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Synthèses - Pensée américaine (1)




LA PENSÉE AMÉRICAINE (1)
 
La pensée occidentale est l'expression d'une civilisation particulière, c'est-à- dire de l'ensemble des pratiques et des principes nés des solutions aux pro­blèmes spécifiques de la réalité grecque. En ce sens, comme il y a eu une pensée grecque, il y a une pensée américaine[1]. Dans la pratique, la pensée américaine est liée, dans l'esprit de beaucoup, au mercantilisme et au succès dans les affaires. C'est la « grande calomnie » qu’a dé­noncée Jacques Maritain. Personne, en effet, ne s'est dressé avec autant de force contre la  « déesse-chienne, la Réussite » que deux des plus éminents philosophes américains, pragmatistes de surcroît, William James et John Dewey. La pensée américaine est en fait l'expression de la civilisation américaine, scientifique et démocratique.
 
La philosophie américaine
Globalement, elle s'est consti­tuée contre l'Europe, et plus précisément contre Descartes, danslesensmêmeDescartesélaborasaproprephilosophieenrenon­çant à la scolastique, incapable, selon lui, de fournir des solutions aux problèmes du monde moderne.
La philosophie américaine se caractérise par une réalisation étagée sur trois périodes :  
        La période européenne (1620-1865)
        L’âge d’or de la philosophie américaine (1865-1930)
–    Le retour de l’Europe (1930-1965)
 
1/ LA PÉRIODE EUROPÉENNE
 
Lorsque les calvinistes puritains, ayant quitté l'An­gleterre pour échapper aux persécutions de Jacques Ier, s'embarquent sur le May­flower, c'est moins pour fuir l'Europe que pour la recréer dans le Nouveau Monde, plus sainte, plus pure, plus prospère aussi. Mais dès qu'ils touchent la terre promise, ils ont à affronter des problèmes qui sont déjà, à la lettre, américains ; et ceux-ci ne font que se multiplier au fur et à mesure que la colonie s'étend et s'organise. Cer­tains mettent même en question son exis­tence, quand elle se sépare de l’Angleterre d’abord, quand elle se divise ensuite en factions hostiles avant de se retrouver enfin elle-même et autre dans les États-Unis.
 
Pendant toute cette période, si les pro­blèmes sont américains, les solutions sont européennes
 
Première question américaine
La terre pro­mise est occupée par des Indiens ; comment concilier l'appel de Dieu et ses comman­dements : « Tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas »? C'est de Locke que les Pères Pèlerins recevront la réponse à celle-ci : « La vérité et la fidélité à la parole donnée, dit Locke, sont des devoirs de l'homme en tant qu'homme et non en tant que membre d'une société. »
Les passagers du Mayflower apparte­naient à l'élite commerçante de l'Angle­terre. Cultivés, leur premier soin fut d’ou­vrir des écoles ; et, six ans à peine après leur installation à Boston, ils fondaient en 1636 le collège qui devait devenir l'Université Harvard. Mais ses maitres à penser furent anglais : LOCKE, puis HUME, dont l'empirisme matérialiste, vite dénoncé, fut contrebalancé par la philosophie écos­saise, plus conforme aux intentions religieuses des fondateurs.
 
Deux autres questions, fort différentes l'une de l'autre, se sont posées :
–   l'autoritarisme des membres direc­teurs des Eglises de la Nouvelle-Angleterre ;
–   le mercantilisme anglais.
Elles aussi ont trouvé leur solution en Europe, tout en donnant à l'Amé­rique, sinon une pensée, du moins une voix. La double révolte de l'âge des Lumières contre le puritanisme et l'Angleterre se trouva justifiée par le Contrat social de Rousseau et le Traité de Locke ; par eux, l'Amérique avait acquis une âme et était devenue une nation. Ses hérauts restent John Adams, Benjamin Franklin, Thomas Jefferson, James Madison et Thomas Paine.
Dans les universités qui se sont multipliées, aux côtés des Écossais, les professeurs ont rangé Kant.
 
