une cause suffisamment déterminée a priori[4]. Donc la proposition qui veut que toute causalité ne soit possible que suivant des lois naturelles se contredit delle-même dans son universalité illimitée, et il est donc impossible dadmettre cette causalité comme la seule. Daprès cela il faut admettre une causalité par laquelle quelque chose arrive sans que la cause en soit déterminée derechef encore par une autre cause antérieure suivant des lois nécessaires, cest-à-dire une spontanéité absolue des causes, spontanéité qui consiste à commencer de soi une série de phénomènes qui se déroule suivant des lois naturelles, par conséquent une liberté transcendantale, sans laquelle, même dans le cours de la nature, la série successive des phénomènes nest jamais complète du côté des causes. Remarque sur la thèse Lidée transcendantale de la liberté est à la vérité loin de former le contenu entier duconcept psychologique de ce nom, concept qui est en grande partie empirique[5] ; elle constitue seulement le concept de la spontanéité absolue de laction, comme fondement propre de limputabilité de cette action ; mais elle nen est pas moins la véritable pierre dachoppement de la philosophie, qui trouve des difficultés insurmontables à admettre une sorte de causalité inconditionnée. Ce nest donc proprement quune difficulté transcendantale qui, dans la question de la liberté du vouloir, a jeté de tout temps la raison spéculative dans un si grand embarras
Il y a une chose qui confirme dune manière éclatante le besoin quéprouve la raison den appeler dans la série des causes naturelles à un premier commencement par liberté, cest que tous les philosophes de lAntiquité (à lexception de ceux de lécole épicurienne) se sont vus obligés dadmettre, pour expliquer les mouvements du monde, un premier moteur, cest-à-dire une cause librement agissante, qui a commencé dabord et delle-même cette série détats[6]. En effet, ils nont pas osé entreprendre de rendre intelligible un premier commencement par la seule nature. ANTITHÈSE Il ny a pas de liberté, mais tout dans le monde arrive suivant les lois de la nature. Preuve Supposez quil y ait une liberté dans le sens transcendantal, en tant quune espèce particulière de causalité suivant laquelle les évènements du monde pourraient se produire, cest-à-dire un pouvoir de commencer absolument un état et par conséquent aussi une série de conséquences de cet état, alors ce nest pas seulement une série qui commencera absolument en vertu de cette spontanéité, mais il faudra encore que commence aussi absolument la détermination de cette spontanéité à produire la série, cest-à-dire la causalité, de telle sorte quil ny aura rien qui précède par quoi soit déterminée, suivant des lois constantes, cette action qui arrive. Mais tout commencement daction présuppose un état de la cause où cette cause nagit pas encore, et un premier commencement dynamique de laction présuppose un état qui na aucun enchaînement de causalité avec létat précédent de la même cause, cest-à-dire qui nen résulte daucune façon. Donc la liberté transcendantale est opposée à la loi de la causalité, et une telle liaison des états successifs de causes efficientes, daprès lequel aucune unité de lexpérience nest possible, et qui donc ne se rencontre dans aucune expérience, nest par suite quun vain être de raison. Il ny a donc que la nature où nous puissions chercher lenchaînement et lordre des évènements du monde. La liberté (lindépendance) à légard des lois de la nature est une libération qui, il est vrai, affranchit de la contrainte, mais aussi du fil conducteur de toutes les règles. En effet, on ne peut pas dire que des lois de la liberté interviennent dans la causalité du cours du monde en prenant la place des lois de la nature, puisque, si la liberté était déterminée suivant des lois, elle ne serait plus liberté, mais rien dautre que nature. Nature et liberté transcendantale diffèrent donc entre elles comme la conformité à des lois et labsence de lois[7]. La première, il est vrai, importune lentendement de la difficulté davoir à chercher toujours plus haut dans la série des causes lorigine des évènements, puisque la causalité y est toujours conditionnée ; mais elle promet, en dédommagement, une unité de lexpérience universelle conforme à des lois. Lillusion de la liberté, au contraire, offre bien à lentendement un repos dans son investigation dans la chaîne des causes, en le conduisant à une causalité inconditionnée qui commence à agir delle-même ; mais comme cette causalité elle-même est aveugle, elle rompt le fil conducteur des règles, auquel tient seule la possibilité dune expérience complètement liée. Remarque sur lantithèse Celui qui défend la toute-puissance de la nature (physiocratie transcendantale) contre la doctrine de la liberté pourrait opposer la proposition suivante aux raisonnements sophistiques de cette doctrine : Si vous nadmettez dans le monde rien de mathématiquement premier sous le rapport du temps, vous navez plus besoin non plus de chercher quelque chose de dynamiquement premier sous le rapport de la causalité. Qui vous a priés dimaginer un état absolument premier du monde, un commencement absolu de la série, au cours successif des phénomènes, et dimposer des limites à la nature que rien ne borne, un point de repos à votre imagination ? Puisque les substances ont toujours été dans le monde, ou que du moins lunité de lexpérience rend nécessaire une telle supposition, il ny a point de difficulté à admettre aussi que le changement de leurs états, cest-à-dire une série de leurs changements, a toujours été, et que, par conséquent il nest besoin de chercher aucun commencement, ni mathématique, ni dynamique Dailleurs, quand même on concèderait un pouvoir transcendantal de liberté, pour commencer les changements du monde, du moins ce pouvoir ne devrait-il être quen dehors du monde (quoique cela reste toujours une prétention téméraire que dadmettre, en dehors de lensemble de toutes les intuitions possibles, encore un objet qui ne peut être donné dans aucune perception possible). Mais dans le monde lui-même, il ne peut jamais être permis dattribuer pareil pouvoir aux substances, puisque alors disparaîtrait en grande partie lenchaînement des phénomènes qui se déterminent nécessairement les uns aux autres suivant des lois universelles, enchaînement que lon nomme nature et, avec lui, le critère de la vérité empirique, qui distingue lexpérience du rêve. En effet, avec un tel pouvoir de liberté, affranchi de toutes lois, on ne peut plus guère penser la nature, puisque les lois de celle-ci seraient sans cesse modifiées par linfluence de cette liberté , et que le jeu des phénomènes, lequel, conforme à la simple nature, serait régulier et uniforme, est ainsi troublé