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Théologie 2 - Christologie 2
CHRISTOLOGIE 2
 
COMMENTAIRES SUR MATTHIEU
 
– Commentaire par Hilaire (2ème Partie)
– Commentaire par Origène
 
COMMENTAIRE PAR HILAIRE (2ème Partie)
 
Alors apparaîtradansle ciellesignedu Fils del'homme;alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine ; et elles verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel dans la plénitude de la puissance et de la gloire (Matthieu, 24,30).
 
Les ouvriers de la onzième heure [20,1-16]
 
Le royaume des cieux est semblable à un maître de maison quisortit [sur la place] au début de la matinée louer des ouvriers pour sa vigne. Il convient avec les ouvriers d'un denier pour la journée et les envoya à sa vigne.
La parabole tout entière est claire d'elle-même, mais il faut marquer la différence des personnes et distinguer les circonstances. Ce maître de maison doit être considéré comme notre Seigneur Jésus-Christ qui, ayant le souci de tout le genre humain, a convié à chaque époque tous les hommes à la culture de la Loi. Par la vigne, nous entendons l'exécution de la Loi elle-même qui est obéissance, par le denier, la récompense de l'obéissance elle-même. La place est mise pour le siècle, comme la chose elle-même nous le suggère, place toujours agitée indistinctement par le tumulte des hommes, le heurt des calomnies, et le conflit des intérêts opposés[i].
 
Sorti vers la troisième heure, il en vit d'autres qui se tenaient sur la place, sans travail et il leur dit : "Allez vous aussi à ma vigne et je vous donnerai ce qui est juste". Ils y allèrent. Sorti de nouveau vers la sixième heure, puis vers la neuvième, il fit de même.   
Dans la première heure, déduite de l'indication du matin, il faut reconnaître l'époque du testament fixé au moment de Noé, dans la troisième heure celui du temps d'Abraham, dans la sixième celui du temps de Moïse, dans la neuvième celui du temps de David et des prophètes[ii]. On trouve en effet qu'ils ont successivement institué pour le genre humain autant de testaments que l'on compte de sorties sur la place.
 
Vers la onzième heure, il sortit encore, en trouva d'autres qui se tenaient là. Dans la onzième heure le Seigneur indique le temps de son avènement dans la chair, car le calcul de la date de naissance du sein de Marie, à partir du nombre total fixé pour la durée du monde présent, s'accorde avec celui de la onzième heure du jour. En effet, la base de la division, dans le total de six mille ans,
étant le nombre de cinq cents, la date de l'avènement corporel du Seigneur est donnée par le onzième multiple de la base de toute la division[iii].
 
Il leur dit : "Pourquoi êtes-vous restés là tout le jour sans travail? C'est que, lui disent-ils personne ne nous a embauchés".Il leur dit: "Allez, vous aussi, à ma vigne".
Les paroles adressées aux ouvriers de la onzième heure ont certes quelque chose de spécial. Aux premiers et aussi aux autres on a dit : Allez à la vigne ; avec le premier cependant on a convenu que le salaire serait d'un denier, car aux autres on n'a promis que l'espoir d'une juste rémunération et aux derniers on dit : Pourquoi êtes-vous là?, parce que même si la Loi avit été faite pour Israël, l'attention aux païens n'était pas exclue de la Loi. Ils répondirent : Personne ne nous a embauchés. L'Evangile était destiné à être prêché par toute la terre et les païens à être sauvés par la justification de la foi.  
 
Le soir venu, le maître de la vigne dit à son intendant : "Appelle les ouvriers et remets à chacun son salaire, en commençant par les derniers pour finir par les premiers". Ceux de la onzième heure vinrent donc et reçurent chacun un denier. Les premiers venant à leur tour, pensèrent qu'ils allaient recevoir davantage ; mais ils reçurenteux aussi chacun un denier.Enlerecevant,ilsmurmuraient contre le maître de maison : "Ces derniers venus disaient-ils, n'ont travaillé qu'une heure, et tu les traites comme nous, qui avons supporté le poids du jour et la grande chaleur. Mais il répliqua à l'un d'eux : je ne te fais pas de tort ; n'es-tu pas convenu avec moi d'un denier? Emporte ce qui est à toi et va-t-en. Je veux donner à ce dernier autant qu'à toi. Ne m'est-il pas permis de faire ce que je veux de mon bien? Ou alors ton oeil est-il mauvais parce que je suis bon! "Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers".
Les ouvriers de l'heure du soir sont les premiers à toucher en cadeau le salaire fixé pour le travail de tout un jour. Un salaire certes ne procède pas d'un don, puisqu'il est dû pour un travail, mais Dieu a fait don à chacun gratuitement de sa grâce par suite de la justification de la foi (a). Cependant, s'inspirant de l'arrogance du peuple déjà rebelle sous Moïse, il y a du murmure chez les ouvriers, il y a de la jalousie à cause d'un salaire qui n'est pas gagné, puisque même sans la peine d'un long labeur, moyennant un peu de temps de chaleur brûlante désignée par l'été et insufflée par le diable, la rémunération des ouvriers était la même. Mais c'est parce que ce qui est impossible pour les hommes est possible pour Dieu que le salaire d'une observation excellente et irréprochable de la Loi est accordé par la foi comme un don de la grâce à ceux qui croient, qu'ils soient premiers ou derniers.
 
(a) Rm.,3,24.
 
Le figuier sans fruit [21,18-22]
 
Le matin, il passa dans la cité et eut faim ; voyant un arbre le long de la route, il vint à lui, mais il n'y trouva rien que des feuilles. Il lui dit : "Jamais plus tu ne porteras de fruit! A l'instant même, le figuier sécha
Ici encore l'ordre des faits célestes est anticipé, car le figuier sert d'exemple pour la Synagogue. Accordant au repentir un délai, c'est- à-dire le temps situé entre sa Passion et son retour glorieux[iv], il viendra affamé du salut de ce peuple et le trouvera stérile, vêtu seulement de feuilles, autrement dit se glorifiant de mots vides, sans fruits, j'entends dépourvu d'oeuvres bonnes et dénué des récoltes espérées. Et parce que le temps du repentir sera passé, la sentence du jugement céleste le desséchera pour toujours. Et dans cette action nous trouverons une preuve de la bonté du Seigneur. Quand il a voulu en effet offrir un exemple du salut administré par ses soins, il a exercé la puissance de sa vertu sur les corps humains, faisant désirer l'espérance des biens à venir et le salut de l'âme à cause des soucis dus aux chagrins présents. Mais maintenant qu'il fixait la norme de sa sévérité à l'égard d'hommes rebelles, il révéla la figure de l'avenir dans le dommage causé à l'arbre, en montrant le péril de l'incroyance qui ne touchait pas ceux qu'il était venu racheter. 
 
Voyant cela, les disciples furent saisis d'étonnement et dirent : "Comment à l'instant même, le figuier a-t-il séché?"
Les disciples s'étonnent que l'arbre ait séché dans le temps d'une simple parole, parce que la réalité de l'acte présent offrait d'avance une image de l'avenir. En effet, quand il sera venu dans le Royaume des cieux, à l'heure même de son avènement, la stérilité de l'incroyance juive sera frappée par la sentence d'une condamnation éternelle. Et aux disciples le Seigneur garantit que, s'ils avaient la foi, ils pourraient faire non seulement la même chose, mais encore des choses plus grandes. Sans doute ils devaient juger Israël en vertu des promesses antérieures, mais ils obtiendraient aussi tout pouvoir sur le diable appelé montagne, selon ce qu'il leur dit : Si vous avez la foi, non seulement vous ferez cela au figuier, mais si vous dites à cette montagne : Soulève-toi et jette-toi dans la mer, cela se fera. Tout ce que vous demanderez dans la prière avec foi, vous le recevrez.
O prix démesuré de la foi, par le mérite de laquelle la puissance des croyants s'élève si haut que, lors du jugement uniersel, ils précipiteront avec la sévérité d'un même verdict la hauteur et la masse diaboliques dans la condamnation réservée au siècle ! Mais il faut étudier sous quel rapport la Synagogue est comparée au figuier. La floraison de cet arbre diffère de celle des autres arbres par sa nature et son régime. Car sa première fleur est dans les fruits, mais non dans ceux qu'une fois sortis arriveront à maturité. Il y a en effet ces fruits appelés figues vertes selon l'usage commun et l'autorité prophétique[v]. Mais après elles, la force de la fécondité interne étant exubérante, des fruits de même aspect et de même forme éclatent et, éclatant, poussent les premiers, lesquels, quand les racines qui les maintenaient sont pourries, tombent, et ces autres pousses qui sortent prospèrent jusqu'à la maturité des fruits. Mais s'il arrive que parmi ces premiers fruits il en est qui sont sortis à l'angle des rameaux poussant de la même branche, ils demeurent toujours et ne tombent pas comme les autres figues vertes, mais sont les seuls à rester attachés et devancent les autres fruits par la maturité. Et cet arbre produira de son fonds ces fruits merveilleux qui, surgissant avec les autres figues vertes, pousseront du renflement qui est au milieu de deux rameaux. Ainsi se développe, à partir du régime de cet arbre, une comparaison appropriée et adaptée à la Synagogue[vi].  
A l'exemple des figues vertes, celle-ci a perdu les premiers fruits que depuis le début son peuple avait produits, parce que sa foule improductive a été poussée dehors par le peuple des païens fidèle, endurant et constant jusqu'à la consommation des siècles. Cependant les apôtres, qui sont les premiers croyants venus d'Israël et qui sont fixés entre la Loi et les Evangiles à la manière des figues vertes, précèderont les autres par la gloire et le moment de leur résurrection. Et pour figurer ce fait, déjà au début de la Genèse (a), Adam et Eve ont couvert l'objet de leur honte au moyen des feuilles de cet arbre, en se cachant eux-mêmes à l'arrivée du Seigneur qui les appelait, parce que la Synagogue infidèle, transgressant les commandements de la Loi, devait couvrir les horreurs de son impudence et la confusion de ses turpitudes sous le voile stérile des mots[vii] comparables aux feuilles du figuier. Voilà les détails que nous avons insérés ici sur la nature de cet arbre, pour que l'on pût saisir l'exactitude de la comparaison. Il faut donc examiner la suite de l'ordre des faits.
 
(a) Gn.,3,7.
 
Question des Juifs sur l'autorité de Jésus [21,23-27]
 
Quand il fut entré dans le Temple, les grands prêtres et les anciens du peuple s'avancèrent vers lui pendant qu'il enseignait, et ils lui dirent : "En vertu de quelle autorité fais-tu cela? Et qui t'a donné cette autorité?" Jésus leur répondit : "Moi aussi, je vais vous poser une question, une seule ; si vous me répondez, je vous dirai à mon tour en vertu de quelle autorité je fais cela. Le baptême de Jean, d'où venait-il? Du ciel ou des hommes? 
Mais eux hésitent devant le danger encouru par leur réponse, pensant que s'ils avouaient qu'il venait du ciel, ils seraient reconnus coupables par leur aveu, pour n'avoir pas cru à l'autorité d'un témoignage venu du ciel. S'ils disaient qu'il venait des hommes, ils craignaient les foules, car ils étaient assez nombreux à tenir Jean pour un prophète. Ils répondirent donc qu'ils ne savaient pas, tout en sachant qu'il venait du ciel, parce qu'ils craignent que la vérité de leur aveu ne les accuse. Mais même avec la volonté de tromper ils ont dit la vérité sur eux-mêmes, car c'est en raison de leur incroyance qu'ils ignorèrent que le baptême de Jean venait du ciel. Et s'il venait des hommes, ils n'ont pu le savoir, puisque cela n'était pas. 
 
Les deux fils [21,28-32]
 
<Quel est votre avis? Un homme avait deux fils ; s'avançant vers le premier, il lui dit : "Mon enfant, va donc aujourd'hui travailler à la vigne". Celui-ci répondit : "Je ne veux pas"; un peu plus tard, s'étant repenti, il y alla. S'avançant vers le second, il lui dit la même chose. Celui-ci lui répondit : "J'y vais Seigneur" ; mais il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté de son père? Et ceux-ci dirent le "dernier"[viii]. Jésus leur dit : "En vérité je vous le dis, collecteurs d'impôts et prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. En effet, Jean est venu dans le chemin de la justice, et vous ne l'avez pas cru ; collecteurs d'impôts et prostituées au contraire l'ont cru. Et vous, voyant cela, vous ne vous êtes pas davantage repentis dans la suite pour le croire >.  
Il y a beaucoup de faits embarrassants qui pourraient jeter le trouble dans notre intelligence, si nous n'observions l'ordre des idées qui précèdent et qui suivent. Qui pourra en effet regarder comme l'aîné celui qui a dit qu'il n'irait pas au travail et qui, se reprenant sous l'effet d'un repentir purifiant, y est parti ; or Israël ne s'est pas repenti, mais a porté la main sur le Seigneur et, dans sa généralité, il a crucifié son Dieu d'une bouche impie. Qui verrons-nous dans le plus jeune qui a promis qu'il irait et n'est pas allé ? La foule des païens et des pécheurs ? Mais elle a fait ce qu'elle a promis, car elle est partie et est sortie pour aller au travail où on l'appelait[ix]. Comment donc verra-t-on en elle celui qui n'est pas parti ? Ensuite, il faut se demander quelle importance a en elle-même la réponse des Pharisiens. Ils disent que c'est le plus jeune qui a obéi à la volonté (du Père). L'état de choses normal n'admet pas qu'un enga- gement simulé possède la valeur de la vérité parfaite, en sorte qu'il y ait avantage à trahir sa promesse plutôt qu'à tout accomplir sans promettre. Et qui ne préfèrerait pas qu'on lui refuse ce qu'il demande, pourvu que se réalise ce qu'il a demandé, du fait que la réalisation d'un acte est mieux accueillie quand on désespérait d'elle, tandis qu'il y a plus de souffrance dans l'espoir déçu, à moins que la volonté de ceux qui demandent ne soit flattée par la simple adulation de ceux qui leur font des promesses.
Il faut se rappeler que le thème de cette parabole découle de la conversation engagée au sujet de Jean, de façon que la leçon proposée de cette manière blâme l'hésitation de l'incroyance et l'obligation du silence qui en découle. Mais comme nous l'avons indiqué ailleurs[x], il faut se rappeler ici aussi que si l'explication des évènements présents offre parfois quelque défaillance, c'est pour que l'image de l'avenir se réalise, mais sans porter atteinte à la réalité qui donne lieu à une figure. Le premier fils est le peuple issu des Pharisiens et avisé par Dieu de façon pressante grâce à la prophétie de Jean d'avoir à obéir à ses commandements. Ce peuple a été arrogant, désobéissant et rebelle aux avertissements pressants, car il mettait son assurance dans la Loi et méprisait le repentir des péchés, glorieux de la noble prérogative qu'il tenait d'Abraham ; mais par la suite, comme devant les miracles opérés après la résurrection du Seigneur, pris de repentir il a cru au temps des apôtres, revenant devant la réalité des faits à la volonté d'agir selon l'Evangile et se repentant, il a avoué la faute de son arrogance première.
Le fils cadet est la foule des publicains et des pécheurs qui, venant après dans la condition pécheresse où elle demeurait alors, a reçu de Jean l'ordre d'attendre du Christ le salut et de croire, ayant été baptisée par lui. Mais quand il dit qu'elle a promis d'aller et qu'elle n'est pas allée, le Seigneur montre qu'elle a cru en Jean, mais, parce qu'elle n'a pu recevoir la doctrine évangélique qu'après la Passion du Seigneur grâce aux apôtres - c'est alors que les mystères du salut devaient être accomplis -, il indique qu'elle n'est pas allée. En effet, il dit non pas qu'elle n'a pas voulu, mais qu'elle n'est pas allée. Sa conduite échappe au grief d'incroyance, parce que la difficulté de la réalisation empêchait qu'elle eût lieu. Il est donc faux que le fils n'ait pas voulu se rendre aussitôt au travail qui lui était prescrit, mais il n'y est pas allé parce qu'il ne pouvait pas y aller. Dans ce cas, en effet, l'obstacle de la nécessité est mis en évidence, sans qu'il y ait lieu d'incriminer la volonté[xi].  
Et dans la réponse des Pharisiens il y a comme une nécessité prophétique, car ils reconnaissent, même à contre-cœur, lequel s'est plié à la volonté du père, c'est-à-dire le plus jeune fils qui fait profession d'obéissance, même s'il n'agit pas à temps car la foi seule justifie. Et la raison pour laquelle les publicains et les courtisanes seront les premiers dans le Royaume des cieux, c'est qu'ils ont cru en Jean, que baptisés en vue de la rémission des péchés, ils ont fait un aveu d'adhésion à l'avènement du Christ, loué les guérisons qu'il a opérées, accepté le mystère de sa Passion, reconnu la puissance de sa résurrection. Mais les princes des prêtres et les Pharisiens, à la vue de ces choses qu'ils mépris
aient, n'étant pas justifiés par la foi, n'ont pas eu le remords qui les fît revenir au salut, et c'est pourquoi leur fruit pour toujours sera desséché sous le coup de la malédiction qui était préfigurée dans le figuier.  
 
L'avènement du Fils de l'homme [24,29-35]
 
Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s'obscurcira, la lune ne brillera plus, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l'homme ; alors toutes les tribus de la terre se frapperont la poitrine ; et ils verront le Fils de l'homme venir sur les nuées du ciel dans la plénitude de la puissance et de la gloire. Et il enverra ses anges avec la grande trompette, et, des quatre vents, d'une extrémité des cieux à l'autre, ils rassembleront ses élus.
Il indique la gloire de son avènement et son retour glorieux par l'obscurcissement du soleil, l'éclipse de la lune, la chute des étoiles, l'ébranlement des vertus des cieux, l'apparition du signe du salut, la lamentation des peuples reconnaissant le Fils de l'homme dans la gloire de Dieu, la mission des anges chargés de rassembler les saints avec l'appel de la trompette, c'est-à-dire de la libération maintenant générale[xii]. Ainsi il y aura à partir du grain de sénevé un arbre immense, à partir de la statue broyée par la pierre de la montagne un mont couvrant la terre (a), ainsi il y aura une cité que tous pourront contempler, une lumière qui sur le bois illuminera l'univers, ainsi de l'humilité de la mort sortira la gloire de Dieu. Par les repères de tous ces faits[xiii], il a voulu que nous sachions l'heure de notre rédemption, où nous serons transférés de la corruption du corps à l'honneur de la substance spirituelle.
 
Comprenez cette comparaison empruntée au figuier : dès que ses rameaux deviennent tendres et que poussent ses feuilles, vous reconnaissez que l'été est proche. De même, vous aussi quand vous verrez tout cela, sachez que le Fils de l'homme est proche, qu'il est à vos portes.  
Le signe qui permit de connaître cette heure, il l'a donné dans la comparaison du figuier. Quand sa branche est devenue souple et s'est couverte de feuilles, alors on comprend que l'été est proche. Mais le caractère de l'été et celui de l'arbre sont bien différents. Au début du printemps, celui-ci se gonfle et il n'y a pas un petit intervalle de temps entre le moment où l'été fait irruption et celui où la branche du figuier devient souple en vue de sa frondaison. Par là il faut comprendre que les détails donnés ici ne s'appliquent pas à cet arbre. Et d'ailleurs plus haut nous avons exposé ce que cet arbre a de particulier. Nous avons lu aussi qu'avec ses feuilles Adam s'est couvert et a voilé la honte de sa conscience, c'est-à-dire sous la Loi s'est enveloppé en quelque sorte du vêtement du péché. Le rameau du figuier s'entend donc de l'Antéchrist, fils du diable, part du péché, défenseur de la Loi. Quand il commencera à devenir souple et à se couvrir de feuilles, alors on comprendra que l'été, c'est-à-dire le jour du jugement est tout proche. La frondaison se marquera à l'espèce de verdeur des pécheurs qui exultent[xiv]
il y aura alors en effet une floraison de criminels, un temps de gloire pour les scélérats et de grâce pour les sacrilèges. Pour eux cependant la canicule, c'est-à-dire la chaleur du feu éternel, est toute proche.
 
