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Histoire - La préservation des vertus démocratiques occidentales

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LA PRÉSERVATION DES VERTUS DÉMOCRATIQUES OCCIDENTALES[1]

 

(254) Selon la position constante de Roger SCRUTON, les vertus démocratiques sont inséparables de l’état de droit séculier, et  le droit séculier est intrinsèquement territorial

Un  tel droit est le seul à pouvoir faire vivre ensemble des différences de religion, de style de vie et d’ethnicité sous une forme commune d’obéissance civile. C’est pourquoi nous sommes attachés à l’État-nation.et résistons à la tentative continue des entités transnationales de confisquer les pouvoirs législatifs des nations souveraines. Pour certains ce serait le cas de l’Europe, une cause perdue.

LES RAISONS POUR LESQUELLES LA CLASSE POLITIQUE EUROPÉENNE A SUCCOMBÉ AUX BUREAUCRATES

  • C’est principalement parce qu’elle a refusé de se saisir des opportunités possibles, voyant quels avantages elle pourrait tirer de la capacité à transférer toutes les questions difficiles à un comité de bureaucrates irresponsables, logés dans quelque tour de verre spectrale de Bruxelles, cette ville déracinée.
  • Une autre raison provient de la montée et du triomphe de l’économie et sa transformation, depuis la science du raisonnement instrumental en idéologie de la vie moderne. Comme science avec des racines dans la théorie de la décision, l’économie implique l’application valide à la vie quotidienne de théorèmes mathématiques  indiscutables. Comme idéologie cependant, décrivant le comportement de l’homo œconomicus, elle implique le remplacement de la vie quotidienne  par une caricature plus contrôlable.

Comme SCRUTON le suggérait dans le « conservatisme », conçue comme idéologie, l’économie décrit un monde où la valeur est supposée préalable à nos relations, où les buts de la vie sont clairs et prédéterminés  et où la tâche de la politique est simplement d’évaluer les coûts et les avantages pour choisir la solution « optimale ». Lorsque l’économie triomphe de la politique, les uniques « experts » à être consultés sont ceux qui promettent de remplacer les questions difficiles, parce qu’humaines, du choix politique, par les questions faciles, parce que mathématiques, de l’économie, à commencer par les hypothèses que personne ne ferait jamais, sauf à être sous le joug d’une obsession d’agrandissement personnel.

(255) EXEMPLE D’UNE FAMILLE QUI S’INTERROGERAIT SUR LA FAÇON DE TENIR SON BUDGET DE L’ANNÉE À VENIR

La mère ne travaille pas parce qu'elle veut rester auprès de ses enfants, dont l’un est handicapé. Le père est un électricien qualifié, mais qui préfère enseigner la physique dans l’école locale. Ils possèdent une maison dans un endroit magnifique, entouré d’un terrain qui protège leur panorama. Ils répartissent leurs ressources de façon à maintenir ce que la vie leur a offert de meilleur jusque-là – leur affection mutuelle, leur foyer soigné, et les routines d’une vie qui a suffi à les rendre heureux. En planifiant leur budget, ils cherchent à favoriser tout cela. La mère décide de travailler à temps partiel, de chez elle, comme secrétaire pour une entreprise de vente par correspondance ; le père met du temps de côté pour offrir ses services d’électricien à ses voisins ; les enfants sont encouragés à choisir des activités qui réconcilient leur attachement au foyer et une occupation gratifiante. Dans tout cela, on retrouve les valeurs qui ont émergé de leur vie commune dans le même lieu et les attachements qui en sont indissociables.

