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Théologie 3 - Le souffle divin en trois croyances

LE SOUFFLE DIVIN EN TROIS CROYANCES
 
 
« Il n’y a jamais eu de société sans religion »
H. Bergson
 
 
     Dans la société française, la présence quasi simultanée du christianisme et du judaïsme est attestée par l’évêque gallo-romain Grégoire de Tours (539-594), le premier étant représenté par Clovis, roi du royaume des Francs (466-511). Quant à la présence de l’islam, d’une très faible importance d’ailleurs, elle se situe sous l’Ancien Régime et la Révolution française. « Tout au plus, peut-on  parler des esclaves et des commerçants à Marseille et à Toulon, à travers une documentation relative aux « cimetières » et à une « mosquée » mythique. Contrairement au monde musulman qui a abrité de tout temps des minorités chrétiennes et juives, la France jusqu’au XXe siècle n’a pas été une terre d’accueil pour les musulmans. Inversement, l’islam a fait l’objet de vives polémiques et a servi de caisse de résonance pour les conflits idéologiques et religieux internes, entre la génération dévote et les intellectuels des Lumières, entre catholiques et protestants. Voltaire est certainement l’un des intellectuels les plus emblématiques de ces débats concernant la « tolérance islamique » pour l’opposer à « l’intolérance catholique ». En définitive, ces discussions ont débouché sur une idéologie civilisatrice avec la Révolution et surtout Napoléon : ainsi, ce dernier a-t-il repris le même chemin que Saint Louis, mais non pas pour la gloire de la Croix, mais pour répandre la civilisation ‘ universelle’  engendrée par la Révolution ».
Ces points d’histoire étant fixés, il nous faut aborder la composante anthropologique de ces trois religions, c’est-à-dire les aspects de l’existence humaine dans sa constitution à la fois matérielle et spirituelle. L’opportunité nous en en est donnée par la publication, en ce début du XXIe siècle, d’une collection intitulée, « corps-âme-esprit » aux éditions du « Mercure Dauphinois ».
Les auteurs des trois traditions monothéistes qui ont été invités à développer le sujet (le Père Dominicain Jérôme Rousse-Lacordaire, le rabbin Jacques Ouaknin et les musulmans soufis Myriam et Hussein Dassa), nous ont transmis la connaissance de ce ternaire qu’ils ont eue en héritage, et qui permet à l’homme de se relier.
Par référence à leurs sources, nous avons donc affaire à trois anthropologies, l’une coranique, l’autre biblique et la dernière testamentaire. C’est par leur canal que nous est rendue possible l’observation des convergences avec l’intention, non pas d’en faire un catalogue exhaustif, mais de faire ressortir un élément doctrinal qui soit le plus déterminant possible.
Le point d’achoppement des trois rédacteurs ne fût autre que celui de la création « continue » ou « continuée », doublée du perfectionnement dont ils sont allés chercher les éléments dans trois sources différentes : le musulman dans le Coran, le juif dans la Kabbale, – ouvrage ésotérique s’il en est – le catholique dans l’aristotélisme. De leurs développements, il ressort très clairement que continue à se répandre dans l’Âme de l’Univers, la Lumière primordiale créée en direction des Créatures prédisposées à la recevoir ; ceci afin de leur donner un souffle de vie.
Pour pouvoir s’y référer, ils sont rassemblés ici sous le titre :
 
Le perfectionnement lumineux de l’âme des créatures
 
Anthropologie coranique
 
Ce sont les états successifs de l’âme distingués par le Coran. Est indiquée ici la classification d’Abd el Qader al Jilani qui distingue sept étapes :
 
