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Economie - L'économie collaborative

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L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE

ÉCONOMIE DE PARTAGE

 

I / INTERVIEW DE L’ÉCONOMISTE AMÉRICAIN JEREMY RIFKIN (juin 2015)

Il y expose sa vision du monde dans trente ans

Qu'est-ce exactement que l’« Internet des objets » ?

Chaque appareil, chaque machine sera dotée de capteurs qui lui permettront de communiquer avec les autres. On estime que d'ici à 2030, 100.000 milliards de capteurs pourraient être en circulation. Une PME française pourra ainsi visualiser toutes les données concernant sa chaîne de valeur, les flux de stock, de pièces détachées, remonter des informations en temps réel de ses clients, etc. De quoi augmenter considérablement sa productivité. Avec ce réseau, il faudra bien sûr veiller au respect de la vie privée et des données personnelles.

Selon vous, cet « Internet des objets » va de pair avec l'économie du partage…

Oui, et ce secteur évolue très vite. Regardez Autolib' en France. On évolue de la possession de la voiture à l'accès à un service. C'est le passage de la deuxième à la troisième révolution industrielle. La jeune génération ne possédera plus de véhicules. Dans trente ans, être propriétaire d'une voiture sera juste un loisir pour collectionneur. J'en suis convaincu.

Que deviendront les constructeurs automobiles dans ce monde?

Ils vont encore longtemps vendre de plus en plus de voitures. Mais à mesure que l'on bâtira des réseaux automatisés pour voitures sans conducteur, ils en construiront moins. Comme les géants de la musique ou de l'énergie, ils vont devoir changer leur modèle économique. Ils deviendront gestionnaires de transport et de logistique, de données. C'est déjà un sujet de discussion dans plusieurs conseils d'administration où je siège. Les constructeurs historiques sauront-ils s'adapter ou seront-ils supplantés par les Google et autres Alibaba? Je ne le sais pas, mais il y aura une lutte sans merci pour le contrôle de tous ces réseaux et la gestion de ces données massives (big data, NDLR).
Une chose est sûre: nos petits-enfants s'amuseront en pensant: « Mon pauvre grand-père conduisait un camion sur la même route 10 heures par jour, ma grand-mère travaillait à la chaîne dans une usine. » Ils regarderont ceci comme nous regardons l'esclavage.
« Ce n'est plus dans le secteur capitaliste classique mais dans l'économie du partage, l'économie à vocation sociale, l'éducation, la santé, la culture, qu'il y aura besoin de main-d'œuvre »

Cette révolution industrielle ne va-t-elle pas mettre des millions de travailleurs au chômage?

Il va falloir construire tous ces réseaux. Il faudra des câbles, de la technologie, de l'électronique. En France, il faudra transformer l'ensemble de l'infrastructure énergétique, il faudra rénover tous les bâtiments qui sont des passoires thermiques, sinon à quoi bon les transformer en mini-centrales? L'installation de compteurs intelligents, de capteurs dans les maisons, les entrepôts, les routes, des bornes de recharge électrique, tout cela donnera du travail à une main-d'œuvre peu qualifiée pendant des décennies.

Tout de même, ce « Super-Internet » ne risque-t-il pas de supprimer massivement des emplois?

À l'horizon 2050, il n'y aura plus besoin de comptables ni de radiologues, c'est vrai, de nombreux emplois de col blanc seront automatisés. Ce n'est plus dans le secteur capitaliste classique mais dans l'économie du partage, l'économie à vocation sociale, l'éducation, la santé, la culture, qu'il y aura besoin de main-d'œuvre. Les gens seront payés au service rendu.

Finalement, cette troisième révolution industrielle, c'est plutôt une utopie? Un cauchemar?

Je ne suis pas un « technoptimiste ». Je dis que cette évolution est possible, pas qu'elle est inévitable. Il y a d'immenses obstacles sociaux et politiques pour y parvenir. Mais je suis persuadé qu'il n'y a pas d'alternative à la troisième révolution industrielle. Rester dans la deuxième, ce serait aller dans l'impasse économique et la catastrophe écologique.

La création et le déploiement des infrastructures intelligentes

Elles sont nécessaires pour lancer cette troisième révolution industrielle numériquement intégrée sont en train de devenir une priorité vitale si la France et l'Union européenne veulent progresser dans la construction d'un espace commercial, social et politique parfaitement intégré.
Sont compris notamment :

  • l'Internet des télécommunications 5G,
  • un Internet des énergies renouvelables,
  • ainsi qu'un Internet de la mobilité alimenté par des véhicules électriques et équipés de piles à combustible.

