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Théologie 1 - Livres historiques 1
LIVRES HISTORIQUES 1
- AVANT-PROPOS
- LIVRE DE JOSUE
AVANT-PROPOS
L'ANCIEN TESTAMENT.
Cette dénomination propre aux Chrétiens veut signifier la continuité qui existe entre les textes de l'Ancienne Alliance et ceux de la Nouvelle Alliance écrits après la vie du Christ,- l'ensemble constituant la Bible. Les Juifs, quant à eux, préfèrent l'appeler "la Loi, les Prophètes et les Ecrits" ou bien encore "L'Ecriture"[i].
Les ouvrages de l'Ancien Testament.
Les extraits produits dans ce document sont issus de la Bible de l'Ecole biblique de Jérusalem[ii] qui a pour source la Bible des Septante[iii], de langue grecque, provenant elle-même de l'original hébreu. La partie qui concerne l'Ancien Testament comporte quatre séries d'ouvrages: le Pentateuque, livre en 5 volumes (la Tora des Juifs, qui l'appelèrent encore les 5/5 de la Loi), les livres historiques, les livres poétiques et sapientiaux, les livres prophétiques. Les cinq volumes du Pentateuque qui concernent la Première partie sont distingués par leur contenu: la Genèse(origine du monde,de l'homme, puis vie despatriarches), l'Exode (sortie d'Egypte et traversée du désert), le Lévitique (loi des célébrants de la tribu de Lévi), les Nombres (dénombrements des tribus),le Deutéronome (la"seconde loi" promulguée pour s'opposer aux déviations du culte). Ces ouvrages couvrent la période qui va d'Adam à Moïse.
La présente Partie,qui va nous mener de Josué à Isaïe, prend sa source dans le Deutéronome. En effet, à la fin de ce dernier ouvrage du Pentateuque, avant même la mort de Moïse, Josué est désigné comme le continuateur de l'histoire d'Israël.
Ainsi, avec le livre de Josué, nous abordons la série des "livres historiques" qui comprend en outre, par ordre chronologique, celui des Juges, le livret de Ruth, les deux livres de Samuel et ceux des Rois[iv]. Dans la Bible hébraïque, ces ouvrages sont appelés les "Prophètes antérieurs", par opposition aux "Prophètes postérieurs" que sontIsaïe,Jérémie,Ezéchiel, Daniel et les Douze Petits Prophètes. Cette désignation s'explique par une tradition qui attribuait la composition de ces textes à des "prophètes": Josué pour le livre qui porte son nom,Samuel pour les Juges et Samuel,enfin Jérémie pour les Rois. Elle se justifie par le caractère religieux qui leur est commun; ils ont en effet pour sujet principal les rapports d'Israël avec Yahvé, sa fidélité ou son infidélité, surtout son infidélité à la parole de Dieu, dont les prophètes sont les organes.
Leslivres des"Prophètes postérieurs"constituentles "livresprophétiques". Dans la liste des ouvrages de l'Ancien Testament telle que l'a reçue l'Eglise, ils sont placés après les "livres poétiqueset sapientiaux"[v].
Le phénomène prophétique.
Le phénomène prophétique qui sévissaitdéjà àl'époque du FerI(1200 à 900 av.J.C.) était loin d'être l'apanage d'Israël. Dans les grandesreligionsdespeuplesdeson entourage s'étaientmanifestées des confréries d'extatiques plus ou moins turbulents. Tous, à des degrés divers et sous des formes variables, prétendaient parler au nom deleur dieu.La Bible elle-même nousaapporté sontémoignage sur plusieurs d'entre eux,montrant que le Yahvisme avait accrédité une telle institution. Citons notamment le voyant Balaam[vi], les 450 prophètes de Baal appelés par Jézabel la Tyrienne et confondus par Elie sur le mont Carmel(1R.,18,19-40), les 400 faux prophètes contredits par le prophète Michée (1R.,22,5-12). Avec ces derniers s'ouvrait l'ère de l'antagonisme sans fin entre la fausse et la vraie prophétie.
Des "confréries d'inspirés" apparaissent auprès de Samuel, et, à l'époque d'Elie,des groupes de "frères prophètes" qui sont en relation avec Elisée et disparaissent ensuite. Excités par la musique, ces prophètes étaient pris de transes collectives dont la contagion gagnaitles assistants,ou bien encore mimaientdes actionssymboliques. Le recours à la musique avant de prophétiser n'est signalé qu'une fois pour Elisée (2R.,3,15), quant aux actions symboliques, on les rencontre plus fréquemment[vii].
Au cours des actions qu'ils ont menées, les prophètes ont fait montre, par intermittence, d'états psychologiques supra-normaux identiques à ceux qu'au cours des âges certains grands mystiques ont pu présenter.
"Nier les effets du mysticisme chez les prophètes serait abaisser l'esprit prophétique au rang de l'inspiration poétique ou de l'illusionnisme des pseudo-inspirés. Le message divin peut parvenir au prophète de bien des manières; cette variété dans la réception et l'énoncé du message dépend en grande partie du tempéramentpersonnel et des dons naturels de chaque prophète, mais elle recouvre une identité foncière; tout vrai prophète a vivement conscience qu'il n'est qu'un instrument, que les mots qu'il profère sont à la fois siens et non siens. Il a la conviction inébranlable qu'il a reçu une parole de Dieu et qu'il doit la communiquer. Cette conviction est fondée sur l'expérience mystérieuse, disons mystique, d'un contact immédiat avec Dieu"[viii].
Les livres de l'histoire des Hébreux.
Livre de Josué.
Ce livre est une image de la conquête dispersée et incomplète de toute la Terre Promise avec l'action des tribus sous la direction de Josué. L'ensemble des récits est dominé par ce fils de Nûn (mot hébreu traduit en grec par Navé), qui appartient à la tribu d'Ephraïm (Nb.,13,8). Le nom porté par Josué est à lui seul tout un programme, dans la mesure où il signifie "le Seigneur sauve". Une tradition biblique rapporte que Moïse en (Nb.,13,16), changea son nom initial Hoschéa (Osée), en Joschua (traduit aussi bien par Josué que par Jésus), marquant par là sa nouvelle destinée.
Livre des Juges.
Après la mort de Josué, malgré la mauvaise conduite des Israélites qui oublièrent Yahvé leur Dieu, au profit des Baals et des Ashéras, Yahvé suscita une suite de sauveurs, les Juges, qui non seulement rendaient la justice mais exerçaient leur autorité dans leur ville ou leur district. Leurs actions sont racontées d'une manière plus ou moins détaillées dans ce livre où elles remplissent, sans laisser de lacunes, la période qui s'est écoulée entre la mort de Josué et le début du ministère du prophète Samuel(vers1040 av.J.C.). Tous les Juges furent des Yahvistes convaincusetlesanctuairedel'arche de Silo était devenu, après celui de Gilgal[ix], un centre où tous les groupes se retrouvaient pour y prendre des décisions d'ordre religieux, voire militaire, intéressant tout ou partie des douze tribus.
Le continuateurdesJuges sera Saül(vers-1030).Sa reconnaissance partouteslestribus lui assureraune autorité générale et durable: la royauté naîtra avec lui.
Livre de Ruth.
Placé par la Septante et la Vulgate après le livre des Juges, le livre de Ruth, par son sujet, se rattache néanmoins à la même période. C'est l'histoire de Ruth la Moabite qui, après la mort de son mari,un homme de Bethléem émigré en Moab,revient enJuda avec sa belle-mère Noémi et épouse Booz, un parent de son mari, en appli- cation de la loi du lévirat; de ce mariage va naître Obed qui sera le grand-père de David. C'est une histoire édifiante dont l'intention principale est de montrer comment est récompensée la confiance qu'on met en Dieu, dont la miséricorde s'étend jusque sur une étrangère. Le fait que Ruth a été reconnue comme la bisaïeule de David a donné un prix particulier à ce livret dont la lecture était réservée pour la Pentecôte juive.
Premier et deuxième livre de Samuel.
Le titre de ce livre provient de la tradition qui attribuait sa composition au prophète Samuel. Il est attesté que plusieurs recensions hébraïques des livres de Samuel avaient cours. La traduction grecque des Septante s'est appuyée sur un de ces prototypes dont les grottes de Qumrân nous ont livré, il y a peu de temps, d'importants fragments. On y distingue quatre grandes parties: Samuel, Samuel et Saül, Saül et David, David. Elles couvrent la période qui va des origines de la monarchie israélite à la fin du règne de David (vers -970), la prise de Jérusalem ayant eu lieu vers -1000.
Premier et deuxième livre des Rois.
Faisant suite immédiatement aux livres de Samuel, les livres des Rois fournissent un long récit du règne de Salomon avec la construction du Temple de Jérusalem (vers -950). Sous sa royauté, l'unité nationale que David n'avait pas vraiment réalisée,s'est encore distendue, et sa mort(-931) vient consacrer la division du royaume.A l'assemblée de Sichemqui a lieu peu après, les dixtribus du Nord fontune sécession,aggravée d'un schismereligieux.
L'histoire parallèle des deux royaumes qui en découle se développe alors sur un peu plus de deux siècles. Pour Israël, l'histoire débute avec Jéroboam 1er etellesetermine aveclaprise de Samarie(-721) et la déportation de nombre de ses habitants.
PourJuda,la successiondeSalomonestassuréeparsonfilsRoboam. Cette royauté, plus durable que celle d'Israël, sera assurée jusqu'à la prise de Jérusalem(-597),marquée par unepremièredéportation.
Dix ans après, un sursaut d'indépendance sera sanctionné par une nouvelle intervention de Nabuchodonosor, qui s'achèvera, en -587, par la ruine de Jérusalem (le Temple et la ville), et une seconde déportation.
L'histoire traversée par la poésie et la sagesse.
Le livre de Job.
Premier des livres sapientiaux, le livre de Job est celui d'un juste souffrant qui s'inscrit comme un contre-exemple des rétributions terrestres, au titre desquelles l'homme reçoit ici-bas la récompense ou le châtiment de ses actions. C'est pourtant ce principe qui émane de tous les livres précédents qui nous montrent son application dans le déroulement de l'histoire, principe que la prédication prophétique ne manquera pas de soutenir.
Si, dans une perspective de solidarité on peut accepter que, les fautes collectives l'emportant, les justes pâtissent avec les méchants, il n'en est pas de même dans un contexte individuel. Si donc chacun doit être traité selon ses oeuvres, comment un juste tel que Job peut-il souffrir? C'est que l'homme doit persister dans la foi, alors même que son esprit reste sans apaisement. Tel est l'enseignement qui va émerger de ce livre.
Les Psaumes.
Dès ses origines, Israël comme tous ses voisins, a pratiqué la poésie lyrique sous toutes ses formes. Nous avons vu certaines pièces enchâssées dans le Pentateuque, comme le Cantique de Moïse (Ex.,15), le Chant du Puits (Nb.,21,17-18). D'autres le seront de la même manière par la suite, mais les plus nombreuses se trouvent concentrées dans le Psautier (du grec Psaltérion[x]). Là sont rassemblés les 150 psaumes que la tradition a finalement attribués à David (d'où l'expression fréquemment utilisée par les Pères de l'Eglise dans leurs homélies:<David nous dit...>. Cependant, il est vraisemblable que d'autres auteurs aient pu intervenir à partir d'un noyau authentique, composé par le roi David qui avait le goût des fêtes cultuelles et dont les talents de musicien (1 S.16,18) et de poète (2S.6,15) avaient été reconnus.
Il est admis,en corrélation avec certains contextes évoqués, que les Psaumes,ont pu voirleur achèvement entre400 et350 av.J.C.
Le Cantique des Cantiques.
"Le Cantique des Cantiques, c'est-à-dire le Cantique par excellence, ou le plus beau chant, célèbre l'amour mutuel d'un Bien-aimé et d'une Bien-aimée, qui se joignent et se perdent, se cherchent et se trouvent"[xi]. Le langage d'un amour passionné employé dans ce livre a étonné les uns et satisfait les autres, notamment ceux qui, parmi les Juifs l'utilisèrent comme chant dans les fêtes profanes de mariage. On en trouve la relation au 1er siècle de notre ère.
Une foule d'interprétations littérales ont été avancées sans qu' aucune n'ait été véritablement déterminante; aussi l'interprétation allégorique est-elle devenue commune chez les Juifs à partir de IIème siècle: l'amour de Dieu pour Israël et celui du peuple pour son Dieu sont représentés comme les rapports entre deux époux. C'estl'allégorie nuptiale queles prophètes ont longuement développée depuis Osée (vers-750) et qui, dans les milieux juifs, fit élever des doutes sur la canonicité du Cantique. Ces doutes ont été résolus par un appel à la tradition, et c'est en se fondant sur celle-ci que l'Eglise chrétienne a toujours reçu le Cantique comme une Ecriture sainte. Les auteurs chrétiens, surtout sous l'influence d'Origène, ont suivi la même ligne que l'exégèse juive, mais l'allégorie est devenue chez eux, tantôt celle des noces du Christ et de l'Eglise, tantôt celle de l'union mystique de l'âme avec Dieu.
L'histoire traversée par le courant prophétique.
Moïse, considéré comme le plus grand des prophètes, a été placé en tête de leur lignée; il a reçu le souffle de Yahvé (sa Parole), pendant les quarante jours et quarante nuits qu'il est demeuré sur la montagne.
Josué.
En tant que prophète, Josué est devenu l'héritier des dons de Moïse: il était rempli de l'esprit de sagesse, car Moïse lui avait imposé les mains. C'est à lui qu'obéirent les Israélites agissant selon l'ordre que Yahvé avait donné à Moïse (Dt.,34,9).
La période des Juges.
Les Juges qui prirent la relève de Josué avaient tous un pouvoir charismatique. A des degrés divers, ils ont fait montre du don de prophétie. Mais leur période est surtout marquée par la prophétesse Débora et, en fin de période, par le prophète Samuel.
Débora.
Sur ordre de la prophétesse Débora, Barac marcha contre Sisara, général de Jabin, roi de Canaan. Débora célébra la victoire de Tanak (vers -1125) dans le cantique fameux qui porte son nom.
Samuel.
Voué au service de l'Arche par ses parents, ce dernier Juge fut chargé d'annoncer au grand prêtre Eli (ou Héli) la destruction de sa famille,comme punition pour sa faiblesse.Il combattit les Philistins, effectua des réformes religieuses et, quand il se retira des activités politiques, fonda la monarchie israélite en choisissant Saül comme premier roi. Lorsque Saül se révéla indésirable, c'est lui qui sacra secrètement David.
D'Achab à Joas (rois d'Israël)[xii].
Elie.
Au IXème siècle av.J.C., au temps d'Achab et de son épouse Jézabel (874-853), à un moment où l'invasion des cultes étrangers mettait en péril la religion de Yahvé, Elie se dresse comme le champion du vrai Dieu et remporte, au sommet du mont Carmel une victoire éclatante sur les prophètes de Baal (1R.,18). Sa rencontre avec Dieu à l'Horeb (Sinaï), où l'Alliance a été conclue, le rattache directement à Moïse (1R.,19). Défenseur de la foi, Elie l'est aussi de la morale et il proclamelacondamnationdivine contre Achab quiaassassinéNabotpour prendre sa vigne(1R.,21).Il réussit à arrêter momentanément le progrès du culte de Baal dans le peuple d'Israël, mais il dut quitter le pays par suite de la haine féroce de Jézabel. La remise de son manteau à son continuateur Elisée, prélude à sa fin prochaine et mystérieuse (2R.,2,1-18), entoure d'un halo sa figure qui n'a cessé de grandir dans la tradition juive.
Elisée.
Au contraire du prophète solitaire qu'était Elie, le prophète Elisée(2R.,2-13) est très mêlé à la vie de son temps. Il intervient au cours de la guerre moabite (2R.,3), et des guerres araméennes (2R.,6-7), il joue un rôle dans différentes usurpations, et est souvent consulté par les grands. Il est aussi en rapport avec les "frères prophètes" qui racontaient sur lui des histoires merveilleuses. Lorsque le roi Joas vint au chevet d'Elisée mourant, ce dernier lui enjoignit de tirer une flèche par la fenêtre en direction de l'est, et fit cette dernière prophétie: "Flèche de victoire contre Aram! Tu battras Aram à Apheq, complètement".
Comme l'indiquent les références, ce sont les deux livres des Rois qui nous renseignent particulièrement sur Elie et Elisée. En ce qui concerne les "prophètes canoniques" encore appelés "prophètes écrivains", les meilleures informations sont contenues dans les livres qui portent le nom de chacun d'eux. Leur particularité est d'intervenir dans les périodes de crise qui précèdent ou accompagnent les grands tournants de l'histoire nationale: la menace assyrienne et la ruine du royaume du Nord,la ruine du royaume de Judaetle départ en exil, la fin de l'exil et le retour. Ils ne s'adressent pas aux rois, mais au peuple et parce que leur message a cette portée générale, il est conservé par écrit et continue d'agir.
Le temps des prophètes écrivains.
"Le premier de ces prophètes, Amos, exerce son ministère au milieu du VIIIème s.av.J.C., environ cinquante ans après la mort d'Elisée et le grand mouvement prophétique dure jusqu'à l'Exil, soit moins de deux siècles qui sont dominés par les grandes figures d'Isaïe et de Jérémie, mais où se placent aussi Osée, Michée, Nahum, Sophonie, Habaquq.
La fin du ministère de Jérémie est contemporaine des débuts du prophète de l'Exil, Ezéchiel,(vers-580). Avec ce dernier, la tonalité change, avec tout une série de traits qui annoncent la littérature apocalyptique, sans pour autant interrompre le grand courant isaïen qui, avec des enrichissements, se perpétue dans le livre de la Consolation (Deutéro-Isaïe:Is.,40-55).
Les prophètes du Retour, Aggée et Zacharie, ont un horizon plus limité: leur intérêt se concentre sur la restauration du Temple. Après eux, Malachie souligne les tares de la communauté nouvelle. Puis le petit livre de Jonas, préludant au genre midrashique, utilise les anciennes Ecritures pour un enseignement nouveau"[xiii].
Isaïe.
Né aux environs de 765av.J.C., le prophète Isaïe reçoit sa voca- tion prophétique à l'âge de vingt cinq ans, dans le Temple de Jérusalem[xiv].Sa mission est d'annoncer la ruine des deuxroyaumes d'Israël et de Juda en punition des infidélités du peuple. Ayant exercé son ministère pendant quarante ans, alors que l'Assyrie fait peser une menace grandissante surcesdeuxroyaumes,le prophète connaîtra la chute d'Israël, avec la prise de Samarie en -721. Nous ne savons plus rien de sa carrière après -700. D'après une tradition juive, il aurait été martyrisé sous Manassé dont le règne débute en -687.
Marqué pour toujours par la scène de sa vocation dans le Temple, où il a eu la révélation de la transcendance de Dieu et de l'indignité del'homme,ilatransposé danssonvécu deuxexigencesessentielles
de Dieu: celle de justice dans les relations sociales et celle de sincérité dans le culte à lui rendre. Il est le prophète de la foi et demande qu'on se confie en Dieu seul: c'est l'unique chance de salut. Il sait que l'épreuve sera sévère, mais il espère qu'un "reste" sera épargné, dont le Messie sera le roi. Ce Messie qu'il annonce sera un descendant de David; il fera régner sur la terre la paix et la justice et répandra la connaissance de Dieu.
Le livre qui porte son nom est le résultat d'un long travail de composition (c'était un poète de génie) dont il a été impossible de restituer toutes les étapes. Des additions considérables sont chronologiquement repérables, notamment celles des chapitres 40 à 55, qui sont bien postérieures à sa disparition.
Jérémie.
Un peu plus d'un siècle après Isaïe (vers -650), Jérémie naît d'une famille sacerdotale installée près de Jérusalem. Mieux que pour aucun autre prophète, sa vie et son caractère nous sont connus par les récits biographiques à la troisième personne qui émaillent son livre.
Appelé tout jeune par Dieu (il avait alors vingt quatre ans), il vécut les espoirs éveillés par la réforme religieuse et la restauration nationale initiées par Josias, roi de Juda qui, en était à la treizième année d'un règne débuté en -640.Ladisparition deJosias,en -609, marquera le retour des périls qui seront engendrés par l'expansion de l'empire chaldéen. La chute de Ninive, capitale assyrienne, en -612, avait déjà bouleversé le monde oriental.Nabuchodonosor, dès -605, imposera sa domination en Palestine, et malgré la révolte de Juda à l'instigation de l'Egypte, finira par conquérir Jérusalem et déporter une partie de ses habitants (-597). Une nouvelle révolte ramènera les armées chaldéennes et,en -587,Jérusalem sera prise; son Temple sera incendié et une seconde déportation aura lieu.
Jérémie a traversé cette dramatique histoire , prêchant, menaçant, prédisant la ruine, avertissant en vain les rois incapables qui se succédèrent sur le trône de David. Il était désireux de paix et il a toujours eu à lutter contre ces rois, contre les siens, contre les prêtres et les faux-prophètes du "tout va bien". Bien qu'il vît dans les exilés l'espoir de l'avenir, Jérémie avait choisi de rester en Palestine pendant la décennie du protectorat chaldéen de Godolias (-597 à -587). Après l'assassinat de ce dernier qui fit craindre des représailles, un groupe de Juifs prit le chemin de l'Egypte, entraînant Jérémie en son sein. C'est probablement là qu'il mourut.
"La mission de Jérémie a échoué de son vivant, mais sa figure n'a cessé de grandir aprèssa mort. Par sa doctrine d'une Alliance nouvelle, fondée sur la religion du cœur, il a été le père du Judaïsme dans sa branche la plus pure. En mettant les valeurs spirituelles au premier plan, en dévoilant les rapports intimes que l'âme doit avoir avec Dieu, il a préparé la Nouvelle alliance chrétienne. Sa vie d'abnégation et de souffrance au service de Dieu, après avoir pu fournir les traits à l'image du Serviteur dans Is.,53, fait de Jérémie une figure du Christ"[xv].