et rendu incohérent. [Critique de la raison pure, Dialectique transcendantale, Troisième conflit, T I, pp.1102-1109] PROLÉGOMÈNES 53 (Ecrits de 1783-1784) [La méthode analytique suivie dans les « Prolégonèmes » part du fait de lexistence de la connaissance scientifique pour remonter à ses conditions de possibilité (la nature de lintuition et de lentendement humains), tandis que la Critique de la raison pure commençait par exposer la nature et la structure complète des facultés pour en tirer des conclusions touchant la possibilité et les limites de la connaissance ; elle suivait donc un ordre synthétique, allant des principes aux conséquences. Il ne faut pas confondre le caractère analytique ou synthétique de la méthode avec la nature analytique ou synthétique des jugements.] La liberté ne doit pas être considérée comme un phénomène mais comme la faculté de commencer un événement par soi-même Si les objets du monde sensible étaient pris pour des choses en soi, et les lois de la nature mentionnées plus haut[8] pour des lois des choses en soi, la contradiction serait inévitable. De même si le sujet de la liberté était, ainsi que le reste des objets, représenté comme simple phénomène, alors, de la même façon, la contradiction ne pourrait être évitée ; car, à propos dun objet identique, pris dans la même signification, lon affirmerait et nierait en même temps la même chose. Mais si la nécessité de la nature est simplement rapportée aux phénomènes, et la liberté seulement aux choses en soi, il nen résulte aucune contradiction, quand bien même lon admettrait ou accorderait ces deux espèces de causalité, si difficile ou impossible quil puisse être de rendre concevable celle de la dernière espèce. Dans le phénomène, chaque effet est un événement ou quelque chose qui se passe dans le temps ; daprès la loi universelle de la nature, il doit être précédé dune détermination de la causalité de sa cause (un état de celle-ci) à quoi il succède selon une loi constante. Mais cette détermination de la cause à la causalité doit aussi être quelque chose qui survient ou se passe ; la cause doit avoir commencé dagir ; car sinon aucune succession temporelle ne se laisserait penser entre elle et leffet. Leffet aurait toujours existé, aussi bien que la causalité de la cause. Ainsi, parmi les phénomènes, a dû se produire également la détermination de la cause à agir, et par suite elle doit être comme son effet un événement qui doit à son tour avoir sa cause, etc. ; et, en conséquence, la nécessité naturelle doit être la condition daprès laquelle sont déterminées les causes efficientes. Au contraire, si la liberté doit être une propriété de certaines causes des phénomènes, elle doit être, relativement à ces derniers en tant quévènements, une faculté de les commencer delles-mêmes (sponte), cest-à-dire sans que la causalité de la cause puisse elle-même commencer, et par suite sans avoir besoin daucune autre raison la déterminant à commencer. Mais alors la cause, quant à sa causalité, ne devrait pas être soumise aux déterminations temporelles de son état, cest-à-dire ne pas être du tout un phénomène, mais être considérée comme une chose en soi, et ses effets seulement comme des phénomènes[9]. Si lon peut penser sans contradiction une telle influence des êtres intelligibles sur les phénomènes, tout enchaînement de cause et deffet dans le monde sensible tiendra certes à une nécessité naturelle, mais on pourra cependant accorder la liberté à cette cause qui nest pas elle-même un phénomène (bien quelle en soit le fondement) et donc attribuer sans contradiction nature et liberté à une même chose, mais sous des rapports différents, tantôt comme phénomène, tantôt comme chose en soi. [Prolégomènes, 53, T II, pp.125-126] HISTOIRE UNIVERSELLE (Idée dune histoire universelle au point de vue cosmopolitique) La liberté du vouloir humain Quel que soit le concept que, du point de vue métaphysique, on puisse se faire de la liberté du vouloir, il reste que les manifestations phénoménales de ce vouloir, les actions humaines, sont déterminées selon des lois universelles de la nature, exactement au même titre que tout autre événement naturel. Lhistoire, qui se propose de raconter ces manifestations phénoménales, quelle que puisse être la profondeur en laquelle sont cachées leurs causes, donne cependant à espérer quen considérant globalement le jeu de la liberté du pouvoir humain, elle peut y découvrir un cours régulier et que, de cette façon, ce qui chez les sujets particuliers paraît confus et irrégulier pourra cependant être reconnu au niveau de lespèce entière comme étant un développement constant, bien que lent, de ses dispositions originelles. Ainsi, par exemple, les mariages, les naissances qui en résultent et la mort, étant donné que la libre volonté des hommes exerce sur eux une si grande influence, ne semblent pouvoir être soumis à aucune règle daprès laquelle on pourrait en calculer le nombre par avance ; et, pourtant, les tableaux quon en dresse chaque année dans les grands pays prouvent quils se produisent tout aussi bien selon des lois naturelles constantes, que les si inconstantes variations atmosphériques qui, prises isolément, ne sont pas prévisibles, mais qui pourtant, dans leur ensemble, ne manquent pas de maintenir le cours uniforme et ininterrompu de la croissance des plantes, de lécoulement des fleuves et de bien dautres formations naturelles. Les hommes pris isolément, et même des peuples entiers, ne songent guère au fait quen poursuivant leurs fins particulières, chacun selon son avis personnel, et souvent lun à lencontre de lautre, ils sorientent sans le savoir au dessein de la nature, qui leur est lui-même inconnu, comme à un fil conducteur, et travaillent à favoriser sa réalisation ; ce qui, même sils le savaient, leur importerait pourtant assez peu. Etant donné que les hommes, dans les efforts quils entreprennent en vue de réaliser leurs aspirations, ne procèdent pas dans lensemble de façon simplement instinctive, mais pas non plus comme des citoyens raisonnables du monde selon un plan concerté, il semble également quune histoire planifiée (comme par exemple celle des abeilles et des castors) soit impossible en ce qui les concerne