Dernière grande question américaine, celle de l'esclavage
C’est à celle-ci que les phi­losophes ont apporté une solution euro­péenne. Le pays était divisé en Sudistes esclavagistes et en Nordistes abolitionnistes. Les Ecritures donnaient raison aux uns et aux autres. C'est aux Etats de la frontière qu'il revint de trouver dans la philosophie de HEGEL la solution théorique au problème de l'union. William T. HARRIS prophétise l'« union triomphante » du « droit abs­trait » (le Sud) et de la « moralité abstraite » (le Nord) dans l'« État éthique » (les États-Unis d'Amérique).
 
Deux philosophes américains ont émergé durant cette période
Jonathan EDWARDS (1703-1758), le premier d’entre eux
C’est lui le grand philosophe de cette première période qui réconcilia Locke et Berkeley, la science newtonienne et le puritanisme. Ce fut encore lui qui dénonçât le dualisme cartésien,« L'espace est Dieu »,soutint-ilavecNewton;l'universest« dans l'esprit divin ».
 
Ralph Waldo EMERSON (1803-1882), le second
C’est lui qui, au transcendantalisme européen de la raison, opposa un transcendantalisme du sentiment typiquement américain.
 
2/ L'ÂGE D’OR DE LA PHILOSOPHIE AMÉRICAINE
 
Pragmatisme et évolutionnisme
La guerre de Sécession, en donnant rai­son aux hégéliens de Saint-Louis, permit à l'Amérique de se passer de l'Europe. Certes, G. S. Hall put encore écrire, en 1879, que      « les philosophes en Amérique sont aussi rares que les serpents en Nor­vège » ; il est vrai aussi que c'est encore dans les universités européennes, alle­mandes surtout, que se forma alors l'élite américaine ; mais la première université laïque américaine, l'Université Johns- Hopkins de Baltimore. ouvrit ses portes en 1876, et depuis quelques années déjà des savants et des hommes de loi se réunis­saient à Cambridge (Massachussets) autour de C. S. PEIRCE et de William JAMES. et jetaient les bases de ce qui deviendra le premier grand mouvement philo­sophique authentiquement américain, le pragmatisme[2]. Bientôt. John DEWEY donna naissance à ce qu'on appelle l'école de Chicago, dont fait partie George El MEAD (1863-1931) et d'où dérive la version instrumentaliste du pragmatisme, tout en posant les bases de la pédagogie moderne à l'école-laboratoire.
 
a)      De 1910 à 1925, deux autres mouvements apparaissent et se développent aux Etats- Unis : le néo-réalisme de R. B. Perry (1876-1957) et de deux confrères[3], et le réalisme critique de George Santayana (1863-1952) et de deux autres philosophes[4].
b)      De 1925 à la Seconde Guerre mondiale, la plupart des philosophes américains défendent une version moderne du natura­lisme.
 
L’idéalisme américain
Aux côtés de ces grands mouve­ments, pour ainsi dire parallèlement à eux, un idéalisme américain se maintient pendant toute celte période. D'inspiration religieuse, il est :
        pragmatiste avec Josiah Royce (1855-1916),
        naturaliste avec J. F. Leconte et deux confrères[5],
        personnaliste avec G. H. Howison, et trois autres confrères[6].
 
L'originalité et la relative unité de la philosophie américaine sont à chercher dans les circonstances de son apparition
Lorsque s'achève la guerre de Sécession et que l'Amérique est libre enfin d'exploiter ses richesses à des fins constructives, le développement de la science expérimentale vient à point faciliter son essor industriel. Au moment où elle se détourne résolument du vieux monde, Darwin lui apporte le nouvel évangile de l'évolution. La con­jonction de la méthode expérimentale et de la théorie évolutionniste conduit tout naturellement les penseurs améri­cains à formuler le principe d'une nouvelle philosophie « Considérer les effets pra­tiques que nous pensons pouvoir être pro­duits par l'objet de notre conception. La conception de tous ces effets est la concep­tion complète de l'objet. » Ce principe pragmatiste, que PEIRCE énonça le premier, ne signifie pas, comme on a voulu lui faire dire, que seul l'utile est vrai. Il dit simplement ce que tout homme de science admet, à savoir que toute idée ou hypo­thèse est à vérifier, que la vérité de l'idée est dans sa mise à l'épreuve. La vérité n'est plus l'adéquation de l'idée et de la chose hors du temps, ou de l'idée et d'un fait historiquement donné dans le passé : la vérité évolue, comme le veut le darwi­nisme, avec les choses, elle est tout entière tournée vers l'avenir. Point n'est besoin d'être pragmatiste pour soutenir ce prin­cipe de l'action ou de l'expérience, il suffit d'être de son temps ; et un idéaliste comme ROYCE définit l'idée, de même que I'instrumentaliste DEWEY, comme un « plan d’action ».
 