Nous avons vu précédemment que l'Eglise avait fait saints les quatre prophètes Elie, Elisée, Isaïe, Jérémie. Pour le présent ouvrage, sans vouloir lui donner une signification préférentielle, nous avons retenu le prophète Isaïe en fonction du caractère messianique de son oeuvre.
La trame religieuse.
S'il est important que l'historicité du texte, l'exactitude presque matérielle du récit ait pu être reconnue, le témoignage religieux, indépendamment de cette identification, est plus important pour les Croyants. Tous les tournants décisifs sont marqués par une intervention divine et tout y apparaît comme providentiel, "conception théologique supérieurement vraie, mais qui néglige l'action des causes secondes"[xvi]. De plus, les faits sont introduits, expliqués et groupés pour la démonstration d'une thèse religieuse: il y a un Dieu qui a formé un peuple et qui lui a donné un pays; ce Dieu est Yahvé, ce peuple est Israël, ce pays est la Terre Sainte.
La trame religieuse, c'est-à-dire la traduction dans les faits de la volonté de Yahvé, transcende la trame historique. C'est ainsi qu' après avoir voulu se faire connaître de son peuple, s'en faire craindre et lui donner sa loi, il va s'attacher à l'édification d'Israël en le soumettant à l'incessante confrontation entre "ce qui plaît à Yahvé et ce qui lui déplaît". Et pour se faire entendre, tout en respectant l'organisation de la monarchie tempérée, il va s'adresser non plus directement aux guides du peuple, mais au peuple lui-même par les prophètes qu'il a choisis.
LES PERES DE L'EGLISE.
Une exégèse bien difficile.
La difficulté essentielle que présente toute cette partie de l'Ancien Testament a trait aux guerres et aux meurtres qui dominent cette longue période de l'histoire d'Israël. La Terre Promise est au cœur de tous les combats: ceux qui préludent à sa possession, comme ceux nécessités par sa conservation. Comment justifier tous ces massacres, cet anathème jeté sur des villes entières? Le Christ n'est-il pas venu pour enseigner la paix à ses disciples? Dès lors, "si ces guerres charnelles n'étaient pas la figure de guerres spirituelles -- jamais les livres historiques des Juifs n'auraient été transmis aux disciples du Christ -- jamais transmis par les Apôtres comme une lecture à faire dans les Assemblées"[xvii].
Donc leurs guerres etleurs combats ne sont pour nous qu'une invitation au combat spirituel."Ecoute comment nous sommes appelés aux combats par la trompette apostolique:<Revêtez-vous des armes de Dieu afin de pouvoir tenir droit contre les manœuvres du diable>[xviii]. Il ne supporte plus que nous nous abritions sous les ailes de ceux qui nourrissent de lait, il nous invite aux champs de bataille"[xix].
Cette doctrine du combat spirituel est fondée sur une tradition qui était déjà solidement attestée chez les Juifs et chez les Chrétiens. Philon fait, dans son interprétation de la Bible, une large place au combat de l'âme contre les passions, et "chez Justin la victoire de Josué (Jésus) sur Amalec représente la victoire du Christ sur les démons, victoire secrète à la première parousie, éclatante et décisive dans la seconde; ainsi le mystère préfiguré dans l'Ancien Testament est-il déjà accompli à la première parousie avant d'être complètement révélé à la fin des temps"[xx].
Mais cette doctrine reçoit chez Origène des développements vigoureux et originaux, et sur l'arrière-plan tragique d'une persécution en marche,les paroles du maître alexandrin prennent un reliefparticulier[xxi]. Le déroulement des évènements terrestres lui apparaît comme le reflet de l'expression d'une autre histoire, de portée infiniment plus grave, parce qu'elle s'inscrit non pas dans l'ordre des valeurs charnelles, mais dans celui des réalités spirituelles[xxii].
Christianisme et hellénisme.
On pourrait craindre que les Pères de l'Eglise, en concevant le christianisme comme une philosophie (voir Ière Partie), aient fait la part trop belle à l'hellénisme. Malgré la position dominante de celui-ci, force est de constater que le donné évangélique a gardé toute sa force et son originalité,alors quela philosophiehellénique,pour exprimer dans son propre langage les éléments étrangers à sa tradition, a dû subir une profonde transformation.
Les apports principaux de la philosophie grecque au christianisme.
"De la philosophie grecque, le christianisme a reçu tout d'abord l'idée même de théologie et le plan type d'une théologie systématique, celle-ci comprenant, selon une tradition qui s'esquisse déjà dans Les Lois de Platon, les points suivants: sources de la révélation, parties de la théologie, méthodes propres aux différentes parties,principes fondamentaux duraisonnementthéologique,étude des différents degrés de la réalité divine.
Avec la théologie savante, ce sont non seulement les instruments de raisonnements propres à la philosophie qui ont été adoptés, mais c'est le contenu même de la théologie grecque qui s'est insi- nué dans le christianisme[xxiii].Le Dieu chrétien,le Père de Jésus-Christ, revêtit bien des traits du Dieu platonicien: cela est particulièrement sensible chez Origène mais aussi chez Augustin.Le Filsde Dieu fut conçu sur le modèle du second Dieu de Numénius[xxiv] ou de l'Intellect plotinien. La hiérarchie platonicienne servit à situer l'homme dans l'univers.L'âme humaine apparut comme un êtreintermédiaireentre le monde intelligible et le monde sensible. Même la conception du salut prit une forme analogue à celle qu'elle avait revêtue dans le platonisme. A l'idée évangélique de l'irruption du règne de Dieu se substitual'idéal philosophique d'une union à Dieu,d'une déification atteinte par une ascèse et une contemplation conçues elles aussi selon la meilleure méthode platonicienne. Le mysticisme plotinien se retrouve chez Grégoire de Nysse, Ambroise et Augustin. Il est vrai que l'intermédiaire indispensable dans la voie de la déification est le Christ, mais là encore (dans l'acception philosophique), il s'agit du Fils de Dieu, Sagesse ou Intelligence incarnée"[xxv].
Relevons encore que dans le conflit christologique qui occupa l'Eglise du IVème au VIIème siècle, les discussions abstraites sur les notions de nature, d'essence, d'hypostase, de personne furent encore plus sourcilleuses que dans les controverses ariennes. On employa intensivement la logique aristotélicienne.
Il y a donc, à partir de ces différents apports à faire le constat d' une certaine adéquation del'hellénisme à la philosophie chrétienne, tout au long de son chemin chez les Pères de l'Eglise.
Les Pères les plus conciliants vis à vis de l'hellénisme.
Le premier véritable promoteur d'une attitude conciliatrice entre ces deux philosophies fut Justin qui vécut sous Antonin le Pieux et mourut martyr à Rome en 165.
"Le principe auquel adhère Justin qui peut être considéré comme l'un des premiers Platonikoï chrétiens, en particulier à cause de sa connaissance du philosophe médio-Platonicien Numénius, c'est que "tout ce qui se dit de bien chez tous ceux qui l'ont dit est chrétien" (ApologieII,chap.13). En vertu de ce principe, la tradition coïncide avec la raison; une telle coïncidence est possible, parce que le Christ est le Logos (notion stoïcienne platonisée) qui peut, chez Justin, être rapprochée du second Intellect chez Numénius, auquel participe le genre humain en son entier. Tous ceux qui ont participé au Logos sont des chrétiens de fait, même s'ils ont passé pour des athées, par exemple Héraclite et Socrate parmi les Grecs (ApologieI,chap.46). Presque toute la doctrine chrétienne se trouve donc déjà dans la philosophie et dans la mythologie païennes en vertu de la participation de celle-ci au Logos. Et leur degré de participation mesure leur degré de vérité; la vérité elle-même ne pouvant être donnée que par le Christ, qui est le Logos.
Par suite seul le Christianisme peut être considéré comme<la vraie philosophie>. Et c'est en tant que philosophe que l'ancien professeur de philosophie Justin, parcourt le monde gréco-romain pour répandre la bonne nouvelle.
Il s'agit là du principe de "récupération" encore à l'œuvre aujourd'hui dans les relations du Christianisme avec les religions non chrétiennes ou avecles traditions étrangères.Une telle conception présente une importance fondamentale, car elle a des échos jusqu'à Hegel, qui la laïcise. Ainsi se trouve fondée une philosophie de l'Histoire où le Christianisme se dévoile progressivement, mais de façon inéluctable. On ne trouve aucun équivalent du côté des païens qui se contentent de rechercher un accord entre toutes les théologies, dont celle de Platon. Par là se manifestent l'originalité et la fécondité extraordinaires d'un tel principe qui fait du Christianisme la fin de l'Histoire"[xxvi].
Autre Père de l'Eglise, Eusèbe de Césarée, peut être cité parmi les conciliateurs. Né en Palestine vers 260, il devint l'auxiliaire de Pamphile, un élève d'Origène qui mourut martyr durant la persécution de Dioclétien en 310. Une bref rappel de son oeuvre la plus importante,la Préparation évangélique,nous ramène au Platonisme.
Dans les 15 volumes qui la composent, écrits au début du IVème siècle, l'évêque de Césarée fait un bilan critique des croyances du monde grec pour mieux mettre en évidence les mérites du Christianisme. Nous importent surtout les livres 11à13 consacrés à Platon etauPlatonisme oùl'on retrouvelefameuxthème du plagiat,suivant lequel les philosophes ont emprunté le meilleur de leurs idées à Moïse et aux prophètes qui ont vécu avant eux. Sur la base, sans doute, de traités de Plotin antérieurs aux Ennéades réalisées par Porphyre(301), Eusèbe voit Platon nous conduire "jusque dans l'antichambre de la vérité"[xxvii] que recèle le christianisme, lequel assure l'achèvement et non la destruction de la philosophie antérieure. En attaquant celle-ci (Prépa.Evang.I,4), il veut non pas ruiner l'héritage grec, mais prouver sa nécessité et sa rationalité profondes (Prépa.Evang.XV,2).
Autre conciliateur de renom, Augustin, qui a longtemps cheminé avec toute la littérature et la philosophie grecques. La rationalité qui caractérise sa pensée et qui a fait de lui un philosophe chrétien, lui a rendu impossible le rejet de la tradition philosophique.
"Il a fait ce double constat: d'une part, la lumière rationnelle venue de Dieu a animéindiscutablement les efforts de la philosophie et d'autre part, les sciences que la raison rend possibles conduisent à la science même de Dieu"[xxviii].
De plus,Augustin croit à une évolution qui aboutitprogressivement au règne de la Grâce.De là,son appréciation de la philosophie anti- que:<Depuis les Présocratiques,Thalès,Anaximandre,Anaximène, les Grecs n'ont cessé de se rapprocher de la vérité, ce qui est surtout vrai avec les Platoniciens,et notamment avec Porphyre.L'orgueil seul les a retenus de devenir les disciples du Christ>[xxix].
Quand il découvrit dans les livres des néo-Platoniciens le dynamisme éternel de la hiérarchie cosmique[xxx], Augustin ne cacha pas son enthousiasme alors que,déçu du manichéisme etdesacadémiciens, il cherchait encore sa voie.
L'hellénisme face à l'Orient puis au christianisme.
Déjà auteur d'une synthèse originale entre le Platonisme et le Pythagorisme, Numénius qui avait acquis la conviction que la philosophie grecque devait beaucoup à l'Orient, surtout aux livres saints des Juifs, tenta de réaliserun accord entrela pensée grecque et la pensée hébraïque en faisant de Platon "un Moïse qui parlait grec"[xxxi].
Les objections à cet accord étaient pourtant nombreuses de la part des philosophes grecs de son temps; leurs reproches essentiels visaient l'irrationalité des décisions divines dans l'histoire du salut: création à partir d'un commencement temporel[xxxii](que faisait Dieu avant de créer?), salut de l'homme comme don intérieur précaire et révocable[xxxiii], choix d'un peuple au détriment d'un autre, incompréhensible décision de détruire un monde que Dieu lui-même avait créé. Le Dieu de l'Ancien Testament adopté par les Juifs comme par les chrétiens, et qui avait tardé à s'incarner, leur apparaissait comme un tyran aux caprices imprévisibles[xxxiv]. Toutes les actions mises en exergue stigmatisaient une toute-puissance divine qui introduisait dans la philosophie hellénique un élément d'irrationalité insurmontable. C'est à ce problème conflictuel entre rationalité et irrationalité de l'action divine, que son héritière, la philosophie occidentale,sera longtemps confrontée.On ne sait plus guère aujourd'hui qu'il est né du rapprochement entre hellénisme et christianisme.
La partie de la théologie trinitaire propre aux Pères.
S'il est facile de retrouver le modèle des triades néo-platoniciennes dans les exposés que les Pères, notamment Augustin, ont donnés des relations entre les trois personnes de la Trinité[xxxv], il est un aspect de la théologie trinitaire qui esttotalement propre auxPères: c'est celui de la relation des personnes divines à l'histoire du salut.
Sous des formes parfois différentes, mais d'inspiration identique, Tertullien, Marcel d'Ancyre, Marius Victorinus, ont distingué trois phases dans le plan divin:
Au principe, tout est encore concentré dans l'Unité du Père.
Puis le plan du salut, l'économie divine commence à se manifester: c'est la phase de procession du Fils de Dieu.Originellementconfondu avec le Père, il se distingue de lui, est engendré et crée l'uni- vers.A la suite delachute del'homme,il entreprend sa restauration par l'Ancienne puis la Nouvelle Alliance. Son activité s'achève dans l'Incarnation, la Rédemption et la Résurrection. Alors commence l'activité de l'Esprit saint dans l'Eglise.
La nouvelle phase de l'histoire du salut conduira à la réunion de toutes choses dansle Père,à un retour universelà l'unité primitive. Ici encore, on touche à un des schèmes fondamentaux de la philosophie occidentale: celui de l'élaboration d'un système universel narrant la chute et la rédemption des esprits. C'est celui qu'a abordé Origène dans son traité "Sur les Principes".
Malgré ces interférences,le message évangélique,a gardé toute sa plénitude.
Dans le chapitre "Théologie ascensionnelle" des Confessions[xxxvi],Augustin fait pour nous le constat rassurant de cette plénitudesauvegardée. Après avoir parlé de sa découverte des livres platoniciens, il est amené à confronter certains de leurstextes avec ceuxdu Prologue de Jean etdel'hymne paulinien. Cette confrontation, pour brève qu'elle soit, met en évidence que la prétendue sagesse grecque ne dispense aucune desgrâcesque nous méritentl'Incarnation etlaRédemption, bienfaits accessibles aux plus humblesdeshommes,pour peu qu'ils aient la foi.
"Car ces choses,
Tu les a cachées aux sages et révélées aux petits,
Afin que viennent à lui
Ceux qui peinent sous le fardeau,
Et qu'il les réconforte,
Car il est doux et humble de cœur ;
Et il fait avancer les doux dans la justice
Et enseigne ses voies aux dociles,
Lui qui voit notre humilité et notre peine
Et remet tous nos péchés.
Mais ceux qui ont l'air juchés sur des échasses d'une science prétendue plus sublime ne l'entendent pas dire: Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur et vous trouverez le repos de vos âmes (Mat.11,29); encore qu'ils connaissent Dieu, ils ne lui rendent pas gloire en grâces comme à un Dieu,ets'évaporent dans le vide de leurs pensées; leur cœur insensé s'obscurcit; ils se prétendent sages mais sont devenus fous (Rm.1,21 ets.)".
Le traité d'Origène "Sur les Principes".
Le mode de recherche concernant ce traité s'adresse, selon son auteur, aux spirituels qui ont reçu les dons de sagesse et de science. Et comme point de départ, ceux-ci doivent prendre les divers articles de la règle de foi, tels qu'exprimés par les Apôtres, et distinguer parmi eux les vérités de foi pleinement définies et celles pour lesquelles la recherche spirituelle peut encore apporter des précisions.
Au titre des premières, Origène cite: l'unité de Dieu, la génération du Fils de Dieu et son incarnation, l'action salvatrice de l'Esprit saint, la destinée des âmes vouées après la mort à la béatitude ou à la damnation.
Au titre des secondes, il indique: le rapport de l'Esprit saint avec le Fils de Dieu, l'origine des âmes, l'origine et le mode d'être des anges et des démons, le rapport entre le monde dans lequel nous sommes et d'autres mondes antérieurs ou postérieurs.
Le premier des deux exposés renfermés dans les quatre livres du traité met en évidence trois points de la règle de foi: comment Dieu est incorporel, comment le Fils, Sagesse et Verbe de Dieu et l'Esprit saint ont une réalité substantielle et comment les noms que leur donne l'Ecriture révèle leur rôle dans la destinée des âmes.
La destinée des âmes[xxxvii].
"S'il y a un salut, il faut qu'il y ait une chute, et c'est à cette chute qu'il y a lieu de s'attarder: originellement, tous les esprits ou natures raisonnables étaient égaux et unis dans la contemplation bienheureuse de la Trinité; mais une sorte d'appesantissement et de satiété les a saisis et ils ont relâché l'intensité de leur contemplation. Ils se sont éloignés plus ou moins de Dieu et les uns des autres. D'où il découle que la différence entre les esprits, notamment entre les anges et les âmes, ne provient pas d'une différence de nature mais d'une diversité de disposition intérieure, manifestée par une matérialisation plus ou moins grande. Ainsi la matière n'est pas la cause de la chute des esprits, elle n'en est que la conséquence.
En rapport avec cette chute des esprits, Dieu créa une seconde nature: l'univers sensible qui permettra aux natures raisonnables, corporéisées et incarnées, de retrouver dans l'épreuve leur pureté originelle. Mais cette purification des esprits ne peut s'accomplir par un seul séjour dans le monde sensible. En effet, après un tel séjour, certains esprits accentuent leur chute, tandis que d'autres ne remontent qu'imparfaitement. Or tous les esprits doivent être purifiés, en vertu du principe selon lequel la fin doit être identique au commencement:tousles esprits doiventse retrouver dans l'état d'unité et d'égalité où ils se trouvaient originellement. Il faut donc que l'odyssée des esprits se poursuive dans une suite de mondes qui doivent être différents les uns des autres puisque, en chacun de ces mondes, les dispositions et les qualités spirituelles des esprits varient.
Ainsi s'acheminent-ils vers la fin de toutes choses, vers la restauration définitive de l'unité originelle.
La liberté de la créature comme facteur essentiel de l'univers.(Réfutation des gnostiques[xxxviii]).
Originellement, Dieu a créé un nombre déterminé et convenable d'esprits ou de créatures raisonnables.Ce nombre exprime précisément la rationalité de l'acte créateur. Tirées du néant les créatures raisonnables sont changeantes : tout ce qu'elles sont et tout ce qu'elles ont provient de la libéralité divine. C'est pourquoi Dieu leur a donné aussi la liberté, afin qu'elles puissent s'approprier, par une décision volontaire et libre le don divin. Mais cette liberté comportait en soi aussi la liberté de pécher. Elle a donc provoqué un éloignement plus ou moins grand des esprits par rapport à Dieu. La déchéance par rapport au rang angélique résulte donc de la liberté des créatures raisonnables et non pas, comme le voudraient les gnostiques, de l'intervention d'un démiurge mauvais. La liberté engage donc les esprits en une suite de chutes, de jugements, d'épreuves qui leur font parcourir les diverses périodes cosmiques et les différents lieux sidéraux[xxxix]. Longue initiation, long cycle d'études qui préparent les esprits à la vision définitive de Dieu dans laquelle ils retrouveront leur unité originelle. La liberté de la créature constitue donc un facteur centralde l'histoire de l'univers.
Origènelui consacre un long développement,en cherchantà définir philosophiquement la liberté humaine d'une manière plus précise et en interprétantcertains textes scripturaires quisemblent,aupremier abord, nier l'existence d'un libre-arbitre chez l'homme. A cause de cetteliberté,les créatures spirituelles peuvent tomber des sommets du bien aux abîmesdu mal.Origène examinelasituation de ces der- nières devenues les ennemies de Dieu, ainsi que la lutte spirituelle quis'instaure ausein del'âme humaine contre cespuissances hostiles. Progressivement Dieu triomphera de ses ennemis, c'est-à-dire qu'illes ramènera àlui,que leurvolonté mauvaise deviendra volonté bonne, et que finalement Dieu sera tout en tous[xl]".
Un nouvel univers spirituel.
P. Hadot[xli], en étudiant la patristique s'est demandé si elle n'avait pas légué à la pensée moderne unetotaletransmutation desvaleurs en ce qui concerne la notion d'infini. Alors que pour la philosophie grecque, le bien est ce qui est mesuré et limité, que le mal et la matière sont infinis, pour un Hilaire de Poitiers ou un Grégoire de Nysse, Dieu est infini, le mal fini. Selon un auteur allemand[xlii], Grégoire de Nysse aurait misfin à la métaphysique classiquetraditionnelle en découvrant que c'était précisément l'infinité divine qui fondaitla transcendance absolue de Dieu etsatotale inaccessibilité à la pensée humaine.En effet,mêmesi le Principe de toutes choses est infini pour le néo-platonicien Plotin,au IIIèm s., la mise en valeur de l'infinité du désir humain qui tend vers l'infinité divine, n'est mise en évidence qu'à partir de Grégoirede Nysse;et pour lui déjà, ce progrès spirituel continue même dansla viefuture.Parlà,on voitnaître un univers spirituel, tout nouveau pour la philosophie, dans lequel l'esprit humain se sent promis à une expansion sans limites.