(256) L’ÉCONOMISTE QUI ANALYSERA LEUR SITUATION ÉCONOMIQUE SERA ATTÉRÉ

Que de n’avoir été pris en compte que sa petite part.de cette situation. Voyez tous les facteurs qu’ils n’ont pas inclus dans l’équation : leur maison, qui pourrait être échangée contre une autre pour un profit considérable ; leur terre, où ils pourraient construire trois ou quatre pavillons pour la location ou la vente ; l’occupation du père, qui pourrait être échangée contre un emploi bien plus rentable que celui d’électricien ; le temps passé par la mère avec ses enfants ; l’enfant handicapé, qui pourrait être placé dans une maison où on s’occuperait mieux de lui que ne le fait sa mère, la libérant ainsi pour un travail productif. En fait, dirait l’économiste, ce n’est là que le début. On pourrait transférer toute la famille dans une maison plus petite, et la remplacer par un groupe de gens plus jeunes, venus d’ailleurs, qui stimuleraient la productivité de cette petite langue de terre et dédommageraient entièrement notre famille par le loyer, Un morceau vieux et fatigué d’Angleterre serait renouvelé, et ses occupants s’en trouveraient mieux lotis, vivant du surplus produit par de nouveaux arrivants, et capables de poursuive une carrière nouvelle par la revitalisation de l’économie locale.

C’EST DANS CES TERMES QUE LA DÉFENSE DE L’EUROPE A ÉTÉ  PLAIDÉEE

A été plaidée par ceux qui ont échoué à comprendre que l’oikomania (la gestion de la cité) sans l’oikos (la maisonnée) cesse d’être une science pratique pour devenir une idéologie tout aussi folle que le marxisme ou le fascisme. La vieille garde du parti tory, qui a conspiré pour se débarrasser de Margaret Thatcher, l’a fait parce qu’elle refusait de suivre cette façon de penser. Désormais, ce sont les libéraux-démocrates qui répètent ces arguments, insistant sur le fait que l’économie britannique souffrira si nous ne continuons pas à remplacer notre main d’œuvre par des recrues venues d’ailleurs, et à regarder avec indifférence le fait que tant de nos écoles de centre ville sont emplies d’enfants qui ne parlent pas anglais». En réalité, ce changement est accueilli comme le signe que la pensée économique a triomphé de formes d’attachement obscurantistes chères aux défenseurs de la Little England.

(257) LA VRAIE QUESTION POUR LES CONSERVATEURS[2] EST DE SAVOIR COMMENT EST ADVENUE CETTE CLASSE POLITIQUE SI DÉTACHÉE, EN APPARENCE, DES LOYAUTÉS ORDINAIRES

Dans le cas de la gauche, le mystère n’est pas si difficile à percer. Il y a des chemins vers la politique, à gauche, qui passent outre toutes formes naturelles de vie humaine. On commence avec une cause, on rejoint une ONG, on essaie de se caser dans un « quango[3] », on entre dans le gouvernement local, on acquiert l’habitude de dépenser l’argent des autres, et on apprend à manœuvrer la machine politique. Tout cela peut s’obtenir sans prendre de risque ni jamais accomplir ce qui serait pour d’autres une bonne journée de travail.

DE TELS CHEMINS VERS LA POLITIQUE, DANS UNE CERTAINE MESURE, EXISTENT AUSSI À DROITE

On commence par une sorte de vide moral élégant et on se présente comme un consultant – en d’autres termes, quelqu’un dont aucune entreprise n’a besoin avant qu'il n’apparaisse. Presque toutes les entreprises modernes sont recouvertes de ces parasites – consultants en management, consultants en relations publiques, consultants en « responsabilité sociale d’entreprise », etc., affairés à rappeler aux dirigeants les problèmes qui n’auraient jamais, autrement, traversé leur esprit, Et on peut entrer, à partir de là, dans la politique du côté conservateur, puisque le travail des consultants consiste à faire du lobbying au. nom de leurs clients.