Ils sont en train de devenir une priorité vitale si la France et l'Union européenne veulent progresser dans cette direstion. Jusqu'à présent, la France se situe loin derrière les huit pays de l'UE les plus avancés en matière de connectivité numérique à très haut débit.
L'amélioration de l'efficacité réglementaire et la mise en œuvre de réformes appropriées dans le secteur du travail, des marchés et de la fiscalité pourraient entraîner une nouvelle vague de productivité susceptible de perdurer au cours des cinquante prochaines années, à condition qu'elles soutiennent la transition énergétique et qu'elles s'accompagnent d'un programme visant à accélérer la création et le déploiement de ces nouvelles infrastructures numériques intelligentes.
Prévue pour s'étaler sur une période de quarante ans, la construction de ces infrastructures nécessitera l'implication de pratiquement toutes les industries - les sociétés de distribution d'énergie et d'électricité, l'industrie des télécommunications et du câble, le secteur des technologies de l'information et de la communication (TIC), l'industrie de l'électronique, les secteurs de la construction et de l'immobilier, le secteur de la logistique et du transport, l'industrie manufacturière, l'agriculture, etc. - et devrait entraîner la création de millions d'emplois pour des travailleurs qualifiés, semi-qualifiés et professionnels.
À leur tour, les nouvelles infrastructures numériques françaises permettront l'apparition de nouveaux modèles commerciaux et le développement de nouveaux types d'emploi, caractéristiques d'une évolution vers un nouveau paradigme économique intelligent et vers une économie sobre en carbone respectueuse de l'environnement.

Si les première et deuxième révolutions industrielles ont donné naissance à une mondialisation verticale de forme descendante, la troisième révolution industrielle est à l'origine du concept de « glocalisation »

Elle constitue une approche plus horizontale dans laquelle des villes[1], des régions, des États-nations et des unions continentales travaillent côte à côte au sein de vastes réseaux numériques mondiaux, où ils partagent des infrastructures de communication à haut débit, des énergies renouvelables et des moyens de transport autonomes (électriques ou dotés de piles à combustible), offrant une qualité de vie plus équitable et plus durable sur le plan écologique.
La première étape pour synchroniser et intégrer le déploiement de la nouvelle infrastructure numérique consiste en l'élaboration d'un document-cadre par le gouvernement. Ce document pourra ensuite inspirer, encourager, guider et pousser les dix-huit régions de France à établir leurs propres feuilles de route afin de créer l'infrastructure nécessaire à l'échelon régional.

La Commission européenne a annoncé son intention de lancer une initiative « Smart Europe »

Elle vise à favoriser la création d'infrastructures numériques intégrées et la transition énergétique correspondante dans toute l'Union européenne. L'objectif est de stimuler la productivité, de créer de nouveaux débouchés commerciaux et de nouvelles opportunités d'emploi, ainsi que d'accélérer la transition vers une économie sobre en carbone.
La Commission européenne a réussi à mobiliser une enveloppe de 630 milliards d'euros – le fonds Juncker – pour investir dans le développement économique. Une partie de cet argent sera consacrée à la création et au déploiement des infrastructures nécessaires pour entamer la troisième révolution industrielle en Europe. Le gouvernement français a désormais la possibilité de montrer à l'Union européenne la voie à suivre pour, non seulement, créer une Europe 2.0. et un espace commercial intégré entre les vingt-huit États membres, mais aussi, pour reprendre les mots du président Macron, rendre toute sa grandeur à notre planète.

 

II /  DÉVELOPPEMENT DES ESPACES DE TRAVAIL COMMUN (COWORKING)
(Corinne Caillaud)

Publié le 27/12/2017

Les espaces de bureaux partagés qui émergent partout en France, séduisent les indépendants mais aussi les entreprises qui y détachent des équipes pour travailler en task force.
Le bureau est mort, vive le bureau! C'est un autre paradoxe de l'époque, les actifs revendiquent plus d'autonomie, mais indépendance ne rime pas avec solitude. Les tiers lieux, c'est-à-dire les espaces de travail communs, autres que ceux de l'entreprise, séduisent. Selon le baromètre de l'observatoire Actineo de novembre, ils font déjà partie du quotidien d'environ 25 % des actifs travaillant en bureau.