LES EXEGESES PATRISTIQUES ICI PROPOSEES.
Les exégèses proposées dans le présent ouvrage proviennent pour une grande part des Homélies d'Origène. Comme l'indique Pierre Hadot[xliii], "si la théologie trinitaire origéniste s'est trouvée assez vite dépassée par l'évolution du dogme[xliv],sonoeuvreexégétique estrestéeextraordinairementvivante.
Elle a d'abord été abondamment utilisée par Eusèbe de Césarée, Didymed'AlexandrieetlestroisCappadociens:GrégoiredeNazianze,Basile de Césarée,Grégoire de Nysse.LelesPrincipes> a étéaccueilliavecenthousiasmeaumonastère du Mont desOliviers à Jérusalem parsesfondateursMélaniel'AncienneetRufind'Aquilée (vers380).
En Occident, l'influence d'Origène s'est exercée d'une manière surtout anonyme. Pendant tout le IVème siècle, la plupart des Pères latins ont littéralement pillé l'œuvre exégétique d'Origène; c'est notammentle cas d'HilairedePoitiers pour ses commentaires sur les Psaumes (le Ps.118 notamment),d'Ambroise de Milan et de Jérôme pour presque toute leur oeuvre homélitique ou exégétique. A la fin du IVème siècle, Rufin traduisit en latin (et sauva ainsi de la destruction de très nombreuses homélies d'Origène sur l'Ancien Testament,le Commentaire surle CantiquedesCantiques(en partie) et surtout le Traité ".
"Surles279homéliesd'Origèneretrouvéesaujourd'hui,21seulement peuvent être lues dans l'original grec, les autres en traduction latine; 12 des Homélies sur Jérémie sont conservées dans les deux langues. Rufin et Jérôme sont responsables de la version latine de 118 et 152 homélies respectivement"[xlv].
C'est sans doute dans le dernier tiers de sa vie passé à Césarée (à partir de 231)qu'il composa une grande partiedeses commentaires de l'Ecriture.
A quoi s'ajouta pour lui une nouvelle fonction, celle de prédicateur attitré de Césarée. En 239-240, chaque matin il expliquait l'Ancien Testament, et trois fois par semaine dans les assemblées eucharistiques du dimanche matin, du mercredi et du vendredi, l'Apôtre (Paul) et l'Evangile. Ce cycle des lectures liturgiques et des prédications durait trois ans.
A l'ordre des livres de la Bible, Josué, les Juges,.etc, correspond celui des Homélies qui en traitent respectivement,suivant les lectures qu'imposait la liturgie. Dans la Bible on a cet ordre: l'Histoire, la Sagesse, la Prophétie[xlvi]. Ce sera celui du présent ouvrage.
Origène, pasteur d'âmes.
L'exégèse d'Origène est fondamentalement orientée par les préoccupations religieuses du moment. Ses Homélies nous apportent quelques lumières sur le peuple chrétien de Palestine vers le milieu du IIIème siècle, laissant poindre certaines difficultés internes. Il lui fallait, à l'instar du Christ,protégerle troupeau qui lui était confié,se sentant responsable de la moindre petite brebis du troupeau.
"(Lui,le Christ),pour une seule petite brebis qui était égarée,il estdescendu sur la terre, il l'a trouvée, mise sur ses épaules, et l'a remportée dans les cieux"(HomJos.,7,6).
Il fallait, en bon pasteur d'âmes qu'il était, retrancher "la langue d'or des sophistes", secouer la médiocrité des fidèles en embouchant la trompette de la parole de Dieu(1), et raviver la flamme dans un clergé trop souvent attiédi(2).
(1)"Cette méditation de la parole de Dieu, elle est semblable à une trompette qui tient ton cœur éveillé pour le combat, de peur qu'il ne t'arrive de dormir pendant que veille ton adversaire"(HomJos.,1,7).
(2)"Il arrive, en effet, lorsque les prêtres qui président le peuple veulent paraître indulgents à l'égard des pécheurs et, redoutant la langue des pécheurs, pour ne pas dire du mal sur , oublient la sévérité propre à leur sacerdoce"(HomJos.,7,6).
Les remarques ne manquent pas sur le chrétien au rabais, poussé par la crainte du châtiment plutôt que par l'amour du bien, ou sur le pratiquant zélé qui s'offre le premier pour le service du culte mais ne réforme pas une conduite blâmable.
"Il me suffit, (pense-t-il), de ne pas aller dans la géhenne, il me suffit de ne pas être envoyé au feu éternel, il me suffit de ne pas être rejeté "(HomJos.,9,7).
La description de cet état d'esprit correspond bien à ce qu'on a su du relâchement très net où la persécution de Dèce surprit les chrétiens et qui fut la cause d'apostasies innombrables.
A cet auditoire, Origène dispense la nourriture qui convient. C'est moins la viande des forts que les légumes des moyens ou même le lait des plus faibles[xlvii]. Le commentaire scripturaire doit éclairer les fidèles, les inciter à la conversion comme il le déclare lui-même: . Dans ces homélies destinées à la masse du peuple chrétien, Origène s'en tient donc à une doctrine simple, traditionnelle, éloignée des spéculations métaphysiques. S'il aborde des problèmes difficiles ou peu communs, c'est que le texte l'oblige à les poser; c'est pour répondre à une question qui brûle les lèvres des fidèles. Pour preuve, ces objections si répandues sur la puissance actuelle du démon qui l'amènent à aborder la question des deuxparousies etdu sens chrétien de l'histoire.
"Il est une venue du Christ qui s'est accomplie dans l'humilité, mais nous en espérons une autre dans la gloire (...) Il faut donc comprendre au sujet du diable qu'il a été vaincu et crucifié, mais que pour ceux qui ont été crucifiés avec le Christ, c'est-à-dire pour tous ceux qui croient, il ne sera crucifié que lorsque s'accomplira laparole del'Apôtre:ainsi tous seront vivifiés dans le Christ>"(HomJos.,8,4).
Malgré la simplicité volontaire de l'éloquence d'Origène, certains passages de ces homélies ne s'éclaireront qu'en référence à ses conceptions cosmologiques(1) ou à celles des fins dernières(2).
(1)"Mais pour émettre ici une opinion personnelle, je n'hésiterai pas à dire au sujet des puissances qui ont reçu la charge d'administrer ce monde, qu'il n'y a pas là de hasard. Ce n'est pas un hasard si telle puissance préside aux germinations de la terre, si telle autre alimente abondamment les sources et les fleuves, ou les pluies, ou les vents; si d'autres ont la charge des animaux marins, d'autres des animaux terrestres et de toutes les plantes que peut produire la terre; il y a là partout des mystères ineffables de cette économie divine qui répartit toute chose suivant son ordre propre et attribue à chaque puissance la charge qui lui convient. L'apôtre Paul nous dit en effet:?>(Hébr.,1,14)"(HomJos.,23,3-4).
(2)"Ils mériteront le salut, eux qui ont apporté le témoignage de leur foi, si pauvre soit-il, mais ils ne recevront pas participation totale à la liberté du Royaume parce que leur foi ne s'est pas enrichie de l'appoint des oeuvres: (J.,2,17; 2,26)"(HomJos.,10,2-3).
Au scepticisme latent de son auditoire, Origène répond par l'affirmation paulinienne qui revient chez lui comme un leitmotiv:"C'est pour nous que ces récits ont été écrits, pour nous qui venons à la fin des siècles". Toute écriture est inspirée, donc toute écriture est utile; ces récits ont un sens pour notre âme. Le texte est-il si obscur que l'intelligence n'y trouve aucun sens? Les paroles de l'Ecriture frappent l'oreille mais ne pénètrent pas l'esprit? Même en ce cas, déclare Origène, il ne faut pas se décourager. Les paroles de l'Ecriture sont efficaces en elles-mêmes; elles agissent sur les puissances intérieures de l'âme, nourrissant les vertus et les bons anges qui prennent leur repas dans l'âme, affaiblissant et chassant les forces démoniaques.
"Comment puis-je affirmer que les puissances divines prennent leur repas et leur nourriture en nous quand ls paroles de la divine Ecriture sortent de notre bouche? C'est que Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même, lorsqu'il nous trouve en train de nous livrer à une étude de ce genre et de nous consacrer à ces exercices, daigne venir prendre en nous sa nourriture et y refaire ses forces; bien plus, s'il voit chez nous le repas préparé, il pousse la condescendance jusqu'à amener son Père avec lui. Voilà qui paraît inouï et au-dessus de l'homme! Mais tu en trouveras la preuve, non dans mes paroles, mais dans celles du Seigneur et Sauveur lui-même: (Jn.,16,23). Qui, lui ? Mais celui qui .Ce genre d'exercices nous avons dit,nous attire la participation et les services des puissances divines; inversement, la lecture de telles paroles dissipe les ruses des puissances malignes et chasse les assauts des démons infâmes "(HomJos.,20,1-2).
Le théologien ne perd pourtant jamais ses droits-ainsi le très beau texte trinitaire de l'homélie 3,2, ainsi la comparaison de l'incarnation du Christ à la lumière qui filtre à travers une fenêtre de l'homélie 3,5-maiscesvuesthéologiques ne sont pastraitées pour elles-mêmes, elles ont pour but essentiel de soutenir et d'illuminer la vie spirituelle.
(3,2) "Oui, peut-être la venue et l'incarnation de Jésus ne nous donnent-elles pas encore un enseignement parfait et complet; et même sa passion-consommation totale-et sa résurrection d'entre les morts ne nous livrent-elles pas une pleine révélation. C'est un autre qu'il nous faut pour nous en ouvrir et révéler la totalité (...) recevra de ce qui està moi;etilvous enseigneratouteschoses>[xlviii]". (3,6)"C'est, je pense, parce que la fenêtre éclaire la maison, et nous permet de recevoir, non pas la lumière totale, mais ce qu'en peuvent contenir nos yeux et notre regard. Puisque même l'incarnation ne nous a pas apporté la vision pure et complète de la divinité, mais nous en a fait seulement apercevoir la lumière comme par une fenêtre, voilà la raison, me semble-t-il pour laquelle le signe du salut nous a été donné à travers une fenêtre".
De Josué à Isaïe.
Les différentes exégèses des Pères de l'Eglise qui seront abordées dans ce document concernent les oeuvres suivantes:
ORIGENE
Homélies sur Josué.
Homélies sur les Juges.
Homélies sur Samuel.
Ière homélie sur le Psaume 38.
SAINT JEAN CHRYSOSTOME
Commentaire sur Job.
Commentaire sur Isaïe.
SAINT GREGOIRE LE GRAND
Commentaire sur le Premier Livre des Rois[xlix].
Moralia in Job.
SAINT AMBROISE
Apologie de David.
Commentaire sur le Psaume 50.
SAINT AUGUSTIN
Commentaire sur les Psaumes 10,21,72.
THEODORET DE CYR
Commentaire sur Isaïe.
YAHVE PARLE PAR LES PROPHETES
Ce n’est pas d’une volonté humaine qu’est jamais venue une prophétie, c’est poussée par l’Esprit-Saint que les hommes ont parlé de la part de Dieu.
(Deuxième Epître de Pierre 11, 21)
LIVRE DE JOSUE
C'est ainsi que Yahvé donna aux Israélites tout le pays qu'il avait juré de donner à leurs pères. Ils en prirent possession et s'y établirent. Yahvé leur procura le repos de tous côtés, tout comme il l'avait juré à leurs pères et, de tous leurs ennemis,aucun ne réussit à tenir devanteux(Livre de JOSUE21,43.44).
Paragraphes d'appui.
I. Conquête de la Terre Promise.
1.Préparatifs.
Après le rappel du devoir de fidélité à la Loi, Josué envoie des espions à Jéricho; ils y reçoivent l'hospitalité de la prostituée Rahab.
Invitation à passer en Terre Promise:(Jos.,1,1-5).
La fidélité à la Loi, condition du secours divin:(Jos.,1,6-9).
Concours des tribus d'Outre-Jourdain:(Jos.,1,10-18).
Les espions de Josué à Jéricho:(Jos.,2,1-7).
Le pacte entre Rahab et les espions:(Jos.,2,8-21).
Retour des espions:(Jos.,2,22-24).
2.Le passage du Jourdain.
Les Israélites traversent le Jourdain à la hauteur de Jéricho et campent à Gilgal où l'on procède à une circoncision et à une première célébration de la Pâque en terre cananéenne.
Préliminaires du passage:(Jos.,3,1-6).
Dernières instructions:(Jos.,3,7-13).
Le passage du fleuve:(Jos.,3,14-17).
Les douze pierres commémoratives:(Jos.,4,1-9).
Fin du passage:(Jos.,4,10-18).
Arrivée à Gilgal:(Jos.,4,19-24).
Terreur des populations à l'ouest du Jourdain:(Jos.,5,1).
La circoncision de Gilgal:(Jos.,5,2-9).
La célébration de la Pâque:(Jos.,5,10-12).
3.La conquête de Jéricho.
En Palestine centrale, la conquête fut l'œuvre des groupes qui traversèrent le Jourdain sous la conduite de Josué et qui comprenaient les éléments des tribus d'Ephraïm, Manassé et de Benjamin.
Prélude - Théophanie:(Jos.,5,13-15).
Prise de Jéricho:(Jos.,6,1-16).
Jéricho vouée à l'anathème:(Jos.,6,17-21).
La maison de Rahab préservée:(Jos.,6,22-25).
Malédiction à qui relèvera Jéricho:(Jos.,6,26-27).
Violation de l'anathème:(Jos.7,1).
Echec devant Aï, sanction du sacrilège:(Jos.,7,2-5).
Prière de Josué:(Jos.,7,6-9).
Réponse de Yahvé:(Jos.,7,10-15).
Découverte et châtiment du coupable(Akân)[l]:(Jos.,7,16-26).
4.La prise d'Aï.
Ordre donné à Josué:(Jos.,8,1.2).
Manœuvre de Josué:(Jos.,8,3-13).
Prise d'Aï:(Jos.,8,14-25).
L'anathème et la ruine:(Jos.,8,26-29).
5.Sacrifice et lecture de la Loi sur le mont Ebal.
L'autel de pierres brutes:(Jos.,8,30-31).
Lecture de la Loi:(Jos.,8,32-35).
6.Le traité entre Israël et les Gabaonites.
Josué fait ensuite alliance avec les Gabaonites, ce qui entraîne une coalition dirigée par le roi de Jérusalem contre Israël et la bataille de Gabaon.
Coalition contre Israël:(Jos.,9,1-2).
Ruse des Gabaonites:(Jos.,9,3-18).
Statut des Gabaonites:(Jos.,9,19-27).
7.La conquête du Sud.
Montés depuis Gilgal durant toute la nuit, les Israélites de Josué s'emparent de Gabaon etpoursuiventles Gabaonites verslamontée de Beth-Hérôn et les battent jusqu'à Azéqa et Maqqéda; là, les cinq rois de Jérusalem,Hébron,Yarmouth,Lakish,Eglôn, qui se sont réfugiés dans une grotte, sont finalement faits prisonniers et pendus.
Cinq rois font la guerre à Gabaon:(Jos.,10,1-5).
Josué au secours de Gabaôn:(Jos.,10,6-9).
Le secours d'en haut:(Jos.,10,10-15).
Les cinq rois dans la caverne de Maqqéda:(Jos.,10,16-27).
Conquête des villes méridionales de Canaan:(Jos.,10,28-39).
Récapitulation des conquêtes du Sud:(Jos.,10,40-43).
8.La conquête du Nord.
La conquête du Nord a une histoire particulière: les tribus de Zabulon, Issachar, Asher et Nephtali y sont établies depuis un temps indéterminé et ne sont pas descendues en Egypte. Dans cette Palestine du Nord, Israël doit alors faire face à une nouvelle coalition, conduite par le roi de Haçor, dont la ville sera incendiée.
Coalition des rois du Nord:(Jos.,11,1-4).
Victoire de Mérom:(Jos.,10,11,5-9).
Prise de Haçor et des autres villes du Nord:(Jos.,11,10-14).
Le mandat de Moïse exécuté par Josué:(Jos.,11,15-20).
Extermination des Anaqim:(Jos.,11,21-23).
9.Récapitulation.
Les tableaux du ch.12 récapitulent la liste des villes conquises et le début du ch.13 indique les pays restant à conquérir.
Les rois vaincus à l'est du Jourdain:(Jos.,12,1-6).
Les rois vaincus à l'ouest du Jourdain:(Jos.,12,7-24).
Pays qui restent à conquérir:(Jos.,13,1-7).
Dans les différentes régions de Palestine, l'installation d'Israël se fit en partie par des actions guerrières, en partie par une infiltra- tion pacifique et par des alliances avec les précédents occupants du pays. Dans le Sud de la Palestine,l'implantation de Juda se fit à partirde Cadèsetdu Négeb etsurtoutpar des groupes quine furent que progressivement intégrés, comme les Calébites, les Qenizzites, et les Siméonites. Tous les épisodes se sont polarisés autour de la grande figure de Josué, qui mène les combats de la maison de Joseph[li].
Il faut retenir comme historique son rôle dans l'installation en Palestine centrale, depuis le passage du Jourdain jusqu'à l'as- semblée de Sichem (ch.24). Considérant la date qui a été indiquée pour l'Exode, on peut supposer la chronologie suivante: entrée des groupes du Sud vers -1250, occupation de la Palestine centrale par les groupes venant d'outre-Jourdain à partir de -1225, expansion des groupes du Nord vers -1200.
II. Répartition du pays entre les tribus.
Cette terre de Canaan est bien, dans l'horizon de l'Ancien Testa- ment, le vrai sujet du livre: le peuple qui avait trouvé son Dieu au désert, reçoit maintenant sa terre, et il la reçoit de son Dieu. Car c'est Yahvé qui a combattu pour les Israélites et leur a donné en héritage le pays qu'il avait promis à leurs Pères.
La répartition du territoire qui est attribuée à l'action de Josué s'effectua de la façon suivante: après l'installation des tribus transjordaniennes (Ruben, Gad, la demi-tribu de Manassé), le sort attribua les terres à l'ouest du Jourdain à deux grandestribus(Juda, Ephraïm[lii])ainsi qu'àla deuxième demi-tribu de Manassé. Il y eut enfin l'assemblée à Silo où se fit le tirageau sort pourles sept autrestribus(Benjamin,Siméon,Zabulon, Issachar, Asher, Nephtali et Dan). Le septième et dernier lot, celui qui fut attribué aux fils de Dan, se trouvait au milieu de l'héritage des fils de Juda dont la part avait été jugée trop grande pour eux[liii].
1.Description des tribus transjordaniennes.
Esquisse d'ensemble:(Jos.,13,8-14).
La tribu de Ruben:(Jos.,13,15-23).
La tribu de Gad:(Jos.,13,24-28).
La demi-tribu de Manassé:(Jos.,13,29-33).
2.Description des tribus à l'ouest du Jourdain.
Introduction:(Jos.,14,1-5).
La part de Caleb:(Jos.,14,6-15).
La tribu de Juda:(Jos.,15,1-12).
Les Calébites occupent le territoire d'Hébron:(Jos.,15,13-20).
Nomenclature des localités de Juda:(Jos.,15,21-63).
La tribu d'Ephraïm:(Jos.,16,1-10).
La tribu de Manassé:(Jos.,17,1-13).
Réclamation des fils de Joseph:(Jos.,17,14-18).
3.Description des sept autres tribus.
Opération cadastrale pour ces sept tribus:(Jos.,18,1-10).
La tribu de Benjamin:(Jos.,18,11-20).
La tribu de Siméon:(Jos.,19,1-9).
La tribu de Zabulon:(Jos.,19,10-16).
La tribu d'Issachar:(Jos.,19,17-23).
La tribu d'Asher:(Jos.,19,24-31).
La tribu de Nephtali:(Jos.,19,32-39).
La tribu de Dan:(Jos.,19,40-51).
4.Villes privilégiées.
Les villes de refuge:(Jos.,20,1-9).
Les villes lévitiques:(Jos.,21,1-8).
Part des Qéhatites:(Jos.,21,9-26).
Part des fils de Gershôn:(Jos.,21,27-33).
Part des fils de Merari:(Jos.,21,34-42).
Conclusion du partage:(Jos.,21,43-45).
III.Fin de la carrière de Josué.
1.Retour des tribus orientales (la question de leur autel).
Renvoi du contingent transjordanien:(Jos.,22,1-8).
Erection d'un autel sur les bords du Jourdain:(Jos.,22,9-12).
Reproches adressés aux tribus orientales:(Jos.,22,13-20).
Justification des tribus d'outre-Jourdain:(Jos.,22,21-29).
Rétablissement de l'accord:(Jos.,22,30-34).
2.Dernier discours de Josué.
Josué résume son oeuvre:(Jos.,23,1-5).
Conduite àteniraumilieudespopulationsétrangères:(Jos.,23,6-16).
3.La grande assemblée de Sichem.
Réunion de toutes les tribus à Sichem:(Jos.,24,1-13).
Israël choisit Yahvé:(Jos.,24,14-24).
Le pacte de Sichem:(Jos.,24,25-28).
4.Appendices.
Mort de Josué:(Jos.,24,29-31).
Les os de Joseph. Mort d'Eléazar:(Jos.,24,32-33).
EXEGESE PATRISTIQUE.
Thème de la Terre promise.
LES "MILLENARISTES".
Exégèses de Justin et Irénée, tendant à montrer que ceux qui hériteront de la Terre sainte pour l'éternité sans fin, ce sont les fils d'Abraham; ils se réuniront au Christ sur cette terre et auront en partage les biens éternels et incorruptibles.
Textes en présence:
Malachie 3,12:Toutes les nations vous déclareront heureux, car vous serez une terre
de délices, dit Yahvé Sabaoth.