POURTANT, RIEN N’OBLIGE À CE QUE CE PROCESSUS PRODUISE UNE SOCIÉTÉ AUSSI DÉTACHÉE  DE L’HUMANITÉ QUE CELLE QUE NOUS AVONS DEVANT LES YEUX

Il doit y avoir des moyens pour un consultant de se frotter à la réalité de temps en temps, de façon à comprendre que nous vivons par et à travers nos attachements, et sommes perdus lorsqu’on nous les prend. À gauche comme à droite, les hommes politiques ont pris l’habitude d’éviter ou d’ignorer les préoccupations de l’électorat, et d:’étaler publiquement leur statut de célébrité. C’est ce qui s’est passé en Europe, aux Etats-Unis, dans l’UE et cela s’est avéré très utile pour permettre aux hommes politiques britanniques de dire, face à chaque question sérieuse, qu’elle était « incontrôlable ». L’influence du « quatrième état », comme BURKE nommait la presse de son époque, est inévitable ; mais les hommes politiques, semble-t-il, n’ont plus de volonté affirmée de leur résister, et sont prêts, dans toute compétition électorale, à faire passer leur image médiatique avant l’intérêt national.

(258) C’EST EN PARTIE À CAUSE DE CELA QUE LA QUESTION DE L’IMMIGRATION EST DEVENUE POLITIQUEMENT LITIGIEUSE

Et ce même dans les pays, comme les Etats-Unis et l’Australie, qui. ont conservé le contrôle de leurs frontières. Car l’immigration est un sujet sur lequel les journalistes progressistes peuvent exposer leur conscience à. peu de frais, et adopter la posture de champions des plus vulnérables. La pression est constante aux États-Unis d’offrir une amnistie aux immigrés illégaux – en d’autres termes, d’accepter comme citoyens des personnes qui ont montré leur mépris pour la loi. Dans le cas de la Grande- Bretagne, le sujet est allé bien plus loin, le parti travailliste ayant encouragé l’immigration de masse sans égard pour sa quantité ou sa qualité, et le Traité européen ayant dans tous les cas annulé la. souveraineté nationale en la matière – rien moins que la question la plus importante de la politique britannique. Cette question est devenue si importante, en effet, qu’il est désormais dangereux d’en, discuter, par crainte des chasses aux sorcières et des persécutions qui s’ensuivent inévitablement.

(259) D’OÙ UNE AUTRE CAUSE POUR LAQUELLE IL FAUT URGEMMENT COMBATTRE, CELLE DE LA LIBERTÉ D’EXPRESSION

Les méthodes modernes de censure, dans l’ensemble, n’impliquent pas l’État – bien que l’émergence de crimes de haine dans les juridictions européennes soit une indication dérangeante de la direction que prennent les choses. Pour sa plus grande part, la censure s'exerce désormais par l'intimidation,

Dans le domaine que SCRUTON vient d’évoquer – la protection de l’intégrité de la société civile face à une immigration autrement incontrôlée – la voix conservatrice ne peut s'exprimer depuis longtemps qu’en murmures si elle ne veut pas attirer l’attention du censeur. De même, dans tout autre domaine qui pourrait mener à la critique des habitudes associées à l’islam militant, nous rencontrons une forme d’intimidation qui avait disparu de la Grande-Bretagne depuis le XVIIe siècle. Même aux États-Unis, une déférence alambiquée est adoptée dans les sujets où les islamistes ont préempté un droit au territoire politique, ou bien quand l’effet malin de leurs croyances religieuses pourrait être partie au problème.

LA LIBERTÉ DE NOURRIR ET D’EXPRIMER DES OPINIONS, QUELQUES OFFENSIVES SOIENT- ELLES POUR LES AUTRES, A ÉTÉ CONSIDÉRÉE PAR BURKE COMME LA CONDITION SINE QUA NON  D’UNE SOCIÉTÉ LIBRE

Cette liberté fut inscrite dans la Constitution américaine, défendue face aux moralistes victoriens par John Stuart Mill et soutenue dans notre temps par les dissidents des dictatures communistes et fascistes. Elle est devenue si emblématique que les commentateurs distinguent à peine la liberté d’expression de la démocratie, et les considèrent toutes deux comme les positions par défaut de l’humanité – les positions vers lesquelles nous revenons si on nous délivre de l’oppression. Il semble ne venir à l’esprit de personne que ce sont l’orthodoxie, la conformité et la traque des dissidents qui définissent la position par défaut de l’humanité, et il n’y a pas de raison de penser que les démocraties soient de quelconque manière différentes, en l’occurrence, des théocraties islamiques ou des États totalitaires à parti unique.

