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Sciences politiques - La culture de la liberté



LA CULTURE DE LIBERTÉ
 
 
 
Jusqu’ici, dans notre présentation synthétique du livre de Henri Hude intitulé « La Force de la liberté[1]», nous avons vu se constituer, en deux fichiers différents, LA SOCIÉTÉ LIBRE puis LE PEUPLE LIBRE. Il va s’agir maintenant d’exposer les principaux éléments universels et centraux de la culture fonctionnelle de LIBERTÉ, caractéristique de tout PEUPLE LIBRE.    
La culture fonctionnelle de LIBERTÉ, comprendra successivement :
        A/ La structure objective de la LIBERTÉ.
        B/ La redécouverte de la loi naturelle.
        C/ La structure de la justice.
        D/ L’étude critique du BIEN et du DOUTE qui le concerne.
        E/ L’étude critique du JUSTE et de l’IMPARTIALITÉ.
 
Caractéristiques préliminaires
 
1/ Une culture fonctionnelle de LIBERTÉ aura au moins les caractères suivants :
l’idée de LIBERTÉ existe avec un sens qui paraît essentiel à la définition de l’homme, y représentant une valeur commune ;cette valeur est un principe qui paraît essentiel pour l’organisation de la cité et la vie qui s’y développe.
2/ Cette culture de LIBERTÉ étant indispensable, elle sera ou bien l’idée de la LIBERTÉ pratique, ou bien l’idée de la LIBERTÉ pathologique :
        s’il s’agit de la LIBERTÉ pratique(capacité d’autodétermination rationnelle), cette société aura en commun des devoirs et une morale de loi naturelle et dès lors, elle entrera en croissance ; cette liberté joue donc un rôle fonctionnel.
        s’il s’agit de la LIBERTÉ pathologique, elle aura en communune culture des droits sans devoirs, et elle entrera en crise ; elle perd donc sa fonctionnalité, ouvrant, en toute probabilité, le chemin à l’OLIGARCHIE et à l’ANARCHIE.
 
L’analyse classique de cette dernière situation pointe l’OLIGARCHIE, sa subversion politique et souligne le peu d’intérêt qu’elle représente pour les intéressés. Aussi la démagogie morale fabriquera-t-elle des théories complaisantes qui peuvent se résumer en deux formules :
        la corruption (l’absence de règles) est le progrès ;
        la LIBERTÉ pathologique est le fin mot de la LIBERTÉ pratique
3/ Généralement, on pense avoir tout dit en énonçant que « laLIBERTÉ de l’un s’arrête où commence celle de l’autre ». Et c‘est à la LOI de définir la limite. L’application de cet énoncé est aléatoire : il faut bien voir que l’on peut décider, ou rien du tout, ou une chose et son contraire, c’est-à-dire n’importe quoi.
4/ Une SOCIÉTÉ LIBRE a la faculté de se remettre en question ; pourquoi est-il meilleur d’être libre que de na pas l’être ? Si être libre était juste une question de « goût » et si sa définition était matière de pure opinion, ne serions-nous pas des tyrans à vouloir opposer aux autres une « liberté » arbitrairement définie et qui pour eux ne serait pas représentative de la « liberté » ? Et ne serions-nous pas présomptueux en affirmant que nous aurions soit meilleur goût, ou le même goût que les autres ?
5/ Une SOCIÉTÉ LIBRE a la faculté de se remettre en question et se demander si la notion de « liberté » est oui ou non fondée, et sur quelle base ? Ce à quoi il est juste de répondre qu’elle l’est radicalement si et seulement si l’ABSOLU est LIBERTÉ ou réciproquement. Or, une SOCIÉTÉ LIBRE est tout à fait apte à le reconnaître. S’il n’en était pas ainsi, elle admettrait que la LIBERTÉ n’est qu’arbitraire, irrationnel, égoïsme. D’autres caractéristiques viendraient alors vraisemblablement s’y substituer dans l’organisation de la vie sociale comme par exemple, le respect de l’autorité, la tradition des anciens, etc.
Les profondeurs métaphysiques sont sans doute hors de notre portée, mais de deux choses l’une : ou nous acceptons de mourir un jour pour la LIBERTÉ, où nous ne l’acceptons pas. Si nous ne l’acceptions plus, sans doute, la LIBERTÉ disparaîtrait. Et si les raisons de vivre sont aussi pour nous des raisons de mourir, alors elles ont quelque chose d’ABSOLU; d’où un retour pragmatique à la sphère métaphysique.
6/ Pourquoi la culture d’une SOCIÉTÉ LIBRE ne serait-elle pas simplement une culture selon laquelle chacun aurait le droit d’avoir sa propre idée de la LIBERTÉ?
Plusieurs arguments concourent à montrer l’inanité de cette question ; nous ne retiendrons que le raisonnement le plus profond qui est le suivant : j’ai droit à ma LIBERTÉpourvu que je ne nuise pas à la vôtre (caractéristique 3) et je définis la mienne comme je veux, de sorte que la vôtre dépendra de la mienne autant que sera nécessaire au respect de ma LIBERTÉ définie par moi-même ; sauf que vous devrez pouvoir, vous, ne pas dépendre de moi, autant que cela sera nécessaire au respect de votre LIBERTÉ, telle que définie par vous, sauf que, etc.
Autant dire que la LIBERTÉ est ici la même chose que la PUISSANCE et le DROIT, – celui du plus fort, bien entendu ; et que les limites sont de simples conventions temporaires, déterminées par les rapports de force et justifiées par des arguties, – les principes invoqués étant tellement formels qu’ils pourront justifier une chose et son contraire. Mais toutes ces absurdités ne sauraient envelopper la moindre contradiction, nous dit l’idéologie, autrement tout serait absurde. Et la preuve que tout cela n’est pas absurde, c’est que les idéologues mériteraient d’être chassés du POUVOIR, si tout cela n’était qu’un tissu d’inepties. Or ils en font si bon usage qu’il serait très injuste de les en chasser (CQFD). .
 
A/ LA STRUTURE OBJECTIVE DE LA LIBERTÉ.
 
La LIBERTÉ comprend et relie trois éléments[2] :
                    1. Un sujet actif(SA) – celui qui est dit libre ;
                    2. Un objet(O)– ce que le sujet est libre de faire ;
                    3. Un sujet passif (SP) – celui à qui incombent les devoirs sans lesquels le sujet actif ne peut jouir de sa LIBERTÉ.
 
Trois devoirs corrélatifs :
                    devoir de respect de la LIBERTÉ : ne pas empêcher autrui d’exercer la sienne ;
                    devoir de tolérance de la LIBERTÉ : accepter de supporter (en latin, tolerare) les effets résultant de l’exercice de la LIBERTÉ d’autrui ;
                    devoir de solidarité avec la LIBERTÉ : apporter éventuellement à autrui une aide à l’exercice de sa LIBERTÉ.
 
Remarque importante :
Toute LIBERTÉ comporte une ANTILIBERTÉ. Exemples :
                    la liberté de fumer et la liberté de ne pas sentir la fumée :
                    la liberté de licencier et la liberté de ne pas être licencié ;
                    la liberté de reprendre sa propriété quand le loyer n’est pas payé, et la liberté de ne pas être expulsé de son domicile.
Quel sera alors le principe de décision puisqu’il faut bien que ce soit de deux choses l’une :
                    ou bien, la liberté sans fondement ni définition est le seul principe qui vaille, auquel cas, ou on choisit de ne pas choisir, ou on choisit de faire plier l’autre. En somme, tout se ramène à l’arbitraire, à des rapports de force, ou à des négociations rusées. Tel est le reflet de l’idéologie libérale postmoderne.
                    ou bien , au contraire, il y a un autre principe de décision pour sortir de l’indéfini et de l’arbitraire où le mot LIBERTÉ échapperait au seul culte de l‘indépendance, nous situant à l’intérieur d’une structure substantielle, qu’elle soit moderne, prémoderne ou postmoderne,avec des contenus éthiques ou métaphysiques déterminés, concernant l’homme, le bien, la vérité de la liberté, la hiérarchie des biens. C’est pour cela qu’il est opportun de parler d’une « irréductible foi libérale[3] ».
Dans la pratique on assiste à un mélange des deux possibilités, sans que la contradiction soit relevée.
Quoiqu’il en soit lirréductible foi libérale est une des plus importantes conditions de survie pour la LIBERTÉ dans le monde.
 
Formalisation de la structure objective de LIBERTÉ.
        1. Structure S-O-S. Toute LIBERTÉ met en jeu deux sujets S et un objet O intercalé elle peut s’écrire structure S-O-S de la LIBERTÉ.
        2. Structure droit/devoir. Le droit du sujet actif SA d’exercer un droit ou une LIBERTÉ LX, équivaut au DevX (de respect, de tolérance et/ou de solidarité) incombant au sujet passif SP.
        3. Structure liberté/antiliberté. À toute LIBERTÉ LX est associée une ANTILIBERTÉ LnonX notée LY. Ou à ce qui revient au même à une LIBERTÉ LY est associée une ANTILIBERTÉ LnonY, notée LX. En d’autres termes, à toute structure S-O-S est accouplée une structure symétrique S’-O’-S’.
Conclusion principale.
Ces deux structures opposées entre elles et inséparables sont nécessairement accouplées l’une à l’autre pour former la structure complète de la LIBERTÉ objective. 
Donc revendiquer la liberté O revient à s’opposer en tout ou partie à l’existence de la liberté O’. Et ceci est le cas en toute revendication possible de liberté. La liberté d’agir O va produire des effets, et la liberté O’ de ne pas les subir va impliquer la suppression de tels effets, donc la suppression de la liberté O qui en est la cause[4].
 
Faire la loi revient donc à faire un choix non pas pour ou contre LA LIBERTÉ, mais entre deux libertés opposées[5], ou essayer d’arbitrer si cela est possible.
Toute loi va donc donner des droits à certains sujets actifs, autrement dit imposer des devoirs à des sujets passifs. Inversement, toute loi libérant ces derniers de ces devoirs-là, supprime donc ipso facto les droits des premiers. Ainsi « libérer » peut signifier aussi bien la création du droit des uns imposant des devoirs aux autres, que la suppression du devoir de ces autres, supprimant automatiquement le droit des premiers, et leur imposant des devoirs nouveaux. Il n’y a pas à choisir entre la permissivité et la non-permissivité. Toute loi est permissive, et symétriquement impérative et prohibitive, mais pas pour les mêmes sujets, ni relativement aux mêmes objets.
 
LaLIBERTÉ est donc un concept qui ne permet pas de décider entre deux options contraires (c-à-d. antinomique) : c’est la conclusion qui découle nécessairement d’une exposition objective de la structure de la LIBERTÉ. À la LIBERTÉ du droit imposant des devoirs, s’oppose l’ANTILIBERTÉ du droitde ne pas avoir ces devoirs. Car donner des droits aux uns, c’est imposer des devoirs aux autres, et réciproquement.
Est-il besoin de conclure que l’énoncé courant sur la « LIBERTÉde l’un qui s’arrête là où commence celle de l’autre » n’est pas du tout un principe de décision juste, mais seulement le début d’une formulation de cette structure antinomique de la LIBERTÉ. Et celle-ci ne permet rien d’autre, s’y rien ne vient s’y ajouter, qu’une décision arbitraire.
 
Tout ce qui a été dit sur la LIBERTÉ s’applique – mutatis mutandi – à l’ÉGALITÉ. En effet toute ÉGALITÉ est une LIBERTÉ d’ÉGALITÉ (1°),ou une ÉGALITÉ de LIBERTÉ(2°).
(1°) À toute LIBERTÉ d’ÉGALITÉ bénéficiant à un sujet actif SA correspond l’ANTILIBERTÉ d’un sujet passif SP, de ne pas subir le nivellement en question. Or, si l’on s’en tient àl’idée formelle de LIBERTÉ, il est impossible de rien trancher, sinon arbitrairement. Et il faut ajouter que le non-nivellement résulte en général d’une ÉGALITÉ de LIBERTÉ ou lui équivaut logiquement.
(2°) À toute ÉGALITÉ de LIBERTÉ bénéficiant à un sujet actif SA, plus fort par hypothèse, correspond généralement une inégalité de fait entre SA et SP, résultant du libre exercice par ces derniers, de leurs LIBERTÉS libertés mutuelles. Et donc SP peut revendiquer l’ANTILIBERTÉ de ne pas subir cette INÉGALITÉ.
Ainsi, à toute ÉGALITÉ (LIBERTÉ d’ÉGALITÉ) se trouve associée une ANTIÉGALITÉ (ÉGALITÉ de LIBERTÉ). Et tant qu’on s’en tient à une idée purement formelle de la LIBERTÉ ou de l’ÉGALITÉ, il est impossible de trancher entre une ÉGALITÉ et son ANTIÉGALITÉ.   
D’où la conclusion suivante : tout comme le libéralisme est équivalent à l’arbitraire – en l’absence de précision substantielle au sujet de l’homme et du bien, de même tout égalitarisme est-il arbitraire en l’absence des mêmes précisions.
 