Isaîe 11,6:Le loup habitera avec l'agneau,
la panthère se couchera avec le chevreau.
Le veau, le lionceau et la bête grasse iront ensemble,
conduits par un petit garçon.
Michée 4,4:Mais chacun restera assis sous sa vigne et sous son figuier, sans personne pour l'inquiéter.
Amos 9,13:Voici venir des jours - oracle de Yahvé - où se suivront de près laboureur et moissonneur, celui qui foule les raisins et celui qui ensemence.
Jérémie 33:(15)En ces jours-là, en ces temps-là,
je ferai germer pour Dvid un germe de justice,
qui exercera droit et justice dans le pays.
(16)En ces jours-là, Juda sera sauvé
et Jérusalem habitera en sécurité.
Zacharie 8,3:De même que vous étiez une malédiction pourmaison de Juda et maison d'Israël,je vous sauveraipourque vous deveniez une bénédiction. Ne craignez point: que vos mains se fortifient!
Psaume 37,29:Les justes possèderont la terre,
là ils habiteront pour toujours.
Baruch 4,37:Voici ils reviennent les fils que tu vis partir, ils reviennent rassemblés du levant au couchant, sur l'ordre du Saint, jubilants de la gloire de Dieu.
Apocalypse 21:(1)Puis je vis un ciel nouveau, une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n'y en a plus.(2)Et je vis la Cité sainte, Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel, de chez Dieu.
"Christianisation" du thème juif.
Cette exégèse,comme indiqué, se situe dans le contexte du "millénarisme". En effet, dans les premiers siècles du christianisme, beaucoup d'écrivains s'appuyantsur le paragraphe de l'Apocalypseintitulé "Le règne de mille années" (20,1-3)[liv], enseignaient que le Christ devait réapparaître, pour régner sur la terre pendant dix siècles. Ils furent appelés "millénaires" et leur doctrine reçut le nom de "millénarisme". Justin, Irénée, Lactance et Tertullien, pour certains rapprochements, furent ainsi dénommés "millénaristes".
Une première ligne de développement patristique se situe en continuité avec les visions des prophètes et les espérances apocalyptiques. Rien n'est plus frappant, dans le domaine juif pré-chrétien ou contemporain du christianisme,que l'attachement ardent du peuple pour sa Terre. Cette Terre de Palestine était celle des promesses à Abraham, celle répartie par Josué, celle de ses rois, celle dont il avait été chassé puis rétabli. Cette dernière épreuve de l'exil et l'éclatement de la communauté israélite dans de nombreuses et importantes diasporas avaient encore accru le sentiment d'attache- ment d'Israël à sa Terre historique. A l'école des prophètes, il avait appris à y voir non plus seulement le lieu privilégié de son passé religieux, mais le théâtre des restaurations futures et du règne messianique.
"Le pays, à nouveau partagé entre les douze tribus, deviendrait un pays de délices (Mal.,3,12), désormais sans guerres, où le loup habiterait avec l'agneau et la panthère coucherait avec le chevreau (Is.,11,6). Chacun y demeurerait sous sa vigne et sous son figuier (Mic.,4,4), et de ce pays, ils ne seraient plus jamais arrachés (Amos9,13). Terre de sainteté où Yahvé renouvellerait une alliance éternelle (Jér.,33,15.16), y habitant lui-même à nouveau (Zach., 8,3), et que les justes posséderaient à jamais (Ps.,37,29). Bien plus, Jérusalem deviendrait le centre religieux de la terre entière, les nations s'y rendraient en foule et les perspectives s'amplifiaient dans les derniers chapitres d'Isaïe, elles s'élargissaient jusqu'aux nouveaux cieux et à la nouvelle terre.
Le peuple juif portait donc en son cœur une espérance invincible. Sa Terre serait délivrée de la domination étrangère et tous les dispersés du judaïsme se rassembleraient sur cette Terre renouvelée dans la sainteté. Ils reviendraient, les fils de Jérusalem,Bar.,4,37)>"[lv].
C'est au sein de ces spéculations du judaïsme tardif qu'intervient le greffon du christianisme. Quand l'Apocalypse de Jean présente la Jérusalem nouvelle, ruisselante de gloire et descendue d'auprès de Dieu (Apoc.,21,1.2), elle reprend en l'appliquant à Dieu et à l'Agneau certaines des perspectives eschatologiques du judaïsme. Ainsi, spontanément le christianisme faisait dériver vers lui les merveilleux effets du grand courant d'espérance qui soulevait le peuple juif. Or, la manière la plus simple d'investir le thème juif, c'était de montrer le Christ, à son retour, vivant avec ses élus un bonheur sans fin sur la terre transformée et sanctifiée de Palestine. C'est dans cette voie que s'engagèrent les Pères de l'Eglise les plus proches des doctrines "millénaristes": Justin et Irénée.
Justin, chez qui la préfiguration eschatologique est prédominante, se fit, en premier, l'apôtre d'un règne terrestre des saints dans une Jérusalem nouvelle (Dial.,80.81.85). Pour lui, ceux qui hériteront de la Terre sainte pour l'éternité sans fin, ce sont les fils d'Abraham par la foi; ils se réuniront au Christ sur cette Terre et auront en partage les biens éternels et incorruptibles.
"Non seulement son nom (le nom du fils de Navé) a été changé, mais il est devenu le successeur de Moïse, et seul de ceux de son âge qui étaient sortis d'Egypte, il a introduit dans la Terre sainte le peuple survivant; c'est lui qui a introduit le peuple dans la Terre sainte et non Moïse, c'est lui qui l'a partagée au sort à ceux qui y étaient entrés avec lui; de même aussi Jésus-Christ fera revenir la diaspora du peuple et partagera la bonne terre à chacun, mais non de la même manière. Car c'était un héritage momentané que le premier leur a donné, n'étant ni le Christ Dieu, ni Fils de Dieu: lui au contraire, après la sainte résurrection, il nous donnera la possession éternelle." (Dial.,113,3.4).
Des perspectives analogues se trouvent chez saint Irénée. Selon la Démonstration de la prédication apostolique[lvi], la Terre promise aux Hébreux est bien la figure du royaume de Dieu. Or si l'on s'appuie sur les derniers chapitres de l'Adversus Haereses, la Terre promise aux doux est celle où règnent les justes après la première résurrection, celle du "règne de mille ans". Irénée la dépeint en faisant appel aux visions grandioses des prophètes et il ajoute:"Les justes croîtront dans la vision du Seigneur et s'habitueront par lui à recevoir la gloire de Dieu le Père"; ils s'y accoutumeront jusqu'à ce que vienne la Jérusalem du ciel "dont cette première Jérusalem était l'image". Ainsi pour Irénée, la vie eschatologique dans la Terre promise introduirait à la possession de la Jérusalem nouvelle et éternelle[lvii].
"Moïse mourut selon la parole du Seigneur, et Jésus, fils de Navé lui succéda. Celui-ci ayant divisé le Jourdain, fit passer le peuple dans la terre; puis après avoir exterminé les sept nations qui y habitaient, il la répartit entre le peuple. C'est là que se trouvait Jérusalem..."(chap.29).
"Le Verbe de Dieu les a introduits dans l'héritage des Pères-cet héritage que donne non pas Moïse, mais Jésus, lui qui nous délivre d'Amalec par l'extension de ses mains (Ex.,17,10-13) et nous fait monter jusqu'au royaume du Père."(Chap.46).
Thème de la Terre promise (1)
BARNABE (Epître de)[lviii], TERTULLIEN, HIPPOLYTE DE ROME.
Exégèses tendant à montrer que la Terre promise est identifiée au Christ.
La Terre promise représentait pour les Juifs le terme de leur espérance,l'objet des promesses ancestrales plusieurs foisrenouvelées. Il est normal qu'une transposition proprement chrétienne y ait vu à son tour la figure de sa propre espérance, de la réalisation des promesses, c'est-à-dire de la personne du Christ.
Les Pères de l'Eglise ont traité le thème de la Terre promise en direction du Christ, de deux manières différentes. La première a été de mettre en évidence le lien qui existe entre la terre dont le premier Adam fut créé et le nouvel Adam; la seconde a consisté à montrer comment la terre de Judée, objet de la promesse, fut conquise par Jésus, fils de Navé, dont le nom est figure du Christ.
La chair du Christ dans l'Epître de Barnabé.
Le cheminement de la pensée chrétienne paraît avoir été favorisé par une assimilation courante, fondée sur la signification du nom d'Adam, tiré de l'adamah, la terre. Si la terre représentait la matière même avec laquelle fut façonné Adam,elle était le symbole de la chair d'Adam, de la chair de l'homme. Du coup la Terre promise pouvait représenter la chair du nouvel Adam, c'est-à-dire la chair du Christ. L'assimilation est faite par le Pseudo-Barnabé, Tertullien et Hippolyte de Rome.
Le texte du Pseudo-Barnabé(Epître de Barnabé)établit pour la première fois une relation explicite entre le nom d'Adam et le symbolisme de la Terre:
"Dès le verset 9, le Christ Jésus est identifié à la terre où coule le lait et le miel. En effet l'homme qui est de chair fut fait avec de la terre. Or Jésus est l'homme par excellence, il est donc la terre excellente ruisselant de lait et de miel (v.10). La Terre qu'on espère, c'est la chair du Christ, ou plutôt le Christ dans sa chair.
Mais sur ce premier sens se greffe un sens plus vaste, en dépendance du premier, et qui englobe tous les chrétiens. L'homme avait été formé à l'image du Fils lors de la première création, si bien que lorsque Dieu dit: , il s'adressait à travers l'homme à son propre Fils (v.12).
Or , c'est-à-dire que le Seigneur a fait une deuxième création dans les derniers temps (v.13): Entrez dans la terre où coule le lait et le miel; il a mis une autre empreinte dans le cœur des chrétiens, les renouvelant comme de petits enfants par la rémission des péchés qui est le baptême (v.11); il a changé leur cœur de pierre et fait d'eux un temple saint qui est une habitation pour le Christ (v.14.15). En effet le Christ s'attribue la parole du Psaume:. Le Christ a donc établi sa demeure dans l'assemblée des saints; réciproquement l'assemblée des saints jouit des délices du Christ. Cette assemblée-l'Eglise-est bien la terre excellente où ruissellent le lait et le miel. Dans cette assemblée ont été introduits les chrétiens (v.16).
Le baptême n'est qu'un début, il faut croître sans cesse dans la possession de la Terre jusqu'à la domination totale de l'héritage promis.
On voit quele symbolisme christologique etle symbolisme ecclésial sont en prolongement l'un de l'autre. Dès le commencement le Christ est l'homme par excellence. Dans la nouvelle création, identifié à tous ses frères et avec eux, il constitue la Terre excellente"[lix].
La chair du Christ chez Tertullien.
Tertullien,ayant puisé chez Justin sesthèmes essentiels,développa égalementlethème purementchristologique.Voulantprouverdansle De carnis resurrectione que la chair doit ressusciter, il utilise une argumentation assez proche de celle du Pseudo-Barnabé. Le point de départ est le même: l'assimilation de la Terre à la chair de l'homme, d'après plusieurs textes de la Genèse, des Psaumes et des Prophètes. Puis Tertullien ajoute:
"Les Juifs, en espérant seulement des biens terrestres perdent les biens célestes, car ils ignorent qu'il a été promis un pain qui viendrait du ciel, une huile de l'onction divine, une eau de l'esprit et un vin de l'âme qui tire sa force de la vigne du Christ. Ils pensent que la Terre sainte, c'est leur propre sol, alors qu'il faut bien plutôt l'interpréter comme la chair du Seigneur, et par suite voir aussi une terre sainte chez tous ceux qui ont revêtu le Christ, une terre vraiment sainte par l'habitation de l'Esprit Saint, une terre où coulent vraiment le lait et le miel à cause de la douceur de notre espérance, une terre qui est vraiment la Judée à cause de l'intimité de Dieu-pas pour celui qui est juif extérieurement mais pour celui qui l'est dans le secret du cœur-si bien que cette terre est à la fois le temple de Dieu et Jérusalem...Le salut n'est pas promis à une terre qui doive passer avec le monde actuel"[lx].
Ici, Tertullien a rejoint spontanément le thème scripturaire du temple; en effet, les thèmes du temple, de Jérusalem, de la Terre sainte sont concentriques et se recouvrent partiellement. La pointe eschatologique est orientée nettement vers la résurrection de la chair. En outre par son énumération des dons spirituels accordés par le Christ, dons qui se confondent avec les produits traditionnels de la Terre dans la littérature prophétique, le pain, l'huile, l'eau etle vin spirituels qui sontla substance mêmedes sacrements chrétiens, Tertullien suggère que c'est la participation aux sacrements qui fait participer aux biens de la Terre promise.
Le lait et le miel chez Hippolyte.
Ce symbolisme liturgique, déjà abordé par Tertullien[lxi], est confirmé par Hippolyte[lxii]. Un premier texte très court qui lui est attribué par une chaîne exégétique, commente Gn.,49,15b: "Et il a vu que sa terre était féconde". Cette terre, dit Hippolyte,"représente la chair de notre Seigneur qui est féconde, c'est-à-dire fertile, car c'est d'elle que coulent le lait et le miel"; mais il ne précise pas ici sous quel aspect il envisageait cette chair.SaTradition Apostolique le dira explicitement à propos de l'offrande eucharistique(chap.23):
"Qu'à ce moment l'oblation soit présentée par les diacres à l'évêque, et il bénira le pain pour représenter la chair du Christ, la coupe où est mêlé le vin pour représenter le sang qui a été répandu pour tous ceux qui ont cru en lui, le lait et le miel mélangés ensemble pour l'accomplissement de la promesse faite à nos pères lorsque Dieu dit: Je vous donnerai une terre ruisselante de lait et de miel; or le Christ l'a donnée, c'est sa propre chair dont se nourrissent les croyants comme de petits enfants, changeant en douceur par la suavité de sa parole l'amertume du cœur".
Un autre texte, conservé en éthiopien dans le rituel d'Hippolyte, montre dans le lait et le miel des nouveaux baptisés le symbole des grâces obtenues par l'Eglise:
"Nous te présentons le lait et le miel qui coulent de la sainte Eglise notre mère qui nous a élevés"[lxiii].
Cet ensemble liturgique manifeste clairement que la typologie de la Terre promise n'est pas seulement un "thème" développé par les auteurs chrétiens, mais une doctrine vécue dans la liturgie de la communauté chrétienne. Ce symbolisme est lié au baptême et au mystère eucharistique; c'est dire quelle profondeur il atteignait dans la vie des premiers chrétiens.
A observer la diversité des textes cités, on en déduit que si le symbolisme est commun entre les différents auteurs, il est exploité sous des aspects différents, parfois par le même auteur. Il s'agit tantôt du Christ révélé dans sa chair (Barnabé), tantôt du Christ dans son corps ressuscité (Tertullien), ou du Christ prolongé dans l'assemblée des saints (Barnabé, Tertullien), ou du Christ agissant dans l'Eglise par les sacrements et spécialement présent sous les espèceseucharistiques(Tertullien,Hippolyte,etsansdouteBarnabé).
"Cette transposition du thème fait parcourir un véritable tourd'horizon typologique, puisque, malgré la prédominance de la note liturgique, se trouve ébauchée ici toute la gamme de l'exégèse spirituelle, c'est-à-dire de cette exégèse qui envisage le Christ soit dans les mystères qu'il est venu accomplir dans sa réalité personnelle,soit dans ceux qu'il continue d'accomplir dansl'Eglise, dans les chrétiens et dans la vie sacramentaire, soit dans ceux qu'il accomplira au jour de la parousie. Tous ces sens apparemment divergents se constituent dans le prolongement les uns des autres et répondent à une unité théologique profonde, puisque chacun d'eux représente un aspect du mystère du Christ"[lxiv].
Thème de la Terre promise (2)
ORIGENE.
Exégèse tendant à montrer que la Terre promise qui s'atteint après la mort dans le Royaume des Cieux, est une terre céleste préexistante dont la Palestine était le type et l'ombre.
Textes en présence:
1 Pierre,1,4: Pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les cieux, à vous.
Epitre aux Galates,4,26: Mais la Jérusalem d'en haut est libre, et elle est notre mère.
Homélie sur Josué,23,4:Il y a dans les cieux une ville appelée Jérusalem et une montagne de Sion, ce n'est sûrement pas sans raison que Benjamin reçut dans son lot Jérusalem et la montagne de Sion; sans doute la nature de la Jérusalem céleste exigeait-elle qu'on ne donnât à nul autre que Benjamin cette Jérusalem terrestre qui garde la figure et la forme de la Jérusalem céleste. Il faut dire de même pour Bethléem que ce n'est pas sans un motif bien déterminé que cette ville est tombée dans le lot de Juda; nous en dirons autant pour Hébron et pour toutes les autres cités attribuées à chacune des tribus. La seule explication de cette répartition de lots, avons-nous déjà dit, c'est que ces lieux célestes-qui comprennent expressément Jérusalem et Sion,et sûrementtousles lieux qui en sont proches et voisins-contenaient en eux-mêmes dans les cieux la cause et la raison qui réglaient sur la terre la distribution des sorts".
La conception des "Millénaristes" d'une Palestine terrestre renouvelée à la fin des temps est aux antipodes de la pensée d'Origène telle qu'elle estexprimée dans ses Homélies sur Josué[lxv]. C'est pour lui un véritable non-sens d'identifier la Terre promise par Dieu,-la Terre sainte, bonne et vaste où coule le lait et le miel-avec la Judée, puisque la Judée fait partie de cette terre qui fut maudite dès le commencement[lxvi].D'aprèsla distinctionqu'ilétablit dans le récit de la création entre la terre et l'aride, il déclare que, comme le paradisterrestre où fut placé Adam,la Terre promise aux douxparle Seigneur,c'est la terre et non l'aride(HomNombr.,26,5).
La Terre promise s'atteintaprèsla mort dansle Royaume desCieux, c'est une terre céleste préexistante dont la Palestine de la terre était le type et l'ombre.
Cette localisation du paradis terrestre dans les cieux, déjà présente dans le judaïsme, lui permettait aussi par analogie d'y situer la Terre promise. Il pouvait s'inspirer aussi de représentations juives dans sa conception des diverses demeures dans les cieux. Dans le Nouveau Testament il trouvait des notions connexes de la Terre promise céleste, celles de Royaume des cieux, d'héritage céleste (1 Pierre,1,4); les Homélies sur Josué, en de nombreux passages font allusion à cet héritage des cieux.
"Par ailleurs, les Juifs avaient assimilé de vieilles représentations mésopotamiennes sur la terre céleste,la montagne céleste,le sanc- tuaire céleste; l'analogie des deux Jérusalem, celle d'en haut et celle d'en bas, des deux sanctuaires-celui de la terre et celui des cieux-est chose bien attestée dans le judaïsme tardif et dans le judaïsme rabbinique"[lxvii].
Pour scruter les abîmes de si profonds mystères, Origène sent le besoin d'un guide qui sache maîtriser toutes ces données juives; or ce guide, c'est Paul:"Je ne puis monter des objets bas aux objets élevés si Paul ne me précède, s'il ne me montre la route dans ce voyage inconnu et difficile" (HomNombr., 3,3). Cette route il la trouve dans Gal.,4,26: "La Jérusalem d'en haut qui est notre mère", mais surtout dans Heb.,12,22 qu'il citera souvent:"Vousvous êtes approchésdelamontagne de Sion, de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, des myriades d'anges en fête et de l'assemblée des premiers-nés inscrits dans les cieux". "Si Paul parle de la Jérusalem céleste, et qu'il faille ajouter foi à ses paroles, et il le faut, nous croyons, déclare Origène, "qu'il exite une Jérusalem céleste, selon le type de la cité terrestre, et nous attribuerons avec plus de vérité par l'intelligence spirituelle à la cité céleste ce qui est écrit de la Jérusalem terrestre"(HomNombr.,7,5).C'est donc par voie déductive, à partir des affirmations pauliniennes, qu'Origène établit l'existence dans les cieux d'une Judée céleste et de "villes dont celles de la terre contenaient le type et l'image" (cf.HomJos., 23,4). Pour Origène, il existe non seulement une Judée céleste mais très probablement une Tyr, une Sidon, une Babylone, une Egypte célestes (De Princ.IV,3,9), de sorte que géographie terrestre et géographie céleste se correspondent.
Il va même bien au-delà en décrivant les correspondances entre choses visibles et invisibles: le grain de sénevé possède lui-même dans les cieux "quelque chose d'imaginable et de similaire" (Com. Cant.,III,10)[lxviii].
Ces interprétations sont fondées sur des textes scripturaires et, malgré bien des emprunts aux systèmes philosophiques de son temps[lxix], Origène n'avait sans doute pas tort-contre Celse!-de se sentir greffé sur une tradition juive et chrétienne.
En outre, s'inspirant de Philon, Origène fera également de la Terre promise un symbole de science, sagesse, vertu, perfection, mais comme nous le verrons à propos de l'exégèse sur Josué-Jésus, il est trop profondément pénétré des doctrines néo-testamentaires pour ne pas établir aussitôt une référence au royaume des cieux ou à la personne même du Christ. Contrairement à Philon pour qui la prise de possession de la Terre promise ne pouvait être comprise comme l'aboutissement d'une montée vers la vertu[lxx], pour Origène, la perspective spécifiquement chrétienne des Homélies sur Josué le portera à considérer la Terre promise comme un don déjà octroyé par le Christ mais qu'il faut conquérir chaque jour.