Nous voulons [cependant] examiner sil nous sera possible de trouver un fil conducteur pour une telle histoire ; nous laisserons ensuite à la nature le soin de produire lhomme capable de rédiger lhistoire selon ce fil conducteur. Na-t-elle pas produit un Kepler, qui soumit dune façon inattendue les orbites excentriques des planètes à des lois déterminées, et un Newton qui expliqua ces lois en vertu dune cause naturelle universelle ? [Doù une série de propositions qui aboutissent à la neuvième qui conclut « quune tentative philosophique pour traiter lhistoire universelle de la nature qui vise à lunification politique parfaite dans lespèce humaine doit être considérée comme possible, et même favorable à ce dessein de la nature ».] [Histoire universelle, T II, pp. 187-205] SUR LE LIEU COMMUN II[10] (Ecrits de 1792-1793) Le concept de liberté dans les rapports extérieurs des hommes les uns aux autres Le concept dun droit extérieur en général provient entièrement de ce concept de liberté. Il na absolument rien à voir avec la fin quont naturellement tous les hommes (la visée du bonheur) et avec le précepte concernant les moyens pour y parvenir ; si bien que cette fin ne doit donc absolument pas non plus simmiscer dans cette loi, en tant que principe déterminant. Le droit est la limitation de la liberté de chacun à la condition de son accord avec la liberté de tous, dans la mesure où celle-ci est possible daprès une loi générale ; et le droit public[11] est lensemble des lois extérieures qui rendent possible un tel accord général. Or, comme toute limitation de la liberté par larbitre dun autre sappelle contrainte, il sensuit que la constitution civile est un rapport dhommes libres, qui pourtant (sans préjudice pour leur liberté dans le tout de leur union avec les autres) sont soumis à des lois de contrainte, car cest la raison elle-même qui le veut ainsi , et même la raison pure légiférant a priori qui ne prend en considération aucune fin empirique (toutes les fins de ce genre ayant été comprises sous le nom général de bonheur) ; car en ce qui concerne cette fin, et lendroit où chacun entend la placer, les hommes ont des idées totalement différentes en sorte que leur volonté ne peut pas être ramenée à un principe commun ni par conséquent à une loi extérieure en accord avec la liberté de tous. Létat civil considéré uniquement comme état juridique est donc fondé sur les principes a prioriliberté[12] de chaque membre de la société en tant quhomme. 2° légalité de celui-ci avec tout autre en tant que sujet. 3° lindépendance de tout membre dune communauté en tant que citoyen. suivants : 1° la MÉTAPHYSIQUE DES MURS Le concept de liberté en tant que concept pur de la raison Pour cela, justement, il est transcendant pour la philosophie théorique, cest-à-dire quil est tel quon nen peut donner aucun exemple adéquat dans quelque expérience possible que ce soit ; il ne constitue donc pas lobjet dune connaissance théorique possible pour nous et ne saurait absolument pas valoir pour la raison spéculative comme principe constitutif mais uniquement comme principe régulateur et, il est vrai, purement négatif[13]. Mais, dans lusage pratique de la raison, il prouve sa réalité par des principes pratiques qui, en tant que lois causalité de la raison pure, indépendante de toutes conditions empiriques (du sensible en général) , déterminent larbitre et attestent en nous une volonté pure en laquelle les concepts et lois des bonnes murs ont leur origine. Cest sur ce concept positif de la liberté (au point de vue pratique) que se fondent des lois pratiques inconditionnées, dites morales, qui, relativement à nous dont larbitre est affecté dune manière sensible et nest donc pas par lui-même adéquat à la volonté pure mais lui est au contraire souvent récalcitrant, sont des impératifs[14] (commandements ou interdictions) et même des impératifs catégoriques (inconditionnés), en quoi ils se distinguent des impératifs techniques (des règles de lart), lesquelles nordonnent toujours que conditionnellement. Suivant ces impératifs catégoriques, certaines actions sont licites ou illicites, cest-à-dire moralement possibles ou impossibles, et quelques-unes dentre elles ou leur contraire sont moralement nécessaires cest-à-dire obligatoires. Intervient donc alors pour de semblables actions le concept dun devoir dont lexécution ou la transgression sont sans doute liées de surcroît à un plaisir ou à un déplaisir dun genre particulier (le genre du sentiment moral), lesquels plaisir ou déplaisir nous ne prenons toutefois aucunement en considération dans les lois pratiques de la raison [parce quils ne concernent pas le principe des lois pratiques mais seulement leffet subjectif que celles-ci exercent dans lesprit lors de la détermination de notre arbitre et (sans rien leur ajouter ni leur ôter objectivement, cest-à-dire à en juger en se plaçant du côté de la raison, de leur validité ni de leur influence) quils peuvent varier selon la différence des sujets]. [I. Introduction à la métaphysique des murs IV, pp. 467-469] SPINOZA ÉTHIQUE I Définition VII Est dite libre[15] la chose qui existe daprès la seule nécessité de sa nature et est déterminée par soi seule à agir. On appelle au contraire nécessaire, ou plutôt contrainte, la chose qui est déterminée par un autre à exister et à produire un effet selon une raison définie (certa) et déterminée. ÉTHIQUE II Proposition XXXV, scolie [Ce passage est donné comme exemple tendant à expliquer pour quelle raison lerreur consiste en une privation de connaissance.] Les hommes se trompent en ce quils pensent être libres ; et cette opinion consiste uniquement pour eux à être conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquels ils sont déterminés. Lidée de leur liberté cest donc quils ne connaissent aucune cause à leurs actions. Car ils disent que les actions humaines dépendent de la volonté, mais ce sont des mots qui ne correspondent à aucune idée. Ce quest, en effet, la volonté, et comment elle meut le corps, tous lignorent ; et ceux qui se vantent de la savoir et se représentent[16] un siège et une demeure de lâme excitent dordinaire le rire ou le dégoût. De même, lorsque nous regardons le soleil, nous imaginons[17] quil est éloigné de nous de 200 pieds environ ; cette erreur ne consiste dailleurs pas dans cette seule imagination, mais dans le fait que, en imaginant ainsi le soleil, nous ignorons sa vraie distance et la cause de cette imagination. Car, plus tard, encore que nous sachions que le soleil est éloigné de nous de plus de six cents fois le diamètre de la terre, nous nimaginerons pas moins quil est près de nous ; nous nimaginons pas, en effet, le soleil si proche parce que nous ignorons ca vraie distance, mais parce que laffection de notre corps enveloppe lessence du soleil, en tant que le corps lui-même en est affecté. LETTRE 58, AU TRÈS SAVANT G.H. SCHULLER La liberté située non dans un libre décret mais dans une libre nécessité Je passe maintenant à cette définition de la liberté que mattribue votre ami ; mais je ne sais doù il la tirée. Pour ma part, je dis que cette chose est libre qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et contrainte cette chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une modalité précise et déterminée. Dieu, par