Les conditions nécessaires à un débat politique honnête et sérieux
Tout débat équitable consiste à reconnaître le caractère antinomique de la LIBERTÉ, à poser clairement le problème à résoudre, et à chercher ce qui est juste en l’espèce, c’est-à-dire ce qui est le mieux – par exemple, à quel niveau arbitrer entre les deux LIBERTÉS rivales.
Auquel des deux sujets rivaux doit revenir la LIBERTÉ ou l’ANTILIBERTÉ ? La JUSTICE le dit, elle qui détermine comme plus juste (ou comme seule juste) telle LIBERTÉ, ou tel équilibre et tel partage entre LIBERTÉS et ANTILIBERTÉS corrélatives. Mais la seule LIBERTÉ ne le dit pas, ou alors c’est qu’on a défini la LIBERTÉ par rapport au bien et à l’homme – et ce n’est plus là une LIBERTÉ au caractère postmoderne (sceptique, relativiste, etc.).
 
En conclusion, la LIBERTÉ pathologique est celle à laquelle ne s’ajoute pas un principe de justice. La LIBERTÉ pratique est celle à laquelle s’ajoute un tel principe, supposéqu’il soit rationnel et fonctionne effectivement comme principe de paix.
La LIBERTÉ pratique est la seule qui ait sa place dans une SOCIÉTÉ LIBRE. La LIBERTÉ pathologique est contraire au PACTE SOCIAL.
 
Constat de l’absence de véritable débat dans la culture postmoderne
 
Le paradoxe de cette culture est qu’elle associe une éthique de la discussion à un étouffement des débats.
Bien que les postmodernes se flattent parfois d’avoir réinventé la morale (l’éthique) à partir de la communication[6], ils sont incapables de donner à cette morale un contenu autre que pathologique et incapables de supporter, sauf rares exceptions, un véritable débat.
 
Tout débat noué autour des seuls concepts antinomiques est voué à un perpétuel match nul entre arbitraires.
Un tel débat ne peut absolument pas identifier le plus juste. Car :
         ou bien ce qu’on appelle « SOCIÉTÉ LIBRE » ne diffère en rien de la « SOCIÉTÉ NON LIBRE », sauf en ceci que l’hypocrisie et la ruse y supplantent la violence ;
        ou bien il existe une véritable différence, mais alors ce qu’il convient d’appeler justice a un contenu et un fonctionnement objectifs, différents de la seule idée de la LIBERTÉ privée de norme substantielle.
La culture fonctionnelle d’une société libre reconnaît donc un fondement objectif de la justice, point qui sera précisé par la suite.
 
La ruse telle qu’elle est cultivée par toute RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE(comme par celle de toute DÉMOCRATIE sans RÉPUBLIQUE)
 
Le mécanisme de cette ruse consiste en un certains nombres d’occultations (l’antinomie de la liberté par exemple), de camouflages (l’institution, par exemple, d’un faux débat entre des comparses en réalité d’accord sur le fond), d’exclusions et de censures (celle des opposants par exemple), d’affirmations arbitraires (en tentant, par exemple, de culpabiliser d’avance ou même d’intimider ceux qui auraient envie de suivre les opposants),  de diabolisations (par exemple de l’idée du bien, qui est en effet contraire à l’idée de cette liberté arbitraire, laquelle ne fonde rien d’autre que la liberté d’être tyran).
Par suite, le droit de vivre dans une société où il existe autre chose que des tyrans, équivaut au droit de vivre dans une société où l’on reconnaisse le bien, au moins en général, et une idée de la justice qui en découle, au moins en principe. Et le droit à poser des lois dont résulterait l’élimination du bien équivaut au droit de poser,en principe, que la liberté et la tyrannie ne diffèreront jamais que par le point de vue du plus fortet du plus faible ou inversement.
Quand le mécanisme de cette ruse fonctionne, toutes les victimes des injustices n’ont plus qu’à subir et à se taire, par respect de LA liberté. Si elles sortent du rang, ce seront des fascistes. C’est ainsi qu’une société non-libre peut se faire passer parfois pour une société libre, voire la seule société libre, et c’estainsi que les victimes qui protestent sont censées être des ennemis de la démocratie.
Comme pour les sorcières de Macbeth : « La justice est infamie et l’infamie est justice ».
 
B/ LA REDÉCOUVERTE DE LA LOI NATURELLE
 
La culture d’une CITÉ LIBRE n’est pas simplement une CULTURE DE LIBERTÉ, c’est une CULTURE DE LIBERTÉ JUSTE. Tel est le résultat du précédent chapitre. Car sans principe de justice, il n’y a aucun moyen, autre que les rapports de force ou la ruse, d’arbitrer uneLIBERTÉ et son ANTILIBERTÉ. Une société pathologiquement libre peut n’être qu’une tyrannie peu violente car plus rusée. Dans une CULTURE DE LIBERTÉ JUSTE, une justice objective s’ajoute donc à la LIBERTÉ pour la déterminer comme LIBERTÉ JUSTE.
 
Une CULTURE DE LIBERTÉ JUSTE est une culture de LIBERTÉ pratique, non pathologique.
Une LIBERTÉ pratique agit par décision en raisonnant à partir de principes objectifs de justice. Une LIBERTÉ pathologique n’est qu’une force qui va et s’impose. Réciproquement, le respect de la LIBERTÉ (pratique) s’incorpore à la JUSTICE OBJECTIVE, mais d’une manière qui ne rend pas cette dernière arbitraire. Car si j’ai un devoir, j’ai le droit de faire mon devoir et les deux font ma dignité.
 
Dès lors, cette idée de JUSTICE OBJECTIVE mérite d’être précisée : elle présuppose une meilleure découverte personnelle de la LOI NATURELLE.
 
Inséparabilité de la structure de la justice et de la loi naturelle.
        Côté structure de justice (ou projet de cité juste), l’ensemble des principes de justice qui vont constituer cette norme objective de justice, forme précisément ce qu’on a coutume d’appeler jusqu’ici loi naturelle de justice.
        Côté loi naturelle (ou république du bien), des règles concrètes prescrivant le respect de structures, telles que les contrats justes, la solidarité responsable et l’autorité par lesquelles se définit la structure de base d’une société juste, où se reflètent (concrétisation et résumé) les impératifs de la loi naturelle.
 
La culture d’une SOCIÉTÉ LIBREouvre à ses citoyens la possibilité d’une découverte personnelle de la LOI NATURELLE. Connaissance et respect de cette loi s’y trouvent inclus, de même qu’une culture de paix et de justice, ET une culture de LIBERTÉ.
 
La loi naturelle est une loi de confiance, de paix et d’amitié sociale (philia)
 
La loi de paix explicite le principe objectif de justice qui fait toute la différence entre la LIBERTÉ pathologique et la LIBERTÉ pratique. La confiance nous met en condition de connaîtrele contenu de cette loi.
En effet, il ne peut exister de paix solide sans confiance Par la confiance, les individus peuvent faire corps en liberté, autrement dit participer à une SOCIÉTÉ LIBRE. Or, nous accordons notre confiance à ceux qui nous paraissent dignes. La première loi naturelle, surtout dans une SOCIÉTÉ LIBRE, c’est de se montrer digne de confiance, c’est-à-dire être franc et tenir parole.
 
Le premier moment de la confiance est donc celui de la foi, au sens humain du mot. Être digne de foi :
        c’est plus qu’être fiable et employable ;
        c’est être véridique (verum-dicens, disant le vrai) donc sincère et sérieux ;
        c’est donc chercher à connaître et savoir vraiment.
La confiance va donc aux personnes capables et dignes de foi.
 
Le second moment de la confiance, c’est l’espérance. Méritent que nous espérions en eux, tous ceux avec lesquels nous pouvons contracter sans danger. Nous pouvons espérer d’eux ce qu’ils ont promis. Il faut donc qu’un POUVOIR garantisse l’exécution des promesses, et à plus forte raison que ce POUVOIR soit digne de foi et d’espérance. La loi naturelle prescrit doncnon seulement d’être digne d’espérance, mais aussi l’obéissance raisonnée au POUVOIR légitime.
Une vie sans confiance est une vie
        sans estime et sans respect,
        sans bonheur et sans dignité,
        sans amitié noble
        en un mot, sans grande valeur.
 
La loi naturelle prescrit l’amitié sociale (la philia). Elle le fait pour trois raisons :
        a) elle est une loi de paix, la guerre étant le contraire de l’amitié. C’est assez évident et dans les langues slaves er indiennes notamment, ennemi signifie « non-ami ». La loi de paix prescrit ainsi un dépassement de l’inimitié, qui n’est stable que dans l’amitié.
        b) elle prescrit conjointement la justice (loi de justice). Une amitié noble n’est jamais une complicité dans l’injustice.
        c) elle est au-delà du moralisme ainsi que des réactions libertaires à la « morale ».Elle aide à tenir les promesses sur la durée. Sans l’amitié, la loi de justice aurait encore un contenu, mais pas de motif assez fort pour transformer en bonheur l’obéissance au devoir. L’amitié étant joie, le contenu de la loi devient en même temps le motif de l’obéissance à la loi qui perd son caractère de contrainte et de privation. C’est ainsi qu’on dépasse le moralisme, sans éliminer la loi morale.
Une amicale justice compose avec prudence un corps politique fonctionnel et traite chaque individu particulier en membre pensant. L’amitié noble qui fait corps dans l’honneur et la liberté, résume la loi naturelle de l’animal raisonnable social qui est de consentir avec sagesse à faire corps social en liberté juste.
 
La loi naturelle prescrit de cultiver ce qui renforce la confiance entre personnes dignes de foi, d’espérance et d’amitié digne – et donc : le sens de l’honneur, la conscience du devoir, le sentiment religieux, surtout s’il est éclairé, l’amour de l’honnêteté, le respect de soi-même et des autres, la sympathie humaine, l’amitié noble, l’esprit de corps, la solidarité, etc. – en tant que ces motifs peuvent stabiliser, dans une volonté, la décision de rester digne de confiance.                    
La philia– amitié sociale – prescrite par la loi naturelle :
        n’est pas qu’un sentiment moral et une affection ; elle n’est sérieuse que par la conscience. Elle enveloppe les devoirs. Elle n’est sincère que par l’action.
        sous-tend la justice dans l’œuvre de réconciliation indispensable à la paix
Avec l’amitié sociale, on peut agir pour la justice alors même que celle-ci fait encore largement défaut. C’est pour cela qu’elle possède une valeur irremplaçable, et, dans une certaine mesure, surpasse la justice en vue de la paix véritable. Aucune réconciliationneseraitpossible, si l’intérêt de la justice, qui est d’obtenir réparation,prenait le pas sur l’intérêt de l’amitié, qui est d’oublier, d’aller de l’avant et de construire du neuf.
Sans l’amitié sociale, la justice transforme les esprits moraux en esprits injustes, secs et durs, réglementaires, moralistes et impitoyables, inaccessibles à la tendresse et au pardon. Sous divers enrobements, la justice se transforme alors è un besoin utilitaire de vengeance[7]
 
La loi naturelle prescrit ce qui facilite l’obéissance à celle-ci. Être juste, c’est obéir au DROIT, c’est-à-dire aux lois et à l’autorité, avant tout à la loi naturelle et à son Fondement[8].
Si l’on ne comprend pas que cette loi est naturelle, et prescrit précisément de faire corps avec bonheur et dans l’honneur – donc de vivre avec philia – en quoi consisterait la réalisation de soi d’une LIBERTÉ pratique ?Si l’on ne comprend pas cela, la loi et l’autorité nous donnent l’impression d’étouffer la nature, de contrarier la raison et d’opprimer la LIBERTÉ. C’est alors que la LIBERTÉ pathologique peut passer plausiblement pour la LIBERTÉ tout court.
 