Rejet de l'idéalisme européen
Les conséquences de ce principe sont importantes et suffisent à caractériser non seulement le pragmatisme, mais toute la philosophie américaine par opposition à la philosophie européenne.
 – La connaissance est toujours médiate : une connaissance intuitive est une contra­diction dans les termes.
– Ce qui est connu ne peut jamais être un élément, mais un ensemble, une « si­tuation » (Dewey), des « relations » (les néo-réalistes), des « structures » (les réa­listes critiques et M. R. Cohen). Le plu­ralisme de beaucoup d'idéalistes rejoint cette position.
Cet ensemble, mobile, est temporel. Il ne peut être substantiel : il est « événe­ment » (Dewey), « paquets d'habitudes » (Peirce), « niveaux » (Sellars).
JAMESse demandant si la conscience existe, trouve le moi éclaté en moi matériel, moi spi­rituel, moi social, pur ego.
DEWEY se posant la même ques­tion, ne découvre qu'un seul moi, le moi social, l'individu n'étant qu'une abstrac­tion.
MEAD en fait l’« autre » généralisé, assumé par le « je ». C'est en définitive le « je » concret, actif et créateur, la « personne », qui est la seule réalité humaine pour tous les philosophes américains, des naturalistes aux idéalistes.
– Pour tous également, la liberté de l'homme est un fait que tout proclame, de sa nature d'événement à son pouvoir créateur lié à la conception de l'idéal comme plan d'action. Ce qui conduit tous les philosophes américains à prôner la démocratie comme système politique idéal, puisqu'elle est « la reconstruction continue de l'expérience » (Dewey).
Cette philosophie est anticartésienne parce qu'elle substitue l'action à l'analyse, le doute réel au doute méthodique, l'unité au dualisme. En refusant Descartes, c'est tout l'idéalisme européen qu'elle rejette de Berkeley à Hegel, cet idéalisme que dénonce avec vigueur R. B. PERRY dans Le Prédicament égocentrique, cet idéalisme qui fait de sa faiblesse (l'incapacité de penser sans le « je ») une force, l'affirmation de l'omniprésence et de l'omniscience du « je » – et de l'esprit (cogito, ergo sum).
 C'est pourquoi le néo-réalisme soutient la thèse de l'extériorité objective des relations. La relation des choses à l'esprit n'est pas une relation privilégiée ; elle est une relation comme une autre, celle d'une chose avec une chose. Les idées ne sont pas des images ou représentations. mais des présentations directes de la réalité. Le phi­losophe écossais Thomas REID avait sou­tenu le premier ce genre de réalisme naïf ou présentatif.
À JAMES, les néo-réalistes empruntent une autre de leurs théories le « monisme neutre ». L'esprit et la matière sont indifférenciés ; ils sont faits d'une même réalité ultime neutre, ni esprit ni matière, mais susceptible de se présenter tantôt comme l'un tantôt comme l'autre.
Le problème de l'erreur prouve cepen­dant que la relation des choses avec l'es­prit est partiellement interne ou subjective. C'est pour rendre compte de l'erreur que le mouvement réaliste critique se constitua. Au présentativisme naïf, il opposa une critique épistémologique, au monisme le dualisme.
Pour la plupart naturalistes, les réalistes critiques parvinrent difficilement à concilier leur dualisme épistémologique avec une conception de l'homme en continuité avec la nature, dans la nature, corps et esprit.
F. C. S. SCHILLER défendit en Angleterre une forme du pragmatisme sous le nom d'humanisme.
B. RUSSELL proposa une théorie des relations externes que l'on peut qualifier de néo-réaliste. Mais il s'agit dans les deux cas de rencontre plus que d'identité de points de vue. En fait, le pragmatisme de SCHILLER n'est pas « scien­tifique », comme l'est, dans son principe, le pragmatisme américain ; et le néo-réa­lisme de RUSSEL est « atomiste », alors que le néo-réalisme américain est, pour reprendre un terme de Russell, « holisle » ou, si l'on veut, « totalitaire ». C'est pour la même raison de différence d'environne­ment mental qu'émigré en Europe SANTAYANA demeure américain et que WHITEHEAD s'installant en Amérique à l'âge de soixante-trois ans et bien qu'y élaborant toute sa philosophie, reste anglais, en dépit de l'influence qu'il exerça sur toute une section de la nouvelle philosophie améri­caine.
.
3/ RETOUR DE L’EUROPE
 