exemple, existe librement (quoique nécessairement) parce quil existe par la seule nécessité de sa nature. De même encore, Dieu connaît soi-même et toutes choses en toute liberté, parce quil découle de la seule nécessité de sa nature quil comprenne toutes choses. Vous voyez donc que je ne situe pas la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité. Mais venons-en aux autres choses créées qui, toutes, sont déterminées à exister et à agir selon une manière précise et déterminée. Pour le comprendre clairement, prenons un exemple très simple. Une pierre reçoit dune cause extérieure qui la pousse une certaine quantité de mouvement, par laquelle elle continuera nécessairement de se mouvoir après larrêt de limpulsion externe. Cette permanence de la pierre dans son mouvement est une contrainte, non pas parce quelle est nécessaire, mais pace quelle doit être définie par limpulsion des causes externes ; et ce qui est vrai de la pierre, lest aussi de tout objet singulier, quelle quen soit la complexité, et quel que soit le nombre de ses possibilités : tout objet singulier, en effet, est nécessairement déterminé par quelque cause extérieure à exister et à agir selon une loi (modus) précise et déterminée. Concevez maintenant, si vous le voulez bien, que la piere, tandis quelle continue de se mouvoir, sache et pense quelle fait tout leffort possible pour continuer de se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisquelle nest consciente que de son effort, et quelle nest pas indifférente, croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison quelle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent davoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. Cest ainsi quun enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger sil est irrité, mais fuir sil est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce quensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une décision libre de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. Et comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne sen libèrent pas facilement. Lexpérience nous apprend quil nest rien dont les hommes soient moins capables que de modérer leurs passions, et que, souvent, aux prises avec des passions contraires, ils voient le meilleur et font le pire : ils se croient libres cependant, et cela parce quils nont pour un objet quune faible passion, à laquelle ils peuvent facilement sopposer par le fréquent rappel du souvenir dun autre objet. Jai suffisamment expliqué par là, je crois, ma doctrine sur la nécessité libre ou contraignante, et sur la pseudo-liberté humaine ; on en peut facilement tirer des réponses aux objections que fait votre ami. Il dit avec Descartes quest libre celui qui nest contraint par aucune cause extérieure : sil appelle « contraint » celui qui agit contre son gré, jaccorde quen certaines circonstances nous ne soyons nullement contraints et quà cet égard, nous ayons un libre-arbitre. Mais sil appelle contraint celui qui, quoique selon son gré, agit pourtant par nécessité (comme je lai expliqué plus haut), je nie que nous soyons libres en aucun cas. Votre ami affirme au contraire que nous pouvons utiliser notre raison librement, cest-à-dire absolument, et il insiste sur ce point avec une confiance assez belle pour ne pas dire excessive. Qui pourrait, en effet, dit-il, à moins de contredire aux données de sa conscience, nier que je puisse, parmi mes pensées, avoir cette pensée que je veux ou que je ne veux pas écrire ? Je voudrais savoir à quelle conscience il fait allusion, en dehors de celle dont jai parlé dans lexemple de la pierre Il dit encore : si nous étions contraints par les causes extérieures, nul ne pourrait acquérir létat de vertu ; mais je ne sais doù il tient que lon ne peut avoir lesprit ferme et tenace par une nécessité stricte, mais seulement par une libre décision de lesprit. Il ajoute enfin : ceci posé, tout crime sera excusable. Mais pourquoi ? Les hommes de mauvaise nature (mali) ne sont pas moins à craindre, ni moins pernicieux quand ils sont nécessairement tels . A ce propos, voyez si vous voulez le chapitre VIII de mon Appendice aux livres I et II des Principes de Descartes exposés géométriquement[18]. Je voudrais enfin que votre ami qui fait ces objections me dise comment il accorde avec la prédestination divine cette vertu humaine qui naît dune décision libre. Sil reconnaît avec Descartes quil ne sait faire cette conciliation, alors il est en lui-même touché par le trait quil me destinait[19]. Cétait en vain. Car si vous voulez examiner attentivement ma doctrine, vous verrez quelle est parfaitement cohérente , etc. [Lettre 58, au Très savant G. H. Schuller, pp. 1251-1254] DESCARTES PRINCIPES 6/ Que nous avons un libre arbitre qui fait que nous pouvons nous abstenir de croire les choses douteuses, et ainsi nous empêcher dêtre trompés. Mais quand celui qui nous a créés serait tout-puissant, et quand même il prendrait plaisir à nous tromper, nous ne laissons pas déprouver en nous une liberté qui est telle que, toutes les fois quil nous plaît, nous pouvons nous abstenir de recevoir en notre croyance les choses que nous ne connaissons pas bien, et ainsi nous empêcher dêtre jamais trompés. 37. Que la principale perfection de lhomme est davoir un libre-arbitre, et que cest ce qui le rend digne de louange ou de blâme. La volonté étant, de sa nature, très étendue, ce nous est un avantage très grand de pouvoir agir par son moyen, cest-à-dire librement ; en sorte que nous soyons tellement les maîtres de nos actions, que nous sommes dignes de louange lorsque nous les conduisons bien ; car, tout ainsi quon ne donne point aux machines quon voit se mouvoir en plusieurs façons diverses, aussi justement quon saurait désirer, des louanges qui se rapportent véritablement à elles, parce que ces machines ne représentent aucune action quelles ne doivent faire par le moyen de leurs ressorts, et quon en donne à louvrier qui les a faites, parce quil a eu le pouvoir et la volonté de les composer avec tant dartifice ; de même on doit nous attribuer quelque chose de plus, de ce que nous choisissons ce qui est vrai, lorsque nous le distinguons davec le faux, par détermination de notre volonté, que si nous y étions déterminés et contraints par un principe étranger. 