BIEN SÛR, LES OPINIONS OPPRIMÉES CHANGENT D’UNE SOCIÉTÉ À UNE AUTRE, COMME LES MÉTHODES D’OPPRESSION

Mais nous devrions comprendre que la garantie de la liberté de penser n’est pas entièrement dans la nature de la vie sociale, et requiert que les gens prennent des risques qu’ils pourraient être réticents à prendre, Car en remettant une orthodoxie en question, vous ne faites pas que remettre en question une croyance, vous menacez l’ordre social qui s’est construit sur elle, De plus, les orthodoxies sont protégées de façon d’autant plus véhémente qu’elles sont vulnérables.

(260) CES PRINCIPES SONT ÉVIDENTS, BIEN SÛR, AU VU DE LA RÉACTION DES ISLAMISTES AUX CRITIQUES ADRESSÉES À LEUR RELIGION

C’est précisément la plus absurde qui se trouve le plus protégé, comme dans les guerres de Religion qui ont dévasté l’Europe au XVIIe siècle. Le critique n’est pas traité simplement comme une personne posant problème intellectuellement : il est une menace, l’ennemi de la société et de Dieu. Il n’est pas surprenant, par conséquent, de trouver des islamistes aux premières lignes de la censure moderne.

Bien sûr, nous disons-nous à nous-mêmes, les Lumières nous ont libérés de tout cela. Il n’y a pas d’orthodoxies protégées dans les sociétés occidentales, et personne ne doit souffrir s’il s’y oppose. En voici deux auxquelles j’invite à réfléchir : (1) il n’y a pas de différences pertinentes entre les hommes et les femmes quand il s’agit du travail, de l’aptitude ou de l’occupation de certaines fonctions ; (2) toutes les cultures sont égales, et aucune ne peut revendiquer de préséance juridique ou politique particulière, Ces deux orthodoxies sont inscrites en ce moment même dans les règles de la Commission et des Cours européennes. Le lecteur peut probablement penser à des personnes qui ont été harcelées pour avoir nié l’une ou l’autre En première ligne des persécuteurs, les humanistes, les défenseurs de la laïcité et les avocats des droits de l’homme, pour un grand nombre desquels il est scandaleux que des personnes aux visions non orthodoxes puissent occuper des postes d’influence.

(261) LES CONSERVATEURS N’ONT PAS BESOIN QU’ON LEUR RAPPELLE TOUT CELA

En règle générale leurs opinions ne sont pas critiquées mais retenues contre eux à chaque fois qu’il est question de l’attribution de charges publiques ou de postes universitaires.

Durant les deux dernières décennies, un ordre social s’est construit sur des doctrines de gauche, et la crainte historique de l’hérétique est suscitée par quiconque montre même la plus légère réserve concernant la vérité de ces doctrines. On ne discute pas avec l’hérésie, on l'expédie. L'essai de Locke de 1689 sur la tolérance plaidait pour la tolérance à l’égard des opinions et des modes de vie avec lesquels on pouvait être en désaccord, comme furie des vertus de la société libérale, Mais nombre de ceux qui se disent aujourd’hui libéraux semblent avoir une faible compréhension de ce qu’est réellement cette vertu. La tolérance ne signifie pas que l’on renonce à toutes les opinions que les autres peuvent trouver offensantes. Elle ne signifie pas que l’on adopte un relativisme arrangeant ou une croyance que «  tout est permis ». Au contraire, elle signifie que l’on accepte le droit des autres de penser et d’agir d’une façon qu’on désapprouve. Elle signifie que l’on soit prêt à protéger les hommes de la. discrimination négative, même si on déteste ce qu’ils ressentent et pensent, Mais les progressistes autoproclamés, aujourd’hui, feront campagne pour empêcher certaines personnes d’occuper certains postes ou de parler publiquement au prétexte de leurs opinions non orthodoxes.