À côté des Fablabs et incubateurs d'innovation, les espaces de coworking, initialement plébiscités par les jeunes qui y étendent leur réseau, explosent. Plus de 600 sont recensés en France, et la province n'est pas en reste. La région Nouvelle-Aquitaine a soutenu 69 projets de tiers lieux depuis 2012 et des stations de ski, telle Chamrousse, prévoient de développer ce concept en pleine évolution. « Depuis trois ans, les petites surfaces sont supplantées par des espaces massifs, avec l'arrivée d'acteurs de l'immobilier», confirme Baptiste Broughton, cofondateur de Neo-Nomade, plateforme de réservation de bureaux.

                                                        « Sortir les salariés du carcan classique de l'entreprise
                                                         favorise la créativité. C'est aussi un facteur
                                                         d'attractivité pour les jeunes talents.»

Baptiste Broughton, cofondateur de Neo-Nomade, plateforme de réservation de bureaux
À Issy-les-Moulineaux, NextDoor, un espace exploité en coentreprise par Bouygues Immobilier et Accor, s'étend sur 7200 m². La location de bureaux nomades (sans place attribuée) et de bureaux fermés y est proposée. Cafétéria, salons et jardin agrémentent les 5 sites de la marque qui ouvrira en 2018 deux nouveaux lieux à Paris. Des événements y sont organisés, comme des conférences avec des leaders d'opinion.
Après s'être implanté en 2016 rue Lafayette (IXe), dans un site accueillant jusqu'à 2300 personnes, l'américain WeWork, présent dans 59 villes de 19 pays, a ouvert le 1er décembre un lieu de 7000 m² rue des Archives, dans le Marais. Deux autres lancements sont programmés en 2018, dont un sur l'avenue des Champs-Élysées. La France est décrite comme «un marché actif et clé pour les petites et moyennes entreprises et plusieurs millions d'entrepreneurs» par Audrey Barbier-Litvak, la directrice France du groupe.
Autre poids lourd du secteur, Kwerk, fondé en 2015 par Lawrence Knights et l'architecte designer Albert Angel, duplique aussi ses espaces. Installé sur 750 m² à Boulogne-Billancourt, puis sur 2200 m² dans le VIIIe arrondissement, l'enseigne a créé deux autres sites cette année, dont un au sein de la tour First à la Défense sur 3900 m². Kwerk se démarque en jouant la carte du design et du bien-être au travail. Son concept séduit les grands groupes. Les collaborateurs d'EY profitent de son univers sportif de 600 m². «Beaucoup de cours et peu d'appareils y sont proposés. Cette démarche répond à une forte demande de nos collaborateurs et génère de l'échange entre eux dans un autre cadre», commente Pierre Constant, associé EY.
Les espaces de coworking ne sont plus seulement dédiés aux indépendants. «Des entreprises y détachent leurs équipes innovation qui y travaillent sur un projet en task force. Sortir les salariés du carcan classique de l'entreprise favorise la créativité. C'est aussi un facteur d'attractivité pour les jeunes talents», souligne Baptiste Broughton. La concurrence s'annonce rude!

 

III /   ENCOURAGEMENT  À  L’ACQUISITION DES ROBOTS COLLABORATIFS, ESPOIR DE L'INDUSTRIE DU FUTUR (Anne Bodescot)

Publié le 02/01/ 2018

Capables de travailler dans les usines aux côtés des êtres humains, les robots collaboratifs peuvent plus facilement séduire les PME.

C'est un petit robot qui transporte sa charge d'un bout à l'autre de l'usine sans se tromper de chemin car il a mémorisé les lieux en 3D. Équipé de capteurs, il détecte la présence humaine et sait s'arrêter à temps pour laisser passer les ouvriers qui traversent, avant de reprendre sa route…
Comme lui, des dizaines de nouveaux robots «collaboratifs», ou cobots, commencent à entrer dans les usines depuis à peine trois ans. Leur atout? La sécurité. Longtemps, les robots ont dû travailler «en cage», loin de toute présence humaine pour éviter les accidents. Ils ont donc surtout équipé les grandes lignes de production entièrement automatisées. Aujourd'hui, changement de décor. Les voici capables de se repérer dans leur environnement, programmés pour cesser toute activité s'ils détectent un mouvement anormal… Ils s'installent donc à côté des ouvriers, déposent par exemple les lourdes charges sur la chaîne de montage, puis attendent patiemment que l'opérateur ait terminé les tâches manuelles pour récidiver l'opération.