38. Que nos erreurs sont des défauts de notre façon dagir, mais non point de notre nature ; et que les fautes des sujets peuvent souvent être attribuées aux autres maîtres, mais non point à Dieu. 39. Que la liberté de notre volonté se connaît sans preuve, par la seule expérience que nous en avons. Au reste, il est si évident que nous avons une volonté libre, qui peut donner son contentement ou ne pas le donner quand bon lui semble, que cela peut nous être compté pour une de nos plus communes notions.Nous en avons eu ci-devant une preuve bien claire ; car, au même temps que nous doutions de tout, et que nous supposions même que celui qui nous a créés employait son pouvoir à nous tromper en toutes façons, nous apercevions en nous une liberté si grande, que nous pouvions nous empêcher de croire ce que nous ne connaissions pas encore parfaitement bien. Or, ce que nous apercevions distinctement, et dont nous ne pouvions douter pendant une suspension si générale, est aussi certain quaucune autre chose que nous puissions jamais connaître. 40. Que nous savons aussi très certainement que Dieu a préordonné toutes choses. Mais, à cause que ce que nous avons depuis connu de Dieu nous assure que sa puissance est si grande que nous ferions un crime de penser que nous eussions jamais été capables de faire aucune chose quil ne leût auparavant ordonnée, nous pourrions aisément nous embarrasser en des difficultés très grandes si nous entreprenions daccorder la liberté de notre volonté avec ses ordonnances, et si nous tâchions de comprendre, cest-à-dire dembrasser et comme limiter avec notre entendement, toute létendue de notre libre arbitre et lordre de la Providence éternelle. [Principes, 6 et 37-40] LETTRE AU P. MESLAND Egmond, 9 février 1645 Pour ce qui est du libre arbitre, je suis complètement daccord avec ce quen a écrit le Révérend Père. Et, pour exposer plus complètement mon opinion, je voudrais noter à ce sujet que lindifférence me semble signifier proprement létat dans lequel est la volonté lorsquelle nest pas poussée dun côté plutôt que de lautre par la perception du vrai ou du bien ; et cest en ce sens que je lai prise lorsque jai écrit que le plus bas degré de la liberté est celui où nous nous déterminons aux choses pour lesquelles nous sommes indifférents. Mais peut-être que dautres entendent par indifférence une faculté positive de se déterminer pour lun ou lautre des deux contraires, cest-à-dire pour poursuivre ou fuir, pour affirmer ou pour nier. Cette faculté positive, je nai pas nié quelle fût dans la volonté. Bien plus, jestime quelle y est, non seulement dans ces actes où elle nest pas poussée par des raisons évidentes dun côté plutôt que de lautre, mais aussi dans tous les autres ; à ce point que, lorsquune raison très évidente nous porte dun côté, bien que, moralement parlant, nous ne puissions guère aller à lopposé, absolument parlant, néanmoins, nous le pourrions. En effet, il nous est toujours possible de nous retenir de poursuivre un bien clairement connu ou dadmettre une vérité évidente, pourvu que nous pensions que cest un bien daffirmer par là notre libre arbitre. De plus, il faut remarquer que la liberté peut être considérée dans les actions de la volonté avant laccomplissement ou pendant laccomplissement. Considérée dans ces actions avant laccomplissement, elle implique lindifférence prise au second sens, et non au premier. Et bien que nous puissions dire, quand nous opposons notre propre jugement au commandement des autres, que nous sommes plus libres de faire les choses pour lesquelles rien ne nous a été prescrit par les autres et dans lesquelles il nous est permis de suivre notre propre jugement que de faire celles qui nous sont interdites , nous ne pouvons pas dire dela même façon, quand nous opposons les uns aux autres nos jugements ou nos connaissances, que nous sommes plus libres de faire les choses qui ne nous semblent ni bonnes ni mauvaises, ou dans lesquelles nous voyons autant de bien que de mal que de faire celles où nous voyons beaucoup plus de bien que de mal. Une plus grande liberté consiste en effet ou bien dans une plus grande facilité de se déterminer, ou bien dans un plus grand usage de cette puissance positive que nous avons de suivre le pire, tout en voyant le meilleur. Si nous prenons le parti où nous voyons le plus de bien, nous nous déterminons plus facilement ; si nous suivons le parti contraire, nous usons davantage de cette puissance positive ; ainsi, nous pouvons toujours agir plus librement dans les choses où nous voyons plus de bien que de mal, que dans les choses appelées par nous indifférentes. En ce sens on peut même dire que les choses qui nous sont commandées par les autres et que sans cela nous ne ferions pas de nous-mêmes, nous les faisons moins libtrement que celles qui ne nous sont pas commandées ; parce que le jugement quelles sont difficiles à faire est opposé au jugement quil est bon de faire ce qui est commandé, et, ces deux jugements, plus ils nous meuvent également, plus ils mettent en nous dindifférence prise au premier sens. Considérez maintenant dans les actions de la volonté, pendant quelles saccomplissent, la liberté nimplique aucune indifférence, quon la prenne au premier ou au deuxième sens ; pace que ce qui est fait ne peut pas demeurer non fait, étant donné quon le fait. Mais elle consiste dans la seule facilité dexécution, et alors, libre, spontané et volontaire ne sont quune même chose. Cest en ce sens que jai écrit que je suis porté dautant plus librement vers quelque chose que je suis poussé par plus de raisons, car il est certain que notre volonté se meut alors avec plus de facilité et plus délan. [Lettre au P. Mesland, de février 1645, pp. 1177 et 1178] LETTRE AU P. MESLAND Leyde, 2 mai 1644 [Dans cette lettre antérieure au même destinataire, Descartes avait déjà précisé plusieurs de ses vues sur la liberté, qui sont reprises ici.]
Pour les animaux sans raison, il est évident quils ne sont pas libres, à cause quils nont pas cette puissance positive de se déterminer ; mais cest en eux une pure négation, de nêtre pas forcés ni contraints. Rien ne ma empêché de parler de la liberté que nous avons de suivre le bien ou le mal sinon que jai voulu éviter, autant que jai pu, les controverses de la théologie et me tenir dans les bornes de la philosophie naturelle. Mais je vous avoue quen tout ce où il y a occasion de pécher, il y a de lindifférence ; et je ne crois point que pour mal faire, il soit besoin de voir clairement que ce que nous faisons est mauvais ; il suffit de le voir confusément, ou seulement de se souvenir quon a jugé autrefois que cela létait, sans le voir en aucune façon, cest-à-dire sans avoir attention aux raisons qui le prouvent ; car, si nous le voyions clairement, il nous serait impossible de pécher, pendant le temps que nous le verrions en cette sorte ; cest pourquoi on dit que « tout pécheur lest par ignorance ». Et on ne laisse pas de mériter, bien que, voyant très clairement ce quil faut faire, on le fasse infailliblement, et sans aucune indifférence, comme a fait Jésus-Christ en cette vie.(