Ce qu’est, en résumé, la loi de paix, la loi naturelle. Au moins ceci, être un allié fidèle, pas seulement par politique, mais par éthique, ou par un art de prudence supérieur à la politique machiavélienne[9]. Ne pas faire aux amis ce qu’on ne voudrait pas qu’ils vous fassent et faire pour eux ce qu’on voudrait qu’ils fassent pour nous (effet de leur bienveillance). C’est mentir que se dire ami de quelqu’un et ne pas se conduire ainsi à son égard. En ce sens, la loi naturelle, qui est une règle de paix, prescrit assurément la règle d’or, telle que comprise à partir d’une amitié noble.
 
Remarque importante : cet enseignement n’est pas nouveau. On le rencontre déjà au plan politique, chez Aristote, et au plan doctrinal chez les « Évangélistes ».
Aristote écrit ainsi[10] : « L’amitié semble aussi constituer le lien des cités et les législateurs paraissent y attacher un plus grand prix qu’à la justice [elle]-même. En effet, la concorde, qui semble bien être un sentiment voisin de l’amitié, est ce que recherchent avant tout les législateurs, alors que l’esprit de faction, qui est leur ennemie, est ce qu’ils pourchassent avec le plus d’énergie. Quand les hommes sont amis [unis par l’amitié], il n’y a plus besoin de justice, tandis que s’ils se contentent d’être justes, ils ont en outre besoin d’amitié. La plus haute expression de la justice est, dans l’opinion générale, de la nature de l’amitié ».
Des « Évangélistes », on tient l’invention morale décisive qui place l’amitié au centre même de la loi :
        Jésus dit à ses apôtres : « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis » (Jn, 15,-15).
        S’ensuit sa propre expression : « Mon joug (ma loi) est facile à porter » (Mt,11, 29-30).
De sorte que si la morale chrétienne se trouve l’objet de la détestation des adeptes d’une LIBERTÉ pathologique, leur choix les prive ipso facto de la réalisation d’une DÉMOCRATIE durable.
Mais, pour un PEUPLE LIBRE, ancien ou nouveau, quoiqu’en pensent ceux qui le nient ou l’exècrent, le Christ demeurera une des sources majeures de la LIBERTÉ juste ; la source d’un principe de justice, à la fois substantiel, et vraiment fonctionnel, sans lequel un peuple libre a du mal à être à la fois libre et moral. Sans lequel, dans les faits, il oscillera sans trouver le milieu entre deux extrêmes : une contrainte névrosante qui le rend servilement moral, et un rejet compulsif de cette contrainte qui le rend pathologiquement libre.
 
La loi naturelle est une loi de liberté et de vertu
 
La confiance en l’homme est-elle raisonnable ? Peut-on avoir foi et mettre son espoir dans un être humain ?Oui, mais à condition d’en prendre les moyens :
        soit en constituant la société civile de telle sorte que l’individu vive sous une pression constante pour qu’il reste « dans les rails » ;
        soit en cultivant la puissance morale de l’individu, c’es-à-dire sa VERTU, sa capacité à agirconformément à la loi sans souffrit trop de contrainte. Relevons que cette force personnelle comporte aussi un caractère social à cause de la cohésion qu’elle entraine (philia) et par l’attachement multiforme à ce corps social de valeur (société enviable)où la philia se fait justice avec prudence.
Ainsi, la loi naturelle prescrit la pratique des vertus et l’adoption des modes de vie personnelle et collective en cohérence avec les vertus.
 
Peut-on redécouvrir la vertu après l’âge postmoderne ? Oui, en précisant les leviers sur lesquels il convient d’agir :
         a) la confiance en la liberté suppose que l’individu possède un POUVOIR (appelé VOLONTÉ) de faire ce qui est JUSTE, surtout quand il l’a promis.
        b) cette VOLONTÉ requérant ou signifiant au moins ceci : une indépendance suffisante de son moi pensant et moral, par rapport à tout ce qui le conduirait à ne pas se montrer digne de confiance, ou à violer la règle d’or.
        c) deux facteurs (attrait du plaisir ou peur de la douleur) étant aptes à le faire sortir du sentier de justice, il convient de leur opposer deux forces morales ou vertus (tempérance et courage) requises par la loi naturelle – grâce auxquelles sera réalisée la maîtrise progressive des deux principaux facteurs. Sans ces deux vertus, la justice pourraêtre estimée, mais non pas accomplie.
Une SOCIÉTÉ LIBREn’a donc pas une culture hédoniste. Elle ne voit pas non plus dans la douleur un mal sui absolu que les individus pourraient toujours se permettre de la fuir.
Comment rendre fort l’homme réputé faible ? Ainsi que l’écrit Bergson[11], il existe deux sources de la morale – la pression et l’aspiration. La SOCIÉTÉ LIBRE favorise l’aspiration. Dans la pratique, le législateur et l’éducateur devront toujours user des deux sources et des deux moyens précédents (vertu, contrainte/pression). On appelle SOCIÉTÉ LIBRE celle qui voudrait pouvoir n’user, idéalement, que du premier, bien qu’elle use aussi, le moins possible, des seconds.
 
Les sociétés ont le choix entre la vertu, la pression et la contrainte. L’ordre[12], c’est-à-dire la paix dans un corps fonctionnel, est une fonction à la fois de la vertu et de la contrainte.
Moins les individus se contrôlent eux-mêmes, par vertu ou par pression, plus ils seront contrôlés par contrainte. Et inversement, plus les individus sont librement moraux, moins la société a besoin de recourir à la contrainte et à la pression. Quant à une SOCIÉTÉ LIBRE sans vertu, ni pression, ni contrainte, elle n’existe pas. L’état de nature, quand il n’est pas pur chaos, est juste une forme de despotisme des uns sur les autres.
 
La pression morale civilisée n’est pas sans valeur. Elle a toujours un rôle à jouer. Mais elle ne s’intériorise bien et n’est acceptée que sous condition d’un appel implicite à la vertu et à la beauté des valeurs de discipline et de sacrifice. Quant à la contrainte, elle n’est tolérée que par référence à une pression déjà acceptée.
 
Une SOCIÉTÉ LIBRE et civilisée,loin d’exclure l’éducation énergique, la contrainte et l’autorité, – la requiert. Ainsi, la loi naturelle requiert-elle de prendre les moyens propres à porter aide à l’individu dans l’acquisition des vertus, donc de sa capacité effective d’autodétermination rationnelle (ou LIBERTÉ pratique). C’est là un aspect souvent méconnu de la solidarité humaine et du respect de la personne, notamment dans sa jeunesse. Sa LIBERTÉ, en effet, ne signifie pas grand-chose si elle n’a aucune volonté. Ou alors on se limite seulement à la LIBERTÉ d’indépendance pathologique, c’est-à-dire de corruption, et l’on s’exclut du cadre de la CITÉ LIBRE
 
L’éducation dans une CITÉ LIBRE doit trouver de justes équilibres entre a) la culture des convictions objectivement droites, via la réflexion ou la persuasion digne, et b) la pression et la contrainte ; elle opère ainsi pour faire prendre de bonnes habitudes, acquérir de bonnes bases, soutenir sans trop retenir, encadrer sans étouffer, et à la fin libérer pleinement l’initiative dans la libre conscience du devoir.
L’éducation morale postmoderne est souvent un prosélytisme libertaire qui encourage le déploiement d’une LIBERTÉ d’indépendance pathologique dans certains domaines, tout en prétendant inculquer rigidement des valeurs pratiques de DÉMOCRATIE, citoyenneté, solidarité, responsabilité, non-violence, respect , etc. Tout ceci n’a aucune espèce de cohérence et le résultat est une ANARCHIE morale, une violence rampante, une corruption générale, dont les éducateurs idéologues se scandalisent sans voir leur effrayante responsabilité dans ce chaos.
 
Une fois qu’on a perdu le critère de base, à savoir la « loi naturelle », la simple notion de volonté est inintelligible ou névrosante. C’est elle, en effet, qui est le principe d’une raison pratique capable de décider. C’est elle aussi le fondement de la connaissance de l’homme, donc de sa juste conscience de soi. C’est elle qui, prescrivant la philia (amitié sociale, force de cohésiondans toute son étendue), donc la liberté digne et le bonheur, fournit des puissants motifs au bon vouloir, tout en présentant le contenu du devoir. 
La première base de l’acquisition des vertus, c’est donc la conviction relativement à la loi naturelle et la compréhension de la nature de l’homme, que permet seule la connaissance de la première loi de cette nature. Les autres facteurs (l’exercice, les bonnes habitudes, les récompenses et les peines, etc.) sont nécessaires, mais à un niveau secondaire.
 
Qu’est donc à la fin, la volonté ? C’est l’existence, chez la personne, d’un pouvoir d’être digne de confiance ; de connaître et de dire la vérité ; de promettre et de tenir ; de demeurer stable dans sa résolution[13]. Et quel est le nom de ce pouvoir ? Ce pouvoir est précisément ce qu’on appelle la LIBERTÉ.
 
La loi naturelle prescrit la LIBERTÉ à la LIBERTÉ. La LIBERTÉ est enracinée dans le pouvoir de connaître, c’est-à-dire de juger. Elle est enracinée avant cela dans l’effort que fait tout être pour exister, dans ce vouloir-être objectif, qui fait le fond de toute nature et qui touche à son fondement. Chez l’Homme, le vouloir-être est celui d’un « je suis ». La LIBERTÉ est ce pouvoir d’être en agissant et d’agir par décision rationnelle ; et cette puissance de décider est une volonté, grâce à la conscience de la loi naturelle. . Recevant la loi, sensible à la profonde bonté de celle-ci, encouragée par un contexte social digne, la LIBERTÉ est puissance de faire ce qu’on a ainsi décidé – par où l’on voit que la LIBERTÉ effective est aussi ce que nous nommons laLIBERTÉ juste.
La paix est impossible sans justice. Mais on ne peut devenir juste sans devenir suffisamment raisonnable et vertueux, c’est-à-dire LIBRE. Donc, la loi naturelle nous prescrit d’être LIBRES. Nous le serons, 1° si nous connaissons la loi naturelle et 2° si nous cultivons les vertus.
 
La loi naturelle est le contre-poisonde la guerre
 
Les faits fondamentaux de la paix, donc de la loi naturelle sont d’essence contraire à celle de la guerre. La loi de paix oblige en effet à renoncer à agir selon les principes de la guerre. Ainsi, en posant les principes de la guerre, nous aurons sensément des indications sur les principes de la paix.  
Foch compte trois principes de la guerre[14]. Deux d’entre eux (concentration de force, économie de moyens) sont purement stratégiques ou tactiques ; le troisième a une grande portée philosophique. Ce principe fondamental est de garder au maximum sa liberté d’action.
Le principe symétrique de la paix, en son contraire, est d’accepter de réduire sa liberté d’action : en somme, accepter les obligations, restreindre son indépendance, prendre des engagements, se lier. Cela signifie avoir des obligations objectives qui correspondent aux droits d’autrui, conformément à une loi naturelle permettant de définir ce que doivent être les droits.
L’essence de la guerre signifie et prouve que la LIBERTÉ juste (pratique) est la faculté d’être obligé et de s’engager dans des liens autour d’un BIEN COMMUN. La LIBERTÉ de devoir est donc un élément essentiel dans une SOCIÉTÉ LIBRE, sous un pacte de paix, sans ruse.  
 
Cela signifie et prouve aussi que la société postmoderne (indépendance et non-engagement), à titre de LIBERTÉ DE GUERRE, n’est pas fonctionnelle dans et pour une CITÉ LIBRE. Il y a une incohérence complète à inculquer aux jeunes une LIBERTÉ pathologique, qui ne se lie pas, qui ne s’engage pas, qui est préservation de la liberté d’action – donc guerre, et, en même temps, à les gaveravec un moralisme absurde de valeurs de paix, de solidarité, de respect, etc.
 