Six fois plus de robots en Allemagne

Grâce à eux, certains spécialistes espèrent voir la France, qui compte six fois moins de robots que l'Allemagne, rattraper son retard. Car ces robots «intelligents» pourraient gagner des activités encore peu touchées par la robotique, comme la logistique. Ils pourraient aussi intéresser davantage les PME «parce qu'ils sont beaucoup plus faciles à intégrer à de petites unités de production, plus simples à configurer et moins chers» résume Alain Galloni, associé en charge de l'industrie du futur chez EY (anciennement Ernst & Young), 

                                        « Les cobots sont beaucoup plus faciles à intégrer à de petites
                                         unités de production, plus simples à configurer et moins chers»

Alain Galloni, associé en charge de l'industrie du futur chez EY
Alors que les grands fabricants de robots sont étrangers, ce cabinet de conseil épaule une start-up tricolore, MIP Robotics, qui propose, pour moins de 10.000 euros, un robot doté d'un bras articulé capable de porter de 5 à 7 kg. Du jamais-vu car les cobots valent d'ordinaire entre 20.000 et 60.000 euros. Le montant des investissements, souvent invoqué comme le frein à la robotisation de l'industrie française, ne sera donc peut-être plus longtemps un obstacle.
«Les cobots eux-mêmes ne sont pas toujours moins chers que les robots classiques, nuance toutefois Serge Nadreau, président du groupe robotique du Symop (Syndicat des machines et technologies de production). Mais ils n'exigent pas les mêmes équipements de sécurité autour d'eux, ni de main-d'œuvre spécialisée pour les installer et assurer la maintenance, ce qui les rend beaucoup plus abordables.»

Baisse des prix

                                  « D'ici à 2026, ce sera probablement 25% en moyenne des tâches qui
                                   seront confiées aux robots, et en majorité, aux cobots »

                                   Moundir Rachidi, directeur au BCG*

Le marché est encore étroit: de 300 à 400 cobots par an sont achetés en France, soit 10 % du total des robots, selon Serge Nadreau. Mais l'avenir s'annonce prometteur. «Les cobots peuvent être utilisées pour des tâches simples mais très répétitives qui ne sont pas encore robotisées», souligne Vincent Charlet, délégué général de la Fabrique de l'industrie. Selon une étude réalisée par le BCG, seules 8 % des tâches industrielles dans le monde sont aujourd'hui réalisées par des robots et, pour une très faible part, par des cobots. «D'ici à 2026, ce sera probablement 25 % en moyenne des tâches qui seront confiées aux robots, et en majorité, aux cobots», ajoute Moundir Rachidi, directeur au BCG, d'autant plus confiant que «les prix des robots intelligents ne cessent de baisser, à mesure qu'ils sont produits à plus grande échelle et par un nombre croissant de fabricants, y compris des start-up». Dans dix ans, leur coût devrait avoir été divisé par deux, estime-t-il.
Mais pour qu'ils s'imposent en France aussi vite qu'ailleurs, il faudra en finir avec l'idée qu'ils détruisent des emplois. Cette réputation rend toujours délicate, face aux salariés et aux syndicats, leur arrivée sur les sites de production. Le Symop** a donc mené campagne pour démontrer qu'au contraire les gains de productivité qu'ils procurent aident à développer les entreprises et, in fine, à embaucher. Avec le Robot Start PME, lancé par le syndicat des fabricants de robots, l'État a versé de 10.000 à 12.000 euros d'aides aux chefs d'entreprise qui investissaient dans l'achat de ces machines. « La plupart d'entre eux estiment que ces investissements les ont aidés à gagner des parts de marché et à créer de nouveaux postes », assure Serge Nadeau.

 *The Boston Bureau Consulting Group 22, 26 rue St Dominique Paris
** Symop : Syndicat des machines et technologies de production (organisation professionnelle installée à la Défense qui regroupe 270 entreprises de la TPI au groupe international,) 

 

IV / AU-DELÀ DU MICROCAPITALISME (Geneviève Bouche)

Publié le 02/01/2018

 « Microcapitalisme », c’est le titre du livre de François-Xavier Oliveau.

La première partie est très inspirante : elle explique notamment pourquoi il n’y a pas d’inflation alors qu’il y a un excès de liquidité provoqué par les banques centrales. Cette analyse novatrice débouche sur une seconde partie moins originale qui défend une certaine forme de libéralisme et le revenu universel.
A lire absolument, mais à condition de débattre des questions soulevées par les hypothèses et les propositions qui sont avancées.