        L’âme instigatrice du mal : « Certes l’âme est instigatrice du mal, à moins que mon Seigneur se fasse miséricorde. Mon Seigneur est celui qui pardonne, Il est miséricordieux. » (XII, 53)
Elle l’est lorsqu’elle est soumise à ses seules passions, à ses seuls désirs. Cette forme de moi existe en chacun de nous. Ce moi n’a absolument pas conscience de ne chercher qu’à assouvir ses désirs, et à rechercher la puissance. Il a même l’impression que cette volonté de puissance est pleinement justifiée. Le Coran nous décrit cet état de la façon suivante : « As-tu vu celui qui prend ses passions pour son Dieu ? » (XLV, 23.)
Les caractéristiques de cette âme instigatrice du mal sont l’avarice, la cupidité, le désir, l’orgueil, la recherche de la célébrité, la jalousie, l’insouciance.
        L’âme qui blâme : « J’en jure par l’âme qui blâme. » (LXXV, 2.) Elle opère en deux étapes :
– Dans la première les notions de bien et de mal apparaissent, qui parfois s’opposent aux désirs de l’âme charnelle. Elle s’efforce de dompter ses propres passions, et ses caractéristiques sont le blâme de soi, les soucis, la contraction, l’estime de soi, les réactions d’opposition. Il ne s’agit pas d’un conformisme moral, mais d’un effort de discernement. Elle est alors dite admonitrice, repentante.
– Dans la seconde, l’âme n’est plus seulement raisonnante essayant de trouver un chemin par la seule réflexion mentale. Suite aux efforts de purification, elle est désormais accessible à la connaissance intuitive et elle est qualifiée d’inspirée. C’est seulement à partir de cette étape que l’on peut parler de foi. On parle aussi de science de la certitude, car le cœur comprend alors les choses avec certitude. Les attributs de cette âme inspirée sont le détachement, le contentement, la science, l’humilité, le repentir, la patience l’endurance des difficultés et du mal.
Si le cœur a désormais la capacité de comprendre intuitivement certaines choses, il n’en reste pas moins que l’âme reste parfois troublée et agitée par les différentes influences auxquelles elle est soumise. L’étape suivante sera donc l’ouverture de ce qu’on appelle « l’œil du cœur » capable de voir ces choses directement. Lorsque Abraham demande à Dieu de lui montrer comment il rend la vie aux morts, celui-ci l’interroge : « Est-ce que tu ne crois pas ? » et Abraham répond : « Oui je crois, mais c’est pour que mon cœur soit apaisé. » (Coran, II, 260.)
        L’âme apaisée : « Ô Toi ! Âme apaisée ! retourne vers ton Seigneur, satisfaire et agréée ; entre donc parmi Mes serviteurs, entre dans mon paradis ! » (LXXXIX, 27-30.) Ce n’est donc plus ici une question de foi, d’iman mais bien d’ihsan, d’excellence. Il ne s’agit plus de la science de la certitude mais de « l’œil de la certitude » et quand celui-ci s’ouvre alors on parle d’âme apaisée ou pacifiée, car le cœur est apaisé par cette vision directe. Il n’y a plus aucun doute et sa tendance est à l’union. Ses caractéristiques sont le don, la remise confiante en Dieu, les sagesses, la reconnaissance (envers Dieu), la satisfaction (du vouloir divin).
        L’âme, une fois pacifiée, en poursuivant sa purification se simplifie : elle renonce à ses passions, à ses propres intérêts et commence, non plus simplement à accepter, mais réellement à désirer ce qui lui arrive. On dit que l’âme devient satisfaite (de Dieu) ou agréante. Elle ne chemine plus « avec » Dieu, mais réellement « en » Dieu, car elle peut enfin vivre en restant constamment ouverte sur Sa Réalité. Sa tendance est le contentement et ses qualités sont l’ascétisme, la sincérité, la piété et le renoncement à toute chose qui ne la concerne pas, la loyauté. 
        L’âme finit par communier avec l’Esprit, et par s’éteindre en Dieu. Comme une vague qui rejoint l’océan, elle abandonne à ce moment toute volonté autonome distincte de la volonté divine. On la nomme l’âme agréée par Dieu.  
À ce niveau il n’y a non seulement plus de doute, mais même plus de question.
Pourtant cela ne supprime pas la perplexité, peut-être parce que cette extinction même ne permet pas la compréhension des fins dernières. Après la science et la vision, l’âme atteint ici à la vérité de la certitude, et à la plénitude du comportement (ihsan).
Ceci fait d’ailleurs partie de ses attributs, qui sont l’excellence du caractère, l’abandon de tout ce qui est autre que Dieu, la délicatesse envers les créatures, la recherche de plus de proximité avec Dieu, la méditation sur la magnificence divine, la satisfaction de ce que Dieu lui a octroyé :
        L’âme, au plus haut niveau est définie comme parfaite. Après l’extinction en Dieu, vient la subsistance par Dieu. Ses qualités sont toutes celles qui ont été citées pour les autres stations, et Dieu est plus savant ! L’Homme ne chemine plus que par Lui. On retrouve donc ici à la fois la notion de cheminement de l’âme vers Dieu, et ce destin de retour à nos origines, à notre Créateur.
Il est dit aussi que le corps tout entier est habité par Dieu. Il n’est pas écarté du cheminement, il n’est pas dépassé, il est transformé. Ses qualités humaines sont recouvertes par les qualités divines, ses sens eux-mêmes sont en quelque sort « spiritualisés » par cette rencontre. L’amour qui évoqué ici est au-delà de toute dualité, et ne peut s’épanouir que dans l’union, la réunion pourrait-on dire, de la créature et de son Créateur. À ce degré, dans l’unité retrouvée, corps, âme et esprit participent de la même réalité, et ne peuvent plus réellement être distingués. Et ceci est possible dans cette vie même.
 