La troisième étape de la philosophie américaine se caractérise par l'introduction aux Etats-Unis de nouvelles philosophies européennes : le positivisme logique, d’une part, l'ana­lyse linguistique et l'existentialisme, d’autre part.
a) Le positivisme logique pénétra en Amérique dans les années trente avec l'arrivée de quelques-uns des membres les plus impor­tants du cercle de Vienne, chassés par la montée du nazisme : R. Carnap et trois autres confrères[7].
b) L'analyse linguistique et l'existentialisme se répandirent au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la première parmi les philosophes surtout, le second chez les théologiens – dont le plus célèbre est Paul TILLICH (1888-1965) – , exception faite pour le philosophe John WILD, plus proche cependant de Husserl que de Kierkegaard.
La phénoménologie husserlienne possède en Marvin FARBER un défenseur remar­quable qui, avec WILD, a œuvré pour donner une nouvelle présence à la méta­physique en Amérique. Ils ont enseigné tous deux à Yale, que la métaphysique ne disserta jamais grâce, en partie, à deux philosophes qui l'illustrèrent : W. M. Urban et Brand Blan­shard[8].
Le positivisme logique et l'analyse lin­guistique dérivent tous deux, indirecte­ment pour le premier, directement pour le second, des écrits de Ludwig WITTGENSTEIN : le positivisme logique du Tractatus logico-philosophicus (1921) et l'analyse lin­guistique des Investigations philosophiques.
 
Si le positivisme logique n'existe plus aujourd'hui comme mouvement, l'esprit de ses thèses est toujours vivant
Il l’est non seu­lement dans l'analyse linguistique, mais encore dans la philosophie des sciences et dans la philosophie de la logique symbo­lique. Ses thèses sont les suivantes :
– Le principe de vérifiabilité : l'observa­tion sensorielle est le critère de toute vérité. Les énoncés de ces observations sont des « protocoles » (Neurath).
–   Les propositions des mathématiques et de la logique sont tautologiques : elles ne disent rien du monde réel.
– La philosophie est une activité et non une science : la métaphysique ne peut donc énoncer que des non-sens.
À la première thèse, on peut rattacher tout le mouvement épistémologique, dit opérationnalisme, dont le représentant le plus connu est P. W. Bridgman.
À la deuxième thèse, on peut rattacher la philosophie de la logique représentée par W. V. Quine et Alonzo Church.
À ces deux thèses, des logiciens comme E. Nagel donnent un sens réaliste[9], alors que d'autres comme V. F. Lenzen[10], inter­prétant la première à la lumière de la seconde, insistent sur le caractère déductif de la science.
La troisième thèse est reprise par l'analyse linguistique, dont l'un des défenseurs le plus brillant et le plus profond est Wilfrid Sellars ; l'analyse linguistique soutient en effet qu'on ne peut découvrir le sens d'un concept que dans l'usage linguistique qu'on en fait.
 
Le pragmatisme disait sensiblement la même chose
C’est pourquoi l'on comprend que l'Amé­rique pragmatiste ait fait bon accueil au positivisme logique et à la philosophie analytique.
Le pragmatisme a survécu à ses fonda­teurs. Comme le néo-réalisme de Perry prolongeait l'empirisme radical de Jantes, C. I. Lewis (1883-1947) et C. W. Morris continuèrent Peirce en logique ; et Sidney Hook poursuivit l'œuvre politique et sociale de Dewey, qu'il associait à ce pragmatiste méconnu en Amérique, Karl Marx.
 