Le microcapitalisme plus fort que le capitalisme !

Ce livre, très documenté, explique fort justement le changement de paradigme qui s’opère via le développement de l’économie dite « collaborative », c’est-à-dire celle des plateformes qui permettent à des particuliers de louer certains de leurs biens et une partie de leur temps.
Airb & b ne possède aucune chambre, mais menace l’industrie hôtelière : cet exemple montre que le capital éparpillé dans la foule devient plus puissant que celui concentré entre les mains de quelques-uns !
Partant de ce constat, François-Xavier Oliveau annonce un changement profond de notre modèle économique et social.
La force de l’économie collaborative a de quoi impressionner, effectivement. Mais elle nous dit autre chose de plus important encore : si les Hommes sont prêts à louer des objets aussi intimes que leur chambre à coucher ou leur cabane roulante (la voiture familiale), c’est que leur vision du monde change profondément.
L’Homme de Cro-Magnon ne transportait pas ses outils. Il les laissait sur place pour la tribu suivante ou pour lui-même lors de son prochain passage. Ses outils étaient simples et banalisés. Aujourd’hui, bien que nettement plus élaborée, une cuisine équipée se distingue tout juste d’une autre cuisine par sa couleur ou ses réserves d’épicerie. Elle vient de chez Ikea, de Lapaire ou bien elle est faite d’objets qui ont une histoire… et que dire d’une voiture, à part le nombre de place et sa marque dont les équipements sont forcément banalisés…
Ainsi, le changement de structure du capital potentiellement productif n’est qu’un des signes qui amorce un changement de vision du monde : pour les générations montantes, l’important devient ailleurs que dans l’accumulation de biens matériels.
A quoi cela sert-il d’avoir une belle maison si personne n’y vient jamais ? Est-ce important de savoir que mon voisin a une plus belle voiture que moi puisque je ne suis pas dans le besoin et je suis heureux auprès de mes proches, dans mon job et dans mes engagements associatifs.

Brève histoire de notre système monétaire et social

François-Xavier Oliveau rappelle que le système dans lequel nous vivons a été construit au fil du temps et plus particulièrement au lendemain de la dernière guerre mondiale où la France était à reconstruire physiquement, socialement et économiquement.
C’était l’économie de la demande où les Français manquaient de tout et les progrès techniques leur apportaient un confort croissant. Il y avait du travail pour tous et même au-delà. L’espérance de vie des travailleurs était inférieure à 70 ans. L’occident produisait essentiellement pour lui-même. Les matières extractives semblaient inépuisables ou du moins substituables grâce aux progrès. Le mot pollution était inconnu de tous.
Le PIB était l’indicateur sympathique qui affirmait que l’économie prospérait puisqu’il était en croissance : plus de 6 % ! Le système monétaire excitait les spécialistes mais pas le public : la dette publique semblait sous contrôle, même si le plan Marshal cachait ses secrets…

Nous voici un demi-siècle plus tard : le plan Marshal est fini. Le $, imposé comme monnaie d’échange internationale, est au bout de sa logique. Mais surtout, avec l’élévation du niveau d’éducation, l’Internet, l’intelligence artificielle, la miniaturisation et les préoccupations écologiques, chaque coin de la planète se préoccupe d’acquérir son autonomie industrielle et démocratique.
Les générations montantes veulent donner du sens à leur vie en réaction au consumérisme de leurs parents. Elles défient la finance qu’elles jugent cynique avec sa vision désespérément rivée sur le très court terme. Elles veulent une autre forme de démocratie et une forme de gouvernance basée sur l’encouragement aux bons comportements et aux initiatives positives. Elles se mobilisent pour faire émerger un vivre ensemble plus proche de la nature et des individus.