) Pour la difficulté de concevoir, comment il a été libre et indifférent à Dieu de faire quil ne fût pas vrai, que les trois angles dun triangle fussent égaux à deux droits, ou généralement que les contradictions ne peuvent être ensemble, on la peut aisément ôter, en considérant que la puissance de Dieu ne peut avoir aucunes bornes ; puis aussi, en considérant que notre esprit est fini, et créé de telle nature, quil peut concevoir comme possibles celles que Dieu aurait pu rendre possibles, mais quil a voulu toutefois rendre impossibles
Car la première considération nous fait connaître que Dieu ne peut avoir déterminé à faire quil fût vrai que les contradictoires peuvent être ensemble, et que, par conséquent il a pu faire le contraire ; puis lautre [considération] nous assure que, bien que cela soit vrai, nous ne devons point tâcher de la comprendre parce que notre nature nen est pas capable. Et encore que Dieu ait voulu que quelques vérités fussent nécessaires, ce nest pas à dire quil les ait nécessairement voulues ; car cest tout autre chose de vouloir quelles fussent nécessaires, et de le vouloir nécessairement, ou dêtre nécessité à le vouloir. Javoue bien quil y a des contradictions si évidentes, que nous ne les pouvons représenter à notre esprit, sans que nous les jugions entièrement impossibles, comme celle que vous proposez : Que Dieu aurait pu faire que les créatures ne fussent point dépendantes de lui. Mais nous ne les devons point représenter, pour connaître limmensité de sa puissance, ni concevoir aucune préférence ou priorité entre son entendement et sa volonté ; car lidée que nous avons de Dieu nous apprend quil ny a en lui quune seule action, toute simple et toute pure ; ce que ces mots de St. Augustin expriment fort bien : « Puisque tu vois ces choses, elles sont » parce quen Dieu « voir et vouloir », ne sont quune même chose. [Lettre au P. Mesland, de mai 1644, pp. 1166 et 1167] ARISTOTE [La liberté du vouloir proprement dite ne figure pas dans les textes grecs, mais le concept y est discuté à partir de son contraire, la contrainte.] ÉTHIQUE A NICOMAQUE III 1. <Actes volontaires et actes involontaires. De la contrainte.> Puisque la vertu[20] a rapport à la fois à des affections et à des actions, et que ces états peuvent être soit volontaires, et encourir léloge ou le blâme, soit involontaires, et provoquer lindulgence et parfois même la pitié, il est sans doute indispensable, pour ceux qui font porter leur examen sur la vertu, de distinguer entre le volontaire et linvolontaire ; et cela est également utile au législateur pour établir des récompenses et des châtiments. On admet dordinaire quun acte est involontaire quand il est fait sous la contrainte, ou par ignorance. Est fait par contrainte tout ce qui a son principe hors de nous, cest-à-dire un principe dans lequel on ne relève aucun concours de lagent ou du patient : si, par exemple, on est emporté quelque part, soit par le vent, soit par des gens qui vous tiennent en leur pouvoir. Mais pour les actes accomplis par crainte de plus grands maux ou pour quelque noble motif (par exemple, si un tyran nous ordonne daccomplir une action honteuse, alors quil tient en son pouvoir nos parents et nos enfants, et quen accomplissant cette action nous assurerions leur salut, et en refusant de la faire, leur mort), pour de telles actions, la question est débattue de savoir si elles sont volontaires ou involontaires. Cest là encore ce qui se produit dans le cas dune cargaison que lon jette par-dessus bord au cours dune tempête : dans labsolu, personne ne se débarrasse ainsi de son bien volontairement, mais quand il sagit de son propre salut et de celui de ses compagnons, un homme de sens agit toujours ainsi. De telles actions sont donc mixtes[21], tout en ressemblant plutôt à des actions volontaires, car elles sont librement choisies au moment où on les accomplit,et la fin de laction varie avec les circonstances de temps. On doit donc, Pour qualifier une action de volontaire ou dinvolontaire, se référer au moment où elle saccomplit. Or ici lhomme agit volontairement, car le principe qui, en de telles actions, meut les parties instrumentales de son corps, réside en lui, et les choses dont le principe est en lhomme même, il dépend de lui de les faire ou de ne pas les faire. Volontaires sont donc les actions de ce genre, quoique dans labsolu[22] elles soient peut-être involontaires, puisque personne ne choisirait jamais une pareille action en elle-même. Les actions de cette nature sont aussi parfois objet déloge quand on souffre avec constance quelque chose de honteux ou daffligeant en contre-partie de grands et beaux avantages ; dans le cas opposé[23], au contraire, elles sont lobjet de blâme, car endurer les plus grandes indignités pour nen retirer quun avantage nul ou médiocre est le fait dune âme basse. Dans le cas de certaines actions, ce nest pas léloge quon provoque, mais lindulgence : cest lorsquon accomplit une action quon ne doit pas faire, pour éviter des maux qui surpassent les forces humaines et que personne ne pourrait supporter. Cependant il existe sans doute des actes quon ne peut jamais étre contraint daccomplir, et auxquels nous devons préférer subir la mort les plus épouvantables : car les motifs qui ont contraint par exemple lAlcméon dEURIPIDE[24] à tuer sa mère paraissent bien ridicules. Et sil est difficile parfois de discerner, dans une action donnée, quel parti nous devons adopter et à quel prix[25], ou quel mal nous devons endurer en échange de quel avantage, il est encore plus difficile de persister dans ce que nous avons décidé[26], car la plupart du temps ce à quoi lon sattend est pénible et ce quon est contraint de faire, honteux ; et cest pourquoi louange et blâme nous sont dispensés suivant que nous cédons ou que nous résistons à cette contrainte. Quelles sortes daction faut-il dès lors appeler forcées ? Ne devons-nous pas dire quau sens absolu, cest lorsque leur cause réside dans les choses hors de nous , et que lagent ny a en rien contribué ? Les actions qui, en elles-mêmes, sont involontaires, mais qui, à tel moment et en retour davantages déterminés, ont été librement choisies[27] et dont le principe réside dans lagent, soit assurément en elles-mêmes involontaires, mais, à tel moment et en retour de tels avantages, deviennent volontaires et ressemblent plutôt à des actions volontaires : car les actions font partie des choses particulières, et ces actions particulières sont ici volontaires. Mais quelles sortes de choses doit-on choisir à la place de quelles autres, cela nest pas aisé à établir, car il existe de multiples diversités dans les actes particuliers. Et si on prétendait que les choses agréables et les choses nobles ont une force contraignante (puisquelles agissent sur nous de lextérieur), toutes les actions seraient à ce compte-là des actions