La LIBERTÉ d’indépendance est une LIBERTÉ de guerre : c’est celle de l’état de nature. Cette LIBERTÉ sans norme objective (ou plutôt dont la norme est de n’en pas admettre) est une LIBERTÉ de guerre, non pas tolérante mais dogmatiquement transgressive, identique à la volonté de PUISSANCE pour la PUISSANCE. Sans principe objectif de JUSTICE, acquérir un maximum de LIBERTÉ, c’est l’équivalent d’acquérir une masse de PUISSANCE. Une LIBERTÉ pathologique est arbitraire, voire cruelle, même si elle ne nuit pas immédiatement à autrui.
 
La guerre ayant une essence objective, la loi naturelle est celle qui supprime objectivement la guerre. Elle le fait sans établir un despotisme, violent ou rusé. Autrement, la guerre ne serait pas supprimée, mais seulement gelée et masquée.
 
Les moyens de la guerre renseignent aussi sur la loi naturelle. Ces moyens sont la violence et la ruse. Le plus important est la ruse, car aucune n’est assez forte, sans la ruse. Ainsi, sans la ruse, la RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ne saurait subsister plus que quelques mois au déferlement de l’indignation générale. L’art de la guerre, c’est aussi de laisser l’adversaire dans le doute, dans l’incertitude, si possible l’induire en erreur, feindre et manipuler. C’est pourquoi le contraire de la guerre, c’est d’abord dire la vérité, parler clair, tenir ses promesses, être crédible, et digne de foi : être conforme à l’art de la « communication », c’est-à-dire rejeter la ruse et le mensonge.
 
Que signifierait « dire la vérité » si elle n’existait pas ou si cette notion était vide ? Il a été mis en évidence précédemment que la confiance n’était possible qu’une fois admise et reconnue critiquement l’idée de la vérité. Le libéralisme idéologique postmoderne, parce qu’il a peur du totalitarisme (et pour d’autres raisons moins valables) censure la référence à l’idée de vérité. Mais si l’on exclut la vérité du bien, il est impossible réguler la LIBERTÉ par un principe pratique objectif de justice. Les principes objectifs purement procéduraux sont en effet injustes et mystifient. Sans vérité du bien, critiquement connue, le principe régulateur devient l’arbitraire individuel. On tombe alors dans les antinomies de la LIBERTÉ. Ce qu’on appelle SOCIÉTÉ LIBRE n’est alors au mieux qu’une forme rusée de TYRANNIE.
 
Le respect de la vérité est donc central dans la logique d’une culture de SOCIÉTÉ LIBRE, sans conduire au totalitarisme. Il s’en éloignera d’autant plus que la culture des élites valorisera une forme profonde d’interrogation et de réflexivité. En effet, celle-ci, dans un seul raisonnement critique, établit deux vérités en même temps, 1° celle de la vérité , 2° celle de la LIBERTÉ pratique.
 
La confiance suppose la bonne-foi et la bonne-foi se réfère à l’idée de la vérité. Si une personne nous dit qu’à son avis, chacun a sa vérité et peut en changer, au gré des circonstances, selon les fluctuations de ses sentiments, comment la croire et se fier à sa bonne-foi, si nous pensons qu’elle croit vraiment ce qu’elle dit ? Car même si la notion générale de bonne-foi demeure dans son esprit et même si on peut estimer que cette personne parle de bonne-foi, les effets de sa bonne-foi relativiste seront absolument indiscernables des effets que pourraient produire la mauvaise foi tout court.
Ces mentalités allergiques à la simple idée de vérité ne peuvent donc prétendre au bénéfice du contrat social.
 
La loi de paix se concrétise dans la structure de la justice. En effet, elle décrit et prescrit une structure de corps social – de corps de valeur. Celle-ci est précisément la structure du CORPS SOCIAL juste.
 
 
C/ LA STRUCTURE DE LA JUSTICE
 
La loi de paix se concrétise dans la structure de la justice. En effet, elle décrit et prescrit une structure de corps social – de corps de valeur. Celle-ci est précisément la structure du CORPS SOCIAL juste.
 
Exposition de la structure de la justice
 
La JUSTICE est tridimensionnellement constituée :AUTORITÉ , LIBERTÉ, SOLIDARITÉ. Ces trois dimensions forment une structure. Ceci tient au fait que le respect de la LOI de paix, surtout dans un corps formé de membres sujets à faillir, suppose un garant qui soit la tête du corps, l’AUTORITÉ, le POUVOIR – cette tête (ce « chef ») devant se garder elle-même de tout excès et de prendre les moyens pour cela.
La justice se structure autour de deux types principaux de rapport présentant chacun une réciprocité :
        1. Les rapports entre le corps et la tête comme entre la tête et le corps ;
        2. Les rapports de membre à membre (locataire/ propriétaire, et réciproquement, acheteur/vendeur et réciproquement, etc.).
On constate ainsi 4 types de rapport, mais ce nombre peut éventuellement être ramené à 3 quand, dans le type de rapport de membre à membre, les rôles peuvent s’inverser sans changement de statut. Par exemple tel qui vend aujourd’hui achètera demain, et ainsi les deux rapports opposés peuvent-ils ne compter pratiquement que pour un seul.
 
La non symétrie dans les rapports de membre à membre se traduit par uneinversion de statut que le contratse doit d’authentifier. Par exemple dans le cas du rapport employé/ employeur, les deux catégories de personnes ne sont pas interchangeables comme celle des acheteurs et celle des vendeurs. Prenons le cas de l’auto-entrepreneur : ici le contrat, bien que passé entre deux membres tend à constituer une société qui peut faire placeà un individu dans un corps ayant sa tête et impliquant de la part de l’individu employé l’acceptation contractuelle d’un rapport de subordination hiérarchique.
Ceci montre qu’une société est constituée de sociétés, et ainsi de suite, en poupées russes, jusqu’à atteindre l’individu. Les membres de la société politique sont donc à la fois les individus et les sociétés intermédiaires entre les individus et la société politique.
 
Les devoirs qui incombent à la Tête, au Corps et aux membres. Dans le CORPS SOCIAL, on peut distinguer trois grandes relations :
        la relation entre le Corps et la Tête qui constitue POUVOIR et RÉGULATION ;
        la relation entre la Tête et le Corps qui préside à la SOLIDARITÉ ;
        la relation entre les membres responsables du Corps, au sein de ce qu’on appelle les MARCHÉS.
Rôle de la tête politique :
        assurer la paix par le DROIT et le POUVOIR ;
        assurer la SÉCURITÉ intérieure et extérieure ;
        encourager avec mesure la CULTURE DE LIBERTÉ juste ;
        réguler une ÉCONOMIE solidaire, LIBRE et prospère.
Le POUVOIR ne doit pas étouffer la république des entrepreneurs, mais celle-ci ne saurait dissoudre le POUVOIR dans le MARCHÉ, sous peine de chaos et d’OLIGARCHIE – de « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE », de « DÉMOCRATIE sans DÉMOS (sans peuple) et de « nations unies » sans nations.
 
La STRUCTURE DE LA JUSTICE compose ainsi le POUVOIR et son ÉTAT avec le MARCHÉ et la SOLIDARITÉ. Elle organise les MARCHÉS, intérieur et extérieur, et la SOLIDARITÉ interne et externe, de telle façon que le MARCHÉ ne détruise pas la SOLIDARITÉ, ni la SOLIDARITÉ le MARCHÉ ; et aussi de telle sorte que le POUVOIR demeure dans l’ÉTAT, autrement les hauts fonctionnaires ne sont plus que des membres de l’OLIGARCHIE et la machine de l’ÉTAT n’est plus au service du BIEN COMMUN.
 
Justice et principe de « subsidiarité ». Un POUVOIR n’est accepté que s’il set clairement à quelque chose. Il est donc juste que la Tête laisse les membres déterminer rationnellement leur vie et leurs relations, dans toute la mesure du possible, n’intervenant que quand son intervention constitue pour eux une aide indispensable ou une régulation nécessaire (en latin, « aide » se dit subsidium, d’où subsidiarité). C’est ainsi que des chefs incapables de faire confiance sans crainte, ou d’opérer la synthèse à leur niveau, en intervenant sans cesse dans le travail de leurs subordonnés, passent pour des chefs médiocres.
Ce même principe de « subsidiarité » figure dans la Constitution européenne. C’est à tort ou à raison que les membres de l’Union ont très souvent eu à se plaindre de la façon dont il est exercé à leur endroit par la Commission de Bruxelles.
 
Déstructuration de la justice – l’injustice
 
L’INJUSTICE résulte d’une déstructuration de la JUSTICE.
Contreviennent à la JUSTICE:
        les autorités privées qui trompent, exploitent ou oppriment les membres de leurs sociétés ;
        les MARCHÉS qui n’ont pas ou peu de rendement social (manquement de l’employeur à la solidarité par exemple), et quiconduisent les employés à s’adresser à un POUVOIR plus fort, à l’ÉTAT, directement ou par l’intermédiaire de leurs représentants syndicaux. Résultat : alourdissement du poids de l’ÉTAT.
        les employés qui abusent en cela et les politiques qui cèdent trop facilement à leur demande, de sorte que les employeurs réagissent en essayant de monter plus haut que cet ÉTATen faisant installer des « multinationales » qui les protègentde « l’hypersocialisme ».
Face à l’impossibilité au PEUPLE de reprendre la main, on dérive vers la situation suivante :
une élite privée injuste, l’OLIGARCHIE qui, dans un âge planétaire développe des structures mondiales et promeut ce qui a été appelé la « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE », c’est-à-dire :
        l’économique sans le politique ;
        l’ÉTAT privé dePOUVOIR ;
        la culture sans LOI NATURELLE ;
        en un mot, un mélange d’ANARCHIE et de DESPOTISME ;
        et une course en avant qui aboutit à la création de déséquilibres financiers, économiques et politiques dangereux.
Tel est le terme auquel tend la dynamique de l’INJUSTICE.
 
L’idéologie postmoderne ne manque pas d’y jouer un rôle actif. Pour l’idéologie, comme pour les démagogues libertaires, solidaires en profondeur de cette INJUSTICE, cetteOLIGARCHIE a revêtu les habits de la DÉMOCRATIE. N’empêche que cette idéologie n’a pas valeur de CULTURE fonctionnelle. Car, en régime de LIBERTÉ juste, rien ne peut marcher sans éthique et sans équité, sans confiance ni bonne foi.
Aussi devons-nous bien distinguer les trois dimensions essentielles de la JUSTICE :
        celle de l’autorité régulatrice d’un ÉTAT autour du POUVOIR au sein de vrais PEULES LIBRES.
        Celle de la LIBERTÉ des échanges et de la création de valeur économique entre les membres sur lesMARCHÉS.
        celle de laSOLIDARITÉ du PEUPLE et de la SOLIDARITÉ des PEUPLES entre eux[15].
 
La JUSTICEsesitue dans l’harmonie de ces trois dimensions. Elle n’est aucune de ces trois dimensions, ni même deux des trois, mais toutes les trois ensemble, formant une seule structure et harmonisées entre elles – de sorte que les MARCHÉS ne détruisent pas les ÉTATS ni les ÉTATS les MARCHÉS ; que la solidarité ne détruise pas le MARCHÉ,ni l’inverse ; que l’ÉTAT enfin, n’élimine pas la SOLIDARITÉ, mais que la SOLIDARITÉ ne rende pas de son côté les ÉTATS énormes et dysfonctionnels.
 
Structure de la justice et valeurs démocratiques
 
La structure de la JUSTICEfait une large place aux valeurs démocratiques et en premier lieu à la LIBERTÉ. Il est opportun de préciser trois visions particulières de cette LIBERTÉ en rapport avec des faits justement accomplis.
On aime la LIBERTÉ quand on voit :
        qu’il est juste pour la Tête de ne pas écraser le Corps ;
        que le Corps ne peut subsister si certains membres en écrasent d’autres ;
        que les membres pensant sont porteurs de la LOI de paix, donc faisant le devoir sans servilité parce qu’ils ont aussi le sens du droit.
 
Il existe une cohérence profonde entre l’ÉGALITÉ noble et l’AMITIÉ noble.La loi de paix (loi naturelle), requiert la philia (force de cohérence) donc l’ÉGALITÉ. Car la raison répugne à voir se creuser des différences monstrueuses entre ceux qu’elle continue d’appeler à juste titre des semblables,et l’AMITIÉ n’aime pas voir se creuser des abîmes entre frères humains.       
L’ÉGALITÉ digne n’est pas l’ÉGALITARISME, qui est une forme de matérialisme – elle demande l’expression concrète, sociale, économique et politique, de ce que la sage philia exige d’ÉGALITÉ. LÉGALITARISME ÉGALITÉ de force et exagérée – n’est qu’un thème démagogique utile à l’OLIGARCHIE.
 