Changement de modèle de société

Depuis au moins 6 000 ans, l’organisation hiérarchique est la base de la puissance collective des humains : le chef de tribu ou le propriétaire organise de manière autoritaire le travail de la communauté et ses relations avec les voisins.
Jusqu’à présent, tous les citoyens devaient consacrer le meilleur de leur temps à produire des biens et des services et quelques-uns devaient faire fonctionner la hiérarchie. Il fallait dompter la nature pour qu’elle produise de quoi nourrir les hommes. Il fallait extraire de la matière pour produire des outils, des armes et tout ce qui est nécessaire pour couvrir les besoins primaires des citoyens.
Au lendemain de la dernière guerre mondiale, nous avons procédé à un rattrapage pour redonner à chacun ce qu’il avait perdu et même au-delà. Nos usines ont franchi un cap en matière d’efficacité et rapidement, il a fallu vendre notre surproduction au reste du monde.
À présent, avec la permaculture, nous savons rendre la nature efficace sans pour autant l’épuiser. Avec les progrès technologiques et organisationnels, nous savons faire en sorte que les machines produisent les biens et les services qui nous facilitent la vie. Nous nous tournons vers un monde où l’intelligence sous toutes ses formes devient la richesse du pays. Cette forme de richesse ne s’accommode pas du système hiérarchique qui écrase les talents et les savoirs et qui éloigne la prise de décision de l’action.
Cestes, il demeure nécessaire de défendre son territoire géographique, mais il devient aussi nécessaire de défendre son territoire culturel. Ceci induit l’idée que nos outils de gouvernance vont devoir se complexifier.

Indicateurs de richesse

La croissance du PIB supérieure à 6 % est un épisode historique dans l’Histoire. Les études tendent à montrer que la croissance normale oscille en 1 et 1,7 % selon les évolutions démographiques, les périodes de progrès, les variations climatiques, les guerres et les épidémies… etc.
Actuellement, l’occident entre dans une période de décrue démographique et, par ailleurs, les progrès ne visent pas à rendre les produits plus cher, bien au contraire, les coûts de production s’effondrent en raison de la forme de réindustrialisation que nous développons : produire au plus près des consommateurs, la juste quantité au bon moment tout en étant le plus économe en ressources extractives, énergétiques, humaines et financières.
Si les biens et les services que nous achetons contiennent de moins en moins de main-d’œuvre et de plus en plus d’intelligence collaborative. Tout doit être beau et facile à utiliser. Le recyclage est pensé dès la conception. La réparabilité et la partageabilité deviennent une exigence.
Les starups se créent avec peu de capitaux. Elles se développent soit en allant s’agréger dans un agrégat d’autres startups (stratégie de Gafa et Batx dont la capitalisation est artificiellement gonflée), soit par la volonté collective (tendance émergente, mzis qui a besoin d’être développée avec des outils tels que le crowdfunding, la commande publique, la commande citoyenne …).
Avec les optimisations fiscales et les abus en matière d’exploitation des données personnelles, les citoyens deviennent sensibles aux acteurs locaux qu’ils peuvent soutenir et sur lesquels ils peuvent agir.
Peu à peu, la compétitivité des nations se joue sur leur capacité à faire émerger des talents, à enraciner des savoirs et à encourager les initiatives créatives.
Le mot collaboratif est mis à toutes les sauces en lieu et place du mot performance. Pour être performant, il faut susciter la collaboration.
Collaborer n’est pas suffisant dans ce nouveau modèle de société. Il faut aussi accumuler du savoir, le faire circuler parce qu’en circulant, il prospère. Il faut aussi le mettre en action, parce que confronté à l’innovation, il se décuple. Le savoir appartient à la communauté. Sa prédominance dans la création de richesse va bouleverser notre paradigme.
Nous n’avons pas d’indicateurs qui nous permettent de savoir si nous faisons évoluer notre économie dans le bon sens. Les tentatives, dont celles de think tank FAIR (forum pour les autres indicateurs de richesse) n’ont pas à ce jour proposé de pistes exploitables : que voulons-nous mesurer exactement ? Il faut donc prendre la question autrement.

Le libéralisme à l’épreuve de ce désir de coopération

L’Homme se distingue des autres mammifères parce qu’il est capable de collaborer à condition qu’il soit respecté par la communauté. Il ne peut pas vivre seul, mais il ne supporte pas d’être exploité. Comme tous les mammifères, il déteste l’injustice.
Il préfère contribuer à la prospérité de la communauté plutôt que de se concentrer pour ses propres intérêts car l’estime de soi correspond à un besoin vital. Le consumérisme qui termine l’épisode industriel de son Histoire n’est pas un bon souvenir pour lui : les dirigeants de cette époque avaient décidé qu’il était égoïste et ils l’ont géré comme tel. Voilà pourquoi, à présent, il défie ces dirigeants (banquiers, juges et hommes politiques) en se radicalisant ou en allant chercher des candidats improbables aux fonctions suprêmes. Il cherche un nouveau modèle de société et se prépare au changement.