forcées, car cest en vue de ces satisfactions[28] quon accomplit toujours toutes ces actions. De plus les actes faits par contrainte et involontairement sont accompagnés dun sentiment de tristesse, tandis que les actes ayant pour fin une chose agréable ou noble sont faits avec plaisir. Il est dès lors ridicule daccuser les choses extérieures et non pas soi-même, sous prétexte quon est facilement capté par leurs séductions, et de ne se considérer soi-même comme cause que des bonnes actions, rejetant la responsabilité des actions honteuses sur la force contraignante du plaisir. Ainsi donc, il apparaît bien que lacte forcé soit celui qui a son principe hors de nous, sans aucun concours de lagent qui subit la contrainte. [Ethique à Nicomaque III, pp. 119-122] [1] « Cest en mettant entre parenthèses la faute, qui altère profondément lintelligibilité de lhomme et la Transcendance qui recèle lorigine radicale de la subjectivité, que se constitue une description pure et une compréhension du Volontaire et de lInvolontaire » [ in Philosophie de la Volonté I, Aubier, 1950]. [2] Alain, Propos sur léducation, pp. 47-8. La suite est capitale : « Avec cela je crois pourtant ferme que chaque individu naît, vit et meurt selon sa nature propre, comme le crocodile est crocodile et quil ne change guère. » Nous retrouverons plus loin et adopterons le même mouvement de pensée. [3] « Mon point de départ, déclare Kant, cest lantinomie de la raison pure cest cela qui me réveilla dabord de mon sommeil dogmatique et me poussa à faire la critique de la raison elle-même , afin de supprimer le scandale de la contradiction apparente de la raison avec elle-même ». Lantinomie préexiste donc à la Critique, puisque cest le scandale quelle représente qui rend la Critique nécessaire. Le grand jouir où lantinomie porte la dialectique secrète de la raison est celui même de lhistoire, qui éclaire le conflit public des systèmes métaphysiques. Lantinomie est donc le point où sarticulent Critique et histoire, lintolérable spectacle de lhistoire suscitant lentreprise critique. Mais elle appartient aussi à la Critique. La raison est pacifiante, mais son avènement nest possible que grâce au scandale : la raison qui réfléchira ensuite sur lhistoire, verra dans lantinomie réelle lévénement providentiel qui lui aura permis de se prendre elle-même pour objet, et dassurer ainsi son propre règne. [4] Ni lénoncé ni la preuve de la thèse nimpliquent la moindre perspective pratique. Sans doute sagit-il détablir que la causalité selon les lois de la nature ne suffit pas ; mais précisément elle ne suffit pas à lexplication des phénomènes de la nature. Cest donc une exigence proprement cosmologique qui nous contraint dadmettre une causalité par liberté. [5] Le concept psychologique de la liberté est celui de lindépendance dune volonté par rapport à la contrainte des penchants de la sensibilité. Or, le concept de penchants et dinclination est nécessairement empirique. [6] Le premier moteur dAristote meut comme le désirable, cest-à-dire comme cause finale : rien ne permet de lui attribuer cette liberté cosmologique. Kant, fidèle à la tradition médiévale, interprète le premier moteur dans une perspective chrétienne, comme cause efficiente originaire pour la création du monde. Si étranger que soit ce concept à la pensée grecque, il faudrait, pour en esquisser au moins la généalogie telle que Kant lui-même peut se la représenter, remonter au démiurge de Platon plutôt quau premier moteur dAristote. [7] Les lois pratiques de la liberté et le caractère intelligible viendront réconcilier liberté et légalité : mais, du point de vue du naturalisme absolu de lantithèse, cette conciliation nest pas pensable, car la légalité, comme déterminisme dans le cours du monde, est identifiée à la contrainte , et surtout parce que la liberté cosmologique du dogmatisme (dans la thèse) ne peut que ruiner luniversalité du règne des lois, et donc la possibilité de lexpérience. Dans un monde pris pour une chose en soi, la liberté ne peut subsister à côté de la nécessité naturelle, car le moindre événement libre vient rompre le fil conducteur, sans lequel il nest pas dunité de lexpérience , et, partant, pas dexpérience du tout. Il est probable que Kant pense ici au clinamen épicurien, mais on peut également évoquer le reproche que Leibniz adressait çà Malebranche de recourir à un miracle perpétuel dans lexplication des évènements de la nature, ainsi que la doctrine de la création continuée, que Descartes tire de lidée dune indépendance absolue des moments du temps. Dans ces deux cas, cest hors de la nature, cest-à-dire en Dieu « que nous devons chercher lenchaînement et lordre des évènements du monde ». [8] La nature est lexistence des choses en tant que déterminée par des lois universelles. Si par nature lon devait désigner lexistence des choses en soi, nous ne pourrions jamais connaître la nature, ni a priori, ni a posteriori Ni a priori, car mon entendement et les conditions sous lesquelles, seules, il peut enchaîner les déterminations des choses dans leur existence, ne prescrit aucune règle aux choses elles-mêmes ; celles-ci ne sajustent pas à mon entendement, cest mon entendement qui doit sajuster à elles ; elles devraient donc mêtre données au préalable pour que jen tire ces déterminations, mais alors elles ne seraient pas connues a priori. Ni a posteriori, car si lexpérience doit menseigner des lois auxquelles est soumise lexistence des choses, celles-ci, en tant quelles concernent des choses en soi, devraient aussi leur être nécessairement attribuables en dehors de mon expérience. Or lexpérience menseigne sans doute ce qui existe, et comment cela est fait, mais jamais que cela doive être ainsi et non autrement de manière nécessaire. Par suite, elle ne peut jamais instruire sur la nature des chose en soi. [9] Lidée de liberté prend place uniquement dans la relation de lintelligible comme cause au phénomène en tant queffet. Par conséquent nous ne pouvons attribuer la liberté à la matière en considération de laction incessante par laquelle elle emplit son espace, quoique cette action se produise à partir dun principe interne. De même, nous ne pouvons trouver aucun concept de liberté qui convienne à des êtres purement intelligibles , à Dieu par exemple, en tant que son action est immanente. Car cette action , quoique indépendante de causes déterminantes extérieures, est cependant déterminée dans sa raison éternelle, et par suite dans la nature divine. Cest seulement quand quelque chose doit commencer du fait dune action, et que par suite leffet doit se trouver dans la succession temporelle, par conséquent dans le monde sensible (par exemple, le commencement du monde), que la question se pose de savoir si la causalité