En quel autre sens la JUSTICE est l’ ÉGALITÉ.C’est parce que nous faisons tous Corps, et comme ilfaut que chaque membre reste fonctionnel pour le bien du Corps[16], la JUSTICE requiert que chaque membre ait, comme n’importe quel autre, tout ce dont il a nécessairement besoin pour demeurer fonctionnel.
Ceci s’entend en termes :
        de besoins matériels, d’éducation ou de santé ;
        de respect de sa fonction ;
        de considération de sa personne.
Cette observation peut aussi faire mieux saisir en quoi la LOI de paix est vraiment une LOI naturelle, puisqu’elle nous fait exister ensemble comme Corps social humain organisé au sein de la nature.
 
La LIBERTÉ individuelle n’a pas de sens dans l’état de nature, sauf pour les plus forts et les plus violents (ou rusés). Une LIBERTÉ individuelle qui ne soit pas une exception ou un abus ne peut donc être respectée que :
        dans un état de paix stable, lequel est impossible sans la dimension d’autorité et sans celle de solidarité – ce bien du Corps exige en effet et inclutle respect du bien proprede chaque individu ou sous-groupe ;
         sous réserve que l’autorité et la solidarité n’empêchent pas de traiter en « membre pensant » l’individu solidaire et discipliné ; autrement dit, de ne pas le traiter sans respect de sa LIBERTÉ responsable, et donc sans la dimension de LIBERTÉ.
 
Tout cela constitue une DÉMOCRATIE durable.
 
Critique des injustices oligarchiques
 
L’idéologie libérale post moderne est une matrice d’INJUSTICE. Si, en effet, on commence par poser un pur principe d’indépendance individuelle, et par la définir au moyen de l’arbitraire de l’opinion – réputé être le seul rempart au TOTALITARISME – il n’y a plus alors aucun moyen sérieux de préserver la JUSTICE. On élimine une à une ses dimensions :
        1/ Sous prétexte que l’individu doit pouvoir faire ce qu’il veut, le POUVOIR devient l’ennemi ; on pulvérise ainsi la première dimension de la JUSTICE – celle du respect de l’autorité politique et de la LOI (ce que la tradition philosophique appelle JUSTICE légale.
        2/ Comme il n’y a plus rien de commun, sauf la règle que tout doit être privé, on pulvérise la SOLIDARITÉ et on la remplaceau mieux par des sentimentalités. Et comme l’idéologie détruit la conscience du devoir et la réciprocité, la SOLIDARITÉ se transforme souvent en parasitisme. Ce dernier sert alors de prétexte à l’égoïsme du chacun pour soi, que l’idéologie appelle LIBERTÉ.
        3/ Il ne reste plus que la dimension deJUSTICE contractuelle, entre individus. Et comme aucune LOI naturelle n’impose plus de limite sérieuse à la passation de contrats mal perçus[17], la sphère politique se voit privée de POUVOIR et de LÉGITIMITÉ, pour s’effacer devant les puissances privées, notamment financières, jusqu’à ce que l’ÉCONOMIE elle-même, après de prodigieuses flambées, s’effondre sur elle-même, dans l’ANARCHIE, la RÉVOLUTION et la GUERRE (sauf à rétablir un très haut niveau de contrainte politique ou sociale – en pratique l’ESCLAVAGE).Aucune ÉCONOMIE durable ne saurait être la somme de tels abus).
 
Logique de l’OLIGARCHIE.
Une fois la JUSTICE ainsi déstructurée, la seule forme de qui paraisse effective et légitime, c’est le MARCHÉ– et le MARCHÉ mondial ; car entre leMARCHÉ mondial (= l’Humanité) et l’individu, il n’y a plus rien (de légitime). En cela s’accordent l’idéologie jacobine absolue et pseudoscience économique. Et les vrais maîtres d’une société qui, théoriquement n’a plus de vrais chefs, ce sont les financiers. L’idéologie permet à leurs activités de se détacher des réalités de la vie, du peuple et de son travail. L’idéologie libérale postmoderne fournit ainsi une rationalisation utile à des minorités financières, en détruisant la légitimité des pouvoirs politiques et des institutions traditionnelles, dont le rôle est de défendre les intérêts populaires et d’imposer SOLIDARITÉ, régulation et développement économique partagé.
 
Analyse machiavélienne de l’OLIGARCHIE postmoderne
Cette idéologie (libertaire, relativiste, etc.) déstructurant la JUSTICE, justifie et conforte la « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ».Cette république-là est terriblement OLIGARCHIQUE, puisqu’elle exclut de fait, même les dirigeants des entreprises petites et moyennes, davantage liées à un cadre économique national ou régional, pour ne réunir que les grands acteurs internationaux sans véritable base nationale. Cette OLIGARCHIE réussit à se perpétuer dans la mesureoù elle sait multiplier les ruses :
        instaurer un certain type de jeu démocratique sans réel POUVOIR ;
        manipuler le jeu démocratique pour que, sans le faire voir, la politique suivie soit toujours OLIGARCHIQUE pour l’essentiel ; par exemple trouver sans cesse des sujets de débat permettant de camoufler l’absence de débat.
Se montrent en fait très utiles (voire nécessaires) à l’OLIGARCHIE, les extrémistes et les démagogues parce qu’ils savent utiliser :
        la peur de la violence qui fait voter pour les partis modérés ;
        la peur de la révolution qui empêche la réforme ;
        le libéralisme des mœurs qui détruit la résilience du peuple, le rendant solidaire, en profondeur de la philosophie qui pille le pays ;
        la haine et l’envie du pauvre à l’égard du petit riche, (le seul à donner aux gens du travail) – démarche qui crée la division indispensable à sa domination durable.
 
Critique des injustices libertaires, inégalitaires et égalitaires
 
Une SOCIÉTÉ LIBRE comporte nécessairement des INÉGALITÉS suffisantes et fonctionnelles. Ne pas le dire est la forme ordinaire de la démagogie, ne pas l’admettre c’est tendre à détruire d’une seconde façon la structure de la JUSTICE.
La structure « en poupées russes » qui est celle du CORPS SOCIAL requiert, en effet,des autonomies pour les corps intermédiaires, leur permettant de contracter indépendamment de l’ÉTAT, et donc de faire appel à tous les niveaux de têtes libres et puissantes (donc fortunées) en nombre suffisant. Et qui dit tête et diversité dit forcément une certaine INÉGALITÉ,qui n’empêche pas ces têtesde pouvoir exister en sécurité, sans confiscation, vexationsni contraintes injustifiées. – C’est cela, une RÉPUBLIQUE
 
Reste que l’INÉGALITÉ peut être exagérée. Elle l’est :
        quand elle porte atteinte à la fonctionnalité du CORPS SOCIAL, au climat de confiance, de bonne foi, de LIBERTÉ et de philia (cohérence). Une élite indécente se concentre indéfiniment pour ne faire plus qu’un avec l’appareil d’ÉTAT qui se privatise et forme avec la PLOUTOCRATIE un seul corps à deux têtes jumelles, opprimant la DÉMOCRATIE et divisant le peuple afin de mieux régner.
        quand on se dirige vers la « DÉMOCRATIE sans RÉPUBLIQUE» qui ne vaut pas plus cher qu’une « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ». Un PEUPLE incapable d’accepter une élite décente ne mérite pas la LIBERTÉ. Une élite qui ne se sent pas au service du PEUPLE est composée d’égoïstes qui ne devront se plaindre qu’à eux-mêmes quand une RÉVOLUTION les maltraitera.
 
Une INÉGALITÉ juste, fonctionnelle et sans exagération, fait donc partie de la STRUCTURE de la JUSTICE.Grâce à elle se trouveront authentifiés :
        le signe de l’AUTORITÉ juste et subsidiaire ;
        la condition d’une décentralisation rationnelle du POUVOIR d’investissement ; 
        une condition de l’équilibre des POUVOIRS entre les divers niveaux de laSOCIÉTÉ, ainsi qu’entre les sphères publique et privée.
 
La croissance et la prospérité qui conditionnent aussi la PAIX, ne peuvent être assurées sans la LIBERTÉ économique individuelle. Celle-ci est une valeur, en tant qu’élan créateur
ou esprit de responsabilité, à encourager. L’égoïsme possessif et l’appât du gain sont d’autres facteurs inévitables, à employer faute de mieux, mais à maîtriser.
 
La JUSTICE et la PRUDENCE requièrent donc un équilibre entre la LIBERTÉ individuelle, et les INÉGALITÉS qui en résultent. Il en est ainsi pour l’ÉGALITÉ due à chacun et l’INÉGALITÉ requise par l’existence de la structure de Corps organisé en « poupées russes ».
 
Ambitionner un Corps trop égal et trop homogène n’est pas fonctionnel. Un PEUPLE qui ne peut pas supporter un degré normal d’inégalité se comporte d’une façon absurde. C’est évidemment le problème d’une partie de notre PEUPLE.
 
Ajoutons qu’il peut à la fois y avoir, dans un même pays (et c’est le cas de la France), trop d’ÉGALITÉ entre les classes moyennes et populaires et trop d’INÉGALITÉ entre les classes très riches et le reste des citoyens. C’est le travail des démagogues que de sauver l’INÉGALITÉ OLIGARCHIQUE en cultivant l’envie du PEUPLE pauvre et en la fixant sur l’INÉGALITÉ DÉMOCRATIQUE – ainsi qu’en faisant glisser le PEUPLE dans la LIBERTÉ pathologique, où se perdent sa cohésion et sa résilience.
 
En conclusion, la STRUCTURE de la JUSTICE exige un mélange entre cette INÉGALITÉjustequi fait la RÉPUBLIQUE et cette ÉGALITÉ juste qui fait la DÉMOCRATIE, dans un RÉGIME MIXTE ; lequel se placesousl’arbitrage du juste POUVOIR qui fait d’un ÉTAT ni un appareil manipulé par des intérêts, ni un poids mort pour le PEUPLE entier, mais un organe de vie commune.
Existe donc bien une STRUCTURE de la JUSTICEqui ne fait violence à personne et en laquelle se concrétise laLOI naturelle, dont on ne peut découvrir la vérité sans progresser en même temps dans la conscience et le respect de sa propreLIBERTÉ, et de celle des autres.
 
D/ ÉTUDE CRITIQUE DU BIEN ET DU DOUTE AU SUJET DU BIEN
 
Seule l’idée du BIEN permet la LIBERTÉ intime de la conscience
 
Découvrir rationnellement la référence au BIEN, c’est de facto prendre conscience de notre LIBERTÉ. En effet, au sein dela CULTURE fonctionnelle des SOCIÉTÉS libres, dans l’alternative MAL/BIEN, la LIBERTÉ ne s’ouvre que sur le BIEN. C’est pour cela que laJUSTICE de ces sociétés doit s’enraciner dans la référence au BIEN.
L’idée du BIEN fait partie intégrante de la définition d’une Cité LIBRE, qui doit être une RÉPUBLIQUE du BIEN. « Quand j’ai un DOUTE au sujet de ceci ou de cela, je me demande : ‘Ceci est-il VRAI’ ? J’ai donc indubitablement un concept du VRAI, dont je ne doute pas, puisque dans les faits je doute. Et sans ce concept du [VRAI], je n’aurais aucun esprit critique ». Tout comme il n’y a pas d’esprit critique sans critères, il n’y a pas d’affirmation de la valeur de l’esprit critique sans affirmation de la valeur de ses critères. Autrement dit, la VÉRITÉ n’est pas ce dont on doute, mais, ce qui permet de douter. Elle est non seulement ce qu’on cherche (ou qu’on fuit…), mais encore ce qui permet de chercher, de questionner.
Dire cela au sujet de VRAI, au sujet de nos jugements théoriques, c’est pouvoir l’écrire au sujet du BIEN,quant à nos jugements pratiques.
 