François-Xavier Oliveau repart astucieusement de la constitution pour reconstruire un modèle social plus conforme au monde qui vient, tout en restant fidèle aux valeurs qui nous lient. Il insiste sur la notion de liberté : chacun doit pouvoir organiser sa vie comme il l’entend tout en respectant les autres, évidemment.
Lors de la Révolution française, la notion de liberté était au cœur du changement attendu. Pour les générations qui montent, elle est une évidence.
Les parents d’Emmanuel Macron n’ont jamais imaginé que leur bébé allait un jour diriger la France. Louis XIV pouvait l’espérer dès son premier cri.
Les générations montantes sont préoccupées par la forme de démocratie dans laquelle elles vont vivre, se réaliser et créer une famille. Elles tiennent à la souveraineté de leurs communautés : en particulier, ses infrastructures et ses données.
Produire des biens et des services devient une affaire de machines et de gouvernance des ressources. La géopolitique et la démocratie deviennent donc des sujets importants.
Le bien commun devient le cœur de la capacité à créer de richesse : puisque les machines se préoccupent de satisfaire les besoins à court terme des individus, les hommes doivent se concentrer sur la satisfaction des besoins à long terme de la communauté.

Dès lors, il devient nécessaire de répondre à une question à la fois archaïque et complètement nouvelle : comment encourager les citoyens à contribuer à l’enrichissement de la communauté.

Le citoyen ne veut pas plus de liberté, il veut être reconnu dans ses contributions à la qualité de la vie de sa famille et de la communauté, au partage du savoir, à l’innovation, à la démocratie et même à la spiritualité car le monde de plus en plus technologique pose des problèmes éthiques de plus en plus pointus.
Cette forme de contribution n’a pas de métrique. Elle est donc impossible à marchandiser. Elle n’est d’ailleurs pas marchandisable car elle ne garantit aucune profitabilité à l’échelle d’un individu, ni même d’une génération.

Il ne s’agit pas de bouleverser le modèle, hérité des 6 000 ans d’Histoire, qui a permis de développer le système agraire, puis industriel. Il s’agit de le compléter de manière à ce que les Hommes puissent satisfaire ce besoin nouveau.

Le système de protection sociale est de toute évidence dépassé, le système capitalistique de plus en plus aberrant et le système judiciaire et réglementaire à bout de souffle. Nous avons besoin de les faire évoluer et de les compléter.

Monnaie hélicoptère et revenu de base

François-Xavier Oliveau rappelle le principe de la monnaie hélicoptère qui a séduit Mario Draghi et fait rire ses conseillers : la Banque Centrale Européenne (BCE) émet de la dette qui est acquise par le système financier. Au lieu de circuler dans l’économie réelle, elle se retrouve essentiellement dans la sphère financière, ce qui ne dynamise pas le tissu entrepreneurial. Alors, pourquoi ne pas l’adresser directement aux ménages qui, dans leur majorité l’y injecteront immédiatement ?
Mais, François-Xavier Oliveau ne développe pas cette hypothèse. Il propose le revenu universel. Il en profite pour faire un plaidoyer de très bonne qualité, en reprenant les meilleurs arguments en circulation au MFRB (Mouvement Français pour le Revenu de Base) et les remarquables travaux de Marc de Basquiat.
Malgré tout, le lecteur reste dubitatif, tout comme il l’a été en écoutant Benoît Hamon durant la campagne présidentielle de 2017. Quelque chose cloche : recevoir quelque chose de la communauté contre rien n’est pas naturel, voir même pervers.
Chacun reçoit la vie de ses parents et, normalement, il leur témoigne en retour toute la sollicitude possible.
Certains penseurs d’une économie hautement robotisée proposent de verser à chacun un pécule minimum de manière à faire tourner l’économie sans travailleurs. Le montant de ce pécule est déterminé, dans un pays donné, par ce que coûte un pauvre à la communauté. Le pauvre, ainsi traité, entend le message suivant : « ôte-toi de mon regard, toi l’inutile » ! Ceci ne peut aboutir qu’à la révolte des rebelles et l’effondrement du reste de la population abandonnée à l’indifférence générale.
Cet effondrement est un drame pour ceux qui sont directement concernés. Il est aussi un drame pour la communauté. Parmi eux se trouvent statistiquement des talents d’exception et toutes sortes de belles personnes qui ne demandent qu’à se révéler.