Anthropologie biblique
 
Les Séfiroth
 
 « Le Prophète Élie entonna son oraison : Maître des mondes. Tu es Un…Aucune pensée ne saurait le saisir…Afin de diriger des mondes secrets inconnus et d’autres plus connus ? Tu as fondé dix voies que nous intitulons Séfiroth. Groupées, les Séfiroth portent les noms suivants auxquels correspondent en une figure schématique les membres du corps humain
Selon la Kabbale, ce mot signifiant « sphères », désigne la Lumière qui a donné naissance à l’univers et grâce à laquelle l’univers se maintient et continue à subsister. Lorsque cette Lumière primordiale s’introduit dans l’univers pour donner un souffle de vie à toutes les créatures, elle se divise en dix entités dynamiques qui répandent la vie dans toute la création. Chaque entité représente une force particulière et prend le nom de Séfira.
La combinaison des Séfiroth entre elles, explique le caractère particulier de chaque élément de la création.
Le mot Séfira ayant pour racine SFR ou SPR, peut être rapproché de Mispar (un nombre), de Séfér (un livre), de Sapère (raconter), Safir (pierre précieuse), de Safra (un scribe). Les significations différentes de la racine safer décrivent les manifestations des Séfiroth à différents stades.
Dans la représentation anthropomorphique des Séfiroth, chaque Séfira gouverne une partie du « corps humain » de l’Adam Kadmone (l’ homme antérieur), bien qu’il n’y ait pas d’antériorité au niveau de Dieu. Au nombre de dix, les Séfiroth se répartissent ainsi :
        1) Kétèr : la Couronne, au-dessus de la tête.
        2) Hokhma : la Sagesse, à droite du cerveau.
        3) Bina : l’Intelligence, à gauche du cerveau.
            Daath : la Connaissance, au centre du cerveau.
        4) Hessèd : l’Amour, la Générosité, bras droit.
        5) Gvoura : la Force, la Rigueur, bras gauche.
        6) Tiférèt : l’Harmonie, au centre, le cœur.
        7) Netsah : l’Éternité, la hanche droite.
        8) Hod : la Splendeur, la hanche gauche.
        9) Yessod : la Fondation : le Sexe au centre.
        10) Malkhout : la Royauté, en bas, en dehors du corps.
Dans le système du Arizal, Kéter ne compte pas parmi les dix Séfiroth, car cette Séfira se situe à un niveau supérieur, intermédiaire entre le Or Ein-Sof et les Séfiroth. Le Arizal introduit Daath pour compléter les dix Séfiroth.
Au sens étymologique, Daath signifie attachement, union mais aussi connaissance. Par exemple Adam connut Eve signifie s’unit à elle (Genèse, 4,1.) Il s’agit d’un principe unificateur qui réalise la jonction entre Hokhma et Bina et forme ainsi le premier groupe de Séfiroth correspondant au « monde de l’Émanation », Olam haAtsilouth.
Dieu se dissimule à l’homme par les Séfiroth et c’est Lui qui les relie et les unifie. Comme Il se trouve à l’intérieur, quiconque sépare l’une des dix Séfiroth, rompt si l’on peut dire ainsi l’Unité divine. Chaque Séfira a un nom connu mais Dien n’a pas de Nom connu car il remplit tous les noms et Il est leur perfection. Si Dieu les quitte, tous les noms sont comme un corps sans âme.
Les Séfiroth se déploient de haut en bas, mais les énergies qu’elles impriment aux créatures pour leur permettre d’exister, se déplacent de haut en bas et de bas en haut. Il existe une interaction entre les Séfiroth. Ainsi la main droite, siège de Hessèd, amour, bienveillance, vient tempérer l’action de la main gauche, celle de la rigueur, la Gvoura. La pratique quotidienne a intégré ces notions dans des gestes qui symbolisent la volonté de tempérer la rigueur, par la bienveillance et l’amour. Telle l’ablution des mains le matin, dès le saut du lit : on prend le récipient rempli d’eau dans la main droite, on le transfère à la main gauche et on verse l’eau d’abord sur la main droite. Ensuite on prend le récipient de la main droite et on verse l’eau sur la main gauche. On procède ainsi trois fois.
 