En vérité, je vous le déclare, cette génération ne passera pas que tout cela n'arrive. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas.
Et pour qu'on soit assuré de la vérité des évènements à venir, en disant amen qui proclame la vérité, il ajouta que notre génération ne saurait passer sans que se déroule l'ensemble de ces évènements et que ce qui est tenu pour solide, le ciel et la terre ne seraient plus, tandis que ses paroles ne pouvaient pas ne pas être[xv], parce que du fait de leur condition de choses créées, c'est-à-dire réalisées à partir de rien, le ciel et la terre comportent en eux la nécessité de n'être plus, tandis que ses paroles, produites de l'éternité, possèdent en elles le pouvoir de subsister.
 
(a) Dn.,2,35.
 
Nul n'en connaît le jour:Veillez![24,36-44]
 
Mais ce jour et cette heure nul ne les connaît, ni les anges des cieux, ni le Fils, personne sinon le Père, et lui seul. Tels furent les jours de Noé, tel sera l'avènement du Fils de l'homme ; car de même qu'en ces jours d'avant le déluge, on mangeait et on buvait, l'on se mariait ou l'on donnait en mariage, jusqu'au jour où Noé entra dans l'arche et on ne se doutait de rien, jusqu'à ce que vint le déluge, qui les emporta tous : tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme.
Sur la fin des temps il a banni notre inquiétude soucieuse en disant que ce jour n'était connu de personne et ignoré non seulement des anges, mais de lui-même. O miséricorde inestimable de la bonté divine ! Est-ce que Dieu le Père a refusé à son Fils la connaissance de ce jour dans le dessein de lui cacher, alors que le Fils a dit : Tout m'a été remis par mon Père ? Ce n'est donc pas tout, s'il existe quelque chose qui est refusé. Mais parce que tout ce qu'il a reçu de son Père passait à nous (a) et que le Verbe de Dieu possède en lui la garantie moins de ce qui aura lieu que de ce qui a eu lieu, le jour a été arrêté sans date fixée, pour que Dieu, tout en laissant un temps important à notre repentir, nous maintienne toujours dans l'inquiétude due à la crainte de l'incertain et pour éviter qu'en disant à un autre sa volonté de fixer ce jour, il ne la restreigne par la précision de ses paroles, car, comme au temps du déluge, ce sera dans le cours même de notre vie, au milieu de tout ce que nous faisons et subissons, qu'arrivera le grand jour. 
 
Alors deux hommes seront aux champs : l'un est pris, l'autre laissé ; deux femmes en train de moudre à la meule : l'une est prise, l'autre laissée. Veillez donc car vous ne savez pas quel jour notre Seigneur va venir.
Et encore il montre qu'il y aura un tri pour prendre les croyants, puisque de deux hommes situés dans un champ, l'un est pris, l'autre laissé, que de deux femmes en train de moudre, l'une est rejetée, l'autre choisie, que de deux hommes qui seront au lit, l'un se joint, l'autre se sépare. Il apprend que le tri entre croyants et incroyants consiste à laisser les uns et à prendre les autres. La colère de Dieu s'aggravant, les saints, comme dit le prophète (b), seront amassés dans les greniers et les hommes sans foi seront laissés pour alimenter le feu du ciel. Ainsi deux hommes dans un champ - les deux peuples des croyants et des incroyants - seront surpris dans le monde par le jour du Seigneur pour ainsi dire dans l'activité même de leur vie ; néanmoins ils seront séparés, l'un étant laissé, l'autre étant pris. Au sujet des femmes qui sont en train de moudre, c'est la même chose. La meule, c'est l'oeuvre de la Loi. Mais parce qu'une partie des Juifs doit croire par Elie comme elle a cru par les apôtres, et doit être justifiée par la foi, une partie sera prise aussi grâce à la foi qui oeuvre pour le bien, l'autre sera laissée dans l'oeuvre stérile de la Loi, moulant en vain et non pour faire le pain de la nourriture céleste. Ils sont deux d'autre part au lit, enseignant également le repos de la passion du Seigneur[xvi], qui est l'objet d'une seule et unique profession de foi chez les hérétiques[xvii] et chez les catholiques[xviii]. Mais parce que la vérité catholique proclamera l'unité du Père et du Fils et leur commune divinité, que nous appelons deitas, et qu'en revanche le mensonge des hérétiques l'attaquera par une multitude d'outrages, des deux hommes dans un lit, l'un sera laissé, l'autre pris, parce qu'en prenant l'un et en laissant l'autre[xix], le choix du jugement de Dieu fera valoir la foi que professent l'un et l'autre.    
 
Vous le savez : si le maître de maison connaissait l'heure de la nuit à laquelle le voleur va venir, il veillerait et ne laisserait pas percer le mur de sa maison. Voilà pourquoi, vous aussi, tenez-vous prêts, car c'est à l'heure que vous ignorez que le Fils de l'homme va venir. Et pour que nous sachions que cette ignorance du jour tenu secret pour tous n'est pas sans s'expliquer par l'utilité du silence, il nous a engagés à veiller à cause de la venue du voleur et à nous maintenir dans une prière persévérante en nous attachant à l'accomplissement total de ses commandements. En effet, il montre que le voleur est le diable, veillant jusqu'au bout pour nous arracher des dépouilles et attaquant la maison de notre corps pour le percer des traits de ses desseins de luxure, tandis que, sans nous soucier de lui, nous nous livrons au sommeil. Il est donc logique que nous soyons prêts, parce que l'ignorance du jour éveille l'inquiétude tendue d'une attente en suspens.
 
(a) Jn.,15,15 ; (b) Is.,26,20.
 
Les dix vierges [25,1-13]
 
Alors le Royaume des cieux sera semblable à dix vierges qui prirent leurs lampes et sortirent à la rencontre de l'époux. Cinq d'entre elles étaient insensées et cinq étaient avisées.
C'est d'après les propos qui précèdent qu'on peut comprendre aussi la raison d'être de ce morceau. Tout entier il porte sur le grand jour du Seigneur, où les secrets des pensées sur les hommes seront révélés (a) par l'enquête du jugement de Dieu et où la foi véridique dans le Dieu qu'on attend obtiendra la satisfaction d'un espoir qui n'est pas douteux. A l'évidence, en effet, dans l'opposition des cinq sages et des cinq folles est définie la division des croyants et des incroyants, à l'exemple de laquelle Moïse avait reçu les dix commandements consignés sur deux tables (b). En effet, il fallait qu'ils fussent consignés entièrement sur deux tables et la double page répartissant entre la droite et la gauche ce qui leur appartenait en propre marquait la division des bons et des méchants, bien qu'ils fussent réunis sous un même testament[xx].
L'époux et l'épouse, c'est notre Seigneur Dieu dans un corps, car la chair est pour l'Esprit une Epouse, comme l'Esprit un époux pour la chair. Quand, à la fin, la trompette sonne le réveil, on s'avance au-devant de l'époux seulement, car les deux n'en faisaient plus qu'un, du fait que l'humilité de la chair avait abouti à la gloire spirituelle. 
 
En prenant leurs lampes, les filles insensées n'avaient pas emporté d'huile ; les filles avisées, elles, avaient pris, avec leurs lampes, de l'huile dans des fioles. Comme l'époux tardait, elles s'assoupirent toutes et s'endormirent. Au milieu de la nuit, un cri retentit :"Voici l'époux, sortez à sa rencontre". Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et apprêtèrent leurs lampes. Les insensées dirent aux avisées:"Donnez-nous de votre huile,car nos lampes s'éteignent". Les avisées répondirent : "Certes pas, il n'y en aurait pas assez pour nous etpourvous!Allezplutôt chezles marchands etachetez- en pour vous".
Mais, lors d'une première étape, nous nous préparons en remplissant les devoirs de cette vie[xxi] à aller au-devant de la résurrection des morts. Les lampes, c'est ainsi la lumière des âmes resplendissantes que le sacrement du Baptême a fait briller[xxii]. L'huile, c'est le fruit de l'oeuvre de bien. Les fioles sont les corps humains, dans les entrailles desquels doit être mis en réserve le trésor d'une conscience droite. Les vendeurs sont ceux qui, ayant besoin de la pitié des croyants, livrent en échange la marchandise qu'on leur a demandée, comprenons que las de leur misère, ils nous vendent la conscience d'une bonne action. C'est elle qui alimente à profusion une lumière inextinguible et qu'il faut acheter et mettre en réserve au moyen des fruits de la miséricorde. Les noces, c'est la récep- tion de l'immortalité et la réunion de la corruption et de l'incorrup- tibilité selon une alliance inouïe. Le retard de l'époux est le temps du repentir. Le sommeil de celles qui attendent est le repos des croyants et la mort temporaire de tout le monde au temps de la pénitence. Le cri au milieu de la nuit est, au milieu de l'ignorance générale, la voix de la trompette qui précède la venue du Seigneur (c) et qui réveille tout le monde, pour qu'on sorte au-devant de l'époux. Les lampes qu'on prend, c'est le retour des âmes dans les corps et leur lumière est la conscience resplendissante d'une bonne action, conscience qui est enfermée dans les fioles des corps.    
Les vierges sages sont des âmes qui, saisissant le moment favorable où elles sont dans des corps pour faire de bonnes oeuvres, se sont préparées pour se présenter les premières lors de la venue du Seigneur. Les folles sont des âmes qui, relâchées et négligentes, n'ont eu que le souci des choses présentes et qui, oublieuses des promesses de Dieu, n'ont pas poussé jusqu'à l'espoir de la Résurrection. Et parce que les vierges folles ne peuvent aller au-devant avec leurs lampes éteintes, elles demandent à celles qui étaient sages de leur emprunter de l'huile. Mais celles-ci leur répondirent qu'elles ne pouvaient leur en donner, parce qu'il n'y en aurait peut-être pas assez pour toutes, ce qui veut dire que nul ne doit s'appuyer sur les oeuvres et les mérites d'autrui, parce qu'il faut que chacun achète de l'huile pour sa propre lampe. Les sages les invitent à retourner en acheter, pour le cas où, obéissant même tardivement aux prescriptions de Dieu, elles se rendraient dignes, avec leurs lampes allumées de rencontrer l'époux.
 
Pendant qu'elles allaient en acheter, l'époux arriva ; celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle de noce et l'on ferma la porte. Finalement arrivent à leur tour les autres jeunes filles, qui disent : "Seigneur, seigneur, ouvre-nous!" Mais il répondit : "En vérité je vous le déclare, je ne vous connais pas. Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure".
Mais tandis qu'elles s'attardaient, l'époux pénétra et, avec lui, ensemble, les sages voilées et munies de leur lampe toute prête entrent aux noces, c'est-à-dire pénètrent dans la gloire céleste aussitôt l'avènement du Seigneur dans la splendeur. Et parce qu'elles n'ont plus de délai pour le repentir, les folles accourent, demandent qu'on leur ouvre la porte. A quoi l'époux leur répond : Je ne vous connais pas. Elles n'avaient pas été là en effet pour rendre leur devoir à celui qui arrivait, elles ne s'étaient pas présentées à l'appel du son de la trompette, elles ne s'étaient pas agrégées au cortège de celles qui entraient, mais, par leur retard et leur comportement indigne, elles avaient laissé passer l'heure d'entrer aux noces.
 
(a) 1 Co.,3,13 ; (b) Ex.,32,15 ; (c) 1 Th.,4,16.
 
Le jugement dernier [25,31-46]
 
Quand le Fils de l'homme sera venu dans sa majesté et tous ses anges avec lui, alors il siègera sur son trône de gloire. Devant lui seront rassemblés toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. Alors le roi dira à ceux qui sont à sa droite : "Venez les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde"[...]
Lui-même a rendu évidente toute l'explication de ce développement. Il évoque le temps du jugement et l'avènement où il séparera les croyants des incroyants, distinguant ceux qui portent du fruit et ceux qui n'en portent pas, les boucs des agneaux et, plaçant chacun à sa droite ou à sa gauche, les établira sur le siège que mérite soit leur bonté soit leur méchanceté, révélant que dans les plus petits des siens, c'est-à-dire dans ceux qui le servent en aspirant à leur abaissement il est nourri avec ceux qui ont faim, abreuvé avec ceux qui ont soif, réconforté avec ceux qui sont en voyage, couvert avec ceux qui sont nus, visité avec ceux qui sont malades, consolé avec ceux qui sont soucieux. En effet, il se fond tellement avec le corps et le coeur des croyants en passant en eux, que l'empressement mis à accomplir ces devoirs d'humanité mérite sa grâce tandis que leur refus lui cause une offense.
"En vérité je vous le dis, chaque fois que vous ne l'avez pas fait à l'un de ces plus petits, à moi non plus vous ne l'avez pas fait. Et ils s'en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle".
 
Complot contre Jésus [26,1-5]
 
Or,quand Jésus eut achevé toutes ces instructions, il dit à ses disciples : "Vous le savez, dans deux jours c'est la Pâque ; le Fils de l'homme va être livré pour être crucifié".
[Après avoir montré] qu'il viendrait dans un retour glorieux, il avertit ses disciples qu'il va maintenant souffrir, pour qu'ils reconnaissent que le mystère de la Croix est associé à la gloire de l'éternité. Sur ces entrefaites, les Juifs prennent la décision de le faire périr et, les princes des prêtres se réunissant [dans le palais du Grand Prêtre Caïphe], on attend l'occasion d'un si grand crime, pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. 
 
L'onction à Béthanie [26,6-13]
 
Comme Jésus était à Béthanie dans la maison de Simon le lépreux, une femmes'approcha delui quitenaitun vase deparfum précieux: elle le versa sur la tête de Jésus pendant qu'il était à table. Voyant cela, les disciples s'indignèrent : "A quoi bon, disaient-ils, cette perte? On aurait pu le vendre très cher et donner la somme à des pauvres".
Au moment même de la Passion, ce n'est pas pour rien qu'une femme a versé sur la tête du Seigneur qui était à table un parfum précieux, que ses disciples là-dessus s'irritent disant qu'il aurait mieux valu vendre ce parfum au profit des pauvres ; qu'ensuite le Seigneur approuve le geste de la femme et promette que le souvenir de cette action accompagnerait éternellement la prédication de l'Evangile, enfin qu'après cela Judas se précipite pour vendre son salut. Cette femme a d'avance la figure du peuple des gentils qui a rendu gloire à Dieu dans la passion du Christ. Elle a oint sa tête - or la tête du Christ est Dieu (a). Le parfum est le fruit d'une bonne action et, pour le soin du corps, il est très goûté du sexe féminin[xxiii]. Elle répandit donc pour l'honneur et la gloire de Dieu tout ce qui soigne son corps et tout ce qu'il y a de précieux dans les sentiments de son coeur. Mais, comme souvent, les disciples sont mus par leur attachement au salut d'Israël : on aurait dû vendre ce parfum à l'usage des pauvres. Mais cette femme ne répandait pas un parfum qui était à vendre ; et pauvres, dans l'inspiration prophétique, est le nom de ceux qui manquent de foi[xxiv]. Et alors, pour le salut de ce peuple indigent, c'est la foi des païens qu'il aurait fallu plutôt acheter.
 
S'en apercevant Jésus leur dit : "Pourquoi tracasser cette femme? C'est une bonne oeuvre qu'elle vient d'accomplir envers moi. Des pauvres, en effet, vous en
avez toujours avec vous ; mais moi, vous ne m'aurez pas pour toujours. En répandant ce parfum sur mon corps, elle a préparé mon ensevelissement. En vérité, je vous le déclare : partout où sera proclamé cet évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d'elle, ce qu'elle a fait"
Aussi le Seigneur leur dit qu'ils auraient un temps très long pour pouvoir avoir soin des pauvres, mais que c'est seulement par l'instruction qu'il leur donne que le salut peut être offert aux païens qui ont été ensevelis avec lui dans le parfum que cette femme a répandu, parce que la régénération n'est accordée qu'en échange d'une mort avec lui dans la profession de foi baptismale (b). Et là où sera proclamé cet Evangile, on racontera son action, parce qu'Israël faisant défaut, la gloire de l'Evangile est proclamée par la foi des païens. C'est à cause de cela qu'Israël, représenté par Judas, s'enflamme d'une jalousie sacrilège et se laisse entraîner par toute sa haine à anéantir le nom du Seigneur.
 
(a) 1 Co.,11,3 ; (b) Rm.,6,4 & Col.,2,12.
 
Arrestation de Jésus [26,47-52]
 
Et comme [Jésus] parlait encore, voici que Judas, l'un des douze survint et avec lui, une troupe nombreuse armée d'épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple. Celui qui le livrait leur avait donné un signe : "Celui à qui je donnerai un baiser, avait-il dit, c'est lui, arrêtez-le!" Aussitôt il s'avança vers Jésus et dit : "Salut rabbi!" Et il lui donna un baiser. Jésus lui dit : "Mon ami, fais ta besogne!" S'avançant alors, ils mirent la main sur Jésus et l'arrêtèrent.
Tous ces détails constituent le déroulement de la Passion. Mais dans le baiser de Judas, il y a cette idée que nous apprenions à aimer tous nos ennemis et ceux dont nous savons qu'ils exerceront leur violence contre nous. Son baiser en effet n'est pas repoussé par le Seigneur. Le mot adressé à Judas : Fais ce que tu as à faire (a) est une clause de style qui lui laisse le pouvoir de le livrer.
Car celui qui était dans son droit en convoquant douze mille anges contre ceux qui le trahissaient aurait pu beaucoup plus aisément faire obstacle aux desseins et aux manoeuvres d'un seul homme. En effet il dit à Pilate : Tu n'aurais pas de pouvoir sur moi, s'il ne t'avait été donné (b). Il donne donc pouvoir sur lui, quand il dit : Fais ce que tu as à faire, c'est-à-dire que, comme le délit d'intention se mesure à la méchanceté de l'acte, il devait accomplir dans les faits ce qu'il faisait déjà en intention. 
 
Et voici,un de ceux qui étaient avec Jésus,tirant son glaive,coupa l'oreille du serviteur du prince des prêtres et le Seigneur lui dit : Remets ton épée à sa place, car tous ceux qui se servent du glaive périront par le glaive. Ainsi cet homme a déjà été personnellement jugé, puisque se servant du glaive il périra par le glaive. Mais la mort par le glaive n'est pas le sort habituel de tous ceux qui se servent du glaive, car la fièvre ou un autre accident du hasard en fait périr beaucoup qui se sont servi du glaive soit pour exécuter un jugement soit dans la nécessité de résister à des brigands. Ainsi l'oreille du serviteur du prince des prêtres coupée cela veut dire que le peuple soumis au sacerdoce a son ouïe désobéissante coupée par le disciple du Christ et est amputé de l'organe qui n'entendait pas, pour pouvoir recevoir la vérité[xxv]. Toute la troupe armée de glaives s'était avancée contre le Seigneur : il fit rengainer le glaive, parce qu'il devait les faire périr non d'un glaive humain, mais du glaive de sa bouche. Autrement, si, conformément à la maxime du Seigneur, tout homme qui se servirait du glaive périrait par le glaive, celui-ci méritait d'être dégainé pour abattre ceux qui s'en servaient en vue du crime.
 
(a) Jn.,13,27 ; (b) Jn.,19,11.
 
Mort de Judas [27,3-10]
 
Alors Judas qui l'a livré voyant qu'il est condamné fut pris de remords et rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens en disant:"J'ai péché en livrant un sang innocent"
Judas se repentant restitua aux prêtres le prix du sang du Christ, en sorte que tout en étant lui-même responsable de la vente du sang d'un juste, il accusait les acheteurs de la déloyauté qu'il se reconnaissait lui-même en tant que vendeur. Ils lui répliquèrent : "Que nous importe? à toi de voir". L'aveu est impudent et aveugle. Ils apprennent qu'ils ont acheté le sang d'un juste et croient qu'ils échapperont à l'accusation d'un jugement, et pourtant, alors que par ces mots : A toi de voir, ils établissent la faute chez le vendeur, 
c'est au contraire le péché des acheteurs qui est prouvé par le témoignage du vendeur.
 
Alors il se retira en jetant l'argent du côté du sanctuaire, et alla se pendre. Se retirant donc, il se pendit pour avoir condamné le Christ. Ainsi l'heure de la mort de Judas est située de manière qu'au moment où la passion du Seigneur entraînait l'ébranlement et la destruction des choses d'en haut et d'en bas ainsi que la paralysie de l'organisation de tous les éléments bouleversés jusqu'à négliger leur office[xxvi], Judas ni ne serait visité chez les morts[xxvii] ni n'aurait, après la Résurrection, la faculté de se repentir parmi les vivants[xxviii]. 
 