Voilà pourquoi il ne faut pas donner le revenu de base contre rien.

Il faut le donner contre une contribution à la vie de la communauté. Mais il faut le verser dans une monnaie spécifique, interopérable avec la monnaie marchande selon certaines règles, ce qui est possible avec les crypto-monnaies.
Tout le monde doit être tour à tour consommateur et producteur de prestations qui enracinent et développent le mieux vivre en famille, dans la commune, dans les associations, dans les systèmes de partage de savoirs, dans les fabLab, dans les partis politiques, dans les églises… Mais également dans les tâches empathiques liées aux résolutions de conflit et aux soins des personnes et du monde vivant. Chacun peut contribuer selon ses attirances et ce, aussi longtemps que Dieu lui prête vie et l’appétence.
Cette forme de gouvernance invite implicitement chacun à s’impliquer dans la vie de sa famille, de sa commune et de ses domaines de prédilection. Il n’impose pas de « faire société », il incite chacun à le faire, ce que le modèle consumériste ne fait pas, générant de nombreux défauts comportementaux et sanitaires.
Il peut se faire que certains soient trop sollicités par leur vie strictement professionnelle. Alors, ils paient en monnaie marchande les prestations qu’il devrait normalement payer en monnaie complémentaire.

Cette approche est plus révolutionnaire que le simple revenu de base puisqu’elle amène à compléter le système monétaire marchand avec un système monétaire non marchand. Elle correspond mieux aux besoins de notre époque et elle prêt moins le flanc à la domination perverse.

Impôt & pensions, marchand et non marchand

Avant l’impôt, il y avait les corvées. Tour à tour, les membres de la communauté accomplissaient des tâches nécessaires à l’entretien et au développement du bien commun. Mais les puissants s’affranchissaient de ces tâches en payant ceux qui le faisaient à leur place. Il est donc apparu plus simple de faire payer l’impôt à tout le monde et, avec l’argent collecté, de payer ceux qui réalisaient les corvées.
Il n’en reste pas moins vrai que les communautés ont besoin de biens et de services et parmi ces services, certains peuvent être remplis par les citoyens eux-mêmes, contre rémunération en monnaie complémentaire.
La fin du service militaire a permis de comprendre la valeur sociale du brassage que permettait ce don à la nation.
Le numérique commence à modifier profondément le rapport des citoyens à la chose publique : celle-ci devient un service facilitateur et non plus une administration tatillonne, attachée à ses prérogatives. Le changement de mode de gouvernance qui en résulte est propice à la mise en place de cette logique.
La question de l’impôt s’en trouve modifiée : il n’est plus seulement basé sur l’activité strictement marchande, mais aussi sociale, car tous les revenus, quelles que soient les monnaies concernées, sont imposables puisque chacun est partie prenante de la qualité de vie de la communauté et du dynamisme du tissu entrepreneurial.
Le revenu de base est donc conditionné à une contribution au développement du bien commun. Il est versé pour une part en monnaie marchande et pour une autre part en monnaie complémentaire. Ces monnaies sont capitalisables dans des projets de startups ou dans l’ESS. Cette capitalisation sert aux retraites et aux pensions.
Cette proposition offre une liberté sereine à chaque citoyen : à chaque étape de sa vie, il reçoit et il donne en fonction de ses capacités et de son histoire personnelle.
C’est avec une telle approche que nous pourrons sortir du schéma capitalistique actuel qui devient chaque jour un peu plus dangereux pour notre environnement, nos vies privées et notre souveraineté.
Complexe mais passionnant : comme toujours, pour trouver des idées neuves, il faut créer un cercle magique : « ce serait formidable si… » et construire son idéal à l’intérieur. « Ce serait formidable si la société, devenue capable de répondre aux besoins physiques et physiologiques elle se préoccupait aussi de l’accomplissement des Hommes ».

 


[1] Face aux enjeux les plus pressants des villes (pauvreté, exclusion, pollution...), les territoires peuvent eux s'appuyer sur la force de leurs communautés locales qui œuvrent chaque jour à la préservation de leur cadre de vie, et gagnent un nouveau souffle grâce aux outils numériques qui favorisent l'essaimage de bonnes pratiques. In fine, la réponse se trouve peut être dans une coopération renforcée entre les villes et la création d'un réseau décentralisé.

 


Date de création : 13/01/2018 @ 17:51
Dernière modification : 13/01/2018 @ 18:13
Catégorie : Economie
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