Parcours

Fermer Parcours lévinassien

Fermer Parcours axiologique

Fermer Parcours cartésien

Fermer Parcours hellénique

Fermer Parcours ricordien

Fermer Parcours spinoziste

Fermer Parcours habermassien

Fermer Parcours deleuzien

Fermer Parcours bergsonien

Fermer Parcours augustinien

Fermer Parcours braguien

Fermer Parcours boutangien

Fermer Glossématique

Fermer Synthèses

Fermer Ouvrages publiés

Fermer Suivi des progrès aux USA

Fermer Parcours psychophysique

Fermer L'art et la science

Fermer Parcours nietzschéen

Fermer Philosophies médiévales

Autres perspectives

Fermer Archéologie

Fermer Economie

Fermer Sciences politiques

Fermer Sociologie

Fermer Poésie

Fermer Théologie 1

Fermer Théologie 2

Fermer Théologie 3

Fermer Psychanalyse générale

Fermer Points d’histoire revisités

Fermer Edification morale par les fables

Fermer Histoire

Fermer La numérisation du monde

Fermer Phénoménologie

Fermer Philosophie et science

Mises à jour du site
Liens Wikipédia
Visites

   visiteurs

   visiteurs en ligne

Histoire - La cité humaine

Lire ce texte au format PDF

 

LA CITÉ HUMAINE[1]

 

 (388) Au stade de l’hypercapitalisme qui est essentiellement financier, le travail humain en général, et les États qui le protègent encore, ne sont que des coûts dinosauriens qui encombrent le marché. Qu’on nous en débarrasse donc ! Et la réalité pourra, enfin, respecter la Théorie des cycles réels, sur une planète nettoyée de tout écoumène[2]

Tel est le but exaltant vers quoi nous conduisent les fétiches de notre ontologie ; du moins, tant que la démocratie n’aura pas remis le marché sur la place du marché, à l’échelle de la cité humaine et de la biosphère [là où règne le « vivant »].

 

Ces fétiches quels sont –ils ?

Notamment deux d’entre eux, l’objet architectural et l’objet marchand, unis dans une même abstraction de leur topos respectif  hors de la chôra[3] qui les replacerait dans la cité humaine et dans la biosphère.

Or c’est de ce fait que nous les fétéchisons,  par un processus ontologique dont le Timée peut nous donner la clef. En effet, ce qui n’a pas besoin de chôra pour être, c’est l’en-soi de l’être absolu, le Modèle intelligible de la réalité sensible, soumise au devenir, qui n’en est que l’imitation parfaite. De ce modèle abstrait du monde sensible, qui pour Platon est d’ordre divin, le dualisme moderne a fait l’Objet. Non moins « abstrait » du sentiment, comme disait Descartes, non moins transcendant et non moins garant d’un savoir infaillible. À quoi Platon oppose la croyance mondaine engluée dans sa chôra.

Ce que le Timée pose ici, l’histoire des idées y a vu la première définition de la science en tant qu’elle se distingue de la connaissance vulgaire. Il est révélateur que le texte platonicien la dise suggenès ( de sun et genos), « parente » de son objet. Pour ce qui nous concerne cela veut dire que le discours scientifique est empreint de la divinité de l’Absolu, car il est de même race (genos) que l’être de son objet. Non moins clairement, le Timée nous suggère par ailleurs que cette divinisation s’effectue à raison même de l’abstraction qui extirpe l’Objet de sa chôra. Le déchorétise. Autrement dit, substitue à la réalité (lgS/lgP) une pure topicité (lgS). Mai c’est mélanger tout ! Descartes n’a jamais assimilé la chose étendue à Dieu ! Au contraire, il l’a définitivement privée d’âme ! Et la modernité, c’est justement ce qui a permis de ne plus confondre ce qu’on dit de la chose avec la chose elle-même ! De renvoyer tous les dogmatismes à l’historicité de leurs paradigmes !

(391) J’approuve, mais çà ne change rien au tour de magie qui d’un coup de baguette fait de la chose relative un objet absolu. Qui la dépouille de sa chorésie (lgP), comme si le fait même d’instituer la chose en objet n’était pas une chorésie ! C’est çà la divinisation : apotheôsis, l’action d’élever au rang des dieux. Byzance en avait même fait une mécanique pour impressionner les Slaves, tout ébaubis de voir le trône du Vassilevs emporté dans les airs. Le principe est simple : il suffit de cacher la machinerie. Ou de se la cacher.

Le point de vue de la médiance[4] tient effectivement pour apothéose, autrement dit pour une fétichisation dissimulant un processus mondain (une chorésie), toute opération  tendant à substituer l’Objet à la chose, laquelle est en fait comme telle humanisée par la médiance de toute réalité dans l’écoumène. Ce n’est là aucunement récuser la science de ce qui, d’origine, ne relève pas du monde sensible. Cela ne vise donc pas le principe des sciences de la nature, lesquelles depuis la lunette de Galilée, sondent l’au-delà du sensible ; mais en revanche c’est nier la pertinence d’un tel savoir aux affaires humaines, par exemple l’économie ou l’architecture lesquelles reposent ontologiquement sur la prédication de l’en-soi en chose (lgS/lgP), au sein de l’existence qui en outre suppose la prédication du sujet humain par lui-même (lgP/lgS).

(Se) dissimuler cette double prédication, là se terre le fétichisme. Celui-ci fait passer pour un en-soi (une topicité, lgS) ce qui n’est  qu’un topique : un sujet de conversation, mondain par essence (lgP). Il assimile en effet, par un acte magique, les mots à leurs référents. Comme s’ils étaient de même genos !