Les grands prêtres prirent l'argent et dirent : "Il n'est pas permis de le verser au trésor, puisque c'est le prix du sang". Après avoir tenu conseil, ils achetèrent avec cette somme le champ du potier pour la sépulture des étrangers. Voilà pourquoi jusqu'à maintenant ce champ est appelé : "Champ du sang". Avec les pièces d'argent restituées, qui étaient le prix du sang et qui ne pouvaient être mélangées au trésor, c'est-à-dire à l'argent des offrandes[xxix], on achète, après délibération, le champ d'un potier et on l'assigne à la sépulture des étrangers. C'est là un grand mystère prophétique et il y a dans les actes d'impiété une préparation pleine d'une vertu extraordinaire. L'oeuvre du potier est de façonner des vases avec de l'argile[xxx] et il est en son pouvoir de disposer de l'argile soit pour faire à proprement parler un vase soit pour en façonner un plus beau. Champ est le nom du siècle, nom contenu dans les paroles mêmes de notre Seigneur. Avec le prix payé pour le Christ, on achète le siècle, c'est-à-dire on acquiert tout son bien et on l'assigne à la sépulture des étrangers indigents. Rien de cela ne concerne Israël et tout ce profit de l'achat du siècle est destiné à ceux d'ailleurs, ceux qui seront ensevelis au prix du sang du Christ, sang qui sert à acheter toutes choses (a). Il a en effet reçu du Père tout ce qui est au ciel et sur la terre, et si ce monde est le champ d'un potier, c'est parce que tout appartient à Dieu qui a le pouvoir de nous façonner de nouveau à son gré comme un potier[xxxi]. Dans ce champ ainsi morts et ensevelis avec le Christ, nous obtiendrons le repos éternel de notre voyage d'ici-bas.
 
Alors s'accomplit ce qui avait été dit par le prophète Jérémie : Et ils prirent les trente pièces d'argent : c'est le prix de celui qui fut évalué, de celui qu'ont évalué les fils d'Israël. Et ils les donnèrent pour le champ du potier, ainsi que le Seigneur me l'avait ordonné.
Pour nous l'assurer est insérée la prophétie de Jérémie[xxxii], de manière que l'autorité d'une voix divine d'autrefois se manifeste dans l'accomplissement de ce menu fait.
 
(a) Ac.,20,28.
 
Jésus devant Pilate [27,19-26]
 
Tandis que Pilate siégeait au tribunal,son épouse lui fit dire : "Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste. Car aujourd'hui j'ai été tourmentée en rêve à cause de lui".
Dans cette femme il y a l'image de la foule païenne, qui étant déjà croyante appelle à la foi du Christ le peuple incroyant avec lequel elle vivait. Comme elle a personnellement beaucoup souffert pour le Christ, elle invite celui avec lequel elle vivait à la même gloire de l'espérance future.
 
Les grands prêtres etles anciens persuadèrentles foules de demander Barabbas et de faire périr Jésus. Reprenant la parole,le gouverneur leur demanda:"Lequel des deux voulez-vous que je vousrelâche?" Ils répondirent <Barabbas>. Pilate leur demanda : "Que ferai-je donc de Jésus qu'on appelle Messie?"Ils répondirenttous: "Qu'il soit crucifié!" Il reprit : "Quel mal a-t-il donc fait?" Mais eux criaient de plus en plus fort:"Qu'il soit crucifié !"Voyant que cela ne servait à rien mais que la situation tournait à la révolte, Pilate prit de l'eau et se lava les mains en disant:"Je suisinnocent de ce sang, c'est votre affaire". Tout le peuple répondit : "Nous prenons son sang sur nous et sur nos enfants!"
 
Pilate se lava les mains et prit à témoin le peuple juif qu'il était innocent du sang du Seigneur, parce que chaque jour, tandis que les Juifs prennent sur eux et sur leurs fils la responsabilité d'avoir versé le sang du Seigneur, le peuple païen purifié passe à la confession de la foi[xxxiii].
A Pilate qui, en vertu du privilège de la solennité obligeant à délivrer celui des accusés qu'on réclamait, offrait de libérer Jésus, le peuple préféra désigner Barabbas, comme les prêtres l'y invitaient. Le sens du nom de Barabbas est fils du père. Ainsi se révèle déjà le mystère de l'incroyance future, où au Christ est préféré le fils du père, c'est-à-dire l'Antéchrist, homme de péché et fils du diable (a), et, comme l'y engagent leurs chefs, ils désignent celui qui est réservé à la damnation plutôt que l'auteur du salut. 
 
(a) 2 Th.,2,3.
 
Le roi des Juifs bafoué [27,27-31]
 
Alors les soldats du gouverneur emmenant Jésus dans le prétoire, rassemblèrent autour de lui la cohorte.
Ensuite on met au Seigneur, après l'avoir frappé, une chlamyde écarlate, un manteau de pourpre, une couronne d'épines, un roseau dans la main droite et on se moque de lui en l'adorant le genou fléchi. Comprenons que comme il a pris toutes les faiblesses de notre corps, la couleur écarlate[xxxiv] signifie qu'il est couvert ensuite du sang de tous les martyrs auxquels était dû le Royaume des cieux avec lui, et la pourpre signifie qu'il se revêt de l'honneur précieux des prophètes et des patriarches. En outre, il est couronné avec des épines, entendez celles des païens qui le blessaient naguère par leurs péchés, pour tirer gloire des objets nuisibles et inutiles disposés autour de sa tête qui est Dieu. C'est en effet l'aiguillon des péchés qui est signifié par les épines servant à dresser une couronne de victoire au Christ. Le roseau tenu à la main, c'est la solidité donnée à la faiblesse et à l'inconsistance des mêmes païens. En plus, on le frappe à la tête. Un coup de roseau ne cause pas, à ce que je crois, un grave dommage à la tête, mais une rai- son typologique est observée qui veut que la faiblesse des corps des païens saisie d'abord par la main du Christ trouve ensuite un repos en Dieu le Père, qui est sa tête (a). Dans toutes ces situations, le Christ, tout en étant raillé, est adoré.
 
(a) 1 Co.,11,3.
 
Jésus est crucifié [27,32-44]
 
Comme ils sortaient, ils trouvèrent un homme de Cyrène, nommé Simon ; ils le requirent pour porter la croix de Jésus. Arrivés au lieu dit Golgotha, ce qui veut dire lieu du crâne[xxxv], ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel.
En avançant, ils placent le bois de la croix sur les épaules d'un homme de Cyrène. Un Juif n'était pas digne de porter la croix du Chrsit, parce qu'il revenait à la foi des païens de prendre sa croix et de souffrir avec lui. Le lieu de la Croix ensuite est tel que, placé au centre de la terre et dressé comme au sommet de cet univers, il offre également à l'ensemble des païens le moyen d'embrasser la connaissance de Dieu[xxxvi]. Comme on lui offrait aussi du vin mélangé de fiel, il refusa de le boire, car l'amertume des péchés ne se mêle pas à l'incorruptibilité de la gloire éternelle. Ses vêtements qui sont partagés au sort plutôt que déchirés (a) indiquaient l'incorruptibilité de son corps destinée à rester intacte[xxxvii].
Et ainsi au bois de la vie sont suspendus le salut et la vie de tous. A sa droite et à sa gauche sont crucifiés deux brigands qui montrent que la totalité entière du genre humain est appelée au mystère de la passion du Seigneur[xxxviii]. Mais parce qu'à cause de la différence des croyants et incroyants une répartition générale entre la droite et la gauche s'instaure[xxxix], un des deux brigands placé à droite est sauvé par la justification de la foi (b). S'ajoute encore l'opprobre de ces mots par lesquels Israël s'accuserait lui-même d'infidélité : Voilà celui qui détruisait le temple de Dieu et en trois jours le rebâtissait. Cela est présenté comme la plus grande et pour ainsi dire la plus difficile des entreprises. Et si on voit après trois jours le temple de Dieu rebâti par la résurrection corporelle, y aura-t-il un pardon ? D'autre part l'invective des deux brigands contre l'état de la Passion[xl] indique que pour tous les croyants eux-mêmes, il y aura un scandale de la Croix.
 
(a) Jn.,19,24 ; (b) Lc.,23,41-43.
 
Mort de Jésus [27,45-54]
 
A partir de midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures[xli]. Vers trois heures, Jésus s'écria d'une voix forte : "Eli, Eli, lama sabaqthani, c'est-à-dire "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?"
La nuit succédant au jour marque une division du temps : ainsi s'accomplit la triade des jours et des nuits[xlii], tandis que le mystère secret de l'action de Dieu est ressenti par toute la création saisie de torpeur. Le cri poussé vers Dieu est la voix du corps attestant la séparation du Verbe de Dieu qui se retire de lui. En effet, il se demande pourquoi il est délaissé en criant : Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné? Mais il est abandonné parce que son humanité devait être accomplie par la mort même. Et plus encore, il faut voir avec soin comment ce fut après avoir absorbé du vinaigre offert sur une éponge au bout d'un roseau qu'il rendit l'esprit en poussant ce cri. Le vin est l'honneur et la puissance de l'immortalité[xliii], mais il est aigri par suite d'un défaut dû au manque de soin ou au récipient. Comme ce vin avait donc aigri en Adam[xliv], il le reçut des païens pour le boire lui-même. On le lui présenta en effet à boire sur une éponge au bout d'un roseau, ce qui signifie qu'il reçut des corps des païens les vices qui y avaient corrompu l'éternité et fit passer en lui les vices qui étaient en nous en les fondant dans l'union à son immortalité. En effet, on lit dans Jean (a) qu'après avoir tout bu, il dit : Tout est consommé, parce qu'il avait absorbé tout ce qu'il y avait de vicieux dans l'humanité corrompue. Et comme rien ne devait plus avoir lieu, il exhala au dehors[xlv] l'esprit dans la clameur d'un grand cri, parce qu'il souffrait de ne pas porter les péchés de tous les hommes[xlvi].
Et après cela, le voile du temple se déchire, parce qu'à partir de ce moment-là, le peuple est divisé en factions et que l'honneur du voile est ôté en même temps que la garde de l'Ange protecteur. La terre tremble : elle ne pouvait en effet recevoir un tel mort. Les pierres se fendirent, car le Verbe de Dieu et le pouvoir de sa puissance éternelle en pénétrant tout ce qui était résistant et fort en avaient forcé l'accès. Et les tombeaux s'ouvrirent, car les barrières de la mort étaient levées. Et de nombreux corps de saints qui reposaient ressuscitèrent : illuminant en effet les ténèbres de la mort et éclairant l'obscurité des enfers, il enlevait à la mort même ses dépouilles (b) à l'occasion de la résurrection des saints qui se firent voir dans l'immédiat. Et pour rendre plus lourd le crime de l'incroyance chez Israël, le centurion et les gardes observant ce dérèglement de la nature entière, le reconnaissent pour le Fils de Dieu.
 
(a) Jn.,19,30 ; (b) Col.,2,14.
 
Ensevelissement de Jésus [27,55-61]
 
Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance ; elles avaient suivi Jésus depuis les jours de Galilée en le servant ; parmi elles se trouvait Marie de Magdala, Marie la mère de Jacques et de Joseph,etlamèredesfilsde Zébédée.Lesoir venuarrivaunhomme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus.Cet homme alla trouver Pilate et demandale corps de Jésus. Alors Pilate ordonna de lui remettre.
Les actes de Joseph qui, ayant demandé à Pilate de lui rendre le corps de Jésus, l'enveloppe dans un linceul, le dépose dans un tombeau neuf taillé dans la pierre et roule un rocher à l'entrée du tombeau, même s'ils sont dans l'ordre des faits et bien qu'il soit nécessaire d'ensevelir celui qui allait ressusciter d'entre les morts, sont notés un par un, parce qu'ils ne sont pas sans quelque importance. Joseph figure les apôtres et c'est pourquoi, tout en n'ayant pas été au nombre des douze apôtres il est appelé disciple du Seigneur. C'est lui qui enveloppe le corps dans un linceul propre ; et c'est dans cette même toile que nous voyons toutes les espèces d'animaux descendre du ciel devant Pierre (a)[xlvii]. Il n'est peut-être pas excessif de comprendre par là que l'Eglise est ensevelie avec le Christ (b) sous le nom de cette toile, parce que dans cette dernière comme dans la confession de l'Eglise sont assemblées les diverses sortes d'êtres vivants purs et impurs. Ainsi, le corps du Seigneur est comme déposé par l'enseignement des apôtres dans le repos vide et neuf d'une pierre taillée, autrement dit le Christ est déposé comme par l'action de l'enseignement dans le cœur de la dureté païenne, c'est-à-dire brut, neuf et inaccessible auparavant à l'invasion de la crainte de Dieu. Et parce qu'il n'y a que lui qui doit pénétrer dans nos cœurs, une pierre est roulée à l'entrée pour que, comme nul auparavant n'avait été déposé en nous pour promouvoir la connaissance de Dieu, nul ne le fît après lui.
 
(a) Ac.,10,11.12 ; (b) Rm.,6,4 & Col.,2,12.
 
La garde du tombeau [27,62-66]
 
Le lendemain, jour qui suit la Préparation, les grands prêtres et les Pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate [pour lui demander de donner] l'ordre que l'on s'assure du sépulcre jusqu'au troisième jour [...] Pilate leur déclara: "Vous avez une garde. Allez! Assurez-vous du sépulcre comme vous l'entendez".Ils allèrent donc s'assu- rer du sépulcre en scellant la pierre et en y postant un garde
La peur d'un vol du corps, la garde du tombeau et son scellement sont autant de témoignages de sottise et d'incrédulité, parce qu'on a voulu sceller le tombeau de celui qui leur avait enseigné qu'ils le verraient une fois mort sortir du tombeau.
 
 
Jésus n'est plus au tombeau [28,1-15]
 
Après le sabbat, au commencement du premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l'autre Marie vinrent voir le sépulcre. Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre : l'Ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s'assit dessus
Le tremblement de terre au matin du dimanche est la puissance du jour de la Résurrection, lorsque l'aiguillon de la mort écrasé (a) et les ténèbres de celle-ci illuminées, devant la résurrection du Seigneur des vertus célestes, les enfers sont agités d'un tremblement. L'ange du Seigneur descendant du ciel, roulant la pierre, s'asseyant sur le tombeau, manifeste la miséricorde de Dieu le Père qui envoie à son Fils ressuscité des enfers l'assistance des vertus célestes. Et il est le premier à révéler la Résurrection pour que l'annonce de celle-ci fût une manière de servir la volonté du Père. Cependant aussitôt le Seigneur se présente aux femmes encouragées par l'ange et les salue, pour que, devant annoncer la Résurrection aux disciples qui attendaient, elles tiennent ce qu'elles diraient de la bouche du Christ plutôt que de celle d'un ange. Le fait que ce sont d'abord de simples femmes qui voient le Seigneur, le saluent, se jettent à ses genoux, sont invitées à porter la nouvelle aux apôtres, marque le retournement en sens contraire de la responsabilité originelle, dans la mesure où, si la mort avait procédé de leur sexe, celui-ci, par priorité reçoit en contrepartie l'honneur, la vue, le fruit et la nouvelle de la Résurrection.
 
(a) 1 Co.,15,55.
 
COMMENTAIRE PAR ORIGENE
 
Informations principales concernant sa forme, sa date et ses visées 
 
Pour dispenser son enseignement sur les Evangiles, Origène[xlviii] a eu recours à deux modes d'expression : les commentaires pour les évangiles de Jean et de Matthieu, les homélies pour celui de Luc. Les commentaires constituent des études approfondies et dictées à des tachygraphes, alors que les homélies sont prononcées devant le peuple et le contenu de chacune d'elles est limité au texte qui vient d'être lu. Selon toute vraisemblance, les commentaires s'adressent à l'ensemble des croyants de tout niveau et sur ce point ne diffèrent en rien des homélies ; la richesse du contenu est semblable de part et d'autre. En ce qui concerne les dates on a pu déterminer avec assez de précision que les homélies sur Luc avaient été prononcées au début du second séjour d'Origène à Césarée, soit vers 235, alors qu'il était âgé de 50 ans. Les commentaires sur Jean dateraient de la même époque tandis que ceux sur Matthieu seraient intervenus 10 ans plus tard (v.245).
La lecture du Commentaire sur Matthieu, qui seul nous intéresse ici, montre que cet évangile a fourni à l'auteur un grand nombre d'idées importantes, en particulier celles qui concernent sa notion de la pédagogie divine.
< Voilà qui permet à Robert Girod[xlix] de penser que, depuis longtemps, il vit dans l'intimité de Matthieu et que s'il a commenté Jean préalablement, c'est qu'il avait eu alors à réfuter les gnostiques. Sans doute l'hérésie ne s'était-elle pas effondrée sous les coups qu'il lui avait portés. Elle demeurait très vivace encore à l'époque où il commenta Matthieu. Et il ne se priva pas d'utiliser le premier évangile, familier aux cercles gnostiques, pour combattre leurs thèses, en particulier celles concernant l'unité des deux Alliances et la fameuse théorie des "natures d'âmes"[l]. Mais il savait que "Matthieu avait écrit pour les Juifs" et que son évangile s'était toujours révélé particulièrement utile dans la réfutation de leurs erreurs. Et c'est sans doute parce que l'affrontement entre Chrétiens et Juifs connaissait une certaine recrudescence que ce Commentaire sur Matthieu était devenu indispensable >.
Cet ouvrage est bien loin de nous être parvenu en son entier puisque seuls les Livres X à XVII ont échappé à la destruction. Ils ont été puisés dans deux manuscrits "indépendants l'un de l'autre" et cependant "étroitement parents"[li].  
Les extraits qui suivent proviennent de la traduction française de R. Girod des Livres X et XI, incluant les péricopes 13,36 à 15,39 de Matthieu.
 
Le trésor et la perle [13,44-46]
 
Le Royaume des cieux est comparable à un trésor qui était caché dans un champ et qu'un homme a découvert;ille cache à nouveau et, dans sa joie, il s'en va, met en vente tout ce qu'il a, et achète ce champ. 
C'est le moment d'examiner, d'un côté, le champ et, de l'autre, le trésor caché dans le champ, et de se demander comment il se fait qu'après "avoir trouvé ce trésor caché, l'homme, dans sa joie, s'en va et vend tout ce qu'il possède, afin d'acheter ce champ". Il faut aussi se demander ce que représentent les biens qu'il vend. A mon avis, dans le contexte, le champ c'est l'Ecriture plantée[lii] (a) dans ce qu'il y a d'apparent parmi les textes des livres historiques, de la loi, des prophètes et de toutes les pensées divines[liii] - car c'est une plantation abondante et variée que celle des textes de l'Ecriture entière -, et le trésor caché dans le champ, ce sont les pensées secrètes et enfouies sous ce qui est apparent, venues de la sagesse "demeurée voilée dans le mystère"(b) et dans le Christ en qui se trouvent cachés les trésors de la sagesse et de la connaissance (c)[liv]. On pourrait dire aussi que le "champ" véritablement "comblé que le Seigneur a béni"[lv](d), c'est le "Christ de Dieu" (e), et que le trésor caché en lui, c'est ce qui, selon Paul, a été caché dans le Christ, car il a dit au sujet du Christ qu'"en lui sont cachés les trésors de la sagesse et de la connaissance"[lvi]. Donc les réalités célestes et le royaume des cieux ont été écrits comme en image[lvii], par les Ecritures qui sont le royaume des cieux, ou bien le Christ lui-même, le roi des siècles, est ce royaume des cieux comparé au trésor caché dans le champ.
 