La condition première et universelle de tout questionnement pratique est la référence à l’idée du BIEN. Nous ne cessons de nous interroger sur ce que nous avons à faire ; et ce n’est pas sans hésitation ou doute que nous le faisons. Finalement, c’est dire qu’y a-t-il de mieux à faire ? ou bien quel est le moindre mal ? Autant de questionnements faits en vue de l’action et référencés au BIEN, pris en lui-même ou bien dans ses formes comparatives ou superlatives. Le BIEN, loin d’être ce dont on doute est ce qui permet, en pratique, de douter, mieux d’interroger, de chercher, de raisonner.
 
Le questionnement radical sur l’idée du BIENest ce qui permet et qui justifie la certitude indubitable à son sujet.
En réfléchissant, nous voyons bien que notre idée du BIEN, comme notre idée du JUSTE a un caractère d’ajustage, qu’elle pourrait être différente chez notre voisin alors même qu’in fine nous sommes tous gratifiés de la même idée du fer[18].
C’est une grande chance pour nous qu’il en soit ainsi, car dans le doute au sujet du BIEN nous vient immanquablement l’idée d’un BIEN encore meilleur, ou d’un BIEN encore plus VRAI. On ne peut en douter, précisément parce que nous doutons. C’est cette « idée du BIEN vraiment VRAI qui nous donne la possibilité d’exercer notre esprit critique au sujet de l’idée que nous nous faisons du BIEN. Et nous découvrons même à ce moment-là que nous sommes moraux dans la mesure où ne nous en tenons pas à nos affirmations spontanées, non rationnalisées, qui peuvent porter préjudice à autrui.
Et précisément par cette mise en question, nous progressons vers le VRAIMENT BIEN, le profondément BON, le réellement JUSTE. La vie de la conscience est cela même. Douter, ce n’est pas puérilement mettre en cause pour mettre en cause, c’est questionner vers le meilleur qui nous règle et dont nous sommes sûrs.– mais il y a plus.
 
En redoublant les questionnements, en approfondissant toujours plus, nous sommes amenés à découvrir que c’est l’idée d’un BIEN toujours déjà plus grand que n’importe quel autre (absolu, en somme ?) qui peut seule conditionner un questionnement pratique radical– y compris un questionnement radical sur ce BIEN ASOLU.
« Ainsi donc, le questionnement radical part-il souvent du scepticisme ou du relativisme, mais il en sort. Il est ce qui permet d’arriver, non par décision arbitraire, mais par raison et indubitablement, à des certitudes inébranlables. »
 
Chacun a son ouverture particulière sur la même idée du BIEN, que tout questionnement radical révèle à chacun de nous. Et chacun a cette ouverture dans la perspective d’une tradition et de sa propre existence. Ce qui n’est pas du tout la même chose qu’« avoir chacun son idée du BIEN » – conception très superficielle, et si la plupart des traditions sont intéressantes et respectables, c’est qu’elles comportent cette visée vers le SOUVERAIN BIEN unique du genre humain. C’est ce qui maintient un lien entre elles, à travers leurs divergences, et même en dépit de certaines contradictions insurmontables.
Par contre, prise comme de simples affirmations subjectives et sans ce souci de viser le BIEN universel et commun, nos traditions et à plus forte raison nos opinions, ne seraient que des manifestations particulières d’un arbitraire sans grande valeur, intellectuelle ou morale.
 
Tout esprit libre,dans son questionnement, est donc suspendu rationnellement à l’idée du BIEN, laquelle est une et identique pour tous les esprits dans la mesure précise où tous peuvent questionner absolument à fond. C’est nous engager tous pour le BIEN et nous mettre en recherche, ce qui nous fait tous chercher à dépasser telles ou telles opinions, plus ou moins subjectives sur le BIEN, tout en nous mettant tous en référence à l’idée du BIEN. C’est par l’idée du BIEN qu’une personne n’est pas enfermée dans son opinion et son désir subjectifs, entretient un rapport personnel libre et vivant avec sa tradition, accède authentiquement à celle-ci, et peut espérer exister dans son histoire personnelle en tant qu’individu rationnel et JUSTE.
 
La SOCIÉTÉ LIBRE est bâtieautour de l’Idée du BIEN
qui en constitue la première chose publique
 
L’idée du BIEN est nécessaire à toute SOCIÉTÉ LIBRE. En effet, si vous ôtez l’idée du BIEN, il vous faut supprimer, à la suite, l’esprit critique lui-même et la puissance interrogative radicale de la conscience. Maintenant, si vous ôtez l’esprit de questionnement radical, que devient la SOCIÉTÉ LIBRE ? Toute vie de l’esprit retombe dans le conformisme. C’est pourquoi, essayer de définir une JUSTICE, pour une SOCIÉTÉ LIBRE, en dehors de l’idée du BIEN, ce serait comme essayer de trouver l’élément d’un ensemble en dehors du domaine de définition du dit ensemble.
 
Par ailleurs, l’idée du BIEN est également nécessaire à la signification du PROGRÈS. L’idée de PROGRÈS, qui est en sa rigueur PROGRÈS à l’infini, prend son sens à partir de l’idée du BIEN unique, infini et ABSOLU, qui est aussi indubitablement, la condition de possibilité de tout esprit critique. Dès lors, si vous ôtez l’idée de PROGRÈS, que devient, une fois encore, laSOCIÉTÉ LIBRE ? L’humanisme en tant que doctrine progressiste et présentant l’homme comme un être perfectible suppose doncl’idée du BIEN. Or l’humanisme est vraisemblablement nécessaire à une SOCIÉTÉ LIBRE.
C’est cette idée qui est le BIEN le plus radicalement commun aux esprits LIBRES, et donc le noyau de la respublica d’uneSOCIÉTÉ LIBRE. Il serait donc particulièrement absurde que cette idée n’ait rien à voir avec la JUSTICE dans uneSOCIÉTÉ LIBRE.
 
Le questionnement à partir du BIEN permet seul de définir l’Homme et sa dignité avec une certaine rigueur. Tout ce qui vient d’être dit n’est pas d’emblée une démonstration de l’existence du SOUVERAIN BIEN. Mais c’est au moins une démonstration de la grandeur der l’Homme.
L’Homme est un animal qui vit par son action, agit par décisions, décide après interrogation, est un « Je » qui peut interroger radicalement à partir d’une idée absolue. On ne saurait voir le terme « ÊTRE LIBRE» plus clairement objectivé que dans le type de conduite qui vient d’être décrit.
 
C’est l’idée du BIEN qui permet de définir en quel sens la SOCIÉTÉ LIBRE (la RÉPUBLIQUE du BIEN) est à la fois laïque et religieuse. Tout être humain est, pour partie, un animal religieux puisqu’il a l’idée de ce qui est premier, radical, inconditionné, fondamental, absolu, etc. Mais une SOCIÉTÉ LIBRE est religieuse dans un sens plus précis. Elle se caractérise par une reconnaissance, partiellement rationnelle, de l’Homme comme l’animal pensant qui a cette idée transcendante – l’idée du BIEN – et qui apte à réfléchir radicalement, grâce à elle.
 
C’est pourquoi la négation de l’humanisme, celle de la métaphysique ou celle de la religion en général, ne sont guère compatibles avec la CULTURE fonctionnelle d’une CITÉ LIBRE. Cette compatibilité est cependant remise en cause par les esprits qui cultivent la LIBERTÉ pathologique. En effet dès que se produit un relâchement de la vie spirituelle par effacement du questionnement sur l’idée du BIEN, la conscience se reconstitue alors, absurdement contre laLIBERTÉ pratique qui,pourtant, la rend possible.
Les postmodernes ou les libertaires redoutent que l’idée du BIENne fasse le lit du totalitarisme. Ils fantasment ces relâchements qui s’opèrent dès que l’Homme cesse d’être une Question. Mais leur attitude changerait s’ils étaient conscients que dès que le questionnement se retend, l’idée du BIEN reparaît au sein de laLIBERTÉ qui questionne : le BIEN relativise les intérêtsfinis et les transforme trop pour se confondre avec eux. L’idée du BIENprépare ainsi une distinction précieuse entre le relatif et l’absolu, entre le temporel et le spirituel, fournissant un terrain commun et rationnel – mais non réducteur – entre les diverses croyances.
 
Refuser que le BIEN nous soit commun c’est, dans l’injustice fondamentale, détruire
radicalement une SOCIÉTÉ LIBRE. C’est refuser le questionnement commun et présager un monstrueux accaparement de pouvoir et d’argent, une mystification phénoménale au nom de ce que l’idéologie nomme DÉMOCRATIE et qu’une pensée classique désigne par « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ».
 
E/ ÉTUDE CRITIQUE DU JUSTE ET DE L’IMPARTIALITÉ
 
Le noyau central de la théorie postmoderne de la justice
 
La plus célèbre théorie postmoderne est celle du philosophe américain John Rawls[19]. Elle peut se résumer en trois points :
        Première prémisse : uneSOCIÉTÉ LIBREne peut avoir de doctrine commune au sujet du BIEN, ni métaphysique, ni morale. En effet, cette vérité du BIEN, serait intolérante, totalitaire, discriminante entre les « identités ». Il faut donc rester neutre entre les « conceptions du BIEN » (= neutralité axiologique), qu’on réputera purement privées et donc tolérer, en théorie ainsi que dans la pratique sociale, toutes les actions dont la tolérance pratique est impliquée par la neutralité axiologique.
        Seconde prémisse : on ne peut pas en rester là, autrement tout serait permis. Un principe objectif de limitation de l’arbitraire est donc nécessaire.
Ainsi faut-il, dans uneSOCIÉTÉ LIBRE, malgré la neutralité axiologique, une règle de justice, à la fois objective et non liée au BIEN, fournissant l’art de vivre en PAIX malgré les désaccords sur le BIEN.L’objectivité de cette règle de justice, ne doit donc pas, selon Rawls, dériver de l’objectivité de l’idée du BIEN ou de l’objectivité du Fondement (religion ou métaphysique)– celui-ci ne fût-il rien de plus qu’une Raison humaine transcendantale.
 
Le problème ainsi posé est-il soluble ? Rawls pense que oui, à partir de l’idée d’impartialité-neutralité qui devrait permettre d’identifier des règles vraiment objectives, au sens d’indépendantes de tout intérêt particulier, de tout favoritisme ou partialité, mais qui resteraient indépendantes de toute conception du BIEN. Pour remplacer l’indésirable culture substantielle de référence, potentiellement totalitaire, il existerait une procédure de référence, dite du « VOILE D’IGNORANCE », qui fournirait le moyen de déterminer une justice impartiale appropriée à une Cité LIBRE.
 
Description de la procédure dite « décision sous VOILE D’IGNORANCE ».Lorsqu’il faut décider (faire un choix public), la bonne méthode est de faire la LOI, en imaginant qu’on ne sait pas qui on est (individu sans identité). Car aussi égoïste et partial que puisse être cet individusans identité, il aura probablement peur de se faire tort en posant une LOI qui brimerait l’une ou l’autre des identités, celle qui pourrait bien s’avérer être la sienne en réalité.
En somme, Rawls essaye de former une idée de la JUSTICE qui aurait deux ensembles de caractéristiques normalement incompatibles :
        objective et transcendante, c’est-à-dire située au-dessus des individus, nullement sujette à leur arbitraire – comme les lois célestes de la malheureuse Antigone[20], ou la LOI naturelle d’Aristote[21].
        mais purement humaine et ne transcendant en rien les individus, pas même sous forme d’une Raison humaine transcendantale.
Cette solution vise à surmonter à la fois l’anarchie de l’état de nature, de type plutôt hobbésien, résultant du subjectivisme arbitraire, et le totalitarisme, censé résulter forcément de la reconnaissance publique d’une idée commune et substantielle du BIEN, de l’Homme, de Dieu, etc.
 
Le raisonnement de Rawls semble à première vue, mais à première vue seulement, être aussi facile que convaincant. Il appelle plusieurs observations critiques, car la LOI de PAIX, a peu de choses à voir avec la neutralié axiologique.
Avant de faire état des conséquences de cette théorie postmoderne de la JUSTICE, examinons d’abord les destinées de « l’individu sans identité» qu’elle implique.
 