Contrairement aux vues des "Millénaristes", dans toute cette recherche très personnelle de la localisation de la Terre des promesses, Origène paraît peu sensible au thème liturgique de la Terre. Car ses vues sont ailleurs; on perçoit déjà, dans ses com- mentaires des récits bibliques de l'entrée en Canaan, qu'il poursuit une autre ligne de développement: c'est Josué qui va devenir le centre d'attraction, figure du Christ par la ressemblance de son nom sauveur,figure du Christpar ses fonctions d'introducteurdans la Terre.
La Terre donnée par Jésus Navé, type du Christ (1)
JUSTIN et IRENEE.
Exégèse tendant à montrer que le Fils de Dieu a été manifesté à l'avance dans la chair par le fils de Navé à qui Moïse a donné le nom prophétique de Jésus.
Textes en présence:
Nombres,13,16:Tels sontles noms des hommes que Moïse envoya reconnaître le pays. Puis Moïse donna à Hoshéa, fils de Nûn (Navé), le nom de Joshua (Josué ou Jésus).
Siracide (L'Ecclésiastique),46,1:Vaillant à la guerre, tel fut Josué, fils de Nûn, successeur de Moïse dans l'office prophétique, lui qui méritait bien son nom, se montra grand pour sauver les élus, pour châtier les ennemis révoltés et installer Israël dans son domaine.
Psaume 95(94),7-11:
(7)Car c'est lui notre Dieu,
et nous le peuple de son bercail,
le troupeau de sa main.
Aujourd'hui si vous écoutiez sa voix!
(8)"N'endurcissez pas vos coeurs comme à Mériba,
comme au jour de Massa dans le désert,
(9)où vos pères m'éprouvaient,
me tentaient alors qu'ils me voyaient agir!
(10)Quarante ans que cette génération m'a dégoûté
et je dis:Toujours ces coeurs errants,
ces gens-là n'ont pas connu mes voies
(11)alors j'ai juré en ma colère:
jamais ils ne parviendront à mon repos".
Psaume 106(105),24:
Ils refusèrent une terre de délices,
ils n'eurent pas foi en sa parole.
Epître aux Hébreux,3:(7)C'est pourquoi, comme le dit l'Esprit Saint:"Aujourd'hui, si vous entendez sa voix,(8)n'endurcissez pas vos cœurs comme cela s'est produit dans la Querelle, un jour de la Tentation dans le désert,(9)où vos Pères me tentèrent, me mettant à l'épreuve, alors qu'ils avaient vu mes oeuvres[lxxi](10) pendant quarante ans. C'est pourquoi j'ai été irrité contre cette génération et j'ai dit: Toujours leur cœur se fourvoie, ils n'ont pas connu mes voies;(11)aussi ai-je juré dans ma colère[lxxii]: Non, ils n'entreront pas dans mon repos[lxxiii].(12)Prenez garde, frères, qu'il n'y ait peut-être en quelqu'un d'entre vous un cœur mauvais, assez incrédule pour se détacher du Dieu vivant[lxxiv].(13)Mais encouragez-vous mutuellement chaque jour, tant que vaut cet "aujourd'hui", afin qu'aucun de vous ne "s'endurcisse" par la séduction du péché.(14)Car nous sommes devenus participants du Christ, si toutefois nous retenons inébranlablement jusqu'à la fin, dans toute sa solidité, notre confiance initiale.(15)Dans cette parole: "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs comme cela s'est produit dans la Querelle,(16)quels sont donc ceux qui, après avoir"entendu" ont querellé"? Maisn'étaient- ce pas tous ceux qui sont sortis d'Egypte grâce à Moïse ?(17)Et contre qui "s'irrita-t-il" pendant quarante ans? N'est-ce pas contre ceux qui avaient péché et dont "les cadavres tombèrent dans le désert[lxxv]"?(18)Et à qui jura-t-il "qu'ils n'entreraient pas dans son repos", sinon à ceux qui avaient désobéi?(19)Et nous voyons qu'ils ne purent entrer à cause de leur infidélité[lxxvi].
Epître aux Hébreux,4:(1)Craignons donc que l'un de vous, n'estime être arrivé trop tard, alors qu'en fait la promesse "d'entrer dans son repos" reste en vigueur.(2)Car nous aussi nous avons reçu une bonne nouvelle absolument comme ceux-là[lxxvii]. Mais la parole qu'ils avaient entendue ne leur servit de rien, parce qu'ils ne restèrent pas en communion par la foi avec ceux qui écoutèrent.(3)Nous entrons en effet, nous les croyants dans un repos selon qu'il a dit:"Aussi ai-je juré dans ma colère:Non ils n'entreront pas dans mon repos". Les oeuvres de Dieu certes étaient achevées dès la fondation du monde,(4)puisqu'il a été dit quelque part au sujet du septième jour:"Et Dieu se reposa le septième jour de toutes ses oeuvres".(5)Et de nouveau en cet endroit:"Ils n'entreront pas dans mon repos".(6)Ainsi donc puisqu'il est acquis que certains doivent entrer dans le repos du Seigneur et que ceux qui avaient reçu d'abord la bonne nouvelle n'y entrèrent pas à cause de leur désobéissance,(7)de nouveau Dieu fixe un jour, un "aujourd'hui", disant en David après si longtemps comme ila été ditci-dessus: "Aujourd'hui si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs[lxxviii]...,(8)Si Josué avait introduit les Israélites dans ce repos, Dieu n'aurait pas dans la suite parlé d'un autre jour[lxxix].(9)C'est donc qu'un repos, celui du septième jour, est réservé au peuple de Dieu.(10)Car celui qui "est entré dans son repos" lui aussi "se repose de ses oeuvres", comme Dieu des siennes[lxxx].(11)Efforçons-nous donc "d'entrer dans ce repos", afin que nul ne succombe en imitant cet exemple de désobéissance...(14)Ayant donc un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de foi.
Epître aux Hébreux, 9,15:Voilà pourquoi il est médiateur d'une nouvelle alliance, afin que, sa mort ayant eu lieu pour racheter les transgressions de la première alliance, ceux qui sont appelés reçoivent l'héritage éternel promis.
Epître aux Hébreux11,31:Par la foi, Rahab la prostituée ne périt pas avec les incrédules, parce qu'elle avait accueilli pacifiquement les éclaireurs.
1Samuel6,14:Lorsque le chariot (de l'arche) arriva au champ de Josué, un habitant du Bet-Shémesh, il s'y arrêta. Il y avait là une grande pierre. On fendit le bois du chariot et les vaches on les offrit en holocauste à Yahvé.
Homélie sur Josué1,2-3:C'est Jésus, fils de Navé, qui en effet, après la mort de Moïse a assuré le commandement, lui qui conduit l'armée et combat contre Amalec; et ce qui était figuré sur la montagne par les mains étendues, il le réalise en clouant à sa croix les principautés et les puissances dont il triomphe en sa propre personne (cf.Col.,2,14.15)[lxxxi].
Zacharie3,1-5:(1)Il me fit voir Josué, le grand prêtre, qui se tenait devantl'ange de Yahvé,tandis que le Satan étaitdeboutà sa droite pour l'accuser.(2)L'Ange de Yahvé dit au Satan:"Que Yahvé te réprime Satan, que Yahvé te réprime, lui qui a fait choix de Jérusalem. Celui-ci n'est-il pas un tison tiré du feu?"(3)Or Josué debout, debout devant l'ange, était vêtu d'habits sales.(4) Prenant la parole, celui-ci parla en ces termes à ceux qui se tenaient devant lui:"Enlevez-lui ses habits sales".
Puis il lui dit: "Vois, j'ai enlevé de toi ton péché et on te vêtira d'habits somptueux".(5)Et il reprit: "Qu'on mette sur sa tête une tiare propre!"Ils lui mirent sur sa tête une tiare propre et le revêtirent d'habits.
Epître aux Romains,2,28: Car le Juif n'est pas celui qui l'est au dehors, et la circoncision n'est pas au-dehors dans la chair.
Epître aux Philippiens,3,3:Car c'est nous qui sommes les circon-cis, nous qui offrons le culte selon l'Esprit de Dieu et tirons notre gloire du Christ Jésus, au lieu de placer notre confiance dans la chair.
Epître aux Colossiens,2,11:C'est en lui que vous avez été circon- cis d'une circoncision qui n'est pas de main d'homme, par l'entier dépouillement de votre corps charnel; telle est la circoncision du Christ.
Epître de Jacques 2,25:Comme le corps sans l'âme est mort, de même la foi sans les oeuvres est-elle morte.
La manière proprement chrétienne d'envisager le thème de la Terre promise, c'est de le mettre en relation avec Josué, figure du Christ. La typologie devait prendre chez les premiers Pères, en particulier chez Justin, une très grande importance du fait qu'elle se développait en opposition au judaïsme. Pour les Juifs, en effet, nul n'était plus grand que Moïse, prophète et législateur, d'où l'importance pour les chrétiens de prouver qu'à travers la personne de Jésus Navé, l'Ancien Testament manifestait déjà la supériorité de Jésus sur Moïse. Ainsi une fois la relation établie-et facilement établie grâce à l'homonymie des deux noms-le succès de la typo- logie de Josué était assuré.
L'avènement d'un "aujourd'hui".
Pour découvrir les racines de cette typologie, les exégètes ont eu généralement recours à L'Epître aux Hébreux et tout particulière- ment aux versets qui vont de 3,7 à 4,11, car ce grand texte constitue un point fort de la tradition sur la portée figurative de la traversée du désert et l'entrée en Terre promise.
La génération du désert n'a pu entrer dans le repos; or dans ce repos, comme l'a dit le psalmiste (Ps.,95(94),7), on peut entrer "aujourd'hui". "Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs comme cela s'est produit dans la Querelle, un jour de la Tentation dans le désert"(Héb.7.8). "Prenez garde, frères, qu'il y ait peut-être en quelqu'un d'entre vous un cœur mauvais assez incrédule pour le détacher du Dieu vivant. Mais encouragez-vous mutuellement chaque jour, tant que vaut cet "aujourd'hui", afin qu'aucun de vous ne "s'endurcisse" par la séduction du péché. Car nous sommes devenus participants du Christ"(Héb.,3,12-14).
"Aujourd'hui" représente donc le jour nouveau fixé par Dieu (Héb.,4,7); c'est le délai accordé pour entrer dans le repos à la suite de "Jésus, Fils de Dieu, qui a traversé les cieux"(Héb.,4,14). "Car si Jésus (Josué) avait introduit les Israélites dans le repos, Dieu n'aurait pas parlé dans la suite d'un autre jour"(Héb.,4,8).
Ce qui est souligné ici, c'est surtout le caractère de présence de la Terre promise. Il est conféré à ce mystère de la Terre des promesses la même extension que la durée privilégiée pendant laquelle les chrétiens peuvent y entrer. Le sacerdoce de Jésus ouvre au peuple de Dieu un "aujourd'hui" nouveau, un repos de sabbat que Jésus, fils de Navé n'a pu leur procurer. Le lien est établi, irréfutable, entre le Christ et l'entrée actuelle dans cette Terre des promesses, doctrine qui sera capitale dans l'exégèse origénienne.
Le mérite de l'Epitre aux Hébreux,c'est qu'en parlant de l'action par défaut de Jésus fils de Navé (4,8), elle fait saisir par contraste l'œuvre de Jésus Fils de Dieu, grand libérateur et principe du salut (4,14); lui seul procure aux élus l'héritage éternel promis (Héb., 9,15).
Jésus-Josué.
Pour exalter aux yeux des fidèles la personne de Jésus fils de Navé (Josué), et voir transparaître à travers ses gestes, ceux de Jésus, Fils de Dieu, les Pères de l'Eglise du IIème siècle, ont eu recours à d'autres points d'appui dans l'Ecriture.
Le premier témoignage absolument explicite sur une typologie de Josué est celui du Pseudo-Barnabé: "Jésus, le Fils de Dieu, a été manifesté à l'avance dans la chair par un type (tupos). Ce type, c'est le fils de Navé à qui Moïse-en Nombr.,13,16-a imposé le nom prophétique de Jésus[lxxxii] et qui a triomphé d'Amalec[lxxxiii], figure des puissances mauvaises (Barn.,12,8-10).
"Chez Justin, la typologie de Josué devient une arme de combat dans la polémique anti-juive et l'homonymie des deux noms est un des arguments vigoureux de sa démonstration. Quelle fortune en effet de pouvoir prouver au rabbin Tryphon qu'iltente de convertir, que le nom de Jésus était déjà prédit dans l'Ancien Testament, prédit comme un nom d'une puissance redoutée, comme le nom même de Dieu!"[lxxxiv]
Tel est son commentaire d'Exode 23,20: "Voici que j'envoie mon ange devant ta face...pour t'introduire dans le pays que je t'ai préparé...mon nom est sur lui"."Quel est donc celui qui a introduit vos pères dans le pays?" commente Justin. Il est évident que c'est Jésus. Le Verbe de Dieu manifestait déjà d'une manière mystérieuse que son nom était Jésus[lxxxv]. D'autre part Justin revient plusieurs fois sur l'argument décisif que Moïse n'a pas changé sans raison le nom d'Osée (ou Ausé) en celui de Jésus et que cette transformation du nom recouvre une grande signification prophétique. Tryphon est ébranlé par cet argument du nom de Jésus au point de se sentir incliné à céder[lxxxvi].
A ces développements apologétiques, Justin joint des considéra- tions de portée plus spirituelle. C'est l'épisode d'Amalec[lxxxvii], figure de la victoire du Christ sur les démons, victoire secrète à la première parousie, éclatante et décisive à la seconde; ainsi le mystère préfiguré dans l'Ancien Testament est-il déjà accompli à la première parousie avant d'être complètement révélé à la fin des temps. C'est encore l'interprétation toute nouvelle de la seconde circoncision ordonnée par Josué, figure de la circoncision opérée par le Christ[lxxxviii], qu'il s'agisse du baptême ou de la purification réalisée tous les jours dans le cœur des chrétiens.
Comme pourlethème delaTerre promisesedégagent assez naturellement les catégories que forment la conscience chrétienne en face des épisodes de l'Ancien Testament: ils deviennent symbole d'un mystère sacramentaire ou spirituel accompli par le Christ. Chez Justin, on voit prédominer la préfiguration eschatologique: Josué a
opéré le partage de la Terre, il a arrêté le soleil:
"Celui-là a arrêté le soleil après avoir reçu pour nom le nom de Jésus et après avoir tiré une force de l'esprit de Jésus. Car Jésus est bien celui qui a apparu et parlé à Moïse et à Abraham...C'est lui qui doit briller, lumière éternelle, à Jérusalem"(Dial.,113,3.4).
A la seconde parousiele Christviendra partagerl'héritage quin'aura pas de fin et brillera à Jérusalem comme une lumière éternelle[lxxxix].
Après Justin,sans qu'apparaissent d'aspects nouveaux sur latypologie propre de Josué, le témoignage d'Irénée de Lyon contenu dans la Démonstration de la prédication évangélique revêt une très grande importance du fait qu'il s'inscrit dans une catéchèse de foi chrétienne. Au chapitre 27 se trouve opportunément souligné le caractère préfiguratif du personnage Josué par le changement de son nom[xc]:
"Lorsque les Hébreux furent proches de la terre que Dieu avait promise à Abraham et à sa postérité, Moïse choisit un homme de chaque tribu, qu'il envoya explorer le pays... C'est alors que Dieu révéla le nom de celui qui devait être le Sauveur de tous ceux qui croiraient en lui. Moïse parcourut donc les rangs, choisit Ausé (Osée), fils de Navé, l'un des envoyés, et le nomma Jésus.Puis il l'envoya avec toute la puissance de ce nom,persuadé que sous l'égide du nom qu'il portait, il s'emparerait de tout"(chap.27).
Cethème bien que connu est présenté d'une façon particulière- ment suggestive. Ajoutons qu'avec le fragment 19, Irénée ajoutedeuxéléments neufs: le thème du congé de Moïse couplé à celui de la Loi tandis que Jésus se constitue docteur, puis celui de l'opposition entre la manne donnée par Moïse et le froment de la Terre promise, figure du corps du Christ:
"Il convenait que Moïse fit sortir le peuple d'Egypte, mais que Jésus l'introduisit dans l'héritage; que Moïse, comme la Loi, reçût son congé, mais que Jésus en tant que Verbe, en tant que figure véridique du Verbe subsistant, se constituât docteur du peuple; que Moïse donnât la manne aux Pères comme nourriture, mais que Jésus leur distribuât le froment, prémices de la vie, figure du corps du Christ selon ce que dit l'Ecriture: la manne du Seigneur cessa, quand le peuple eut mangé du froment de la terre".
Thème satellite.
Le thème satellite le plus attesté est celui de la courtisane Rahab qui reçutles envoyés de Josué etles sauva du roideJéricho.Rahab que le Nouveau Testament avait déjà placée pour sa foi[xci] et ses oeuvres[xcii] au rang des patriarches, avait suspendu à sa fenêtre un cordon d'écarlate comme signe de préservation pour elle et pour sa maison. C'était déclarer, dit Clément de Rome (1Clém.,12), "que le sang du Seigneur devait racheter tous ceux qui croient et espèrent en Dieu". Du fait que cet auteur était réputé peu enclin aux interprétations allégoriques, on en a déduit que le symbolisme du signe d'écarlate devait déjà faire partie d'une tradition plus étendue où Rahab était figure des Gentils rachetés par le sang du Christ. Le thème se retrouve d'ailleurs chez Justin: par le cordon d'écarlate de Rahab "sont sauvés les prostitués et les injustes de jadis dans toutes les nations, lorsqu'après avoir reçu le pardon de leurs péchés, ils ne pèchent plus"(Dial.,111,4). On voit combien il devenait facile de faire de la maison de Rahab la figure de l'Eglise où se rassemblent les nations païennes qui ont accueilli les envoyés de Jésus et qui sont sauvées et rachetées par le signe d'écarlate.
Ce symbolisme estégalementsous-jacentdansl'Adversus Haereses d'Irénée: Rahab a accueilli chez elle les envoyés de Jésus, c'est-à-dire, selon lui, les trois personnes de la Trinité; elle a donc cru à l'essence du message évangélique et par le signe d'écarlate, sym- bole de la Pâque, à la valeur rédemptrice du sang du Christ. Rahab estpréservée avectoutesamaison au milieudela ruine deJéricho[xciii].
La Terre donnée par Jésus Navé, type du Christ (2)
ORIGENE dans ses Homélies sur Josué.
Exégèse tendant à montrer que Josué est figure du Christ par la richesse multiforme de ses fonctions spirituelles.
Pour parvenir à la Terre promise des cieux, il faut d'abord faire la conquête de la terre intermédiaire qu'est la Terre promise de l'âme. Celle-ci est figurée par la Terre promise de l'Ancien Testament puisque tous les épisodes du Livre de Josué peuvent s'appliquer au sens spirituel à la vie intérieure de l'âme. Mais il peut lui être donné aussi le nom de figure par rapport à la Terre des cieux; figure efficace puisque toute victoire dansle domaineintérieur de l'âme consacre une possession dansle Royaume des cieux.Il en découle que la possession totale de la Terre des cieux ne peut être obtenue qu'en suivant Jésus, le nouveau chef de l'Israël spirituel.
L'originalité d'Origène est précisément d'avoir pu traiter les thèmes anciens dans cette perspective et d'avoir tiré des grandeurs du passé des conséquences spirituelles pour l'âme par la glorification de Jésus.
Pour tous les thèmes qu'il va aborder,et qui sont proposés sous forme de raccourci dès la première homélie, Origène est guidé par une intuition fondamentale grâce à laquelle, à travers tous les gestes de Jésus, fils de Navé, il va voir pour nous se manifester les mystères de Jésus,Fils de Dieu.Il en résulte un exposé médita- tif de l'action dansles âmes d'un Jésus quiintègre sa"succession- opposition" à Moïse, comme pour mieux révéler les mystères du Jourdain et confirmer son rôle de guide véritable sur la route nouvelle(4,1). C'est derrière l'activité de Jésus Navé de l'Ancien Testament qu'Origène perçoit la richesse multiforme des fonctions spirituelles du Christ: Prince des Anciens(16,2); soleil de justice (11,3); docteur des âmes qui, seul, explique les secrets de la Loi (9,8) et les enseigne par son exemple(24,2); chef des chrétiens, vainqueur des démons(14), destructeur de Jéricho(7,1); c'est lui qui purifie(15,5), défriche et rebâtit son héritage(13,3);(24,3);(26,1); lui qui à la Parousie distribuera l'héritage éternel et donnera enfin à la Terre le Repos(15,7)[xciv].
Josué-Jésus, guide de la route nouvelle.
(L'Exode mystique)
Et ne va pas t'imaginer, toi qui maintenant entends raconter ce qui s'est passé chez les anciens, que tout cela ne te concerne pas; toutes ces choses s'accomplissent en toi d'une manière spirituelle. Car lorsque tu abandonnes les ténèbres de l'idolâtrie et que tu désires arriver à la connaissance de la loi divine, alors commence la sortie d'Egypte. Quand tu as été agrégé à la foule des catéchumènes et que tu as commencé d'obéir aux commandements de l'Eglise, tu as traversé la mer Rouge; dans les haltes du désert chaque jour tu t'appliques à écouter la loi de Dieu et à contempler le visage de Moïse que te découvre la gloire du Seigneur. Mais, lorsque tu arriveras à la source spirituelle du baptême et qu'en présence de l'ordre sacerdotal et lévitique tu seras initié à ces mystères augustes et sublimes que connaissent ceux-là seuls qui ont droit de connaître[xcv], alors, ayant traversé le Jourdain grâce au ministère des prêtres, tu entreras dans la Terre de la promesse; cette terre où Jésus, après Moïse, te prend en charge et devient le guide de ta route nouvelle.