Parvenu à ce point de mon développement, tu chercheras si le royaume des cieux est comparé seulement au trésor caché dans le champ, si bien qu'on comprendrait le champ comme différent du royaume, ou s'il est comparé tout à la fois au champ et au trésor caché dans le champ, si bien que le royaume des cieux serait, selon la similitude, en même temps le champ et le trésor caché dans le champ. Survient alors un homme dans ce champ, qu'il s'agisse des Ecritures ou du Christ, constitué par ce qui est apparent et ce qui est caché, il y trouve caché le trésor de la sagesse, soit dans le Christ soit dans les Ecritures - car, en parcourant le champ, en scrutant les Ecritures (f), et en cherchant à comprendre le Christ, il trouve le trésor qui est en lui -, après l'avoir trouvé, il le cache, n'estimant pas sans danger que les pensées secrètes des Ecritures ou les "trésors de la sagesse et de la connaissance" contenus dans le Christ (g) apparaissent aux premiers venus[lviii], et l'ayant caché il s'en va, s'affaire pour trouver le moyen d'acheter le champ, c'est-à-dire les Ecritures, en vue d'en faire sa propriété, car du domaine divin, il a reçu "les oracles de Dieu", qui avaient d'abord été confiés aux Juifs (h). Et quand le disciple du Christ a acheté le champ, ceux-ci sont dépouillés du "royaume de Dieu", qui, selon une autre parabole, est une vigne, et il est donné à "une nation qui en tire du fruit", à celui qui, par la foi, a acheté le champ, grâce à la vente de tous ses biens, et au dépouillement de tout ce qu'il possédait auparavant - c'est le mal qu'il possédait[lix]. Tu aboutiras à la même conclusion, si le champ qui contient le trésor caché est le Christ : ceux en effet qui "ont tout quitté pour le suivre", dans un autre sens, ont, pour ainsi dire, vendu leurs biens[lx], afin que, en les vendant, en s'en dépouil- lant et en y renonçant pour faire, grâce au secours divin[lxi], un choix magnifique, ils achètent au prix fort et selon l'estimation du champ, ce champ contenant le trésor qui s'y trouve caché.
 
(a) 2 Mc.,1,29 ; (b)1 Co.,2,7 ; (c) Col.,2,3 ; (d) Gn.,27,27 ; (e) Lc.,9,20 ; (f) Jn.,5,39 ; (g) Col.,2,3 ; (h) Rm.,3,2.  
 
Le Royaume des cieux est encore comparable à un marchand qui cherche de belles perles. Ayant trouvé une perle de grand prix, il s'en est allé vendre tout ce qu'il avait, et il l'a achetée.
Tu rapprocheras de ce passage : "qui cherche de belles perles", les suivants : "Cherchez et vous trouverez", et "qui cherche trouve". Car à propos de quoi est-il dit : "cherchez" ou "qui cherche trouve" ? Oserai-je dire qu'il s'agit des perles et de la perle, celle que se procure celui qui a tout donné et accepté de tout perdre , celle à cause de laquelle Paul dit : "J'ai voulu tout perdre pour gagner le Christ (a) ? et quand il dit "tout", ce sont les belles perles, et "pour gagner le Christ", c'est l'unique perle de grand prix. Or elle est précieuse la lampe pour ceux qui sont dans les ténèbres, et l'on a besoin de lampe (b), en attendant que se lève le soleil ; précieuse aussi la gloire dont rayonne le visage de Moïse (c), ainsi que celui des autres prophètes, à mon avis du moins, et c'est un beau spectacle, car elle nous conduit à la possibilité de voir la gloire du Christ, à laquelle le Père rend témoignage en disant : "Celui-ci est mon fils, mon aimé, en qui je me suis complu". mais "ce qui a été glorifié de cette manière partielle perd sa gloire, en vue d'une gloire supérieure (d)", et nous avons besoin, dans un premier temps , d'une gloire qui accepte d'être "abolie en faveur d'une gloire supérieure (e)", de même que nous avons besoin d'une connaissance "partielle" qui sera "abolie quand viendra le parfait (f)". Ainsi toute âme qui accède à la première enfance et chemine "vers la perfection" (g), a besoin, en attendant que s'installe en elle "le plérôme des temps"(h)[lxii], d'un pédagogue, d'économes et d'intendants (i), afin que, après tout cela, celui qui d'abord ne diffère en rien d'un esclave, alors qu'il est maître de tout"(j), reçoive une fois affranchi, de la main du pédagogue, des économes et des intendants, son patrimoine, analogue à la pierre de grand prix et au "parfait" qui vient et abolit ce qui était partiel (k), au moment où il sera capable d'accéder "au degré supérieur de la connaissance du Christ" (l), après s'être exercé aux connaissances - il faut les nommer ainsi - qui sont dépassées par la connaissance du Christ[lxiii]. Mais la masse qui n'a pas compris la beauté des nombreuses perles de la loi, ni la connaissance encore partielle répandue dans les prophéties (m), se figure qu'elle peut, sans que celles-ci soient éclairées et saisies parfaitement, trouver l'unique perle de grand prix et contempler "le degré supérieur de la connaissance du Christ jésus", en comparaison duquel, tout ce qui précède cette connaissance si élévée et si parfaite, sans être par sa nature propre "de l'ordure" (n), apparaît comme telle, car on peut le comparer au fumier que le vigneron jette au pied du figuier, pour lui faire produire du fruit (o).     
 
"Donc il y a un temps pour tout, et un moment favorable pour toute oeuvre, sous le ciel (p)", et il y a le "moment où l'on rassemble les pierres" (q) - les belles perles - et, après ce rassemblement, celui où l'on trouve l'unique perle de grand prix, quand il convient de s'en aller vendre tout ce qu'on possède pour acheter cette perle[lxiv]. De même en effet que tout homme qui veut devenir sage dans la doctrine de la vérité, devra, dans un premier temps apprendre les rudiments[lxv], progresser dans la connaissance de ces rudiments, attacher beaucoup de prix à ces rudiments, sans pour autant en demeurer à ces rudiments sous prétexte qu'il les a appréciés dans ses débuts, mais progresser jusqu'à la perfection" (r), tout en témoignant sa reconnaissance à cette initiation, car elle a été nécessaire dans une première étape, de même la loi et les prophètes compris parfaitement, sont des rudiments qui conduisent à la parfaite compréhension de l'Evangile et à l'intelligence totale des actes et des paroles du Christ Jésus. 
 
(a) Ph.,3,8 ; (b) Lc.,1,79 ; (c) 2 Co.,3,7 & Ex.,34,29-35 ; (d) 2 Co.,3,10 ; (e) 2 Co.,3,11 ; (f) 1 Co.,13,10 ; (g) He.,6,1 ; (h) Ga.,4,4 ; (i) Ga.,4,2 ; (j) Ga.,4,1 ; (k) 1 Co.,13,10 ; (l) Ph.,3,8 ; (m) 1 Co.,13,9 ; (n) Ph.,3,8 ; (o) Lc.,3,8.9 ; (p) Quo.,3,1 ; (q) Quo.,3,5 ; (r) He.,6,1.
 
Le filet [13,47-50]
 
Le Royaume des cieux est encore comparable à un filet qu'on jette en mer et qui ramène toute sorte de poissons.
De même que, lorsqu'il s'agit de tableaux et de statues, les similitudes ne sont pas des similitudes totales à l'égard des objets qui leur ont servi de modèles...de même, réfléchis, je t'en prie, au fait que, dans les similitudes de l'Evangile, le royaume des cieux, comparé à quelque objet, ne lui est pas comparé pour toutes les propriétés des objets de la comparaison, mais pour quelques unes nécessaires à l'enseignement donné[lxvi]. C'est ainsi que, dans ce passage, "le royaume des cieux est semblable à un filet jeté dans la mer", non pas dans le sens où l'entendent certains[lxvii] qui prétendent découvrir sous ces mots, l'existence de natures différentes de méchants et de justes capturés dans le filet, au point de croire qu'à cause du passage "qui rassemble toute espèce de poissons", il y a des natures nombreuses et différentes de justes, aussi bien que de méchants ; car une telle interprétation est contredite par toutes les Ecritures qui révèlent le libre-arbitre[lxviii] et qui accusent les pécheurs, tandis qu'elles approuvent ceux qui se conduisent bien, et il serait injuste que le blâme accompagnât les uns, à cause de leur espèce mauvaise qui se trouverait telle par nature, ou la louange les autres à cause de leur espèce supérieure. Car s'il y a de mauvais et de bons poissons, la cause n'en est pas dans leur âme de poisson, mais dans le fait que connaît la Parole quand elle dit : "Que les eaux produisent des reptiles vivants (a)"! et aussi quand "Dieu fit les monstres marins et tous les êtres rampants que les eaux produisirent selon leur espèce (b), sans que leur âme y fût pour rien.
 
Quand le filet est plein, on le tire sur le rivage, puis on s'assied, on ramasse dans les corbeilles ce qui est bon et l'on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde.
Maintenant, au contraire, nous sommes nous-mêmes responsables, si nous appartenons à une espèce bonne et digne d'entrer dans les corbeilles dont parle le texte, ou bien à des espèces mauvaises qui méritent d'être jetées au loin ; car ce n'est pas notre nature qui, en nous, est cause du mal, mais notre libre-arbitre qui fait le mal sans contrainte. De même, ce n'est pas non plus notre nature qui est cause de notre justice, comme si elle était incapable de péché, mais c'est la parole que nous avons reçue (c) qui façonne les justes : et de fait, quand il s'agit des espèces aquatiques, il n'est pas possible de les voir passer d'une mauvaise qualité, en tant qu'espèce de poisson, à une qualité supérieure, ni, de meilleurs qu'ils étaient, devenir plus mauvais, tandis que, lorsqu'il est question des hommes, on peut toujours voir les justes ou les méchants faire effort pour passer du mal à la vertu, ou bien se laisser glisser du progrès vers la vertu à la déchéance vers le mal[lxix].
Ceci étant dit, il faut penser que "le royaume des cieux" est comparé "à un filet jeté dans la mer et rassemblant toute espèce de poissons", pour montrer la diversité du libre-arbitre chez les hommes, car ils manifestent les plus grandes différences, de sorte que se réalise l'expression : "il ramène (des hommes) de toute espèce", méritant louange ou blâme, selon qu'ils sont enclins aux formes des vertus ou à celles des vices[lxx]
Et c'est à l'entrelacement varié d'un filet qu'est comparé[lxxi] le royaume des cieux, car elles sont tressées de pensées diverses et variées, les Ecritures anciennes et nouvelles. De même que les poissons capturés par le filet sont découverts tantôt dans un endroit de ce filet, tantôt dans un autre, et chacun sous la maille qui l'a maîtrisé, de même tu découvrirais aussi, à propos de ceux qui sont venus dans le filet des Ecritures, que certains ont été maîtrisés par l'entrelacement prophétique, par exemple celui d'Isaïe, dans tel de ses textes, ou de jérémie, ou de Daniel, d'autres par celui de la Loi, d'autres par celui de l'Evangile, et d'autres par les écrits de l'Apôtre. Au début, en effet, quand quelqu'un est pris par la Parole ou semble l'être, c'est par une partie seulement de l'ensemble du filet qu'il est retenu[lxxii]. Mais il n'est pas absurde[lxxiii] de penser que quelques uns des poissons pris sont prisonniers de tout l'entrelacement du filet des Ecritures, et que, retenus de tous côtés et maîtrisés, incapables de s'enfuir, mais, pour ainsi dire, asservis de toutes parts, ils ne sont plus libres d'échapper au filet. Ce filet a été "jeté dans la mer", dans la vie des hommes de l'univers entier, agitée par les flots, (dans lesquels ils sont ballottés), nageant parmi les réalités saumâtres de la vie. Mais ce filet, avant notre Sauveur Jésus, n'était pas totalement achevé : il manquait en effet à l'entrelacement de la loi et des prophètes, celui qui a dit: "Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour achever". Et l'entrelacement du filet a été achevé dans les évangiles et dans les enseignements du Christ transmis par les Apôtres. Voilà donc pourquoi "le royaume des cieux est semblable à un filet, jeté dans la mer, qui rassemble toute espèce de poissons".         
Mais, en plus de ce que nous venons de dire, le texte : "Rassemblant toute espèce de poissons" peut signifier l'appel des nations (d) de toute race[lxxiv]. Ceux qui sont au service "du filet jeté dans la mer", c'est le Seigneur du filet, Jésus-Christ, ainsi que les anges qui s'approchent pour le servir, et qui ne retirent pas le filet de la mer pour le traîner, loin d'elle, sur le rivage des réalités étrangères à cette vie, si le filet n'est pas rempli, c'est-à-dire si le "plérôme des nations" (e) n'est pas entré dans ses mailles. Mais quand il y est entré, alors ils le tirent loin des réalités d'ici-bas, le portent sur ce qui est représenté par le rivage.
 
Les anges surviendront et sépareront les mauvais d'aveclesjustes, et ils les jetteront dans la fournaise de feu;là seront les pleurs et les grincements de dents.
Là, (sur le rivage), se mettront au travail ceux qui l'auront tiré et qui, assis sur le long du rivage où ils seront installés, placeront chacun des bons poissons pris dans le filet, à la place qui lui revient dans ce qui est appelé ici leurs corbeilles, et, ceux qui sont dans des dispositions contraires et appelés de mauvais poissons, ils les jetteront dehors. Ce "dehors", c'est la fournaise de feu, selon l'interprétation du Sauveur : "Ainsi en sera-t-il à la consommation du siècle : arriveront les anges qui sépareront les méchants du milieu des justes, et les jetteront dans la fournaise de feu. Du reste il faut remarquer que, déjà, par la parabole de l'ivraie et la précédente similitude, nous apprenons que les anges doivent rece- voir mission de juger et séparer les méchants des justes, car il est dit plus haut que "le Fils de l'homme enverra ses anges et (qu') ils recueilleront, dans son royaume, tous les scandales et ceux qui commettent l'impiété, pour les jeter dans la fournaise de feu : là il y aura des pleurs et des grincements de dents". Ici il est dit que "viendront les anges, qui sépareront les méchants du milieu des justes et les jetteront dans la fournaise de feu".
Voilà qui contredit l'opinion de certains, pour qui les anges, même saints, sont inférieurs aux hommes sauvés dans le Christ. Comment en effet pourrions-nous comparer ceux qui sont jetés par les saints anges dans les corbeilles à ceux qui les jettent dans ces corbeilles, puisqu'ils sont placés sous leur autorité ? Nous le disons d'ailleurs sans ignorer que certains anges, auxquels une telle mission n'a pas été confiée - et encore non pas tous -, sont inférieurs aux hommes qui seront sauvés dans le Christ ; car nous aussi nous avons lu le texte : "sur lesquelles des anges désirent se pencher (f)[lxxv]", où il n'est pas dit : "tous les anges". Nous savons aussi que "nous jugerons des anges (g)", sans qu'il soit dit "tous les anges[lxxvi]".
Après cette explication sur le filet et ceux qui se trouvent dans le filet, quiconque veut qu'avant "la consommation du siècle", et sans attendre que "les anges viennent séparer les méchants du milieu des justes", il n'y ait pas sous le filet, des "méchants de toute espèce", semble n'avoir pas compris l'Ecriture et désirer l'impossible[lxxvii]. Ne soyons donc pas surpris, si, avant "la séparation des méchants du milieu des justes", par les anges délégués à cette tâche, nous voyons aussi les méchants présents en grand nombre dans nos assemblées. Mais puissent-ils n'être pas plus nombreux que les justes, ceux qui seront jetés "dans la fournaise de feu"!
D'ailleurs puisque nous avons dit, en commençant, que l'interprétation des paraboles et des similitudes ne s'attache pas à tous les détails de ces paraboles et de ces similitudes, mais seulement à quelques-uns, nous devons également démontrer, dans la suite de notre exposé, que, lorsqu'il s'agit des poissons, en ce qui concerne leur vie, c'est un malheur qui leur arrive quand ils sont découverts dans le filet - car c'est de la vie que leur a donnée leur nature qu'ils sont privés, et, qu'ils soient placés dans les corbeilles ou jetés au loin, il n'y a pas pour eux de destin plus funeste que de perdre leur vie de poissons. Au contraire, selon l'interprétation de la parabole, c'est un malheur de se trouver dans la mer et de ne pas entrer dans le filet pour être placé dans les corbeilles avec les bons[lxxviii]. De même, les poissons de mauvaise qualité, on s'en débarasse et on les jette au loin, mais les méchants que concerne la similitude proposée, sont "jetés dans la fournaise de feu", afin que ce qu'a écrit Ezéchiel au sujet de la fournaise leur arrive à eux aussi: "Et la parole de Dieu me parvint disant : Fils d'homme, voici que pour moi tous les habitants de la maison d'Israël sont devenus un mélange d'airain et de fer (h)..., et la suite, jusqu'à : ...et vous saurez que moi, le Seigneur, j'ai déversé ma colère sur vous (i)".
 
(a) Gn.,1,20 ; (b) Gn.,1,21 ; (c) Mc.,4,20 ; (d) Lc.,2,32 ; (e) Rm.,11,25 ; (f) 1 P.,1,12 ; (g) 1 Co.,6,3 ; (h) Ez.,22,17 ; (i) Ez.,22,22.
 
Jésus rejeté à Nazareth [13,53-58]
 
Or quand Jésus eut achevé ces paraboles il partit de là. Etant venu dans sa patrie, il enseignait les habitants dans leur synagogue de telle façon que, frappés d'étonnement, ils disaient : "D'où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?
Remarque que c'est hors de sa patrie qu'il parle en paraboles et seulement "lorsqu'il les eut terminées, qu'il quitta cet endroit pour aller dans sa patrie, où il les enseignait dans leur synagogue". Marc dit de son côté : "Et il alla dans sa patrie et ses disciples le suivent (a)[lxxix]. Il convient donc de se demander, devant ce texte, s'il désigne Nazareth comme sa patrie ou Bethléem : Nazareth car "il sera appelé Nazaréen". Bethléem puisque c'est là qu'il est né. Je me pose aussi la question de savoir si, alors que les évangélistes pouvaient dire : il alla à Bethléem, ou il alla à Nazareth, ils ne l'ont pas fait mais ont parlé "de sa patrie", pour donner quelque enseignement spirituel dans ce passage qui concerne sa patrie, c'est-à-dire la Judée[lxxx] entière dans laquelle il a été méprisé, selon la parole : "Un prophète n'est méprisé que dans sa patrie". Et si l'on remarque que Jésus-Christ, "scandale pour les Juifs" (b), chez qui, jusqu'à nos jours, il est persécuté (c)[lxxxi], est "proclamé parmi les nations où l'on croit en lui (d), car "sa parole a couru jusqu'aux extrémités du monde (e)[lxxxii]", on s'apercevra que Jésus, dans sa patrie n'était pas honoré, mais que chez les "étrangers aux alliances (f)", les nations, il est honoré. Quels enseignements donnait-il, quand il parlait dans leur synagogue ? les évangélistes ne l'ont pas écrit, pourtant ils disent qu'ils étaient si pleins de grandeur et de beauté "que tous étaient stupéfaits" ; il est probable aussi que ce qu'il a dit était au-dessus de ce qu'ils ont écrit. Cependant c'est dans leur synagogue qu'il enseignait, car il ne se séparait pas d'elle, pas plus qu'il ne la rejetait[lxxxiii].  
Quant à l'exclamation : "D'où lui vient cette sagesse ?", elle montre clairement la sagesse supérieure et éclatante des paroles de Jésus, qui a mérité l'éloge : "Et il y a ici plus que Salomon". Et les miracles qu'il a accomplis étaient plus grands que ceux d'Elie et d'Elisée, plus grands même que ceux, plus anciens, de Moïse et de Jésus fils de Navé. Ils disaient, ces gens qui s'étonnaient, car ils ne savaient pas qu'il était né d'une vierge ou ne le croyaient pas, même si on le leur disait, mais supposaient qu'il était fils de Joseph l'artisan: "N'est-il pas le fils de l'artisan ?" Et pleins de mépris pour tout ce qui paraissait être sa proche parenté, ils disaient : "Sa mère ne s'appelle-t-elle pas Marie, et ses frères, Jacques, Joseph, Simon et Jude ? Et ses soeurs ne sont-elles pas toutes chez nous ?" Ils le prenaient donc pour le fils de Joseph et de Marie. Quant aux frères de Jésus, certains prétendent, en s'appuyant sur l'évangile intitulé "selon Pierre"[lxxxiv], ou sur le livre de Jacques, qu'ils seraient les fils de Joseph, nés d'une première femme qu'il aurait eue avant Marie. Les tenants de cette théorie veulent sauvegarder la croyance en la virginité perpétuelle de Marie[lxxxv], n'acceptant pas que ce corps, jugé digne d'être au service de la parole disant : "L'Esprit de sainteté viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre (g)", connût la couche d'un homme après avoir reçu "l'Esprit de sainteté et la puissance descendue des hauteurs, qui la couvrit de son ombre". Pour moi je pense qu'il est raisonnable de voir en Jésus les prémices de la chasteté virile dans le célibat, et en Marie celles de la chasteté féminine ; il serait en effet sacrilège d'attribuer à une autre qu'elle ces prémices de la virginité.
Jacques, c'est celui dont Paul dit, dans son Epître aux Galates, qu'il lui a rendu visite, car il écrit : "Je n'ai vu aucun des apôtres, si ce n'est Jacques, le frère du Seigneur (h)". - Tel fut l'éclat dont Jacques brilla, au milieu du peuple, par sa sainteté, que Flavius Josèphe, l'auteur des Antiquités Juives en vingt volumes, voulant établir la cause des épreuves que souffrit le peuple juif et qui aboutirent à la destruction du temple, disait que tout cela leur était arrivé parce que Dieu, dans sa colère, les punissait de ce qu'ils avaient osé faire subir à Jacques, le frère de Jésus, qu'on appelle Christ. Et "ce qu'il y a d'étonnant (i)", c'est que, tout en n'ayant pas admis que notre Jésus était le Christ, il n'en ait pas moins rendu témoignage à la sainteté si extraordinaire de Jacques[lxxxvi]. Il dit aussi que le peuple croyait avoir supporté ces souffrances à cause de Jacques. Jude, de son côté, a écrit une épître qui ne compte que quelques versets, mais qui est remplie de paroles efficaces de la grâce céleste ; dans son prologue il a dit : "Jude, serviteur de Jésus-Christ et frère de Jacques (j)". Sur Joseph et Simon nous n'avons, quant à nous, rien découvert.
Les mots : "Et ses soeurs ne sont-elles pas toutes chez nous ?" me semblent avoir la signification suivante : leur sagesse est la nôtre, non pas celle de Jésus, et il n'y a rien en elles qui nous soit étranger, dont la compréhension soit difficile, comme en Jésus. Il est possible qu'à travers ces mots se manifeste un doute sur la nature de Jésus, qui ne serait pas un homme, mais un être supérieur, puisque, tout en étant comme ils le croyaient, fils de Joseph et de Marie, tout en ayant quatre frères, aussi bien d'ailleurs que de soeurs, il ne ressemble à aucun de ses proches, et que, sans avoir reçu d'instruction, sans avoir eu de maître, il a atteint un tel degré de sagesse et de puissance. Et de fait, ils disent ailleurs : "Comment celui-ci connaît-il ses lettres, sans avoir étudié (k)"?
 