La théorie émotiviste soutenue par l’Amérique
De toutes les objections contre le positivisme logique, celle qui contribua le plus à détourner les philosophes de ce dernier sous sa forme stricte est celle qui vise l'application des thèses positivistes à la morale, à savoir la théorie émotiviste que soutient en Amérique un philosophe non positiviste, C. L.STEVENSON. La thèse de Stevenson est que les propositions morales n'ont pas plus de sens que les propositions métaphysiques : elles expriment l'approbation ou la désapprobation subjective de celui qui les énonce. « C'est bien » revient à dire : « J'aime ça, aimez-le. » Stevenson reconnaît qu'une proposition morale peut contenir un énoncé factuel dans certains cas, mais cela n'affecte pas la théorie émotiviste. « X a mal fait de voler » se décompose en « X a volé » (énoncé factuel) et « Je n'aime pas ça » (expression d'une attitude subjective).
 
L'Europe a donc produit des philosophies que la civilisation américaine a pu reconnaître pour siennes
Y compris la théorie nativiste, laquelle fut défendue en Angleterre par A. J. AYER. Ce retour au vieux continent n'a été possible que parce que celui-ci est devenu américain ou, plus exactement, parce que les conditions du développement de la philosophie américaine se sont réalisées en Europe. La méthode expérimentale de penser dans les laboratoires s'est substituée à l'art de la pensée contemplative enseigné dans les séminaires. Toute la philosophie européenne ne s'est pas rendue au pragmatisme scientifique, mais la définition de l'idée par l'usage est aujourd'hui courante en Angleterre, et la mise en question de la transcendance de l'ego n'est plus seulement le fait de Jantes et de Dewey. G. Ryle en Angleterre comme Sartre et Foucault dans la France de la philosophie de l'esprit y ont été amenés indépendamment les uns des autres. Ce qui prouve peut-être que la réaction antipragmatiste de l'Europe du début du siècle était affective et non rationnelle, et que ce que l'on rejetait était une civilisation que l'on n'aimait pas et non des arguments dont on pouvait démontrer qu'ils étaient fallacieux. L'Europe se détourne de Descartes.
 
La pensée américaine doit tout, en somme, à la science
Elle lui doit :
        sa méthode expérimentale et son esprit de recherche et d’ouverture,
        sa rigueur et sa cohérence,
        son unité et sa diversité,
        sa foi dans l’ordre et la liberté, expression de la seule vraie démocratie, celle de la république des savants et des philosophes.  
On conçoit que l’on puisse faire sienne sa philosophie et respecter la civilisation qui l’a produite. « Je n’ai jamais rencontré, déclare le thomiste J. Maritain, un vrai contemplatif, une véritable âme de grâce, un homme authentiquement instruit des voies de l’Esprit qui, connaissant l’Amérique en réalité et par son expérience personnelle, n’éprouve pour elle un amour où se trouve engagé son amour même pour l’humanité. »


[1] L’essentiel des indications qui vont suivre résulte des études de G. Deledalle, maître de conférences à la Faculté des lettres de Tunis.
[2] Voir le chapitre qui lui est spécialement consacré.
[3] W. P. Montagne (1873-1953) et E. B. Holt (1873-1946).
[4]  A. O. Lovejoy (1873-1962) et R. W. Sel­lars (né en 1880).
[5] J. E. Boodin et J. E. Creighton.
[6] B. P. Bowne, F. S. firightman et W. E. }locking.
[7]  F. Wais­mann, Otto Neurath, K. Godel et H. Feigl.
[8] Il faut citer parmi les métaphysiciens indépendants : les néo-classiques C. Hartshorne et Paul Weiss, éditeurs des Collected Papers de Peirce et lecteurs de Whitehead, C. J. Ducasse, qui expose une métaphysique expé­rimentale, et J. H. Randall junior, dont le « réalisme fonctionnel » unit Aristote, Dewey et son maitre à Columbia, le réaliste F. J. E. Woodbridge.
[9] (The Structure of Science, 1961).
[10] (The Nature of Physical Theory, 1931)



Date de création : 27/03/2012 @ 18:25
Dernière modification : 27/03/2012 @ 18:31
Catégorie : Synthèses
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