Alors, te souvenant de ces marques inouïes de la puissance de Dieu: la mer coupée en deux pour toi, l'eau du fleuve arrêtée dans sa course, tu te retourneras et tu t'écrieras:"Pourquoi, mer, t'es-tu enfuie? et toi, Jourdain, es-tu retourné en arrière? Et vous, montagnes, pourquoi avez-vous bondi comme des béliers, et vous, collines, comme des agneaux(a)?"Et la parole de Dieu te répondra:"La terre a tremblé devant la face du Seigneur, devant la face du Dieu de Jacob, qui change le rocher en étang et le roc en sources d'eaux"(b).
(a)et(b):Ps.114(113 A),5.8.
Josué-Jésus,prince des anciens
Textes en présence:
Epître aux Colossiens1,18:Et il est aussi la Tête du Corps, c'est-à-dire l'Eglise. Il est le Principe, Premier-Né d'entre les morts, il fallait qu'il obtînt en tout la primauté.
Epître aux Hébreux4,14:Ayant donc un grand prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de foi.
Ière Epître de Pierre5,4:Et quand paraîtra le Chef des pasteurs, vous recevrez la couronne de gloire qui ne flétrit pas.
Epître aux Ephésiens4,15:Nous grandirons de toutes manières vers celui qui est la Tête, le Christ.
Mais puisque nous avons coutume de rapporter ce qu'on dit de Jésus à la personne de notre Seigneur et Sauveur, à qui donc appliquer ce titre d', mieux qu'à lui"le principe, le premier-né de toute créature"[xcvi]? et c'est pourquoi sans doute le nom d'ancien, dans toute l'intégrité du terme, ne convient qu'à lui seul, lui avant qui il n'y a personne. Certains dans l'Ecriture portent bien le nom d'anciens - ou vieillards - ou de pontifes, mais le Seigneur Jésus, qui parmi les pontifes est "le prince des pontifes"[xcvii] et parmi les pasteurs est le "prince des pasteurs"[xcviii], doit être regardé parmi les anciens - ou vieillards - comme le prince des anciens et parmi les évêques comme le prince des évêques; s'il est un titre auquel on attache quelque honneur, nous devons être sûrs que notre Sauveur le possède au premier chef, car il est "la tête" de toutes choses[xcix].
Josué-Jésus,soleil de justice
Textes en présence:
Homélie sur l'Exode7,7:Le Seigneur est venu au soir d'un monde à son déclin, près d'achever sa course; mais pour sa venue, lui qui est le soleil de justice, il a refait un nouveau jour pour ceux qui croient.
Epître aux Romains11:(25)Car,je ne veux pas frères, vous laisser ignorer ce mystère, de peur que vous ne vous complaisiez en votre sagesse: une partie d'Israël s'est endurcie jusqu'à ce que soit entrée la totalité des nations,(26)et ainsi tout Israël sera sauvé, comme il est écrit. De Sion viendra le libérateur, il ôtera les impiétés du milieu de Jacob.(27)Et voici quelle sera mon alliance avec eux lorsque j'enlèverai leurs péchés.
Malachie3,20:Mais pour vous qui craignez mon Nom, le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons.
Nous voudrions, s'il est possible, montrer comment notre Seigneur Jésus a étendu la lumière et prolongé le jour à la fois pour le salut des hommes et la ruine des puissances du mal.
Dès que le Sauveur fut venu, c'était déjà la fin du monde[c]. Lui-même d'ailleurs le disait:"Faites pénitence car le royaume des cieux est proche"(a). mais il a retenu et retardé le jour de la consommation, il lui a défendu de paraître. Car Dieu le Père, voyant que le salut des nations ne peut venir que par Jésus, lui dit: "Demande-moi et je te donnerai les nations pour ton héritage, et ton domaine s'étendra jusqu'aux extrémités de la terre"(b).
Donc, jusqu'à l'accomplissement de la promesse du Père, jusqu'à ce que les églises s'accroissent des diverses nations et qu'y entre toute "la plénitude des Gentils", pour qu'enfin "tout Israël soit sauvé"[ci], le jour est prolongé, sa chute est différée, jamais le soleil ne se couche, mais toujours il se lève,"soleil de justice"[cii] qui verse la lumière de la vérité dans le coeur de ceux qui croient. Mais lorsque sera comble la mesure des croyants et que sera venue l'époque dégénérée et corrompue de la dernière génération où, "à cause des progrès croissants de l'iniquité, la charité de beaucoup se refroidira"(c) et qu'il n'en restera que quelques-uns chez qui on puisse trouver de la foi, alors "les jours seront abrégés"(d).
Oui, le même Seigneur sait prolonger la durée des jours quand c'est le temps du salut et en abréger la durée quand c'est le moment de la tribulation et de la perdition.
Quant à nous, tant que nous avons le jour et que s'allonge le temps de la lumière,"marchons honnêtement comme en plein jour"(e) et faisons les oeuvres de lumière.
(a)Matt.,4,17;(b)Ps.,2,8;(c)Matt.,24,12;(d)Matt.,24,22:(e)Rom.,13,13.
Josué-Jésus, docteur des âmes
Textes en présence:
2èmeEpître aux Corinthiens3,14:Jusqu'à ce jour en effet, lorsqu' on lit l'Ancien Testament, ce même voile demeure. Il n'est point retiré; car c'est le Christ qui le fait disparaître.
Epître aux Romains7,14:En effet, nous savons que la Loi est spirituelle; mais moi je suis un être de chair, vendu au pouvoir du péché.
2èmeEpître aux Corinthiens3,6:Notre capacité vient de Dieu qui nous a rendus capables d'être ministres d'une nouvelle alliance, non de la lettre, mais de l'Esprit; car la lettre tue, l'Esprit vivifie.
"Après quoi, rapporte l'Ecriture, Jésus lut toutes les paroles de la Loi, les bénédictions et les malédictions, suivant tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi;pas un mot detout ce que Moïse avait prescritne fut omis dans la lecture que fit Jésus en présence de toute l'assemblée des fils d'Israël"(a).
On n'a aucun mal à expliquer les faits historiques: comment le fils de Navé a lu "toutes les paroles de la Loi, que Moïse avait écrites, devant toute l'assemblée des enfants d'Israël". Mais il ne me parait pas inutile de mettre en lumière comment Jésus Notre Seigneur fait à son tour cette lecture à son peuple.
Voici ma pensée: Si, quand on nous "lit Moïse", la grâce du Seigneur "ôte le voile de la lettre"[ciii] et si nous commençons de percevoir que "la Loi est spirituelle"[civ]; par exemple lorsque la Loi dit:"tu ne muselleras pas le boeuf quand il foule le grain"(b), si nous comprenons qu'il est question non du bœuf mais des apôtres, ou encore, si devant cette parole de la Loi; "Abraham eut deux fils, l'un de l'esclave, l'autre de la femme libre"(c), je saisis qu'il s'agit des deux alliances et des deux peuples, cette loi ainsi comprise - "loi spirituelle", suivant le terme de Paul - est celle que nous lit le Seigneur; il en fait lui-même la lecture aux oreilles du peuple entier, lui qui nous recommande de ne pas suivre "la lettre qui tue", mais de garder "l'esprit qui donne la vie"[cv].
Ainsi donc Jésus nous lit la Loi lorsqu'il nous révèle les secrets de la Loi. Car nous qui sommes de l'Eglise catholique, nous ne méprisons pas la loi de Moïse; nous l'adoptons, à condition pourtant que Jésus nous l'ait lue. Car nous ne comprendrons correctement la Loi que si Jésus nous la lit, et si pendant cette lecture nous recevons ses jugements et ses manières de voir. Oui, n'avait-il pas adopté sa pensée, celui qui disait: "Quant à nous, nous avons la pensée du Christ pour connaître les dons qui nous ont été faits par Dieu et que nous annonçons(d)."Et de même ceux qui répétaient: "Notre coeur n'était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, lorsque sur le chemin il nous ouvrait les Ecritures"(e), quand Jésus, "commençant par la loi de Moïse et parcourant tous les prophètes, leur révéla dans les Ecritures ce qui le concernait"(f).
(a)Jos.,8,34.35;(b)Deut.,25,4;(c)Gal.,4,22sv.;(d)1Cor.,2,12sv.;(e)Lc.,24,32; (f) Lc.,24,27.
Josué-Jésus, a voulu être le dernier de tous
Textes en présence:
Evangile de Matthieu19,30:Beaucoup de premiers seront derniers, et de derniers seront premiers.
1èreEpître aux Corinthiens10,11:Cela leur arrivait pour servir d'exemple,et a été écrit pour notre instruction à nous quitouchons à la fin des temps.
"Et les fils d'Ephraïm s'en allèrent parcourir les limites de leur partage"(a).Après ce récit, quelle douceur et quelle humilité manifeste la suite de ce passage de la part du bienheureux Jésus. Il était vraiment digne de porter le nom de Jésus notre Seigneur et Sauveur ! L'Ecriture nous dit en effet: "Alors les enfants d'Israël donnèrent son lot à Jésus, fils de Navé, au milieu d'eux, suivant le précepte du Seigneur; et ils lui donnèrent la ville qu'il avait demandée,Thamnasac,qui est sur la montagne d'Ephraïm;Josué y bâtit la ville et y habita"(b).
C'est lui qui avait donné leur héritage à tous les fils de Juda, qui l'avait donné à Ephraïm et à la demi-tribu de Manassé;lui qui avait donné sonhéritage au noble Caleb, fils de Jéphoné; lui qui avait envoyé trois hommes de chaque tribu pour parcourir tout le pays, en faire le plan et le lui montrer à leur retour; c'est lui qui avait jeté les sorts pour tout le monde et il s'est réservé la dernière place ! Pourquoi a-t-il voulu, dis-moi, être "le dernier de tous"? Sûrement afin d'être le "premier" de tous[cvi].
Ce n'est pas lui non plus qui s'est attribué sa part d'héritage, mais il l'a reçue du peuple; le peuple donne son héritage à celui dont il l'avait reçu ! Il est écrit en effet: "Les enfants d'Israël donnèrent sa part d'héritage à Jésus, fils de Navé". Mais "ces choses leur arrivaient en figure"[cvii], et elles nous étaient proposées en image, pour que nous observions à notre tour le précepte qu'accomplit celui-là dans ses actes et qui dit:" Plus tu es grand, plus tu seras humble, et tu trouveras grâce devant Dieu"(c), et encore: "S'ils te prennent pour chef, ne t'enorgueillis pas, mais sois parmi eux comme l'un d'entre eux"(d).
Vois donc de quelle manière il était le chef du peuple, lui qui l'avait introduit dans la terre sainte, dans la terre des promesses ! Il était successeur de Moïse et il ne se permet pas de prendre sa part de terre, mais il attend de recevoir du peuple sa parcelle, lui, le chef du peuple. Et lorsqu'il l'a reçue, Jésus, digne de ce nom, bâtit le terrain qu'on lui a donné; il y élève des constructions afin de le rendre digne du nom de Dieu et de l'héritage divin.
(a)Jos.,19-49;(b)Jos.,19,49-50;(c)Sag.Sir.,3,18;(d)Sag.Sir.,32,1.
Josué-Jésus, chef des chrétiens, vainqueur des démons
Textes en présence:
Epître aux Ephésiens2,50:Car c'est lui qui est notre paix, lui qui de deux réalités n'a fait qu'une, détruisant la barrière qui les séparait, supprimant en sa chair la haine.
Evangile de Matthieu15,19:Du cœur en effet procèdent mauvais desseins, meurtres, adultères, débauches, vols, faux témoignages, diffamations.
Livre de Josué10,40:Josué battit tout le pays-la Montagne, le Négeb, le bas-pays et les pentes- avec tous leurs rois. Il ne laissa pas un survivant et voua tout être animé à l'anathème, comme Yahvé, Dieu d'Israël, l'avait ordonné.
Epitre aux Ephésiens2:(1)Et vous qui étiez morts par suite des fautes et des péchés(2)pour lesquels vous avez vécu jadis, selon le cours de ce monde, selon le Prince de l'empire de l'air, cet esprit qui poursuit son oeuvre en ceux qui résistent...
Evangile de Luc16,8:Et le maître loua cet intendant malhonnête d'avoir agi de façon avisée. Car les fils de ce monde-ci sont plus avisés envers leurs propres congénères que les fils de la lumière.
Evangile de Matthieu12,29:Ou encore, comment quelqu'un peut-il pénétrer dansla maison d'un homme fort et s'emparer de ses affaires, s'il n'a pas d'abord ligoté cet homme fort? Et alors il pillera sa maison.
Epître à Tite2,11:Car la grâce de Dieu, source de salut pour tous les hommes, s'est manifestée.
Evangile de Matthieu3,15:Mais Jésus répondit à Jean le Baptiste: "Laisse faire pour l'instant, car c'est ainsi qu'il nous convient d'accomplir toute justice". Alors, il le laissa faire.
Lorsque les Israélites - l'Israël selon la chair - lisaient ces mêmes Ecritures, avant la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ, ils n'y saisissaient rien d'autre que des guerres et du sang répandu; et leur cruauté s'acérait à se repaîtretoujoursde guerres et desoulèvements.Mais depuisquelaprésence deJésus-ChristmonSeigneurarépandudansle cœur des hommeslalumière paisible de la connaissance, lui qui est notre paix[cviii], selon le terme de l'Apôtre, il nous enseigne la paix au cours même de ces lectures de guerres. Car la paix revient dans l'âme, quand on en chasse ses ennemis: les péchés et les vices. Voici pourquoi, si nous suivons la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ, en lisant ces textes, nous prenons les armes effec- tivement nous aussi, et nous nous élançons au combat, mais c'est contre les ennemis qui "sortent de notre coeur", c'est-à-dire les mauvaises pensées, les vols, les faux-témoignages, les blasphèmes"[cix] et toute la série des adversaires de notre âme; le but de notre effort, c'est de n'y laisser selon le récit de l'Ecriture et dans la mesure du possible, "aucun survivant,personne qui respire"[cx].Car si nous triomphons de ces ennemis, par là-même nous triompherons aussi des "puissances de l'air"[cxi] et nous les chasserons du royaume qu'ellesavaient établi en nous sur le fondement de nos vices.
Dans les lectures précédentes, le roi de Jérusalem avait réuni autour de lui quatre autres rois contre Jésus et contre les fils d'Israël(a), mais main- tenant, il ne s'agit plus d'une coalition de quatre ou cinq rois autour d'un autre, vois quelle foule innombrable un seul roi groupe autour de lui! "Ayant appris ces choses, dit l'Ecriture, Jabin[cxii], roi d'Asor envoya un message à (tous les autres rois de la région)...Ce Jabin est donc roi d'Asor; or Asor signifie palais. Toute la terre est donc le palais de ce roi qui détient le principat sur toute la terre comme sur un palais: ce roi, c'est le diable. Veux-tu vérifier que son palais, c'est bien la terre? Il est écrit dans les Evangiles que l'homme fort dort en sécurité dans son palais jusqu'à ce qu' en vienne un plus fort "qui l'enchaîne" et "lui enlève ce qu'il possède"[cxiii]. Le roi du palais, c'est donc le "prince de ce monde"(b).
(Et tous ces rois ligués contre Jésus sortirent à la tête) d'un peuple innombrable comme le sable qui est sur le bord de la mer, avec une grande multitude de chevaux etde chars.Tous ces rois se rassemblèrent etvinrentcamper ensemble près des eaux de Mérom pour combattre contre Israël.Maisle Seigneur dit à Jésus: ne les crains point, car demain à cette heure-ci je les livrerai tout transpercés devant Israël. Tu couperas les jarrets à leurs chevaux et tu brûleras leurs chars. Jésus, et tous ses hommes de guerre avec lui, arriva sur eux aux eaux de Mérom, et soudain il fondit sur eux dans le pays montagneux. Et le Seigneur les livra entre les mains d'Israël, qui les battit et les poursuivit jusqu'à la grande Sidon et jusqu'aux eaux de Maséréphoth etjusqu'àlavallée de Masphé versl'Orient. Ils furent massacrés sans qu'il en échappât un seul. Et Jésus les traita comme le Seigneur le lui avait dit: il coupa les jarrets de leurs chevaux et livra au feu leurs chars.En ce même temps Jésus revint,prit Asor et tua son roiparl'épée(c).Tulesvois,cesarméesinnombrablesdepuissancesennemies etces essaims des démons odieux excités contre Jésus et contre l'armée d'Israël! Avant la venue de notre Seigneur et Sauveur, tous ces démons occupaientles âmes des hommes avec une tranquille sécurité,et ils régnaient sur leurs esprits et sur leurs corps. Mais depuis qu'est "apparue" sur la terre la grâce miséricordieuse "de Dieu notre Sauveur"[cxiv], et qu'elle nous a appris à vivre en ce monde dans la piété et la sainteté, éloignés de toute contagion du péché,pour que chacune denosâmesretrouvesa propre liberté et cette"image de Dieu"(d)dans laquelle elle avait été créée au commencement[cxv], depuis lors ces anciens occupants d'iniquité soulèvent des luttes et des combats.On tue les premiers;d'autres se lèvent plus nombreuxpour les remplacer, et ils se rassemblent tous, coalition du mal qui livre au bien une guerre sans trêve. Et s'ils subissent une seconde défaite, de nouveau une armée se lève, la troisième, de puissances encore plus mauvaises. Et peut-être que plus augmente le peuple de Dieu, plus il s'accroît, plus il se multiplie, et plus s'agrandit la coalition contre lui.
Telle est donc cette armée d'ennemis invisibles que groupe le roi Jabin pour nous attaquer, nous qui suivons Jésus, notre chef et notre Sauveur. Mais que dit le Seigneur ?"Ne les crains point, car demain à cette heure-ci, je les livrerai entre tes mains"(e). Je vois qu'aujourd'hui nous ne pouvons pas les écraser tous ni les tuer tous, mais que demain ils périront, demain c'est-à-dire après la consommation du siècle présent[cxvi].
C'est le moment où toutes les puissances ennemies seront détruites; c'est le moment où elles seront pleinement vaincues; quand tu verras qu'on dit à ceux qui sont à gauche:"Allez au feu éternel que Dieu a préparé pour le diable et pour ses anges"(f). C'est le moment où, nous aussi, si nous sommes vainqueurs, si nous avons pu obtenir le triomphe à la suite de Jésus notre chef, nous recevrons le royaume que le Père a préparé pour ses saints et pour ceux qui ont obéi à ses commandements et "accompli toute justice"[cxvii]; nous le recevrons par les mains de Notre Seigneur Jésus-Christ "à qui est gloire et puissance dans les siècles des siècles.Amen"(g).
(a)Jos.,10,1;(b)Jn.,16,11;(c)Jos.,11,1-10;(d)Gn.,1,27;(e)Jos.,11,6;(f)Matt.,25,41; (g)1P.,4,11.
Josué-Jésus, destructeur de Jéricho.
Textes en présence:
Nombres10,2:Fais toi(Moïse) deux trompettes; tu les feras d'argent repoussé. Elles te serviront à convoquer la communauté et à donner au camp le signal du départ.
Psaume98(97),6:Au son de la trompette et du cor,
acclamez à la face du roi Yahvé.
L'Ecclésiastique50,16:Alors les fils d'Aaron poussaient des cris, sonnaient de leurs trompettes de métal repoussé.
Jéricho s'écroule aux trompettes des prêtres. Dès qu'eut retenti la sonnerie des trompettes, les murs d'enceinte s'abattirent(a).
Nous l'avions dit déjà: Jéricho tenait en figure la place du monde présent; or nous voyons la force de ses remparts détruite par les trompettes des prêtres. Car les fortifications puissantes qui servaient à ce monde de murailles, c'étaient le culte des idoles, les divinations trompeuses dues à l'artifice des démons, les inventions mensongères des augures, des aruspices et des mages, toutes choses dont ce monde s'entourait comme de murailles colossales. Ajoutons-y les diverses opinions des philosophes, les doctrines les plus remarquables nées des controverses d'école, voilà les tours qui fortifiaient ce monde comme d'un rempart élevé.
Mais lorsque vient notre Seigneur Jésus-Christ - dont le fils de Navé symbolisait l'avènement - il envoie ses prêtres, les apôtres portant des "trompettes étirées"[cxviii], c'est-à-dire l'enseignement majestueux et céleste de sa prédication. Le premier, dans son évangile, Matthieu a fait retentir la trompette sacerdotale; Marc aussi, Luc et Jean ont embouché les trompettes des prêtres; Pierre également fait retentir les deux trompettes de ses épîtres; de même Jacques et Jude. Et voici que, à son tour, Jean dans ses épîtres embouche la trompette et Luc, lui aussi, en racontant la geste des apôtres. Quant au dernier qui arrive en disant: "Je pense que nous, les apôtres, Dieu nous a fait paraître comme le dernier des hommes(b), des trompettes de ses quatorze épîtres il lance la foudre sur les murs de Jéricho, et jette à terre, jusqu'aux fondations, toutes les machines de guerre de l'idolâtrie et les opinions des philosophes.
(a)Jos.,6,21;(b)1Cor.,4,9.
C'est Josué-Jésus qui purifie
Textes en présence:
1ère Epître aux Corinthiens1:(22)Alors que les Juifs demandent des signes et que les Grecs sont en quête de sagesse,(23)nous proclamons, nous, un Christ crucifié, scandale pour les Juifs et folie pour les païens,(24)mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu.(25) Car ce qui est folie de Dieu est plus sage que les hommes, et ce qui est faiblesse de Dieu est plus fort que les hommes.