"D'où lui vient donc tout cela ?" Et il était pour eux une occasion de chute. 
Pourtant ceux qui parlaient ainsi, pleins d'un tel doute et d'un tel étonnement, bien loin de croire, se scandalisaient à son sujet comme si les yeux de leur intelligence étaient asservis (l) par des puissances dont il devait triompher (m) sur le bois, au moment de sa passion.
 
(a) Mc.,4,11 ; (b) 1 Co.,1,23 ; (c) Ac.,9,5 ; (d) 1 Tm.,3,16 ; (e) Rm.,10,18 & 1 Th.,3,1 ; (f) Ep.,2,12 ; (g) Lc.,1,35 ; (h) Ga.,1,19 ; (i) Jn.,9,30 ; (h) Jude,1,1 ; (k) Jn.,7,15 ; (l) Lc.,24,16 ; (m) Col.,2,15.
 
Premièremultiplicationdespains:Jésusnourritcinq mille hommes [14,13-21]
 
A la nouvelle de la mort de Jean Baptiste, Jésus se retira de là en barque vers un lieu désert, à l'écart. L'ayant appris les foules le suivirent à pied de leurs diverses villes. En débarquant il vit une grande foule ; il fut pris de pitié pour eux et guérit leurs infirmes. Le soir venu, les disciples s'approchèrent de lui et lui dirent : "L'endroit est désert et déjà l'heure est tardive ; renvoie donc les foules ; qu'elles aillent dans les villages s'acheter des vivres.
"C'est le soir venu que s'approchèrent de lui ses disciples", c'est-à-dire à la consommation du siècle, au moment où l'on peut dire justement que "la dernière heure est là"(a), celle dont il est question dans l'Epître de Jean ; eux ne comprenant pas encore ce que le Logos allait faire, ils lui dirent que "l'endroit était désert", car ils constataient l'absence de la loi et de la parole divines parmi les masses. Ils ajoutent que "l'heure est déjà avancée", comme si s'en était allé le temps favorable[lxxxvii] de la loi et des prophètes. Peut-être parlaient-ils ainsi parce qu'ils s'exprimaient en langage spirituel, que Jean avait été décapité et que la loi et les prophètes qui avaient duré jusqu'à Jean (b), avaient pris fin. L'heure est donc avancée, disent-ils, et il n'y a pas ici de nourriture, car il n'est plus, le temps favorable de celle-ci, qui eût fait que ceux qui l'ont suivi dans le désert fussent soumis à la loi et aux prophètes. Et les disciples ajoutent : "Congédie-les donc", afin que chacun, s'il n'est plus possible de s'en procurer dans les villes, achète de quoi manger dans les villages, lieux plus méprisés[lxxxviii]. Les disciples parlaient ainsi parce qu'ils ignoraient que les foules allaient découvrir, après l'abrogation de la lettre de la loi et la cessation des prophéties, des nourritures extraordinaires et nouvelles. Quant à Jésus, considère ce qu'il répond aux disciples, presque en criant, et dans un langage clair : Vous, vous croyez que, si elle s'éloigne de moi, cette foule nombreuse, qui a besoin de nourriture, en trouvera dans les villages, plutôt qu'auprès de moi, et dans les agglomérations humaines, non pas celles des villes, mais celles des campagnes, plutôt qu'en demeurant en ma compagnie. Mais, moi, je vous déclare que, ce dont vous croyez qu'ils ont besoin, ils n'en ont pas besoin, car il ne leur est pas nécessaire de s'en aller ; mais celui dont, à votre avis, ils n'ont nul besoin, c'est-à-dire moi - car vous croyez que je suis incapable de les nourrir - c'est de lui contrairement à votre attente, qu'ils ont besoin.  
 
Mais Jésus leur dit : "elles n'ont pas besoin d'y aller : donnez-leur vous mêmes à manger".
Donc, puisque, par mon enseignement, je vous ai rendus capables de donner, à ceux à qui elle fait défaut, la nourriture spirituelle, c'est à vous de donner à manger aux foules qui m'ont accompagné : car vous possédez, puisque vous l'avez reçue de moi, la puissance de donner à manger aux foules et, si vous en aviez tenu compte, vous auriez compris que moi, je puis les nourrir bien davantage et vous n'auriez pas dit : "Congédie les foules, pour qu'elles aillent s'acheter de quoi manger"[lxxxix]. Ainsi Jésus, parce qu'il a donné à ses disciples la puissance de nourrir même les autres, leur dit : "C'est à vous de leur donner à manger". Pour eux, sans nier le pouvoir qu'ils ont de donner les pains, ils se croient portant trop démunis et incapables de nourrir ceux qui ont accompagné Jésus, car ils ne voient pas que Jésus, en prenant chaque pain ou chaque parole, l'accroît autant qu'il le peut et lui donne de suffire à tous ceux qu'il veut nourrir, et ils disent : "Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons", cinq, parce que, peut-être, en langage énigmatique[xc], les cinq pains sont les sens perceptibles des Ecritures, qui, à cause de cela, sont au nombre de cinq, comme les cinq sens, quant aux deux poissons, ils désignent soit le sens exprimé et le sens intérieur, comme s'il s'agissait de l'aliment des sens contenus dans les Ecritures, soit peut-être la parole parvenue jusqu'à eux concernant le Père et le Fils. C'est pourquoi lui aussi "mangea du poisson grillé"(c), après sa résurrection, "recevant un morceau"(d) de la main de ses disciples et accueillant ce qu'ils pouvaient lui annoncer "partiellement" (e), de la doctrine concernant le Père. Voilà donc ce que nous avons pu découvrir sur la signification des cinq pains et des deux poissons[xci] ; mais, vraisemblablement ceux qui, mieux que nous, pourraient comprendre les cinq pains et les deux poissons, parviendraient, à ce sujet, à une explication plus complète et plus satisfaisante.
Il faut noter cependant que les disciples disent : "qu'ils ont cinq pains et deux poissons", selon Matthieu, Marc (f) et Luc (g), sans préciser qu'il s'agit de pain de blé ou d'orge ; Jean est le seul à dire que c'étaient des pains d'orge, et c'est peut-être la raison pour laquelle les disciples n'avouent même pas, dans l'évangile de Jean, qu'ils sont en leur possession, mais, selon cet Evangéliste, ils disent "qu'il y a ici un jeune garçon qui a cinq pains d'orge et deux petits poissons"(h). Or, tant que les disciples n'apportaient pas à Jésus ces cinq pains et ces deux poissons, ils n'étaient ni accrus, ni multipliés et ne pouvaient nourrir un plus grand nombre de personnes.
 
Et ayant donné l'ordre aux foules de s'installer sur l'herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons et, levant les yeux vers le ciel, il prononça la bénédiction ; puis rompant les pains, il les donna aux disciples et les disciples aux foules.
[Ainsi, quand] le Seigneur les eut pris, d'abord il leva les yeux au ciel, comme si, par l'acuité de son regard, il faisait descendre d'en-haut une puissance qui allait pénétrer les pains et les poissons destinés à nourrir les cinq milles personnes, après quoi il bénit les cinq pains et les deux poissons, les accroissant et les multipliant par sa parole et sa bénédiction[xcii], et, en troisième lieu, il les partagea, les rompit et les donna à ses disciples, pour que ceux-ci les servissent aux foules.
 
Ils mangèrent tous et furent rassasiés ; et l'on remporta ce qui restait des morceaux : douze couffins pleins. Or ceux qui avaient mangéétaientenvironcinq mille hommes,à l'exclusiondesfemmes et des enfants.
Alors les pains et les poissons suffirent, si bien que tous en mangèrent à satiété et que l'on ne put manger de tous les pains qui avaient été bénits[xciii]. Car ce que les foules laissèrent, ce n'est pas ce qu'elles avaient auprès d'elles, mais ce qui se trouvait près des disciples, capables de recueillir les morceaux qui restaient, pour les mettre dans des couffins qui se remplissaient du superflu et dont le nombre égalait celui des tribus d'Israël. Or il est écrit, à propos de Joseph, dans les Psaumes : "Ses mains furent au service dans le couffin (i)[xciv]", mais, à propos des disciples de Jésus : ils ramas- sèrent les morceaux qui restaient", les douze à ce que je crois, remplissant douze couffins, non pas à moitié, mais jusqu'aux bords. Jusqu'à maintenant, je le crois, et jusqu'à la consommation du siè- cle, les douze couffins pleins des morceaux du "pain vivant" (j), que les foules sont incapables de manger, restent auprès des disci- ples de Jésus, qui sont supérieurs aux foules. Ceux qui mangèrent des cinq pains, avant que les douze couffins eussent recueilli les restes, avaient un point commun avec le chiffre cinq, car ils avaient les premiers atteint les nourritures sensibles, et c'est pourquoi ils étaient cinq mille[xcv], ou bien encore les convives avaient atteint ces nourritures sensibles, parce que, eux aussi, c'est de celui qui avait levé les yeux au ciel qu'ils les tenaient, de celui qui les avait bénites et rompues ; et ce n'étaient ni des enfants, ni des femmes, mais des hommes. Car il y a aussi des dif-férences, je crois, parmi les nourritures sensibles, si bien que certaines d'entre elles appartiennent à ceux qui ont abrogé, "ce qui est de l'enfant (k)", alors que d'autres appartiennent à ceux qui sont encore enfants et charnels, "dans le Christ"(l).   
Voilà ce que nous avions à dire sur : "Ceux qui avaient mangé étaient au nombre de cinq mille hommes à l'exclusion des femmes et des enfants", passage d'ailleurs à double sens : ou bien, en effet, ceux qui avaient mangé étaient des hommes, au nombre de cinq mille, et il n'y avait pas, parmi les convives, ni enfant, ni femme, ou bien les hommes à eux seuls étaient cinq mille sans compter les enfants ni les femmes. Certains ont donc compris, comme nous l'avons dit en premier lieu, que ni enfants ni femmes n'avaient eu accès à ce qui avait été accru et multiplié à partir des cinq pains et des deux poissons. Mais on pourrait dire que, alors que beaucoup avaient mangé et pris leur part des pains de bénédiction (m) dans la mesure de leur dignité et de leur capacité, ceux qui méritaient d'être comptés, à l'exemple des Israélites de vingt ans recensés dans le Livre des Nombres (n), c'étaient les hommes ; et ceux qui ne méritaient pas d'être ainsi recensés et comptés, c'étaient des enfants et des femmes[xcvi]. Mais, je t'en prie, interprète de manière allégorique le mot "enfants" selon le passage : "Je n'ai pu vous parler comme à des êtres spirituels, mais comme à des êtres charnels, comme à de petits enfants dans le Christ", ainsi que le mot "femmes" selon le texte : "Je veux vous présenter tous au Christ, comme une vierge pure (o)"[xcvii], et le mot "homme", selon ce qui est écrit : "Quand je suis devenu un homme, j'ai abrogé ce qui était du petit enfant (p)".
 
Mais ne laissons pas de côté, sans l'expliquer, le passage : "Il donna aux foules l'ordre de s'étendre sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, leva les yeux au ciel, bénit, rompit et donna ces pains aux disciples et ceux-ci aux foules et ils mangèrent tous".
Que signifient en effet ces mots : "Il donna à toutes ces foules l'ordre de s'étendre sur l'herbe", et quel enseignement digne de l'ordre de Jésus pouvons-nous tirer de ce passage ? Je crois qu'"il a donné aux foules l'ordre de s'étendre sur l'herbe" - dans le sens de la parole d'Isaïe : "Toute chair est comme l'herbe (q)" -, c'est-à-dire de dominer la chair et de soumettre "l'orgueil de la chair" (r), pour qu'ainsi on puisse avoir part aux pains que Jésus bénit[xcviii].
Ensuite il y a diverses catégories de gens qui ont besoin de la nourriture donnée par Jésus, car tous ne sont pas nourris des mêmes enseignements, et je pense que c'est la raison pour laquelle Marc a écrit : "Et il leur donna à tous l'ordre de s'étendre, groupes par groupes, sur l'herbe verte. Et ils s'assirent, carrés par carrés de cent et de cinquante (s)", et Luc : "Il dit à ses disciples : "Faites-les étendre par rangées d'environ cinquante (t)". Car il fallait que ceux qui allaient trouver leur repos dans les nourritures de Jésus fussent dans une catégorie ou bien de cent, chiffre saint et réservé à Dieu, à cause de la monade[xcix], ou bien de cinquante, chiffre qui implique le pardon[c], d'après le mystère du Jubilé (u) qui avait lieu tous les cinquante ans et celui de la Pentecôte (v). Et, à mon avis, les douze couffins se trouvaient auprès des disciples auxquels il a été dit : "Vous siégerez sur douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël". Et de même qu'on pourrait dire que c'est un mystère que le trône de celui qui juge la tribu de Ruben, le trône de celui qui juge la tribu de Siméon, de celui qui juge la tribu de Juda et ainsi de suite, il pourrait en être de même pour le couffin de la nourriture de Ruben, de Siméon, de Lévi. Mais notre présent développement ne nous permet pas de sortir de notre sujet, au point d'y rattacher ce qui concerne les douze tribus et chacune d'elles en particulier, et de dire ce que représente chaque tribu d'Israël.
 
(a) Jn.,2,18 ; (b) Lc.,16,16 ; (c) Lc.,24,42 ; (d) Lc.,24,43 ; (e) 1 Co.,13,9 ; (f) Mc.,6,38 ; (g) Lc.,9,13 ; (h) Jn.,6,9 ; (i) Ps.,80,7 ; (j) Jn.,6,35.48.51 ; (k) 1 Co., 13,11 ; (l) 1 Co.,3,1 ; (m) 1 Co.,10,16 ; (n) Nb.,1,18 ; (o) 2 Co.,11,2 ; (p) 1 Co.,13,11 ; (q) Is.,40,6 ; (r) Rm.,8,6 ; (s) Mc.,6,39.40 ; (t) Lc.,9,14 ; (u) Lv., 25,8-12 ; 27,24 ; (v) Ex.,23,16 ; Lv.,23,15.16 ; Dt.,16,9 ; Ac.,2,1.
 
Jésus marche sur les eaux [14,22-33]
 
Aussitôt Jésus obligea les disciples à remonter dans la barque et à le précéder sur l'autre rive, pendant qu'il renverrait les foules. Et après avoir renvoyé les foules,il montadansla montagne pourprier à l'écart. Le soir venu, il était là, seul. La barque se trouvait déjà à plusieurs centaines de mètres de la terre : elle était battue par les vagues, le vent était contraire
Mais il convient de le noter, aussitôt après avoir nourri les cinq mille personnes, Jésus "obligea les disciples à s'embarquer et à le précéder sur le rivage d'en face". Et pourtant les disciples ne purent "précéder Jésus sur le rivage d'en face", mais, parvenus au milieu de la mer, comme la barque était secouée, à cause du vent qui leur était contraire, "ils prirent peur" quand, vers la quatrième veille de la nuit, Jésus les rejoignit. Et si Jésus n'était pas monté sur la barque, le vent n'aurait pas cessé d'être contraire à la navigation des disciples, et les navigateurs n'auraient pas pu faire la traversée et "débarquer sur le rivage d'en face". Et c'est peut-être parce qu'il voulait leur apprendre par l'expérience qu'il n'est pas possible, séparé de lui, de "débarquer sur le rivage d'en face", qu'il "les obligea à s'embarquer et à le précéder sur le rivage d'en face" ; et alors qu'ils n'avaient pu accomplir que la moitié de la traversée (a), il leur apparut, et, agissant comme il est écrit, il leur démontra que celui qui fait voile vers le rivage d'en face n'y parvient que si Jésus navigue avec lui. Mais qu'est-ce que cette barque dans laquelle Jésus obligea ses disciples à monter, sinon, peut-être, la lutte contre les tentations et les périls, dans laquelle on s'embarque, sur l'ordre du Logos, pour ainsi dire malgré soi, car le Sauveur veut mettre ses disciples à l'épreuve dans cette barque secouée par les vagues et le vent contraire ? 
Puisqu'il "obligea aussitôt les disciples à s'embarquer et à le précéder sur le rivage d'en face", et que Marc, donnant une version légèrement différente a écrit : "Et aussitôt il obligea ses disciples à s'embarquer et à le précéder sur le rivage d'en face, à Bethsaïde (b)", il est obligatoire de s'arrêter à ce mot : "il les obligea", après avoir, au préalable noté le léger changement de Marc, qui donne une précision supplémentaire par l'addition du possessif : il n'y a pas la même précision, en effet, dans les mots : "il obligea aussitôt les disciples", et il y a quelque chose de plus dans le texte de Marc : "ses disciples", par rapport à l'expression réduite : "les disciples". Mais pour en revenir à notre mot[ci], peut-être les disciples éprouvaient-ils de la difficulté à s'arracher à Jésus et étaient-ils incapables de se laisser séparer de lui, au gré des circonstances, car ils voulaient demeurer en sa compagnie[cii] : lui, cependant, jugea bon qu'ils connussent l'épreuve des vagues et du vent contraire, ce qui ne se serait pas produit, s'ils avaient été avec Jésus, et il leur fit une obligation de se séparer de lui et de s'embarquer. Il oblige donc les disciples à monter sur la barque des tentations, lui, le Sauveur, et à le précéder sur le rivage d'en face, à parvenir au delà des périls, en triomphant de ceux-ci. Quant à eux, arrivés au milieu de la mer (c), aux prises avec les vagues, soulevées par les tentations, et les vents contraires, qui s'opposaient à leur progression vers le rivage d'en face, malgré leur combat ils n'ont pas pu[ciii], en l'absence de Jésus, venir à bout des vagues et du vent contraire, et le précéder sur le rivage d'en face.
 
A la quatrième veille de la nuit, il vint vers eux en marchant sur les eaux. Aussi le Logos les prit-il en pitié, car ils avaient fait tout leur possible[civ] pour parvenir au rivage d'en face, et il les rejoignit en marchant sur la mer, qui n'avait pas de vagues ni de vents qui pussent s'opposer à lui, même si elle l'avait voulu. Et en effet le texte ne dit pas qu'il marcha sur les vagues pour venir à eux, mais sur les eaux.
 