ACTUELLEMENT LA QUESTION EMBLÉMATIQUE EST CELLE DE L’HOMOSEXUALITÉ

Homosexualité qui a remplacé  la chasse au renard[4] et l’immigration comme le test de ce qui

est socialement acceptable aux dîners mondains d’Islington[5], Demain, la question phare pourrait être le christianisme, l’inceste ou même (comme dans Le Meilleur des mondes de Huxley) la maternité. Ce qui importe n’est pas telle ou telle doctrine, .mais le refus de tolérer qu’on soit en désaccord avec elle.

(262) LA TOLÉRANCE SIGNIFIE QUE L’ON SOIT PRÊT À ACCEPTER LES OPINIONS QUE L’ON DÉSAPPROUVE INTENSÉMENT

De même la démocratie signifie que l’on consente à être gouverné par des gens que l’on désapprouve intensément. Ce n'est possible que si nous maintenons notre confiance dans la négociation et si nous garantissons le désir sincère, chez les hommes politiques, de faire des compromis avec leurs opposants» De ce fait, en Grande-Bretagne comme aux Etats-Unis, les conservateurs doivent défendre la politique du compromis, et protéger ces institutions et coutumes qui donnent une voix à l’opposition. Ceci est plus important que le processus démocratique lui-même, puisque c’est la condition préalable à toute forme d’ordre politique qui réponde aux mouvements venus d’en bas et qui puisse exiger du Gouvernement qu’il rende des comptes,

DE PLUS EN PLUS, CEPENDANT, NOUS ASSISTONS À LA TENTATIVE, DE LA PART DES GOUVERNEMENTS DE PRODUIRE DES LOIS IRRÉVERSIBLES

Lois qui lieront fatalement les mains de l’opposition ou qui sont poussées vers le processus législatif sans le respect dû aux nombreux arguments contradictoires ou aux intérêts réels et perçus des minorités. La création d’un Parlement écossais, auquel les Anglais n’eurent rien à dire, et qui a conféré deux facultés aux Écossais – de se gouverner eux-mêmes et d’avoir en même temps des représentants au Parlement anglais – est un exemple de la sorte de machinerie électorale qui se produit désormais régulièrement dans la politique britannique.

CONSÉQUENCE DE CE CHANGEMENT

Le parti travailliste peut compter sur le vote groupé à Westminster, de députés travaillistes pratiquement non responsables – non responsables parce que ceux qui les élisent sont représentés de façon indépendante au Parlement écossais, et n’ont guère besoin de présenter leurs doléances pressantes à Westminster, À défaut de la création d'un Parlement anglais, ce n’est rien de moins que l’indépendance de l’Écosse qui permettra aux Anglais, qui ont voté pour les conservateurs dans 8 des 11 élections de l’après-guerre, d’avoir le Gouvernement qu’ils auront élu.

Aux États-Unis également, une polarisation notable de la politique s'est opérée dans les décennies récentes, tout comme la tentative d’utiliser le pouvoir exécutif afin de rendre irréversibles les politiques publiques de l’occupant du moment de la présidence. L’abus de la Cour suprême est notoire, des juristes rusés et subtils fournissant des arguments qui permettent de décider de certaines questions d’une façon contraire au Congrès élu, tout en s’arrogeant l’autorité d'une Constitution à laquelle tous doivent adhérer.

 (263) DANS LES FAITS, LA CONSTITUTION A ÉTÉ UTILISÉE PAR LES DEUX GRANDS PARTIS POUR PASSER OUTRE L’OPPOSITION

Si l’on fait de tel sujet une question constitutionnelle alors l'élite peut trancher, sans égards pour le peuple dans son ensemble, Le dépassement du Parlement britannique par la machine législative et judiciaire de LUE a son équivalent dans celui du Congrès par 1a Cour suprême, la seule différence étant que, dans le cas américain., la force qui a l’avantage représente une force interne à la nation, plutôt qu’une bureaucratie représentant une fédération de pouvoirs étrangers, Dans aucun des deux cas, cependant, des limites ne sont pas définies.