"Et Jésus se saisit d'eux tous durant le combat, car le Seigneur avait agi de telle sorte que leur cœur s'était endurci et qu'ils avaient combattu contre Israël"(a). On ne dit pas que Jésus s'était saisi de quelques-uns pendant le combat et qu'il en laissa d'autres, mais qu'il les saisit tous, c'est-à-dire qu'il les prit et les massacra tous. Car le Seigneur nous a purifiés de toutes les sortes de péchés, et il les a tous détruits. Tous en effet, "nous étions insensés, indociles, égarés, esclaves de toutes sortes de convoitises, vivant dans la malignité et l'envie, dignes de haine et nous haïssant les uns les autres"(b), avec tous les genres de péchés qui se trouvent chez les hommes avant qu'ils croient. On a raison de dire que Jésus a tué tous ceux qui sortirent pour la guerre. Car il n'est pas de péché si grand que Jésus ne puisse avoir le dessus, lui qui est le Verbe et la "Sagesse de Dieu"[cxix]. Il triomphe de tout, il est vainqueur de tout. Ne croyons-nous pas que nous sont ôtés les péchés de toutes sortes quand nous venons au bain du salut? C'est ce que veut dire l'apôtre Paul qui, après avoir énuméré tous les genres de péchés , ajoute finalement: "Voilà pourtant ce que vous étiez,mais vous avez été lavés,vous avez été sanctifiés, vous avez été justifiés, au nom de notre Seigneur Jésus-Christ"(c). C'est donc de cette manière que tous ont été pris durant le combat et tous massacrés, car le Seigneur avait agi de telle sorte que leur cœur s'était endurci et qu'ils avaient combattu contre Israël et qu'ils furent exterminés.
En effet, tant que les puissances ennemies qui opèrent le péché en nous ne se présentent pas pour nous inciter au péché et ne nous harcèlent pas pour le combat, on ne peut ni les tuer ni les exterminer. C'est pourquoi on dit que Dieu permet, bien plus, qu'il engage presque les puissances adverses à sortir contre nous pour combattre, afin que nous y remportions la victoire et qu'elles-mêmes soient frappées à mort.
(a)cf.Jos.,11,19.20;(b)Tite3,3;(c)1Cor.,6,11.
C'est Josué-Jésus qui défriche et rebâtit son héritage
Textes en présence:
Livre de la Genèse3,18:Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras l'herbe des champs.
Evangile de Jean14,23:Jésus lui répondit:"Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui".
Apocalypse3,20:Voici, je me tiens à ta porte et je frappe; si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi.
Epître aux Galates5,22:Mais le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres.
C'est bien la meilleure manière, à mon avis, de comprendre les guerres d' Israël et de concevoir les combats de Jésus, la destruction des villes, le pillage des royaumes. Cette interprétation donnera un sens plus religieux et plus humain aux textes qui rapportent le pillage et la dévastation de toutes ces villes où "on ne laissait rien qui eût souffle de vie, ni un survivant ni un fugitif(a).
Ah! Veuille le Seigneur agir dans les âmes de ses fidèles, ces âmes qu'il revendiquepour son royaume,et dans mon âme à moi! Qu'ilen chassetous les vices d'autrefois et les anéantisse, si bien que ne respire plus en moi aucune pensée de malice;qu'aucun mouvement de colère, aucun désir hon- teux ne trouve en moi le salut; que ne "survive" aucune mauvaise parole qui puisse "s'enfuir" de ma bouche! C'est ainsi que purifié de tous mes vices d'autrefois, je pourrai sous la conduite de Jésus prendre place dans les villes des fils d'Israêl dont il est écrit:"Les villes de Juda seront rebâties et on y habitera"(b).
Chacune de nos âmes en effet est détruite et rebâtie par Jésus; nous avons traité ce sujet au moment où nous parlions de Jérémie qui avait reçu "dans sa bouche des paroles pour ruiner et pour bâtir, pour arracher et pour planter"(c); je pense qu'il faut aujourd'hui encore donner le même sens aux textes dont nous nous occupons et ne pas les interpréter à la manière des hérétiques, ni à la manière des Juifs. Ces paroles adressées à Jérémie: "Voici que je t'établis en ce jour sur les nations et sur les royaumes, pour arracher, pour abattre et pour ruiner, et ensuite pour bâtir et pour planter", il faut les entendre sans doute des actions de Jésus que rapporte l'Ecriture, mais bien davantage de l'action que poursuit actuellement dans notre âme notre Seigneur Jésus. Car la première oeuvre du Verbe de Dieu, c'est d'arracher le mal qui était là auparavant, c'est-à-dire "les épines et les chardons"[cxx] des vices. Tant que leurs racines en effet tiennent la terre sous leur emprise, elle ne peut recevoir les saintes semences du bien.
Mais puisque nous avons l'habitude de rapporter à notre Seigneur et Sauveur ce qui es écrit de Jésus, ne peut-on dire qu'aujourd'hui encore tout notre peuple donne à mon Seigneur Jésus une part d'héritage et lui attribue , pour ainsi dire, un terrain d'habitation? Mais pour que cela ne paraisse pas injurieux, cherchons de quelle manière nous, ses serviteurs, nous lui fournissons un lieu d'habitation. Ah! si je pouvais être bon, je fournirais au moins un terrain en moi au Fils de Dieu, et lorsqu'il l'aurait reçu dans mon âme, le Seigneur Jésus y édifierait de belles constructions, il y bâtirait des murs imprenables et des tours élevées, afin de construire en moi, si je le méritais une maison digne de lui et digne de son Père; il l'embellirait et la rendrait capable de recevoir sa sagesse et sa science et toute sa sainteté; alors il ferait entrer avec lui Dieu son Père; il y "établirait sa demeure"[cxxi] et dans une telle âme il irait jusqu'à prendre "son repas"[cxxii] avec les aliments de ses propres dons.
Cherchons à mériter de telles grâces; préparons en nous un cœur pur afin que le Seigneur Jésus, voyant avec plaisir la pureté de notre coeur, daigne volontiers accepter notre hospitalité.
La demeure que choisit Jésus.
Il a été dit plus haut que les fils d'Israël avaient donné un lot à Jésus sur la montagne d'Ephraïm et qu'après avoir reçu sa part, "Jésus y bâtit une ville et y habita"(d). L'Ecriture reprend ici le même thème en y ajoutant le détail des "épées de pierres, c'est-à-dire des couteaux de silex "avec lesquels Jésus avait circoncis les fils d'Israël dans le désert et qu'il fit enterrer dans la ville qu'il avait construite et qu'il habitait"(e). Nous devons donc nous aussi reprendre notre exposé et expliquer cette addition, afin de rendre compte, avec le secours de Dieu, du sens intégral de l'Ecriture.
En effet, nous l'avons dit plus haut, notre Seigneur Jésus-Christ nous demande un emplacement pour y construire et y habiter; et nous devons si bien nous transformer - dans la pureté du cœur et de l'esprit - que le Seigneur daigne recevoir une place dans notre âme, y bâtir sa demeure et y habiter. Mais, dis-moi, quels sont parmi tout le peuple, ceux qui sont ainsi agréables à Dieu et qui méritent d'être choisis? Peut-on dire que quelqu'un en soit capable? mais le peuple entier, l'Eglise même dans sa totalité, sont-ils de force à accueillir le Seigneur Jésus et à lui fournir sa demeure?
Voyons donc quel est ce lieu où doit habiter Jésus:"Sur la montagne d' Ephraïm", dit l'Ecriture, c'est-à-dire sur une montagne qui porte du fruit[cxxiii].
Quelles sont en nous, dis-moi, ces montagnes porteuses de fruit où Jésus habite? celles, évidemment où se trouvent "les fruits de l'esprit: la joie, la paix, la patience, la charité"[cxxiv],etc.Les voilà doncles montagnesporteuses de fruit, qui produisent le fruit de l'Esprit et dont les pensées et les espoirs sont toujours sur les hauteurs. Il en est peu qui réunissent de telles conditions; cependant, même si ces âmes sont peu nombreuses, lorsque leSeigneur Jésus habitera en elles, lui qui est "la vraie lumière"(f), il enverra aussi des rayons de sa lumière sur toutes les autres, sur celles qu'au début il n'a pas encore jugées dignes de le recevoir.
L'épée de la parole de Dieu.
Voyons maintenant quelles sont ces épées de pierre avec lesquelles Jésus circoncit les fils d'Israël?Si vous priez pour nous de sorte que notre"parole
soit vivante, efficace, plus acérée qu'aucune épée"(g), le Seigneur Jésus nous accorderaquela paroledeDieu,que nous vous adressons,accomplisse chez ceux qui l'écoutent la circoncision de toutes les impuretés, qu'elle supprime les souillures, retranche les vices et taille à vif tout ce qui affaiblit la force de l'esprit et des facultés naturelles. Ainsi serez-vous circoncis, vous aussi, par Jésus grâce à la parole de Dieu qui porte ici le nom "d'épée de pierre", et vous entendrez:"Aujourd'hui j'ai ôté de vous l'opprobre de l'Egypte"(h).
(a)Jos.,8,22;(b)Amos,9,14;(c)Jéré.,1,9.10;(d)Jos.,19,49.50;(e)Jos.,21,42; (f)Jn., 1,9;(g)Hébr.,4,12;(h)Jos.,5,9.
Josué-Jésus prit la Judée, Jésus-Christ prit la terre entière
Textes en présence:
Livre de Josué11,23:Jésus prit tout le pays exactement comme Yahvé l'avait dit à Moïse, et il le donna en héritage à Israël selon sa répartition en tribus . Et le pays se reposa des combats.
Epître aux Galates5,17:Car la chair convoite contre l'esprit et l'esprit contre la chair; il y a entre eux antagonisme, si bien que vous ne faites pas ce que vous voudriez.
2ème Epître aux Corinthiens4,17:Nous portons partout et toujours en notre corps les souffrances de mort de Jésus, pour que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre corps.
Evangile de Matthieu5,9:Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.
Michée4,4:Mais chacun restera assis sous sa vigne et sous son figuier, sans personne pour l'inquiéter. La bouche de Yahvé Sabaot a parlé.
Il est dit dans le passage suivant que "Jésus prit toute la terre comme le Seigneur l'avait ordonné à Moïse"[cxxv]. Or je ne vois pas que Jésus, fils de Navé, ait pris toute la terre! Quelle étendue de terre a-t-il prise en effet, en n'occupant que la seule Judée? C'est notre Seigneur Jésus-Christ qui, lui, a pris en vérité toute la terre, car de toutes terres et de toutes nations afflue vers lui la multitude des croyants. Et l'Ecriture d'ajouter à la suite de ce passage: "Jésus prit toute la terre" la phrase suivante: "la terre se reposa des combats"[cxxvi]. Comment la vérité permettra-t-elle d'affirmer du fils de Navé que la terre se repose des combats, puisque les combats ne cessèrent presque jamais à cette époque? Cette parole ne s'accomplit que dans le seul Jésus-Christ, mon Seigneur. Car si tu considères, toi qui es venu à Jésus et qui as obtenu de lui par la grâce du baptême la rémission de tes péchés; si tu considères qu'en toi "la chair ne combat plus contre l'esprit et l'esprit contre la chair"[cxxvii], elle s'est reposée des combats, cette terre qui est la tienne; c'est à condition pourtant que tu "portes dans ton corps la mort de Jésus-Christ"[cxxviii], afin que, tout combat cessant en toi, tu deviennes "un pacifique" et que tu sois appelé "fils de Dieu"[cxxix].
Oui, cela sera lorsque tu auras achevé la guerre et vaincu tes adversaires. Alors le repos te sera donné afin que tu te reposes "sous ta vigne" qui est le Christ-Jésus et "sous ton figuier"[cxxx] qui est l'Esprit Saint; et tu rendras grâce à Dieu le Père tout puissant dans le Christ Jésus notre Seigneur "à qui est gloire et puissance dans les siècles des siècles. Amen.
"(a). 1P.,4,11.


[i] Le judaïsme a élaboré sa propre tradition interprétative au cours de la période rabbinique classique qui va du IIème siècle av.J.C.jusqu'au VIIème siècle de notre ère. Les cinq premiers livres de l'A.T. constituent le Pentateuque des Chrétiens et la Tora des Juifs.
La littérature religieuse du judaïsme comporte également un vaste ouvrage, le Talmud (mot hébreu signifiant étude) embrassant une période de huit siècles (du IIIème s. av.J.C., jusqu'à la fin du Vème s.); son objet principal est de faire connaître la loi orale, complément indispensable de la loi écrite (la Tora), qui apportait les précisions nécessaires à la pratique des commandements. Les académies religieuses juives s'étant trouvées alors en Palestine et en Babylonie, il existe deux Talmuds: celui de Palestine dit de Jérusalem, et celui de Babylone (le plus important des deux), terminé plus d'un siècle après l'autre.
Hors du Talmud, il existe des commentaires rabbiniques du texte de la Sainte Ecriture sous le nom de "midrash", qui désigne à la fois le commentaire et les oeuvres qui le contiennent.
[ii] Traduction datant de 1998.
[iii] Cette version, selon une légende consignée dans une lettre de Philon (philosophe grec d'origine juive), aurait été faite dans l'île alexandrine de Pharos sur l'ordre de PtoléméeIII(vers270av.J.C.)."Isolésdeuxpardeuxpourévitertoute communication, 72 interprètes rassemblés (d'où le nom de Septante), remirent au bout de 72 jours des traductions parfaitement concordantes".
[iv] Aux deux livres des Rois font suite d'autres livres historiques: il s'agit des Chroniques, des livres d'Esdras et de Néhémie, de ceux de Tobie, de Judith et d'Esther, ainsi que les deux livres des Maccabées.
[v] Sous cette double appellation figurent dans l'ordre les livres suivants:Job,Psaumes, Proverbes, L'Ecclésiaste (Qohèlet), Cantique des Cantiques, Sagesse de Salomon, l'Ecclésiastique (Siracide).
Notons au passage que, parmi tous les livres de l'Ancien Testament, se trouvent les "cinq rouleaux", les "mégillôt", c'est-à-dire les livres de Ruth, d'Esther, l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques et les Lamentations de Jérémie qui étaient lus lors des principales fêtes juives. .
[vi] Personnage appelé d'Aram par le roi de Moab (Nb.,22,24).
[vii] Ahiyya de Silo (1R,11,29s), Isaïe (20,2-4), Jérémie (Jr.13,1s; 19,1s; 27,2s), surtout Ezéchiel (4,1:5,4;12,1-7,18;21.23s;37.15s).
[viii] Introduction aux prophètes in Bible de Jérusalem,au Cerf,p.1207.
[ix] Ce camp était resté le symbole de l'entrée des douze tribus en Terre Promise avec l'arche d'alliance; les douze pierres prises dans le Jourdain lors de sa traver- sée y avaient été dressées.
[x] Nom de l'instrument à cordes qui accompagnaitles psaumesetlesautreschants.
[xi] Introduction au Cantique des Cantiques in Bible de Jérusalem p.1069.
[xii] Achab fut remplacé par son fils Joram qui régna de -852 à -841; vinrent ensuite Jéhu (-841 à -814), Joachaz (-814 à -798), Joas (-798 à -783).
[xiii] Introduction aux Prophètes(Le courantprophétique)inBible deJérusalemp.1209.
[xiv] Cette date coïncide avec celle de la mort d'Ozias qui régna sur Juda de -781 à -740. Les successeurs d'Ozias seront: Yotam (-740 à -736), Achaz (-736 à -716), Ezéchias (-716 à -687), Manassé (-687 à -642), Josias (-640 à -609).
En Israël, les successeurs de Joas (-798 à -783) seront: JéroboamII (-783 à -743), Zacharie puis Shallum en -743, Menhamen(-743 à -738),Péqah (-737 à -732),Osée (le dernier roi de -732 à -724).
[xv] Introduction aux ProphètesinBible deJérusalemp.1215.
[xvi] Introduction au Pentateuque in Bible de Jérusalem,p.29.
[xvii] Origène in Homélies sur Josué,XV,1, Sources chrétiennes n°51.
[xviii] Epître aux Ephésiens, 6,11.
[xix] Origène in Homélies sur les Juges,VI,2.
[xx] Dialogues,131,4-5; 49,7-8. Cf.Sacramentum futuri, p.207-208.
[xxi] Peu après la rédaction de ses Homélies sur les Juges, Origène, lors de la persécution de Décius (vers 253), allait connaître l'atrocité de ce combat, du combat des martyrs.
[xxii] Cf. Urs von Balthasar in "Le Mysterion d'Origène",p.559: "C'est l'histoire exté- rieure et l'individuelle qui sont "abstraites" par rapport à cette grande histoire qui se déroule aux confins du temps et de l'éternité, entre Dieu et le monde".
[xxiii] Cela tient au fait que chez les Grecs, comme chez les Latins, on en était arrivé à l'idée d'une essence divine inaccessible et transcendentale qui ne se concrétise que par les caractéristiques personnelles, ou relations, de la paternité, de la filiation, de la "spiration"(manière dont le Saint-Esprit procède du Père et du Fils).
[xxiv] Philosophe grec du IIème siècle, un des représentants du Médio-Platonisme, est connu grâce à des fragments de ses écrits inclus dans l'oeuvre d'Eusèbe de Césarée (livres 11 à 13 de la Préparation évangélique). Les médio-Platoniciens avaient l'habitude d'envisager le problème relationnel entre le Dieu et le second Principe en rappelant ce passage du Timée (29a,6-7) où le démiurge est dit "poser les yeux sur ce qui toujours reste identique". Ils en tiraient la conviction que, d'une certaine façon, les formes intelligibles étaient les pensées de Dieu, ce qui n'empê- chait pas les Formes d'avoir une existence en soi hors de l'intellect. Le Modèle correspondait donc à l'Intelligible, lequel en tant qu'objet de pensée du premier Dieu l'Intellect, lui était extérieur et inférieur.
Numénius apporta un complément original à cette doctrine en identifiant le Bien au Premier Intellect. En procédant ainsi, il faisait du Premier Intellect un principe supérieur au Démiurge, qu'il identifiait à un second Intellect. Dès lors, comme le Démiurge n'était plus le principe ultime, Le Modèle pouvait être situé soit avant lui, comme le soutiendra Porphyre, soit en lui, comme l'affirmera Plotin.
En ce qui concerne Plotin,sa volonté de rupture avec le Médio-Platonisme,ne l'aura pas dispensé de tirer toutes les conséquences de la position de Numénius quant au second Intellect. Puisque l'intellect divin d'Aristote ne suffisait pas pour expliquer le monde des êtres, Plotin soutint qu'il fallait un principe au-delà de l'être, l'Un qu'il identifia au Bien. Il trouva dans le Paménide de Platon, qui, de ce fait supplanta le Timée comme dialoguederéférence du Platonisme,non seulementlathéorie de l'Un, mais aussi celle de l'Intellect et de l'Ame.
Cela le conduira à s'opposer aux Gnostiques, en élaborant tout une architecture du monde intelligible qui rend compte, d'une autre manière que celle des Gnostiques, de la présence de l'intelligible dans le monde sensible, de même que du statut et du rôle de la matière considérée dans son rapport au mal.
[xxv] P. Hadot in Encyclopaedia universalis, "Patristique" vol.12,p.607.
[xxvi] Luc Brisson (Le christianisme face à la philosophie grecque),in Philosophie grecque, Paris, PUF 1997.
[xxvii] Prépa.Evang.XIII,14, qui adapte Philèbe,64c.
[xxviii] Luc Brisson, ibid,p.734.
[xxix] De civitate Dei, VIII,5.
[xxx] "La hiérarchie cosmique est éternellement produite par les trois hypostases (triade néo-platonicienne): de l'Un procède l'Intelligence, de qui procède l'Ame du monde, qui elle-même diffuse l'unité dont elle est porteuse jusqu'aux confins de la matière, laquelle est pure multiplicité.
A cette éternelle procession à partir de l'Un répond un éternel retour, car le cosmos est tout entier travaillé par un appétit d'unité: les êtres matériels aspirent, chacun selon son degré, à coïncider avec l'Ame du monde, l'Ame du monde avec l'Intelli- gence et l'intelligence avec l'Un, trouvant dans cet élan vers plus d'unité de quoi se poser chacun selon son essence.
De ce système, les Pères grecs, Grégoire de Nysse et Grégoire de Nazianze, et plus tard (vers la fin du Vème s.) le Pseudo-Denys l'Aréopagite, sauront tirer meilleur parti que les Pères latins ne l'ont fait"(L.Gerphagnon, note pour Les Confessions de Saint Augustin,la Pléïade1998, p.1489).
[xxxi] Cité par Clément d'Alexandrie (Stromates,I,22).
[xxxii] Les penseurs grecs parlaient non pas de création, mais de fabrication exprimant plus une relation de causalité décrite en terme d'émanation, qu'un acte dans le temps.
[xxxiii] Pour un homme de l'antiquité païenne (Grecs, Romains), le salut procuré par l'initiation, que ce soit dans le cadre de la philosophie proprement dite ou dans celui des Mystères, est extérieur, automatique et inamissible, quelle que soit la conduite ultérieure de celui qui en a reçu la promesse.
[xxxiv] L'opiniâtreté d'Origène à mettre en évidence le caractère rationnel de l'action divine trouve là son origine; il le faisait notamment en des termes empruntés à un médio-platonicien influencé par l'Aristotélisme:"Tout commence par Dieu, qui est le père incompréhensible, mais l'esprit humain doué de raison, a les moyens d'attein- dre àla connaissance dece Dieuetdes Modèles(Paradigmes),quisontsespensées".
[xxxv] La Création, signe de la Trinité:"...Et déjà derrière le nom même de Dieu, je voyais le Père qui a fait ces choses; derrière celui de , le Fils, en qui il les a faites; et dans ma foi en mon Dieu, conforme à mon acte de foi, je cherchais la Trinité à travers ses paroles, et voici que ton Esprit était porté au-dessus de eaux. Voilà la Trinité, mon Dieu, Père, Fils et Esprit saint, créateur de l'universelle création".
[xxxvi] Livre VII,IX,13 et s.
