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Sciences politiques - Les trois grands courants de pensée occidentaux (1)

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LES TROIS GRANDS COURANTS DE PENSÉE OCCIDENTAUX (1)

 

Convoquer ces trois grands courants de pensée occidentaux – le conservatisme, le progressisme  et le libéralisme –, a du sens, et c'est tout à l'honneur des penseurs d’hier et d'aujourd'hui d’avoir su trouver en chacun d'eux quelque inspiration.

 

I/ PRÉAMBULE

Le premier d’entre eux : le conservatisme[1]

Posons simplement comme définition initiale, pour plus de clarté, que le conservatisme est cette vision du monde qui cherche à concilier, pour le bon fonctionnement de la société, l'autorité et la liberté, par l'intermédiaire d'institutions indépendantes, qu'il faut dès lors entretenir, préserver et transmettre.
Conservatrice, la droite française s'obstine à ne pas l'être, et surtout à en refuser à tout prix l'appellation. Marcel GAUCHET ne dit pas autre chose, quand il estime que « l'absence d'un courant conservateur significatif est [...] un mystère français, parmi beaucoup d'autres. » Bien sûr, poursuit-il, « la France dispose tout de même de représentants du conservatisme, mais aucun de premier plan, ni qui fasse référence et ait suscité une sorte de postérité politique avouée. »
Il en va souvent de même des intellectuels. On ne se réclame jamais directement du conservatisme. Quand les penseurs le font, ils s'empressent de nuancer leurs dires. C'est ainsi qu'Alain FINKIELKRAUT, dans une interview de 2012, déclarait :

Hannah ARENDT refusait de séparer en deux parties ennemies l'aspiration à modifier les choses, à créer du neuf, et le besoin d'un monde composé d'œuvres et d'objets dont la permanence résiste à l'usure ou à l'oubli. Laetitia Strauch-Bonart pense comme elle et, à l'instar de KOLAKOWSKI, le philosophe polonais, elle se définit comme conservateur, progressiste, libéral.

La première phrase est on ne peut plus pertinente, et un conservatisme intelligent pourrait tout à fait s'en réclamer. En revanche, quelque intéressante et amusante que soit la pirouette de KOLAKOWSKI, et donc de FINKIELKRAUT, elle est sûrement davantage le signe du malaise que ressentent bien des intellectuels français face au conservatisme qu'une véritable ligne de pensée. Mais les trois à la fois, n'est-ce pas aussi une façon de ne pas répondre à la question ?
Quant à Rémi BRAGUE, auquel Laetitia Strauch-Bonart a posé la question de sa proximité avec le conservatisme, il estime qu'un esprit conservateur subsiste peut-être en France, « partout où il reste encore un peu de bon sens et de prudence chez les braves gens ». Mais dans le même temps, selon lui,   – et c'est contradictoire – cet esprit « ne subsiste que parce que l'autre camp, sentant son propre vide, a besoin de se faire peur pour exister ». Il poursuit : « On trouvera toujours des imbéciles pour mettre les gens dans une boîte. C'est bien commode, cela permet de ne pas écouter leurs arguments... ». Et BRAGUE de conclure :

Je n'ai été élevé dans aucune tradition que l'on pourrait qualifier de conservatrice, comme c'est le cas chez certaines familles maurrassiennes. J'ai fait toute ma scolarité, puis toute ma carrière professionnelle dans l'enseignement public. Je n'ai lu un peu de MAISTRE ou de BURKE que très récemment.

La réponse de Rémi BRAGUE est donc riche d'enseignements : si le conservatisme est potentiellement positif car associé au bon sens, il ne doit paradoxalement son existence qu'à la catégorisation irrespectueuse de la gauche. BRAGUE montre de la sympathie pour le conservatisme, tout en l'identifiant essentiellement à BURKE, mais aussi à DE MAISTRE et à MAURRAS, ce qui suffit à jeter un certain discrédit sur le sujet. Pour mieux s'en démarquer ?

 

Le deuxième : le progressisme, derniére infortune du progrés[2]

Pour le comprendre, un détour par le XIXe siècle s'impose. La notion de progrès – une amélioration, une évolution vers un état considéré comme meilleur – est indissociable de celle du Progrès, née au temps des Lumières et développée au XIXe siècle, qui décrit l'évolution continuelle de l'humanité vers un but idéal.

L'édification de cette théorie doit beaucoup à Auguste COMTE et à sa philosophie, le positivisme. Pour COMTE, l’humanité a vocation à traverser trois âges successifs :

  •  l'âge théologique, où l'homme commence à rechercher les causes des choses,
  •  l'âge métaphysique, où l'homme découvre l'abstraction,
  • et enfin l'âge positif, où l'homme passe de la recherche des causes à l'observation et l'interprétation scientifique des phénomènes.

Cette évolution n'est pas anodine : pour les positivistes, elle seule conditionne l'amélioration de la condition humaine. Aujourd'hui, selon le sociologue Robert NISBET, l'idée de Progrès se condense dans plusieurs composantes :

  • la grandeur de la civilisation occidentale,
  •  la valeur de la croissance économique et technologique,
  • la foi dans la raison et dans la connaissance obtenue par la raison,
  • ou encore l'importance et la valeur intrinsèque de la vie terrestre.