En le voyant marcher sur les eaux, les disciples furent affolés : "C'est un fantôme" disaient-ils, et de peur, ils poussèrent des cris. Mais aussitôt, Jésus leur parla : "Confiance, c'est moi n'ayez pas peur !" S'adressant à Jésus, Pierre lui dit : "Seigneur si c'est bien toi, ordonne-moi d'aller à ta rencontre sur les eaux. "Viens", dit-il. Et Pierre descendu de la barque, marcha sur les eaux et alla vers Jésus.
Pierre [avait] dit : "Donne-moi l'ordre d'aller à ta rencontre" - non pas sur les vagues - mais "sur les eaux" ; et alors qu'au début, Jésus lui ayant dit : "Viens !", "descendu de la barque, il marchait", non pas sur les vagues, mais "sur les eaux" pour aller à la rencontre de Jésus, quand il se mit à douter, "il vit la force du vent", alors qu'elle n'existe pas pour celui qui s'est libéré de son manque de foi et du doute[cv]. Puis Jésus monta avec Pierre sur la barque, et le vent se calma, car il ne pouvait plus agir contre elle, maintenant que Jésus était à bord.
C'est alors que les disciples, "la traversée accomplie, vinrent dans la terre de Génésareth", mot dont la signification, si nous la connaissions, nous serait d'une certaine utilité pour l'explication du passage proposé[cvi]. Note cependant - puisque "Dieu est fidèle" et ne permet pas que les foules soient éprouvées au delà de leurs forces (d) - la manière d'agir du Fils de Dieu qui a obligé les disciples à s'embarquer, car ils sont plus forts et capables d'atteindre le milieu de la mer (e) et de supporter l'épreuve des vagues, jusqu'au moment où ils méritent le secours divin, voient Jésus, entendent ses paroles et peuvent, une fois Jésus à bord, achever la traversée et aborder sur la terre de Génésareth, alors qu'il a congédié les foules, en leur évitant, puisqu'elles étaient faibles, l'épreuve de la barque, des vagues et du vent contraire, après quoi "il gravit la montagne, à l'écart, pour prier". Pour qui prie-t-il, sinon, vraisemblablement, pour les foules, afin que congédiées après (avoir mangé) les pains de bénédiction (f), elles ne fassent rien qui aille à l'encontre de ce congé donné par Jésus, ainsi que pour les disciples, afin que, "obligés" par lui de "s'embarquer et de le précéder sur le rivage d'en face", ils ne subissent aucun dommage sur la mer, ni de la part des vagues qui secouent leur embarcation, ni de la part du vent contraire ? Et, si j'osais[cvii], je pourrais dire que c'est à cause de la prière de Jésus à son Père, en faveur des disciples, que ceux-ci n'ont subi aucun dommage, alors que la mer, les vagues et le vent contraire s'acharnaient contre eux.  
Que quelqu'un de plus simple se contente du récit des évènements[cviii] ! Mais nous, si, un jour nous sommes aux prises avec des tentations inévitables, souvenons-nous que Jésus nous a obligés à nous embarquer et qu'il veut que nous le précédions sur le rivage d'en face. Car il est impossible, pour qui n'a pas supporté l'épreuve[cix] des vagues et du vent contraire, de parvenir au rivage d'en face. Puis, quand nous nous verrons entourés par des difficultés nombreuses et pénibles, fatigués de naviguer au milieu d'elles avec la pauvreté de nos moyens, pensons que notre barque est alors au milieu de la mer (g), secouée par les vagues qui voudraient nous voir "faire naufrage dans la foi (h)" ou quelque autre vertu. Si par ailleurs, nous voyons le souffle du mauvais s'acharner contre nos entreprises, songeons qu'alors le vent nous est contraire. Quand donc, parmi ces souffrances, nous aurons enduré trois veil- les de la nuit obscure qui règne dans les moments de tentation, luttant de notre mieux et nous surveillant pour éviter "le naufrage dans la foi" ou une autre vertu, la première veille représentant le père des ténèbres et du péché (i), la deuxième son fils,"l'adversaire", "en révolte contre tout ce que l'on nomme dieu ou ce qui est objet d'adoration (j)", la troisième l'esprit ennemi de l'Esprit-Saint[cx], soyons sûrs alors que, la quatrième veille venue, "quand la nuit sera avancée et qu'approchra le jour (k), arrivera près de nous le Fils de Dieu, pour nous rendre la mer bienveillante, en marchant sur ses flots. Et lorsque nous verrons le Logos nous apparaître, nous serons saisis de trouble jusqu'au moment où nous comprendrons clairement que c'est le Sauveur qui s'est exilé parmi nous et, croyant encore voir un fantôme, remplis de crainte nous crierons ; mais il nous parlera aussitôt et nous dira : "Ayez confiance, c'est moi, n'ayez pas peur !" A ces mots rassurants, peut-être se trouve- ra-t-il parmi nous, animé d'une plus grande ardeur, un Pierre[cxi], en marche vers la perfection (l)", sans y être encore parvenu, qui descendra de la barque, sachant qu'il a échappé à l'épreuve qui le secouait ; tout d'abord, dans son désir d'aller au-devant de Jésus, il marchera sur les eaux, mais, sa foi étant encore insuffisante, lui-même étant encore dans le doute, il verra "la force du vent", il prendra peur et commencera à couler ; pourtant il échappera à ce malheur, car il appellera Jésus à grands cris en disant : "Seigneur, sauve-moi !" Et, à peine cet autre Pierre aura-t-il fini de parler et de dire : "Seigneur, sauve-moi !" que le Logos étendra la main, lui portera secours et le saisira au moment où il commencera à couler, lui reprochant son peu de foi et ses doutes. Note cependant qu'il n'a pas dit : "Incrédule", mais "homme de peu de foi", et qu'il est écrit : "Pourquoi as-tu douté, car tu avais un peu de foi, mais tu as fléchi dans le sens contraire à celle-ci".
Et là-dessus, Jésus et Pierre remonteront sur la barque, le vent se calmera et les passagers, comprenant à quels dangers ils ont échappé, l'adoreront en disant, non pas simplement : "Tu es le fils de Dieu", comme l'on dit les deux possédés[cxii], mais : "Vraiment, tu es le Fils de Dieu" ; et cette parole ce sont les disciples "montés dans la barque" qui le disent, car je ne crois pas que d'autres que les disciples l'aient dite[cxiii].
 
(a) Mc.,6,47 ; (b) Mc.,6,45 ; (c) Mc.,6,47 ; (d) 1 Co.,10,13 ; (e) Mc.,6,47 ; (f) 1 Co.,10,16 ; (g) Mc.,6,47 ; (h) 1 Tm.,1,19 ; (i) Rm.,13,12 ; (j) 2 Th.,2,3.4 ; (k) Rm.,13,12 ; (l) He.,6,1.
 
La foi de la Cananéenne [15,21-28]
 
Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon[cxiv]. Et voici qu'une Cananéenne vint de là, et se mit à crier : "Aie pitié de moi Seigneur,Fils de David !Ma fille est cruellement tourmentée par un démon".
D'ailleurs ici il est question des territoires de Tyr et de Sidon, alors que dans l'Exode (a), il s'agit des territoires de Pharaon, dans lesquels, est-il dit, se produisent les fléaux contre les Egyptiens. Et il faut sûrement croire que chacun d'entre nous, quand il est pécheur, se trouve dans le territoire de Tyr ou de Sidon, ou du Pharaon et de l'Egypte, ou bien de n'importe quel pays étranger à l'héritage de Dieu, mais que, quand il quitte le mal, faisant retour à la vertu, il sort de ces territoires où règne le péché, et se hâte vers les territoires qui sont la part de Dieu, qui d'ailleurs ne sont pas tous semblables, comme le verront ceux qui sont capabls d'établir un rapprochement entre ce qui est du partage et de l'héritage (b) d'Israël et la loi spirituelle. Remarque aussi cette sorte de marche de Jésus à la rencontre de la femme de Canaan : car il semble se diriger vers la région de Tyr et de Sidon, quand "sortie de ces territoires, elle pousse des cris et dit : < Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David >. Elle était Cananéenne, mot qui se traduit par "disposée à l'avilissement". Les justes sont disposés au royaume des cieux et à l'élévation dans le royaume de Dieu, mais les pécheurs sont diposés à l'avilissement de leur méchanceté et des actions qu'elle leur fait commettre - car ils s'y disposent eux-mêmes - ainsi que du péché qui règne "dans leur corps de mort (c)". Cependant la Cananéenne, en quittant ces territoires, quittait cette disposition à l'avilissement, quand elle poussait des cris et disait : "Pitié pour moi, Seigneur, fils de David".
Recherche en les confrontant, dans les évangiles, quels sont ceux qui le nomment "fils de David", comme cette femme et les aveugles de Jéricho, ceux qui le nomment "fils de Dieu", d'ailleurs sans ajouter "vraiment" comme les possédés qui lui disent : "Qu'avons-nous de commun avec toi, fils de Dieu ?" et ceux qui ajoutent "vraiment", comme ceux qui, dans la barque, l'adorent et lui disent :
"Tu es vraiment le fils de Dieu." Car je crois à l'utilité de cette confrontation pour que tu voies les différences entre ceux qui approchent Jésus : ceux qui viennent à lui comme à l'être "né de la race de David, selon la chair (d)", ceux qui voient en lui un être "établi fils de Dieu dans la puissance et selon l'esprit de sainteté (e)", et, parmi eux, ceux qui ajoutent "vraiment" et ceux qui ne le font pas. Remarque ensuite que la Cananéenne le supplie, non pas pour son fils - il n'apparaît pas du tout qu'elle en ait un - mais pour sa fille mise à mal par un démon, tandis qu'une autre mère, qui va ensevelir son fils, le reçoit plein de vie[cxv]. De son côté le chef de la synagogue prie pour sa fille de douze ans qui, dit-il, est morte (f)[cxvi], et l'officier royal pour son fils, disant qu'il est encore malade et va mourir (g). Donc la fille possédée et le fils mort avaient tous deux leur mère, tandis que la fille (dite) morte et le fils malade à en mourir étaient les enfants de deux pères, dont l'un était chef de la synagogue et l'autre officier royal. Je suis persuadé que ces détails contiennent des enseignements[cxvii] sur les différentes sortes d'âmes que Jésus soigne en leur donnant la vie. Et toutes les guérisons que Jésus accomplit parmi le peuple, comme les évangélistes les ont racontées, ont eu lieu à ce moment-là, surtout pour que ceux qui "ne croient que s'ils voient des signes et des prodiges (h)" eussent la foi ; mais les évènements de cette époque étaient le symbole de ce qui est chaque fois réalisé par la puissance de Jésus. Car il n'y a pas d'époque où ce qui est écrit ne se réalise pas, en tous points, grâce à la puissance de Jésus et le mérite de chacun.    
 
Mais Jésus ne lui répondit pas un mot. Ses disciples s'approchant, lui firent cette demande : "Congédie-la, car elle crie derrière nous".
De par sa race[cxviii], la Cananéenne ne méritait même pas une réponse de la part de Jésus, qui confessa [alors]: "Mon Père ne m'a envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël", à la race perdue des âmes clairvoyantes.
 
Mais la femme vint se prosterner devant lui : "Seigneur, dit-elle viens à mon secours !" Il répondit : "Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens". C'est vrai, Seigneur ! reprit-elle ; et justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres.
[Ainsi], en raison de son libre-arbitre[cxix] et parce qu'elle s'est prosternée devant Jésus, Fils de Dieu, elle obtient une réponse qui lui révèle sa naissance indigne et lui montre ce qu'elle vaut, car elle ne méritait que des miettes, comme un petit chien, et non des pains. Mais, quand elle tend sa libre volonté et accepte la parole de Jésus, qu'elle réclame d'avoir droit au moins aux miettes, comme un petit chien, car elle reconnaît comme ses maîtres ceux qui sont de race supérieure, elle obtient alors une deuxième réponse qui rend témoignage à la grandeur de sa foi et lui promet l'accomplissement de ce qu'elle veut.
 
"Femme, ta foi est grande! Qu'il t'arrive comme tu le veux!" Et sa fille fut guérie dès cette heure-là.
C'est par analogie, à mon avis, avec la "libre Jérusalem d'en-haut (i), mère de Paul et de ses semblables[cxx], qu'il faudra comprendre la Cananéenne, mère d'une fille mise à mal par le démon, représentant la mère de toute âme ainsi éprouvée. Et demande-toi s'il est déraisonnable qu'il y ait beaucoup de pères et beaucoup de mères qui ressemblent aux pères d'Abraham[cxxi], vers lesquels s'en allait le patriarche (j), et à la Jérusalem Mère, pour reprendre les mots de Paul parlant de lui-même et de ses semblables (k).
Sans doute cette mère que représente la Cananéenne est-elle sortie des territoires de Tyr et de Sidon, dont la situation géographique était symbolique, s'est approché du Sauveur et l'a supplié et le supplie encore en ces termes : "Pitié pour moi, Seigneur, Fils de David : ma fille est mise à mal par un démon". Ensuite, s'adressant à la fois à ceux du dehors et aux disciples, au moment nécessaire, il répondit : ["Mon Père ne m'a] envoyé qu'aux brebis d'Israël...", nous apprenant qu'il y a des âmes d'élite, intelligentes et clairvoyantes, qui sont perdues, représentées par les brebis de la Maison d'Israël, et je pense que les gens trop simplistes[cxxii], croyant que ces termes s'appliquent à "l'Israël selon la chair (l)", se verront contraints d'admettre que notre Sauveur n'a été envoyé par son Père qu'à ces Juifs perdus. Mais nous, qui nous flattons de dire en toute vérité : "Bien qu'autrefois nous ayons connu le Christ selon la chair, maintenant au contraire nous ne le connaissons plus ainsi (m)", nous savons que la tâche principale du Logos est de sauver les âmes les plus pénétrantes ; en effet elles se trouvent dans une plus grande familiarité avec lui que celles dont la vue est plus faible. Mais puisque "les brebis perdues de la maison d'Israël", excepté "le reste selon l'élection de la Grâce (n)", ont refusé de croire au Logos, il a choisi pour cette raison "ce qu'il y a de fou dans le monde (o)", les gens étrangers à Israël, les non-clairvoyants, "pour confondre les sages d'Israël", et "ce qui n'est pas (p)", il l'a appelé race à l'esprit pénétrant (q), lui livrant ce qui lui était accessible, "la folie du message"(r), et consentant à sauver ceux qui y croiraient, afin de confondre "ce qui est", se ménageant la louange sur les lèvres des enfants et des nourrissons"(s), puisque les autres sont devenus ennemis de la vérité.
La Cananéenne vint donc se prosterner devant Jésus, en tant que Dieu, et dit :"Seigneur viens à mon aide". Et il lui répondit : "Il n'est pas permis de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens". On pourra se demander aussi ce que signifie cette parole : car qu'il y ait eu quantité mesurée de pains, si bien qu'il était impossible d'en nourrir à la fois les enfants et les petits chiens de la maison, ou qu'il se soit agi de pains de luxe soigneusement préparés, si bien qu'il n'était pas raisonnable de donner à manger aux petits chiens les pains des enfants préparés luxueu- sement, il s'agit d'hypothèses inexactes, étant donné la puissance de Jésus, capable de donner leur part aussi bien aux enfants qu'à ceux que le texte nomme les petits chiens. Considère donc si, pour expliquer ces mots "il n'est pas permis de prendre le pain des enfants", il faut dire que "celui qui s'est anéanti en prenant la forme d'un esclave"(t), n'a emporté qu'une quantité mesurée de puissance, conforme à la capacité des réalités de ce monde ; et quand une part de cette puissance sortait de lui, il s'en apercevait, comme le prouve le passage [relatif à l'hémoroïsse] : "Quelqu'un m'a touché ; j'ai senti en effet qu'une puissance était sortie de moi (u)". Il ménageait donc cette quantité mesurée de puissance, donnant davantage aux âmes d'élite désignées sous le nom de fils, et moins aux autres qui n'avaient pas cette qualité, comme de petits chiens. Mais bien qu'il en fût ainsi, néanmoins là où il trouva une grande foi, il donna le pain des enfants comme à un enfant, à celle qui, par sa naissance inférieure en Canaan, se trouvait être un petit chien. Peut-être aussi que, parmi les paroles de Jésus, il y a des pains qu'il n'est permis de donner qu'aux plus spirituels, car ce sont les enfants, et d'autres paroles semblables aux miettes du grand festin , tombées de la table des gens de naissance supé- rieure et des maîtres, laissées à la disposition de certaines âmes, car elles sont les chiens (v). Il est écrit aussi dans la loi de Moïse, au sujet de certains aliments, qu'il faut les jeter "aux chiens"(v), car l'Esprit-Saint a eu soin d'ordonner que certaines nourritures fussent abandonnées aux chiens.
Que d'autres conjecturent, étrangers qu'ils sont à la doctrine de l'Eglise, que les âmes passent des corps des hommes dans des corps de chiens, selon leur méchanceté diverse ![cxxiii]Pour nous, qui ne découvrons d'aucune manière cette pensée dans l'Ecriture divine, nous disons qu'il y a un passage de la condition des plus spirituels à celle des moins spirituels, et qu'on le subit quand on est trop insouciant et négligent ; il arrive de même qu'une volonté libre qui est non spirituelle, parce qu'elle a négligé le Logos, redevient spirituelle par sa conversion, comme celui qui a été un petit chien, se contentant de "manger des miettes qui tombaient de la table de ses maîtres", parvient à la condition d'enfant. Car la vertu contribue grandement à faire de nous des enfants de Dieu, mais le mal, la fureur des paroles violentes et l'impudence, à nous faire traiter de chiens, selon la parole de l'Ecriture (w). Et tu interpréteras de la même manière les autres noms empruntés aux êtres privés de raison[cxxiv]. Cependant celui à qui l'on reproche d'être un chien, qui ne s'indigne pas de s'entendre juger indigne du pain des enfants et, avec une totale résignation, prononce la parole de cette Cananéenne qui disait : "Oui, Seigneur ; mais les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres", on obtiendra la réponse la plus réconfortante , quand Jésus lui dira : "Grande est ta foi", et accueillera une telle foi en déclarant : "Qu'il soit fait comme tu le désires" ; et ainsi lui-même sera guéri et, s'il a donné naissance à quelque fruit qui réclame la guérison, celui-ci à son tour se verra donner des soins.     
 
(a) Ex.,8,2 ; (b) Dt.,32,9 ; (c) Rm.,6,12 ; (d) Rm.,1,3 ; (e) Rm.,1,4 ; (f) Lc.,8,41.42 ; (g) Jn.,4,46.47 ; (h) Jn.,4,48 ; (i) Ga.,4,26 ; (j) Gn.,15,15 ; (k) Ga.,4,26 ; (l) 1 Co.,10,18 ; (m) 2 Co.,5,16 ; (n) Rm.,11,15 ; (o) 1 Co.,1,27 ; (p) 1 Co.,1,28 ; (q) Rm.,10,19 & Dt.,32,21 ; (r) 1 Co.,1,21 ; (s) Ps.,8,3 ; (t) Ph.,2,7 ; (u) Lc.,8,46 ; (v) Ex.,22,30 ; (w) 2 P.,2,22.
 
Deuxième multiplication des pains :Jésus nourrit quatre mille hommes [15,29-39]
 
[Ayant gagné les bords de la mer de Galilée], Jésus monta dans la montagne, et là il s'assit. Des gens en grande foule vinrent à lui, ayant avec eux des boiteux,des aveugles,des estropiés,des muets et bien d'autres encore. Ils les déposèrent à ses pieds et il les guérit. Aussi les foules s'émerveillaient-elles [...] Et elles rendirent gloire au Dieu d'Israël. Jésus appela ses disciples et leur dit : "J'ai pitié de cette foule car voilà trois jours qu'ils restent auprès de moi et n'ont pas de quoi manger. Je ne veux pas les renvoyer à jeûn : ils pourraient défaillir en chemin".
Plus haut, à propos de l'épisode des pains semblable à celui-ci, et avant cet épisode[cxxv], "Jésus, ayant débarqué, vit une foule nom- breuse, fut pris de pitié pour elle et guérit leurs malades. Le soir venu, les disciples vinrent à lui et lui dirent : L'endroit est désert et l'heure déjà avancée : congédie-les", et la suite ; mais ici, après la guérison des sourds-muets et des autres infirmes, il a pitié de la foule qui est restée trois jours avec lui et n'a pas de quoi manger. Dans l'autre passage, ce sont les disciples qui le supplient en faveur des cinq mille, ici il parle de lui-même des quatre mille. La première foule est nourrie le soir, après avoir passé la journée avec lui, ceux-ci, qui, sur son témoignage, "sont restés trois jours avec lui", reçoivent du pain "de peur qu'ils ne défaillent en route".
 