de la cause doit-elle même commencer aussi, ou si la cause peut amorcer un effet, sans que sa causalité elle-même commence. Dans le premier cas, le concept de cette causalité est un concept de la nécessité naturelle, dans le second un concept de liberté. Le lecteur verra par là quen définissant la liberté comme la faculté de commencer un événement par soi-même, jai mis le doigt précisément sur le concept qui constitue le problème de la métaphysique. [10] Le titre complet de cet essai est <Sur le lieu commun : il se peut que ce soit juste en théorie, mais en pratique cela ne vaut point > Le chapitre II dont il est ici question a pour sous-titre « Contre Hobbes ». A vrai dire, selon Luc Ferry, traducteur de lessai, plus quune simple critique de Hobbes, il sagit bien davantage dune défense de la philosophie des lumières. En effet, Kant tente ici de défendre lidée dune politique rationnelle contre les critiques réactionnaires de la Révolution française (pamphlets de Burke ou Rehberg consacrés en 1790 et 1792 à la Révolution). Le texte de Kant sinscrit lui aussi dans la « célèbre querelle du panthéisme ». . [11] Le droit privé, ou droit naturel, ne sera véritablement garanti (assorti de contrainte) quau sein du droit public, ou droit civil, laccord des deux dans une constitution parfaite étant lobjet du droit rationnel. [12] Cette liberté, Kant la formule ainsi : personne ne peut me contraindre à être heureux à sa manière (comme il se représente le bien-être dun autre homme), mais chacun a le droit de chercher son bonheur suivant le chemin qui lui paraît personnellement être le bon, si seulement il ne nuit pas à la liberté dun autre à poursuivre une fin semblable, alors que cette liberté peut coexister avec la liberté de tous daprès une loi générale possible (cest-à-dire sil ne nuit pas à ce droit dautrui). [13] Il sagit de la liberté comme indépendance à légard des mobiles sensibles. Au niveau empirique, une liberté définie comme pouvoir dagir ou non conformément à la loi donc sans motif déterminant ne pourrait produire aucune action, mais seulement des mouvements anarchiques, sans aucune objectivité pratique. [14] Limpératif est une règle pratique par laquelle laction en elle-même contingente est rendue nécessaire. Il se distingue dune loi pratique en ce que celle-ci représente sans doute la nécessité dune action, sans prendre en compte la question de savoir si en soi cette action habite déjà le sujet agissant (un être saint par exemple) comme une nécessité interne ou si (comme chez lhomme) elle est contingente ; dans le premier cas en effet, il ny a place pour aucun impératif. Limpératif est donc une règle dont la représentation rend nécessaire laction subjectivement contingente et qui représente par conséquent le sujet comme devant être contraint (nécessité) de se conformer à cette règle. Limpératif catégorique est celui qui pense laction et la rend nécessaire, non pas médiatement par la représentation dune fin que lon pourrait atteindre par le biais de laction, mais à travers la simple représentation de cette action même (de sa forme), donc immédiatement comme action objectivement nécessaire. En énonçant lobligation, il est une loi moralement pratique. [15] On remarquera que la liberté nest définie que comme nécessité de lessence, détermination par soi. Et donc lexpression « ou plutôt contrainte » rectifie lambiguïté du terme nécessité (qui nest en un sens que le contraire de la liberté) parfois employé pour les êtres déterminés du dehors. [16] I [17] I On voit ici la différence entre fingere (certains se figurent quil y a un siège de lâme, de qui est pure fiction) et imaginari : le soleil à 200 pieds est une croyance inhérente au perçu et non une fiction. Croyance qui a dailleurs sa vérité à titre dapparence, vérité partielle qui demande à être enveloppée dans une vérité scientifique. [18] Pourquoi Dieu avertit les hommes ; pourquoi il ne les sauve pas sans avertissement et pourquoi les impies sont punis. Demande-t-on pourquoi Dieu avertit les hommes ? il sera facile de répondre que Dieu a ainsi décrété de toute éternité davertir les hommes à tel moment afin que ceux quil a voulu sauver soient convertis. Si lon demande encore : Dieu ne pouvait-il pas les sauver sans avertissement ? nous répondons quil le pouvait. Pourquoi donc ne les sauve-t-il pas ? insistera-t-on peut-être. A cela je répondrai quand on maura dit pourquoi Dieu na pas rendu la mer Rouge franchissable sans avoir recours à un fort vent dest et pourquoi il naccomplit pas chaque mouvement pris à part sans les autres, et une infinité dautres choses semblables que Dieu produit par le moyen des causes. On demande encore : Pourquoi les impies sont-ils punis, puisquils agissent par leur nature et selon le décret divin ? Je réponds que cest aussi par décret divin quils sont punis et si ceux-là seuls que nous imaginons pécher en vertu de leur propre liberté doivent être punis, pourquoi les hommes veulent-ils exterminer les serpents venimeux ? car ils pèchent à cause de leur nature propre et ne peuvent faire autrement. [19] Quand une personne affirme (Spinoza) ce que lautre nie (Descartes) [20] Il sagit là de la vertu morale qui a été traitée au chapitre précédent dans ces termes : « Quainsi donc la vertu, la vertu morale, soit une médiété [un principe médian], et en quel sens elle lest, à savoir quelle est une médiété entre deux vices, lun par excès et lautre par défaut, et quelle soit une médiété de cette sorte parce quelle vise la position intermédiaire dans les affection et dans les actes. Voilà pourquoi aussi cest tout un travail que dêtre vertueux. En toute chose, en effet, on a peine à touver le moyen : par exemple trouver le centre dun cercle nest pas à la portée de tout le monde, mais seulement de celui qui sait Ainsi également donner de largent et de le dépenser, mais le faire avec la personne quil faut, dans la mesure et au moment convenables, pour un motif et dune façon légitimes, cest là une uvre qui nest pas le fait de tous, ni dexécution facile, et cest ce qui explique que le bien soit à la fois une chose rare, digne déloge et belle ». [21] Mi-volontaires et mi-involontaires. [22] Indépendamment des circonstances. [23] Cest-à-dire si on accepte de commettre des actions déshonorantes pour un minime avantage. [24] Alcméon tua sa mère Eryphile pour échapper aux malédictions de son père. [25] Il sagit de peser, dans une même et seule action, les avantages et les désavantages qui peuvent en résulter. [26] Comme conforme à la raison. [27] Un chapitre ultérieur de lEthique (le quatrième) fait lanalyse du [28] Lagrément (le plaisir) ou la noblesse dune chose. Date de création : 06/04/2007 @ 15:48 Réactions à cet article
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