(392) Comme si la réalité de l’écoumène pouvait les réduire à un langage mathématique ou autre !

Tel est le retournement moderne, qui a fait régner l’empyrée sur terre dans le mouvement même où il le vidait de ses dieux. En changeant les mots, bien sûr. Il est certain que ni Descartes, ni personne aujourd’hui ne dirait que les objets sont de la race des dieux, theôn genos. Toutefois, cette apparence du vocabulaire ne doit pas nous cacher la structure ontologique sous-jacente dudit retournement.

La nostalgie de l’Ëtre, ou le manque-à-être, notre médiance en est le moment structurel. Les religions humaines en donnent des métaphores diverses, mais qui toutes se ramènent fondamentalement à la même disposition. Que le rationalisme moderne ait vidé le ciel de sa divinité, cela n’y change rien ; sinon que ce moment structurel, désormais, nous pousse à rechercher dans la possession de fétiches l’assouvissement que l’âme, autrefois, cherchait et trouvait auprès des dieux. Quant à nos fétiches, ce n’est que dans la Pub (notre messe) qu’ils nous accordent la grâce de cet assouvissement ; dans la vie quotidienne, ils attisent au contraire notre manque-à-être en raison même de leur consommation ; car l’Absolu, hélas, ne se consomme jamais.

(393) OK, belle image mais qu’est-il conseillé de faire ? Cesser de consommer ? Qui saurait le faire ? Ce n’est pas de rationner qu’il s’agit, mais de raisonner. Pour cela il n’est pas de recette : il faut juger cas par cas, c’est-à-dire ne pas diviniser les modèles, en sachant qu’ils n’ont d’autre vérité que celle de nous aider à prédiquer, c’est-à-dire à rapporter un dit (commentaire, contenu de pensée) à un élément stable qui en constitue le support et le repère.

L’écoumène n’est pas l’empyrée du Paradigme. Cela exclut radicalement d’agir ex machina, car nous ne sommes pas des dieux. Nous devons humainement tabler sur l’existence des choses et des gens, dans la contingence de l’histoire et de la géographie, parce que c’est tout simplement la réalité du milieu nécessaire à notre propre existence. Pour cela il faut en respecter la médiance. Reconnaître la part de nous-mêmes et de nos semblables qui est dans les choses.

Voilà qui concerne toutes les affaires de la cité, mais en premier lieu celles de sa mise en forme matérielle : l’architecture, l’urbanisme, l’aménagement du territoire…Dans tous les domaines, il faut se répéter qu’appliquer des modèles n’est que du fétichisme ; parce que, radicalement ces domaines sont irréductibles au Paradigme : embrayant directement à la topicité de la Terre, ils ne peuvent jamais être simplement prédiqués par un modèle. Ils sont ce qu’ils sont, dans le milieu qui est le leur. Nous devons toujours compte de cette topicité, pour que, dans la contingence d’une prise, il puisse y avoir une échelle entre logique du prédicat et logique du sujet ; autrement dit qu’il y ait du sens à notre action, à notre prédication de la Terre en monde. Faute de quoi, nous détruisons l’écoumène, où pourtant se fonde la cité humaine.    

 


[1] Extrait de « ÉCOUMÈNE, introduction à l’étude des milieux humains» , Augustin BERQUE, Belin, juin 2010, p. 388-393.

[2]  Toute relation de l'humain à son milieu : sensible et concrète, symbolique et technique.

[3] De façon intéressante, comme Platon effectue un parallèle (qui tient de la mimésis ; il ne s'agit pas d'une simple métaphore ou analogie) entre la structure cosmique et celle de la cité idéale (c'est là un rapport microcosme-macrocosme), de même que le dirigeant de la cité a dans celle-ci la même place que le Démiurge dans l'univers, la chôra (comme territoire à aménager) a dans la cité la même place que la chôra (comme matrice de réalisation des idées par le Démiurge) dans le cosmos. Ainsi, le rapport entre le sens originel du mot chôra et son sens métaphysique est fondé sur plus qu'une simple comparaison : dans un cas comme dans l'autre, la chôra est un espace de réalisation, une ouverture potentielle à l'action bonne, qui doit toutefois s’accommoder des accidents concrets comme d'autant d'imperfections inévitables.

  [4]  On entend par médiance la relation d'une société à son environnement. Or, ce sens vient justement du fait que la relation en question est dissymétrique. Elle consiste en effet dans la bipartition de notre être en deux « moitiés » qui ne sont pas équivalentes, l'une investie dans l'environnement par la technique et le symbole, l'autre constituée de notre corps animal. Ces deux moitiés non équivalentes sont néanmoins unies. Elles font partie du même être. De ce fait, cette structure ontologique fait sens par elle-même, en établissant une identité dynamique à partir de ses deux moitiés, l'une interne, l'autre externe, l'une physiologiquement individualisée (le topos qu'est notre corps animal), l'autre diffuse dans le milieu (la chôra qu'est notre corps médial). Dans cette perspective, la définition watsujienne de la médiance prend tout son sens. La médiance, c'est bien le moment structurel instauré par la bipartition, spécifique à l'être humain, entre un corps animal et un corps médial. »

 


Date de création : 11/10/2015 @ 18:11
Dernière modification : 11/10/2015 @ 18:12
Catégorie : Histoire
Page lue 1604 fois


Imprimer l'article Imprimer l'article


Réactions à cet article

Personne n'a encore laissé de commentaire.
Soyez donc le premier !


^ Haut ^