CES QUESTIONS MONTRENT L’IMPORTANCE QU’A LE GOUVERNEMENT DANS LA PROTECTION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE ET DES INDIVIDUS

Protection contre l’invasion, l’intimidation et la violence, Mais dans les autres sujets que SCRUTON a discutés – notamment la santé de la société civile et sa capacité à croître d’en bas – l’accent principal de la politique conservatrice doit être désormais de libérer les associations autonomes d’une régulation nuisible.

(264) À CE SUJET, AUCUNE CAUSE N’EST PLUS IMPORTANTE, AU DIRE DE SCRUTON, QUE CELLE DE L’ÉDUCATION

En ce qu’elle nécessite d’être libérée de l’État et rendue à la société. La liberté des citoyens d'établir leurs propres écoles, de recruter des enseignants au savoir véritable et d’établir des accords libres et applicables avec les parents est une des libertés que le Parti conservateur britannique s’est résolu à soutenir, Aux États-Unis, il fallut le mouvement du Home Schooling mené par les Amish, pour établir que les gens ordinaires avaient le droit constitutionnel de soustraire leurs enfants à l’État. En Grande-Bretagne, le parti travailliste est déterminé à. résister à toutes les mesures qui donneraient aux parents la liberté d’échapper en douce au système. Mais si le raisonnement du précédent chapitre est juste, il n’y a pas de réforme plus nécessaire, du point de vue conservateur, puisque c'est la réforme qui permettra aux plus importantes parmi nos institutions autonomes – celles qui s’attachent à passer le témoin de l’héritage – d’éviter d’être captées.

 

UNE RÉALISATION ACTÉE EN NOVEMBRE 2016

TRUMP OU LA FIN DE L’ÈRE REAGAN[6]

 

FIGAROVOX. Vous dénoncez depuis longtemps les risques économiques, politiques et sociaux liés à la désindustrialisation. Quelle est votre réaction alors que les États de la Rust Belt (ceinture de rouille) au Nord-Est des États-Unis ont massivement voté pour Donald Trump?

Jean-Michel QUATREPOINT. – Il aura fallu cette élection et surtout la victoire de Donald Trump pour que médias et dirigeants découvrent des phénomènes qui sont à l’œuvre depuis bien longtemps. En septembre 2008, j’avais publié un livre La Crise Globale, dont le sous-titre était: «On n’en finit pas d’achever les classes moyennes et d’enrichir les élites». Je prenais l’exemple d’un ouvrier de la General Motors, licencié, déclassé, transformé en vendeur de pizza. J’y dépeignais sa descente aux enfers. Ce phénomène n’a fait que s’aggraver depuis lors.

La désindustrialisation aux États-Unis, mais aussi au Royaume-Uni et en France est la conséquence directe des délocalisations massives, notamment en Chine, et de cette alliance contre nature nouée à la fin des années 80 entre Wall Street, Walmart et le Parti communiste chinois. On a voulu croire et on a voulu nous faire croire que le libre-échange total était gagnant pour tout le monde. Il ne l’était pas. On a oublié de dire aux populations occidentales que cette course aux moins-disants, social, fiscal, environnemental, se traduisait par un gigantesque transfert de richesses. Au profit, c’est vrai, d’une partie des populations des pays émergents, on pense bien sûr à la Chine. Mais aussi au profit de cette petite fraction d’élite mondialisée des pays occidentaux et surtout au profit des multinationales, de la finance, des marchés. Bref, de tous ceux qui pouvaient profiter au maximum des flux commerciaux et financiers. On ne s’est pas occupé des perdants, toujours très nombreux dans le Tiers-Monde et de ces bataillons de classes moyennes paupérisées en Occident. Ce sont eux qui se réveillent aujourd’hui, en utilisant le moyen pacifique qu’ils ont encore: le bulletin de vote.