De laTOLÉRANCE à l’INTOLÉRANCE
 
L’individu tolérant « sans identité » devient un individu doté d’une identité négative, adoptant le parti de la négation de tout et de l’affirmation du néant (intrinsèquement intolérant). Ainsi, en réalité, cet individu se dote d’une nouvelle identité substantielle (une conception particulière du BIEN et de l’Homme) à partir de ce qui devait n’être en théorie qu’une simple politique neutre.
L’individu méthodiquement sans identité devient de fait :
        un individu s’identifiant à une passion de ne pas avoir d’identité, ou, comme on ne peut pas en avoir la moindre à
        un individu s’identifiant à une sorte de haine des identités (la sienne propre surtout)qui s’opposent (réellement ou virtuellement) à sa nouvelle passion.
Ou encore, autre possibilité :
        un individu tenté de prendre n’importe quelle identité, sous condition que ce soit arbitrairement, sinon comment pourrait-il aimer cela ?
Ou encore, dernière possibilité :
        un individu rêvant d’avoir toutes les identités ensemble – ce qui est plus profond et sur quoi il nous faudra revenir.
 
Petit exercice édifiant : dans les formules précédentes, puisque rien ne s’oppose à la qualification de l’identité pour chacune des options, nous pouvons aboutir aux expressions suivantes : « identité philosophique »,« identité religieuse », « identité économique », « identité nationale », etc. Nous découvrons alors que la méthode de l’« individu sans identité » nous installe dans le système parfaitement défini de l’« identité négative », qui nie toutes les autres, et qui ne résout donc en rien le problème de laTOLÉRANCE, mais s’en sert pour imposer sa propreINTOLÉRANCE.
 
La théorie postmoderne finit ainsi par enfanter un système étouffant. L’individu méthodiquement sans identité devient (répétons-le) un individu avec identité systématiquement négativeet arbitraire. Prétendre que toute identité serait arbitraire ou subjective suffit, en effet, à définir une identité nouvelle, particulière et parfaitement distincte de toutes les autres. Chacun de nous en a les exemples sous les yeux. Et la preuve que cette identité prétend n’opprimer personne et que règne la LIBERTÉ et laTOLÉRANCE, c’est qu’il vaut mieux (dans certaines populations) ne pas trop la confronter à des antagonismes.
Ainsi se constitue, à côté des autres identités, une identité supplémentaire, passionnément nihiliste et transgressive, qui prend plaisir à humilier et bafouer ce que les autres identités considèrent comme sacré. – Et cette identité supplémentaire se constitue d’autant plus aisément, que seul un petit nombre d’esprits est capable de distinguer l’individu méthodiquement sans identité (selon la théorie) et (dans les faits), l’individu passsionnément sans identité.
 
Du pluralisme éthique à l’ordre moral à rebours
 
L’individu « sans identité », devenu individu à identité négative, se montre intolérant, culpabilise les autres, monopolise la légitimité, impose son pouvoir et règne dans l’imposture. Son identité nouvellement acquise se présente comme une impartialité-neutralité qui, dans le système de Rawls est la JUSTICE même la seule JUSTICE non totalitaire possible[22]. Par conséquent, voilà une identité particulière promue au rang de seule identité capable, et digne, de servir de fondement à la légitimité des pouvoirs, à la décision publique en DÉMOCRATIE.
Bien plus, comme aucune des autres n’est dans son cas, toutes ces autres sont exclues de l’espace public, au motif qu’elles y seraient nécessairement discriminatoires, si elles y étaient admises, en tant que principes de décision publique. Voici donc l’identité nihiliste, transgressive, renégate, etc. en position de culpabiliser toutes les autres, et de leur imposer silence, sans avoir à adopter elle-même la moindre réserve.
Ainsi, non seulement l’identité négative domine sans partage, mais encore sa domination est une continuelle imposture.
 
Comment l’identité négative discrimine en usant de l’arme de la non-discrimination ; et comment la marque de fabrique de son intolérance est l’hypocrisie. Elle appelle discrimination toute relativisation de sa propre identité et néanmoins relativise radicalement toutes les autres, pire les considère toutes comme discriminantes, potentiellement, elle seule ne l’étant pas, mais étant seule juste et impartiale, par définition.
Grâce à ce stratagème, cette identité transgressive et dominante pourra brimer toutes les autres identités au nom de la tolérance, les éliminer au nom du pluralisme et les tyranniser au nom de la DÉMOCRATIE. Cela est admirable comme un crime parfait. On n’aurait jamais cru que l’hypocrisie puisse aller jusqu’à faire que la vertu rende hommage au vice.
Si la méthode postmoderne conduit de fait le plus souvent à ce systèmeetsi elle vient à faire corps avec lui, elle n’est évidemment pas une procédure neutre, mais elle exprime et favorise outrageusement l’identité négative en question. Donc, sous le « VOILE D’IGNORANCE », un individu non manipulé et correctement informé des faits objectifs[23], commencerait par rejeter ce « VOILE D’IGNORANCE », comme un stratagème inventé par une identité négatrice en mal de domination par ruse, avec laquelle une personne de bonne foi aurait honte de s’identifier plus longtemps, si paf hasard c’eût été la sienne.
 
Comment sauver la théorie postmoderne de la justice et une fois sauvée sera-t-elle en mesure de déterminer une LOI impartiale ?
 
Cesser de discriminer sous-couvert de non-discrimination. Qui voudrait sauver la procédure et utiliser malgré tout le VOILE D’IGNORANCE, devrait commencer par inclure l’identité négatrice au nombre des identités entre lesquelles s’imposerait l’impartialité. Il faudrait, en outre, définir plus largement la discrimination en y incluant la « discrimination non négatrice » c’est-à-dire positive[24] ».
La mise en place de cette procédure a néanmoins un coût car on est amené à constater qu’elle permet de décider tout ou rien, ou n’importe quoi. Ce qui ramène à une situation purement antinomique qui ne permet de poser aucun principe de justice objectif, en aucun sens de ce mot, même procédural.  
 
D’une « théorie de la JUSTICE » à une « théorie rectrice de l’INJUSTICE »
 
Du fait que la théorie postmoderne de Rawls soitle reflet d’une mauvaise théorie de la JUSTICE, elle suggère, en réaction,une théorie rectrice de l’INJUSTICE des régimes postmodernes. Commençons par une image.
 
Qu’est-ce qu’une identité amnésique ? Supposons qu’on soit amnésique,sans avoir perdu ses autres moyens intellectuels et que cet état se prolonge indéfiniment. Sans perdre son identité, on en acquiert une nouvelle, celle d’un amnésique. Ainsi quand on a oublié son sexe, quel est son sexe ? Quand on a oublié son statut social, quel est son statut social ? etc. Si on s’installe à tout moment dans l’entre-deux, est-on vraiment nulle part, ou dans un nouveau lieu original ? Quel genre d’homme est-on et quelle « conception du BIEN » a-t-on quand on considère toute idée de l’homme et toute idée du BIEN comme possiblement arbitraires ? Si on s’installe indéfiniment dans cet état d’esprit, en quoi peut-on prétendre avoir moins d’identité et plusd’impartialité ? Ainsi se constitue l’identité négative qui élimine toutes les autres. Comment cela s’est-il produit ? à raison de quelle nécessité ?
 
Quels mécanismes de refoulement des identités substantielles sont-ils intervenus ?Comment définir cette « identité sans identité », sinon utiliser un artifice de méthode destiné à préciser, au sein d’une culture politique, une limite à l’arbitraire?
Force est de reconnaître loyalement qu’une poignée d’esprits d’élite parmi les postmodernes, dont Jürgen Habermas[25], et en un sens Rawls, sont parvenus à faire cette distinction.Mais l’expérience montre aussi qu’ils ne sont que des exceptions, sans aucune influence sur la pratique médiatique et politique de la « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ». Et qu’il en soit ainsi n’est pas surprenant, en raison des mécanismes suivants.
Premier mécanisme : de l’identité divisée à l’unité retrouvée par la conversion à l‘identité négative. Dans la théorie, le membre d’une SOCIÉTÉ LIBRE aura deux identités– une identité substantielle et privée, vécue en famille ou en communauté (religieuse, par exemple), et une identité formelle et publique. Or, la plupart des hommes ont beaucoup de mal à vivre en régime d’« identité divisée », selon l’expression de Samuel Huntington. Ils vont donc tendre à restaurer, d’une façon ou d’une autre, l’unité de leur personnalité. C’est pourquoi (faute d’une critique approfondie du stratagème) la plupart auront en pratique le choix entre deux options :
        soit devenir « extrémistes », « fondamentalistes », ou autre chose du même genre, c’st-à-dire jouer le rôle du méchant ;
        soit se soumettre et se conformer, d’une des deux façons suivantes :
– ou bien conserver dans le fond de son être une identité substantielle, mais en censurer l’expression publique, tolérant qu’elle soit rongée jusqu’à extinction par l’envahissement juridique continuel (notamment celui de la sphère familiale) au profit de l’identité négative.
– ou bien adopter franchement l’identité négative comme identité substantielle unique, en renonçant complètement à l’identité première – en quoi consiste le terme normal de l’évolution et peut être le but du stratagème.
 
Deuxième mécanisme : la pression du besoin d’une vie publique, et pas seulement d’une vie privée. La théorie suppose que l’identité substantielle conservée dans l’intimité du cœur, ou de la famille, reste la plus forte et demeure inchangée malgré cette division de la personnalité. Mais dans la pratique et les faits, il n’en est pas ainsi.
Avecson identité publique, il vit :
        dans la totalité du monde économique et politique :
        dans toutes les relations sociales susceptibles de faire l’objet d’une définition juridique.
Il ne lui reste, comme espace d’expression directe du sens de sa vie, que la famille et ses associations. Encore celui se trouve-t-il de plus en plus structuré par les images médiatiques et le juridisme qui entoure la vie maritale et parentale. Toutes les identités non négatives se trouvent marginalisées en mettant, pour ainsi dire, hors la loi l’idée qu’elles se font de ce qui restait leur seule sphère d’expression. Ainsi est-il mis fin peu à peu au compromis que Rawls voulait équitable. .
Cependant, aussi individualiste que puisse être une personne, elle conserve toujours dans le fond de sa conscience la notion de la dignité de l’ordre public. Comme le dit Aristote au début de son Éthique à Nicomaque, le BIEN commun est « plus beau et plus divin que le BIEN particulier. Ceci est vrai aussi d’un individualiste qui souhaite vivre dans une telle société dans les deux cas suivants :
        ou bien l’individu n’adopte pas comme identité substantielle, l’identité « amnésique » et, en ce cas, le BIEN commun auquel il participe, reste comme étranger (et cela de plus en plus) à sa vie la plus profonde ;
        ou bien, au contraire, il renonce à son identité positive et, en adoptant la négative, il retrouve un BIEN commun et une vie publique qui ont autant de sens que sa vie privée, et qui sont en cohérence avec elle.
Ainsi l’identité négative exerce-t-elle la même pression sur les autres identités que n’importe quelle religion d’État.
 
Troisième mécanisme : une identité digne de ce nom vise l’universel et en tire les conséquences pratiques. Or, être universel, c’est sans doute plus rationnel que d’être particulier. C’est probablement aussi plus moral – du moins ce jugement est-il très plausible. Donc, en devenant « amnésique », on accède, de quelque façon, à une sorte d’universel, fût-il au rabais, cette identité d’amnésique semble, malgré tout, meilleure que n’importe quelle autre.
En effet, dans son amnésie, on s’imagine tout non-amnésique comme un « idiot » (en grec, idion) qui vit enfermé dans sa mémoire singulière hors de l’universel. Et donc, si on ne veut surtout pas être un idiot, on ne souhaite pas avoir de religion particulière, ni de sexe particulier, ni de tradition particulière, ni de patrie particulière, etc.
On veut donc seulement être un pur individu qui n’est qu’un pur individu, absolu, au sens « délié de tout »quia toutes les patries et n’en a aucune, qui a tous les sexes et n’en a aucun, qui a toutes les religions et qui est athée, qui a toutes les traditions et n’en a aucune. Qui, en un mot, est un mélange (en proportions très variables) de génie universel et de pauvre type. Qu’il s’agisse là d’une identité nouvelle, substantielle, très nette, bien que variable dur un thème bien délimité, qu’on avait identifié comme « identité négative ».
 