À quelle nécessité répond le système des Séfiroth ?
(60) Par leur intermédiaire, c’est-à-dire « émanation de Sa lumière par degrés successifs », Ein-Sof, Dieu infini, peut se manifester dans l’univers et permettre de traduire les potentiels divins en termes d’actions.
Les Séfiroth réparties en quatre catégories, correspondent chacune à un monde différent, plus ou proches de l’Ein-Sof, source d’énergie ou lumière de l’infini. Ces mondes se déploient du haut vers le bas, mais les hommes les appréhendent du bas vers le haut. Les deux premiers ont résisté à la Lumière divine, tandis que les autres ont éclaté comme des vases, d’où le terme de « Vases brisés » que l’homme a pour tâche de restaurer. Ils portent les noms suivants :
        Olam haAtsilouth ou monde de l’émanation.
        Olam haBeriya ou monde de la création.
        Olam haYétsira ou monde de la formation.
        Olam haAssia ou monde de l’action.
     
Monde de l’action
Le monde dans lequel l’homme organise sa vie se situe au plus bas de la hiérarchie. (61) C’est le monde dans lequel aboutit la lumière de l’Ein-Sof après avoir traversé les trois mondes précédents. Ce monde de l’Assia est lui-même divisé :
        en une partie inférieure, le monde physique, où prédominent les lois naturelles et où se réalisent les actes matériels,
        et une partie supérieure où se manifestent les actions à caractère spirituel.
Chaque aspect de l’existence humaine est donc constitué à la fois de matière et d’esprit, ce qui se traduit par la formule usuelle : « L’homme est formé d’un corps et d’une âme. »
 
Monde de la formation
Immédiatement au-dessus du monde de l’action, le monde de la formation (Olam haYétsira) est essentiellement celui des sentiments et des diverses émotions éprouvées par l’homme.
(62) Dans ce monde de la formation vivent des êtres particuliers que l’on a coutume d’appeler des Anges Malakhim. Aucun ange ne ressemble à un autre sur le plan des qualités liées à sa fonction . Bien que n’ayant pas de réalité physique un Ange est capable d’agir et d’accomplir certaines missions, conscient de lui-même et de son environnement. Il est avant tout un messager qui assure un lien permanent entre le monde de l’action et les mondes supérieurs. À la différence de l’homme doté d’une âme complexe, le Malakhim lui, est un être unidimensionnel comportant une essence unique. Alors que l’Ange invariable et statique, n’a aucune possibilité de chois, l’homme peut s’élever ou au contraire chuter du fait de la complexité de son âme et de son aptitude à choisir entre le Bien et le Mal. Dès sa création, le Malakh (messager) est destiné à une fonction bien définie qui lui est imposée aussi bien au niveau de son contenu que par sa durée. Les Anges peuvent être recréés dans les divers mondes. Nos Sages affirment que les Anges sont constamment recréés dans le « monde de l’action ». Chaque fois que l’homme agit, il donne naissance à un Malakh : ange accusateur si l’action ou bien ange défenseur si l’action est bonne.
 
Le monde de la création
(63) Comme le « monde de la formation », siège d’existences spirituelles dont l’essence est pur sentiment et pure émotion, le « monde de la création » situé au-dessus de lui est lui aussi le siège du « pur esprit », de la capacité d’appréhender l’essence authentique et intime des choses, de la faculté de concevoir et d’intégrer la connaissance.
Avec ses palais nombreux et variés, le « monde de la création » est également appelé le « monde du Trône ». Le Trône divin ou Char divin remplit la fonction d’un canal par lequel passe le flux divin avant d’atteindre les créatures et tous les éléments complexes de tous les mondes.
Maasé Merkava (métaphysique) ou l’œuvre du Char divin constitue le secret le plus élevé de la doctrine ésotérique. L’homme ne peut atteindre ce monde-là qu’en parvenant au plus haut de soi-même Au-delà de cette perception, il ne peut avoir que de vagues intuitions de ce qui se passe dans les mondes supérieurs. Toutefois, il prend conscience de façon tout à fait claire que Dieu est la cause première et le moteur de toutes les forces agissant dans les mondes.
Pour arriver dans le monde de l’action dans lequel nous vivons, la lumière de l’Ein-Sof doit traverser de haut en bas, le monde de l’émanation, le monde de la création et le monde de la formation. Cette traversée rencontre une plus grande transparence dans les mondes supérieurs et une opacité plus importante au fur et à mesure de la descente vers les mondes inférieurs. En raison de l’existence des intermédiaires, certains hommes peuvent ignorer que l’origine de leur vie vient du flux divin. L’élévation personnelle permet, à celui qui peine pour y arriver, de mieux saisir l’origine divine de toute chose ;
 