Assiste-t-on avec ce changement à la Maison-Blanche à une forme de démondialisation?

Au terme de démondialisation, je préfère le terme de déglobalisation.

La globalisation est la matrice du modèle social, économique et politique, inspiré de Milton FRIEDMAN. [pour qui la liberté économique est une condition nécessaire à toute liberté politique. S'adressant à un large public et non aux seuls économistes, Friedman fait l'apologie du libéralisme, terme qu'il utilise dans son acception classique et non dans son sens moderne en américain].

La mondialisation c’est autre chose

C’est un phénomène à l’œuvre depuis les origines de l’homme. Il s’agit, grâce aux technologies, aux moyens de communication, chaque jour plus performants, de découvrir les autres, de s’enrichir de leurs apports et réciproquement. La mondialisation, c’est l’échange dans la diversité, la reconnaissance de l’autre, de sa culture, qui en retour doit respecter vos us et coutumes.

Dans la mondialisation, on s’ouvre, tandis que la globalisation, elle, vous enferme dans un modèle qui se veut dominant.

Le mouvement qui s’amorce est donc un mouvement de déglobalisation et non pas de démondialisation. Ne tombons pas dans les caricatures. La seule question est de savoir quel nouveau modèle va se mettre en place. C’est vrai qu’on n’a pas beaucoup vu d’économistes, d’intellectuels, de philosophes, travailler sur cette question. Or, elle va devenir urgente. Rompre avec le néolibéralisme ne veut pas dire revenir au keynésianisme de grand’papa. Comment introduire de nouvelles régulations sans paralyser les acteurs? Comment revenir à un système monétaire international qui ne soit plus seulement dominé par le dollar? Comment encadrer les multinationales, recréer des liens sociaux, utiliser le numérique sans en devenir les esclaves? La tache est immense. Elle commence, en tout cas, par une fixation des priorités. La remise à niveau des infrastructures en est une.

Et en Europe?

En Europe comme aux États-Unis, les populations sont en droit d’exiger des services publics qui soient réellement au service des citoyens. Des infrastructures dignes d’un pays développé. Depuis trente ans, on a régressé, y compris en Allemagne. Ce que Trump veut faire aux États-Unis on peut le faire en Europe. Tout comme il nous faudra prendre en mains notre défense. Tout ceci c’est de l’activité et de l’emploi. Vous allez me dire: et les déficits? Il existe des moyens de les contenir et de transformer des dettes court et moyen terme en dettes perpétuelles. On va vers une reterritorialisation du monde autour de quelques grands ensembles, qui commerceront entre eux mais qui auront aussi à cœur de privilégier leurs marchés intérieurs. Le mondial ne disparaîtra pas, mais le local devra se substituer au global.

 


[1] Roger SCRUTON , « De L’urgence d’être conservateur » ,éd. De L’ARTILLEUR, Paris, 2016.pp. 253-264.

[2] Pour une brève discussion de cette question, en lien avec les États-Unis, voir A.M. Codevilla, The Ruling Class (New-York : Beaufort Books, 2010).

[3] Organisation étatique plus ou moins indépendante du pouvoir exécutif. En France, par exemple la Cnil.

[4] La chasse au renard a été interdite en 2004par le gouvernement travailliste, au grand dam des conservateiurs dont certains sont d’assidus chasseurs. NdT.

[5] Islington est un quartier « bobo »de Londres.NdT.

[6] Dans un entretien réalisé par Alexis Feertchak pour Le Figaro Vox, Jean-Michel Quatrepoint explique que, comme le Brexit tournait la page des années Thatcher, Donald Trump marque la fin d’un cycle idéologique néolibéral marqué par l’alliance contre-nature entre Wall Street et le Parti communiste chinois.

 


Date de création : 27/11/2016 @ 19:53
Dernière modification : 27/11/2016 @ 21:52
Catégorie : Histoire
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