L’action conjuguée de ces trois mécanismes aboutit ainsi à écraser toutes les identités substantielles au profit de l’identité négative nouvellement promue. Que devient alors le genre humain ?Un petit nombre de surhommes transgressifs, dans différents domaines qui tirent leur puissance de la véhémence de leur passion négative à laquelle rien ne résiste ; et un grand nombre de gens dont la résilience[26] et l’honneur collectif sont réduits, à néant parfois, par la culture d’impuissance, par la censure et l’amnésie obligatoire de leur identité substantielle. 
Et c’est pourquoi selon la logique de l’identité négative et sous le règne de la « justice » de l’individu soi-disant sans identité, se fait jour et s’installe un régime dans lequel une super-OLIGARCHIE mondiale de « surhommes » supposés, affirmant leur identité transgressive, faisant sentir leur POUVOIR à des milliards de gens interdits d’identité. C’est ce qu’on appelle, sans plaisanter, laDÉMOCRATIE.
 
Du LIBÉRALISME à l’AUTORITARISME
 
L’idéologie postmoderne (grâce notamment à sa doctrine injuste de la JUSTICE) transforme la SOCIÉTÉ LIBRE en SOCIÉTÉ AUTORITAIRE. En effet, la doctrine injuste de la JUSTICE se présente comme la meilleure garantie du LIBÉRALISME politique et donc du PLURALISME POLITIQUE raisonnable[27]. En théorie, les PEUPLES auront toujours le choix, grâce à cette doctrine, entre plusieurs partis concurrents et entre plusieurs politiques concurrentes.
Or, il s’agit encore là d’une mystification. En réalité, les PEUPLES LIBRES, progressivement formatés par l’idéologie, privés de classiques et de tradition, enfermés dans la bulle de la « Matrice », enfumés par le stratagème de la« doctrine de la JUSTICE » observent avec effarement, qu’ils n’ont plus le choix, aux élections, qu’entre des clones, réputés différents d’une seule et même politique, uniformément OLIGARCHIQUE, antisociale,antipopulaire, antinationale, intolérante et antidémocratique – de plus sans aucun principe de moralité naturelle, et néanmoins moralisatrice, inhibitrice et culpabilisatrice.
 
La privation du BIEN conduiten réalité à imposer une seule et même politique idéologique de privatisation universelle à l’univers entier. En effet, le concept de BIEN est pour chacun d’entre nous le critère suprême impliqué dans toutes nos décisions, dans tous nos jugements pratiques. Or, la doctrine injuste de la JUSTICE procède à la privatisation de ce concept. Elle pose comme critère unique, commun et public, c’est-à-die comme idée commune du BIEN, cette privatisation même. Or, le contenu d’une politique unique de privatisation intégrale est évidemment préformé en totalité dans le critère du BIEN ainsi privatisé.
En effet, si le principe (le BIEN) est radicalement privé, toute application donc toute action, sera privé ; ainsi, la seule chose commune sera le principe du tout privé.
La doctrine représente donc comme seul juste le monde où se réalisera une privatisation universelle – autrement dit un monde à l’économie ultra libérale qui coupe à la racine la notion même de POUVOIR. Le politique étant vidé de son sens par l’absence de BIEN commun, il ne reste que la puissance économique la moins concrète et commune qui soit – la finance – sous le parapluie de l’idéologie et de son Léviathan médiatique. Ainsi est imposée en douceur au genre humain la « RÉPUBLIQUE sans DÉMOCRATIE ».
Le politique est ainsi rendu nécessairement impuissant face au chaos et face aux excès de l’OLIGARCHIE. Dans un tel cadre libéral idéologique et quand être élu coûte un ou deux millions de dollars, ce qu’on appelle encore DÉMOCRATIE ne fonctionne plus que comme une technique de domination OLIGARCHIQUE. L’OLIGARCHIE est impériale, moins par goût de l’empire, peut-être, que par simple passion OLIGARCHIQUE. Il lui faut s’imposer via la destruction des pouvoirs politiques nationaux, qui sont le seul niveau où pourraient être défendus les intérêts des PEUPLES :SOLIDARITÉ sociale et développement économique local.
La privatisation du BIEN fait du MARCHÉ le plus égoïste qui soit, le seul BIEN commun humain admissible ; et elle diabolise sous des qualificatifs infamants toutes les réformes équitables, toutes les mesures sensées qui pourraient être prises pour limiter cette fourbe DICTATURE.
 
En conclusion de cette présentation synthétique de  « La force de la LIBERTÉ »,nous rapportons ici la déclaration que son auteur, Henri Hude, a faite en note de bas de page, au sujet de son vécu en tant qu’élève puis d’enseignant aux États-Unis ; elle est de nature à nous bien faire comprendrela qualité de la culture qu’il y a rencontrée et qui résonne comme un modèle de « culture de LIBERTÉ »  :« La première fois que j’ai lu attentivement John Rawls, et que j’ai fait cours sur lui, j’ai cru retrouver (peut-être plus qu’il n’aurait fallu), l’image de l’Amérique que j’avais aimée, ou rêvée, dans ma jeunesse, lors d’études aux États-Unis – celle d’une société LIBRE, dotée d’une culture politique non idéologique, permettant de se respecter mutuellement, mais sans communier dans un scepticisme de salon ; une culture atteignant par une voie originale à l’idée classique d’« égalité proportionnelle » et donnant l’idée de la structure de la JUSTICE ; une culture politique universaliste mais qui reste celle d’une Nation particulière ; une culture capable d’inspirer un RÉGIME MIXTE, à la fois RÉPUBLIQUE et DÉMOCRATIE; une culture taillée pour un PEUPLE d’élite ;une culture capable aussi d’articuler l’action d’une pluralité de cultures sincères et honnêtes, tendant toutes vers le BIEN, vécues en famille et en communauté ; une culture où l’économie restait elle aussi encore largement constituée de small businesses, industrieux, modernes et dynamiques, encore familiaux et locaux ; une culture animée par un esprit créatif, patriotique et solidaire ; une culture où la famille était reconnue comme un lieu précieux de gratuité, transcendant largement la poursuite de l’intérêt personnel. En un mot, la culture politique qui a fait la grandeur des États-Unis d’Amérique et leur a donné leur aura. Une culture politique, aussi, qui tend à s’effacer et dont l’effacement coïncide pour eux avec un temps d’idéologie, de démesure et de déclin relatif ».
 


[1]ECONOMICA ,fé»vrier 2013
[2] Qui est libre ? de quoi ? par rapport à qui ?, trois questions qui se trouvent déjà dans le droit romain et que l’on rencontre chez John Rawls, A theory of Justice (1971).
[3] Georges Burdeau, Le libéralisme, Seuil, 1979, p.228.
[4] L’objet de la liberté notée LX enveloppe le droit de ne pas se voir imposer les devoirs corrélatifs de la liberté Ly, qui supprimeraient LX.
[5] La liberté LX enveloppe donc l’irrespect d’un possible exercice de LY, l’intolérance aux effets de LY et le refus de la solidarité avec son exercice. En d’autres termes, tout droit suppose bien, comme déjà noté, un refus aussi bien qu’un non refus, de respect, de tolérance, et de solidarité.
[6]Apel, Ethique de la discussion, Le Cerf, 1994. Jürgen Habermas, De l’éthique de la discussion, Flammarion, 1999.
[7] John Stuart Mill, L’Utilitarisme, chap. 5.
[8] Les explicitations métaphysiques de la loi naturelle, tout comme notre connaissance de celle-ci, relèvent de l’anthropologie philosophique.
[9] Baltasar Gracian, Acte de prudence,l’Art de la prudence, trad. par Amekot de la Houssaye Rivages, 1994. Cet « art » sait inclure dans notre intérêt propre l’intérêt d’autrui, l’équilibre entre ces intérêts, et aussi leur compatibilité, ensemble, avec l’intérêt général des touts plus vastes au sein desquels nous passons accord.
[10] Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre VIII, chap. 1.
[11] Henri Bergson, Les deux sources de la morale et de la religion, chap. 1, édition du Centenaire, p. 1043-1047.
[12] L’ordre, c’est 1° la pluralité d’individus, de familles, de sous-groupes organisée sous des lois ; 2° la constitution et le fonctionnement du corps ainsi organisé, et qui permet la survie du corps, en tant que corps. De l’ordre résulte la survie des individus, des sous-groupes, l’existence et la conservation de leurs droits.
[13] « Justum ac tenacem propositi virum », Horace, Odes, III, 3.
[14] « La guerre est l’art de garder sa liberté », Ferdinand Foch, Principes de la guerre, chap. 4, p. 214, citant Xénophon, dans Œuvres complètes, Préface du Général Vincent Desportes, Economica, 2008.
[15] La tradition nomme respectivement ces trois dimensions de la justice : légale (Etat), commutative (marché) et distributive (solidarité). Aristote, Ethique à Nicomaque, Livre 5.
[16] Et par suite aussi pour le bien de chacun de ses membres, qui ne subsiste pas sans le Corps.
[17] Scellant une union comme celle « de la carpe et du lapin ».
[18] Platon, Phèdre, 263 a.
[19] John Rawls, A theory of Justice (1971) Harvard University Press édi. 2000. Rawls était personnellement honnête et trop lié à la culture substantielle américaine, pour imaginer à quoi pouvait aboutir son système, une fois cette culture trop décapée et son propre système extrait du contexte où il avait trouvé naissance. 
[20] Sophocle, Antigone, vers 450-460.
[21] Aristote, Rhétorique, Livre I, chap. 13.
[22] H. Hude a précisé dans Prolégomènes, (p.152) le Fondement du système : «  Il [Rawls]va donc essayer de se tirer du mieux possible de cette situation délicate puisqu’il veut préserver en tout état de cause une priorité du JUSTE sur le BIEN (mais sans avouer que ceci est équivalent à poser une supériorité de son BIEN sur celui des autres). La force de son argumentation est d’essayer de mettre en avant un pseudo-scepticisme tolérant, et de dissimuler (sans doute involontairement), le fond métaphysique et religieux de sa position. Laissons ici de côté les légalismes monothéistes où l’on trouve en effet une primauté de l’obéissance à la LOI – et donc de la JUSTICE – sur toute autre valeur morale, celles de la philia et de l’amour. Car, ces monothéismes s’inscrivent cependant au sein d’une doctrine du BIEN comme religion et du BIEN comme DIEU : ils ne satisfont donc qu’imparfaitement à la requête rawlsienne de la supériorité de  JUSTICE sur le BIEN ».
[23] Car, dans la doctrine de Rawls, l’ignorance sous le voile n’est pas entière. Elle concerne seulement les faits de l’identité singulière, l’information particulière concernant les sujets eux-mêmes, mais ne concerne pas les vérités générales. A ce sujet, Rawls ne dit pas pourquoi la connaissance du BIEN de l’homme en général, et du BIEN en général (qui, après tout, pourrait être un genre d ‘information générale) devrait ne pas faire partie de l’information générale accessible à l’être humain.
[24]Par la discrimination positive, on montre que l’on ne discrimine pas alors qu’on aurait sans doute lieu de le faire. Elle permet, au libre choix, de mieux traiter une catégorie donnée de la population, estimée être systématiquement lésée de par certaines de ses caractéristiques propres.
 
[25] Pour eux, la culture libérale postmoderne doit rester exclusivement politique et ne peut pas devenir une vision du monde qui se placerait au-dessus des autres et les remplacerait. Et même, quand elle en deviendrait une, elle devrait alors se comprendre, en tant que telle, comme aussi relative que les autres. Elle devrait donc dialoguer avec les autres, en particulier avec les religions. Et la culture politique libérale postmoderne elle-même devrait se nourrir d’un tel dialogue. Cf Habermas, Entre naturalisme et religion,Les défis de la DÉMOCRATIE, Gallimard 2008, Partie II , chap. 2 et 3, p. 201-211.
Habermas (210) loue Rawls d’être allé plus profond sur ce sujet dans PoliticalLiberalism. Edit. française, PUF Quadrige, déc.2005.
[26] H. Hude pour, comprendre concrètement la résilience recommande la lecture de Les blessures psychiques en dix questions, Médecin chef Yann Andruétan, ECONOMICA, 2013.
[27] J. Rawls, PoliticalLiberalism, Ière Partie, Leçon 1 §6 ; leçon 4 §1, etc.




Date de création : 11/03/2014 @ 19:04
Dernière modification : 11/03/2014 @ 19:43
Catégorie : Sciences politiques
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