L'adaptation et la diffusion ultérieures de l'idée de Progrès ont beaucoup étendu sa signification, par l'intermédiaire d'un triple renversement :
•  En premier lieu, alors que le terme de progrès décrivait une évolution dont le contenu n'était pas défini à l'avance, l'introduction du Progrès a entraîné une association presque systématique entre le terme et un contenu scientifique, technologique et innovant. Ainsi, l'histoire aurait non seulement un sens et une direction, mais celle-ci serait univoque et technologique.
• Ensuite, si initialement la science et la technique étaient des conditions nécessaires de la marche du Progrès, elles en sont devenues les conditions suffisantes. C'est ce qui pourrait expliquer pourquoi, aujourd'hui, dans le domaine de la biologie par exemple, toute innovation technique est accueillie avec satisfaction, quelle qu'elle soit.
• En dernier lieu, le Progrès technique a fini par s'identifier avec le Progrès social, moral et politique, pour des raisons aisément compréhensibles à l'origine, puisque le progrès technique a permis d'améliorer considérablement les conditions de vie des populations. Ainsi, selon Rémi BRAGUE, le Progrès est « l'extrapolation de faits très réels comme l'accroissement de nos connaissances ou de notre maîtrise technologique en l'affirmation gratuite d'une amélioration de la situation politique et morale de l'humanité en son ensemble. »

La foi moderne dans le Progrès s'est trouvée profondément ébranlée par les tragédies du XXe siècle, qu'il s'agisse des guerres ou des totalitarismes. L'Occident, jusque-là si confiant, s'est mis à douter de lui-même, certainement à bon droit, et peine aujourd'hui à croire que le Progrès technique aille toujours de pair avec un Progrès social, moral et politique. Il ne subsiste du Progrès positiviste que l'automatisme qui consiste à accepter toute innovation par principe, tandis que la confiance générale dans l'amélioration continuelle des capacités humaines s'est tarie. Ainsi, pour Jean-Pierre LE GOFF, au XXe siècle,

le développement économique, scientifique et technique s'est accompagné d'événements et de changements qui ont mis en question toute une culture humaniste. La Grande Guerre [...] et les totalitarismes qui l'ont suivie n'ont pas seulement mis à mal l'idée d'une marche inéluctable de l'histoire vers toujours plus de progrès – dans laquelle communisme et socialisme s'inscrivaient, chacun à leur manière – , ils ont fait peser un doute profond sur les capacités émancipatrices de notre propre culture [...]. Les conceptions chrétiennes, celles des Lumières, l'idée de progrès issue de la Révolution française et du XIXe siècle sont entrées en crise. C'est tout un creuset anthropologique et culturel, une façon d'être, de se situer par rapport au monde, aux autres, à la collectivité qui se sont érodés et ont été mis en question.

 

Le troisième : le libéralisme[3]

Les origines du libéralisme

Le libéralisme n'est pas la réalisation historique d'un schéma conçu préalablement par l'esprit. Il n'est pas davantage cet ensemble de principes seuls capables de justifier a posteriori un ordre social ou politique résultant de l'action désordonnée des hommes. Ni guide exclusif pour l'action, ni idéologie légitimatrice d'un ordre existant, le libéralisme exprime seulement une interprétation de l'univers social, interprétation qui s'élabore et se modifie progressivement sous la double épreuve des faits et des idées. Les faits, ce sont les événements d'une histoire que les hommes font sans le savoir, ou même en le sachant. Les idées, ce sont les éléments de cet ordre juste auquel les hommes aspirent et au regard duquel ils considèrent immanquablement leur présent et leur passé.
Ainsi, le libéralisme n'étant pas unique ou uniforme, chacune de ses versions trouve son fondement originel dans un événement historique ou chez un penseur qui n'appartient qu'à elle. Là réside sans doute l'ultime singularité de ce que l'on nomme libéralisme : dans son incapacité, en tant que schéma d'intelligibilité aussi bien que comme image de la société « bonne » à se donner un élément fondateur unique, que celui-ci soit un événement historique ou la pensée d'un philosophe prophète.
Si l'on consent néanmoins, par pure convention, à donner un acte de naissance au libéralisme, celui-ci n'est autre que la Déclaration des droits de l'homme de 1789. La Révolution française consacre en même temps qu'elle achève le siècle des Lumières. C'est sous la forme du principe de la « souveraineté nationale » que la démocratie est instaurée en France. La souveraineté n'appartient pas au roi ; elle n'est pas divisée entre les différents ordres ; elle réside dans la volonté générale de la Nation : « Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la Nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément. » Et l'Assemblée se déclare chargée « d'interpréter et de présenter la volonté générale de la Nation ». La formulation fait de la Nation la personne juridique seule titulaire de la souveraineté. La Nation, c'est le « moi commun » de Jean-Jacques ROUSSEAU. La loi devient ainsi la manifestation la plus éclatante de l'avènement de la démocratie, après l'absolutisme monarchique. Ainsi s'achève le siècle des Lumières, dont l'inspiration centrale avait été, selon la formule de Francis-Paul BÉNOIT, de « consacrer le talent et le savoir, par opposition à la seule naissance ».
1789 fonde en effet la première version libérale de la démocratie politique : la liberté politique, selon les textes, s'accorde avec l'égalité et la liberté des aptitudes juridiques. « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leurs manifestations ne troublent pas l'ordre public. » Avec ce corollaire : « La communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. »