Le monde de l’émanation
 
« Le monde de l’émanation » (Olam haAtsilouth) est d’une transparence absolue. Il est le plus élevé des mondes où l’homme peut entrer en contact avec le Ein-Sof. Aucune barrière ni aucun écran ne peut cacher la divinité révélée. Pour permettre à ce premier monde d’exister, l’essence la plus élevée de la Source divine a dû se contracter pour permettre aux autres mondes séparés de voir le jour. C’est le phénomène du Tsimtsoum par « retrait » ou « rétraction ».
Les Maîtres de la Kabbale se sont attachés à montrer l’Unité de Dieu dans toutes ses manifestations diverses, malgré la multiplicité des Séfiroth et des mondes différents, et de toutes les notions et anthropomorphismes divers auxquels les Kabbalistes ont eu recours pour expliciter le Phénomène de la Création et de la direction de l’univers physique et spirituel.
 
 
Génération, conception et animation
 
Aristote avait présenté une acquisition succes­sive, au cours du développement embryonnaire, de l’âme nutritive ou végétative – d’abord en puissance, puis en acte quand elle se nourrit –, ensuite de l’âme sensitive – elle aussi en puissance puis en acte –, enfin de l’âme pensante, le noûs, qui, nous l’avons vu, advient du dehors (De la génération des animaux II, III).
Dans ce noûs aristotélicien, les théologiens catholiques médiévaux reconnurent l’âme intellectuelle infusée par Dieu au cours du développement embryonnaire.
Au milieu du XIIe siècle, le chartrain Guillaume de Conches (c. 1080-c. 1154) maintint que l’homme est « composé d’une âme et d’un corps » (Dragmaticon IV9) quece sont là ses éléments constitutifs. Il précisait que « l’âme n’est ni juxtaposée, ni agrégée, ni amalgamée au corps, elle lui est jointe ». Sur un plan théologique, c’est Dieu qui opère cette jonction en infusant l’âme dans le corps; sur un plan « physique », cette jonction est le fait de l’incli­nation de l’âme pour « les proportions harmonieuses qui unissent les parties du corps ». Présente dans l’ensemble du corps, l’âme y agit cependant diversement. Dans ses opérations de connaissance, l’âme procède progressivement : des sens vient l’opinion, qui est un jugement non assuré ; de l’opinion vraie, la raison, qui est « un jugement sûr et fondé au sujet d’un objet matériel »; de la raison, l’intelligence, qui est « un jugement droit et sûr au sujet des incor­porels », et qui peut ainsi s’élever vers Dieu.
Nous sommes là encore en présence d’un dualisme de substances : d’une part, le corps, créé par Dieu à partir du limon de la terre (« par l’opération de la nature », précisait Guillaume de Conches - Philosophia XIII, 43 ce que lui reprochait d’ailleurs Guillaume de Saint-Thierry, c. 1085-c. 1148), en ce qui concerne le premier homme, puis transmis par génération aux autres hommes; d’autre part, l’âme, créée directement par Dieu et infusée dans le corps. Ce dernier, ayant été corrompu par le péché, alourdit l’âme qui lui est conjointe, l’émousse, en sorte qu’au contraire des premiers parents avant le péché, elle ne permet plus la « pleine science de toutes choses » dès son début, mais n’exerce sa com­préhension et son jugement que « par l’expérience venue d’un long usage et aiguillonnée par l’ensei­gnement de quelqu’un ». Guillaume de Conches, allusivement, retrouve d’ailleurs la conception platonicienne du corps prison de l’âme, quand il compare cet alourdissement de l’âme par le corps à la situation d’un prisonnier qui « serait enfermé dans une sombre geôle; il ne pourrait voir avant de s’être accoutumé à l’obscurité ou d’être remonté à la lumière » (Dragmaticon IV).
Guillaume affirmait non seulement que l’âme du premier homme, « qui est esprit, et donc légère et pure », ne fut pas créée à partir du limon de la terre (Philosophia XIII, 43) , mais encore (Dragmaticon IV) que l’âme (anima) de chaque homme ne provient d’aucun organe, n’est pas même identifiable au souffle (spiritus)9 pourtant très subtil,  qui naît dans le foie, qui accomplit les activités animales, et qui est seulement un organe de l’âme, mais qu’elle est créée ex nihilo par Dieu pour chaque homme :