Jésus leur dit : "Combien de pains avez-vous?" "Sept dirent-ils et quelques petits poissons". Il ordonna à la foule de se laisser tomber (à terre), prit les sept pains et les poissons, et, après avoir rendu grâce, il les rompit et les donnait aux disciples et les disciples aux foules. La première fois, les disciples lui disent qu'"ils n'ont que cinq pains et deux poissons", sans qu'il les interroge, ici, il les interroge et ils répondent qu'ils ont "sept pains et quelques petits poissons". La première fois, il ordonne aux foules de "s'étendre" et non de "se laisser tomber" sur l'herbe; Luc lui aussi a écrit en effet : "Etendez-vous (a)", et Marc dit qu'"il leur commanda à tous de s'étendre" ; ici il ne donne aucun ordre mais "il invite la foule de se laisser tomber (à terre) (b)". La première fois également c'est dans les mêmes termes que les trois évangélistes disent qu'"ayant pris les cinq pains et les deux poissons, il leva les yeux au ciel et les bénit" ; ici, selon le texte de Matthieu et celui de Marc, "Jésus rendit grâce et les rompit". La première fois, ils s'étendent sur l'herbe, ici ils se laissent tomber à terre. A toi de rechercher, à propos de ces récits, les changements opérés par Jean, qui, au sujet de la première scène a écrit que "Jésus dit: Faites que les gens se laissent tomber à terre" et que, "ayant rendu grâces, il donna à ceux qui étaient étendus, des morceaux de pain (c); quant à la dernière scène, il l'a totalement passée sous silence.
 
Etilsmangèrenttous et furent rassasiés ; on emporta ce qui restait des morceaux : sept corbeilles pleines. Or, ceux qui avaient mangé étaient au nombre de quatre mille sans compter les femmes et les enfants. Après avoir congédié les foules, Jésus monta dans la barque et se rendit dans le territoire de Magadan.
L'étude des différences entre les textes, qui concernent les pains, m'amène à penser que la dernière foule est supérieure à la première : c'est la raison pour laquelle elle est nourrie sur la montagne, l'autre dans un endroit désert[cxxvi], que ces gens sont restés trois jours avec Jésus, les autres un seul, au soir duquel ils ont été nourris. En outre, puisque le geste accompli spontanément par Jésus n'est pas le même que celui qu'il exécute, sur la demande des disciples, examine s'ils ne sont pas supérieurs, ceux qui ont reçu les bienfaits de Jésus qui les nourrit spontanément pour leur témoigner sa bienfaisance. Si, selon Jean, les pains dont il resta douze couffins (d) étaient des pains d'orge et si rien de semblable n'est dit à propos des derniers, comment ne seraient-ils pas meilleurs que les premiers ? De la première foule, il guérit les malades, ici il guérit ceux qui accompagnent la foule et qui ne sont pas malades, mais aveugles, boiteux, sourds-muets, estropiés : aussi les quatre mille admirent-ils, alors qu'à propos des malades, rien de semblable n'a été dit. Ils sont supérieurs, à mon avis, ceux qui ont mangé des sept pains sur lesquels l'action de grâces a été prononcée, en comparaison de ceux qui ont mangé des cinq pains bénits ; de même ceux qui ont mangé de quelques petits poissons, en comparaison de ceux qui ont mangé des morceaux des deux pois- sons, peut-être également ceux qui "se sont laissés tomber à terre", en comparaison de ceux qui "se sont étendus sur l'herbe". Les premiers, alors qu'il y avait moins de pains, en ont laissé douze couffins, ceux-ci, à partir d'un plus grand nombre, sept corbeilles, parce qu'ils étaient capables de recevoir davantage et des dons supérieurs[cxxvii]. Peut-être aussi que les derniers ont gravi toutes les collines de terre pour s'y laisser tomber, les autres n'étant que "sur l'herbe", uniquement sur leur propre chair, "car toute chair est de l'herbe" (e). Remarque en outre que Jésus ne veut pas congédier les derniers à jeûn, de peur qu'ils ne défaillent, car ils seraient privés des pains de Jésus, et que, encore en marche vers leur "demeure" ils ne soient en détresse. Note les passages où il est question de congé de la part de Jésus,pourvoirlesdifférencesentreceux qu'il a congédiés, après les avoir nourris, et ceux qu'il a congédiés dans d'autres circonstances, c'est le passage : "Femme tu es congédiée de ta maladie (f)". Par ailleurs, les disciples, ses habituels compagnons, Jésus ne les congédie pas, ce sont les foules qui ont mangé qu'il congédie. De la même manière les disciples, sans aucun mépris à l'égard de la Cananéenne, disent : "Congédie-la, car elle crie derrière nous[cxxviii]", mais il n'apparaît nullement que le Seigneur la congédie ; car il lui dit : "Femme, grande est ta foi ; qu'il soit fait pour toi, comme tu le désires", il guérit sa fille à l'heure même", sans que pour autant le texte dise qu'il l'ait congédiée.
 
Voilà tout ce que notre étude sur les pages qui nous occupent nous a permis, pour l'instant, de découvrir.
 
(a) Lc.,9,14 ; (b) Mc.,6,39 ; (c) Jn.,6,10.11 ; (d) Jn.,6,9.13 ; (e) Is.,40,6 ; (f) Lc.,13,12.
 
 
 