[xxxvii] Texte de P.Hadot, Origéne in Encyclopaedia Universalis,vol12, p.231.
[xxxviii] Il s'agissait pour Origène de réfuter les fausses interprétations des gnostiques au sujet de certains textes scripturaires qui semblent,au premier abord,nier l'existence d'un libre-arbitre chez l'homme.
[xxxix] Ce qui n'était qu'un don gratuit de libéralité divine, doit s'exercer et s'éduquer dans de longues épreuves. C'est tout le sens de la durée cosmique. En effet, au commencement, la liberté introduit dans l'unité et l'équilibre originels, rupture, altérité, diversité, "aliénation": ce déséquilibre produit l'apparition de plans hiérarchisés qui peuvent aller jusqu'à l'hostilité et l'inimitié totales avec Dieu. Pour rétablir l'équilibre, la raison organise cette variété et cette diversité. Les mondes sensibles ainsi créés serviront de lieu aux esprits pour faire la preuve qu'ils ont adhéré volontairement à l'unité divine.
[xl] Dans ce système la nature humaine n'est qu'un phénomène provisoire. Notre moi n'est humain qu'en liaison avec une certaine disposition intérieure qui est destinée à être dépassée. En fait, il est originellement et foncièrement spirituel, c'est-à-dire divin.
Ce système était destiné à rendre compte des articles de foi. De fait, l'incarnation du Christ y trouve sa place, en liaison avec l'éducation des esprits tombés. Mais les grands principes:identité del'origineet delafin,égalité originelle de tous les esprits, triomphe final de l'unité sur la diversité ne sont pas spécifiquement chrétiens. Et pourtant, sans tradition chrétienne, ce système n'aurait probablement pas été possible: la signification cosmique donnée à la liberté des esprits semble bien être une notion nouvelle liée à la problématique chrétienne.
[xli] Patristique in Encyclopaedia Universalis,vol.12,p.607.
[xlii] E.Mühlenbergin Die UnendlichkeitGottesbei GregorvonNyssa,Göttingen,1966).
[xliii] P.Hadot, Origène in Encyclopaedia Universalis vol.12, p.232.
[xliv] Cette théologie sera notamment suspectée d'arianisme par les partisans de la consubstantialité entre le Père et le Fils, doctrine qui sera proclamée au Concile de Nicée (-325), soixante douze ans après la mort d'Origène.
[xlv] cf. Crouzel,Origènepp.71 et 72.
[xlvi] Dans la prédication d'Origène, ce sont des homélies sur les livres sapientiaux, puis sur les livres prophétiques, puis sur les livres historiques: c'est le même cycle triennal qui couvre la totalité de la Bible, mais Origène l'aborde à la deuxième année du cycle liturgique.
[xlvii] Cette différence n'est pas fortuite. Elle correspond à une idée chère à Origène, à savoir que tous les hommes ne reçoivent pas le Logos, la Parole divine, au même degré mais selon qu'ils sont capables de la recevoir. C'est un thème qui revient souvent dans ses oeuvres, et quand il l'aborde, l'un des textes qu'il aime à citer est précisément Hébr.,5,12-14, parce qu'il y est dit que les commençants n'ont besoin que de lait et qu'aux parfaits est réservée la nourriture solide.
"Cette idée avait été suggérée à Origène par la doctrine stoïcienne de la poly- morphie du Logos qui devient principe de propriétés physiques dans le minéral, vitales dans les plantes, psychiques dans l'animal, intellectuelles dans l'homme" (P.Nautin in HomSam.,p42).
[xlviii] Jn.16,12-14.
[xlix] Le commentaire proposé,comme nous le verrons,est dans les faits extrait du Premier Livre de Samuel.
[l] Péché d'Akar (ou Akân): ce fils de la tribu de Juda, s'emparant d'une part du butin qui était consacré à Dieu, ne respecta pas l'interdit qui frappait Jéricho après sa chute.
[li] Josué appartient en effet à la tribu d'Ephraïm, fils de Joseph.
[lii] Un héritage au milieu d'eux fut donné à Josué, à Timmat-Sérah, ville qu'il avait demandée. Située dans la montagne d'Ephraïm, au nord du mont Gaash, il la rebâtit et s'y établit.
[liii] Ce territoire situé au centre de la Cisjordanie et qui jouxtait la mer Méditerranée, ayant échappé aux Danites, ceux-ci montèrent pour combattre l'ancienne ville de Léshem (Laïsh), au nord du lac de Tibériade; ils s'en emparèrent et s'y établirent. Le fait, qu'à cette occasion la ville ait été rebaptisée Dan, explique qu'on ait pu désigner la totalité desterritoiresisraélites par le stéréotype:"de Dan à Béer-Shéva".
[liv] Apocalypse,20:(1)Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l'Abîme, ainsi qu'une énorme chaîne.(2)Il maîtrisa le Dragon, l'antique Serpent - c'est le Diable, Satan - et l'enchaîna pour mille années.(3)Il se jeta dans l'Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés afin qu'il cessât de fourvoyer les nations jusqu'à l'achèvement des mille années. Après quoi il doit être relâché pour un peu de temps.
Claudel, dans le livre "Le Poète et la Bible", fait ce commentaire: "Mille ans" ne signifie pas forcément mille années de douze mois et trois cent soixante cinq jours, mais simplement une période de plénitude, la traduction dans le temps de cette plénitude que la présence du Christ apporte avec elle.
[lv] Annie Jaubert in Introduction aux Homélies sur Josué par Origène, S.C.n°71.
[lvi] Cet ouvrage a une très longue histoire. Dans son Hist. Ecclésiastique (v.1-6), Eusèbe de Césarée fait mention d'un traité d'Irénée dédié à un frère du nom de Marcien et intitulé:"Pour la Démonstration de la Prédication apostolique". Jusqu'aux premières années du XXème siècle,c'était là tout ce que l'on connaissait de cet ouvrage perdu de l'évêque de Lyon: un simple titre.
En déc.1904, l'archimandrite Karapet Ter-Mekerttschian découvrit dans la biblio- thèque de l'église de la Mère de Dieu, à Erevan, un manuscrit arménien contenant, avec une ancienne version de l'Adversus Haereses, celle de la Démonstration de la prédication apostolique. Cette découverte donna lieu à une imposante série de traductions dont six en langues modernes.
[lvii] On note ici la différence avec Justin pour qui les biens de la Terre promise représentaient déjà des biens éternels.
[lviii] Epitre ou Lettre de Barnabé datée des environs de 140. D'auteur inconnu, elle passe pour être une lettre de l'Apôtre saint Barnabé, d'où son imputation à un Pseudo-Barnabé. C'est une exhortation morale démontrant que la loi juive est abrogée et qu'on doit l'interpréter de manière allégorique. Cet écrit a joui d'une grande autorité, surtout à Alexandrie au IIIème siècle.
[lix] Texte et commentaire de Laurent-Hemmer sur l'Epitre de Barnabé, collection Hemmer-Lejay p.31.
[lx] De carnis resurrectione,26; mêmes associations entre la terre et la chair dans De Carne Christi,9:
"Il n'est pas de matière qui ne témoigne de son origine, même si elle change et prend le caractère propre d'une chose nouvelle. Notre corps, en particulier, pétri dans le limon de la terre, comme la vérité l'enseigna aussi aux fables des nations, atteste ls deux substances de son origine: terre par la chair, eau par le sang. Je veux bien que sa qualité ait pris l'aspect d'une autre chose: c'est en cela que consiste le changement d'une chose en une autre".
[lxi] Dans son ouvrage,le DeCorona,par une allusion àlaliturgiebaptismale,Tertullien mentionne la réception du lait et du miel qui symbolisaient l'admission du néophyte dans la Terre promise.
[lxii] Prêtre romain né vers 175, Hippolyte fut considéré comme le meilleur docteur de l'Eglise romaine de son temps. En 212, lors de son passage à Rome, Origène avait voulu entendre ce célèbre prêtre. Celui-ci eut l'adresse de glisser dans son discours l'éloge de son illustre auditeur: c'est ainsi qu'Hippolyte apparaît dans l'histoire. Quand en 217 Calixte devient pape, Hippolyte refuse de le reconnaître à cause de ses actions trop libérales; il devient ainsi le premier antipape de l'histoire. Parmi ses oeuvres, toutes écrites en grec, la principaleest la Tradition Apostolique où sont consignées les plus anciennes prières liturgiques romaines qui ont été conservées. C'est de cette oeuvre qu'a été tirée la IIème prière eucharistique en usage depuis Vatican II. Hippolyte eut en outre le premier l'idée de dresser des tables permettant de fixer les dates de la fête mobile de Pâques.
En 235, la persécution se déclenche; sans se mettre en peine de savoir lequel était légitime, les autorités déportent en Sardaigne les deux personnages qui se prétendaient "évêques de Rome", Pontien et Hyppolite. Ce dernier y meurt la même année, non sans avoir démissionné et recommandé à ses fidèles de rejoindre l'Eglise. Sa statue a été placée à la demande de Jean XXIII au bas de l'escalier de la bibliothèque vaticane.
[lxiii] A. Salles, Trois antiques rituels de baptême, Paris 1958,p.62.
[lxiv] Annie Jaubert in Introduction aux Homélies sur Josué par Origène,p.36.
[lxv] "Selon l'avis d'Harnack, qui fait autorité en la matière, les Homélies sur le livre de Josué sont contemporaines de la persécution de Dèce 249/250; elles pourraient bien être une des dernières oeuvres d'Origène qui nous ait été transmises, puisque, après la terrible persécution au cours de laquelle il fut cruellement torturé, il n'écrivit plus que des lettres aujourd'hui perdues. On sait, d'après Eusèbe, qu'après l'âge de 60 ans, soit vers 245, Origène avait permis à des tachygraphes de prendre des notes pendant ses prédications; le texte grec était donc formé de ces notes sténographiées.
Ces commentaires avaient été longuement préparés par ses patientes études et par son inlassable méditation de l'Ecriture. Le fervent exégète livre ici une expression très mûrie de ses interprétations scripturaires. A ce titre déjà ces homélies sont précieuses. Elles le sont à d'autres égards. Elles laissent transparaître les préoccupations d'Origène, apôtre et pasteur d'âmes, et permettent de découvrir un peu de son visage spirituel"(Annie Jaubertin Introduction aux Homélies sur Josué par Origène, Sources chrétiennes n° 71.p.9.10).
[lxvi] Contre-Celse,VII,28-29.
[lxvii] Annie Jaubert in Introduction aux Homélies sur Josué par Origène.
[lxviii](10) Et peut-être Dieu, comme "il a fait l'homme à son image et à sa ressemblance", a-t-il aussi créé toutes les autres créatures à la ressemblance de certaines autres images célestes. Et peut-être chacune des créatures qui sont sur terre a-t-elle quelque chose d'une image et d'une ressemblance dans les réalités célestes, au point même que "le grain de sénevé qui est la plus petite parmi les semences a quelque chose d'une image et d'une ressemblance dans les cieux".
[lxix] Dans les vues cosmologiques d'Origène et les sources de sa pensée sur la conception de la terre céleste, on a cru observer un certain accord avec une vision hellénistique du monde telle qu'exprimée dansle Phédon de Platon(109,b,c):"Quant à la terre en tant que terre, à la terre pure, c'est dans la partie pure du monde qu' elle réside". Origène s'en inspire effectivement à deux reprises; en premier lieu dans la vingtième homélie sur Josué où l'on peut lire:"la terre sainte, la terre vraie, la terre véritablement bonne". Ailleurs, en deuxième lieu, quand il réfute Celse, il n'hésite pas à employerlestermes mêmes de Platon:"Jérusalem etla Judée étaient symboliquement l'ombre de la terre pure qui se trouve placée dans la région pure du ciel".
Cela veut-il dire pour autant qu'il adhère aux thèses elles-mêmes? On aurait tort de le croire, car, comme l'ont souligné de nombreux auteurs,dans toutes sesargumentations, Origène s'est toujours référé aux visions des prophètes et avant tout à une filiation paulinienne.
[lxx] cf.p.40.
[lxxi] Ici les oeuvres se rattachent elles-mêmes au châtiment infligé par Dieu pendant quarante ans (cf Nb.,14,32-34).
[lxxii] Claire allusion à Nb.,14,21-23.
[lxxiii] Toute la partie qui précède cet indice est exprimée dans le Psaume 95(94),7-11.
[lxxiv] A rapprocher de Ps.,106(105),24.
[lxxv] Cf.Nb.,14,29-32.
[lxxvi] Cf.Nb.,14,39-45 et Dt.,1,41-45.
[lxxvii] Les Israélites avaient été invités à entrer dans la Terre promise (cf.Nb.,13,33; 14,7-9; Dt.,1,21-29). La bonne nouvelle de l'Evangile qui invite les croyants à entrer dans le royaume de Dieu, est comparée à cette invitation.
[lxxviii] Cf.Ps.,95,7.8 et Hé.,3,7.8.15.
[lxxix] "Selon une conception courante, l'entrée en Canaan fut l'entrée dans le repos (cf.Jos.,21,44; 22,4; 23,1). L'auteur dépasse cette conception par un raisonne- ment exégétique assez subtil.Le psaume 95,composé longtemps après la conquête, considère implicitementle repos de Dieu comme un butquin'est pas encore atteint. L'auteur en déduit que l'entrée en Canaan n'a pas été l'entrée dans le repos de Dieu, mais une simple préfiguration"(Note TOB).
[lxxx] "Souvent compris comme une allusion à l'entrée de chaque chrétien au ciel, ce verset se comprend mieux encore de l'entrée du Christ lui-même (cf.4,14) et de son repos (cf.10,11.13)"(note TOB).
[lxxxi] Epître aux Colossiens2:(14)Il a effacé, au détriment des ordonnances légales la cédule de notre dette, qui nous était contraire; il l'a supprimée en la clouant à la croix.(15)Il a dépouillé les Principautés et les Puissances et les a données en spectacle à la face du monde, en les traînant dans un cortège triomphal.
[lxxxii] Il faut signaler que pour des Israélites le nom "inclut et explicite l'essence personnelle de celui qui le porte"(Vischer in La désignation du Christ dans l'Ancien Testament,Zürich,1942,p.41). La signification du nom de Jésus (sauveur) a été perçue avec acuité dans des textes comme Matt.,1,21:"Tu lui donneras le nom de Jésus, et il sauvera son peuple de ses péchés"; Act.,4,12:"C'est par le nom de Jésus de Nazareth que cet homme se présente devant vous en pleine santé...Il n'y a de salut en aucun autre, car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes par lequel nous devions être sauvés". La signification du nom de Josué n'avait pas échappé non plus à la tradition juive (cf.Siracide,46,1).
[lxxxiii] Le symbolisme des bras étendus de Moïse (Ex.,17,8-13) figure également en Barn.,12,2; ils représentent le signe de la croix qui triomphe d'Amalec. Ce symbolisme a été repris par Justin (v.plus loin).
[lxxxiv] Annie Jaubert in Introduction aux Homélies sur Josué par Origène p.41.
[lxxxv] Dial.,75,1.2. Justin ajoute à la suite de ce passage que le nom d'ange était souvent donné aux prophètes; or Josué "fut un prophète puissant et grand" (ibid., 75,3). Ce texte est à mettre en rapport avec la doctrine capitale dans les Dialogues de Justin du rôle du Verbe dans l'Ancien Testament: c'est le Logos divin qui parlait par les patriarches et les prophètes; c'est donc le Verbe lui-même qui disait au peuple d'Israël en parlant de Jésus fils de Navé:"mon nom est sur lui". Même pensée en Dial.,132,2.3 à propos du retour de l'arche redoutable du Seigneur qui s'arrête dans le champ d'un homme nommé Josué (cf.1Sam.,6,14); l'arche était donc conduite par la puissance du Verbe qui suggérait ainsi quel était son vrai nom.
[lxxxvi] Dans la même ligne d'argumentation se situe l'interprétation que donne Justin de la vision de Zacharie,3,1-5 sur le grand-prêtre Jésus où il voit la figure du Christ-prêtre (Dial.,115,4): les vêtements sales de Jésus sont les péchés qu'il a pris sur lui et dont il délivre; il tient tête à Satan et lui arrache sa proie (Dial.,116). Tertullien verra dans les vêtements sales remplacés par de beaux vêtements le symbole des deux avènements du Christ (Adv.Jud.,14).
[lxxxvii] Le symbolisme d'Amalec repris par Justin apporte de nouvelles perspectives par rapport au Pseudo-Barnabé: c'est la présence du nom de Jésus (Josué) en tête du combat qui donnait aux bras étendus de Moïse leur pleine signification; d'autre part Moïse priait assis sur une pierre; or la pierre est symbole du Christ (Dial.,90,5).
[lxxxviii] Josué "a circoncis le peuple d'une seconde circoncision avec des couteaux de pierre: c'était l'annonce de cette seconde circoncision dont nous a circonscrit Jésus-Christ lui-même...les couteaux de pierre représentant les paroles de Notre Seigneur Jésus"(Dial.,113,6)."Nos cœurs ont été si bien circoncis de toute perversité que nous nous réjouissons de mourir pour le nom de la belle pierre d'où jaillit l'eau vive pour les cœurs de ceux qui par Lui aiment le Père de l'univers qui abreuve ceux qui veulent boire l'eau de la vie"(ibid.,114,4).Ce thème d'une circonci- sion spirituelle par le Christ était déjà ébauché par saint Paul (cf.Rom.,2,28; Phil.,3,3; Col.,2,11); mais l'originalité de Justin est d'avoir mis cette circoncision en rapport direct avec celle de Josué.
[lxxxix] Cf. texte de Justin (Dial.,113,3.4) p.43.
[xc] D'autres fragments déjà cités p.44 (chap.29 et 46) soulignent l'opposition à Moïse, la victoire sur Amalec et l'introduction dans le Royaume.
[xci] Cf.Heb.,11,31.
[xcii] Cf.Jac.,2,25.
[xciii] Ces thèmes,comme celui de Josué-Jésus,seront repris par Origène dans nombre de ses Homélies sur Josué.
[xciv] Mieux valait sans doute tenter d'embrasser la typologie de Josué à travers plusieurs homélies d'Origène que de donner à lire telle ou telle d'entre elles. Nous avons fait ce choix en ayant recours à la thématique proposée par Annie Jaubert dans son Introduction aux homélies sur Josué p.58.Le numéro de référence des homélies concernées est indiqué entre parenthèses.
[xcv] C'est ici un des rares cas où Origène fait allusion à la discipline de l'arcane qui excluait les catéchumènes de certaines cérémonies réservées aux seuls fidèles.
[xcvi] cf.Col.,1,18.
[xcvii] cf.Héb.,4,14.
[xcviii]cf.1P.,5,4.
[xcix] cf.Eph.4,15.
[c] cf.HomEx.,7,7.
[ci] cf.Rom.,11,25-27.
[cii] cf.Mal.,3,20.
[ciii] cf.2Cor.,3,14.
[civ] cf.Rom.,7,14.
[cv] cf.2Cor.,3,6.
[cvi] cf.Matt.,19,30.
[cvii] cf.1Cor.,10,11.
[cviii] cf.Ephés.,2,14.
[cix] cf.Matth.,15,19.
[cx] cf.Jos.,10,40.
[cxi] cf.Ephé.,2,1.2.
[cxii] C'est lui, dit l'Ecriture, qui a convoqué tous les autres; or Jabin signifie pensées ou habileté. De quelles "pensées", de quelle "habileté" s'agit-il, sinon de ces "grandes pensées" dont parle le prophète Isaïe:"Je visiterai les grandes pensées du roi des Assyriens, qui a dit: c'est par ma force que je le ferai et par la sagesse de mes pensées je déplacerai les bornes des peuples et pillerai leurs trésors" (Is.,10, 12.13). - Il est écrit aussi que le serpent était dans le paradis "la plus habile des bêtes de la terre"(Gn.,3,1). On dit d'autre part de "l'économe infidèle qu'il a agi habilement" dans tout ce qu'il a fait (cf.Lc.,16,8).
[cxiii] cf.Matt.,12,29.
[cxiv] cf.Tite,2,11.
[cxv] Cette reconquête de l'image de Dieu que l'âme a perdue est un thème familier à Origène. Le Fils est l'image du Père et à leur tour les hommes ont été créés selon cette image de Dieu qu'est le Fils. Il leur faut retrouver l'image du Christ, mais le démon s'y oppose, lui qui veut maintenir l'âme conforme à l'image que leur a donné le péché.
[cxvi] En homélie 14,2, "demain" désigne la durée qui suit "aujourd'hui", c'est-à-dire celle qui suit la consommation du siècle (rapprochement avec Héb.,3,13: Mais encouragez-vous mutuellement chaque jour, tant que vaut cet "aujourd'hui"...
[cxvii] cf.Matt.,3,15.
[cxviii] cf.Nbr.,10,2;Ps.98(97),6;L'Ecclésiastique 50,16.
[cxix] cf.1Cor.,1,22-25.
[cxx] cf.Gn.,3,18.
[cxxi] cf.Jn.,14,23.
[cxxii] cf.Apoc.,3,20.
[cxxiii] Cette terre dont "le fruit est la saisie sûre et stable de la sagesse de Dieu (Her.3,14), v.Philon p.39.
[cxxiv] cf.Gal.,5,22.
[cxxv] cf.Jos.,11,23.
[cxxvi] cf.Jos.,11,23.
[cxxvii] cf.Gal.,5,17.
[cxxviii] cf.2Cor.,4,17.
[cxxix] cf.Matt.,5,9.
[cxxx] cf.Mich.,4,4.

Date de création : 05/02/2007 @ 17:34
Dernière modification : 12/03/2007 @ 17:58
Catégorie : Théologie 1
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