Je suis chrétien et non académicien ; je partage donc l’avis de saint Augustin : je crois que chaque jour de nouvelles âmes sont créées, non à partir d’une bouture ou d’une quelconque matière, mais du néant et sur un simple ordre du Créateur. Mais quand est-elle créée ? Dès la conception de l’homme ou quand le corps est déjà formé dans l’utérus et prêt à recevoir l’âme, ou le jour où il se meut, où à l’heure de la naissance? Je n’ai pas d’opinion là-dessus. Cependant beaucoup pensent que c’est quand le corps est préparé que l’âme lui est adjointe, parce que le Créateur, après avoir façonné le corps d’Adam, souffla sur son visage le souffle de vie. Ce semble être   aussi l’avis de Platon [...]. (Dragmaticon IV.,)
On retrouve là l’idée qui domina au XIIe siè­cle et que nous avons vue chez saint Anselme de Cantorbéry, selon quoi l’animation de l’embryon n’est pas immédiate, mais postérieure à la con­ception, ce pourquoi, les théologiens catholiques d’alors jugeaient que l’avortement n’est pas un meurtre tant que l’embryon n’a pas encore acquis forme humaine. En effet, si le livre de l’Exode, dans les versions hébreu et latine, ne prévoit, quand une femme enceinte a été accidentelle­ment bousculée, de rendre âme pour âme que quand la mère meurt, dans la version grecque de la Septante, l’avortement accidentel entraîne la mort du responsable si le fœtus est formé :
Si deux hommes se battent et qu’ils frappent une femme enceinte, et que son enfant sorte sans être formé, l’homme sera puni d’une amende [...]. S’il était formé, il donnera vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure. (Ex. XXI, 22-2410.)
« Formé », c’est ici exeikonisménon, littérale­ment : « fait à l’image », qui renvoie bien sûr à l’homme formé à l’image de Dieu de la Genèse.
La tradition patristique, grecque aussi bien que latine, mit souvent en relation cette formation de l’embryon à l’image (de Dieu) avec l’insufflation d’un esprit de vie par Dieu en l’homme tiré du sol (Gn II, 7), considérant alors que le fœtus est formé par son animation, et qu’ainsi l’avortement accidentel ou volontaire d’un embryon formé est un homicide. On s’accorde généralement à reconnaître que cette formation humaine de l’embryon, qui correspond à la pleine différen­ciation des membres, intervient plus tard pour la fille que pour le garçon (sauf In somnium Scipionis I, VI, qui juge que la formation de la fille prend cinq semaines, et celle du garçon, six semaines) : suivant Aristote (Histoire des animaux VII, III), au quarantième jour pour le garçon et au quatre-vingt-dixième pour la fille ; suivant le Lévitique (XII, 1-5), au quarantième jour pour le garçon et au quatre-vingtième pour la fille ; suivant le De spermate, au trentième jour pour le garçon, et au quarantième pour la fille, etc.
 
Bien que l’embryogenèse soit évoquée (dans un chapitre différent) dans l’anthropologie coranique, seule l’anthropologie testamentaire a choisi l’embryogenèse comme fil rouge à titre de support visible de la création continue.
 
En application dans les trois religions monothéistes
Dieu étant en tout temps au-dessus de l’âme, Dieu flue en tout temps dans l’âme et ne peut jamais faire défaut à l’âme. L ’âme peut bien lui faire défaut, mais tout le temps que l’homme se tient au-dessous de Dieu, tout le temps, il reçoit directement l’influx [învluz] divin, pur, venant de Dieu [...]. [...] l’âme ne reçoit pas Dieu comme une chose étrangère, ni comme étant au-dessous de Dieu, car ce qui est au-dessous d’un autre lui est étranger et lointain. [...] Il est dans l’âme une chose [einez] où Dieu est dans sa nudité, et les maîtres disent que c’est innomé et n’a pas de nom particulier.






Date de création : 16/03/2015 @ 12:17
Dernière modification : 16/03/2015 @ 12:26
Catégorie : Théologie 3
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