[i] Définition de forum tissée de souvenirs des traités oratoires de Cicéron, de orat.,1,82 (civilis turbae ac fori) ; 1,249 (in negotiis et in foro) ; orat.,37 (a forensi contentione).
[ii] Hilaire emploie ici le shéma des "quatre générations" établi par Victorin de Poetovio, fabr. mundi 3, en ajoutant une division, celle de David.
[iii] Le 1/12 de 6000 ans est 500, qui, multiplié par 11 donne 5500, soit le chiffre de la date fixée pour la naissance du Christ par le Chronographe de 354 dans MGH.
[iv]TERT., apol.,39,2.3, affirme que les chrétiens prient pour un délai (mora) avant la fin du monde. Hilaire conçoit ce délai comme le temps que Dieu accorde aux pécheurs pour se repentir (2Tm.,2,25).
[v] Nahum 3,12 : "Tes places fortes sont toutes des figuiers aux figues précoces ; on les secoue, elles tombent dans la bouche de qui les mange".
[vi]TERT.,resurr.,33,5,compare le figuier à l'infructueuse Judée(Judaica infructuositas).
[vii] Le travesti des mots est une métaphore de rhéteurs (cf.QUINT.,inst.,2,15,25) employée dans l'apologétique chrétienne (CYPR.,LACT.,TERT.) avec une valeur péjorative.
[viii] Il a été souligné que les exemplaires authentiques portent non pas le "dernier" mais le "premier" ; effectivement tout une série de manuscrits (dont le Vaticanus) ont inversé l'ordre des deux fils pour mettre en premier lieu le fils qui représente le peuple juif, c'est-à-dire celui qui dit : « J'y vais et n'y va pas » ; et ensuite le fils qui représente les Gentils. Dès lors, pour eux, c'est bien le dernier qui a fait la volonté du Père. Mais d'autres manuscrits ont mélangé les deux présentations. Ils gardent l'ordre de la majorité des témoins et placent en premier celui qui dit non et va pourtant travailler. Mais à la question de Jésus, les Juifs répondent le "dernier", c'est-à-dire celui qui a dit oui et n'est pas allé à la vigne. L'interprétation est évidente : disons que les Juifs comprennent bien la vérité mais ils tergiversent et, privilégiant l'aspect formel de la réponse, ils ne veulent pas dire le fond de leur pensée, tout comme sachant pourtant que le baptême de Jean venait du ciel, ils n'ont pas voulu non plus l'avouer.
Ce texte peut donc souligner la mauvaise foi des Juifs, comme l'a noté également JEROME, mais il n'est peut-être que le résultat d'une erreur de copistes. En tout cas c'est le texte que lisait Hilaire.
[ix] Evocation de la parabole suivante de la Bible, dite des "métayers révoltés" ou encore "des vignerons homicides". On y voit les serviteurs aller à la vigne de leur maître, son propre fils en dernier, pour recevoir des vignerons les fruits qui lui revenaient. Supprimés les uns après les autres, ils ne peuvent accomplir leur tâche. Le maître, frustré, va alors confier sa vigne à d'autres vignerons (à un autre peuple) qui lui feront produire des fruits.
[x] Cf. Mt.,8,1.2, "Guérison d'un lépreux".
[xi] Antithèse classique entre necessitas et voluntas : cf. CIC.,off.,3,3.
[xii] La "Jérusalem d'en haut est libre" (cf.Gal.,4,26).
[xiii] Ces indicia sont, dans la catéchèse testimoniale, des images de l'Eglise céleste : la montagne, la cité (cf.CYPR., testim.,2,19), l'arbre dont les branches couvrent le monde pour répandre la lumière (CYPR.,eccl.unit.,5).
[xiv] Souvenir de formules scripturaires:"ils exultent dansla perversité"(Prov.,2,14) ; "ils exultent dans le mal" (Sir.,11,16).
[xv] Le raisonnement est apparenté aux observations de TERTULLIEN sur sermo désignant le Christ dans adv., Prax.,7,6.7 : La Parole de Dieu ne peut être quelque chose de vide et comme elle procède d'une "substance" si élevée, elle ne peut pas ne pas être une substance.
[xvi] Il s'agit, d'après le contexte, du lit funèbre. Hilaire prolonge ainsi, de son propre gré, les exemples de la séparation, sans référence scripturaire.
[xvii] Les hérétiques adhèrent à la "règle de foi" qui enseigne que le Christ est "mort et a été enseveli" : cf.TERT., adv. Prax.,29,3.
[xviii] Catholicus comme substantif se répand sans doute au IVème siècle à partir des documents conciliaires : cf.HIL.,Collectanea antiariana parisina app.I,2.
[xix] L'"hérétique" qui enseigne "un autre évangile" est anathème (Gal.,1,8). TERT., praescr.,38,2.3, insiste sur l'"altérité" que représente l'hérésie.
[xx] Reprise d'une des thèses fondamentales de l'Adversus Marcionem de TERTULLIEN : l'Ancienne et la Nouvelle loi sont séparées l'une de l'autre, mais restent unies (cf.4,1,1,3).
[xxi]TERT.,resurr.,34,11, explique que, lors de la "résurrection du jugement", l'âme et le corps reçoivent la rétribution correspondante à leurs officia.
[xxii] Selon TERT.,anim.,41,4, l'âme "renouvelée par la nouvelle naissance de l'eau et de la puissance d'en-haut...découvre toute sa lumière". De son côté, CYPRIEN,ad Donat.,4, note que son cœur purifié par l'eau baptismale "fut inondé de lumière".
[xxiii] Comme l'observe PLAUTE, témoin des moeurs romaines, dans Most.,272-278.
[xxiv] Egenus et pauper sum est une formule du Psalmiste :
(69,6) : Et moi, pauvre malheureux! ô Dieu,viens vite !        
(108,22) : Pauvre et malheureux que je suis, mon cœur est blessé au fond de moi.
[xxv] Variations sur l'expression paulinienne : fides ex auditi, "ainsi la foi vient de la prédication et la prédication, c'est l'annonce de la parole du Christ (Rom.,10,17)".       
HILAIRE, in Mt.10,21, précise: Le glaive est de toutes les armes celle qui est la plus effilée, en sorte qu'on voit en lui le droit du pouvoir, la rigueur du jugement et le châtiment du pécheur. Et le nom de cette arme désigne sous la garantie répétée des prophètes la prédication de l'Evangile nouveau.
[xxvi] Elementorum officia est une locution de TERT.,nat.,2,5,14,quicorrespondàl'idée stoïcienne d'un ordo et d'une constantia des astres (cf.CIC.,nat.deor.,2,43).
[xxvii] Le Christ est descendu aux enfers (1Pierre3,19), où "toute âme est déposée jusqu'au jour du Seigneur (TERT.,anim.,55,5).
[xxviii] Observation inspirée par l'analyse de l'interim chez TERT.,test.anim.,4,1:l'âme retrouve le corps, pour que le feu purificateur exerce son oeuvre.
[xxix] Explication tirée de l'étymologie du mot dans Marc.,7,11 : "Corban quod est donum". Corban ou gorban, c'est-à-dire offrande sacrée.
[xxx] Définition empruntée à Rom.,9,21 : Le potier n'est-il pas maître de son argile pour faire de la même pâte, tel vase d'usage noble, tel autre d'un usage vulgaire? La comparaison de Dieu avec le potier qui fait les vases qu'il veut sera reprise quelques lignes plus loin.
[xxxi]TERT., resurr.,7,4 applique ce détail à la réfection glorieuse des corps lors de la résurrection.
[xxxii] Citation libre de Zacharie,11,12.13, combinée avec des éléments de Jérémie, 18,2.3 ; 19,1.2 ; 32,6-15. Avec ces deux appellations champ du potier et champ du sang probablement connues dans son milieu, l'évangéliste trouve des annonces prophétiques dans ces divers textes de l'Ancien Testament.
[xxxiii] L'ablution de Pilate a suggéré à TERTULLIEN (cf.orat.,13,2-14) un commentaire qui a pu inspirer celui d'Hilaire : les Juifs se lavent tous les jours les mains, nous nous sommes lavés tout entiers dans le Christ par le baptême, lequel "tous les jours maintenant sauve les peuples"(bapt.,5,6).
[xxxiv] in cocci colore;coccus est une métaphore classique du sang:sanguineo cocco.
[xxxv] Allusion probable, non au crâne d'Adam (ainsi Origène), ni au crâne des suppliciés, mais à la forme du rocher qui rappelait celle d'un crâne.
[xxxvi] Séquence d'images empruntées au texte d'Isaïe 2,2.3 sur la montagne de Sion cité dans CYPR.,testi.,2,18. La croix est représentée in medio terrae, en relation sans doute avec un texte exégétique de TERT.,adv.,Marc.,3,18,4 : elle a la forme d'une antenne de navire avec quatre extrémités comme les quatre parties du monde, le chiffre quatre évoquant ces dernières.
[xxxvii]CYPRIEN appliquait ce trait à l'unité de l'Eglise, corps du Christ (cathol.unit.,7), Hilaire transpose l'explication au corps charnel du Christ.
[xxxviii] La division du monde en deux moitiés, l'une située à droite, l'autre située à gauche est une tradition issue du domaine des devis (haruspicine) rapportée par PLIN.,nat.,2,54,143.
[xxxix] Echo de Matth.,25,32.33.
[xl] Mt.,41-44: De même avec les scribes et les anciens, les grands prêtres se moquaient : "Il en a sauvé d'autres et il ne peut pas se sauver lui-même! Il est roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui! Il a mis en Dieu sa confiance, que Dieu le délivre maintenant, s'il l'aime, car il a dit : Je suis Fils de Dieu". Même les bandits crucifiés avec lui l'injuriaient de la même manière.
[xli] Littéralement, à partir de la 6ème heure jusqu'à la 9ème heure. Ces ténèbres figurent probablement le jugement de Dieu, s'étendant, de la croix, sur la terre entière.
[xlii] Elle est présentée comme le signe de Jonas "qui passa trois jours et trois nuits dans le ventre du monstre marin" (Mt.,12,40).
[xliii] Le vin du calice du Seigneur "donne l'oubli de la vie profane de naguère" (CYPR.,épit.,63,11).
[xliv] C'est la vetustas dont parle CIC.,Cato 65 : cette vetustas évoque le "vieil homme"(Rom.,6,6) ou Adam (1Co.,15,22).
[xlv] L'anthropologie de TERTULLIEN (cf.resurr.,18,8) explique l'anéantissement du corps par l'exhalaison du "souffle" de l'âme.
[xlvi] Allusion à Judas.
[xlvii] Exégèse inspirée de thèmes du De catholicae ecclesiae unitate de CYPRIEN : le linceul est le symbole de l'unité de l'Eglise comme l'était la tunique du Christ (cath.unit.,7). Corps unifié, l'Eglise peut admettre en son sein des frères qui ont failli (ibid.,23).
[xlviii] Théologien et exégète renommé, Origène naquit à Alexandrie vers 185 dans une famille chrétienne. Son père, Léonide, mourut martyr en 202.
- A dix huit ans, il fut chargé par Démétrius, évêque d'Alexandrie, d'un enseignement catéchétique, c'est-à-dire de la formation et de l'initiation des futurs baptisés. A partir de ce moment toute sa vie fut consacrée à la prédication et à l'exégèse de l'Ecriture, mais dans un certain esprit : celui de Pantène et de son successeur au "didascalée", Clément d'Alexandrie, qui considéraient la culture grecque, littéraire et philosophique comme une préparation indispensable à la réception de l'enseignement chrétien. C'est pourquoi il suivit à Alexandrie les cours du "maître des disciplines philosophiques", le fameux Ammonios Saccas. A la façon de Clément, Origène conçoit le christianisme comme une philosophie, c'est-à-dire comme un style de vie. Mais il est moins humaniste que lui et il insiste beaucoup sur l'ascétisme : jeûnes, veilles, pauvreté. (On a vu dans sa célèbre mutilation volontaire un rapport étroit avec le texte évangélique: "Il y a des eunuques qui se sont rendus tels eux-mêmes pour le royaume de Dieu"). Lorsqu'il entra dans sa vingt-huitième année, il prit la tête de l'école catéchétique d'Alexandrie à la suite de Clément (filiation Pantène-Clément-Origène) ; il forma d'innombrables disciples. Le rayonnement de son enseignement fut si grand que même les milieux païens s'intéressèrent à lui. L'activité, la renommée, peut-être aussi la hardiesse des vues d'Origène semblent avoir provoqué sa rupture avec son évêque Démétrios, qui trouva l'occasion de le faire condamner lorsque, au cours d'un voyage en Palestine, il fut ordonné prêtre par les évêques de la province (230). Cette ordination était en effet illégale en raison de sa mutilation volontaire. Un synode réuni par Démétrios en 231, interdit à Origène de séjourner et d'enseigner à Alexandrie. Il s'installa donc définitivement à Césarée de Palestine sous la protection de l'évêque Théoctite grâce à qui il put poursuivre son enseignement et sa prédication.- Son enseignement lui valut une réputation universelle, d'autant qu'il parcourut l'Orient, et alla même jusqu'à Rome.
[xlix] Robert Girod in Commentaire de l'évangile selon Matthieu, introduction, notes et traduction, Tome I, Sources chrétiennes n° 162, au Cerf, Paris 1970 ; l'ensemble a fait l'objet d'une soutenance de thèse de 3ème cycle, devant la Faculté des Lettres et Sciences humaines de Paris, le 23 nov.1968.
[l] Il n'y a pas de "natures d'âmes" qui feraient distinguer les justes des méchants, "car ce n'est pas notre nature qui est cause du mal, mais notre libre-arbitre qui fait le mal sans contrainte".
[li] Le premier est le Monacensis gr.191, du XIIIème siècle ; le second est le Cantabrigiensis, manuscrit papier de Cambridge Trinity College,194 B-8-10, du XIVème siècle, utilisé par Erasme et P.D Huet.
[lii] Image semblable dans Ex.,15,17, mais elle est appliquée au peuple de Dieu : "Plante ton peuple dans ton lieu saint". Dieu de la même façon "plante l'Ecriture" dans son champ. Le geste de planter signifie que Dieu-Père dirige le monde selon son "économie". Ce qu'il n'a point planté devra être arraché.
[liii] Selon la tradition, Origène dit "la loi et les prophètes" pour signifier l'Ancien Testament.
[liv] Cf. De princ.,IV,3,11 : "Examinons si ce qu'il y a de visible dans l'Ecriture , ce qui est en surface, à la portée de tous, ne désigne pas le champ tout entier qui se trouve rempli de plantes de toute espèce, et si ce qui est enfoui et n'est pas vu de tout le monde,...ce ne sont pas les trésors de la sagesse et les secrets de la gnose".
[lv] Citation particulièrement heureuse, étant donné le contexte semblable : "L'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ que Yahvé a béni" [Gen.,27,27].
[lvi] Cf.Jérôme, Com.in Mt.: "Le trésor dans lequel se trouvent tous les trésors de la sagesse et les secrets de la gnose, ou bien c'est le Logos-Dieu...ou bien les Saintes Ecritures".
[lvii] Il faut noter ici que, pour se révéler, Dieu est "obligé" d'utiliser l'image, sous laquelle le mystère se cache, car il doit s'adapter aux possibilités d'accueil de l'intelligence humaine.
[lviii] Non pas pour refuser la vérité à qui que ce soit, mais parce qu'il y a des nourritures trop fortes pour certaines âmes : il y a un pain dont la puissance tue celui qui ne peut le supporter. Dans Com. in Rm.II,4, Origène donne une comparai- son qu'il n'a pas reprise ici : "Le trésor caché dans le champ n'est pas découvert par tous, de peur qu'il ne soit pillé facilement et ne disparaisse : cependant il est découvert par les sages, capables d'aller vendre tout ce qu'ils possèdent pour acheter ce champ".
[lix] Cf.TATIEN, Discours aux Grecs 30 : "Pour un trésor caché, Dieu exige pour lui tout ce qui est nôtre : que nous soyons couverts de poussière en l'enfouissant, que nous fassions effort pour qu'il nous soit assuré".
[lx] Cf.GREGOIRE LE GRAND, Hom.in Evang.I,11,1 : "Le trésor c'est le désir du ciel ; mais le champ c'est l'éducation de ce désir du ciel. Et il est vrai que ce champ est acheté, grâce à la vente de tous ses biens, par celui qui, renonçant aux plaisirs de la chair, foule aux pieds tous les désirs terrestres en gardant l'enseignement céleste".
[lxi] Notre choix libre ne suffit pas...nous avons besoin de Dieu".
[lxii] Cf.Com.in Jo.1,7,37-38 : "...il y a eu, même avant sa venue dans un corps, une venue spirituelle du Christ pour les hommes arrivés à une certaine perfection qui n'étaient plus des enfants sous l'autorité de pédagogues ou d'intendants et pour qui avait été réalisée la plénitude spirituelle des temps...Même après la proclamation de son achèvement, n'est-il pas encore venu pour ceux qui sont restés de petits enfants, parce que, étant encore sous l'autorité de tuteurs et d'intendants, ils ne sont pas parvenus à la plénitude des temps."(trad. C. Blanc).
[lxiii] Cf.De princ.1,1,2 : "Alors la face dévoilée, nous verrons la gloire du Christ".
[lxiv] Moment favorable prévu dans l'économie du salut.
[lxv] La loi est un cycle élémentaire de l'enseignement divin, étape transitoire, sorte de propédeutique à l'enseignement supérieur du Nouveau Testament. Elle joue un rôle isagogique, c'est-à-dire de préparation, d'introduction.
Cf. Com.in Jo.1,2,14 : "...après tous les fruits des prophètes qui se sont succédés jusqu'au Seigneur Jésus, la parole parfaite a germé".(trad. C.Blanc).
[lxvi] Le texte dit en fait : "nécessaire à l'enseignement reçu". Il s'agit d'un précieux conseil pour la lecture des paraboles, où il est nécessaire de dégager ce que l'on appellera plus tard "la pointe" et nondechercherlasignification allégorique de tous les détails. Ici, Origène fait preuve de réalisme ; il freine sa tendance à allégoriser.
[lxvii] Ce sont les gnostiques. Ils utilisent ce passage de Matthieu pour appuyer leur théorie sur les races ou natures d'âmes diverses.
[lxviii] Après Justin, Irénée, Clément, Origène défend toujours le libre-arbitre.
[lxix] Problème de la conversion et de la perversion : tous les pécheurs peuvent obtenir le pardon y compris Judas, mais les plus saints peuvent faillir.
[lxx] Argumentation en faveur du libre-arbitre : Origène défend la liberté de l'homme contre la prédestination. Il veut aussi que le chrétien agisse toujours librement et non pas sous l'emprise de la crainte ou de la contrainte...Dieu ne veut pas que le bien soit fait "par nécessité", mais "volontairement".
[lxxi] Cf.APOLLINAIRE DE LAODICEE dans TU 61 : "Le filet jeté dans la mer c'est la force de la parole constituée par les pensées diverses de l'Ecriture ancienne et nouvelle".
Cf.JEROME, in Com.in Matth. : "Ils se sont faits un filet tressé avec l'Ancien et le Nouveau Testament".
[lxxii] L'Ecriture est un tout ; n'en connaître qu'une partie, c'est se faire illusion sur sa présence dans l'Eglise.
[lxxiii] Expression très fréquente exprimant la modestie d'Origène qui n'impose pas son point de vue et, en même temps, l'importance qu'il accorde à la raison dans son explication de l'Ecriture.
[lxxiv] Cf.CYRILLE D'ALEX.: l'appel du Christ est "oecuménique", car le filet rassemble toute espèce de poissons, frag.171 dans J.Reuss TU 61.
[lxxv] Il s'agit du message évangélique et de ses révélations, "qui vous ont été transmises" dit Pierre aux fidèles, alors que les anges ne les ont pas.
[lxxvi] Ce texte de 1Co.,6,3 est difficile à comprendre. Certains ont pu en conclure - ce sont les gnostiques - que les hommes sauvés étaient supérieurs à tous les anges bons et mauvais, puisque Paul dit que "nous les jugerons". C'est contre cette fausse interprétation qu'Origène lutte ici. Dans ce dernier texte le mot "anges" ne désigne pour lui que "les mauvais anges" ou démons. C'est déjà l'idée de TERTULLIEN, De cultu feminarum I,2 ; ce sera encore celle de JEAN CHRYSOSTOME. Par contre l'AMBROSIASTER pense qu'il s'agit des anges que les chrétiens jugeront parce qu'ils ne font qu'un avec le Christ. L'exégèse moderne accepte en général cette explication : le chrétien participe à la puissance judiciaire du Christ.
[lxxvii] L'Eglise en marche. Il ne faut pas être impatient. Cf. la parabole de l'ivraie. Augustin le redira à propos des Donatistes : le corps du Christ contient à la fois des justes et des pécheurs.
[lxxviii] Cf.Hom.in Jer.XVI : "Celui qui est pris dans le filet meurt au péché et reçoit la vie de Dieu".
[lxxix] Respect du temps présent historique, si caractéristique des récits visuels de Marc.
[lxxx] C'est la patrie des Juifs ; non pas la tribu de Juda, ni la division administrative romaine, mais la Palestine dans sa totalité.
Cf.HILAIRE,Com.in Mt.14,2 : sa patrie c'est la Judée "où il devait être méprisé jusqu'à la Croix".
[lxxxi] "Je suis Jésus que tu persécutes", est-il dit à Paul dans sa vision, au chemin de Damas, alors qu'il n'a jamais persécuté le Christ lui-même (Ac.,9,5). Identification entre Jésus et les chrétiens, qui peut être une allusion discrète à la doctrine du Corps Mystique, qu'Origène n'expose pas de façon directe, mais dont sa pensée est imprégnée : cf.H.DE LUBAC, Hist. et Esprit. Sur le plan historique, ce passage nous prouve que, au temps d'Origène, il y a des persécutions juives contre les chrétiens.
[lxxxii] Cf.Rom.,10,18 : "Leur voix a retenti à travers toute la terre et leurs paroles jusqu'aux extrémités du monde" et 2Th.,3,1 : "Priez pour que la parole du Seigneur coure...". Contamination entre les deux textes.
[lxxxiii] Effectivement, pendant son ministère en Galilée, Jésus parle souvent dans les synagogues, ne se séparant pas du judaîsme : "Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir" dit-il (Mt.5,17). C'est toujours le même souci, chez Origène, de sauver l'unité des deux alliances.
[lxxxiv] C'est la première fois que dans les textes cet apocryphe est mentionné ainsi que le suivant : le livre de Jacques. Origène ne tient pour inspirés que les quatre évangiles du canon ecclésiastique. L'Evangile selon Pierre ne nous est pas parvenu, sauf dans un court fragment racontant la Passion et la Résurrection de Jésus. Par contre nous possédons le Livre de Jacques (Protévangile de Jacques). Au chapitre IX nous trouvons l'affirmation que Joseph avait des fils d'un premier mariage, puisque, au grand-prêtre qui, après le miracle de la baguette fleurie, lui demande d'épouser Marie, il répond : "j'ai des enfants".
[lxxxv] Origène l'a toujours défendue. "Il est le premier théologien à avoir enseigné dans ses écrits la virginité perpétuelle de Marie" (H.CROUZEL). Avant lui, Justin, Irénée, Clément d'Alexandrie, n'en parlent pas ; Tertullien la rejette.
[lxxxvi] Jacques, frère du Seigneur, est communément regardé comme l'auteur de l'Epître de Jacques. C'est l'avis d'EUSEBE. Origène cependant ne fait aucune mention de cette épître alors qu'il va parler plus loin de l'Epître de Jude. Le problème de ce silence reste entier, sans qu'on puisse cependant prétendre qu'Origène ne considérait pas l'épître comme authentique. Et rien n'indique non plus qu'il n'ait pas identifié son auteur comme le frère du Seigneur dont il est question ici.
[lxxxvii] Notion capitale pour Origène : l'économie divine a prévu le temps favorable...
[lxxxviii] Les Alexandrins sont des citadins et méprisent la campagne et ses habitants. Origène place ici dans la bouche des disciples une phrase qui explicite le sens spirituel du texte évangélique. C'est un discours fictif.
[lxxxix] Discours fictif également, mais celui-ci beaucoup plus long. Premiers emplois de ce procédé que nous rencontrons dans ces Commentaires.
[xc] L'énigme est une notion capitale chez Origène. Ici, dire en langage énigmatique, c'est "exprimer des mystères sous des images".
[xci] Pour HILAIRE, les cinq pains sont les livres de la loi (le pentateuque) et les deux poissons, l'enseignement des prophètes et celui de Jean Baptiste. Cet ensemble a préparé la foule à écouter Jésus. Dans un tout autre contexte, pains et poissons sont interprétés différemment, le poisson étant une nourriture supérieure au pain.
[xcii]HILAIRE, dans l'In Mattheum donne la description suivante:
"Ayant pris les cinq pains, le Seigneur leva les yeux vers le ciel confessant lui-même l'honneur de celui dont il tenait l'être, non qu'il fût obligé de regarder le Père avec ses yeux de chair, mais pour que ceux qui étaient là comprissent de qui il avait reçu le pouvoir de mettre en oeuvre une telle puissance. Il donne ensuite les pains à ses disciples. Les cinq pains n'en font pas plusieurs en se multipliant, mais les morceaux succèdent aux morceaux et l'on ne voit pas qu'ils se présentent coupés au bout, chaque fois qu'on les coupe. Au fur et à mesure la matière croît : est-ce à l'emplacement des tables ou dans les mains qui prennent ou dans la bouche des convives ? Je ne sais. Qu'on ne s'étonne pas que les sources jaillissent, qu'il y ait des grappes aux ceps, que le vin coule partout des grappes et que toutes les ressources de la terre se répandent selon un rythme annuel indéfectible car un accroissement si considérable des pains révèle que par l'auteur de cet univers, était appliquée à une telle multiplication une mesure dans le déploiement de la matière. Un travail invisible s'accomplit en effet dans l'œuvre visible et le Seigneur des mystères célestes opère le mystère de l'action présente. La puissance de celui qui opère dépasse toute la nature et la logique de sa puissance déborde l'explication du fait : seule demeure l'admiration pour son pouvoir. En outre, il y a une suite dans la succession des causes et des actes".
[xciii] Seul Jésus donne l'efficacité. Tout passe par lui. La foule est incapable de tout consommer.
[xciv] La Septante a faussé le sens de l'hébreu [Ps.,80,7] ; il s'agissait du peuple des Egyptiens et non de Joseph et la phrase signifiait : "ses mains ont lâché le couffin", au moment de la sortie d'Egypte.
[xcv] Le chiffre cinq est souvent utilisé, presque toujours pour signifier les cinq sens. Pour GREGOIRE LE GRAND, les dix vierges de la parabole représentent deux fois les cinq sens, à cause des deux sexes.
[xcvi] Origène serait-il misogyne ? (question posée par H.CROUZEL, dans Virginité et mariage selon Origène) ; non, puisqu'il interprète de façon spirituelle le mot "femme". Et quand il dit ici que seules les âmes viriles ont accès aux nourritures divines, c'est dans un sens figuré qu'il parle. En fait, pour revenir au recensement, les Juifs ne recensent que les mâles de vingt ans et au-dessus, capables de porter les armes.
[xcvii] Origène modifie le texte de Paul qui est le suivant : "Je vous ai fiancées à un époux unique, pour vous présenter au Christ comme une vierge pure".
[xcviii] Il est impossible de goûter en même temps des joies du corps et de l'esprit.
[xcix] La monade se retrouve dans les chiffres un, dix, cent, etc. Elle exprime l'unité de Dieu. "Dieu est incorruptible, simple, non composé, indivisible".
[c] Cf.PHILON : le chiffre cinquante, à cause de l'affranchissement qui était obligatoire pour le Jubilé est un chiffre sacré qui signifie le pardon.
[ci] Il s'agit de "il les obligea", qu'Origène veut expliquer.
[cii] Cf.JEROME, Com. in Matth.: "Cela prouve que c'est malgré eux que les disciples ont quitté le Seigneur, alors qu'ils ne veulent pas être séparés de lui, ne fût-ce que pour un instant".
[ciii] Même les disciples ont des possibilités restreintes.
[civ] Expression d'une vérité que l'on retrouvera dans l'adage thomiste : "A celui qui fait tout ce qu'il peut, Dieu ne refuse pas sa grâce".
[cv] Coopération entre foi humaine et puissance divine. Dans Com. in Rom., Origène déclare que même la foi des Apôtres est jugée insuffisante devant Dieu ; aussi Jésus en fait-il le reproche à Pierre: "Pourquoi as-tu douté, homme de peu de foi ?"
[cvi] On voit à travers ce passage que la signification du mot "Génésareth" a fait défaut à Origène, alors qu'au temps de Jérôme le nom de cette ville sera compris comme "jardin des chefs".
[cvii] Origène s'excuse...modestie d'une part ; conviction d'autre part que l'exégèse spirituelle doit demeurer dans des limites raisonnables.
[cviii] Passage essentiel à notre avis, pour comprendre que l'interprétation spirituelle des Ecritures ne signifie pas qu'Origène renonce au sens littéral et qu'elle ne conduit pas nécessairement à des développements d'un niveau inaccessible...(H.DE LUBAC, Hist. et Esprit, p.201).
[cix] Pour Origène, l'épreuve est capitale dans la découverte du Christ.
[cx] Satan, c'est le souffle qui empêche la progression vers Dieu. C'est le souffle opposé au souffle divin. Cf. H.CROUZEL, Théologie de l'image de Dieu.
Chez HILAIRE,Com.in Matth.14,14, nous trouvons une interprétation très différente des quatre veilles : la première est la loi, la seconde les prophètes, la troisième la venue du Christ dans son corps, la quatrième son retour glorieux.
[cxi] Plus tard, BEDE LE VENERABLE donnera une interprétation devenue traditionnelle : "La peine que les disciples éprouvent à ramer et le vent qui leur est contraire représentent les diverses peines de l'Eglise, qui parmi les flots du monde hostile et les souffles des esprits mauvais...s'efforce de parvenir à la patrie céleste" In Marcum II.
[cxii] Il s'agit des possédés du pays de Gadara (Matth.,8,28) ; mais, à côté de "Gadaréniens", on trouve deux variantes du texte de Matthieu : "Géraséniens", "Gergéséniens", toutes deux explicables. Il faut noter que "Gergéséniens" provient d'une correction d'Origène lui-même.
[cxiii] Exception néanmoins pour le centurion au pied de la Croix qui déclare : "Vraiment, cet homme était Fils de Dieu"(Mc.,15,39).
[cxiv] L'expression de Tyr et Sidon, villes de syro-phénicie, a aussi une valeur théologique : elle désigne les nations païennes qui, dans certaines conditions que le récit précise, vont avoir part au ministère de Jésus (note TOB).
[cxv] A la vue du convoi funèbre du jeune homme de Naïn, le Seigneur, pris de pitié, le ressuscita et le remit à sa mère, cf. (Lc.,7,12-15).
[cxvi] Est morte ? Non. Dans ces exemples de la fille de la Cananéenne, de celle du chef de la synagogue et du fils de l'intendant royal, il s'agit des malades qui ne peuvent prier pour eux, mais pour qui d'autres prient.
[cxvii] Au sens où les actes de Jésus sont le symbole de l'action permanente de Dieu sur les âmes de tous les temps.
[cxviii] "Par sa nature, Paul n'était pas fils de Dieu, mais il est devenu fils de Dieu plus tard", c'est-à-dire quand il se convertit. Car on est fils quand on accomplit la volonté de Dieu, qu'on lui ressemble (cf. Com. in Jo.,XX,17).
Mais il y a une race d'âmes clairvoyantes désignée par Israël, mot qui signifie "esprit ou homme qui voit Dieu", cf. De princ. IV,3.
[cxix] Libre arbitre : ici à titre d'opposition à la notion gnostique des "natures d'âmes" (v.supra).
[cxx] Cf.JEROME, Com.in Matth.,II : "Pour moi je pense que la fille de la Cananéenne (variante : de l'Eglise), ce sont les âmes des croyants qui étaient mises à mal par le démon...".
Cf. également Gal.,4,26 : "La libre Jérusalem d'en-haut, qui est notre mère". "Notre" explique : "de Paul et de ses semblables".
[cxxi] Origène, selon toute vraisemblance, s'est appuyé sur ce texte : "Tu t'en iras vers tes pères, dans la paix, nourri dans une belle vieillesse". Selon le traducteur, cette ascendance a été interprétée comme de très longues lignées d'ancêtres martyrs.
[cxxii] Il s'agit des Ebionites. Dans Com. in Rom., il explique que s'il y a des "brebis perdues de la maison d'Israël", ce n'est pas parce que Dieu les a perdues, mais parce qu'elles se sont perdues par leur faute.
Cf.JEROME, Com. in Matth,II : "Il est faux qu'il n'ait pas été envoyé aux nations, mais il a été d'abord envoyé à Israël, si bien que, celui-ci n'accueillant pas l'Evangile, il était juste qu'il passât chez les nations".
[cxxiii] Il s'agit de la métensomatose, forme la plus grossière de la métempsycose.
[cxxiv] Les images bestiales. Les animaux privés de raison représentent l'homme pécheur.
[cxxv] Cette page est très typique de la recherche scrupuleuse d'Origène sur le texte de l'Evangile. On ne peut analyser plus complètement qu'il ne l'a fait, les différences entre les deux épisodes évangéliques apparemment semblables. Origène renonce à faire l'exégèse de la seconde multiplication des pains pour éviter de se répéter. Dans Com. in Rm. il a utilisé un détail de ce récit : Jésus déclare qu'il ne veut pas renvoyer les foules à jeûn de peur qu'elles ne défaillent en route, parce que, dit-il, elles ne sont pas capables de marcher.
HILAIRE (Com.in Mt.15,7) reprend cette comparaison entre les deux récits, mais en tire une conclusion différente : la première foule est celle des Juifs croyants, la seconde celle des païens convertis. Il y ajoute une interprétation nouvelle des sept pains qui représentent les sept dons de l'Esprit.
[cxxvi] Le désert est une plaine. La première foule a dû rester en bas...celle-ci peut gravir la montagne. D'autre part, le désert est le pays vide de Dieu, le pays des païens. Mais de ce pays va sortir l'Eglise de la gentilité. Car il faut quitter ce pays pour découvrir le mystère chrétien.
[cxxvii] Notion de capacité.
[cxxviii] Pour P. Benoît, Evangile selon saint Matthieu (Etude biblique) : "congédie-la" signifie "exauce-la". La Bible de Jérusalem donne une traduction équivalente : "Fais-lui grâce".

Date de création : 13/03/2007 @ 10:51
Dernière modification : 13/03/2007 @ 10:51
Catégorie : Théologie 2
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