• Les traits caractéristiques du libéralisme politique

À l'origine, le libéralisme est une philosophie politique dont 1789 apparaît comme la consécration solennelle. Au milieu du xviie siècle, John LOCKE se faisait déjà l'ardent défenseur des droits individuels, droits dont il soulignait qu'ils plongent leurs racines dans la nature de l'homme, ce qui contraint du même coup les gouvernements à les reconnaître et à les protéger.
À la même époque, SPINOZA affirmait : « Quand chaque homme cherche le plus ce qui lui est utile à lui-même, alors les hommes sont les plus utiles les uns aux autres » (Éthique, IV). Le cartésianisme figure également parmi les fondements de la philosophie du libéralisme politique. Les initiateurs de la Réforme partent eux aussi de l'idée selon laquelle chacun dans le monde social doit être construit sur la base du libre examen et de la responsabilité individuelle.
SPINOZA, LOCKE, DESCARTES, MILTON : la liste des pères fondateurs du libéralisme politique est, [comme on va le voir], assurément plus longue. Bien que leur inspiration philosophique diffère, tous s'accordent sur les traits caractéristiques de la société libérale.
Le premier concerne l'étendue des pouvoirs qui assurent le fonctionnement de la société. L' État n'a pas le droit de tout faire, et il ne doit jamais faire ce que d'autres que lui pourraient faire à sa place. Ainsi le libéralisme politique se définit d'abord négativement : il n'est ni un étatisme ni un anarchisme ; il refuse pareillement le dépérissement de l'État et sa déification. C'est ce que Francis-Paul BÉNOIT[4] appelle la « subsidiarité de la puissance publique ».
Le deuxième trait caractéristique du libéralisme politique, c'est son acceptation de la diversité sociale, et même les encouragements qu'il lui apporte. Alors que l'objectif de tout système totalitaire est de réaliser l'unité sociale, de vaincre les particularismes des milieux sociaux, le libéralisme se donne au contraire la diversité sociale sous tous ses aspects à la fois comme point de départ et comme point d'aboutissement. Cette diversité est respectable en ce qu'elle constitue le résultat nécessaire des libertés individuelles. Elle est, en outre, éminemment souhaitable : c'est elle, et elle seule, qui donne à la société une fluidité suffisante pour que les passages d'une condition sociale à une autre soient aisés et fréquents. Ainsi, la diversité sociale est-elle pour le libéralisme politique à la fois une fin et un moyen : son acceptation se confond avec celle d'une organisation spontanée de la société.
Enfin, troisième trait caractéristique du libéralisme politique : son affinité d'inspiration avec l'idéal démocratique. De celui-ci, MONTESQUIEU donne l'interprétation la plus largement répandue aujourd'hui : « Lorsque, dans la république, le peuple en corps a la souveraine puissance, c'est une démocratie. » La puissance entre les mains du peuple : cela implique, en même temps que la fixité et la généralité de la loi, la dévolution de la souveraineté au peuple et à lui seul. Dans le sens où les sociétés n'ont jamais cessé de l'entendre, depuis ses origines grecques, la démocratie exprime le mode de désignation des gouvernants, le fondement de la légitimité de leur pouvoir, et non l'étendue et moins encore les buts de celui-ci. À la différence du libéralisme, la démocratie n'a pas pour préoccupation ultime de protéger la liberté, ou mieux, les libertés. Il reste que l'un et l'autre, bien que leur objet soit fondamentalement différent, convergent nécessairement aujourd'hui parce qu'ils trouvent leur source d'inspiration dans une même tradition qui va de la philosophie grecque à l'esprit des Lumières en passant par la pensée judéo-chrétienne. Comme le souligne Raymond ARON dans son Essai sur les libertés : « La logique du libéralisme conduit à la démocratie par l'intermédiaire du principe de l'égalité devant la loi. Mais la démocratie exige, pour être réelle, le respect des libertés personnelles, liberté d'expression et de discussion, liberté d'association et de groupement. »


[1] Extraits du livre de Laetitia Strauch-Bonart intitulé « Vous avez dit conservateur ? »

[2] Extraits du livre de Laetitia Strauch-Bonart intitulé « Vous avez dit conservateur ? »

[3] Extraits de « LIBERALIME » de Francis BALLE, dans Encyclopaedia Universalis.

[4] Francis-Paul Bénoit : Docteur de droit privé (1943) et agrégé de droit public (1946). Professeur émérite en droit public à l'Université de Paris II-Panthéon Assas (en 1989).

 


Date de création : 16/05/2017 @ 19:01
Dernière modification : 16/05/2017 @ 19:28
Catégorie : Sciences politiques
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